Nous pouvons espérer

« C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière » (Edmond Rostand, Chanteclerc). C’est un coq qui le dit, lui, le guetteur des aurores. La nuit est bien là, et il est certainement trop tôt pour chanter une aube nouvelle. Ce que nous pouvons craindre, nous le voyons sans mal. L’effondrement est possible. Certes, on se réconforte en se répétant les bonnes formules : le Christ n’abandonne pas son épouse. Peut-être. Mais si lui ne l’abandonne pas, encore faut-il que l’Église lui soit une épouse fidèle.

Il est plus malaisé en revanche de savoir sur quoi nous pouvons tabler encore, pour subsister un peu. Nous pourrions nous en remettre à la tactique. Compter sur l’inclination nostalgique de nos contemporains pour les derniers témoins d’un ancien monde, l’admiration forcée pour ceux qui restent catholiques envers et contre tout, un peu comme ces jours-ci on admirerait presque cette pauvre Theresa May, toujours à la barre malgré les paquets de mer. Il est bien permis de se faire des amis avec l’argent trompeur (Luc 16, 9), pourquoi ne tenterions-nous pas la pitié ?

Laissons là le cynisme : sursum corda, tout de même. Car si la lueur est pâlotte, si elle est lointaine, si on la discerne à peine, nous pouvons espérer. Espérer que demain l’Église soit une maison plus sûre, que la plainte d’une victime n’échoue plus dans une sourde oreille. Que, si c’est au prix de la confiance entamée, au lieu de déléguer, les laïcs s’investissent dans la vie de leur Église, s’associent à ses décisions et prennent aussi leur part du fardeau qui les accompagne. Espérer que nous fassions ainsi de nos pères davantage nos frères. Espérer donc un regard ajusté sur nos prêtres, que le XXe siècle finissant a, un temps, sécularisés avant de les resacraliser. Espérer une fraternité nouvelle des fidèles qui aiment, et qui souffrent ensemble. Espérer que, humiliés nous-mêmes, nous rejoignions les humbles, les blessés, les esprits brisés, ceux qui n’attendent de nous rien de plus qu’une place à table, une main secourable et un cœur qui écoute. Mettre toute la charité dans notre vérité.

Ne plus espérer que dans la grâce, puisque la réussite nous échappe. Et fonder quelque espérance dans ce retour au salut que beaucoup entendent prêcher un peu plus, revenant aux sources de ce que les hommes attendent – peut-être encore – de l’Église. Espérer dans le salut, c’est une évidence, et c’est l’essentiel.

Chronique du 27 novembre 2019. Le temps étant ce qu’il est, il a filé. Cette chronique est antérieure aux réquisitions du Ministère public, et reste dans l’attente de la décision, annoncée pour le 20 janvier 2020.
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Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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Un commentaire

  • Et ils sont nombreux encore ceux qui espèrent de l’Eglise leur salut. Je suis une femme, missionée par son évêque pour être auprès des personnes malades et souffrantes dans un hôpital. Chaque jour, les cœurs et les oreilles s’ouvrent assoiffés d’être aimés. C’est de cette merveille dont je suis témoin au quotidien et je puise dans la parole de Dieu et dans l’Eucharistie les ressources nécessaires. Je souffre avec l’Eglise dont je fais partie mais rien ne m’arrêtera… sauf l’Avènement du Seigneur

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