Persécutions, mais qui s'en soucie vraiment ?

Un cas. Puis un autre. Dans un pays, puis dans un autre. Des cas isolés pense-t-on. Ne pas généraliser. Ne pas risquer le procès en victimisation. Et puis, puisque, dans notre pays, nous sommes d’anciens « majoritaires »…

Des prêtres poignardés en Turquie, un autre tué par balles, des communautés locales en butte aux tracasseries administratives et autres tentatives d’expulsion. Un prêtre catholique condamné à de la prison avec sursis en Algérie pour avoir prié en extérieur. Des chrétiens persécutés en Irak, qui abandonnent tout pour trouver refuge dans les quelques pays avoisinants dans lesquels ils sont le moins mal accueillis. Et, jeudi, Mgr Paulos Faraj Rahho, archevêque chaldéen de Mossoul, enlevé le 29 février dernier, est retrouvé mort… Il serait peut-être temps de prêter davantage attention à ces évènements qui, de par leur répétition, ne semblent plus répondre à des manifestations isolées.

Même si l’archevêque d’Alger temporise, il est poignant de lire qu’un prêtre, le Père Wallez, a été condamné pour avoir seulement récité une prière en commun avec d’autres catholiques auxquels il rendait visite.

Non seulement, comme il le souligne, cela n’est même pas conforme à la législation algérienne, mais le souvenir du sang versé des sept moines de Tibérine ainsi que de Monseigneur Claverie, restés en Algérie pendant la période la plus difficile par fidélité envers ce pays et ses habitants, donne à cette condamnation un goût plus aigre encore.

En Turquie, on insiste pour dire que les agressions de prêtres sont isolées, ou sont le fait de déséquilibrés. Mais la multiplication des attaques est incontestable. Le climat d’agressivité contre les chrétiens est entretenu par une certaine presse locale, et l’administration multiplie les tracasseries contre les communautés ou ordres catholiques.

En Irak, la situation est plus grave encore, à proportion, certes, de la situation du pays. Je me réfère notamment à cet article de Chiesa. La communauté chrétienne d’Irak est l’une des plus anciennes du Moyen-Orient, du Monde, présente avant même l’islam. C’est le seul pays où l’on célèbre encore les liturgies en araméen, langue de Jésus. Dans ce pays, une fatwa interdit désormais de porter la croix au cou. Et c’est à coup de grenades que les croix sont enlevées des coupoles et façades des églises.

« A Dora, certaines familles chrétiennes ont été averties: elles ne pourront rester que si elles donnent une de leurs filles en mariage à un musulman, en vue d’une conversion progressive à l’islam de la famille toute entière. »

Début 2007, la revue de géopolitique Limes évoque « l’anéantissement du peuple chrétien d’Irak »…

Monseigneur Rahho, l’archevêque chaldéen de Mossoul, a été retrouvé mort jeudi. Il faut lire cet article de La Croix, voir la photo de Monseigneur Rahho, un rameau d’olivier à la main.

« Dans l’église de Karemles, il avait rappelé, avec humour et distance, que des terroristes étaient venus le voir, quelques jours auparavant, pour lui réclamer 500 000 dollars : une demande qu’il avait refusée poliment. En écoutant l’évêque chaldéen, l’assemblée avait même ri de bon cœur, heureuse et soulagée par sa détermination… Mgr Rahho était connu pour sa jovialité, son courage et sa chaleur.« 

On sait aussi, aujourd’hui, que Monseigneur Rahho, qui voulait maintenir la présence de l’Eglise en Irak refusait que celle-ci paie la rançon exigée pour sa libération.

Cette fois encore, il faudra se garder de généraliser, se garder d’attiser un « choc des civilisations ».

Mgr Rabban Al Qas, évêque d’Ibril, le rappelle, dans La Croix :

« Les musulmans de Mossoul sont choqués et révoltés par cet assassinat. Les chefs religieux viennent nous dire que Mgr Rahho n’était pas seulement l’évêque des chrétiens mais aussi le leur. Ils viennent se recueillir autour de sa dépouille, ils pleurent un fils de Mossoul et nous demandent de rester avec eux, de ne pas fuir cette terre que nous avons tous en partage. »

Mais ces chrétiens, ces catholiques, qui, pour les défendre ?

D’autres confessions trouvent leurs défenseurs mais eux, qui, pour les défendre ?

Pas les autorités de ces pays, complices ou impuissantes.

Le Vatican ? « Combien de divisions ? »

La France, fille aînée de l’Eglise ? Son orgueilleuse laïcité l’empêcherait de seulement imaginer défendre « les chrétiens » et, pire encore, « les catholiques ».

Cette Eglise, que certains se complaisent encore à croire si puissante, si influente, paraît bien démunie.

Que faire ? Regarder ces communautés disparaître ? Prier, informer, donner1 ?

*


  1. On signalera à cette fin l’Aide à l’Eglise en Détresse, l’Oeuvre d’Orient, ainsi que Pax Christi, organisatrice de « Pâques avec les Chrétiens d’Irak« , en partenariat avec l’œuvre d’Orient, Justice & Paix, la Fédération Protestante de France, et Chrétiens de la Méditerranée []

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55 commentaires

  • Merci Koz d’avoir été l’un des rares blogueurs à parler de l’odieux assassinat de l’archevêque de Mossoul alors que la persécution des chrétiens d’Irak se déroule dans l’indifférence la plus totale.
    Cet acte barbare aurait dû faire la une des journaux télévisés. Ils ont préféré s’abstenir.
    Nous n’avons pas de quoi être fiers.
    Ceux qui connaissent les chrétiens d’Orient savent à quel point ces derniers sont attachés à la culture française. Le clergé irakien notamment est parfaitement francophone.
    Notre détachement devant leurs souffrances n’en est que plus mal ressenti au Proche-Orient.
    Tu as donné un lien pour aider les chrétiens persécutés au Levant, me permets-tu de signaler aussi « L’Oeuvre d’Orient »?

  • Bonsoir,

    Merci pour ce billet, Koz. Merci de nous responsabiliser face à la souffrance de nos frères chrétiens en terre d’islam.

    Renaud

    PS:Petite remarque orthographique: « pour avoir seulement réciter une prière » => « récité »

  • Oui, on tue des chrétiens dans beaucoup de pays du monde, et tout le monde s’en fout éperdument. Et on ne parle même pas des pays où il faut cacher sa foi, même si on est étranger.

    Merci pour ce billet, Koz.

  • « a été condamné pour avoir seulement réciter » Dommage que des fautes comme celles-là viennent gâcher un si beau billet.

    J’avais lu quelque part que, de toute son histoire, l’Eglise compte 20 millions de martyrs — dont 10 au XXème siècle. Quand on pense « chrétiens persécutés », on pense Rome, le Colisée, il y a 2000 ans, alors que la persécution des Chrétiens pas dans Ben-Hur, c’est ici, c’est maintenant.

    Voilà ce dont Benoit XVI devrait se soucier, au lieu d’inventer un « pêché de pollution » à la Chirac.

  • Effectivement, Dang, quand on sait qu’en plus, ces personnes regardent vers la France, persuadés qu’un lien fort persiste entre eux et notre pays…

    Je voulais en parler plus tôt, mais le sujet ne s’accomode de mots trop vite lancés.

    Et, effectivement, j’ai bêtement oublié de citer l’oeuvre d’orient que tu avais déjà évoquée. Je vais l’ajouter au billet.

    Merci aux autres commentateurs. Il est certain que, dans notre pays, on peine à imaginer la situation réelle des chrétiens d’autres pays.

    PEG, je crois que Benoît XVI est « multi-tâche »… Penser à l’un ne l’empêche probablement pas de penser à l’autre.

    Sinon, oui, effectivement, il y avait une coquille. Rhôôô… Terrible

  • Oui, Thaïs, effectivement. J’avais voulu réagir jeudi, brièvement. Du coup, je suis resté dans l’idée d’une « petite coupure ». Mais bon, ce n’était pas adapté. Je ferai probablement un bout de soirée électorale mais, pour le coup, le billet trouvera davantage sa place en « petite coupure ».

    Le dossier de presse que tu joins semble effectivement très intéressant. Je n’ai pour l’instant eu le temps que de lire le texte de Jean d’Ormesson et d’apercevoir l’appel aux dons pour les chrétiens d’Irak de Pax Christi. Je l’ajoute au billet. Merci.

  • La question que je me pose depuis pas mal de temps, c’est de savoir si l’Europe est en train de produire un nouveau « Munich ». Je dis bien l’Europe, car il me semble qu’il n’y a pas qu’en France où on essaye de minimiser la dérive politico-religieux des pays musulmans.
    Quand NS parle des religions et de notre identité on s’offusque en France, mais je pense qu’il a raison.
    Il a aussi mille fois raison de souhaiter l’Union pour la Méditerranée, autre facette de la lutte à mener contre la dérive totalitaire de certains pays arabes.

    L’aveuglement laïcard nous ferait-il oublier que « Si vis pacem, para bellum » ?

    Les églises chrétiennes sont trop affaiblies par des décennies de laïcité négative et ne sont pas de taille d’affronter seules les appareils d’états islamiques.

    Que nous soyons pratiquants ou pas, ce problème nous concerne tous, car il touche à notre identité, peut-être un jour il pourrait concerner notre liberté et la survie de nos démocraties. Il faut prendre conscience du danger de cette nouvelle idéologie totalitaire qui a déjà gangrénée nombre de pays et continue à progresser sur les erreurs politiques de Bush.

  • Merci Koz de rappeler l’évidence.
    La valeur de le vie humaine n’est pas la même pour tout le monde. Pour certains elle n’en a même pas du tout.
    On le savait, on le sait et malheureusement on le saura encore.
    Il est des croyances qui ont encore beaucoup, beaucoup, de chemin à faire.

    Est-ce un réflexe théologico-culturel que de ne pas savoir défendre son humanité, comme de – presque – tendre l’autre joue ?

    Par delà les croyances personnelles de chacun, je suis convaincu que l’avenir de l’humanité toute entière passe par l’acceptation, pour les religions les plus tolérantes, de l’impérieuse nécessité d’organiser consciencieusement la défense de leurs valeurs; et cela passe évidemment par celle des hommes.

  • Il me semble qu’au Liban, il y a encore des chrétiens dont la liturgie est en araméen.

    Face à ces assassinats et persécutions à motif religieux, la seule réaction possible me semble être celle de la condamnation (comme pour tout meurtre et toute persécution) et la défense de la liberté de conscience et de religion.

    Quant aux problèmes des dérives des Etats musulmans, il me semble qu’elles existent également dans les pays chrétiens et qu’elles sont tout aussi condamnables.
    La foi étant (pour ceux qui l’ont) quelque chose de si fondamental qu’entendre une critique ou une remise en cause n’est pas facile. Lorsque la critique religieuse sera possible pour toutes les religions et dans tous les pays sans provoquer d’affrontements meurtriers ni de rejet de l’autre, on aura fait de grands progrès à mon avis.

  • Merci pour ce papier qui recadre notre approche des chrétiens d’Orient.
    Volet le moins connu du monde chrétien, il gagne à ne pas être mélangé avec les apports postérieur à Mahomet.
    Pour moi ton cri me parait légitime et avec mes modestes moyens, je le ferai connaître dans mon milieu protestant

  • Une amie niçoise vient de me donner un lien vers un site où l’on voit de nombreuses et émouvantes photos des obsèques de Mgr Rahho et de la petite communauté chrétienne de Mossoul : http://notredamedesneiges.over-blog.com (à la date du 14 mars).

    @Renaud et PEG : vous reprochez à Koz une faute d’orthographe qui est plutôt une faute de fappe. J’espère que vous serez d’accord pour dire (i) que Koz connaît quand même un peu grammaire et conjugaison (ii) qu’il n’a pas fait cette faute volontairement (iii) que dans les meilleurs journaux, pourtant relus par des correcteur profesionnels, on trouve des coquilles.

  • @Suzanne : on trouve encore des communautés qui célèbrent en araméen en Turquie (voir le beau livre « les derniers araméens ») au Liban, et en Syrie. Il reste deux villages en Syrie où non seulement la liturgie est en araméen mais où la population parle la langue du Christ tous les jours. Le plus célèbre est Maaloula qui est malheureusement victime de sa situation magnifique en pleine montagne. On y construit de nombreux immeubles pour de riches saoudiens qui viennent y prendre le frais en été.
    A Paris on peut entendre la messe en araméen à St Ephrem le syrien au quartier latin. Je crois que la liturgie célébrée à Sarcelle dans l’église chaldéenne récemment construite est aussi en araméen

  • je n’ai rien à ajouter aux nombreux commentaires faits ici sur ce très vrai et très beau billet.
    Une pensée , une prière pour tous les chrétiens martyrisés dont on ne parle pas, dont on ne parle plus.
    Une prière, une pensée pour tous ceux qui croient en l’amour et qui ne reçoivent que persécution.
    Une prière, une pensée pour tous ces peuples qui plient et se cassent sous le joug du fanatisme.
    Une prière aussi pour nos amis tibétains qui eux aussi, se voient contraints de céder devant un fanatisme politique.
    Une prière pour que nos peuples se réveillent et enfin comprennent que les mots « spirituel » et « religieux » ne sont pas synonymes de dérive sectaire ou extrémiste s’ils ne sont pas accolés au fanatisme politique laïc ou religieux.
    Comme Margit le signale, je pense que Nicolas Sarkosy a raison lorsqu’il parle de spiritualité, de nos origines judéo chrétiennes et qu’il essaie d’organiser une union des peuples de la méditerranée, moyen d’obtenir à terme une tolérance que nous voyons disparaitre jour après jour.

    « Par delà les croyances personnelles de chacun, je suis convaincu que l’avenir de l’humanité toute entière passe par l’acceptation, pour les religions les plus tolérantes, de l’impérieuse nécessité d’organiser consciencieusement la défense de leurs valeurs; et cela passe évidemment par celle des hommes. » Merci Olivier pour ce très beau commentaire.
    .

  • Suggestion aux correcteurs orthographiques de notre aimable hôte : passer par le courriel (onglet Contact ci-dessus).

    C’est une discrétion de bon aloi 😉

  • Nota : On dit Tibhirine et non Tibérine.

    Sept moines enlevés le 27 Mars 1996 retrouvés décapités le 30 Mai. Plus d’un mois de soi disant marchandage entre le GIA et les autorités Françaises. Pour rien.

    Avez vous noté une réaction des autorités musulmanes en France ou de musulmans tout court ?

    Imaginons qu’un Iman soit retrouvé massacré dans un caniveau en France !!

  • @Luc 16 03 2008
    Je ne sais pas si tu mesures l’écart entre une protestation d’un chrétien ou d’un athée dans un état de droit et celle d’un musulman au sein d’une religion en guerre interne – Demander la même chose aux deux parties est peut être trop facile de notre part.

  • C’est une souffrance de lire ce billet et tous les liens que tu donnes Koz.
    Souffrance vis-à-vis de ces chrétiens assassinés, terrorisés.
    Souffrance aussi de ne pas pouvoir agir, prendre parti, simplement, tant les complexités de ces situations terribles sont nombreuses, profondes, et, à ce jour, insolubles.
    Et…je ne sais pas comment dire que bien des athées sont avec vous…

  • @Luc : vous faites remarquer qu’il faut dire Tibhirine et non Tibérine. En fait nous retranscrivons comme nous le pouvons graphie et prononciation arabes. Certains affirment qu’il faudrait même dire Tibhrine et non pas Tibhirine. En fait si on dit Tibhirine (ou Tibhrine) il faut alors dire London et non pas Londres, Roma au lieu de Rome, Moskva et non Moscou. Vous avez donc raison mais franchement je n’ai jamais entendu dire : « j’ai été nommé à London ». Et puis ces problèmes sont tellement dérisoires comparés au drame en question.

  • Un très bon billet. Merci Koz.

    Je n’irais pas jusqu’à accuser de complicité nos belles âmes professionnelles qui se taisent face à un tel nettoyage ethnico-religieux, mais leur silence est particulièrement injuste.

  • « Par delà les croyances personnelles de chacun, je suis convaincu que l’avenir de l’humanité toute entière passe par l’acceptation, pour les religions les plus tolérantes, de l’impérieuse nécessité d’organiser consciencieusement la défense de leurs valeurs; et cela passe évidemment par celle des hommes. »

    Comme Tara, je trouve cette phrase très belle.
    Personnellement, j’ai l’avantage de ne pas avoir à passer par une religion pour la défense de mes valeurs (quoique, je ne suis pas sûr que cela soit toujours un avantage).

    Les assassinats d’hommes et de femmes qui ont le courage de garder leurs convictions de paix et d’humanité dans des environnements hostiles sont d’autant plus odieux (comme si un assassinat pouvait être autre chose qu’odieux) dans le sens où ces personnes surpassent leur(s) religion(s) pour être simplement des exemples pour les êtres humains en général.

  • Que les théocrates s’entretuent n’est pas vraiment nouveau. Pas de bol, les chrétiens n’ont plus le rapport de force en leur faveur, du coup ce sont eux qui deviennent les pauvres persécutés.
    Mais ne t’inquiète pas Koz, ils auront bien mérité le Paradis et surement vivent-ils une vie meilleure aujourd’hui.
    Pour ma part, je redoute juste que toutes ces conneries ramènent la religion au centre de tout (car ce sont ce que tous les theocrates, toutes religions confondues, cherchent). Et avec le génial président qu’on a, c’est presque flippant.

  • Je suis pour le moment un peu occupé à autre chose, mais je suis surpris que l’attention de certains se concentrent sur l’orthographe… de deux mots, au demeurant.

  • @spipoza : quoi la mort d’hommes pour leurs croyances sont des « conneries » ? mais qui êtes-vous pour dire ce genre de choses ? 🙁

  • Merci pour ce billet hautement légitime et poignant. Cilia, se demandant « comment dire que bien des athées sont avec vous », a forcément retenu mon attention.

    Tentative de réponse : nous avons été, qu’on le veuille ou non, formés par vingt siècles de pensée chrétienne, même si ce n’est pas notre source exclusive. C’est un héritage profond, et très respectable. C’est pourquoi il n’y a pas besoin d’être croyant pour affirmer son respect pour les valeurs chrétiennes et ce qu’elles véhiculent.

    L’anonymat qui drape ces massacres choque et inquiète profondément l’athée que je pense être.

  • @Spipoza : vous écrivez : « pas de bol les chrétiens n’ont plus le rapport de force en leur faveur, du coup ce sont eux qui deviennent les pauvres persécutés ».
    Ou bien vous êtes aveuglé par votre parti pris anti-chrétien ou bien vous n’avez jamais ouvert un livre d’histoire.
    Avez-vous oublié : les persécutions de chrétiens sous Néron, les massacres de chrétiens à Byzance lors de la prise de la ville par les turcs, les massacres de prêtres et de ceux qui les aidaient sous la Terreur, le massacre des otages catholiques sous la Commune de Paris, les tentatives de liquidation de l’Eglise Gréco-Catholique d’Ukraine par Staline, les persécutions de l’Eglise orthodoxe russe par le régime soviétique,les persécutions de l’Eglise catholique au Mexique dans les année 1920 (voir « La puissance et la gloire » de Graham Green) etc…

  • Le propos de Spipoza est effectivement trop sommaire pour mériter une réponse approfondie, même si tu fais bien, Dang, de rappeler quelques évidences négligées.

  • @Eponymus et Dang> D’abord je ne suis pas athée: je crois en la démocratie, et à ce titre je me bats contre les théocrates. Vous essayez de me faire passer pour un anti-chrétien que je ne suis pas.
    Il est aussi question de la Chine. Il ne vous ait sans doute pas échappé que la Chine est justement en train de sévèrement réprimer les mouvements de contestations au Tibet. Mais plutot que de dénoncer la persécution de démocrates vous préférerez vous en tenir aux théocrates, et encore, pourvu qu’ils soient chrétiens.

  • @ Spipoza,
    D’accord, mais dans ce cas, vous êtes trop violent dans votre expression première pour qu’on puisse vous comprendre.

  • @Spipoza : vous tombez mal avec l’exemple du Tibet. Les gens qui manifestent à Lhassa veulent le retour du Dalaï Lama et par conséquent le retour à la théocratie.Ceci dit il est évident que les tibétains sont opprimé par les chinois et qu’il faut les soutenir.

  • @Dang: soit ils manifestent pour le retour du Dalai-Lama, et on peut dire que ce sont des boudhistes qui sont persécutés, soit ils manifestent pour l’indépendance du Tibet et alors ce sont des Tibétains qui sont persécutés.
    Ca n’est pas la même chose.
    Si c’était des boudhistes qui étaient persécutés, cela ne ferait que renforcer l’idée que vous ne pouvez dénoncer les oppressions que lorsqu’elles vous touchent directement.
    Mais pour ma part, je pense que les tibétains protestent avant tout pour leur indépendance.

  • Je crains que Spipoza n’applique au Tibet un schéma bien français. Faire le départ entre ce qui relève de la citoyenneté tibétaine et du boudhisme, cela devrait être un beau défi pour Spipoza.

    Le débat, de toutes façons, est étonnant : tout cela part donc du fait que que Spipoza se « bat contre les théocrates » (on a connu combat plus éprouvant, en France) … ? C’est donc cela qui vous amène à parler, en évoquant les persécutions mentionnées dans mon billet de « conneries » dont l’effet principal serait de ramener la religion au centre des choses ? On aimerait au demeurant savoir ce que vous entendez par « théocrate » ?

    S’il s’agit de craindre ceux qui pourraient vouloir instaurer un pouvoir religieux, non seulement, s’agissant de l’Eglise catholique, c’est désormais du domaine du fantasme, mais le raisonnement me paraît alambiqué : il ne faudrait donc pas que les persécutions religieuses incitent à instaurer des pouvoirs religieux ? Où ça ? En Algérie, en Turquie, en Irak, en Arabie Saoudite ? Ou en France ? Je crains que vous n’agitiez un épouvantail un peu déplacé.

    Olivier demande :

    « Est-ce un réflexe théologico-culturel que de ne pas savoir défendre son humanité, comme de – presque – tendre l’autre joue ? »

    Je crains que ça ne soit en tout cas devenu une prédisposition. Autant, par le passé, et sans vouloir opérer de généralisation malvenue, au nom de l’Eglise, des excès ont été commis, autant aujourd’hui, il me semble que les catholiques dans leur ensemble sont particulièrement attentifs à ne pas courir le risque de « tuer au nom de Dieu ».

    Pour autant, il ne nous est pas demandé de nous laisser abattre et si, « lorsque l’on te frappe sur une joue, tends l’autre joue » a un sens, « quand on te tire une balle dans la tête, tends l’autre tête » fonctionne nettement moins bien.

    Via le catéchisme de l’Eglise catholique, je trouve deux phrases de Saint Thomas d’Aquin sur la légitime défense :

     » L’action de se défendre peut entraîner un double effet : l’un est la conservation de sa propre vie, l’autre la mort de l’agresseur … L’un seulement est voulu ; l’autre ne l’est pas  » (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 64, 7).

    « Si pour se défendre on exerce une violence plus grande qu’il ne faut, ce sera illicite. Mais si l’on repousse la violence de façon mesurée, ce sera licite… Et il n’est pas nécessaire au salut que l’on omette cet acte de protection mesurée pour éviter de tuer l’autre ; car on est davantage tenu de veiller à sa propre vie qu’à celle d’autrui » (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 64, 7).

    Et le Catéchisme de l’Eglise catholique mentionne que « l’interdit du meurtre n’abroge pas le droit de mettre hors d’état de nuire un injuste agresseur. La légitime défense est un devoir grave pour qui est responsable de la vie d’autrui ou du bien commun. »

    Pour autant, cela vaut davantage dans des cas tels que l’Irak où c’est clairement la vie de ces personnes qui est en cause.

  • On est ici au coeur du mystère de la Passion.

    Le sang du pasteur et de ses compagnons martyrs et confesseurs a coulé.

    L’évêque de Mossoul a vécu dans sa chair ce que les prophètes, le Christ, et les martyrs ont accompli.

    Il y a l’attitude de saint Etienne de miséricorde pour les persécuteurs, gage suprême de l’innocence de leur victime.

    Je me demande si on n’est pas arrivé au coeur de la question de l’Islam. Pour les chrétiens, le témoin parfait est l’Agneau immolé. Pour les fous d’Allah, c’est un criminel qui ravage tout ce qui l’entoure y compris lui-même.

    La Croix est insupportable à l’Islam. Le Coran nie jusqu’à la mort de Jésus. D’après le Pr. René Girard, Mahomet a détourné le Biblique pour revenir vers le sacré archaïque vénérant la violence. Le Christianisme oriental est un témoin à charge contre l’Islam en montrant la continuité d’une Histoire sainte dont elle est désespérément absente.

    A l’approche des fêtes pascales, ne désespérons pas. Mgr Paulos Faraj Rahho a, avec le Christ, vaincu le Monde.

  • Je trouve que Koz pense fort bien, et que son écriture est d’une qualité remarquable.

    J’ai beaucoup de mal à agencer les mots pour dire combien la gauche monopolise la bonne conscience et distribue si facilement les bons points aux extrémistes de « son camp », qui sont parfois crédités de maladresse d’exécution, mais si négligeable en regard de la hauteur des principes qu’ils défendent face à la vulgarité des intentions de ceux qu’ils ont désignés comme leurs adversaires.

    Vous voyez, je l’écris moins bien que lui. Bref, bravo à Koz qui (pour moi) pense juste et écrit avec talent.

  • J’ose espérer que nul ici ne fait l’amalgame entre ce que dit une religion (l’Islam, le Christianisme ou le Judaïsme) et l’utilisation faite par les individus de la théologie.
    Ainsi, le Coran appelle au respect des gens du Livre (l’Ancien et le Nouveau Testament) mais il appelle aussi à la conversion. Il est donc possible, sans analyse profonde, de faire dire au Coran (sans compter les Haddith) tout et son contraire.
    Le fait est que le Coran n’est pas critiqué comme la Torah ou la Bible ont pu l’être -et le sont encore.
    Toutefois, l’exemple de la crise politique actuelle au Liban appelle à faire « franchement » la distinction entre la foi religieuse et le recours du politique au religieux.
    PS: en 1996, j’étais trop jeune pour montrer combien ce massacre était une horreur mais je peux vous assurer que ma foi n’aurait pas empêché une condamnation claire.

  • Ah oui, effectivement, margit, merci de le signaler, ça fait plaisir ! Voir aussi cette dépêche

    A souligner aussi, cet article du Figaro, et surtout l’initiative auquel il se rapporte.

    « Sans précédent en Algérie, l’appel «pour la tolérance» et «le respect des libertés» est signé de personnalités de premier plan comme l’écrivain Boualem Sansal, l’historien Mohammed Harbi, l’universitaire Salem Chaker, le président de la Ligue des droits de l’homme Abdennour Ali Yahia ou le caricaturiste Ali Dilem. Dans un texte rendu public hier, des intellectuels dénoncent le harcèlement des chrétiens pour «délit de prière». Les signataires expriment leur «solidarité avec la communauté chrétienne d’Algérie, cible de mesures aussi brutales qu’injustifiées». Ils affirment leur attachement «à la liberté de conscience, du droit de chacun de pratiquer la religion de son choix, ou de ne pas pratiquer » .

    Ca fait chaud au coeur !

  • Non, vous avez raison. Comme le faisait remarquer Luc (je crois) dans le chat, c’est même une solution « angoissante » : cela signifierait, aussi, l’abandon de la présence millénaire des chrétiens sur cette terre.

    Cela étant, des chrétiens fuient déjà.

    Kouchner fait remarquer qu’il n’y a, globalement, personne pour accueillir les chrétiens. Sur le principe, je suis heureux de voir qu’on ne les oublie pas.

    En pratique, certains obstacles techniques semblent se dresser, parmi lesquels je retiens surtout le risque de marginaliser les chrétiens qui souhaiteraient rester sur place.

  • Il n’y a plus que 700 000 chrétiens en Irak. Ils étaient 20% de la population en 1937 et encore 10% au début du règne de Saddam Hussein. Les chrétiens d’Irak appartiennent à des ethnies qui sont les plus anciennes du pays et c’est dramatique de les voir partir mais pour eux c’est vraiment la valise ou le cercueil. Ceux qui restent sont les vieux qui n’ont pas la force de partir et les plus pauvres qui n’en ont pas les moyens. Les chrétiens irakiens réfugiés en Jordanie (les plus nombreux mais il y en a au Liban, en Syrie, en Turquie) vivent dans des conditions plus que précaires. Ils n’ont aucun moyen de subsistance car ils sont considérés comme touristes et n’ont pas le droit de travailler. Ils font des petits boulots au noir et sont exploités. Les enfants ne sont pas scolarisés. Les familles s’entassent dans des taudis qu’ils louent à prix d’or. Si quelques-uns peuvent être accueillis en France ce sera tout à l’honneur de notre pays car il n’y a pas si longtemps que l’épouse du président de la République, Madame Mitterrand en l’occurrence, avait refusé de visiter un camp de réfugiés kurdes chrétiens mais avait visité un camp de réfugiés kurdes musulmans.Comme si il n’était pas politiquement correct d’être chrétien.

  • Faudrait en parler à Brice.

    Bon, ça ne va pas arranger ses chiffres, mais il doit y avoir moyen en foutant dehors, en contrepartie, des gens qui ne connaissent pas leur Pater Noster.

  • Curieux article et curieux commentaires … Ce blog serait-il un repère à culs-bénis ?

    Plus sérieusement, je trouve tout de même étonnant de faire aussi grand cas du sort des chrétiens martyrisés dans certains pays musulmans : C’est à mon avis faire abstraction que dans ces pays, il ne fait tout simplement pas bon exprimer sa différence, quelle qu’elle soit.

    Les religions (aujourd’hui l’Islam, en d’autres temps le Catholicisme) sont par nature des instruments de pouvoir. Leur essor a toujours permis à des gens peu recommandables d’exercer le contrôle des esprits par la terreur, menaçant les esprits faibles de la colère céleste s’ils n’appliquent la loi divine, dont eux sont bien évidemment les détenteurs. La stratégie du « bouc émissaire » fait bien évidemment partie de leur panoplie, permettant d’assurer la cohésion du groupe derrière ses leaders (ou plus méchamment du troupeau derrière son berger …).

    Tous les cas cités par Koz sont bien évidemment condamnables, mais cette fixation sur le cas des chrétiens en particulier est assez déplaisante, comme s’il y avait une hiérarchie de l’horreur dans les crimes perpétrés par les fous de dieu.

    Je ne fais pas le procès des religions, mais de ce (ceux …) qu’elles amènent systématiquement dans leur sillage. Plus que jamais, c’est la laïcité qui est à défendre et promouvoir car seul rempart contre ces gens.

  • 1) Les chrétiens sont visés en tant que chrétiens. Dans d’autres cas, cela semble suffire à justifier l’intérêt. Pas pour les chrétiens ? Direz-vous la même chose à ceux qui évoquent, à juste titre, les pendaisons d’homosexuels en Iran ? A ceux qui évoquent les persécutions contre les juifs ? Ce qui vous dérange, est-ce vraiment, sincèrement, qu’il y ait un questionnement spécifique à une différence, ou que l’on se préoccupe spécifiquement des chrétiens ?

    2) « dans ces pays, il ne fait tout simplement pas bon exprimer sa différence ». Nous parlons donc aussi de l’Algérie et de la Turquie ?

    3) Pendant que vous expliquerez à l’Algérie, l’Irak, l’Arabie Saoudite et l’Iran les bienfaits de la laïcité, vous me permettrez de continuer de me soucier de ceux qui sont persécutés, et de ceux qui meurent.

  • @Aix
    Tout pouvoir, religieux ou pas, génère ses excès.
    La pensée disparait souvent derrière les jeux d’appareils politiques ou religieux.
    Quand la Libre Pensée oublie ses devoirs et devient intolérance, jetez-vous le bébé avec l’eau du bain ?
    Laissez la pensée chrétienne en paix, malgré ses avatars nombreux et parfois inqualifiables, elle est (de mon point de vue) un formidable levain pour l’humanité.

  • « Ce blog serait-il un repère à culs-bénis ? »

    Haaa, voilà la laïcité négative dans toute sa splendeur!

    Sachez, cher Alx, qu’il y a des libre-penseurs sur ce blog et qu’ils pratiquent la laïcité positive 🙂

    Et en ce qui me concerne il y a des principes plus importantes bien au dessus de toutes les autres, c’est
    1) de défendre bec et ongles une minorité proche de ma culture
    et
    2) un principe que beaucoup de laïcards devraient méditer avant de proférer des insultes : « je n’aime pas vos idées, mais je me battrai pour que vous puissiez les exprimer »

  • Pardon pour les mauvais accords, mais quand je m’énerve la grammaire française devient quelque peu plus compliquée pour moi 🙂

  • @Alx : c’est vrai il n’y a pas que des chrétiens persécutés dans les pays musulmans. Qui a dit le contraire? Les Ba’hais sont persécutés en Iran mais la plupart des gens ne savent même pas qu’ils existent. Tous les Ba’hais de Paris, de Londres ou de Bombay se battent pour aider les Ba’hais et je ne puis que leur apporter mon soutien. Il se trouve que moi je suis chrétien (un cul-béni comme vous dites) et il me semble normal d’aider d’autres chrétiens qui par ailleurs sont non seulement persécutés mais menacés de mort.

  • @ Koz :
    1) Le même article écrit spécifiquement sur le cas des juifs ou des homosexuels martyrisés ici et là m’aurait amené strictement le même commentaire … Je regrette juste que l’on se focalise uniquement sur tels ou tels. Je sais bien que votre article a vocation à parler de gens un peu (beaucoup …) oubliés par le buzz médiatique, mais je reste persuadé que le problème doit être replacé à un niveau plus global : celui des libertés individuelles dans un état religieux ou fortement croyant.

    Pour sortir du cadre religieux qui heurte les sensibilités de certains, je réagis de la même façon quand j’entends parler de « chômage des jeunes » ou « chômage des vieux » … C’est le chômage tout court qui doit être résorbé.

    2) Oui, tout état où le fait religieux a une part trop importante.

    3) Souciez –vous en … ça n’aggravera pas leur sort à défaut de les aider. Minorités et religions n’ont jamais fait bon ménage, et même si mes propos sont interprétés comme le comble du cynisme, je crois que vous ne pouvez pas grand chose pour ces gens.

    @ Baillergeau :
    Je n’ai rien contre la pensée chrétienne … vous ne m’avez pas bien lu. De là à en faire un « formidable levain pour l’humanité », c’est discutable.

    @Margit :
    Désolé pour le terme « culs bénis » qui était inutilement provocateur et ne servait pas mon propos. Pour le reste, nous avons tous nos principes. Le plus dur est ensuite de les tenir 😉

  • Edito d’Etienne de Montety dans Le Figaro aujourd’hui :

    « (…) Que d’énergie pour que quelques portes s’ouvrent. Le tam-tam médiatique que nous connaissons bien, et qui peut faire merveille pour porter une juste cause au premier plan de l’actualité, reste muet. Pourquoi ? Est-ce à dire, comme l’écrivait récemment Jacques Julliard, que nous aurions «à ce point honte de nos origines que la persécution dont sont victimes les chrétiens dans une bonne trentaine de pays dans le monde musulman, dans le monde hindouiste, dans le monde communiste nous laisse indifférents » ? On n’ose l’imaginer. Aujourd’hui, les regards sont légitimement tournés vers le Tibet insurgé. L’émotion est facilitée par un fait objectif. La résistance tibétaine a un visage internationalement connu et respecté : le dalaï-lama, qui incarne ce pays, sa culture et sa pugnacité. Il bénéficie d’une curiosité spontanée de la part des Occidentaux, assortie d’une compassion méritée.

    Vue d’Europe, la situation des chrétiens d’Orient paraît floue : qui sont-ils ? Chaldéens, syriaques, Coptes, melkites, autant d’Églises, autant de particularismes, autant de situations. Leur histoire est mal connue. Quoique chrétiens, ils sont patriotes. Or la vulgate européenne croit l’Irak, la Syrie, l’Égypte uniformément musulmans. Les repères simples nécessaires à une mobilisation font défaut. Sans leader charismatique, sans capacité de rébellion, les chrétiens réfugiés à Mossoul et au Kurdistan n’ont guère d’atouts pour leur défense.

    Aujourd’hui, ils n’ont que leurs larmes à offrir. Faut-il pour autant les oublier ?« 

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