Table rase

Rétrospectivement, c’était prévisible. C’est toujours plus prévisible rétrospectivement. L’inconnu ne fait peur que lorsque le connu garde de l’attrait, et l’on ne craint de lâcher la proie pour l’ombre que lorsque l’on croit encore tenir une proie et qu’un tiens vaut vraiment mieux que deux tu l’auras.

Les Français n’en sont pas convaincus. Et ils ne sont pas les seuls. Qu’il s’agisse de Trump ou du Brexit, le goût de la restauration nationale va de pair avec une forme d’etpourquoipisme : « Vous n’allez pas voter pour ça ? Et pourquoi pas ? ». Pour ces législatives, à la suite de cette présidentielle, il en va un peu de même. Pourquoi éviter l’inconnu ? Le connu a-t-il fait ses preuves ? Nous avons une chance toutefois, une chance à saisir : notre dégagisme se teinte légèrement d’un peu plus d’espoir que de colère, d’un peu plus de reconstruction que de restauration.

Depuis dimanche, les champs de ruine le disputent aux larges horizons. La droite comme la gauche n’ont pas connu de pire déroute depuis 1981. Là où l’on promet au mieux 132 députés aux Républicains (et 95 au pire), l’Assemblée comptait 150 UDF et RPR en 1981. La faillite du Parti socialiste est la plus évidente – auquel on promet de 15 à 25 députés – mais l’on se demande encore à quel point elle est en trompe-l’œil, quelle est l’ampleur du lifting. Si le verre est à moitié vide, ou s’il est à moitié plein, et de quoi est-il plein.

Emmanuel Macron aura les coudées les plus franches qu’il se puisse imaginer : à 400 députés (hypothèse basse), il pourrait bien avoir encore 111 frondeurs au sein du groupe, il en garderait encore la majorité absolue sans avoir besoin d’alliance.

Parmi ces ruines, il en est encore dont vous m’excuserez de me soucier spécialement : la présence des chrétiens en politique. Nous savons ce que nous perdons, nous ne savons ce que nous avons. Les politiques chrétiens à l’Assemblée sont touchés comme les autres, peut-être plus que les autres. Car lorsque les députés ne sont pas balayés, ils ne se sont simplement pas représentés, en raison de la loi sur le non-cumul des mandats – et les plus portés au cumul n’étaient pas les plus jeunes, et donc élus d’une époque où le christianisme tendait à marquer davantage le personnel politique. Ce que l’on connaissait comme l’Entente parlementaire pour la famille est laminé, et même un jeune député pourtant compétent et engagé comme Julien Aubert est en difficulté.

Au-delà encore, seul un candidat de Sens Commun sur les six présentés atteint le second tour, et dans des conditions qui n’augurent rien de bon pour lui1. Jean-Frédéric Poisson, dans une circonscription plus-catholique-de-droite-qu’elle-t’as-que-Versailles, est qualifié mais n’atteint pas vingt points. François-Xavier Bellamy, à Versailles précisément, aura « fort à faire », comme l’on dit pudiquement.

Je vous le dis à vous, ne le répétez pas : ils n’ont pas été les seuls à mal dormir, cette nuit de dimanche. Ce score de Jean-Frédéric Poisson, cette « baffe comme rarement on en prend dans la vie politique » comme il l’a qualifiée, cette déroute d’un député compétent et profond, capable de montrer la diversité d’un point de vue chrétien en politique en marquant les débats par un regard social, face à une candidate, Aurore Bergé, pur produit de Twitter et de son époque, qui ne s’est singularisée que par sa capacité de dire l’inverse de sa famille politique, et puis encore le contraire de l’inverse quand cela l’arrangeait, ainsi que par ses fidélités successives, comme l’on nomme aujourd’hui l’infidélité répétée, ce triomphe du superficiel sur l’essentiel a occupé mon esprit jusque tard dans la nuit.

Il faudra se remettre de ces six mois de gâchis. Et se remettre en question, aussi. Toutes ces Unes sur le supposé « retour des catholiques » ne nous ont-elles pas occulté le monde ? Ce moment Manif aurait-il été un dernier baroud pris pour une reconquête, un dernier écran de fumée contre la réalité du monde ? Fallait-il penser que c’était à ce point le temps de l’identité ? Que la place des chrétiens, de droite du moins, était dans sa célébration ? Que l’avenir était à la « recomposition », aux rendez-vous de Béziers ? Je l’ai écrit plusieurs fois – ici et ailleurs – et personnellement à Jean-Frédéric Poisson : qu’était-il allé sacrifier sa singularité dans ces additions fantasmées, ces alliances erronées ? A la primaire ou aux législatives, beau résultat. Quand ils parlaient d’une « droite hors les murs », c’était donc hors ceux de la Cité ? Où est-il encore ce « mouvement dextrogyre » doctement avancé par celui qui fréquente, soutient et appelle de ses vœux une droite catho et identitaire ? Sur l’ensemble du pays, je conçois que les facteurs de la déroute soient multiples. Mais si l’on parle précisément de circos aussi spéciales que celles de Versailles, de Rambouillet, sans même parler de la Vendée qui l’héberge, où est donc ce mouvement irrésistible s’il ne fait même pas effet là-bas ? Ces débats occupent le petit milieu, son petit nombril, ils indiffèrent le vaste monde, la vaste France.

Il va falloir reconstruire. Semer où l’on ne récoltera pas. Partir d’en bas, panser les blessures – pas les nôtres, celles des autres. Être là, encore une fois, d’autant que l’on ignore tout des convictions éthiques des futurs élus, mais ne pas se contenter de cela. Chercher encore et toujours, en profondeur, ce que peut signifier être chrétien en politique, s’il s’agit de faire de la politique comme les autres, quel sens cela peut avoir pour nous et pour le monde, pour le pays.

Et, surtout, quel service on lui rend.


  1. Mise à jour : comme on me l’a signalé, leurs circonscriptions n’étaient pas spécialement « favorables » comme je l’avais écrit initialement. Il reste que leurs scores sont bien moindre que ceux de 2012, dans des circonstances similaires. Mon propos n’est pas de le leur reprocher mais de pointer l’illusion d’un positionnement forcément bien à droite []

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d'un titre. Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire - Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

52 comments

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    Réflexion ce matin dans mon monde socio-professionnel, de la part de patrons de forte culture catho : « LREM et LR, même programme économique peu ou prou. au moins, on aura des têtes neuves issues du monde socio-professionnel.  » moi « et le côté éthique/social ne vous fait pas peur?  » « bof, Macron n’aura pas le temps de s’engager sur ce terrain là. De toutes façons, les abstentionnistes seront rapidement dans la rue, autant qu’il ait la majorité pour réunir le congrès »

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    Paradoxalement, les députés « de sensibilité chrétienne » viendront plutôt de gauche (Bruno-Nestor Azérot bien parti, Dominique Potier pas trop mal placé)… Et sinon, de la droite de la droite (Emmanuelle Menard bien placée aussi). A droite, tout n’est pas perdu (ex : Valérie Boyer). Et je crois FX Bellamy capable d’une remontada !

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    IL n’est pas bon de défendre les vrais valeurs de l’évangile en défendant la vie , le respect humains sous toutes ces formes être le plus chrétiens possible , c’est être mis a l’index , faut il sans étonner croyons nous encore ? vivre avec des valeurs laïcs IL MANQUE QUELQUE CHOSE D’IMPORTANT POUR UN VRAI CHRÉTIEN AIMER SON PROCHAIN C’EST AUSSI AIMER DIEU SANS RESTRICTION SANS ÉLIMINER CE QUI NOUS DÉRANGE

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    Quelque chose nous a-t-elle occulté le monde ? Peut-être (1) bien. Mais faudrait-il encore que le monde en question soit « visible », discernable, lisible. Malgré tous les Attali et autres prévisiologues préchant de leur Olympe, le présent reste nébuleux et l’avenir incertain. Être Chrétien dans un monde plus que jamais flou dans les grands bouleversements, c’est peut-être (2) aussi consentir au sein même de l’Eglise locale à une irrévocable (?) éclatement des options chez des individus (au sens très moderne du terme) se réclamant pourtant d’une même foi et d’une même Visage. Je suis ainsi moi aussi frappé de constater chez les jeunes adultes de ces catholiques affirmés d’aujourd’hui, ce déconcertant mélange de tradition et de « post-modernité », de gestes identitaires et de comportement individualistes. Dont acte de cette contradiction, de cette sorte d’insaisissabilité du Chrétien lui-même. Peut-être (3) qu’il en a toujours été ainsi de la tension entre l’aspiration au Ciel et la mondanité du moment; mais rarement peut-être (4), qu’en nos temps étranges où l’on hésite, de plus, à qualifier le fameux monde en question : Renaissant; chargé d’une vitalité nouvelle qui implique mille conversions ? Ou agonisant : ses derniers feux masquant la nécrose ? Alors en effet, jeune ou ancien, comment se tenir, dehors et dedans, ne sachant exactement encore si l’on envisage un nouveau-né ou un chaud cadavre ? Alors en effet, trop de « peut-être » contraint et inhibe nos décisions jusqu’à nos votes. Mais il est à l’instant nécessaire pour éviter les impasses et discerner la vraie grand route. Car, au bout du compte, cela me semble valoir en politique comme en tout domaine pour être Chrétien aujourd’hui : faire de chacun un éclaireur mais lui ménager un Centre où s’originent et se retrouvent les pistes. Plus profondément encore que dans les urnes.

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    @ Marsollier:

    Désolé, mais je n’ai rien compris.

    Bon sinon, je dois dire que moi qui aime le chaos, je suis plutôt servi. Je ne regrette que l’absence d’une raclée pour Valls.

    Enfin, je ne comprends toujours pas pourquoi on s’obstine à identifier les catholiques, donc les « universels » foutredieu, à Sens commun, la Manif pour tous et au Poisson (qu’il soit le vendredi ou les autres jours). Si cette nouvelle assemblée, qui secoue les habitudes et envoie paître des caciques, pouvait impulser un petit quelque chose qui ressemble à du changement : plus de femmes, plus de justice, plus de jeunes, moins d’inégalités, etc., ce serait, et je marche sur des oeufs en l’écrivant, un progrès.

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    Dur constat. Nous, catholiques, sommes finalement peu de choses, numériquement parlant.

    Et pourtant, il suffit d’un peu de sel pour donner du goût à un plat. Alors, plutôt que de nous lamenter, il va falloir remonter nos manches. Tout est à faire, tout reste à faire, avec en ligne de mire qu’il est donc possible de partir de rien, et de gagner tout.

    La table est rase, à nous d’apporter notre salière pour que la soupe qui nous soit servie ne soit pas trop insipide, ou infâme… 😀 (Bon et maintenant, j’ai faim alors qu’il est à peine 16h…!!!)

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    Pour le coup, est-ce vraiment l’ambigüité identitaire qui est en cause ? N’est-ce pas plutôt l’ambigüité Uber ? Cette droite “catholique” qui se satisfait très bien des inégalités et qui met la finance au centre de ses perspectives au détriment du social. D’un certain point de vue, ce sont les mêmes ambigüités qui ont valu tant de trahisons aux républicains. La trahison d’une NKM, d’un Bournazel ou d’un Le Maire était déjà en germe dans les positions qu’ils tenaient dans leur parti.

    D’un certain point de vue, la recomposition en cours va obliger les partis d’opposition à se situer sur des projets politiques cohérents. Et accessoirement, elle peut être une chance pour des sens commun et autres groupes ayant une vision cohérente du monde.

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    Oui, il n’y aura pas de réplique sismique de la Manif… en 2017. Il est clair qu’il va y avoir un problème de biodiversité et qu’on va chercher la salière… Mais ne regrettons pas les années Manif, il faut encore être patient : 68 n’a déferlé qu’en 1981… Ce que nous avons fait avait un sens. L’hypocrisie a changé de camp : qui aurait pu penser que des féministes, des socialistes, des écologistes et des tiers-mondistes se tairaient sur les mères porteuses et les trafics d’enfants ?! Depuis, il y a eu laudato si. L’écologie integrale fournit un nouvel espace au PCD, à Sens commun et même aux identitaires les plus lucides qui sauront observer le lien de plus en plus étroit entre immigration et changement climatique. Élargissons l’espace de la tente !

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    Je trouve toujours sidérant la capacité des hommes politiques qui se disent chrétiens à être absents des débats. C’est trop facile d’expliquer que c’est la faute des autres s’ils sont inaudibles. Pourquoi s’étonner qu’ils ne soient pas élus alors qu’au contraire, si leurs propos étaient vraiment sensés et cohérents, ils devraient en théorie déclencher l’adhésion la plus large ? Pour moi, JP Poisson est l’archétype du looser: il a été incapable de convaincre à la primaire de droite, s’est fait coller rapidement une étiquette de catho versaillais ringard, et finalement est marginalisé. Un peu aussi comme Fillon qui fait le contraire de ce qu’il dit, et a démontré suffisamment son incapacité à différencier moralité et légalité. Pour moi, ces deux zouaves sont les grands fossoyeurs des politiques chrétiens.

    De manière générale, le problème actuel des chrétiens est qu’ils sont d’abord bourgeois et raisonnent comme des bourgeois. Pour cette raison, ils ne rassembleront jamais.

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    il y a eu des refontes de circos et des parachutages de candidats calculés pour nuire aux plus fidèles -et dérangeants- des députés. il y a eu un marketing sauvage mais professionnel, un hold’up sur les indifférents et les ignorants, à coup de moyens financiers et médiatiques qu’un candidat normal ou un parti traditionnel ne pouvait pas concurrencer. il a été dit que Macron (ou EM) avait obtenu du président algérien d’envoyer des SMS à tous les binationaux pour les convaincre de voter Macron à la présidentielle (témoignages de personnes en ayant reçu). bref, avec la complicité des médias achetés et des juges (qui ne décompteront pas le vrai prix de cette campagne hors norme), on est tout simplement sortis de la démocratie. et si on cherche bien, on se rend compte que depuis 37 ans, c’était fait moins ouvertement, mais c’était déjà verrouillé. bref, une remise en question n’y fera rien. les primaires de la droite ont été dignes, la suite aussi, la gauche a été indigne comme jamais, et ils ont réussi leur mue comme prévu, c’était imparable.

    aujourd’hui, la rue et les fourches seront inopérantes face aux moyens techniques des gouvernements. Dieu seul nous sortira de là. et à mon avis, ce ne sera pas sans de nombreux martyrs.

    et j’aimerais vraiment me tromper !! on en reparle dans 10 ans…

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    Je comprends que tu t’intéresses au sort des députés dont tu te sens le plus proche, mais je ne crois pas que leur situation soit tellement particulière. Le désir de renouvellement avait été sous-estimé, sans doute – notamment par ceux qui prédisaient, dans les commentaires ici même, qu’Emmanuel Macron ne pourrait jamais rassembler une majorité, ou encore voulaient préparer un 3e tour avec cohabitation au bout. En tout cas, jamais les individualités n’auront semblé compter si peu, que ce soit celles des sortants ou celles des prétendants à leurs sièges. C’est le cas à gauche comme à droite: frondeurs ou disciplinés, écologistes ou tenants de la réindustrialisation, eurosceptiques ou pas, droite « forte » ou « humaniste », protectionnistes ou mondialistes, conservateurs ou libéraux, députés travailleurs ou absents, tout le monde a été considéré à peu près à la même enseigne. En fait, le seul moyen de se protéger contre la vague était d’obtenir une faveur de la part d’En Marche – ne pas se voir opposer de candidat.

    Dans ce contexte, je ne crois pas que les députés « de sensibilité chrétienne » aient été spécialement visés. Et c’est là que je serai un peu plus dur dans le jugement politique: certains d’entre eux l’ont bien mérité. Il était profondément choquant de voir les gens de Sens Commun refuser de choisir au second tour: que vaut un représentant du peuple qui ne veut même pas révéler un choix aussi fondamental? Que vaut la morale de celui qui laisse ses amis choisir l’abstention, autrement dit, accepte la décision du reste de l’électorat comme si cela était indifférent?

    Plus généralement, je crois que bien des chrétiens se sont fourvoyés en laissant une identité politique et des calculs politiciens prendre le pas sur leur engagement le plus fondamental. Cela fut le cas de M.Poisson, comme avant lui celui de Mme Boutin, ralliée à Nicolas Sarkozy par détestation de la gauche au moins autant que pour obtenir un poste. Toutes proportions gardées, j’y vois un parallèle avec la droite religieuse américaine, qui a assumé presque unanimement la banqueroute morale absolue qu’est le soutien à Donald Trump – ceux-là même qui liquidaient la carrière de tout politicien coupable d’infidélité conjugale se sont ralliés à un homme qui représente la négation de leurs valeurs essentielles. En France, on n’en est pas encore là, mais la direction est la même: qu’est-ce que leur vision chrétienne de la société a gagné, lorsque ces députés se sont raccrochés désespérément à Nicolas Sarkozy, avant de jeter cinq ans plus tard leur dévolu sur François Fillon? Ils en sont venus au statut de repoussoir, la « droite catho » étant désormais une étiquette inquiétante, quand ce n’est pas vu tout simplement comme le chemin le plus court vers Marion Maréchal-Le Pen.

    De fait, je trouve réjouissant que même à Neuilly, même à Rambouillet, même en Vendée et dans l’inexpugnable XVIe, ceux qui se croyaient intouchables se voient bousculés. Il ne sont pas plus propriétaires de leurs valeurs que de leurs sièges, et il était temps que l’on s’en aperçoive.

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    Depuis longtemps maintenant il n’y a pas de parti démocrate chrétien de masse en France. Si un jour il y en a un qui fait entre 10 et 15% aux élections c’est qu’il aura surmonté deux difficultés: ne pas être un parti de chrétiens sans le Christ, ne pas être un parti de chrétiens pour qui aimer son prochain c’est aimer uniquement Dieu. Mon côté ancien instit un jour instit toujours invite les lectrices et lecteurs de ce blog à lire et re-lire François Mauriac quand il « parle » politique.

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    do a écrit :

    ec la complicité des médias achetés et des juges (qui ne décompteront pas le vrai prix de cette campagne hors norme)

    Contrairement à 2012 avec Sarko vous voulez dire ?

    Je suis fasciné par le retour immédiat du discours complotiste, dès lors que les élections n’ont pas marché comme on le souhaitait. Le raisonnement est le suivant : « j’ai raison, par définition, car je suis la voix du Progrès (si vous êtes de gauche), ou de Dieu ou de l’Eglise (si vous êtes catholique), ou de la Tradition ou de l’Ordre (si vous êtes de droite) ; les Français doivent reconnaître la raison, puisque sinon le système démocratique s’écroule et on n’a rien à la place ; si je perds, c’est donc que les médias/les jésuites/les francs-maçons/les juifs/les élites corrompues/etc. (rayez les mentions inutiles) ont fait pression ; j’ai perdu, donc complot.

    Un mien collègue, professeur de philosophie, au lycée et à l’université catholique, catholique sincère lui-même, probablement plus conservateur que moi, a fait toute la campagne pour Macron, ayant raisonné que l’idée de faire appel à un centre élargi, à un homme qui est moins que d’autres issu de l’endogamie politique (Fillon est, quoi, député depuis 1981 ?? sans rire ? ), etc., était la meilleure idée de cette campagne. Plutôt que d’y voir un complot, voyez-y l’échec invraisemblable de la droite comme de la gauche. Et la recherche d’une troisième voie, heureusement moins fermée et national-protectionniste que l’alternative.

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    @ Gwynfrid : mon propos n’est évidemment pas là. Je n’imagine pas que l’on ait spécialement voulu viser les candidats chrétiens – même si Sens Commun en a, aussi, pris plus dans la tête qu’il ne le méritait. Je relève surtout que la « droitisation de l’électorat », le « mouvement dextrogyre », autant de mouvements que l’on présentait comme indispensables et inexorables, ne le sont aucunement et n’ont protégé en rien ceux qui s’y sont livrés, pas plus qu’ils n’ont permis de rencontrer l’adhésion des électeurs. Et je relève surtout que cela est vrai dans des circonscriptions qui, pourtant, auraient dû se montrer plus que réceptives.

    Alors, non seulement je ne partage pas la nécessité ressentie par certains de se barrer à droite mais, quand je regarde les résultats, je constate qu’il n’y a aucun bénéfice stratégique à en attendre – l’argument stratégique étant avancé par certains pour faire taire les réticents.

    Maman BCBG a écrit :

    Dur constat. Nous, catholiques, sommes finalement peu de choses, numériquement parlant. Et pourtant, il suffit d’un peu de sel pour donner du goût à un plat.

    Je pense en effet que c’est un constat qu’il faut faire, et que certains doivent cesser de s’entretenir dans l’illusion de pouvoir faire peser un quelconque « vote catholique ». Non seulement il n’est pas et n’a jamais été uniforme mais il ne pèse pas. Paradoxalement, ceux qui dénoncent le plus fortement une société déchristianisée continuent de fantasmer une possibilité de pression des chrétiens. J’ai dans l’idée que cela tient aussi à l’un de leurs autres fantasmes : « la France est chrétienne ». Il suffirait donc de réveiller sa réalité endormie. Or ça ne fonctionne pas. Donc ne nous entretenons pas là-dedans. Prenons acte de notre minorité, faisons ce que nous pouvons, et tâchons aussi de rendre service au pays, plus que de lui expliquer la vie (je distinguerais d’ailleurs à cet égard l’action associative et l’action politique car les catholiques sont très actifs associativement et rendent service, mais ce n’est pas le discours politique qu’ils renvoient). Cela nous rendra peut-être plus audible. Fabien a écrit :

    Pour le coup, est-ce vraiment l’ambigüité identitaire qui est en cause ? N’est-ce pas plutôt l’ambigüité Uber ? Cette droite “catholique” qui se satisfait très bien des inégalités et qui met la finance au centre de ses perspectives au détriment du social.

    A vrai dire, ne pourrait-on pas lier les deux ? Le rapport identitaire à la religion n’est-il pas de nature à empêcher d’en tirer toutes les conclusions ? Il y a bien d’autres facteurs bien sûr mais je ne vois pas d’opposition entre les deux points que vous évoquez.

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    Koz a écrit :

    Alors, non seulement je ne partage pas la nécessité ressentie par certains de se barrer à droite mais, quand je regarde les résultats, je constate qu’il n’y a aucun bénéfice stratégique à en attendre – l’argument stratégique étant avancé par certains pour faire taire les réticents.

    Absolument d’accord sur ce point. Cette tentation d’aller vers la droite « pour peser » est un exemple des calculs politiques auxquels je faisais allusion plus haut: ils se font au prix de la disqualification morale, et ils ne permettent même pas d’atteindre une victoire. On a et la défaite et le déshonneur… Je n’absous pas Sens Commun de cette faute, évidente dans le fameux meeting du Trocadéro.

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    « Il va falloir reconstruire. Semer où l’on ne récoltera pas. » Je me pose une question : qui va reconstruire, et qui va semer ?

    A titre perso, je vois autour de moi nombre de chrétiens (et d’autres), qui se sont engagés en politique, essentiellement dans la politique locale. Certains ont été élus lors des dernières élections municipales (un effet Manif ?), d’autres bien avant. Pour eux, il s’agit d’un véritable engagement, chronophage (je suis assez bien placé pour le savoir), gratuit ou presque (on ne rentre pas dans un conseil municipal pour faire fortune, loin de là), fatigant, … mais globalement enthousiasmant.

    Plusieurs d’entre eux m’ont fait part d’un véritable découragement : – découragés de voir d’anciens adversaires politiques se refaire une virginité sous l’étiquette « En Marche » – découragés de voir des personnes, ne s’étant jamais investies pour la chose publique, faire campagne pendant un mois et être élues aussi facilement – découragés de constater que le travail réalisé ces dernières années est si peu reconnu (même si « on entre pas en politique pour recevoir des gratifications ou de la gratitude ») – découragés de voir que Macron va concentrer tous les pouvoirs, ce qui ne manquera pas de se ressentir rapidement dans les politiques locales – découragés en pensant que ce mouvement de « dégagisme » n’a aucune raison de ne pas se poursuivre aux prochaines municipales en 2020

    Dans ces conditions, pourquoi continuer à donner de son temps, de son énergie, … de sa vie ? Pourquoi ne pas passer plus de temps avec ses enfants, avec ses copains ? N’y a-t-il pas des engagements moins ingrats que l’engagement politique ? Du coup, qui va reconstruire, et qui va semer à leur place ?

    J’ai beaucoup d’admiration pour JF Poisson, et j’ai apprécié sa déclaration post 1er tour. En particulier, j’admire le courage de celui qui se dit « Combattu, toujours ; battu, parfois ; abattu, jamais ». Pour autant, j’ai du mal à jeter la pierre à ceux qui, après avoir reçu une telle baffe électorale, et contrairement à ce que recommande l’Évangile, n’ont pas envie de tendre la joue gauche.

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    Moins de 15 % des inscrits, une perte substantielle de nombre de voix depuis le premier tour des présidentielles,.. vont probablement donner une majorité absolue à EM.

    Le pays est en lévitation.

    J’ai bien du mal à anticiper sur l’atterrissage qui nous attend, et d’ici là je me garde de conclusions définitives.

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    @irob : c’est exactement mon constat local aussi. Ça murmure sec au conseil municipal…

    et j’ai vu avec tristesse des candidats à leur propre réélection, dont je ne partage pourtant pas les idées mais dont je reconnais l’implication dans le travail, être méchamment dégagées.

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    Il faut voir ce que deviennent les chrétiens dans la nouvelle assemblée, qui sera fort disparate. .Les héritiers de Robert Shuman se trouvent au MoDem, comme Bayrou et Bourlanges. Avec tout le respect que je peux avoir pour Jean-Frédéric Poisson, son parti « démocrate chrétien » n’est pas issu de cette tradition sociale et européenne. Et Christine Boutin s’en est franchement écartée avec son vote pour l’extrême droite.

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    Aristote a écrit :

    Moins de 15 % des inscrits, une perte substantielle de nombre de voix depuis le premier tour des présidentielles,.. vont probablement donner une majorité absolue à EM

    J’ai vu beaucoup de tentatives pour déligitimer la future majorité sur la base de ce raisonnement. Certes, l’alliance EM-Modem a rassemblé seulement 15% des inscrits. Mais ses adversaires en ont eu entre 10% (LR-UDI-divers droite) et 6% (FN, FI-PCF, PS-EELV-divers gauche). Les vainqueurs ont perdu environ une voix sur six par rapport au 23 avril. C’est à comparer au FN et à FI qui en ont perdu largement plus de la moitié, et la droite plus du tiers…

    On peut à raison dire qu’il n’y a pas adhésion massive des Français pour la majorité gouvernementale, mais dans ce cas il ne faut pas oublier de souligner leur rejet massif à l’égard de chacune de toutes les autres options proposées.

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    @ Gwynfrid: Les vainqueurs sont les vainqueurs, c’est un truisme. Ils sont légitimes, au sens où une loi votée dans les formes par une majorité est légitime, ce qui n’implique pas que cette loi soit une bonne loi, et encore moins qu’elle soit morale.

    Reste que le pays est en lévitation, c’est-à-dire qu’à part la volonté de sortir les sortants, on est bien en peine de comprendre quelle projet est susceptible de rassembler au moins une petite majorité des citoyens.

    Et pour ce qui est de la moralisation, de l’abus de la confiance des sociétaires d’une mutuelle, à la fraude au diplôme en passant par le financement par l’Europe des permanents d’un parti et la pression sur les médias, on n’a pas vraiment l’impression que la gazette des faits divers ait beaucoup changé de contenu.

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    @ Gwynfrid : je ne suis pas aussi sévère que beaucoup sur le Trocadéro. Ils ont fait preuve de loyauté là où tout le monde se débinait, et pas pour des raisons de morale et d’éthique, simplement par lâcheté. Politiquement, l’hypothèse d’un « plan B » n’avait franchement rien de gagné.

    @ lrob : je peux comprendre leur amertume. Mais, s’ils sont entrés en politique après les Manifs, ie vers 2014, il est tout de même un peu tôt, en 2017 pour se décourager. C’est vrai que l’on ne veut pas que la politique devienne un métier mais, en même temps, cela tanne le cuir : quand on veut durer, on se prend parfois des énormes vestes, incompréhensibles.

    Je reste ému à un souvenir : il y a quelques années, un politique socialiste, Jo Spiegel, était venu témoigner dans le cadre d’une rencontre « chrétiens en politique ». Son engagement personnel, son implication faisaient vraiment plaisir à voir. Et il nous a aussi parlé de son échec lors d’une législative, alors qu’il était député sortant. Je lui avais alors demandé comment on gérait ça, quand on avait son sens de l’engagement. C’était dix ans avant, mais il a eu malgré tout les larmes aux yeux en en parlant.

    2020 ? D’ici là, de l’eau aura coulé sous les ponts. Qui sait ce qu’il en sera à l’époque. En Marche n’aura plus l’attrait de la nouveauté, ni la virginité.

    En revanche, je crains que beaucoup se soient illusionnés sur l’effet « Manif Pour Tous ». Beaucoup ont cru que, ça y était, l’heure était venue, la vague était là, ce qui d’une part était bien surévalué et, d’autre part, s’est heurté sur la détermination de toute une autre partie de la société ou de classe politique à accepter que les ex-LMPT soient autre chose que LMPT (voire autre chose qu’homophobe).

    @ Bruno ANEL : le PCD est « chrétien-démocrate » pas « démocrate-chrétien ». Je n’avais pas saisi l’ampleur de la nuance à l’époque. J’ai cru y voir une délicatesse : le refus de s’approprier un courant d’idées. En réalité, je pense surtout qu’une part conséquente de ses cadres rejetaient la démocratie-chrétienne. Jean-Frédéric Poisson a assez bien montré comme il s’en écartait. Et je préfère ne pas parler de Christine Boutin au risque de devenir grossier. Mais quand je vois qu’aux Européennes, avec Force Vie, elle s’était alliée au Parti de la France de Carl Lang, évincé du FN pour ses convictions « racialistes », je hurle intérieurement. Et c’est sans parler de tout ce dont elle témoigne constamment dans ses tweets.

    Aristote a écrit :

    Et pour ce qui est de la moralisation, de l’abus de la confiance des sociétaires d’une mutuelle, à la fraude au diplôme en passant par le financement par l’Europe des permanents d’un parti et la pression sur les médias, on n’a pas vraiment l’impression que la gazette des faits divers ait beaucoup changé de contenu.

    Bayrou n’aura pas attendu longtemps pour laisser percevoir la relativité de ses convictions. Il expérimente la difficulté qu’il y a à se prévaloir de la morale et de l’éthique en politique… et de passer aux actes. Sa défense est à la fois grave et cocasse : en somme, il légitime la duplicité. « Je suis ministre et citoyen », ‘je m’autorise à faire comme citoyen ce que je ne dois pas faire comme ministre ». Je fais pression mais il faut y voir du off. Pourquoi ? Parce que si c’était en on, ce serait un scandale. Donc, je m’autorise de façon occulte ce que la morale réprouve si c’est transparent. Et dans le même temps, je porte une loi dans laquelle je me fais le héraut de la transparence.

    Quant à la question même des assistants parlementaires, c’est assez pitoyable. Certes, je doute que le FN et le Modem soient les seuls partis concernés – ce qui ne rend pas la pratique acceptable. Mais le Modem se veut à la fois parlementariste et européen. Or là, il retire des moyens à des parlementaires et à l’Europe. Il nous explique aujourd’hui que le Parlement Européen prévoit qu’un assistant travaille en « circonscription ». Encore faudrait-il qu’il travaille dans les domaines d’activité d’un parlementaire européen. Faire financer par l’Europe le travail d’un permanent du parti, pour moi, cela a de fortes chances de relever de l' »abus de confiance » ie « le fait par une personne de détourner, au préjudice d’autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été remis et qu’elle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter ou d’en faire un usage déterminé ». Les fonds de l’UE ne leur sont pas remis pour faire de la politique nationale. C’est à confirmer en fonction des textes exacts et de la façon dont le travail de l’assistant parlementaire au Parlement UE est réglementé, mais cela me semble bien probable.

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    Je tiens à préciser que je ne pense pas qu’EM ou le personnel politique d’EM en général sont pires que « les autres ».

    Ma position lors de l’affaire Fillon n’était pas que Fillon était blanc, mais que tout bien considéré et eu égard aux faits reprochés à FF, il ne fallait pas rêver que Macron et EM se révéleraient moralement supérieurs à FF et son équipe. En conséquence, il était pour moi légitime de contester le programme de Fillon, pas de refuser de voter pour lui en raison de considérations morales.

    Je ne suis pas donc pas surpris par la gazette des petites affaires.

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    Koz a écrit :

    je peux comprendre leur amertume. Mais, s’ils sont entrés en politique après les Manifs, ie vers 2014, il est tout de même un peu tôt, en 2017 pour se décourager. C’est vrai que l’on ne veut pas que la politique devienne un métier mais, en même temps, cela tanne le cuir : quand on veut durer, on se prend parfois des énormes vestes, incompréhensibles.

    Je suis d’accord avec toi : pour celui qui veut durer en politique, et/ou qui aspire à des responsabilités importantes, une bonne baffe électorale peut être formatrice, fût elle injuste. A tout le moins, cela fait partie des règles du jeu.

    En revanche, on peut comprendre le découragement de celui qui ne veut pas en faire un métier, mais qui a juste choisi de donner de son temps, modestement et sans autre ambition que de tendre vers le bien commun. Et qui a fait des sacrifices personnels (ne serait-ce que pendant 3 ans, voire davantage).

    A titre perso, je comprends même que ce découragement puisse être renforcé par une incompréhension, voire par le ressenti d’une injustice. Pour prendre un exemple qui te parlera peut-être, comment expliquer que la circonscription 9207 ait voté à 48.5% pour un socialiste ? Qu’est-ce qui, rationnellement, explique un tel écart avec le résultat des dernières présidentielles, ou avec celui des législatives de 2012 ?

    Koz a écrit :

    2020 ? D’ici là, de l’eau aura coulé sous les ponts. Qui sait ce qu’il en sera à l’époque. En Marche n’aura plus l’attrait de la nouveauté, ni la virginité.

    Effectivement, pas grand monde ne peut savoir ce que sera 2020… Ceci étant, je me dis par exemple que ton maire aurait intérêt à bien préparer sa succession s’il souhaite que quelqu’un de son équipe prenne le relais. D’autant plus que je ne gagerais pas qu’il ait pleinement pris conscience de ce qui s’est passé le WE dernier.

    Koz a écrit :

    En revanche, je crains que beaucoup se soient illusionnés sur l’effet « Manif Pour Tous ». Beaucoup ont cru que, ça y était, l’heure était venue, la vague était là, ce qui d’une part était bien surévalué et, d’autre part, s’est heurté sur la détermination de toute une autre partie de la société ou de classe politique à accepter que les ex-LMPT soient autre chose que LMPT (voire autre chose qu’homophobe).

    Je te rejoins complètement sur ce dernier point.

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    Koz a écrit :

    s’est heurté sur la détermination de toute une autre partie de la société ou de classe politique à accepter que les ex-LMPT soient autre chose que LMPT (voire autre chose qu’homophobe)

    Parce que beaucoup savent au fond d’eux-mêmes que leur propre vie personnelle et familiale (DSK, Hollande, et combien d’autres) est un désastre et qu’ils ne peuvent accepter l’idée qu’il y a d’autres choix de vie possibles, car elle les renvoie à leurs responsabilités.

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    Ca me paraît un peu plus profond que cela, ne t’en déplaise, Gwynfrid.

    Le même phénomène se passe au UK avec la démission de Tim Farron de la direction du parti LibDem.

    Farron ne dirigeait pas un parti chrétien. Farron ne mettait pas en avant particulièrement sa foi chrétienne dans son positionnement politique. Farron était simplement un homme politique qui se trouvait être chrétien et entendait combiner les 2.

    Comme Fillon.

    C’est devenu impossible.

    La sphère médiatique ne le permet plus. Un chrétien est systématiquement soupçonné d’être homophobe et misogyne et sera systématiquement attaqué sur les aspects de sa foi dont on sait qu’il sont impopulaires.

    Nul complot ou conjuration ici, c’est simplement la conséquence immédiate de deux faits incontournables.

    Les media (et plus généralement les personnes publiques) sont terrifiés à l’idée d’être eux-mêmes impopulaires et sont devenus des entreprises de bullying. Lécher, lâcher, lyncher est la règle. Le virtue signalling est l’alpha et l’omega du jeu public. La meilleure façon de paraître cool est de massacrer la gueule de ceux qui ne le sont pas, ou qui ne le sont plus. Plus tu es vulnérable, plus tu tapes pour te différentier. C’est en train d’arriver à Bayrou. Tous les fourbes observent s’il tombe pour pouvoir le frapper à terre. Si ça vous rappelle l’école quand vous aviez 14 ans, si ça vous rappelle les procès staliniens, ce n’est pas un hasard.

    L’esprit des lumières est mort, l’idée libérale est morte. Le concept même de désapprouver une pratique sans pour autant souhaiter l’interdire (ou, à l’inverse, approuver une pratique sans vouloir la promouvoir ou l’imposer par la force publique) est devenu impensable, inconcevable. Quelle importance de savoir ce que pense un politicien de l’avortement s’il affirme n’avoir aucune intention de restreindre son accès, ce que son historique de vote confirme? Eh bien non. Il ne suffit pas de bien agir, il faut surtout bien penser. La confusion de la morale et de la loi est totale. La bigoterie est absolue, la laïcité est morte. Les personnes publiques sont sommées de faire leur le credo des dominants sous peine d’être bannis de la communauté.

    Farron l’a terriblement bien résumé dans son communiqué de démission. « We are kidding ourselves if we think we yet live in a tolerant, liberal society. » Nous nous leurrons si nous pensons toujours vivre dans une société libérale et tolérante.

    Rien à ajouter.

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    lrob a écrit :

    A titre perso, je comprends même que ce découragement puisse être renforcé par une incompréhension, voire par le ressenti d’une injustice. Pour prendre un exemple qui te parlera peut-être, comment expliquer que la circonscription 9207 ait voté à 48.5% pour un socialiste ? Qu’est-ce qui, rationnellement, explique un tel écart avec le résultat des dernières présidentielles, ou avec celui des législatives de 2012 ?

    Nous sommes bien d’accord à cet égard. La seule chose qui explique rationnellement ce vote, c’est la volonté de donner les coudées franches à Emmanuel Macron. Les électeurs lui donnent une majorité, quel que soit le député concerné, qui n’est jamais qu’une unité dans une addition. Mais combien ont pris la peine de seulement rentrer le nom du candidat dans Google ? Celui-là est issu du PS, tendance Montebourg. Pour une ville qui vote à droite à 60% minimum depuis la Libération. Cela dit, il est possible aussi que la ville ait longtemps voté pour celui qui paraissait le moins archaïque. Et ce ne sont pas les candidats PS que nous avons eus qui risquaient de convaincre. Bref, la ville était-elle aussi à droite qu’on le pensait ?

    Mais je comprends le découragement. Je comprends que l’on n’ait pas trop envie de rempiler, que l’on veuille préserver une vie privée. Mais pour autant, si l’on s’engage en politique, il faut accepter de prendre des roustes injustes. Jusqu’à celle que l’on n’accepte plus.

    @ Lib : je ne peux pas me contenter d’un like, ici, et c’est tant mieux. Cela m’oblige à développer. Et je crains malheureusement que tu aies raison. Je soupçonne le petit milieu de s’être résolument tourné contre lui quand il a cru pouvoir prendre la liberté de dire qu’il n’était pas favorable à l’IVG, à titre personnel, quand bien même il ne ferait rien contre.

    Au-delà de raisons plus contingentes, j’avoue que c’est une considération que j’ai en tête lorsque j’imagine m’engager en politique. Je sais ce que je pense, ce que j’ai écrit ici, et je ne suis pas certain que ce soit seulement imaginable dans le contexte politique actuel. L’IVG est le véritable tabou de la société française. Le seul fait de ne pas communier dans sa célébration comme un « droit fondamental » (et de le dire) vous disqualifie.

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    Nous effectivement nous considérons que la vie personnelle et familiale de DSK et de FH sont des désastres mais je me demande si eux ils considèrent vraiment qu’elles sont un désastre. Je n’en suis pas sûr du tout.

    Bien sûr qu’il y a des femmes et des hommes qui vont se réjouir de la chute de Bayrou et qui vont plus ou moins y participer. Il en a été ainsi avec Chaban Delmas, Pompidou, Giscard d’Estaing. Plus avant encore De Gaulle condamné à mort, Mendès France traîné dans la boue, Léon Blum déporté etc…etc…

    Du temps des rois c’était à coup d’épées, de poignards, de poisons que les comptes se réglaient.

    Il faut être solide pour faire de la politique.

    Personnellement enfin j’ai été surpris par le silence des médias pendant de longues années sur la vie privée de FM. Aujourd’hui je suis surpris par le silence des politiques sur certains médias qui ont des pratiques tout aussi douteuses et immorales que les politiques. Les médias lavent toujours plus blancs que blancs les autres mais jamais eux-mêmes.

    En sera-t-il toujours ainsi?

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    Lib a écrit :

    La sphère médiatique ne le permet plus. Un chrétien est systématiquement soupçonné d’être homophobe et misogyne et sera systématiquement attaqué sur les aspects de sa foi dont on sait qu’il sont impopulaires.

    Ce n’est pas faux, hélas. Il se crée trop souvent des majorités d’opinion qui n’acceptent pas la plus petite dissidence. Je soulignerai simplement que les idées ainsi rejetées hors du discours acceptable ne sont pas les idées chrétiennes en général, mais la portion qui correspond à une vision traditionnelle de l’organisation de la société et notamment de la famille. C’est plus cette organisation qui est remise en cause que les valeurs chrétiennes dans leur ensemble.

    Il n’en reste pas moins que l’intolérance à l’égard de ce qui n’est pas conforme au consensus est devenue spécialement brutale, plus que par le passé. Ces effets de foule, renforcés par l’information instantanée et les réseaux sociaux, ignorent complètement la nuance et la réflexion que permettait le filtre de la presse écrite à l’ancienne.

    Le concept même de désapprouver une pratique sans pour autant souhaiter l’interdire (ou, à l’inverse, approuver une pratique sans vouloir la promouvoir ou l’imposer par la force publique) est devenu impensable, inconcevable.
    Les personnes publiques sont sommées de faire leur le credo des dominants sous peine d’être bannis de la communauté.

    Malheureusement, c’est exact. Emmanuel Macron en a lui-même été victime lorsqu’il a voulu porter une parole nuancée à l’égard des manifestants anti-mariage pour tous, en disant qu’on aurait pas dû les humilier. Il a dû promptement opérer retraite en voyant l’impossibilité de défendre cette position.

    Je crois qu’il n’y a pas de meilleure solution que de courageusement continuer de défendre la nuance dans l’expression des désaccords, et des propositions. Dans cet esprit, il serait bon d’apprécier un peu mieux la fameuse expression macronienne « en même temps… » : j’y vois, dans de nombreux cas, une tentative dans le sens de la nuance et de la réconciliation des contraires.

    Koz a écrit :

    Bref, la ville était-elle aussi à droite qu’on le pensait ?

    Voilà qui amène à réfléchir. Je n’avais pas du tout pensé à cette possibilité, et j’ai trouvé les résultats de Versailles, etc aussi surprenants que tout un chacun. Mais, comme dirait l’autre… c’est toujours plus prévisible rétrospectivement.

    Dans un contexte de fort renouvellement, avec le renversement de tant de principes qu’on croyait gravés dans le marbre, un tel changement de pied n’est pas si choquant. Et si, comme tu le suggères, la ville n’était pas si inconditionnellement à droite que ça? Cela voudrait dire que le vote à droite était un vote d’appartenance, d’habitude, plus qu’un vote de conviction. On votait à droite, surtout parce qu’en face, il y avait la gauche contre qui voter. Avec En Marche, hop, plus de gauche, enfin, plus vraiment. Les tentatives d’étiquetage « Hollande bis » ont perdu toute crédibilité, face à un Premier Ministre issu de LR. S’il n’y a plus de gauche à rejeter, alors on peut choisir plus librement parmi les offres politiques proposées: et pourquoi pas un nouveau, dans ce cas? C’est là qu’on voit, en effet, que la conviction idéologique des villes de droite n’est pas si intangible que ça.

    Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la victoire d’EM n’est écrasante que par l’effet du mode de scrutin. L’adhésion aux idées d’EM est limitée. Ce sont Les Républicains qui se sont écroulés dans ces régions de droite « inexpugnables ». Parce qu’il n’y avait plus de danger de gauche, mais aussi parce que Les Républicains ne représentaient plus grand-chose. Je mets au défi qui que ce soit d’argumenter une proposition de LR lors de cette campagne: ils ont jeté aux orties l’essentiel du programme Fillon et l’ont remplacé par une vague opposition aux hausses d’impôt. Voter LR, c’était voter pour quoi? On ne pouvait même pas être sûr de ne pas voter in fine pour la confiance au nouveau gouvernement.

    À noter que le phénomène s’est reproduit, pour exactement les mêmes raisons, dans les circonscriptions inexpugnables du PS: parmi ses élus du premier tour de 2012, plusieurs ont éliminés au premier tour de 2017, ou bien, ne s’étant pas représentés, ont vu leur successeur éliminé (c’est le cas, excusez du peu, des circonscriptions de Laurent Fabius, Bernard Cazeneuve et Jean-Marc Ayrault…)

    Tout ceci est intéressant, mais il faut aussi en souligner les limites et les inconvénients. D’abord, la recomposition politique n’est pas acquise. Si le gouvernement échoue comme ses deux prédécesseurs, il est bien possible que les vieilles habitudes reprennent rapidement leurs droits avec des partis de gauche et de droite refondés.

    Ensuite, il y a aussi l’inconvénient d’avoir une opposition aussi faible et dispersée. L’amplification due au scrutin majoritaire crée une majorité bien plus grande que l’adhésion du pays aux thèses d’Emmanuel Macron, ce qui n’est pas très sain. Donc, autant je ne suis pas un grand amateur de proportionnelle, autant l’élection d’un quart ou d’un cinquième des députés par ce moyen pourrait présenter, ici, des avantages.

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    En fait, on connait fort peu les députés qui vont arriver à l’assemblée. A priori , ils sont de sensibilité centriste, et rien ne prouve qu’il n’y aura pas des chrétiens parmi eux . Trois catholiques, François Bayrou , Bruno Le Maire et Sylvie Goulard, sont déja au gouvernement. Gérard Collomb ne se cache pas d’être franc-maçon mais entretient de bonnes relations avec le cardinal Barbarin. Emmanuel Macron a été à l’école de Paul Ricoeur. Edouard Philippe est un agnostique tolérant…

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    exilé a écrit :

    Réflexion ce matin dans mon monde socio-professionnel, de la part de patrons de forte culture catho : « LREM et LR, même programme économique peu ou prou. au moins, on aura des têtes neuves issues du monde socio-professionnel.  » moi « et le côté éthique/social ne vous fait pas peur?  » « bof, Macron n’aura pas le temps de s’engager sur ce terrain là. De toutes façons, les abstentionnistes seront rapidement dans la rue, autant qu’il ait la majorité pour réunir le congrès »

    Pas certain… le principal mérite de la plupart des probables futurs élus macronistes étant d’être nouveaux, et leur principale caractéristique de devoir tout à leur étiquette « Macron », on peut se faire du souci tant sur la qualité, que sur la fréquence des débats à l’assemblée nationale durant le prochaine législature.

    Macron a clairement manifesté son souhait de faire vite. La PMA généralisée, je crains que ce ne soit pour le 31 juillet ou le 02 août. Les plus motivés d’entre nous irons manifester à la rentrée.

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    Matt a écrit :

    La PMA généralisée, je crains que ce ne soit pour le 31 juillet ou le 02 août. Les plus motivés d’entre nous irons manifester à la rentrée.

    D’autant plus qu’il lui faudra « rééquilibrer » les mesures « réactionnaires » prises pour assouplir le droit du travail !

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    Aristote a écrit :

    D’autant plus qu’il lui faudra « rééquilibrer » les mesures « réactionnaires » prises pour assouplir le droit du travail !

    C’est une de mes grandes craintes. Que les indispensables mesures de libération économique – pourtant encore bien trop timides et plus favorables au CAC40 qu’aux petits et moyens patrons français qui créent réellement l’emploi, la croissance, la prospérité, la dignité même – ne soient « compensées » par le « progressisme sociétal » – avec des dégâts beaucoup plus irréparables que le sujet d’un ajustement de taux sur telle ou telle taxe…

    C’est douloureux, de passer en quelques mois d’un optimisme politique quand je n’y croyais plus depuis 20 ans à un pessimisme encore plus noir qu’à l’élection de Hollande où je voulais au moins croire que ce ne seraient que cinq sales années à passer.

    (Oui, je sais, ce n’est pas très chrétien le pessimisme. Je conserve une Espérance, hein. Mais, je l’avoue, un peu lointaine, disons…)

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    Gwynfrid a écrit :

    Je crois qu’il n’y a pas de meilleure solution que de courageusement continuer de défendre la nuance dans l’expression des désaccords, et des propositions. Dans cet esprit, il serait bon d’apprécier un peu mieux la fameuse expression macronienne « en même temps… » : j’y vois, dans de nombreux cas, une tentative dans le sens de la nuance et de la réconciliation des contraires.

    Très vrai.

    Se réjouir également de lieux comme koztoujours, rares oasis de débat contradictoire serein.

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    Gwynfrid a écrit :

    Il était profondément choquant de voir les gens de Sens Commun refuser de choisir au second tour: que vaut un représentant du peuple qui ne veut même pas révéler un choix aussi fondamental? Que vaut la morale de celui qui laisse ses amis choisir l’abstention, autrement dit, accepte la décision du reste de l’électorat comme si cela était indifférent?

    Et bien moins choquant de voir « les gens » de la France insoumise faire exactement la même chose ? 😉

    Parce qu’entre Marine Le Pen et Carl Lang, vous choisiriez, afin « de ne pas accepter la décision du reste de l’électorat comme si cela était indifférent ? »

    Mon opinion du vote blanc est meilleure que la vôtre: entre deux options inacceptables, le refus est légitime, parfois inévitable, justement pour des raisons morales.

    Je souhaite défendre les valeurs chrétiennes, en premier lieu la promotion de la vie humaine, sans cesse davantage menacée.

    Malheureusement, au 2e tour, j’ai été confronté à l’un de ces innombrables duels entre opposants manifestes à ces valeurs (libertaires façon Macron, façon Baroin ou Lagarde, façon Valls ou Touraine, péronistes façon Mélenchon… tous progressistes et humanistes dûment auto-proclamés).

    Expliquez-moi au nom de quelle « morale » j’aurais dû favoriser, et même financer par mon vote un projet absolument contraire à ma foi ?

    (5 euros / an / bulletin de vote ? Au vu du nombre de votants, la République va faire des économies…)

    La démocratie, c’est justement la liberté de voter blanc. Et même de ne pas aller voter, par paresse, par lassitude, par découragement, par colère…

    lrob a écrit :

    En revanche, on peut comprendre le découragement de celui qui ne veut pas en faire un métier, mais qui a juste choisi de donner de son temps, modestement et sans autre ambition que de tendre vers le bien commun. Et qui a fait des sacrifices personnels (ne serait-ce que pendant 3 ans, voire davantage).

    Oui, ce découragement est à la mesure de leur don d’eux-mêmes. Prions pour ces personnes, qui à la suite de Jésus, parfois en son nom, parfois pas, ont choisi de servir leurs frères.

    Koz a écrit :

    Au-delà de raisons plus contingentes, j’avoue que c’est une considération que j’ai en tête lorsque j’imagine m’engager en politique. Je sais ce que je pense, ce que j’ai écrit ici, et je ne suis pas certain que ce soit seulement imaginable dans le contexte politique actuel. L’IVG est le véritable tabou de la société française. Le seul fait de ne pas communier dans sa célébration comme un « droit fondamental » (et de le dire) vous disqualifie.

    Les promoteurs de la vie, de surcroit ceux qui affichent leur foi, comme Poisson et Boutin, sont sans cesse raillés et attaqués dans les media. Vous-mêmes, lors de votre passage sur le plateau de « Ce soir ou jamais », avez été en butte à l’incompréhension, aux moqueries et à l’hostilité de différents intervenants.

    « Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous repoussent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme. Ce jour-là, soyez heureux et sautez de joie, car votre récompense est grande dans le ciel: c’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes. » Lc 6 : 22-23

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    @ Matt:

    J’ai aussi voté blanc, pas tout à fait pour les mêmes raisons. S’il y avait eu un suspense réel sur le résultat, j’aurais voté Macron. Dans les dimensions sociétales, il ne vaut pas mieux que MLP, mais les choix politiques sont toujours liés et dans d’autres dimensions il est quand même préférable.

    Mais dès lors que sa victoire était actée, j’ai utilisée ma liberté de citoyen pour exprimer ma profonde insatisfaction sur le processus électoral et sur la dimension libertaire du mouvement d’EM. Voter pour quelqu’un soutenu dès le début par Pierre Bergé, il faudrait pour moi une menace réelle sur les libertés publiques pour que je m’y résolve. On n’y était pas.

    Puisqu’on parle libertés publiques, on remarquera que le projet d’EM de faire passer une bonne partie des dispositions de l’état d’urgence dans le droit commun soulève à ce stade peu de réactions dans le camp libertaire.

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    Aristote a écrit :

    Voter pour quelqu’un soutenu dès le début par Pierre Bergé, il faudrait pour moi une menace réelle sur les libertés publiques pour que je m’y résolve.

    J’ai toujours considéré Macron comme bien plus dangereux que MLP pour les libertés publiques. Notamment du fait du manque de contrepouvoirs. La composition de l’assemblée, sans même compter tout ceux qui font beaucoup de bruit pour annoncer leur soutien tout en provenant d’autres étiquettes, ainsi que le projet affiché de rendre la prétendue urgence légalement permanente, me le confirment hélas.

    Sur ce dernier point, j’ai vu passer des réactions, mais faibles (et fort peu relayées). Justement parce que les libertaires, d’une part ne sont pas équipés pour s’opposer à Macron. D’autre part parce que pour une part croissante d’entre eux le « libertarisme sociétal » (quel affreux jargon on est obligé d’employer) est bien plus important qu’une liberté profonde et réelle.

    La complaisance envers une bonne partie de l’islamisme appelle les mêmes remarques : liberté de religion… Si ça se voit qu’on promeut la liberté. Si c’est pour garantir les structures en sous-bassement de la société et qui rendent possible la liberté il n’y a presque plus personne.

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    humpty-dumpty a écrit :

    J’ai toujours considéré Macron comme bien plus dangereux que MLP pour les libertés publiques.

    Sans aller jusque là, je reconnais être assez estomaqué de voir tous ces libéraux sur Twitter soutenir LREM alors que Macron n ‘a même pas attendu le 2e tour des législatives pour proposer d’intégrer l’état d’urgence dans le droit commun.

    Quant à l’islamisme, je ne pense pas que le problème de fond soit le respect des libertés individuelles. Il est plutôt selon moi dans le proto-marxisme ambiant qui rend impossible d’être exigeant avec une « victime ». On te casse les couilles au sujet de la pression sociale exercée par les Kinder surprise roses, mais personne n’ose demander si une femme voilée qui ne prend pas ses repas avec les hommes est vraiment libre de ses choix.

    Le drame, selon moi, est que devant cette incompatibilité entre liberté et marxisme, on choisisse de jeter la liberté plutôt que le marxisme. C’est ce qui se passe avec l’immigration également.

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    Matt a écrit :

    Et bien moins choquant de voir « les gens » de la France insoumise faire exactement la même chose ?

    Ce parallèle me semble tout à fait valable. Sur cet engagement fondamental, Sens Commun et Mélenchon, même combat, et donc, même jugement.

    Encore que l’explication de la France Insoumise (qui n’a été bien énoncée qu’à posteriori) était nettement moins vaseuse que celle de Sens Commun, qui renvoyait les deux candidats dos à dos dans un parallèle plus que discutable.

    Mon opinion du vote blanc est meilleure que la vôtre: entre deux options inacceptables, le refus est légitime, parfois inévitable, justement pour des raisons morales.

    Je ne condamnerai pas un électeur qui se sent incapable de choisir entre deux options inacceptables, mais fait au moins l’effort de voter blanc. Par contre, de la part de personnes qui font profession de politique, refuser de donner un avis sur le choix le plus important des cinq prochaines années est à mon sens un abandon de responsabilité.

    Aristote a écrit :

    j’ai utilisée ma liberté de citoyen pour exprimer ma profonde insatisfaction sur le processus électoral et sur la dimension libertaire du mouvement d’EM.

    J’ai toujours autant de mal avec cet accent mis sur le côté « libertaire » du macronisme. Il existe, certes, mais on ne l’a guère vu mis en avant pendant sa campagne, qui a été centrée, à juste titre, sur les réformes économiques et sociales. Emmanuel Macron a fait les génuflexions obligatoires sur les sujets de société, mais on sentait bien que sa focalisation était ailleurs (ce qui, évidemment, le disqualifiait pour nombre des commentateurs de ce blog, pour qui les sujets de société sont premiers en toute circonstance).

    Le vrai sujet d’inquiétude vis-à-vis de la politique du gouvernement aujourd’hui devrait pourtant être celui des libertés, avec la pérennisation de l’état d’urgence, rebaptisé en loi ordinaire. Il y a lieu de se demander ce que donnerait la réaction des autorités en cas de nouvel attentat gravissime (un risque, hélas, loin d’être exclu sur la durée du quinquennat): un état de super-urgence?

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    @ Gwynfrid:

    J’ai écrit la dimension libertaire du mouvement d’EM, pas du programme de Macron. Pierre Berger en tête, tous les partisans du libertarisme sociétal ont soutenu Macron, très tôt. Ils savaient probablement ce qu’ils faisaient.

    Pour ce qui est des libertés et de l’état d’urgence, j’avais bien noté !

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    Le départ de Bayrou et Ferrand confirme la thèse que j’ai défendue depuis des mois, à savoir que voter EM ne garantissait en rien la venue au pouvoir d’une équipe plus propre que celle de Fillon.

    Mais un autre point mérite réflexion. On peut voir le travail en cours de la justice comme la preuve que celle-ci est indépendante et impartiale, même en regrettant que sa célérité n’ait pas été la même pour Fillon et pour les derniers mis en cause.

    On peut faire une autre lecture. Beaucoup de ceux qui à gauche étaient opposés à Fillon, le sont aussi à Macron comme ils l’étaient à Hollande. Fillon était le danger le plus pressant et le flinguer supposait de mettre en place une alternative qui ne soit pas un repoussoir. Macron a joué ce rôle, mais maintenant que Fillon n’est plus là, on va pouvoir s’occuper de Macron. Les affaires ne font donc que commencer.

    Pas besoin de complot. Quelques juges, quelques fonctionnaires syndiqué ayant accès à des informations compromettantes, quelques relais dans la presse, en France la mayonnaise prend toute seul.

    Hypothèse bien sûr, mais peut-être au moins partiellement vraie.

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    Aristote a écrit :

    @ J’ai écrit la dimension libertaire du mouvement d’EM, pas du programme de Macron. Pierre Berger en tête, tous les partisans du libertarisme sociétal ont soutenu Macron, très tôt. Ils savaient probablement ce qu’ils faisaient.

    Je vois bien que le seul nom de Pierre Bergé est un chiffon rouge. Un peu comme celui de Pierre Gattaz aux yeux des Mélenchon et consorts. Très franchement, cela m’indiffère. Quelle que soit la personnalité publique considérée, vous trouverez toujours quelqu’un qui la soutient et qui vous déplaît. C’est anecdotique plus qu’autre chose. Si encore vous pouviez démontrer une grande influence ou une proximité spéciale avec le président, on pourrait se poser des questions, mais ce n’est pas le cas, je crois.

    Aristote a écrit :

    Le départ de Bayrou et Ferrand confirme la thèse que j’ai défendue depuis des mois, à savoir que voter EM ne garantissait en rien la venue au pouvoir d’une équipe plus propre que celle de Fillon.

    Il n’y a jamais aucune garantie en la matière. Au moins peut-on noter que ces départs ont eu lieu dans des délais très brefs, et sans beaucoup de hauts cris la main sur le coeur de la part du pouvoir. Il y a net progrès, si on compare avec les périodes précédentes où ces choses traînaient pendant des mois (cas d’Eric Woerth, par exemple).

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    Gwynfrid a écrit :

    J’ai toujours autant de mal avec cet accent mis sur le côté « libertaire » du macronisme. Il existe, certes, mais on ne l’a guère vu mis en avant pendant sa campagne, qui a été centrée, à juste titre, sur les réformes économiques et sociales.

    Sauf que c’est la même philosophie fondamentale qui irrigue ces réformes économiques et sociales et la façon de les aborder. Qui ne relèvent pas tant d’une promotion de la liberté en tant que telle que de la recherche d’efficacité essentiellement du point de vue de l’Etat (d’après ma lecture). ISF : on voit bien que c’est un frein à l’économie, contreproductif économiquement et fiscalement, mais on va quand même le garder pour l’immobilier où la création de richesse n’est pas aussi immédiatement visible et où le « client fiscal » est captif. Taxe d’habitation : on fait de la redistribution socialiste en enlevant de l’autonomie locale pour étatiser un peu plus les décisions. « Casting » politique : on vient de remplacer les centristes par des socialistes et avant tout, des technocrates.

    Pour moi, ces gens ne sont pas des libéraux faisant confiance à la démocratie. Ce sont des étatistes qui ne croient qu’à la technocratie, les « élites » qu’ils reconnaissent (ENA et autres structure techno-formatées) considèrent savoir beaucoup mieux que les gens ce qui est bon pour eux. La relative liberté économique promue n’est que sur les points où l’échec du dirigisme est par trop patent – et n’empêche pas le capitalisme de connivence.

    Bref la seule « liberté » qu’il promeuvent effectivement c’est ce libertarisme « sociétal ». Ce n’est pas se focaliser sur ce seul sujet, avec un tropisme « vieux catho réac », que parler de ce sujet quand au « libéralisme » d’EM, c’est juste le seul sujet effectif, le reste n’étant qu’un contrôle par l’Etat de sphères toujours croissantes de nos vies.

    J’exagère ? Peut-être. Mais je n’ai pas encore vu de raison d’être plus optimiste que cela.

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    @ Aristote : factuellement, je suis loin d’être convaincu. L’affaire des assistants parlementaires du Modem vient d’où ? Du Front National. C’est Sylvie Montel qui a transmis une liste de députés employant des assistants parlementaire européens à d’autres tâches que celles pour lesquelles ils sont rémunérés, et notamment à faire tourner les partis. On sait que je ne suis pas un fan du FN mais, sur ce coup, on peut les comprendre : ils sont pointés du doigt depuis des mois et soulignent que, dans le même temps, on ferme les yeux sur les mêmes pratiques par les autres. Si la justice ne voulait pas donner le sentiment d’être une justice politique, il était nécessaire qu’elle agisse.

    Par ailleurs, ce type de pratiques est un secret de polichinelle dans le milieu politique et chez les journalistes politiques. Les uns et les autres ont seulement longtemps considéré que ça ne faisait pas un sujet. Et les uns et les autres se sont trouvés face au même problème : dès lors que l’on considère que c’est un sujet pour le FN, on n’a pas le droit de fermer les yeux pour les autres.

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    humpty-dumpty a écrit :

    J’exagère ? Peut-être. Mais je n’ai pas encore vu de raison d’être plus optimiste que cela.

    Après l’année politique que nous venons de vivre, ce serait abuser que de demander de l’optimisme à quelqu’un qui se place fermement du côté conservateur de l’échiquier.

    Je reconnais, de mon côté, un brin de lassitude vis-à-vis de la petite tendance « le poumon, le poumon, vous dis-je » qui ramène toute discussion sur le terrain du progressisme sociétal, car celui-ci me semble un sujet non-prioritaire, tout particulièrement aujourd’hui alors que le paysage se recompose entièrement et qu’un personnel nouveau émerge. Mais c’est certainement là le reflet de mon biais personnel. Disons, donc, que je comprends votre point de vue, sans le partager.

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    Koz a écrit :

    dès lors que l’on considère que c’est un sujet pour le FN, on n’a pas le droit de fermer les yeux pour les autres

    Remplacer « FN » par « F….. », on a là aussi longtemps considéré que ce n’était pas un sujet mais on a choisi que cela le deviendrait. Avec des conséquences autres.

    Ferrand, affaire pour moi moralement nettement plus grave, aussi le FN ?

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    Gwynfrid a écrit

    Je ne condamnerai pas un électeur qui se sent incapable de choisir entre deux options inacceptables, mais fait au moins l’effort de voter blanc. Par contre, de la part de personnes qui font profession de politique, refuser de donner un avis sur le choix le plus important des cinq prochaines années est à mon sens un abandon de responsabilité.

    Il n’y a aucun refus, l’avis qu’ils ont donné est très clair : l’abstention, quand bien même tant ce choix que ses raisons vous seraient étrangers.

    Quant à affirmer que les raisons morales qui conduisent un électeur à s’abstenir ne sont pas opposables, s’agissant d’un parti politique ou d’un groupe de pensée, ce n’est vraiment pas intuitif…

    Mes connaissances d’éthique politique sont limitées, mais j’espère qu’un contributeur à ce forum ayant fréquenté les écrits de Platon ? Aristote ? Hegel ? Kant ?… pourra mettre votre opinion en perspective.

    Gwynfrid a écrit :

    le progressisme sociétal me semble un sujet non-prioritaire.

    Cela a échappé à peu de monde sur ce forum… 🙂

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    https://snjcgt.fr/2017/06/22/quand-lafp-etouffe-des-informations-genantes-pour-le-nouveau-pouvoir/

    Ce n’est sûrement pas la première fois que l’AFP choisit ce à quoi elle attache de l’importance.

    Ici, c’est Macron et ses soutiens qui sont visés par la source syndicale, qui n’est peut-être pas absolument fiable.

    Après Fillon, Macron vous dis-je. Et Macron se retrouvera dans la position de Bayrou, qui s’est retrouvé dans la position de Fillon, qui s’est retrouvé dans la position de Sarkozy…

    Moralité : ne jamais se vanter de sa propre moralité et éviter d’attaquer celle de l’adversaire politique.

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