C’était août en novembre

Quelle douceur, mes aïeux ! Après un été magnifique, la Toussaint a bien voulu darder des rayons inattendus sur nos esprits fatigués de la rentrée. C’est le bon côté du dérèglement climatique. Le mauvais étant que nos enfants ne verront jamais la Mer de Glace. Préjudice esthétique, certes, quand le Vietnam perdra 24.000 km² d’ici 2100, que disparaitront des îles du Pacifique, et qu’éclateront conflits sociaux et armés. Alors, certains jettent de la sauce tomate sur des tableaux, collent leur tête au mur. L’absurdité de ces actions en dit long sur l’angoisse de ceux qui les commettent. Partout, la radicalité est en débat. Convainc-elle plus qu’elle ne dissuade ? Si la passion stimule, il faut de la raison dans l’action.

Certaines évolutions surprenantes empruntent au pragmatisme : ainsi le nucléaire rejeté par les ¾ des électeurs écologistes en 2021 est aujourd’hui soutenu par plus de la moitié d’entre eux (sondages Elabe des 3 novembre 2021 et 2022). Autre signe : dans un court essai – L’écologie n’est pas un consensus (Fayard) opportunément sous-titré Dépasser l’indignation – le politologue François Gemenne, ancien conseiller d’Yves Jadot, s’efforce de dessiner une feuille de route prenant acte des contradictions et défis du débat. Ainsi du fait que le dérèglement climatique préoccupe près de 80% des Français tandis que les écologistes gardent mauvaise presse. Ainsi de la nécessité pour les politiques de s’engager bien au-delà de l’échéance de leurs mandats, et au-delà des frontières de leurs pays. Il le souligne : l’application d’un programme écologiste ne fournirait pas de résultats tangibles à ses électeurs avant le scrutin suivant. Le constat est troublant mais, au regard des écueils ordinaires de l’action politique, il risque fort d’être juste : la solution ne pourra émerger dans le cadre contraint de la démocratie représentative. Toutefois si l’on ne peut espérer convaincre la majorité de l’ampleur des mesures nécessaires, une minorité active peut suffire à les rendre incontournables. Cette minorité agirait auprès des entreprises, parce que le dérèglement climatique aura un impact lourd sur leurs activités, et parce que beaucoup d’entre elles ont la capacité d’agir au-delà des frontières.

Ainsi, au-delà des buzz, le débat mûrit. Réjouissons-nous en, si l’on veut que les Toussaints de nos enfants soient encore douces seulement.

Chronique du 8 novembre 2022

Photo by Johan Arthursson on Unsplash

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