Sur les plus mauvaises bases

A nouveau quinquennat, nouvelle consultation contrefaite ? Emmanuel Macron a décidé de confier une consultation citoyenne sur la fin de vie au Conseil économique, social et environnemental, et  lui aurait déjà fixé son but : la légalisation de l’euthanasie.

Rappelons que le Cese, qui avait protesté en 2013 de son incompétence en matière sociétale, n’a pourtant pas craint de se contredire en s’autosaisissant de la fin de vie en 2018, rendant un avis qui n’a fait date que par l’incongruité de sa recommandation. En se prononçant pour une « sédation profonde explicitement létale », il signait par là une innovation lexicale, au choix indigne ou aberrante. Indigne puisqu’a contrario la sédation actuelle serait, elle, implicitement létale. Aberrante car ce qui est létal ne peut pas être une sédation. Le Cese porte une position bien identifiée. « Sous l’influence des franc-maçons » (Nouvel Obs, 1er décembre 2015), il est aujourd’hui présidé par Thierry Beaudet, franc-maçon (Le Monde, 18 mai 2021) – le même qui, en campagne pour son élection, avait signé une tribune en faveur de l’euthanasie, au prix d’un conflit éthique puisqu’il occupait alors la présidence de La Mutualité Française. La légalisation de l’euthanasie est de fait une revendication publique du Grand Orient de France. C’est bien là son droit, mais confier une consultation citoyenne à une instance dans laquelle son influence est aussi profonde que notoire entachera irrémédiablement l’ensemble du processus d’une présomption tenace de partialité.

Peut-il en être autrement, quand le Président de la République fixe lui-même l’objectif d’une consultation dès lors parfaitement spécieuse : un invraisemblable « consensus » sur un « modèle belge » ? Le système belge ? Celui dans lequel la Commission de contrôle a, de l’aveu (involontaire) de son président, abdiqué tout contrôle ? Où l’euthanasie est pratiquée sans même que le pronostic vital soit engagé, autorisant des euthanasies pour dépression ou pour DMLA et bientôt, visiblement, pour « vie accomplie » ? Auprès de qui cet antimodèle pourrait faire consensus ? Auprès du petit monde politique, si souvent dramatiquement ignorant des réalités de la fin de vie ? Serait-ce le seul consensus qui importe ? Ce serait une autre marque de déconnexion que de dédaigner l’opposition unanime (96%) des acteurs des soins palliatifs à l’euthanasie, eux qui sont les seuls à connaître de la fin de vie au quotidien. Faut-il vraiment commencer ce quinquennat dans le mépris ?

Chronique du 11 avril 2022

9 commentaires

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  • Merci, M. Le Morhedec, pour cette nouvelle tribune.

    Cette attitude de M. Macron me fait penser à celles de son homologue russe. Toutes proportions gardés, il y a des similitudes : ils s’obstinent à faire avancer leurs idées propres sans tenir compte des avertissements, des appels à la raison ou au compromis éventuellement. Ils ne veulent pas prendre conscience des conséquences désastreuses des décisions qu’il prennent. Ils mettent en place des Dirigeants (comme au CESE en France, ou les ministres et les militaires en Russie) pour être sûrs qu’ils défendront leurs idées, et exécuteront leurs ordres comme des bons petits soldats. Avec l’assurance que rien ne pourra leur arriver. En faisant croire qu’ils s’appuient sur ces organismes pour prendre une décision. Décisions qui vont surtout satisfaire leur égo.

    Ils n’écoutent personne d’autre qu’eux mêmes. Ils restent désespéramment sourds à tout appel à la raison. Rien ne personne n’arrive à leur faire ouvrir leurs yeux qu’ils ont fixés sur leur idée ; personne ne les arrêtera dans leur « mission spéciale ».
    C’est révoltant !
    C’est plus que désolant de commencer ce nouveau quinquennat par une nouvelle attitude de mépris, et qui est aussi, je pense, le fuit de d’ignorance.

    J’avais cru (un peu, pas beaucoup pour être sincère) que les enjeux de cette dernière élection présidentielle allaient appeler M. Macron à la raison. A abandonner un peu de son arrogance et celle de ceux qui l’entourent, et à être plus sensible aux appels de la raison, qui viennent de ceux qui ne sont pas toujours ceux qui crient le plus fort. Ou qui sont le plus démagogues.
    Par l’attitude que vous décrivez, il continue de jouer avec le feu.

    M. Le Morhedec : dites-nous quels sont les moyens dont nous disposons pour se faire entendre. Je ne crois pas du tout au bulletin de vote pour les prochaines législatives, car il doit y avoir très peu de candidats qui ont lu votre livre « Fin de vie en République », et qui proposent une fin de vie comme celle que vous y défendez, avec laquelle je suis en total accord. Je le dis en particulier en tant qu’accompagnateur bénévole dans une unité de soins palliatifs, où je vais chaque semaine. Les quelques partis qui ont affiché leur hostilité à l’euthanasie comportent dans leur programme des éléments tout aussi préoccupants dans d’autres domaines, comme la PMA, l’avortement, l’exclusion de groupes entiers de notre société, sans parler de leurs utopies dans le domaine de l’économie, etc.
    Que reste-t-il pour se faire entendre ? Pour attirer l’attention de M. Macron sur les effets catastrophiques des ses attitudes de mépris ?

    Merci de nous éclairer. Bien cordialement,

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    • Pas sur que ce soit pour l’ego du président, mais plus par soucis électoral. Quand je vois le nombre de personnes autour de moi qui mette leurs parents en EPhad, et les oublient, mais sont les premiers à crier sur la maltraitance, cela me fait rire jaune. Il faut prendre en compte aussi que la société va vers une voie où la souffrance et la vieillesse, quelle quelle soit, n’est plus admise. On veut tout , tout de suite, dans un monde hygiéniste et sans tolérance pour autrui.
      Me M. Le Morhedec mène un beau combat, en étant partisan. Il ferait bien de faire de lobbying auprès des évêques qui sont bien silencieux ces dernières années. Ils le sont moins pour favoriser un vote extrémiste (préconisation du CEF sur l’élection) .

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  • Bonjour
    Il faut mener ce combat .
    Nous sommes nombreux à être déterminés.
    – Oui il est clair que c’est essentiellement la méconnaissance des réalités de la fin de vie ( tous ceux qui font de l’accompagnement de fin de vie sont contre cette légalisation – j’en parlais , dimanche matin à la sortie de ma « loge » avec la présidente de la société française d’accompagnement et de soins palliatifs ) alliée à une approche idéologique éthérée se voulant/se croyant au service de la conquête d’une ultime liberté humaine qui sont à l’origine de cet engouement mortifère .
    – Non , personne ne meurt dans d’atroces souffrances quand les équipes d’accompagnement sont présentes
    – oui , les textes actuels appliqués avec discernent permettent de régler la quasi totalité des situations limites .
    – oui , il faut développer les soins palliatifs car au delà du service rendu aux malades , ils sont une école d’humanité pour tous les soignants et ils impactent l’ensemble d’un établissement de soin.
    – notre société cache l’agonie , la mort en les confiant à des professionnels sur qui elle se décharge . Le débat actuel découle aussi de cette confiscation au bénéfice du « bien être « de l’individu . Il n’est pas étonnant que ce soit les sociétés les plus individualités à contrario des sociétés où le collectif , la famille gardent du sens qui mettent en place ces législations euthanasiques .
    – cette soit disant liberté nouvelle s’exercera au détriment des plus faibles car on oublie que les règles de vie en société ont aussi pour fonction de protéger les plus démunis .- une telle loi modifiera immanquablement l’échelle des valeurs des soignants et les balances bénéfices/cours introduiront inévitablement les notions de coût social .
    – il ne s’agit pas d’une question individuelle mais d’une question sociétale .
    – en fait , il n’y a pas de problème de fin de vie pour les malades , il y a une demande de faire prendre en charge la volonté de mourir d’un individu par la société . Là , est le vrai débat et il est faussé par les militants pro euthanasie qui camouflent leur vraie démarche derrière les problèmes de fin de vie et utilisent quelques cas particuliers dramatiques . Il faut restituer le débat à ce niveau .La société et ,qui plus est les soignants, ne doivent pas répondre à la volonté de mourir des individus .
    Ce combat , même difficile , n’est pas perdu

    —-
    PS : qu’elle est la mission donnée au cese ?
    Y aura t’il une consultation des citoyens ?

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    • Nous sommes parfaitement en ligne sur ce sujet, à tout point de vue, et notamment sur la protection des plus faibles qui, c’est une évidence, paieront le prix de cette légalisation – demandée à cor et à cris par les « premiers de cordée ».

      Pour ce qui est du CESE, c’est lui qui est censée organiser la consultation citoyenne. Je ne reviens pas sur la foutaise que représente une telle consultation organisée par une institution engagée pour l’euthanasie au service d’un résultat donné à l’avance.

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  • Bonjour,
    Pouvez vous citer vos sources sur ce §
    ‘ Emmanuel Macron a décidé de confier une consultation citoyenne sur la fin de vie au Conseil économique, social et environnemental, et lui aurait déjà fixé son but : la légalisation de l’euthanasie.’
    Merci
    Ps pourquoi n’êtes vous plus sur tweeter, par choix?

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    • Dites, pour trouver l’info, il suffit de rentrer les mots-clés sur Google 😉

      Pour Twitter, oui, c’est par choix. J’y reviendrai quand le sentiment de ras-le-bol se sera dissipé.

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  • Bonjour,

    je suis assez inquiet en général de certaines tendances sociétales venant de la gauche américaine, mais je n’ai pas personnellement d’avis très tranché sur l’euthanasie. Je crains personnellement la douleur, et je m’imagine assez bien être heureux d’avoir le choix d’échapper aux dernières semaines d’agonie pour un cancer terminal. D’un autre côté, l’opinion des soignants en soins palliatifs est évidemment à prendre en compte: par contre, après une courte recherche, je n’ai pas trouvé d’informations non-partisanes sur ce sujet.

    Je n’ai pas non plus un avis très net sur les risques de banalisation, et s’ils peuvent être contrôlés: est-ce que l’euthanasie en phase de cancer terminal généralisé (que je peux comprendre) mène forcément à l’autorisation de l’euthanasie pour une dépression chez un adolescent (qui me semble absurde) ?

    Il y a probablement un aspect de politique tactique derrière cette manœuvre: Emmanuel Macron est probablement plus fragile à gauche qu’à droite. Et pour être honnête, je pense que le sujet indiffère assez: alors que l’écologie, ou encore les problématiques sociales et économiques, sont de vrais sujets de discussion chez les gens que je côtoie (des collègues de travail de tous âges mêlant col blanc et col bleu), nous ne parlons jamais des l’euthanasie, l’avortement, et des autres sujets sociétaux.

    J’ai un conseil cependant, que j’écris de temps à autres sur ce site: l’église catholique est maintenant très minoritaire en France. Le changement de configuration politique rend quasiment impossible l’imposition par la loi des valeurs catholiques à l’ensemble de la population. A mon avis, il serait plus efficace, et moins frustrant pour vous, de chercher à créer un discours attractif sur ces valeurs qui ne peut reposer seulement sur un argument d’autorité morale de l’église, ou de ses pratiquants, qui est inaudible aujourd’hui.

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    • Deux points, en réponse :

      1. Non, l’euthanasie en phase terminale de cancer n’implique pas nécessairement l’euthanasie d’un adolescent. Pragmatiquement, c’est ce que permet le « modèle belge » vanté par Macron et, à l’exception de la question de la minorité (pour le moment), c’est ce que prévoient toutes les propositions de loi déposées jusqu’à ce jour. Soit dit en passant, la logique d’autodétermination qui sous-tend la revendication de l’euthanasie y conduit, pas par un effet mécanique, mais tout de même par une logique inhérente.

      2. Il ne m’a pas échappé, pas plus qu’à la quasi-totalité des catholiques, que l’Eglise est aujourd’hui très minoritaire. C’est un peu la base. Je n’ai pas non plus un souvenir bien précis du temps où l’Eglise aurait pu imposer ses valeurs par la loi. Quant au discours attractif, ça nous a un peu effleuré l’esprit. Cela étant, il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

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  • Je suis contre l’euthanasie. 51 ans, célibataire, sans enfants, orpheline depuis 2019. Famille de 3 frères mariés avec enfants et petits-enfants. Difficultés familiales en relation avec le service public : psychiatrie, succession, éducation nationale…

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