Faut-il brûler le pape ?

Enfant, on me disait qu’il n’y avait pas de sotte question. Tout de même. Les universitaires qui viennent d’accuser le pape de « crimes hérétiques » et invitent à le considérer comme « dépossédé de sa papauté »abusent de cette bienveillance. L’initiative s’inscrit logiquement dans le travail de sape coordonné par cette frange promotrice des insidieuses dubia, des papelardes « suppliques filiales » et autres dénonciations épistolaires de Mgr Carlo Vigano – celle qui professe l’obéissance aussi longtemps que l’ordre vient d’elle, et qui « fait la volonté de Dieu, que Dieu le veuille ou non » (André Frossard).

Mais, enfant, on me rétorquait aussi qu’« à question idiote, réponse idiote ». Or là, nos intellectuels satisfaits n’ont pas ménagé leur peine. Au rang des actes qui permettraient de convaincre le pape d’hérésie, ils n’ont pas craint de citer le port d’une « croix arc-en-ciel », comme signe d’allégeance à une idéologie homosexuelle. Qui verrait ladite croix constaterait qu’elle est très ordinairement multicolore. Qui a lu la Bible se demandera surtout comment ces prétendus « théologiens et universitaires reconnus » ont pu oublier que l’arc-en-ciel est surtout le symbole de l’alliance entre Dieu et son peuple (Gn 9, 11-17). Ce seul exemple en dirait assez long sur l’obsession névrotique qui ronge ce milieu sur l’homosexualité, et corrompt tout le document. Mais les pétitionnaires évoquent encore une férule, aux faux airs de bâton de routier scout, fabriquée par des jeunes pour leur synode… et y voient cette fois un « bâton de sorcier, utilisé dans les rituels satanistes » ! Et si on lit leurs autres griefs, on constatera qu’avant François, Benoît XVI et Jean-Paul II aussi devaient être hérétiques. Définitivement, il manque à ce milieu un sixième sens salvateur : le sens du ridicule.

Nos mutins qualifient sans rire leur propre document d’« historique ». Au sens de faute historique, c’est juste. Son intérêt est de clarifier la pente schismatique qu’emprunte cette faction. On pourrait vouloir écarter cette nouvelle intrigue au motif qu’elle ne suscite pas l’adhésion : de fait, sur le site international le plus efficace de pétition, avec 4.000 signatures, soit 0,000003% des catholiques, leur texte est un échec. Mais ce serait négliger l’influence pernicieuse et invalidante qu’elle exerce sur l’opinion catholique, instillant venin, calomnies, suspicion et division dans l’Église

Chronique du 7 mai 2019

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Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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7 commentaires

  • Personnelement, je suis d’avis qu’il n’y a pas de question idiote, seulement des parents intellectuellement paresseux.
    Les points soulevés sont précis: si ils sont éronés une réponse précise pourrait les éclaircir.
    « Si ils ont mal parlé, fais voir ce qu’ils ont dit de mal; et si ils ont bien parlé, pourquoi les frappes-tu? » (paraphrase de Jésus en Jean 18:23).

    • Il me semble que l’on doit pouvoir discuter de ces questions sans vouloir se parer de l’Évangile. En l’occurrence, il me paraît plutôt audacieux et assez présomptueux de mettre à la place du Christ ceux qui attaquent le vicaire du Christ . Vous me permettrez ce légitimisme, et de continuer de penser que François est le successeur de Pierre, désigné à cette charge par les cardinaux avec le secours de l’Esprit.

      Mais si vous voulez vraiment vous référer aux évangiles, j’ai alors d’autres propositions à vous faire. Comme de vous référer aux cas, pas même exhaustifs, dans lesquels certains posent des questions à Jésus non pour véritablement avoir des réponses mais pour « le mettre à l’épreuve« . Vous trouverez les éléments correspondants en Mt 4, 7; 16, 1; 19, 3; 22, 18 (avec d’ailleurs une phrase à méditer : « Connaissant leur perversité, Jésus dit : « Hypocrites ! Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? ») et enfin 22, 35. Chez Marc, vous les trouverez en 8, 11; 10, 2; 12, 15. Luc ? 11.16. Jean ? 8,6.

      Une attitude visiblement si fréquente qu’il faudrait commencer à s’interroger.

      Vous trouverez aussi d’autres éléments à méditer dans le récit des derniers jours du Christ, auquel vous vous référez, notamment chez tous ceux qui avaient juré la perte de Jésus et cherchaient tous les moyens de le faire condamner. Par exemple, en Marc 14, 55 « Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas » et, plus largement, l’attitude de ces grands prêtres et autres pharisiens qui excipent de la Loi pour lui nuire.

      Jésus ? Parfois il leur répond. Souvent à côté, pour leur faire prendre conscience du défaut de leur regard. Parfois il se tait. « Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin (Luc 4, 30). La Passion, que vous évoquez ? « Alors Pilate lui dit : « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? » Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur fut très étonné. » (Mt 27, 13 et, de façon similaire, Marc 15, 5.)

      Et si bien que le silence opposé aux accusations des docteurs de la Loi auto-proclamés, est très certainement une réaction évangélique. Je ne négligerais pas la possibilité qu’en s’abstenant de leur répondre, François leur fasse une vraie charité.

      En pratique, répondre à nombre des accusations de ces documents supposerait d’introduire plus de division encore dans l’Église, ne serait-ce que parce que si, pour défendre François, il faut entrer dans des comparaisons avec les pontificats précédents, cela risque de s’avérer désagréable pour tout le monde – sauf à considérer hérétiques tous les derniers papes. De fait, pour ne prendre qu’un exemple, il serait comique de comparer les propos de François sur Martin Luther et ceux de Benoît XVI, comique de comparer la croix évoquée et les chasubles des JMJ de 1997 etc etc. Pour le reste, non, les faits ne sont pas précis. Ils sont pour la plupart tronqués, vagues, ou aussi grotesques que ceux que je cite dans ma chronique.

      De fait, que l’on considère cela autoritaire de ma part m’importera peu mais je ne débattrai pas de l’hérésie supposée du pape ici. Tout ceci pour moi ne relève pas d’un questionnement sincère des auteurs mais relève d’une démarche insidieuse (« perverse » ou « hypocrite », pour reprendre les mots de l’Evangile) d’instillation de ce véritable venin qu’est le soupçon. A vue humaine, je crains que ce ne soit tout à fait dans sa faible nature. S’il fallait en faire une lecture spirituelle, je dirais que l’inspiration du soupçon et de la division est telle que je n’ai aucunement l’intention d’y laisser place sur mon blog.

  • Ce que vous citez du document en question n’est effectivement pas sérieux. Ce que vous ne citez pas l’est davantage, notamment les nominations de cardinaux et autres prélats convaincus d’opinions indéfendables et promus à des postes clefs sur les questions autour de la famille ou autre, et les manœuvres autour de l’académie pontificale pour la vie et du serment qui en a été supprimé.

    Vos propos sont un sophisme en ce qu’ils ne considèrent pas le côté le plus fort de l’accusation pour n’en retenir que le plus faible. Si vous étiez sérieux, vous regarderiez ce que l’adversaire a de plus fort à opposer. En anglais, on peut faire du straw-man ou du steel-man. L’honnêteté intellectuelle est dans le deuxième camp.

    • On devrait mieux vous renseigner sur ma tolérance très relative à la prise à partie personnelle, surtout lorsqu’elle me concerne. Il se trouve que je ne prévois pas de prendre de leçons d’honnêteté intellectuelle auprès de défenseurs d’un tel texte.

      Les points que j’ai choisi de soulever sont tout bonnement révélateurs de l’imbécilité des accusations. Je suis assez familier de l’élaboration de textes communs pour être scié que les auteurs aient laissé passer des considérations aussi bouffonnes. Elles donnent la mesure du reste du texte.

      Les attaques sur les nominations sont tout aussi grotesques, sauf à considérer que les papes précédents qui ont nommé les évêques concernés sont également hérétiques, sauf à se pencher sur le pontificat de Jean-Paul II et certaines protections. Il en est de même des déclarations sur Luther. Tout ce document est une pure honte partisane, qui nuit à l’Église, au pape actuel comme à ses prédécesseurs et témoigne d’une pente schismatique. Voyez cela avec votre conscience.

  • Brûlerl le Pape actuel pour hérésie(???) encore, n’a évidemment aucun sens,néanmoins je pense qu’il n’est pas interdit d’être pour le moins surpris de certaines de ses déclarations

    • Il me semble qu’il faut essayer de comprendre notre Pape en regardant Jésus. Il fait son travail de pape. Jésus est venu annoncer et réaffirmer au monde son amour certes exigeant mais accueillant. La conversion va avec . Elle ne précède pas l’accueil elle le suit…

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