Sans abri politique

Avons-nous nécessairement besoin d’une maison – d’une maison politique, s’entend ?

Les semaines s’étirent en un long et lent déchirement, une sourde et douloureuse rupture. Qui sait si ce sont les miens qui s’arrachent ou si je m’arrache à eux ? Je ne crois pourtant pas avoir tant changé, je ne crois pas avoir renoncé à allier le sens de la responsabilité dans la liberté, le souci de la fraternité, le sens de la famille, une certaine idée de la France et de sa responsabilité dans le concert des Nations, et encore une confiance dans l’élan fondateur et démocrate-chrétien de l’Union Européenne.

J’ai, par le passé, évoqué le service de nos couleurs ou encore la France et son sens dans les circonstances dramatiques que nous connaissons. Je n’ai rien renié, et je refuse aujourd’hui comme hier de croire que la solution serait dans la radicalité et les compagnonnages hasardeux. Pourtant, où que je tourne le regard ces derniers jours, il semble qu’une musique seule se fasse entendre : malgré l’échec constant de cette stratégie depuis quinze ans, le salut serait dans l’alliance avec l’extrême-droite, à tout le moins avec ses idées et leurs hérauts, à défaut de leurs partis. C’est Christophe Billan qui, loin du contrat initial, ne voit « aucun problème » à travailler « avec Marion Maréchal Le Pen et ses idées » , c’est Jean-Frédéric Poisson qui, après Minute, croit fructueux de parler de recomposition politique avec le supplétif du lepénisme Dupont-Aignan sur Radio Courtoisie, c’est Laurent Wauquiez qui entreprend de réhabiliter l’identitarisme. Le mouvement semble unanime, il faudrait être fou pour ne pas le suivre.

Dans le dernier numéro du Point, le président annoncé des Républicains fait ainsi cette déclaration : « on a érigé la diversité comme un veau d’or. « Identitaire » est devenu la pire insulte. Mais de Gaulle était identitaire ! Il parlait de l’identité de la France » . Rappelons-le alors avec fermeté : non, définitivement non, ce n’est pas être identitaire que de « parler de l’identité de la France » ! L’identitarisme n’est pas l’amour de l’identité, c’est le rejet de l’altérité. La confusion est indigente, et pourtant je ne crois pas à la seule déficience du propos de Wauquiez. Mon père m’a appris à ne pas prendre les autres pour des imbéciles. Et Wauquiez n’est ni un idiot ni un perdreau de l’année. Il ne fait pas ingénument une telle confusion. Car les mots ont un sens politique.

D’autres l’ont bien compris : ainsi de Bruno Mégret, qui se félicitait d’avoir « développé une stratégie du vocabulaire » et « lancé le mot « identité » dans le débat public » en intégrant le Front National. S’ils ont un héritage, les identitaires sacrifient plus à celui de Pétain, de l’OAS et à ce que l’on appelle pudiquement l’ethnicisme (ie la pureté ethnique) en même temps qu’à une « remigration » qui n’est que l’autre nom de la déportation. En affublant De Gaulle du nom d’identitaire, Wauquiez alimente à dessein la confusion qui permettra demain aux Identitaires de s’affirmer gaullistes, à chacun de croire que l’identité est l’affaire des identitaires, et à tout le monde de se recomposer gaiement, depuis Wauquiez jusqu’à Vardon, en passant par « Marion ».

Douleur supplémentaire : chaque fois, et ajoutons à cela la création de L’Incorrect, des catholiques croient de leur vocation d’être de la partie et d’y mêler les leurs. Car ils nous y mêlent.

Pourquoi ? Et que font les autres ? Ceux que je rencontre, un peu partout, ceux que je croise en paroisse. Ceux qui n’ont pas non plus leur drapeau ni leur foi dans leur poche, à défaut de les agiter compulsivement. Ceux qui pensent que cela peut encore se vivre fermement et sereinement.

Faute de porte-voix, ils gardent le silence. Ils observent et s’interrogent : faut-il rejoindre le mouvement ? Chaque fois me revient cette réplique de Bérenger, qui voit tous ses amis se transformer : « Oh ! comme je voudrais être comme eux. Je n’ai pas de corne, hélas ! Que c’est laid, un front plat. Il m’en faudrait une ou deux, pour rehausser mes traits tombants. Ça viendra peut-être, et je n’aurai plus honte, je pourrai aller tous les retrouver » (E. Ionesco, Rhinocéros). C’est que le sens du vent, la chaleur du troupeau, sont de puissants appels : s’ils pensent tous ainsi, pensons comme eux alors. L’erreur étant toujours de croire que, parce qu’ils sont bruyants, ils sont forcément nombreux.

Dans le même temps, le jeu politique imbécile conduit les autres à abandonner tous les thèmes que les premiers accaparent – parce que chacun cherche ses marqueurs, son créneau, sa ligne d’eau – à sombrer dans les caricatures, la quête des repoussoirs. Et l’on se trouverait bien seul aussi, en leur compagnie.

Faut-il alors nécessairement rechercher un débouché politique ? Est-il indispensable d’en être, si c’est à ces conditions ? D’où vient ce sentiment d’urgence à jouer le jeu de cette petite politique s’il faut pour cela sacrifier une part essentielle de ses convictions ? La peur de la solitude ? Après tout, ne pas avoir de niche permet de battre la campagne. Quant aux chrétiens dans l’affaire, leur vocation n’est pas de trouver la tranquillité (au contraire). D’ailleurs, qu’ils se souviennent : « les renards ont leurs tanières et les oiseaux du ciel leurs nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête » . Alors, puisque c’est Lui qu’il faut suivre…

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d’un titre.

Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire – Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

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29 commentaires

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  • C’est vrai que c’est déroutant.

    Et encore, tu ne parles pas du coming-out antilibéral de LR dont la critique de la politique économique du gouvernement peine à se distinguer de celle de FI.

    Ils ont l’air de cibler un espace politique placé à la fois à gauche de Macron et à droite de Fillon.

    J’ai peur que ce soit un peu étroit, voire inexistant.

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  • C’est vrai que je n’en parle pas… parce que ce n’est pas vraiment ma préoccupation : je suis alibéral (ni libéral, ni antilibéral) 😉 Mais encore, il y a une certaine diversité : Maël de Calan se déclare libéral.

    Avec ce genre de déclaration, je me demande vraiment si LR va pouvoir éviter la division : comment des héritiers du gaullisme peuvent-ils accepter que l’on dise que De Gaulle était identitaire ? Et, sans en être un héritier, je ne vois pas non plus les autres familles accepter une stratégie qui lorgne ouvertement vers les idées du Front.

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  • Le fait est que, pour de nombreux Français (une majorité, sans doute), il n’est plus possible d’avoir sur la diversité ou sur l’immigration le discours des années Chirac ou le ton lénifiant de Juppé. Poursuivre dans cette voie, cela décrédibiliserait trop la représentation politique et pourrait élargir (encore) l’audience des Insoumis ou des FN.

    Il faut le regretter, bien sûr, et lutter avec énergie contre toutes sortes d’amalgames empoisonnés (islam = islamisme, par ex, raccourci que vient hélas de commettre JF Poisson).

    Chacun peut et doit s’engager dans la cité, autrement qu’en « politique politicienne », pour travailler à ce que change ce regard-là: chercher ce qui favorise l’intégration, soutenir ce qui rapproche, tenir à distance les « incorrects » et autres organes de « réinformation » dont les biais sont encore plus énormes et pervers que ceux de la « pensée unique ».

    Il faut aussi, comme chrétiens, discerner en soi ce que cette « tentation identitaire » peut avoir de nocif et d’injuste, combien elle nous éloigne du Christ.

    Tout cela posé, je crois qu’il n’est pas mauvais, pour le débat public et surtout pour la représentation des Français, que des leaders de la droite de gvrt fassent preuve de conviction et de clarté sur ces sujets. Il me semble que l’initiative de Sarkozy, sur l’identité nationale, aurait pu connaître un meilleur sort, qu’elle n’était pas vouée à l’échec simplement parce qu’elle touchait à l’identité. Qu’on peut espérer mieux dans notre pays qu’une laïcité qui considère rigoureusement de la même manière islam et christianisme, en s’interdisant de tenir compte de la culture, de l’histoire…

    Cela passe, je pense, par le recours à des thèmes touchant l’identité. Oui, cela suppose de s’approcher du précipice identitaire, il faut en être conscient et bien tenir la rampe, mais il n’est plus temps de rester au loin.

    A mon sens, il est important que se fasse entendre, au sein des LR, la voix des « centristes » (whatever that means in Macron times) ou celle de Mael de Calan. Cette voix est indispensable pour tempérer les possibles excès de Wauquiez (slogans d’estrade et autres) mais cette voix n’est pas raisonnable si elle instruit en permanence un procès en forme de reductio ad lepenam, ou si elle prétend interdire toute ouverture à droite (cf désolante pétition lancée par Jean Spiri contre C. Billan)

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  • Comment faut-il comprendre le mot « identitaire ». Flou, polysémique au moins, il traine une ribambelle de sous-entendus différents selon le rapport au passé de celui qui l’emploie. L’accoler aujourd’hui à De Gaulle est en tout cas abusif tant les moments et les faits historiques que nous vivons sont originaux et sans précédents véritables dans notre histoire ; Wauquier le sait bien mais il est en campagne et ratisse le plus large possible. De toute façon, avec lui ou d’autres, la droite est en pénitence pour un bon moment ; la gauche sans doute aussi. Pénitence est un mot qui ne devrait pas effrayer les catholiques, dont je suis ; se tenir dans une sérieuse observation de l’expérience Macron et négliger la petite politique partisane détestable. Attendre que des évolutions de fond se dessinent rendant les choix à nouveau possibles. Viendra peut-être aussi le temps où, pour des combats éthiques et sociétaux, ils leur faudra prendre position fermement pour défendre leur conception de l’homme.

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  • stanislas a écrit :

    Le fait est que, pour de nombreux Français (une majorité, sans doute), il n’est plus possible d’avoir sur la diversité ou sur l’immigration le discours des années Chirac ou le ton lénifiant de Juppé.

    Je ne sais pas quel est votre âge, mais je me permets de supposer que, pour écrire cela, vous avez des souvenirs incomplets des années Chirac et de la carrière d’Alain Juppé. Je ne vous en citerai que deux exemples: un avec M.Chirac, et un autre avec M.Juppé. Cela vous permettra de voir à quel point la position de M.Wauquiez est dépourvue d’originalité, et combien peu de nouveauté les 20 dernières années ont apporté au débat. Le terme « identitaire » est innovant, mais le reste…

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  • Cher Koz, si le Fils de l’homme n’a pas où reposer la tête, c’est précisément pour pouvoir demeurer chez ceux qui a priori étaient le plus éloignés de Lui. Je ne vous crois pas suffisamment pharisien pour vous scandaliser des fréquentations de Jean-Frédéric Poisson ou de Christophe Billan! Il me semble que la force des chrétiens engagés en politique est de savoir engager un dialogue avec des personnes d’autres partis. Quand l’un des mes amis s’est engagé dans la campagne des dernières élections législatives sous les couleurs d’un parti qui n’a pas ma préférence, je l’ai félicité et encouragé!

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  • Identitaire ?
    Oui, ils le sont vraiment pour monter des polémiques clivantes appelant des réflexes souvent trop faciles. Mais l’identité liée à la langue française, ils semblent plutôt s’en moquer !
    Ils ont bien fait un peu d’effervescence autour la « clause Molière », sur la langue de travail sur les chantiers du BTP… Mais rien sur le rouleau compresseur des anglissismes dans le vocabulaire quotidien et surtout dans les médias !
    Il y a vraiment deux poids et deux mesures, ce qui prouve bien qu’on est avec eux dans la sphère purement idéologique. Et là on voit clairement les limites d’une prétendue filiation avec de Gaulle, pour lequel la langue française était véritablement un élément d’identité très fort…!

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  • Oui et encore oui.

    Je me suis fait à ma situation de sans abri politique. La gauche porte (pour de bonnes ou de mauvaises raisons, bien ou mal) des valeurs essentielles à mes yeux, que la droite a trop déserté : écologisme (Laudato si !), meilleure répartition des richesses. Tout en allant trop loin dans certains aspects caricaturaux : égalitarisme, individualisme.

    Pour moi M. Wauquiez a raison sur un point, la droite doit porter le complémentaire de ces caricatures, une idée d’unité, de nation, d’ordre moral supérieur aux intérêts individuels. Mais elle est inaudible aujourd’hui, quand elle penche vers la ligne de M. Ciotti, tout aussi caricatural, faux, voire pire, faussement faux, pour des considérations tactiques et politiques.

    Sinon qu’est ce que la droite ? La sécurité devrait être une valeur de droite ? Qui ose vraiment penser que la loi antiterroriste numéro 28 ne va pas assez loin ? La droite serait une synthèse de libéralisme économique et de conservatisme social ? Synthèse bien peu explicite aujourd’hui, ou bien mal défendue.

    Pour le reste les ersatz de débat sur la rigueur budgétaire, l’amateurisme, la complaisance avec des idéologies douteuses et j’en passe… ne sont que des façades qui cachent des maisons bien vides. Depuis quand la gauche aurait-elle acquis le monopole des calculs politiques et des cadeaux fiscaux ou législatifs à ses électeurs ? Ce ne sont juste pas les mêmes électeurs…

    Alors je lis et j’écoute M. Macron, qui je trouve exprime des constats justes sur la France : donner plus et / ou mieux à ceux qui ont moins, à l’école, dans les cités, à Pôle Emploi, aux « moins de xx SMIC » ; remettre en cause les politiques inefficaces, pour les pauvres comme pour les riches ; porter une image de la France à l’international, exigeante, européenne, intéressée aux mouvements du monde ; aider ses entreprises à investir et se développer dans une concurrence mondiale, de manière pragmatique, à l’échelle d’un pays qui représente moins d’1% de la population du globe.

    Il n’y arrivera peut-être pas, ou en tout cas pas assez, et la synthèse n’est certainement pas évidente, mais je n’ai aucune confiance ni à gauche, ni à droite, pour que d’autres fassent mieux aujourd’hui. Je connais des députés LREM et pour une fois je suis convaincu de leur volonté de faire le meilleur non pas pour leur réélection ou leur parti mais pour leur pays. Ils se trompent peut-être autant que les autres, je ne leur accorde pas naïvement le crédit d’une sagesse divine, mais ils ne sont certainement pas plus bêtes et au moins ils sont sincères.

    Alors si être sans abri permet de s’écarter de ces débats politiques peu constructifs et d’y perdre une partie de ma représentation, tant pis, et de regarder devant avec un peu d’optimisme pour mon pays, tant mieux.

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  • stanislas a écrit :

    Tout cela posé, je crois qu’il n’est pas mauvais, pour le débat public et surtout pour la représentation des Français, que des leaders de la droite de gvrt fassent preuve de conviction et de clarté sur ces sujets. Il me semble que l’initiative de Sarkozy, sur l’identité nationale, aurait pu connaître un meilleur sort, qu’elle n’était pas vouée à l’échec simplement parce qu’elle touchait à l’identité.

    Nous sommes d’accord et je trouvais même qu’il était plutôt bienvenu de vouloir se poser, se demander un peu qui nous étions, en quoi nous croyons (aussi diversement), et ce que nous voulions. Mais, pour cela, il aurait fallu que ces débats soient lancés dans un autre cadre. Ce cadre politique et polémique ne permettait pas qu’ils débouchent sur quoi que ce soit de consistant. Ils ont été flingués par l’opposition et instrumentalisés par la majorité.

    Par ailleurs, je prends souvent en exemple l’un des premiers débats, lancé par… Nadine Morano, dans une préfecture. Au bout de deux minutes, le sujet, c’est l’islam. Et le débat n’est plus « qui sommes-nous ? » mais « que ne sommes-nous pas ? » et « qui ne sera jamais un vrai français ? ».

    C’est la distinction entre l’identité et l’ipséité. Entre une conception de l’identité qui évoque les traits communs qui nous rapprochent et l’ipséité qui évoque les traits communs qui nous distinguent.

    Bref, l’interrogation est légitime mais n’avait aucune chance d’aboutir ainsi.

    stanislas a écrit :

    A mon sens, il est important que se fasse entendre, au sein des LR, la voix des « centristes » (whatever that means in Macron times) ou celle de Mael de Calan. Cette voix est indispensable pour tempérer les possibles excès de Wauquiez (slogans d’estrade et autres) mais cette voix n’est pas raisonnable si elle instruit en permanence un procès en forme de reductio ad lepenam, ou si elle prétend interdire toute ouverture à droite (cf désolante pétition lancée par Jean Spiri contre C. Billan)

    C’est ce que j’essaie d’évoquer, en deux lignes certes, en fin de billet. C’est ce que je ne supporte pas dans le jeu politique. Parce qu’à force de diaboliser Sens Commun, ses adversaires ont contribué à en réduire l’assise. Je connais personnellement au moins deux des animateurs de premier plan de Sens Commun, qui partagent tout à fait mes positions sur la tendance identitaire et le rapprochement avec le FN. Mais ils se sont fait discrets. De l’autre côté, certains cultivent l’ambiguïté, quand ils n’en sortent pas à mauvais escient.

    Mais quand je vois que la Boîte à Idées (dont est issu Maël de Calan) est d’inspiration chrétienne, je trouve extrêmement rageant de voir que ces deux formations n’ont d’autre occupation que de se mettre sur la figure. Christophe Billan a insulté gratuitement Maël de Calan (« incarnation du cynisme et du suivisme en politique ») parce que c’est sa conviction et pour complaire à son intervieweur marioniste (Guillebon). Et Calan lui répond par cette pétition. C’est bien dommage, alors qu’il y a aussi à la Boîte à Idées des gens qui regardent SC avec sympathie.

    Aristote a écrit :

    Mais Olivier Rey et Chantal Delsol sont-ils des pestiférés ?

    Des philosophes de haut niveau qui s’égarent politiquement, cela existe. C’est même assez fréquent.

    LEFEBVRE a écrit :

    Comment faut-il comprendre le mot « identitaire ». Flou, polysémique au moins, il traine une ribambelle de sous-entendus différents selon le rapport au passé de celui qui l’emploie.

    Je commence toutes mes conférences sur le sujet en évoquant cela, et les conceptions multiples et contradictoires que l’on a de l’identité. Je crois aussi que le choix de ce terme par Mégret et les Identitaires n’est pas neutre. Combien continuent de leur faire crédit de « défendre l’identité », alors que leur idéologie va bien au-delà ?

    @ Scipion : Cher Monsieur, laissez donc les pharisiens où ils sont ou ça va mal tourner. Mon désaccord est profond envers les stratégies de Billan et Poisson. Quant au « dialogue », il faut sortir de l’hypocrisie et de la naïveté. Naïveté de croire que la politique est un salon de thé : quand on dialogue, soit on expose fortement ses divergences, soit le dialogue est un prélude au rapprochement. Il ne s’agit pas de manger des petits gâteaux pour montrer qu’on arrive à se parler. Hypocrisie, dont je commence à vraiment me lasser : arrêtez donc, vous et les vôtres, de vous cacher derrière un prétendu « dialogue ». Vous êtes favorable à une recomposition intégrant des Ménard, Maréchal etc. Ayez au moins un peu le courage de l’assumer et de ne pas vous cacher derrière votre petit doigt.

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  • Koz a écrit :

    Des philosophes de haut niveau qui s’égarent politiquement, cela existe.

    Oui, bien sûr. Mais c’est vrai de toutes les catégories socio-professionnelles et cela ne règle pas le cas particulier d’Olivier Rey et de Chantal Delsol.

    J’ai lu à peu près tous les livres d’Olivier Rey, depuis « Itinéraire de l’ égarement », et deux ou trois ouvrages de Chantal Delsol. Je n’arrive à voir ni Rey (qui a suscité l’intérêt de gens comme Limite ou les Alternatives Catholiques) ni Delsol comme des identitaires crispés dans le refus d’autrui.

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  • Je suis en train de terminer la lecture de la biographie écrite par Austen Ivereigh sur « François le Réformateur ». Ivereigh est un admirateur inconditionnel de François d’où un ton parfois hagiographique. Mais le livre est passionnant et on comprend beaucoup mieux François quand on prend conscience des épreuves qu’il a traversées.

    Sur le problème qui nous occupe, « l’identité », Bergoglio avait comme Archevêque de Buenos Aires des positions qui vues de chez nous pourraient apparaître comme contradictoires.

    D’un côté, difficile de faire plus ouvert que Bergoglio, qu’il s’agisse de dialogue œcuménique ou d’accueil des immigrés uruguayens.

    D’un autre, Bergoglio est très constant dans sa référence à l’identité catholique du peuple latino-américain en général, et argentin en particulier.

    Je cite un long extrait du livre page 395, qui fait référence à une préface écrite par Bergoglio pour un livre paru en 2011 :

    …« À ce théisme diffus, Mgr Bergoglio oppose ce qu’il appelle lo concreto católico, la « concrétude catholique », qui est au cœur de l’histoire et de la culture du peuple d’Amérique Latine. Ce qu’il suggère ici est clair : aucun « projet de pays » en Amérique Latine ne peut être efficace s’il n’est pas ancré dans le réel concret catholique.

    Il continue en distinguant le pays, la nation et la patria (la mère patrie). Le pays est une aire géographique, la nation se réfère à l’organisation des institutions et la patrie à l’héritage du passé qui se transmet de génération en génération. Les frontières d’un pays peuvent changer, une nation peut être transformée, mais la patria « préserve ses fondations ou meurt. Nous pouvons les développer, mais pas les altérer ». Telle est la notion clé qui parcourt le document du bicentenaire des évêques argentins : les valeurs chrétiennes profondément ancrées dans l’ADN national (l’être fondateur, le ser fundante qui précède l’État-nation d’Argentine) sont la base sur laquelle construire un nouveau projet national. » Fin de citation.

    Pour Bergoglio, ce qui menace la patria ou le ser fundante, ce sont les idéologies étrangères, le marxisme et le néo-libéralisme. Les immigrés uruguayens sont catholiques.

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  • Merci ! (il faut toujours commencer par un merci !)

    Que suis-je ? Chrétien, oui. Mais en politique on s’en fout. Cela ne doit pas être un étendard. La République est laïque et c’est très bien comme cela. La pensée politique se nourrit de l’homme qui la porte et de ce qu’il est, mais elle ne doit pas être l’incarnation de l’homme qui la porte. Sans quoi comment pourrais-je aimer Méluche et trouver Marion jolie ?

    Blague à part, la recomposition à droite n’a que peu d’options. Ou naviguer à tribord en reprenant de vieux thèmes traités de façon simplistes. Ce que j’appellerais le choix W. Ou naviguer dans un centre assez mal défini, avec une rondeur plaisante, mais avec beaucoup trop de lignes de vie pour que celles-ci ne s’emmêlent pas. Le choix CJ. Ou naviguer certes à l’aveugle, mais sur des bases qui ne sont ni W ni CJ et qui ont une honnêteté intellectuelle certaine, ce qui est déjà pas mal. Choix P. J’oubliais presque le choix F qui fait bien évidemment référence au théorème de Fermat, seul prodige capable de calculer l’équation budgétaire de l’état… (on ne rit pas s’il vous plait…)

    La vraie question est que voulons nous ?
    – Un parti de droite en capacité de gagner des élections parce qu’il faut défendre le maillot ? Non merci.
    – Un parti qui, à l’instar de précurseurs plus ou moins précoce dans le changement d’allégeance en temps de conflit, veut faire en sorte de se faire une place là où le soleil brille ? Non merci.

    Je ne vais pas taper comme un sourd sur le gouvernement qui, pour une part, fait ce que je défendais il y a 5 mois. Il faut être honnête. Mais il y a derrière tout cela un modèle de société qui n’a rien à voir avec ce à quoi je crois. Les armes et les moyens ont beau être les mêmes, la finalité n’a rien à voir. Écoutons les raisonnements complexes. Une des grandes qualité d’EM est d’avoir une vision globale des choses. Il ne nous cache pas son dessein. Soyons suffisamment attentif pour bien le comprendre.

    Mais si personne n’incarne, aujourd’hui, ce que je crois politiquement, j’attends. Le jour où il le faudra, je m’engagerais.

    Souvenez-vous de Coriolan : les qualités nécessaires pour conquérir le pouvoir sont rarement compatible avec celles nécessaires pour l’exercer correctement.
    Quand on est prêt à tout pour le conquérir, cela me semble très inquiétant pour la suite.

    Affaire à suivre, mais il n’y aura rien de nouveau avant fin 2019.

    Ceci dit, Koz, je suis presque certain que nous serons dans la même boite au final 😉

    Merci ! (il faut toujours finir par un merci)

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  • @ Aristote : Olivier Rey, à ce que j’en ai compris, se ficherait de là où il écrit. J’ai du mal à le penser. On ne participe pas à une revue sans s’interroger sur sa ligne éditoriale, surtout quand elle est aussi marquée que celle-là. Le comité éditorial regroupe les quelques intellectuels liés à l’extrême-droite chez les catholiques, que ce soit Thibaut Collin ou Bérénice Levet, qui ont l’un comme l’autre appelé à voter Le Pen. Il y a au sein de L’Incorrect des identitaires déclarés (dont Damien Rieu, ancien porte-parole de Génération Identitaire) ou les collaborateurs de MMLP (dont le rédacteur en chef). J’ai du mal à concevoir que l’on puisse collaborer à ce magazine – que l’on soit Olivier Rey ou Chantal Delsol – sans partager un tant soit peu leurs thèses. Sauf à en être les idiots utiles.

    Aristote a écrit :

    Sur le problème qui nous occupe, « l’identité », Bergoglio avait comme Archevêque de Buenos Aires des positions qui vues de chez nous pourraient apparaître comme contradictoires.

    Précisément, le pape est la démonstration faite homme que la question n’est pas celle de l’identité. La question est ce que l’on entend par identité, la place qu’on lui accorde, et ce que l’on en fait.

    A de Vanssay a écrit :

    Ceci dit, Koz, je suis presque certain que nous serons dans la même boite au final

    Je préfèrerais avoir mon propre cercueil.

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  • Pour revenir sur Christophe Billan, pour ma part, je pense que Sens Commun s’est fait dévorer par les petits cochons depuis longtemps, mais pas du tout pour cette affaire d’interview par l’Incorrect.
    Dès lors qu’ils se sont sentis obligés d’appeler à voter pour F. Fillon aux primaires, ils ont nié la liberté de conscience dont ils se prévalaient. J’ai d’ailleurs cessé de les soutenir à ce moment là pour cette raison. Car pour ma part, j’étais prêt à un Juppé ou un Sarkozy, ou tout autre, élu, avec un mouvement consolidant petit à petit ses positions, et devenant, à terme, incontournable dans l’exercice du pouvoir. Car c’était ça le contrat initial. Pas de mythe du sauveur, jouer le rôle de la roche au milieu du courant pour obliger tous les gros poissons à se positionner sur une certaine vision de la France, et faire émerger une foule de gens prêts à prendre les rênes des organes internes du parti. Là, en effet, on est encore loin du contrat initial.

    Du coup, sur le fond, les déclarations de Christophe Billan à l’égard de MMLP ne me choquent pas outre mesure. Est-ce le diable que cette femme, que nous ne puissions dialoguer avec elle?
    Il veut dialoguer, and so what? Il n’a pas dit que MMLP était la seule plateforme de dialogue possible. Il n’a pas dit non plus qu’il cautionnait le FN et son substrat idéologique.

    J’estime en revanche qu’il a été idiot d’en parler. Au vu des échéances, ce n’était pas un sujet. Il savait très bien que ce serait repris, exploité et amplifié. Qu’espérait-il? Certes, l’heure est à la constitution de nouvelles forces politiques, mais, je ne vois pas le FN en faire partie, Marine le Pen ayant brillamment discrédité sont propre mouvement, en particulier, me semble-t-il, auprès de ceux qui auraient pu être tentés par une retraite identitaire.

    Il était tellement évident qu’avec une telle déclaration, la presse se jetterait sur l’amalgame facile entre Sens Commun et le FN, entraînant le discrédit du deuxième sur le premier. Je ne comprends pas qu’il n’ait pas anticipé cela.

    Que ce soit voulu ou on, cela tendrait à confirmer mon opinion selon laquelle les anciens militaires sont structurellement inaptes à la politique.

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  • Nous sommes d’accord sur la perception du contrat initial.

    Moins sur la suite.

    Pourquoi raisonner en termes de « diable » ? Des désaccords politiques fondamentaux sont suffisants. Et je l’ai déjà dit : la politique, ce n’est pas un salon de thé. On ne « dialogue » pas pour parler, seulement parler. Au demeurant, on voit bien que, lorsque les divergences sont claires, on ne parle pas de dialogue, mais de débat. Le dialogue suppose le rapprochement.

    Par ailleurs, il est allé au-delà de cela, en évoquant une plateforme commune, avec MMLP et ses idées. Il ne s’agit pas de se réunir autour d’un thé et de croissants pour évoquer les accords et désaccords, mais d’agir ensemble.

    Quant à ses idées, elles me posent un problème fondamental en tant que chrétien. Et que Christophe Billan ne cautionne pas le FN et ses idées n’est pas vraiment le problème (sans compter que, lorsqu’il cite les idées qu’il réfute, je trouve le choix pour le moins surprenant : ce n’est pas spontanément à son « étatisme de gauche » que je pense quand je pense à ce qui me gêne au FN), à partir du moment où il cautionne MMLP et les siennes. C’est cautionner les thèses les plus identitaires, celle des Vardon, Rieu ou Renaud Camus. Ses idées, c’est le « grand remplacement », la préférence ethnique et le remigration (dont je rappelle que, destinée de surcroît à s’appliquer à des gens qui ont la nationalité française, il s’agirait d’une déportation – si l’on refuse de sacrifier à la phraséologie identitaire). Ceci, en tant que chrétien, c’est pour moi à proprement parler inacceptable, comme me paraît inacceptable que l’on entretienne seulement une ambigüité à cet égard.

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  • Koz a écrit :

    Je préfèrerais avoir mon propre cercueil.

    Au final, les droits de l’homme s’effacent devant les droits de l’asticot. (Merci Desproges 🙂 )

    Il y a un point sur lequel je resterais en effet probablement sans abri politique pendant un long moment.
    Mis à part Mélenchon, mais à sa façon, personne ne soulève le problème de nos institutions de façon posée. Je dois, cependant, reconnaître que la majorité actuelle aborde le sujet plus que quiconque avant.

    La démocratie moderne est un concept qui a à peine 200 ans. Et on ne peut pas dire que notre modèle soit le meilleur de ceux qui existent. Ce problème est trans-partisan. Je pense fondamentalement que nous changeront d’ère politique lorsque un politique mettra sur la table un certain nombre de sujets. En vrac : la représentation nationale. Prime à l’AN actuelle qui conduit à une gouvernance jacobine ou rééquilibrage vers plus de girondisme sans pour autant aller vers une fédéralisation. De ce que montre EM aujourd’hui, il semble au contraire vouloir resserrer l’emprise de l’Elysée et du gouvernement.
    Quid de la Justice? Je n’ai pas les connaissances pour rentrer dans un débat technique, mais la simple organisation actuelle de la justice qui hypothèque la confiance en son indépendance, son sous financement pour cause électorale, et l’absence de défenseur de sa nature comme socle de la démocratie posent un réel problème.
    La citoyenneté ? Un concept réac ? Trop réac même pour que quiconque s’y intéresse ?
    La place des médias dans la démocratie ? Comment garantir leur indépendance et leur responsabilité ?
    Quels moyens pour le sénat et l’AN ? Quels informations ? Comment peuvent-ils contrôler l’action gouvernementale alors que l’information qu’ils ont ne dépend que du bon vouloir du gouvernement ?
    Quid du rôle réel du CESE ? du CCNE ? de l’INSEE ? etc…

    Bref, au delà des questions budgétaire, il me semble qu’il y a assez d’intelligence pour penser la question de façon globale. Et c’est là le rôle des intellectuels, des penseurs et des citoyens engagés.
    Pour ce qui est des universitaires, a minima pour les sciences dures, je pense que c’est mal barré pour qu’ils servent à quelque chose de ce point de vue là dans les années à venir.

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  • Entendu ce matin sur France Inter, je cite de mémoire et pas mots à mots:

    Jusqu’à maintenant pour devenir président de la République il fallait l’appui d’un parti et des alliances électorales. L’élection de Macron a modifié ce schéma là. Il n’a pas été élu par les partis traditionnels. Et son parti « En Marche » existe surtout parce qu’il a été élu président de la République. C’est lui qui a porté le parti et pas le parti qui l’a porté. Et les alliances politiques qui se nouent se font autour de sa personne et non d’un parti.

    Après avoir vu le film « Demain » et être resté au débat public qui a eu lieu après la projection je me suis demandé si nous ne pourrions pas tirer au sort certains élus? (conseillers municipaux, conseillers départementaux, régionaux ) Et garder le suffrage universel pour les députés et les sénateurs et les présidents de la République? Ou bien faire des élections par catégories socio-professionnelles pour que chaque secteur économique du pays ait un représentant à l’assemblée nationale?

    Sur le plan personnel le mouvement écologiste politique actuel me met souvent mal à l’aise. Et le mouvement écologie humaine aussi.

    Et si nous restaurions une monarchie constitutionnelle?

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  • Bonsoir Monsieur,

    Votre article est fort intéressant. Les commentaires aussi. Je n’ai pas grand chose d’intéressant à ajouter.
    Permettez-moi cependant une remarque relative à ce que vous écrivez sur de Gaulle et les identitaires : « S’ils ont un héritage, les identitaires sacrifient plus à celui de Pétain, de l’OAS et à ce que l’on appelle pudiquement l’ethnicisme… « En affublant De Gaulle du nom d’identitaire, Wauquiez alimente à dessein la confusion qui permettra demain aux Identitaires de s’affirmer gaullistes, »
    Un tel amalgame entre les partisans de l’Algérie française et le régime de Vichy nourrit cette confusion. Des personnalités comme le démocrate-chrétien Georges Bidault, successeur de Jean Moulin, à la tête du Conseil National de la Résistance, le général Jouhaud, le bachagha Boualem, Jacques Soustelle, le commandant de Saint- Marc, déporté en 1943 pour faits de résistance, le capitaine Sergent, entré dans la résistance à l’âge de 18 ans, ont peut-être fait, à vos yeux, un mauvais choix en s’opposant, parfois par les armes à de Gaulle à partir de 1960. Mais leur choix n’a pas été dicté par une conception « ethniciste » de la nation. Au contraire. Leur vision, peut-être utopique, d’une grande France enjambant la Méditerranée, intégrant les Maghrébins kabyles et arabes dans le peuple français, s’opposait alors à celle, peut-être plus réaliste, d’un de Gaulle affirmant ainsi pour justifier sa politique d’abandon : « Les Arabes sont les Arabes, les Français sont les Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de Musulmans ? » ( B. Stora, Le transfert d’une mémoire, Ed. La découverte, 1999).
    Dans l’espoir d’avoir le plaisir de vous lire de nouveau.

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    • Je crains que vous ne fassiez vous-même un certain amalgame entre les personnalités que vous citez qui n’ont pas toutes été membres ou sympathisantes de l’OAS. Je ne crois pas non plus amalgamer Vichy, l’OAS et l’ethnicisme – même si je n’exclus pas que les uns ou les autres en leur sein y aient succombé – je fais une addition de leurs références.

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  • Bonsoir Monsieur,

    Permettez-moi de dissiper vos craintes sur un éventuel « amalgame » entre les personnalités que je citais dans mon commentaire précédent. « Toutes ont été membres ou sympathisantes de l’OAS ». En ont été des membres dirigeants : le général Jouhaud, responsable de l’OAS à Oran ; le capitaine Sergent, responsable de l’OAS métropole. En ont été des sympathisants : le bachagha Said Boualem, vice-président de l’Asssemblée nationale, créa en 1962 avec ses Harkis un maquis dans l’Ouarsenis, sous la responsabilité d’un des chefs de l’OAS,le général Gardes ; Georges Bidault, compagnon de la Libération, et Jacques Soustelle constituèrent en 1962 un nouveau Conseil national de la Résistance avec plusieurs dirigeants de l’OAS, dont le capitaine Sergent ; le commandant de Saint Marc a joué à la tête du 1er REP un rôle déciisif dans le putsch militaire d’avril 1961.
    Vous n’amalgamez pas, écrivez-vous, l’OAS et « l’ethnicisme », mais n’excluez pas qu’en son sein certains y aient succombé. Excluez-vous que de Gaulle qui affirmait, à tort ou raison, l’impossibilité pour la France d’intégrer plusieurs millions de Kabyles et d’Arabes dans une France s’étendant de Dunkerque à Tamannrasset, y ait lui succombé entre 1958 et 1962 ?

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  • De Gaulle craignait que son village s’appelât un jour Colombey les deux mosquées, c’est ce qu’il a dit. On ne peut affirmer que de Gaulle était raciste, il regardait la réalité en face. Ou bien la France continue d’absorber l’étranger comme elle l’a toujours fait par le bon fonctionnement de sa gestion et de ses institutions, ou elle se fait déstabiliser par un communautarisme envahissant et agressif. Tout dépendra des uns et des autres: si les musulmans se montrent expansionnistes et intégristes et si nous-nous montrons laxistes comme nous le sommes, on se fait gruger de l’intérieur. Si les musulmans Français se montrent respectueux de la République, qu’ils conviennent qu’ils sont ici parce qu’ils se satisfont de notre mode de vie, alors : où est le problème ? On a beaucoup à gagner d’une rencontre si tout le monde laisse les couteaux au vestiaire, (autre expression de de Gaulle). Un débat ça se construit avec les protagonistes, c’est un travail, il convient d’en faire le premier pas. Certes il n’y aura pas mariage mais coexistence pacifique; elle y est déjà dans bien des cas. P.S : je ne m’étends pas sur les détails, étant né avant la guerre 39/45,je passe sur les interprétations subjectives de l’histoire. Se faire des amis de la différence plutôt que des ennemis, c’est de bonne guerre pour la Paix. C’est à cet idéal d’avenir qu’il est bon de s’atteler, pas à ressasser des conflits historiques. Restons positifs !

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  • M. Hubault, je pensais en particulier au commandant de Saint Marc. Avoir fait partie des putschistes n’en fait pas un membre ou sympathisant de l’OAS. On peut avoir une affinité pour une cause et ne pas partager les modalités de défense.

    Pour le reste, cette discussion a un profond parfum d’anachronisme. Les conceptions politiques d’un monde qui ne connaissait pas la mondialisation, les migrations etc. ne peuvent être analysées avec notre perception actuelle.

    Quant à l’ethnicisme dont on parle, il est une habileté pour ne pas se dire raciste, mais il inclut la couleur de peau, il n’est pas non plus simple conception intellectuelle, il est aussi rejet des personnes. De Gaulle, raciste ?

    Que le Général de Gaulle ait estimé à l’époque, avant que n’existe une présence non-européenne plus importante sur notre sol qu’il n’était pas possible d’intégrer l’Algérie à la France est bien possible – et assez raisonnable. Que l’on applique aujourd’hui des conceptions ethnicistes pour prôner la déportation (je me permets de clarifier l’euphémisme de « remigration ») des personnes d’origine maghrébine ou sub-saharienne est bien différent.

    Il ne s’agit ni d’être anachronique ni d’être aveugle sur les conséquences concrètes des idées avancées.

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    • Bonsoir Monsieur,
      Vous admettez donc que cinq des six personnalités que je citais, issues de la résistance contre l’occupant allemand, étaient bien « membres ou sympathisantes de l’OAS ». Votre doute porte uniquement sur le commandant de Saint Marc. Condamné à dix ans de prison après l’échec du putsch d’avril 1961, Hélie de Saint Marc n’a bien sûr participé à aucune des actions de l’OAS. Il leur a cependant manifesté plusieurs fois sa solidarité, notamment en reprenant cette phrase de Saint Exupéry : « Puisque je suis l’un d’eux, je ne renierai jamais les miens, quoi qu’ils fassent, je ne parlerai jamais contre eux devant autrui ; s’il est possible de prendre leur défense, je les défendrai ; s’ils se sont couvert de honte, j’enfermerai cette honte dans mon cœur et je me tairai ; quoi que je pense alors d’eux, je ne servirai jamais de témoin à charge ». Saint Marc n’approuvait pas toutes les méthodes de l’OAS, de même que résistant il n’approuvait pas toutes les méthodes de la résistance. Mais il en était un sympathisant. La cause de l’OAS était la sienne : l’opposition à de Gaulle qui,après s’être engagé à garder l’Algérie français pour revenir au pouvoir en 1958, faisait la politique inverse.

      « Cette discussion a un profond parfum d’anachronisme », écrivez-vous. Mais cette discussion vous l’avez ouverte en affirmant dans votre article : « S’ils ont un héritage, les identitaires sacrifient plus à celui de Pétain, de l’OAS et à ce que l’on appelle pudiquement l’ethnicisme », mettant ainsi en cause des hommes, comme Jacques Soustelle, Geoges Bidault ou Pierre Sergent, dont le combat pour l’Algérie française était peut être un mauvais choix , mais n’était mu par aucun « ethnicisme ».

      Par ailleurs, les enjeux de la guerre d’Algérie sont-ils si anachronique ? « La mondialisation, les migrations » ne sont pas des phénomènes nouveaux. Sans remonter à Adam, chassé du Paradis, que sont les grandes découvertes sous la Renaissance, la construction des empires coloniaux européens au XIXè siècle ? Sinon l’expression d’une mondialisation. Le départ des Juifs d’Egypte qui reviennent dans la Terre promise, les « grandes invasions » qui ont mis fin à l’Empire romain d’Occident, les dizaines de millions d’Européens partis dans les Amériques à partir du XVIè siècle, les millions d’Hindouistes chassés du Pakistan en 1948 qui croisaient les millions de musulmans fuyant l’Inde… sont quelques unes des migrations, volontaires ou forcées, qui jalonnent l’histoire de l’humanité.

      En 1962 précisément a eu lieu une grande migration forcée, celle d’un million de personnes qui en quelques mois ont franchi la Méditerranée. Ont ainsi fui l’Algérie livrée au FLN, 800 000 chrétiens, près de 200 000 juifs et seulement quelques dizaines de milliers de musulmans, car de Gaulle et son ministres des Armées, Pierre Mesmer, avaient interdit le rapatriement en métropole des Harkis et de leurs familles.

      Enfin la grande question posée pendant la guerre d’Algérie : « Est-il possible d’intégrer dans la France des millions de personnes de culture musulmane ? » est d’une actualité brûlante aujourd’hui. A cette question, la plupart des dirigeants politiques répondent « Oui, il est possible d’intégrer plusieurs millions de personnes de culture musulmane ». De Gaulle en 1962 avait répondu non, approuvé par la majorité des électeurs consultés par référendum, désireux alors de se débarrasser du « fardeau algérien ».

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      • J’ignore où vous souhaitez en venir, au milieu de vos circonvolutions, même si je commence à le pressentir. Je n’ai pas l’intention de refaire la Guerre d’Algérie. A chacun ses obsessions. Si votre objet est la réhabilitation de l’OAS sur la base d’une phrase que vous vous obstinez à mal comprendre, et au risque de la contradiction puisque vous entendez vous prévaloir de De Gaulle dans le même temps, si votre intention est de nous faire des développements zemmouriens sur la migration forcée des Français d’Algérie et autres populations dans l’Histoire pour nous expliquer qu’une remigration est une chose qui arrive dans l’Histoire et pourrait arriver de nouveau, par une bonne petite déportation de citoyens français, vous irez faire cela sur les sites identitaires, qui vous tendent les bras et dont il est à craindre que vous ne vous soyez échappé.

        [Mise à jour : il apparaît en effet que vous êtes à tout le moins anciennement lié au Parti de la France, de Carl Lang. Je suis certain que vous ne manquez pas de tribunes pour vous exprimer, ailleurs.]

      • Bonsoir Monsieur,

        « J’ignore où vous souhaitez en venir, au milieu de vos circonvolutions, même si je commence à le pressentir. » Excusez-moi, mais je ne comprends pas votre phrase.

        Dans cette discussion, je n’ai pas plus que vous l’intention de refaire la guerre d’Algérie ou de réhabiliter l’OAS, que vous avez pris l’initiative de citer. Je voulais seulement corriger votre affirmation selon laquelle les identitaires seraient les héritiers de Pétain, de l’OAS et de « l’ethnicisme ». Encore une fois, le projet politique de l’OAS – le maintien de l’Algérie dans la France et l’intégration de plusieurs millions de personnes de culture musulmane – était peut-être déraisonnable et ses méthodes mauvaises, mais ses dirigeants n’étaient mus par aucun « ethnicisme ». Sinon, ils auraient approuvé les buts de la politique de de Gaulle qui estimait impossible l’intégration des populations arabes et kabyles dans la France. Pour clore ce sujet, ouvert par vous-même, il vous suffisait, soit de reconnaître que l’OAS, dont vous pouvez désapprouver les buts et les méthodes, n’avait cependant aucun lien avec l’idéologie « ethniciste », soit de démontrer l’existence de ce lien.

        Non, je n’ai aucunement l’intention de me prévaloir de de Gaulle. Si je vous ai donné ce pressentiment, je vous prie d’excuser la maladresse de mon expression, certainement à l’origine de votre méprise. Toute la classe politique, depuis Mélenchon jusqu’à Le Pen, depuis l’extrême gauche « internationaliste » jusqu’à l’extrême droite « identitaire », en passant par les « européistes », les « souverainistes », les « nationalistes », les « libéraux », les « collectivistes » se réclame de de Gaulle pour dire tout et son contraire : moins d’Europe / plus d’Europe ; moins d’immigration / plus d’immigration ; plus de nationalisations / plus de privatisations…. Ce n’est pas mon cas, je reproche à de Gaulle, non pas d’avoir voulu l’indépendance de l’Algérie, mais d’avoir déclaré le contraire pour revenir au pouvoir en 1958 avec l’appui des partisans de l’Algérie Française. Ce mensonge originel a plongé dans le désespoir : des centaines de milliers de musulmans engagés aux côtés de la France ; un million de pieds-noirs qui ont quitté en catastrophe leur terre natale ; des dizaines de milliers de soldats qui n’ont pas eu d’autre choix que le déshonneur ou la désobéissance. Les promesses électorales non tenues qu’ont faites ses successeurs pour arriver au pouvoir sont des péchés véniels, couverts par l’exemple du fondateur.

        Non, je n’avais pas « l’intention de vous faire des développements zemmouriens sur la remigration ». Je me bornais à répondre à ce que vous écriviez : « Les conceptions politiques d’un monde qui ne connaissait pas la mondialisation, les migrations etc. ne peuvent être analysées avec notre perception actuelle. » D’une part, la mondialisation et les migrations, dont celle des centaines de milliers de personnes quittant l’Algérie en 1962, sont des phénomènes aussi anciens que l’humanité, de l’autre, l’intégration de millions de personnes de culture musulmane, est un enjeu commun à ces deux époques, la nôtre et celle des années 1960. Ce rappel ne voulait rien justifier, juste pointer la contradiction qui peut se retrouver aussi bien chez des partisans de l’immigration que chez certains de ses opposants : les premiers, qui estiment que de Gaulle a eu raison de refuser l’intégration des Arabes et des Kabyles d’Algérie, affirment aujourd’hui qu’une telle intégration est nécessaire ; les seconds, qui vilipendent le refus de de Gaulle, estiment qu’une telle intégration est désormais impossible.

        Cette double contradiction est-elle surmontable ? Peut-être si, contrairement à ce que prétendait de Gaulle en 1959, on pense que les gens ne sont pas enfermés dans une culture, dans une religion, dans une ethnie. Les personnes d’origine musulmane peuvent quitter la culture islamique, adhérer à la civilisation française, se convertir au catholicisme. A nous Français d’aimer suffisamment notre civilisation et d’en être fiers pour la débarrasser du matérialisme qui la défigure et lui redonner sa puissance d’attraction. A nous Chrétiens d’avoir une Foi assez solide et donc l’amour de notre prochain pour faire revenir dans nos églises la majorité de nos compatriotes baptisés, surtout les plus modestes, qui les ont désertées car ils nous croient indifférents à leurs angoisses, et pour inciter nos compatriotes d’origine musulmane à la conversion.

      • Sur ces bases clarifiées, je crois que nous pouvons être davantage d’accord.

        En ce qui concerne l’OAS et l' »ethnicisme », vous faites une erreur d’interprétation de ma phrase. En écrivant qu’en terme d’héritage, « les identitaires sacrifient plus à celui de Pétain, de l’OAS et à ce que l’on appelle pudiquement l’ethnicisme », je n’affirme pas une identité entre ces trois termes, pas plus que je ne pars du principe que les identitaires sont nécessairement cohérents doctrinalement. J’ai tendance à penser que la notion d’ethnicisme peine autant à s’appliquer à l’OAS qu’à Pétain, essentiellement parce qu’elle serait anachronique.

        En ce qui concerne De Gaulle, je viens d’une famille dans laquelle il était pour l’une un traître, pour l’autre un héros. Je connais les deux versions, les argumentations en un sens et dans l’autre, ceux qui pensent que De Gaulle a évolué dans sa perception, ceux qui pensent que son « je vous ai compris » a été mal interprété, ceux qui considèrent qu’il a délibérément trompé les Français. Mais cela nous éloigne inutilement de notre sujet, qui tenait à l’affirmation selon laquelle De Gaulle aurait été identitaire – affirmation qui est non seulement anachronique mais qui se satisfait de la confusion entre le fait d’être conscient d’une identité et être identitaire.

        Je ne suis pas un partisan de l’immigration, pas plus que je ne suis partisan du ciel bleu, je ne fais que constater une réalité, des états de fait différents, mais aussi des ordres de grandeur guère comparables. A l’époque de De Gaulle, il y avait une identité quasi-parfaite entre les territoires et les peuples qui les occupaient. Aujourd’hui, nous comptons parmi nos concitoyens, nés sur le territoire de la métropole, des musulmans et ils sont Français. Il ne s’agit même pas d’ « affirmer » que leur « intégration serait nécessaire », ce n’est ni un choix ni une conviction, c’est simplement incontournable, indispensable.

        A l’époque, la question n’était pas simplement d’intégrer des millions de personne, elle était aussi d’intégrer un territoire, elle était aussi de dire que l’Algérie, c’était la France. Comme vous le dites, il est assez contradictoire, pour une partie de l’extrême-droite, d’entretenir le souvenir de l’OAS et de considérer qu’il y a trop d’immigrés et de musulmans aujourd’hui en France.

        La question se pose aujourd’hui sans la question territoriale et, même si les personnes d’origine algérienne sont nombreuses, pas non plus dans les mêmes proportions. Or, je ne suis jamais très partisan du fait de poser les débats sous des angles absolus.

        Enfin, ce que vous dites est effectivement à l’opposé des thèses identitaires, qui pour leur part « enferment dans une culture, dans une religion, dans une ethnie » – ce qui me convient. Je ne peux partager les thèses identitaires qui postulent une impossibilité d’intégration par principe et qui débouchent naturellement sur l’exigence d’une expulsion (pour prendre un terme plus neutre).

        Je suis, sinon, loin d’être persuadé que De Gaulle pensait l’inverse, et ce n’est pas fondamentalement la déclaration rapportée par Peyrefitte qui me convaincra. Le point peut-être décisif dans ce que vous écrivez à cet égard est : « en 1959 ». Il est très audacieux de comparer les convictions d’un homme né à la fin du XIXème siècle, un avant la mort de Boulanger, et les idées politiques du XXIème siècle.

        Pour ce qui est des objectifs que nous pouvons nous assigner aujourd’hui, il est évidemment plus que légitime de souhaiter que nos concitoyens musulmans partagent la culture française, parfaitement normal pour un catholique de souhaiter qu’ils découvrent notre foi… et tout à fait illusoire d’imaginer que cela sera massif.

        La France a changé, la France est changée, et c’est irréversible. Nous n’avons pas à accélérer le processus (contrairement à ce que font certains), ni à abandonner les choix de civilisation qui ont été ceux qui ont construit notre pays, mais nous ne pouvons pas espérer qu’elle « redevienne ce qu’elle a été ». « Ce qu’elle a été » n’est plus, il faut écrire les nouvelles pages, à situation nouvelle.

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