Je rêvais d’un autre monde

Après une vaillante résistance, je me suis résolu à visionner l’interview de « Jacqueline », cette ancienne dirigeante de l’ADMD qui a fixé la date de son suicide, assisté, en janvier 2020. Elle fut l’occasion d’une apostrophe en ligne : l’abbé Grosjean qui l’interpellant sur le sens d’une vie, Hugo Clément, l’intervieweur, le renvoya à la pédophilie. Pour être laborieuse, voilà la réplique à laquelle les temps présents nous condamnent.

Deux clercs de deux mondes, l’un affligé et l’autre conquérant. Serait-ce pour autant déroger à l’humilité imposée à l’Eglise qu’espérer du monde médiatique qu’il s’arrête sur lui-même et sur ce qu’il promeut ? Jacqueline Jencquel y exprime le culte de l’autonomie, le refus de l’âge et de faire l’amour à un « vieux mec au bide énorme ». Interrogée sur les religions, elle renvoie le paradis chrétien à « compter des moutons pendant toute l’éternité sur une prairie » et lui préfère la version musulmane où elle pourrait « sucer des beaux mecs jusqu’à la fin de l’éternité (sic) ». Tel est le niveau de l’intervention qui a ouvert tant de colonnes et plateaux à Jacqueline Jencquel.

Comment ne pas être saisi par la fatalité qui accablera ce monde, qui se veut conquérant ? Cette interview en est un résumé : il commence en Hugo Clément et finit en Jacqueline Jencquel. Dans ce petit monde si souvent adversaire du modèle de vie chrétienne, on célèbre la jeunesse éternelle et la sexualité vagabonde. Le jeune et « beau mec » en est l’archétype, le « sucer » semble une idée fixe. Quand le rideau du paraître se lève, que reste-t-il à Jacqueline, qui a « construit sa maison sur du sable », sur la jeunesse et sur le sexe ? L’autonomie absolutisée vire à l’isolement. Rester en vie à 75 ans, c’est « faire chier » ses enfants. Quand vient l’âge, l’un des modèles s’épuise et ne propose plus guère que de se foutre en l’air. L’autre trouve dans la relation l’essence de l’humanité. Peut-être moins excitant dans les vertes années, il donne sens à la vie sans devoir se l’ôter.

Alors oui, j’enrage qu’aujourd’hui un promoteur du suicide en fin de vie puisse se défausser par la pédophilie, que la conception chrétienne de la vie soit plus inaudible encore par la faute de l’Eglise. Mais je n’oublie pas que si sa parole est aujourd’hui bousculée, sa pratique, incarnée par des milliers de catholiques engagés, reste un témoignage pour ceux qui attendent, en fin de vie, encore un peu d’humanité.

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

6 commentaires

  • Il est intéressant que vous ayez classé votre article dans la rubrique « société » (mais où eussiez-vous pu le classer sinon ?), alors que ce que propose cette dame est exactement un modèle de non-société : « l’autonomie absolutisée vire à l’isolement », comme vous le dites fort bien.
    Qu’avons-nous à opposer, nous autres « affligés », à ces « conquérants » ? Les actes qui font une vie sociale, certainement. Et aussi le conseil d’aller voir des « vieux » (à commencer par ceux qui leur sont proches) qui, loin de les « faire chier », leur feront quelquefois entrevoir des trésors (pas en espèces sonnantes et trébuchantes, certes…).

    Répondre
  • Merci pour ce texte. Ce témoignage est effectivement désespérant. Et en effet, les scandales de pédophilie sont de terribles blessures pour l’Église.
    Il est si triste de voir que la parole qu’elle porte en est rendue inaudible.

    Répondre
  • Cette personne ne réalise pas qu’elle a acheté un aller simple pour l’enfer éternel. Enfer qu’elle vit déjà sur cette terre (l’autonomie absolutisée…).

    Répondre
  • Votre accablement vis-à-vis de cette femme et de ses relais médiatiques est bien compréhensible mais je vous propose de réagir autrement : car on fond, derrière la limpidité apparente de sa position cette personne est complètement contradictoire. D’une part, elle revendique une autonomie absolue que les bigots du Vatican et une législation rétrograde lui refuseraient. Et une fois postulé son individualisme elle donne l’impression que pour être légitime, son futur suicide devrait être sanctionné par une prêtrise de substitution, l’autorité médicale ou étatique.
    Qu’elle aille donc jusqu’au bout de sa logique « d’autonomie absolutisée » et assume elle-même cet acte. Qu’elle s’abstienne de corrompre la vocation du corps médical ou celle de nos institutions qui ont pour mission de soigner et faire prospérer le bien commun. A priori elle sera en janvier 2020 en possession de tous ses moyens et on ne peut que lui demander de ne pas faire ch… nos garants d’une existence civilisée.

    Répondre
  • Le modèle de vie chrétienne prêché pendant des décennies « souffrir dans cette vallée de larmes » , accepter toute souffrance comme un don de Dieu, est-il très évangélique ? Or trop de nos contemporains ayant rompu avec la foi voient parfois encore ce modèle doloriste poussé à l’extrême comme la quintessence de la vie chrétienne.

    Quant au modèle prométhéen de l’homme maître parfait de son destin, qui va à la mort en chantant, qui y croit vraiment ?

    Ni le premier ni le second sont très convaincants.

    Pour le reste, il s’agit plus de provocation que d’autre chose : compter les moutons. sucer ou se faire sucer pour l’éternité … mais plus c’est trash plus certains médias en raffolent…
    Faut-il le prendre au sérieux ?

    BT

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.