Le bon combat

Le même jour, la Conférence des évêques de France a annoncé l’adoption de plusieurs décisions dans sa lutte contre la pédophilie et l’association La Parole Libérée a fait part de sa dissolution, estimant avoir fait tomber un tabou. Quoi qu’on en ait pensé, reconnaissons que l’une et l’autre « combattent le bon combat ». Et reconnaissons aussi que nombre d’entre nous, à commencer par l’auteur de ces lignes, sont passés par des sentiments variés à l’égard de cette association, en commençant par l’incompréhension voire l’hostilité. Ce bon combat n’a pas toujours employé les bonnes armes. Certaines mises en cause de La Parole Libérée n’ont pas été justes.

Mais peut-on attendre de personnes si intimement blessées qu’elles n’usent que de la juste mesure, dans le respect des bonnes conventions ? N’est-ce pas ainsi que l’on a décrédibilisé trop de victimes, refusant de voir que leurs excès puisaient à leur souffrance ? Dans leur dernière lettre aux catholiques de France les évêques ont placé les actes pédocriminels et l’indifférence voire la complicité passive dans laquelle ils se sont déroulés au juste niveau : une infraction au commandement divin « Tu ne tueras point ». Alors il faut accepter que la rage contre le mur du silence, du déni et une certaine onctuosité cléricale aient pu produire des écarts. La page que La Parole Libérée referme est une page sans pareille dans l’histoire récente de l’Eglise, dans notre histoire personnelle. Aurions-nous ouvert les yeux si elle ne l’avait pas écrite ?

Depuis des mois, les faits soulignent que les agressions sexuelles sur mineurs ne sont pas l’apanage de l’Eglise. Leur dénégation non plus. Cela n’efface pas la gravité spécifique qu’elles recouvrent lorsqu’elles sont commises en son sein. Mais, en attendant le rapport de la CIASE, la dissolution de La Parole Libérée et les décisions prises par la Conférence des évêques de France témoignent que les yeux sont décillés et que l’action – aiguillonnée par d’autres associations, telle Parler et Revivre, plus discrète mais non moins active – est résolument engagée, de façon plus pérenne que dans nombre de secteurs de notre société. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons faire de l’Eglise ce qu’elle aurait toujours dû être : « une maison plus sûre ». Et alors, un jour peut-être, elle pourra lire pour elle-même ce texte jusqu’au bout : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de la justice » (2 Tim 4, 7).

Photo by Laura Fuhrman on Unsplash

Chronique en date de quelques jours plus tôt voire la semaine d’avant

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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