Nous sommes Notre-Dame

Qui n’a pas vu, à travers cette cathédrale souffrante, sa propre Église ? Qui n’a vu sa charpente ruinée et sa flèche, main tendue vers le Ciel, emportée ? Qui ne s’y est vu, le cœur et l’esprit ravagés par la fournaise ? N’avons-nous pleuré que sur Notre-Dame, ce lundi-là ?

Oui, nous avons été conduits au désert, emmenés là où nous ne voulions pas aller, et nous y avons été tourmentés. Nous avons goûté les cendres de nos certitudes, celles de nos représentations redevenues poussière, le feu nous a éprouvés. Avons-nous conscience que nous sommes passés, en un seul mois et demi de carême, par les révélations sur les doubles vies et les doubles discours au Vatican, sur les abus perpétrés contre des religieuses, la veille même du ­mercredi des Cendres, avant la condamnation du cardinal Barbarin et sa démission refusée ? Autant de coups de boutoir sourds, lourds, opiniâtres contre nos vies de catholiques trop installés peut-être. Finir par un brasier. Qui n’a pas vu, à travers cette cathédrale souffrante, sa propre Église ? Qui n’a vu sa charpente ruinée et sa flèche, main tendue vers le Ciel, emportée ? Qui ne s’y est vu, le cœur et l’esprit ravagés par la fournaise ? N’avons-nous pleuré que sur Notre-Dame, ce lundi-là ?

Faut-il reconstruire à l’identique ? Le lendemain, Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, évoquant les « temples vivants (…) profanés », méditait sur « ces fidèles qui (…) auront à patienter avant de retrouver leur maison ». Michel Aupetit, archevêque de Paris, appelait les fidèles à s’exprimer, le clergé à intégrer « d’autres regards », et à « remettre un certain nombre de choses à plat dans nos instances ». Nos instances doivent changer et elles le peuvent, dans le respect du Concile. Passées à l’épreuve du feu de ce carême, nos perspectives et représentations aussi doivent évoluer. Celle de la figure du prêtre, tridentine dans trop d’esprits quand le jeudi saint nous le montre serviteur dans le lavement des pieds… ­Faudrait-il introduire ce geste, sinon lors des ordinations, du moins lors des premières messes ? La figure du laïc, trop souvent réticent à exercer le sacerdoce commun des baptisés, peut aussi s’affiner. Là encore, le chantier est immense et personne ne peut en décréter la durée.

Ce carême ne peut pas être une parenthèse qui se refermerait. C’est l’épreuve de la mort, qui garde sauve l’espérance du renouveau. Dressée parmi les poutres rompues et calcinées de la charpente de notre Église, intacte dans nos structures fragilisées, cette Croix, nous l’avons retrouvée, et tout un peuple aussi, un monde même, tendu vers Notre-Dame – monument peut-être, mais surtout sanctuaire de l’âme. Cet effroi et cette ferveur partagés doivent être pour l’Église le signe d’une attente, d’une soif toujours vive, à laquelle elle peut encore espérer répondre.

Chronique du 12 mars 2019
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Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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4 commentaires

  • Vous voulez une image humaine et spirituelle de cet effondrement – non, de cette banqueroute ? Lisez cet article basé sur des faits survenus (pas rendus publics : SURVENUS) il n’y a même pas un mois, ET les commentaires qui suivent. Que personne après ça ne vienne dire que l’homosexualité ne joue pas un rôle fondamental dans la crise : trop de gens ont trop à cacher pour pouvoir risquer de s’exposer en exposant les tares de confrères, même criminels.

    https://www.catholicworldreport.com/2019/05/01/analysis-with-bishops-in-a-tight-spot-will-priests-get-squeezed/

    En même temps, il faut dire encore une fois que la crise en est d’abord une, non pas tant d’abus d’autorité ou de cléricalisme par action, mais d’abdication de responsabilité et de cléricalisme par complaisance et/ou lâcheté,

    • Navré, c’est un principe de vie, chez moi, que de ne pas lire les commentaires des sites d’information. Pour ce qui est de l’homosexualité, c’est un sujet plus complexe que cela. Il faut d’abord distinguer les débats : débat sur le lien avec les abus sur mineurs, débat sur la situation de l’Eglise de façon générale.

      Sur le lien avec les abus sur mineurs, les spécialistes du sujet (que ce soit le Père Joulain, Marie-Jo Thiel ou d’autres) le récusent. Ils soulignent que les pédocriminels ne se reconnaissent pas eux-mêmes comme homosexuels et que le schéma de leur sexualité repose sur d’autres facteurs. Le fait qu’ils se tournent de préférence vers des garçons correspond plus largement à une question d’opportunité. Pour autant, il y a bien un sous-groupe d’homosexuels pour lesquels il y a un lien spécifique.

      Dans le débat sur la crise dans l’Eglise, je crains aussi qu’il y ait un vrai sujet avec l’homosexualité. On annonce entre 20 et 50% de prêtres homosexuels, ce qui est très largement supérieur à la population normale, et peut difficilement ne pas avoir de conséquences. Bien sûr, sur ce nombre, une part non négligeable ne mène pas une vie sexuelle active. Mais une part d’entre eux, oui. Et, de fait, il y a fort à craindre que cela entraine une omerta sur des situations graves, par ceux qui ne sont pas eux-mêmes exempts de reproches.

      Maintenant, il faudrait aussi se demander pourquoi il y a une telle surreprésentation d’homosexuels dans le clergé. Et sur ce sujet, je crois qu’il faudrait se pencher précisément sur la perception des homosexuels chez un nombre conséquent de catholiques. Combien deviennent prêtres pour échapper au « bannissement » dans leur milieu ? Combien pour, selon l’opposition de Proust, quitter la « race maudite » et rejoindre le « peuple élu » ? Si vraiment nous voulons résoudre la difficulté, ce ne sera pas par un surcroît de rejet des homosexuels, et spécialement pas avec la sociologie actuelle des catholiques, dont les vocations puisent plus spécialement dans un milieu « conservateur » peu réputé pour être gay-friendly – et donc davantage susceptible de motiver ces vocations-refuge.

  • Peut-être que j’ai tort et que je suis à côté de la plaque mais je crois davantage aux cathédrales humaines qu’aux cathédrales de pierres mais l’un n’empêche pas l’autre bien entendu. Et je participerai financièrement à la reconstruction de Notre Dame si on me le demande.

    Je me sens attiré par les liens suivants que je ressens comme porteurs d’espoirs et d’avenir:

    http://www.bienvenue47.fr/qui_sommes_nous

    http://www.captifs.fr/accueil/qui-sommes-nous/association-sdf/captifs-a-bordeaux/

    https://ccfd-terresolidaire.org/nous-connaitre/

  • Notre Dame est plus que catholique. Notre Dame, c’est aussi Victor Hugo, qui a eu bien du mal à trouver son acte de baptême lorsqu’il s’est marié à l’église, et qui n’a pas été enterré chrétiennement, parce qu’on lui reprochait… quoi donc ? son attirance pour le spiritisme ? son républicanisme à une époque où le catholicisme n’avait pas encore fait son « ralliement » (on est 5 ans avant le toast du cardinal Lavigerie) ? Cela dit, l’incendie n’est qu’une première épreuve, assez bien surmontée grâce à l’excellente maîtrise de la situation par les pompiers. Mais elle sera suivie d’une seconde épreuve, celle du « geste architectural contemporain » qui fait craindre le pire. Victor Hugo s’était insurgé contre la destruction du Palais d’Été de Pékin par la soldatesque franco-britannique. Je doute qu’il se réjouisse du « concours international d’architecture » chargé de défigurer Notre Dame.

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