Nos vies valent plus que leurs contrats

Ce 1er novembre, plus de 175 associations de bénévoles en soins palliatifs se sont unies pour dire leur opposition à l’euthanasie. Au cours des échanges que cet appel a suscités, l’un de mes interlocuteurs jugeait insupportable que des personnes – dont moi – « s’immiscent » entre la demande d’euthanasie d’un malade et son acceptation par un médecin, développant une vision très contractuelle et très actuelle des relations sociales.

Coïncidence éclairante : une revue médicale internationale, le World Medical Journal, a publié un article de médecins palliativistes canadiens soucieux d’alerter l’opinion internationale sur les bouleversements subis par leur société en seulement deux ans de légalisation de l’euthanasie.

Comment qualifier l’attitude de ce médecin urgentiste qui, face à une jeune fille polyhandicapée en crise, rappelle à sa mère que le suicide assisté est désormais légal, et demande à la fille : « Sais-tu à quel point tu es malade ? » ? Celle du personnel hospitalier qui, pour des raisons financières, ne permet pas à un malade de recevoir les soins nécessaires mais lui demande s’il n’envisagerait pas plutôt le suicide assisté ? Que penser de ces médecins québécois qui, décidant d’interpréter les tentatives de suicide comme des refus de soin, laissent mourir des patients qu’ils pourraient sauver ? Ajouterai-je le témoignage d’une amie dont la famille au Canada a dû, cet été, retirer la grand-mère d’un hôpital face aux propositions pressantes et réitérées d’euthanasie ? Tous ont résisté. Mais combien cèdent ?

Ces médecins pointent encore les pressions qu’ils subissent : les précaires et résiduels garde-fous déjà requalifiés en « mesures dissuasives » qui feraient « barrière » à l’accès à l’euthanasie, la menace d’exclusion de la profession médicale pour les médecins qui refuseraient de collaborer indirectement à une euthanasie, acte passé sans transition de crime à droit de l’homme.

La rhétorique du choix est un leurre. Même le consentement du malade, s’il soulage les autres de leur responsabilité, n’est pas la garantie que l’on voudrait. L’homme n’est pas cet individu « pur et parfait » que fantasment nos libéraux-libertaires : il vit d’interactions sociales, et notamment de pressions, explicites ou insidieuses. Alors oui, il est un devoir impérieux pour une société de se lever afin de protéger ses membres les plus faibles.

unsplash-logoMiguel Bruna

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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6 commentaires

  • Il y a 25 ans, les médecins hollandais culpabilisaient systématiquement les familles de grands malades ou de vieux par un discours que mon mari et moi traitions de protestant productiviste. Vous aimez votre parent, certes, mais évaluez combien sa survie coûte à la collectivité. Il a déjà coûté tant de mètres de routes, tant d’heures d’ecole etc etc..A contrario, il y avait les familles (du vécu je l’avais conté à Odile) préférant financer leurs vacances et l’universite Étrangère d’un enfant plutôt que payer une part de grosse opération du grand père. Il a 73 ans, il a vécu, ça suffit. J’en ai 73 aujourd’hui et ça fait bizarre…C’est une mentalité que les cathos n’ont pas, car ils respectent la parcelle divine qui clignote en l’etre humain.

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    • Et ce type de pressions n’est jamais évoqué. Pourtant, à l’évidence, elles sont de nature à vicier insidieusement le « consentement » tellement mis en avant. Les militants de l’euthanasie ont une vision tellement désincarnée d’un « individu pur et parfait », à l’image de la concurrence du même nom, prenant ses décisions de façon éclairée et libre. Au-delà de l’acte que l’on peut rejeter par principe, il y a la réalité d’un basculement des opinions et des sociétés. La Belgique ne fait pas tellement mieux en la matière, et plusieurs médecins se sont plaints du fait que la mentalité euthanasique s’infiltre partout, qu’ils se trouvent mis en accusation du seul fait de s’y opposer, et que l’euthanasie devient peu à peu la façon ordinaire de mourir.

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    • Il y a plus de catholiques que de protestants aux Pays-Bas. La majorité de la population se déclare même sans religion. On vit encore avec une représentation du XVIIe siècle, pour ainsi dire.
      Donc le lien entre protestantisme et propension à l’euthanasie me semble assez ténu. Par contre avec une évolution générale de la société vers beaucoup moins de société … « There is no society »disait Maggie.

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  • C’est au Canada, après la Belgique, que l’on découvre la vraie pensée de ces libre-penseurs d’aujourd’hui. Au nom de la « Science », ils veulent changer l’Homme en un dieu.  » TU DOIS PENSER ET FAIRE CE QUE JE TE SOUFFLE DE FAIRE ».Il est grand temps de se lever contre ce MAL. La pensée unique v, par ses excès, fait découvrir son véritable but.

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