Ne dĂ©laissons pas le lieu du drame 🔖

Pourquoi ne pas parler d’autre chose ?

J’aimerais que cette crise n’occupe pas tout mon horizon – ou presque. Nous avons besoin d’espĂ©rance, et de la soutenir.

Mais une phrase du livre de Véronique Margron, « Un moment de vérité », à ce sujet, me touche en particulier :

Ne pas dĂ©laisser le lieu du drame, ce lieu insupportable parce qu’il a le goĂ»t et l’odeur de la mort. Rester lĂ . Me tenir lĂ .

Sans exagĂ©rer ma responsabilitĂ©, je ne minore pas non plus ma contribution involontaire au climat de silence qui a prĂ©valu au sein de l’Église, et qui s’est imposĂ© Ă  des victimes dont je ne fais que deviner les hurlements intĂ©rieurs, toutes ces annĂ©es. Je ne peux pas, non plus, ignorer l’Ă©cho que fait cette phrase avec ce que la providence a voulu me faire choisir comme exergue de mon blog, et qui demande en particulier d' »être là ».

Alors nous ne pouvons pas dĂ©laisser le lieu du drame, ce lieu oĂą nous aurions tous dĂ» ĂŞtre – oĂą j’aurais dĂ» ĂŞtre – comme chrĂ©tiens et oĂą nous devons dĂ©sormais ĂŞtre, par Ă©gard pour ceux que nous n’avons pas entendu et pour ceux qui voudront parler demain. « Face au crime et au pĂ©chĂ©, comment agir, puisque telle Ă©tait notre interrogation de dĂ©part ? D’abord, prendre avec soi la douleur des victimes. Pour le dire autrement, il s’agit de faire hospitalitĂ© Ă  la vulnĂ©rabilité« .

C’est aussi un enjeu fondamental car, comme le dit VĂ©ronique Margron, l’Église repose sur la confiance.

Plus fondamentalement encore, l’auteur l’explique ainsi :

L’Église repose sur la confiance, sur une parole partagĂ©e (…) Elle n’a de sens que parce qu’elle met toute son Ă©nergie Ă  vivre ce qu’elle annonce, Ă  partager ce qui fait battre toute son histoire. L’Ă©chec d’aujourd’hui a dĂ©truit – pour longtemps sans doute – cette confiance possible. Y compris d’ailleurs si l’on n’adhĂ©rait pas Ă  son message, mais croyait Ă  son intĂ©gritĂ©

Ainsi non seulement et avant tout les victimes de ces agressions sexuelles ont-elles pu perdre la confiance en l’autre et la confiance en Dieu, mais cette crise des abus sape un fondement, principal peut-ĂŞtre, de notre relation dans l’Église.

Dans son livre, SĹ“ur VĂ©ronique Margron explore bien sĂ»r les ressorts de ces abus. Ainsi du silence de l’institution, comme celui des victimes – et le silence des fidèles. On a parfois entendu dernièrement que ce serait aux victimes majeures d’agir. VĂ©ronique Margron fait une analogie avec le constat de Primo Levi : « Comment peut-on expliquer que quand Auschwitz a Ă©tĂ© libĂ©rĂ©, c’Ă©tait les dĂ©portĂ©s, les victimes qui avaient honte et non pas les bourreaux ? »

Elle Ă©crit ceci :

La honte, c’est la haine d’une partie de soi, celle-lĂ  mĂŞme qui a subi la violence, l’intime exposĂ©, manipulĂ©, meurtri. Celle-lĂ  aussi qui n’a pas pu crier, appeler Ă  l’aide, se sauver, mais fut tĂ©tanisĂ©e, sidĂ©rĂ©e par la peur et par l’emprise. La honte raconte alors cette part de soi que l’on rejette (…) Ainsi celui qui Ă©prouve de la honte croit qu’il est dĂ©jĂ  exclu de son groupe, famille, Église, troupe de scouts, communautĂ© religieuse. La honte est ce que l’agresseur impose Ă  sa victime, Ă  partir du lien qu’il prĂ©tend privilĂ©gie, unique, secret, qu’il tisse avec elle comme une toile d’araignĂ©e qui l’emprisonne et l’Ă©touffe et dont il Ă©nonce, de plus, que la victime lui est redevable.

L’auteur fait le tri Ă©galement entre les fausses conceptions de la pudeur, du scandale, de l’utilisation du pĂ©chĂ© pour qualifier les actes des pĂ©docriminels – qu’il convient bien de qualifier de « crimes » – voire de la transparence dont elle explore l' »ambiguĂŻté ».

Véronique Margron distingue enfin « douze travaux de l’Église« .

  1. La première obligation de l’Église : mettre les victimes au centre. « Dans ces drames, ce sont bien les victimes qui incarnent le Christ crucifiĂ© et bafouĂ© – quand on a tant Ă©crit sur le prĂŞtre comme alter Christus« ;
  2. Le deuxième des Douze Travaux : désacraliser la figure du prêtre;
  3. La troisième tâche est alors de déconstruire le « système clérical ». « Déconstruire non pour détruire, mais pour inventer une autre manière de faire l’Église et donner tout son sens au sacerdoce commun des baptisés« ;
  4. Le quatrième chantier de l’Église, promouvoir la place des femmes. VĂ©ronique Margron rappelle le propos du pape François qui a dĂ©noncĂ© Ă  Rio en 2013 « les lieux communs d’une fĂ©minitĂ© rabattue sur la maternitĂ© ou encore les ambiguĂŻtĂ©s d’un « service », spĂ©cialitĂ© prĂ©tendue des femmes, si souvent pervertie en simple servitude« ;
  5. Le cinquième enjeu : transformer la crise en mutation;
  6. La sixième nĂ©cessitĂ© : changer le style de l’Église. « Il faut se dĂ©faire d’un rapport au monde distant, parfois encore hautain, au profit d’un style d’existence prĂ©sent au siècle oĂą nous sommes, partie prenante de son destin, au milieu et avec ce temps« . Je relève dans ce passage « la capacitĂ© du NazarĂ©en Ă  apprendre du « tout-venant » »;
  7. La septième obligation : renforcer le dialogue avec la société;
  8. Le huitième travail : faire la vérité pour retrouver la confiance;
  9. Le neuvième chantier de l’Église : former les prêtres sur les questions affectives;
  10. Le dixième impĂ©ratif : combattre les phĂ©nomènes d’emprise. « Tous, nous sommes dans l’inachèvement, en quĂŞte d’accomplissement, et l’emprise ne peut s’installer sans une fascination pour la perfection, sans cette illusion de croire qu’il existerait des ĂŞtres humaines totalement accomplis qui seraient capables de nous transformer nous aussi en ĂŞtres parfaits« ;
  11. Le onzième travail : revoir l’exercice du pouvoir dans l’Église. « La première chose qui frappe est que trop souvent dans l’Église les responsables sont juges et parties »;
  12. Le douzième chantier de l’Église : mettre en actes la « tolĂ©rance zĂ©ro ». Elle « doit devenir, dans la rĂ©alitĂ©, un principe essentiel pour l’Église avec des conduites claires, des protocoles, une formation spĂ©cifique et des programmes d’Ă©ducation« .

VĂ©ronique Margron conclut sur l’Ă©tat d’urgence dans lequel se trouve l’Église. Constat qu’elle a fait bien avant moi, avec une toute autre proximitĂ© des victimes que la mienne, mais que je partage, comme je partage la nĂ©cessitĂ© d’entendre cet Ă©tat d’urgence pour faire entendre la voix des victimes, et renouveler l’Église.

Pourquoi ne pas passer Ă  autre chose ? Parce que nous sommes en dette vis-Ă -vis des victimes et que passer Ă  autre chose serait prolonger la surditĂ© dont nous avons pu faire preuve. Parce qu’affronter les yeux grands ouverts cette crise n’affaiblira pas l’Eglise, elle nous permettra au contraire de la rendre plus sainte. Comme l’Ă©crit SĹ“ur VĂ©ronique Margron, il faut faire de cette crise une mutation.

Je rĂ©flĂ©chis (oui, encore) Ă  l’articulation de mes divers lieux de publication. Cette petite fiche de lecture se trouvait sur le groupe Facebook – que je vous invite subtilement Ă  rejoindre : nous sommes bientĂ´t 2.000, ça tient chaud. Mais, d’une part, tout le monde n’est pas prĂ©sent sur Facebook (n’est-ce pas, Patrice ?) et, d’autre part, cela me chagrine un peu de laisser certaines publications s’Ă©vanouir mollement dans les limbes de FB – d’autant que je peux avoir envie de m’y reporter moi-mĂŞme plus tard. En revanche, je ne veux pas me sentir contraint de publier des textes aussi travaillĂ©s (j’espère qu’ils le semblent) chaque fois. Peut-ĂŞtre alors signalerai-je ce type de publications par un emoji tel que celui en titre (ici un marque-âge). Sauf Ă  ce que je trouve une modalitĂ© technique plus satisfaisante pour distinguer les contenus.

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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19 commentaires

  • Bien d’accord. Dans l’Église aujourd’hui, ce sujet restera critique pour longtemps. L’ignorer ou le minorer n’aurait aucun sens, et cela aurait de lourdes consĂ©quences sur la mission.

    Par ailleurs, dĂ©solĂ©, mais Facebook, c’est toujours niet.

  • Sur les douze travaux j’ai quelques points d’accord mais aussi quelques objections:
    – dialoguer avec le monde pourquoi pas mais pour dialoguer il faut ĂŞtre deux. Cela fait 50 ans qu’on dialogue et vu la vitesse de la sĂ©cularisation, on ne peut pas dire que ce soit une rĂ©ussite. Je ne trouve pas l’Eglise surplombante ou arrogante, au contraire: elle donne plutĂ´t l’impression d’avoir honte d’elle-mĂŞme. Quelques laĂŻcs peuvent avoir cette attitude mais on ne peut pas dire que ce soit caractĂ©ristique de l’attitude de l’Eglise en tant qu’institution.
    – dĂ©sacraliser la figure du prĂŞtre: la encore, c’est ce qu’on fait depuis 50 ans avec la rĂ©ussite qu’on peut observer. Peut ĂŞtre que c’est au contraire la dĂ©sacralisation du prĂŞtre qui lui a permis de se croire tout permis et qui a fait croire aux Ă©vĂŞques que c’est un simple pĂ©cheur qu’on peut se contenter de dĂ©placer. Qu’on le veuille ou non, le prĂŞtre sera toujours une figure Ă  part dans l’Eglise. Il reçoit un des 7 sacrements que personne d’autre ne reçoit et a seul le pouvoir de confesser et de rendre Jesus prĂ©sent dans le pain et le vin. Si on enlève ça, ce n’est plus la mĂŞme religion. Et avec ça, il sera toujours une figure sacralisĂ©e.

    • L’une des victimes du père Preynat expliquait que, lorsqu’il venait dans sa famille, c’Ă©tait « comme si Dieu entrait chez eux ».

      Il y a trois ans, on me rapportait le cas d’un prĂŞtre surpris dans le lit d’un adolescent. En l’absence de plainte, il avait Ă©tĂ© dĂ©placĂ© et affectĂ©, dans un autre diocèse… Ă  l’aumĂ´nerie du lycĂ©e. Comment expliquer que des laĂŻcs, ordinairement attachĂ©s Ă  la protection des enfants, aient pu prendre une dĂ©cision aussi manifestement stupide ?

      MĂŞme les religieuses victimes d’abus disent souvent qu’il n’Ă©tait pas imaginable pour elles que le prĂŞtre, figure sacrĂ©e Ă  leurs yeux, puissent commettre le mal.

      Dans bien des cas de prĂ©dation, l’abus sexuel prend racine sur un abus spirituel, et une emprise dans la communautĂ© concernĂ©e, grande ou petite – parfois seulement quelques familles. Mgr de Moulins-Beaufort l’expliquait très bien.

      Tout cela, Ă  mon sens, prend sa source dans le regard non ajustĂ© de certaines personnes, trop, sur les prĂŞtres. Trop de personnes sont portĂ©es Ă  aduler les prĂŞtres, Ă  les vĂ©nĂ©rer, les regarder comme des alter christus jusque dans leurs activitĂ©s ordinaires. Soit dit en passant, toutes les sensibilitĂ©s sont concernĂ©es, y compris les sensibilitĂ©s tradis, pourtant peu susceptibles d’avoir procĂ©dĂ© Ă  une telle dĂ©sacralisation.

      Alors, certes, le terme « dĂ©sacralisation » employĂ© par Soeur VĂ©ronique Margron est peut-ĂŞtre malvenu – mĂŞme s’il n’est pas faux. Et je ne pense pas qu’il soit nĂ©cessaire aujourd’hui de mettre en place grand chose pour poursuivre cet objectif : la violence de ce qui se passe depuis des semaines aura probablement dĂ©jĂ  suffi Ă  opĂ©rer une dĂ©sacralisation de force.

      Mais il me paraĂ®t fondĂ© de garder ce risque Ă  l’esprit, surtout lorsque le manque de vocations aura tendance Ă  nous pousser Ă  resacraliser le prĂŞtre.

      • Ce qui est frappant dans ces descriptions de l’emprise psychologique d’un prĂŞtre prĂ©dateur sur ses victimes, c’est l’Ă©vidente similitude avec le gourou d’une secte. Les mĂ©canismes paraissent très similaires. Ce genre de dĂ©rive est connu et justement dĂ©noncĂ© ailleurs: l’Église a le devoir d’empĂŞcher que de telles choses se produisent en son sein. MĂŞme si cela ne conduit pas toujours au pire (heureusement) .

      • Le documentaire d’Arte sur les abus commis sur les religieuses ne laissait aucun doute : certaines communautĂ©s Ă©taient des sectes. C’est d’ailleurs, concernant les Soeurs contemplatives de Saint Jean, Mgr Giraud alors chargĂ© des dĂ©rives sectaires qui avaient menĂ© la rĂ©ponse de l’Eglise, aboutissant Ă  la dissolution de la communautĂ©.

        Pour le coup, on constate que c’est la violation de règles prudentielles très anciennes et en vigueur dans tous les ordres constituĂ©s qui permet la mise en place de cette emprise. C’est en particulier le cas de la distinction du for interne et du for externe. Quand elle n’est pas respectĂ©e, la dĂ©rive est installĂ©e.

      • Ce genre de description Ă  notre Ă©poque m’Ă©tonne toujours … J’ai 58 ans, j’ai Ă©tudiĂ© sept ans dans une petit sĂ©minaire, dont une annĂ©e comme interne, j’ai frĂ©quentĂ© l’Opus Dei Ă  l’universitĂ© (mouvement oĂą, malgrĂ© son caractère principalement laĂŻc, les prĂŞtres sont mis sur un piĂ©destal), et maintenant une paroisse tradi. Eh bien c’est quand mĂŞme curieux, j’en ai cotoyĂ© trop pour les rĂ©vĂ©rer Ă  ce point. Je n’en ai pas connu de scandaleux, un bon nombre de mĂ©diocres ordinaires, quelques uns fort zĂ©lĂ©s avec tout un caractère, un assez douteux mais travaillĂ© quand mĂŞme par sa conscience, et d’autres pĂ©tris de bonnes intentions et d’initiatives louables pas toujours menĂ©es Ă  terme mais qu’on aimait bien malgrĂ© leurs limites agaçantes parfois. Bref, du monde qui nous ressemblait trop (en mieux) pour pouvoir les idĂ´latrer. J’ai souvent dit Ă  propos de notre vieux curĂ© Ă©mĂ©rite : certains lui trouvent du charisme, moi pas ; et c’est tant mieux.

  • La parole d’Erwan, comme celle de VĂ©ronique sont très prĂ©cieuses pour nous rĂ©veiller, pour empĂŞcher qu’après un pĂ©riode d’intense Ă©motion nous retombions dans les routines.
    Je prie pour que l’Esprit saint nous inspire les choix et les gestes de la conversion nĂ©cessaire pour la situation aujourd’hui !

  • Bonjour,
    j’ai les plus expresses rĂ©serves envers les propos de Koz et de soeur VĂ©ronique sur ce que je crois ĂŞtre une confusion : l’appel Ă  la conversion, oui, il est le fil rouge de la Bonne nouvelle. Mais en juriste, koz exagère dans l’ordre religieux, comme JL. MĂ©lenchon dans l’ordre politique, l’importance de la structure. La rĂ©forme des institutions n’est pas un moyen d’agir contre les pulsions criminelles. Les institutions, sont, plus modestement, le lieu de compromis entre divers pouvoirs qu’il s’agit d’ordonner (le mot est significatif) afin que le grand corps (autre mot lourd de sens) qu’est l’Église agisse sans que ses forces se dispersent et en restant au service de l’Amour dans la VĂ©ritĂ©.

    Le statut sacral du prĂŞtre a plusieurs siècles d’existence, le pic de la criminalitĂ© pĂ©dophile date des annĂ©es 70 (cf les contributions de gaby lors du post prĂ©cĂ©dent « des profondeurs »), il ne doit rien ni Ă  Vatican II ni aux intĂ©gristes, il doit tout Ă  la volontĂ©, lors des annĂ©es 60, de sexualiser l’ensemble des comportements dans l’ordre de la sociĂ©tĂ© civile. La rĂ©gression de la pĂ©dophilie dans le clergĂ© aujourd’hui ne signifie pas que les institutions actuelles sont les meilleures, pas plus qu’elles n’ont jouĂ© le moindre rĂ´le dans les abus antĂ©rieurs. La honte fort bien dĂ©crite chez les victimes n’aurait Ă©tĂ© en rien diffĂ©rente avec un clergĂ© dĂ©sacralisĂ©. Certes, l’emprise aurait pu ĂŞtre moindre, mais les passages Ă  l’acte chez les clercs seraient plus nombreux s’ils devaient ressentir qu’ils n’ont pas Ă  ĂŞtre distants de la sociĂ©tĂ© civile qui, depuis le XVIII° siècle, donne le tempo et le lĂ  dans les comportements socialement tolĂ©rĂ©s ou non. Or si le narcissisme exhibitionniste est actuellement le livre de vie donnĂ© aux individus Ă©mancipĂ©s, aucune institution ne l’a voulu, c’est une attitude collective tolĂ©rĂ©e – trop longtemps – par rĂ©action envers des excès de servilitĂ© antĂ©rieurs (eux-mĂŞmes prĂ©sentĂ©s par les partisans de l’Ordre comme remèdes aux excès des anarchistes sous la RĂ©volution, elle-mĂŞme prĂ©sentĂ©e comme remède aux abus de l’Ancien RĂ©gime etc…)

    Par ailleurs lorsque rĂ©forme des institutions il y a eu contre des abus, cette fois non marginaux mais ordinaires, lĂ  la rĂ©forme est allĂ©e au contraire dans le renforcement du sacral : les prĂ©dĂ©cesseurs clunisiens de soeur VĂ©ronique ont imposĂ© une stricte discipline hiĂ©rarchique (rĂ©forme grĂ©gorienne) contre la simonie et le nicolaĂŻsme, ils n’ont pas du tout souhaitĂ© imiter l’environnement laĂŻc au contraire. MĂŞme chose lors du concile de Trente, oĂą, pour rĂ©pondre Ă  Luther qui appelait Ă  dĂ©sobĂ©ir et avait finalement rompu, il a Ă©tĂ© rĂ©pondu que pour lutter contre le dĂ©sordre du clergĂ©, il convenait au contraire de renforcer le pouvoir d’inspection des Ă©vĂŞques (les fameuses visites pastorales dont tous les historiens s’accordent Ă  dire qu’elles ont amĂ©liorĂ© significativement la compĂ©tence et le comportement des curĂ©s).

    Enfin, j’aimerais surtout que nous soyons capables de refuser de passer collectivement du dĂ©ni Ă  ce que je qualifie de pharisaĂŻsme inversĂ© : la constance avec laquelle JĂ©sus rappelle violemment les pharisiens Ă  fuir les pĂ©chĂ©s d’hypocrisie ou de crimes auquel ils sont, par leur pouvoir mĂŞme, plus soumis Ă  tentation que le quidam, ne s’est jamais accompagnĂ©e de la moindre proposition pour changer les institutions religieuses de son temps : l’appel Ă  la conversion ne passait pour JĂ©sus ni par le militantisme politique – ce qui a Ă©coeurĂ© Judas entre autres – ni par une dĂ©sacralisation du rabbinat des scribes ou des pharisiens, encore moins par la mise en accusation nominale de 100 pour 5 fautifs rĂ©el, Il leur fut demandĂ© non de changer de statut, mais d’adapter leur conduite Ă  l’exemplaritĂ© de leur charge.

    Je ne m’Ă©tonne pas de la tendance de l’avocat Koz Ă  attacher trop d’importance au droit et aux institutions, ce n’est pas pour cela que je vais renoncer Ă  lire ses analyses qui, dans des dossiers oĂą la connaissance technique et Ă©thique du droit est vitale, m’ont appris beaucoup. Mais ici, non, ma responsabilitĂ© de catholique auprès des victimes de viol ou d’attouchements, n’est pas de changer le fonctionnement des institutions ecclĂ©siales. Personne, parmi ceux qui rĂ©clament une VI° RĂ©publique en politique, ne le fait pour lutter contre les dĂ©viances criminelles de quelques parlementaires.

    Mon seul questionnement devant les horreurs vĂ©cues, c’est comment ai-je pu passer un demi-siècle sans jamais avoir eu Ă  ĂŞtre attentif sur une question dont on ne m’avait jamais parlĂ©, Ă  savoir comment agir en interne contre un clerc violeur. Aucune institution n’empĂŞchait pourtant ceux qui m’ont formĂ©s au catĂ©chisme (et qui furent toutes des laĂŻques soit dit en passant) d’aborder ces questions, ni aucun prĂ©dicateur de l’aborder dans des homĂ©lies, ni aucun parent…A-t-on tout simplement oubliĂ© que la notion mĂŞme de dĂ©viance sexuelle Ă©tait contestĂ©e parce qu’il ne fallait faire de peine Ă  personne par charitĂ© mal comprise? Que le ton de ces annĂ©es Ă©tait de ne pas dĂ©noncer, sous peine de passer pour inquisiteur, mais de voir la poutre dans son oeil d’abord? Bref que la culture d’ouverture au monde, nĂ©cessaire par ailleurs, avait pour faille de manquer complètement de vigilance sur les manifestations du Mal chez autrui pour se concentrer mieux sur notre pĂ©chĂ© Ă  chacun. Ce ne fut pas un complot, mais un abus dans l’interprĂ©tation des textes : le chrĂ©tien devait alors apprendre Ă  voir son propre pĂ©chĂ© avant de voir celui d’autrui. Sauf qu’entre un pĂ©chĂ© et un crime, il y a une marge…

    La parole a toujours Ă©tĂ© beaucoup plus libre dans l’Eglise qu’on ne le croit, qu’on songe Ă  Érasme par exemple ; lorsqu’elle n’est pas « libĂ©rĂ©e », c’est bien souvent par elle-mĂŞme, et non du fait d’ un complot ourdi par des hiĂ©rarques. Des thĂ©ologiens, j’attends qu’ils nous aident Ă  Ă©viter ces trous noirs de la parole, oĂą nous nous taisons sur des choses gravissimes non par lâchetĂ© mais par cĂ©citĂ©.

    • J’aurais, pour ma part, les plus expresses rĂ©serves sur toute analyse qui prĂ©tendrait date un pic de la pĂ©docriminalitĂ©. Il est possible, seulement possible, qu’il y ait eu un pic dans les annĂ©es 70, compte tenu du climat de l’Ă©poque. Mais la chape de silence qui a toujours pesĂ© sur ces crimes interdit de se prononcer avec certitude.

      Quant aux leçons de l’Histoire, elles ne doivent certes jamais ĂŞtre nĂ©gligĂ©es mais croire que l’Histoire peut se rĂ©pĂ©ter est une autre façon de tomber dans l’erreur de la dĂ©marche historique, l’anachronisme. Croire qu’il faut nĂ©cessairement rĂ©pondre Ă  la crise actuelle par les mĂ©thodes utilisĂ©es lors de la rĂ©forme grĂ©gorienne, alors qu’il s’agit de rĂ©pondre Ă  des problèmes diffĂ©rents dans des Ă©poques et des cultures diffĂ©rentes est Ă  mon avis un leurre.

      Ne m’en veuillez pas si, au demeurant, je relève une certaine incohĂ©rence de votre propos lorsque, voulant Ă©voquer la RĂ©forme et les enseignements de l’Histoire, mais dĂ©noncer en mĂŞme temps ma prĂ©tendue tendance exagĂ©rĂ©e Ă  Ă©voquer des rĂ©ponses organisationnelles, vous citez en exemple le renforcement du pouvoir d’inspection des Ă©vĂŞques, mesure organisationnelle.

    • @ bruno lefebvre

      Je vous suis.

      Les abus ou les crimes sexuels sur mineurs sont Ă  pĂ©riode comparable Ă©galement frĂ©quents dans des environnements oĂą les femmes sont nombreuses et oĂą le clĂ©ricalisme n ‘est pas le problème. Je pense Ă  l’Éducation nationale, aux conservatoires de musique,etc. Oui, personne n’a de statistiques vraiment fiables, mais les Ă©lĂ©ments dont on dispose ne permettent pas d’affirmer une plus grande frĂ©quence au sein de l’Église catholique.

      Cela n’excuse rien, vraiment rien. Mais je suis perplexe quand je vois les partisans d’un plus grand rĂ´le des femmes ou des laĂŻcs (et je n’ai rien contre) essayer d’accrocher leurs wagons Ă  la crise des abus sexuels quand une approche comparative ne rend pas du tout Ă©vident que la source principale du problème soit dans les causes qui leur tiennent Ă  coeur. Et pendant ce temps lĂ , on n’explore pas d’autres pistes.

      • Et je ne vous suis pas. Il faut arrĂŞter avec cette antienne. Non, la question de l’homosexualitĂ© (parlons clair) n’est pas ignorĂ©e. Pour ne citer qu’eux, le Père Lombardi l’a Ă©voquĂ©e, Marie-Jo Thiel (dont j’ai le livre, qui fera probablement rĂ©fĂ©rence, sous la main) y consacre plusieurs pages. Le sujet est largement abordĂ©. En matière de « causes qui tiennent Ă  cĹ“ur », je ne suis pas sĂ»r qu’il n’y ait rien Ă  dire de ce cĂ´tĂ©-lĂ .

        Il faudrait aussi accepter de prendre la mesure de difficultĂ©s plus larges que la seule pĂ©docriminalitĂ©, et auxquels SĹ“ur VĂ©ronique Margron fait rĂ©fĂ©rence – pour y avoir notamment Ă©tĂ© confrontĂ©e dans sa pratique d’Ă©coute des victimes. On fait quoi des abus sexuels sur les religieuses ? On les oublie, parce que ce n’Ă©tait en fait qu’une reportage ? Et, si l’on rĂ©pond Ă  la pĂ©docriminalitĂ© par l’Ă©radication des homosexuels, lĂ , on poursuit sur l’Ă©radication des hĂ©tĂ©rosexuels ?

        Il y a, Ă  l’Ă©vidence, autre chose. Et si la rĂ©ponse est plus ferme, dans l’Eglise, si la rĂ©flexion est plus globale, c’est peut-ĂŞtre qu’elle est enfin recherchĂ©e Ă  la hauteur de sa responsabilitĂ© sociale et spirituelle.

    • Je suis en total dĂ©saccord avec cette notion de pic statistique, de mĂŞme qu’avec l’idĂ©e que le phĂ©nomène n’est pas plus grave dans l’Église catholique qu’ailleurs.

      D’abord d’un point de vie factuel: le sujet mĂ©rite que l’on cite des donnĂ©es fiables, et qu’on en tire pas de conclusions hâtives. Le commentateur que vous mentionnez, par exemple, omet de signaler que l’Ă©tude qu’il cite ne porte que sur les États-Unis. On peut conclure provisoirement que le phĂ©nomène est en baisse, avec tout de mĂŞme une forte rĂ©serve: le temps passĂ© entre les crimes commis et leur dĂ©nonciation publique peut souvent se mesurer en dĂ©cennies. Mais mĂŞme s’il est en baisse, on ne peut pas prĂ©tendre qu’il n’existe plus.

      Ensuite, parce que cette grille d’analyse conduit inĂ©vitablement Ă  minimiser la gravitĂ© de la situation. Un seul des crimes rĂ©vĂ©lĂ©s ces dernières annĂ©es suffit Ă  constituer un immense scandale! Parler d’un phĂ©nomène en forte diminution signifie qu’on s’y habitue, que les victimes sont rĂ©duites Ă  l’Ă©tat d’une statistique; ou, pire, qu’on le voit comme un problème passĂ© qui est en train de se rĂ©gler tout seul.

      Enfin, parce que cette focalisation sur la frĂ©quence des crimes met le projecteur sur le mauvais sujet, concernant les rĂ©formes nĂ©cessaires dans le fonctionnement de l’Église. Les crimes des prĂŞtres n’engagent que leur responsabilitĂ© individuelle et pourraient ĂŞtre combattus avec un examen plus strict des candidats Ă  la prĂŞtrise (c’est dĂ©jĂ  en place). Mais le vrai sujet qui exige des changements, c’est l’attitude de l’institution et de sa hiĂ©rarchie face Ă  ces situations. Des Ă©vĂŞques, des cardinaux, la structure dans son ensemble ont ignorĂ©, dissimulĂ©, nĂ©gligĂ© ces situations, et protĂ©gĂ© les criminels. C’est cela qui justifie une profonde remise en question.

  • @ koz

    Mon antienne n’est pas l’homosexualitĂ© et rien de ce que j’ai Ă©crit Ă  ce jour ne justifie une telle insinuation. On estime que le pourcentage de clercs ayant une orientation homosexuelle (whatever that means) est deux Ă  trois fois supĂ©rieur Ă  celui de la population gĂ©nĂ©rale. Hors il n’y a aucun indice que les abus soient plus frĂ©quents au sein de l’Église que dans les autres institutions. Il est donc clair que la question de l’homosexualitĂ© ne peut pas ĂŞtre la piste prioritaire Ă  explorer.

    Je persiste : le refus, sous prĂ©texte de ne pas chercher d’excuses, de considĂ©rer ce qui s’est passĂ© et se passe en dehors de l’Église conduit Ă  privilĂ©gier des pistes de solution qui n’ont rien d’Ă©vident.

    On conteste les donnĂ©es disponibles. Elles sont fragiles, mais au moins aux US la tendance Ă  la baisse est difficilement contestable et le comportement de la hiĂ©rarchie y a beaucoup changĂ©. Je ne pense pas qu’en France il y ait encore beaucoup de prĂ©lats qui aujourd’hui choisiraient la dissimulation. Que je sache, personne n’accuse Barbarin de s’ĂŞtre comportĂ© de façon irresponsable pour les cas commis quand il Ă©tait en charge. Le passĂ© est une autre histoire et il ne s’agit certainement pas de chercher Ă  le dissimiler ni d’en minimiser la gravitĂ©.

    Il serait bon pour tous, pas seulement pour les catholiques, qu’un effort d’ensemble soit entrepris pour documenter le phĂ©nomène. C’est difficile, mais il serait par exemple important de comprendre si oui ou non il y a eu Ă  l’Ă©chelle de la sociĂ©tĂ© un effet « mai 68 » sur la frĂ©quence de ce type d’abus. Et pour rĂ©pondre, des ordres de grandeur suffisent et il n’est pas besoin d’avoir des donnĂ©es sur toutes les institutions dans tous les pays… Il y a bien d’autres questions Ă  se poser, mais ce n’est pas le lieu d’en faire la liste.

    Je n’ai rien contre le principe de donner plus de place aux laĂŻcs et en particulier aux femmes dans l’Église. Il est Ă©minemment souhaitable que les clercs ne se prennent pas pour le Dieu qu’ils sont sensĂ©s servir. Mais enfin, si des institutions oĂą les femmes ont toute leur place et oĂą le clergĂ© au sens catholique du terme n’existe pas ont connu et connaissent encore les mĂŞmes problèmes, il n’est pas Ă©vident que les rĂ©formes mises en avant, quels que soient par ailleurs leurs mĂ©rites sur d’autres plans, contribuent rĂ©ellement Ă  la solution.

    J’ai vĂ©cu l’Ă©poque oĂą l’on expliquait doctement que la prĂ©sence grandissante des femmes en politique, ou dans les directions d’entreprise, augurait d’un adoucissement des mĹ“urs. Et oĂą les primaires, en donnant la parole aux citoyens, Ă©taient prĂ©sentĂ©es comme le remède contre la politique d’appareil.

    Je ne conteste pas la nĂ©cessitĂ© d’une profonde remise en question. Mais pour commencer peut-ĂŞtre faut-il se garder de sauter sur les premières solutions qui tombent sous la main.

    • Bon. Puisque j’ai prĂ©sumĂ© de ton intention, je te prie de m’en excuser.

      Pour ce qui est de l’Ă©tude d’ensemble, et des « solutions », on ne peut pas non plus faire comme si nous partions de rien. Le texte de Mgr Eric de Moulins Beaufort, paru dĂ©but 2018, est dĂ©jĂ  une tentative de comprĂ©hension et de propositions notable. VĂ©ronique Margron ne ‘saute pas sur les premières solutions qui tombent sous la main ». On est tout Ă  fait en droit de ne pas partager ses propositions, mais elles puisent dans des annĂ©es d’Ă©coute et de proximitĂ© avec ces questions… que bien souvent, Ă  l’inverse, nous avons refusĂ© de voir. Et si l’on veut poursuive, je viens de commencer « L’Eglise catholique face aux abus sexuels sur mineurs », de Marie-Jo Thiel, qui est une Ă©tude globale.

      Et puis, il ne faut pas non plus s’inquiĂ©ter outre mesure de la possibilitĂ© de « sauter sur les premières solutions ». Avant qu’un dĂ©but d’action soit mis en Ĺ“uvre, des mois se seront Ă©coulĂ©s, qui permettront d’approfondir la rĂ©flexion.

    • Cela fait plus de vingt ans en France (et plus longtemps encore aux États-Unis) que personne ne saute sur la première solution venue. On ne peut certainement pas dire qu’on ne s’est pas donnĂ© le temps de la rĂ©flexion.

      Cela dit, je ne dis pas, non plus, qu’il faut simplement faire ce que le public voit comme solutions Ă©videntes (mariage des prĂŞtres, prĂŞtrise pour les femmes, etc.) De tels changements peuvent ĂŞtre envisagĂ©s, mais ils semblent surtout correspondre Ă  un point de vue Ă©tabli de longue date, avant la rĂ©vĂ©lation de ces affaires – l’analogie est Ă©vidente avec « le poumon, le poumon, vous-dis-je » (mais… si je peux me permettre, en passant: voir dans tout cela les consĂ©quences de « l’esprit de 68 » ressort d’un Ă©tat d’esprit au fond très similaire).

      • J’ai mentionnĂ© « mai 68 » parce que la question du « pic », s’il Ă©tait confirmĂ©, y est liĂ©e.

        Dans mon texte, la phrase juste après est :

         » Il y a bien d’autres questions à se poser, mais ce n’est pas le lieu d’en faire la liste. »

        Si on voulait bien cesser de me prêter des pensées cachées qui ne sont pas les miennes, ce serait un vrai progrès.

      • Hum. J’avais en mĂ©moire bon nombre de remarques, au fil des ans sur ce blog, pour accuser mai 68 d’ĂŞtre la source de divers maux du monde actuel. Mais ma mĂ©moire est ce qu’elle est, faillible, donc il se peut que ces remarques ne soient pas de vous. Auquel cas, je vous fais mes excuses.

      • Si on voulait bien cesser de me prĂŞter des pensĂ©es cachĂ©es qui ne sont pas les miennes, ce serait un vrai progrès.

        Avec mes humbles excuses rĂ©itĂ©rĂ©es. Je dois dire que, voyant passer des argumentaires proches, j’ai peut-ĂŞtre tendance Ă  faire parfois des liens trop rapides.

        En ce qui concerne le « pic », je suis en train de lire le livre de Marie-Jo Thiel, L’Eglise catholiques face aux abus sur mineurs, et j’ai tendance Ă  penser que, si pic il y a, sur la pĂ©riode longue, il n’est pas très notable. Les annĂ©es 70 semblent bel et bien avoir Ă©tĂ© une pĂ©riode d’augmentation des agressions sexuelles sur mineurs, liĂ©e Ă  l’Ă©tat de la sociĂ©tĂ© et Ă  la dĂ©fense de la « pĂ©dophilie » par certains. Mais le phĂ©nomène ne semble ni nouveau ni minime auparavant.

  • D’accord pour ces 12 travaux, et oui aux mesures organisationnelles, mais elles auront toujours pour limite les personnes chargĂ©es de les mettre en place et de les appliquer.

    Vous écriviez récemment : « L’Eglise est tout de même cette rare institution dans laquelle l’évêque conjugue à la fois l’exécutif, le législatif et le judiciaire. »

    Mais Mgr Barbarin se dĂ©fendait justement d’avoir bien communiquĂ© Ă  Rome sur les affaires dont il avait eu connaissance: l’Ă©vĂŞque concentre-t-il vraiment tous les pouvoirs ?
    Il semble que les textes « législatifs » ne lui manquent pas, pensés à Rome.

    Tant que l’Eglise sera dirigĂ©e par l’Ă©vĂŞque de Rome, vicaire du Christ -et c’est la volontĂ© du Christ, instituant Pierre pour affermir la foi de ses frères-, alors beaucoup dĂ©pendra de cet homme, notamment en cette matière d’abus sexuels.
    C’est le pape qui reverra ou pas l’exercice du pouvoir dans l’Église -en six ans, il a dĂ©jĂ  nommĂ© son « C9 », loin d’ĂŞtre dĂ©cisif en la matière, mais n’a pas (encore ?) promu laĂŻcs ou religieuses Ă  des postes importants.

    Je me rĂ©pète, mais hĂ©las, le pape actuel ne montre absolument pas un exemple personnel, ni dans le domaine de l’attention aux victimes (Ă  Buenos Aires), ni dans celui de la sanction des prĂŞtres fautifs, Mgr Bergoglio Ă©tant lui-mĂŞme impliquĂ© dans certaines affaires.

    Prions pour le pape.

    Par ailleurs, souvenons-nous de quelques rĂ©actions sur ce forum Ă  la lettre de Mgr Vigano l’Ă©tĂ© dernier.
    Comment osait-il, surtout dans le contexte d’efforts particuliers du pape, alors en Irlande ?
    Certains se concentraient sur la forme de la lettre, sur les intentions réelles ou supposées de Mgr Vigano, plus que sur le fond: le comportement criminel de Mc Carrick, démontré sur une large période, mais non sanctionné.

    Quelques mois plus tard, Mc Carrick a Ă©tĂ© rĂ©duit Ă  l’Ă©tat laĂŻc.
    Le silence, le clĂ©ricalisme, la sacralisation sont aussi dans nos manques d’attention aux dĂ©nonciations.

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