Quand un aveugle en guide un autre

« Si ce texte devait promouvoir l’euthanasie comme vous le croyez, je ne l’aurais pas voté ». Telle est la réponse qu’a apportée mon député à mon interpellation. « Bien évidemment, l’euthanasie est interdite et elle le restera » car, m’écrit-il, l’euthanasie serait le fait de « mettre fin à la vie du malade sans tenir compte de [son] avis » (appelons cela un meurtre). Non, ce qui a été proposé au vote, ce serait une « fin de vie libre et choisie », une « assistance médicalisée à mourir ». Et il y a davantage qu’un refus d’assumer la réalité dans ces périphrases hypnotiques.

En 2014, dans l’émission Compléments d’Enquête, le Pr Wim Distelmans, président de la commission belge de contrôle de l’euthanasie lâchait, sur le ton de l’évidence : « les cas déclarés sont tous en conformité avec la loi. (…) Les cas douteux évidemment, les médecins ne les déclarent pas, alors on ne les contrôle pas ». Comment s’étonner que les retours officiels soient positifs, quand l’unique organe de contrôle a pour politique de fermer les yeux ?

L’un comme l’autre se refusent à nommer et renoncent à voir. Mais il y a plus grave qu’un aveuglement volontaire et une commode euphémisation dans ces positions. Le parlementaire comme le médecin, eux qui nous guident dans cette affaire, jettent un voile sur notre entendement. Quand le premier invoque une « assistance médicalisée à mourir », il entretient une confusion rhétorique volontaire. Car demain, on pourra prétendre que le médecin qui soigne ou celui qui tue offrent une même « assistance médicalisée à mourir ». On attendra du premier qu’il aille au bout d’une démarche prétendument commune puisque l’on aura jeté sur elle la plus grande confusion. Il y a pourtant des personnes qui ont les yeux grands ouverts sur la fin de vie. Les soins palliatifs sont le lieu de l’humilité, de l’écoute et de la nuance. Là, on sait la part de mystère de chaque fin, on connaît l’ambivalence des demandes. On cherche la vérité au-delà des mots, quand la demande de mourir s’avère même, parfois, une dernière raison de vivre. Et l’on sait qu’il ne sera pas humainement possible de s’impliquer aussi pleinement aux côtés d’un malade auquel on serait appelé ensuite à donner la mort.

Ce sont ces personnes qu’il nous faut suivre, et non notre député ou notre médecin, tant il est vrai que « quand un aveugle guide un autre aveugle, on les voit tomber tous deux dans la fosse ».

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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2 commentaires

  • D’accord en tout avec votre point de vue.

    Ces lois sociétales sont totalement imprégnées d’hypocrisie politicienne, de la destruction de l’existant sans recherche d’un mieux pour la société dans son ensemble, la gauche étant particulièrement intéressée par des postures qui clivent en réglant des cas si possible peu nombreux qu’on promeut en symbole, mais qui ont pour conséquence de ruiner pas à pas les bases de la société, notamment parce qu’est privilégier le lyrisme sur le concret des choses.

    Ainsi dans le cas de l’euthanasie , tout médecin est trop impliqué par son service, est aussi trop habitué à la mort et s’est forgé un point de vue trop personnel de ce qu’est une vie bonne, pour être un arbitre juste. Déjà il trie de fait à l’entrée quoiqu’on en dise, il ne faut pas le tenter de trier à la sortie. Il faut donc décharger le médecin de la décision.

  • Je voulais vous remercier pour vos postes sur l’euthanasie, ou le suicide assisté. Si je suis plutot spontanément pour l’euthanasie, les limites que vous soulevez sur les difficultés à contrôler dans les fait la partie volontaire de l’euthanasie, m’incitent désormais à limiter de façon très forte les possibilités, au point de les limiter aux personnes qui auraient de tout façon d’autre moyens de se suicider.
    Je vous remercie donc de m’avoir permis d’évoluer sur mes positions concernant ce sujet. Les conséquences d’une loi mal écrite serait dangereuse, et il semble quasi-impossible de mettre au point un système garantissant effectivement la liberté – jusqu’au dernier moment – de ceux qui font ce choix, et leur protection contre ceux qui penserait respecter leur avis sans savoir si il a évolué.
    Auriez-vous des articles de journaux, ou autre article sourcé, permettant de mieux partager cet argument auprès de proche ?

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