C’est la victoire de ma stratégie

pinocchio3Pour Manuel Valls, l’exercice est plus compliqué mais, en politique, rien d’impossible : s’il reconnaît une victoire incontestable de la droite – ce qui, dans la mesure même où elle est incontestable relativise l’éclair de lucidité – il se félicite tout de même de l’efficacité de sa stratégie de containment du FN. Pour Nicolas Sarkozy, c’est la consécration de sa stratégie : à droite toute, avec le centre. Et pour Alain Juppé, c’est la victoire de sa stratégie d’alliance de la droite et du centre.

La réalité n’est pas brillante pour la politique. Près de la moitié des électeurs n’ont été convaincus ni par l’une ni par l’autre stratégie et ne se sont pas déplacés pour voter. Plus d’un million d’électeurs ont fait l’effort de se déplacer pour voter blanc. Quant au FN, il a tout simplement multiplié le nombre de ses conseillers départementaux par soixante. Et il s’en trouve, parmi ceux qui affirment le combattre, pour se féliciter de la performance. Certes, il n’emporte pas de départements mais c’est à se demander ce à quoi aurait ressemblé un échec. Et pourtant c’en est un. Flagrant.

Échec de la gauche, qui devrait logiquement avoir l’ambition, une fois « aux responsabilités » de produire quelques résultats susceptibles d’emporter l’adhésion ou à tout le moins de ne pas mériter la sanction et, en tout état de cause, de réduire la désespérance dans le peuple. Échec d’une stratégie qui a consisté à placer outrancièrement le Front National au centre du jeu et à en faire le maître. Manuel Valls a surjoué l’indignation martiale dans une tentative désespérée, à 15 jours du scrutin, de souffler sur le thermomètre pour masquer la fièvre que la politique et les échecs de la gauche au pouvoir font grimper.

Échec, relatif, de la droite. Seule la victoire apparente permet de sauver l’apparence. Mais chacun l’a relevé : une nouvelle force politique s’installe, au point que certains vont jusqu’à évoquer un « tripartisme ». Où est le succès de la ligne Sarkozy si elle ne fait pas obstacle à la pérennisation d’un concurrent politique ? Les observations faites à propos de Manuel Valls valent pour Nicolas Sarkozy : il n’y a pas de succès quand le FN multiplie le nombre de ses conseillers par soixante. Quant à voir dans ce résultat la consécration de sa stratégie du grand écart, c’est dramatique pour ceux qui ont encore suffisamment de candeur ou d’idéalisme pour imaginer une politique qui ait du sens. Ainsi le résultat d’hier serait la victoire de sa ligne, une ligne qui est rien moins que droite quand elle se veut « à droite toute », et alliée avec « le centre ». Qui peut imaginer qu’une telle ligne puisse refléter un projet politique cohérent tant elle est contradictoire ?

Comme Manuel Valls, Nicolas Sarkozy a placé le Front National en arbitre. Lui qui se félicitait en 2007 quand Ségolène Royal allait sur son terrain devrait avoir la lucidité de ne pas imaginer que ce soit, cette fois, une force de sa part à lui. Et le fait est qu’il va sur son terrain, qu’il lui laisse dicter les thèmes, qu’il lui abandonne le leadership idéologique. Une telle stratégie ne peut avoir qu’une conséquence : installer durablement le Front National dans le paysage, le crédibiliser et radicaliser la population française. Il faudra, c’est certain, observer les résultats d’une même analyse sur le second tour mais il y a peu de chances qu’ils soient différents de ceux-ci : Nicolas Sarkozy ne siphonne plus rien, il refoule. Il gonfle l’électorat du FN. Ainsi, « parmi les électeurs qui avaient voté Sarkozy au premier tour en 2012 et qui ont voté dimanche, 18% ont glissé un bulletin FN. A l’inverse, 9% des électeurs de Marine Le Pen ont choisi l’UMP« . Et, sans même disposer de cartes électorales ou de sondages, comment pourrait-il en être autrement, en simple logique ? Comment les électeurs ne pourraient-ils pas être naturellement portés à voter FN quand le message reçu est qu’à moyen terme, l’UMP s’aligne sur ses positions ? Autant prendre de l’avance. Autant, c’est classique en politique, voter pour l’original plutôt que pour la copie. Ce n’est qu’un reste de pudeur et de convenances qui limite l’hémorragie. Mais Nicolas Sarkozy y voit la consécration de sa tactique, il continuera en ce sens. Une stratégie qui ne fait que renforcer un parti qui, non, n’est pas un « parti comme les autres« . Un parti qui investit des candidats racistes, dont les déclarations promettant « l’élimination physique des Mahométans » ou des « battues contre les Arabes » comme pour les sangliers sont autant de délits, un parti incapable d’exclure tous ceux qui « dérapent » tant on lui en présente, n’est pas un parti comme les autres. Et draguer ceux qui sont sensibles à ces idées par des sorties sur le voile à la fac ou les menus de substitution est une misérable faute morale.

Alors, une tactique, mais quelle tactique ? On se demande surtout si Nicolas Sarkozy est seulement capable d’autre chose. Aller chercher les électeurs du Front National un à un, c’est ce qu’il prétend faire depuis dix ans ! Beau résultat, à vrai dire. Il a fait le coup à toutes les élections. Et, jusqu’à maintenant, à toutes les élections, ce fut un échec. Croit-on vraiment que cette stratégie se soit soudainement mise à fonctionner, ou peut-on avoir la lucidité de constater que c’est le contexte qui a changé ? Sa « stratégie« , ou ce qui passe pour en être une, a échoué tout au long de son mandat, elle ne semble fonctionner que parce qu’il n’est plus au pouvoir.

Pour Alain Juppé, ce serait une victoire de l’alliance avec le centre. Je pourrais confesser une attirance pour ce choix si l’UDI était autre chose qu’un ectoplasme. Le nouveau président du Parti Radical, Laurent Hénart, est totalement inexistant, absolument invisible. Jean-Christophe Lagarde ne s’est distingué que par son refus du « ni-ni » sarkozyste. Mais l’UDI n’a aucun projet. Vous me direz qu’il n’est pas le seul, tant avoir un projet semble être désormais accessoire en politique.

Et c’est là que le bât blesse. Nous ne sommes pas surpris de les voir parler stratégie et tactique, forçant l’interprétation du scrutin pour l’obliger à valider un positionnement. Face à un pas fracturé, leur grand mot, leur martingale, c’est le clivage. Il est loin le temps où l’on disait que la France se gagnait au centre. Aujourd’hui, nos tacticiens se piquent de cliver. Ils élargissent les fractures au lieu de rassembler le pays. Ils sont traîtres à leur mission. Nous attendons encore un projet, un projet qui permettrait de répondre aux Français, par-dessus le FN.

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d'un titre. Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire - Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

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41 comments

  • Et moi, je doute qu’une réponse efficace soit apportée par un parti existant. (UMP, UDI, Modem, PS, FN, FG). Que fait encore Sens Commun à l’UMP ?

  • Sachant qu’il est commun en France, (et peut être d’ailleurs est-ce commun à la démocratie?), de choisir à chaque élection, l’alternance au pouvoir politique en place, on peut aussi critiquer l’analyse facile, partagée par tous les politiques de l’opposition, qui vise à dire que le peuple français a voulu « donner un message au gouvernement »! non, pas de message, comme à chaque fois, nous voulons des résultats… tout de suite! et du changement… Si les hommes politiques ne sont peut-être pas toujours responsables, alors essayons nous aussi, au moins, de l’être un peu.

  • Tu es encore trop gentil, Koz. Le spectacle de la soirée éléctorale hier soir était… suréaliste. Chacun y allait de son petit couplet d’autosatisfaction, expliquant complaisamment la petite manoeuvre de basse politique électoraliste qui avait permis, selon lui de « faire barrage » au FN ou de conserver telle ou telle prébende. Comme s’il n’y avait que cela qui comptait, comme si cela avait fonctionner. Comme si le monde à nos portes n’était pas en feu. Comme si notre pays n’était pas en voie de dislocation. Voter pour des conseillers dont on ne connait pas les prérogatives n’est déjà pas enthousiasmant, mais pour un tel résultat, c’est navrant. Qu’attendent nos dirigeants ? Qu’on les conduise à la lanterne ? Leur crédibilité, à l’image d’un premier ministre qui n’est même pas capable de démissionner, en sort encore réduite. Je crains qu’hier, il n’y ait eu que des perdants.

  • Je n’ai pas écouté les politiciens depuis hier, donc j’aurais du mal à juger leurs réactions. Par contre, j’ai lu ce billet, et malheureusement, je ne commente que les points sur lesquels je suis en désaccord (opinant du chef sur le reste).

    Je crois que l’antienne « les électeurs préfèrent l’original à la copie » est un préjugé. Un préjugé d’autant plus facile qu’il est généralement utilisé dans le cadre de simplifications qui peuvent pousser à la caricature. Par ailleurs, chercher les électeurs du FN, ça a fonctionné en 2007.

    Y a-t-il une différence entre l’UMP et le FN ? On peut difficilement juger des pratiques, l’un des deux n’ayant jamais été au pouvoir. Sur les discours, certains points semblent similaires. D’autres sont largement différents (questions européennes, par exemple).

    Sur les points où les avis sont semblables : les gens de l’UMP peuvent soit assumer davantage des avis qu’ils avaient déjà à la base, soit tout simplement écouter le message que leur adresse une partie de l’électorat. Mais il y a une chose dont il faut tenir compte, c’est que les idées du FN ont elles aussi évolué. Outre le discours plus maîtrisé de Marine Le Pen, on le sent également quand on compare les programmes actuels à ceux d’il y a une douzaine d’années, et ça va dans un sens un peu moins extrême (même si c’est toujours ce qu’il y a de plus à droite). Qui accuse Marine Le Pen de copier le programme de l’UMP ? Personne, on parle davantage de sa quête de respectabilité.

    Pour Sarkozy, son problème n’est pas d’aller chercher les électeurs du FN aux élections (car sinon, on les laisse là-bas ?), mais plutôt de ne plus en tenir compte une fois au pouvoir.

    Le précepte « discours très à droite, actions très au centre » a failli, peut-être aurait-il fallu accorder actes et paroles, avec un discours plus retenu, mais une politique apportant davantage de changements.

  • Blaise et Ignace a écrit :

    Tu es encore trop gentil, Koz. Le spectacle de la soirée éléctorale hier soir était… suréaliste.

    Je ne l’ai pas regardé, cela aura préservé mon ulcère.

    xerbias a écrit :

    Par ailleurs, chercher les électeurs du FN, ça a fonctionné en 2007.

    Formidable. Et puis ça n’a plus jamais fonctionné, quelle que soit l’élection concernée et malgré les appels du pied permanent de Sarko. Mais on s’en voudrait de vouloir réveiller les électeurs UMP de leur mythologie, même après huit ans.

  • Curieux billet. Tu regrettes qu’on mette le FN au centre du débat mais tu ne parles que de lui et tu lui offres sur un plateau son principal argument électoral : la différence.

    Pourtant, ce qui crève les yeux c’est que le FN est un parti tout à fait similaire aux autres : un parti étatiste autoritaire. Il tire sa crédibilité du double fait qu’il est rejeté par les autres partis (ce qui lui permet d’incarner le changement) alors qu’il ne dit rien d’autre que ce qu’ils disent eux-mêmes. Son programme économique est identique à celui de l’aile gauche du PS (tout est de la faute des patrons et de l’Europe). Et en matière de délinquance ou d’immigration, on peine à le distinguer de l’aile droite de l’UMP.

    Le storytelling officiel (parti d’extrême-droite favorisé par les dérapages Sarkozyste) plaît dans les media subventionnés (et au-delà, manifestement) mais ne résiste pas à une analyse élémentaire de sa démographie. Le FN a réalisé la fusion des extrêmes et n’a plus rien de particulièrement droitier. Il absorbé l’essentiel de l’extrême gauche (les ouvriers, les employés et les pauvres votent FN) et commence à séduire l’électorat du PS (de plus en plus de profs et de fonctionnaires le rejoignent).

    Quelques exemples? Les 35h, en partant du postulat (faux, mais qui s’intéresse encore à la réalité?) que l’emploi est un gâteau de taille fixe qui doit être rationné, a rendu un immense service idéologique au FN. Comment un chômeur de longue durée peut-il résister à l’argument : « tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a pas assez de boulot pour Pierre et Paul, alors on ne va pas ajouter Mouloud »?

    Le gouvernement est en train de faire passer en urgence avec la bénédiction de l’UMP (et bien sûr du FN!) une loi qu’on ne peut qualifier d’autre chose que fasciste. La nouvelle loi renseignement instaure une surveillance généralisée de la population à la main de l’exécutif. On oscille entre l’horreur : « une telle loi dans les mains de Marine Le Pen? » et l’horreur : « Même pas besoin du FN pour la passer… »

    Dans ces conditions, surjouer le point Godwin permanent n’est plus seulement grotesque, c’est carrément contreproductif. Grotesque quand de telles critiques émanent de partis qui ont encensé Lénine, Staline, Mao, Pol Pot, Castro, Chavez… ou qui ont érigé (avec les deniers du contribuable) une statue à un génocidaire il n’y a pas 3 ans. Contre-productive parce que depuis 30 ans que je la vois appliquer, cette stratégie a mené le FN aux portes du pouvoir. 25% des Français (40% au second tour) votent pour le FN. Ce ne sont pas des nazis. Il suffit de leur parler 5 mn sans les injurier pour découvrir des gens normaux. La représentation politico-médiatique des sympathisants FN comme des monstres répugnants témoigne de l’immense décalage de cette caste avec la population. En 2015, n’avoir aucun électeur FN dans ses proches ou ses amis témoigne d’une singulière fermeture d’esprit. Moi j’ai même des potes écolos alors que je conchie cette idéologie et qu’ils ne sont que 2%.

    Etatisme et mensonge sont les deux mamelles du vote FN et sont embrassés par la quasi-totalité des partis dits de gouvernement. L’alternance systématique est bien le symbole de la médiocrité de nos élites politiques. Quand on se fait élire sur le rejet du médiocre d’en face et des promesses absurdes, on crée forcément la déception.

    Peut-être quelqu’un devrait-il essayer liberté et franchise, pour voir. Il y a quelques précédents encourageants. Méprisée du PS au FN (tiens, encore un point commun) Angela Merkel exerce son 3e mandat à plus de 60% d’opinions favorables. Margaret Thatcher aussi a fait 3 mandats et n’a pas été battue dans les urnes. Quant à Ronald Reagan, il a fini son dernier mandat à 64% d’opinions favorables. Curieusement, ces 3 hommes d’état (enfin 2 femmes sur 3) n’ont pas suscité la croissance d’un parti comme le FN.

  • La semaine dernière je rencontre un agent immobilier pour parler… vente de maison. Et puis à la fin de notre rencontre nous nous mettons à parler… politique. Je lui montre sur mon téléphone portable ce que je viens d’écrire sur mon blog: http://jfs47.blogspot.fr/2015/03/eclipse-de-lurne.html Il re-ouvre alors sa sacoche et me donne un dépliant en me disant: « Je viens d’adhérer à ce parti. » https://www.upr.fr/ ( Personnellement je suis curieux du mouvement des colibris de Pierre Rabhi ). En 2014 j’ai pu lire en entier le texte suivant dans une radio locale associative et le journal la Vie a publié une partie de ce texte: http://journaldeclasse.over-blog.com/article-petite-photographie-electorale-123107208.html Je pense que nous devrions nous intéresser d’avantage aux personnes qui ne votent pas ainsi qu’à celles qui ne font rien pour s’inscrire sur les listes électorales. Ils sont le premier parti de France.

  • xerbias a écrit :

    Merci pour cette réponse, bien que je ne sache pas vraiment comment la prendre.

    Je vous suggère de relire ce billet. La métaphore du pistolet à un coup est toujours valable aujourd’hui – plus encore, même.

    @ Lib: je comprends assez bien ton point de vue. Mais, comme parfois, tu te laisses un peu emporter par ton élan: je n’ai pas vu, dans ce billet, Koz faire dans le point Godwin ou injurier les électeurs FN. Il a simplement pointé l’existence, avérée, de plusieurs candidats FN qui se sont singularisés par des propos racistes particulièrement violents. C’est strictement factuel.

  • Lib a écrit :

    Curieux billet. Tu regrettes qu’on mette le FN au centre du débat mais tu ne parles que de lui et tu lui offres sur un plateau son principal argument électoral : la différence.

    Il me semble que, si tu relis mon billet, la seule différence que je lui prête véritablement dans ce billet est celle de présenter des candidats racistes, ayant pratiqué explicitement l’incitation à la haine raciale et qui auraient dû être poursuivis pour cela. Tu parles d’une différence, d’un plateau et d’un argument électoral.

    Que cela ne suffise pas comme approche, je ne l’ai jamais nié et j’ai écrit plusieurs fois le contraire. Que tous les électeurs FN ne soient pas des connards racistes, malheureusement j’en connais assez pour le savoir.

    Mais se dire qu’il ne suffit pas de dénoncer les positions scandaleuses de candidats FN, bénéficiant de la complaisance des dirigeants, ne signifie pas pour autant qu’il faille fermer les yeux dessus. Tu te laisses toi-même piégé par une autre forme de storytelling et d’excès inverse : ne mentionnons même plus leurs sorties racistes, ça ne marche pas. Il faut à la fois répondre sur le fond et ne pas cesser d’avoir conscience de leur nature profonde. Les quelques propos rapportés dans le lien que je donne ne sont tout de même pas anodins – organiser des « battues pour les Arabes », « éliminer physiquement les Mahométans » – pour que l’on puisse s’autoriser à les oublier parce que ce serait contre-productif de les mentionner. Et encore le FN a-t-il dû en exclure d’autres : ceux-là sont ceux qui ont pu se présenter devant les électeurs.

    Leur programme économique n’est pas le problème ni le sujet. Ils ne sont pas les seuls à avoir un programme délirant, inexistant ou défaillant, c’est certain.

    Quant à surjouer le point Godwin, ce n’est pas davantage le sujet. Le sujet est de savoir s’il faut s’aligner sur les thèmes du FN ou construire son projet politique. Ca fait bien longtemps que Nicolas Sarkozy se borne à la première approche.

    @ ptitviet: je crois tout simplement que l’initiative a fait long feu. Denis Payre s’en est désintéressé, Jean-Marie Cavada joue un peu avec mais je ne vois guère de signes d’activité cérébrale persistante.

  • Koz a écrit :

    Leur programme économique n’est pas le problème ni le sujet. Ils ne sont pas les seuls à avoir un programme délirant, inexistant ou défaillant, c’est certain.

    Ben, euh, ptête ben que si quand même. C’est en reniant le poujadisme « libéral » de JMLP et en copiant le programme de Mélenchon que Marine est partie à la pêche des voix de gauche, allant chercher un chevènementiste pour diriger la manoeuvre.

  • Koz a écrit :

    @ ptitviet: je crois tout simplement que l’initiative a fait long feu. Denis Payre s’en est désintéressé, Jean-Marie Cavada joue un peu avec mais je ne vois guère de signes d’activité cérébrale persistante.

    Dommage … Rien que le nom, « Nous Citoyens » était intéressant ! on reproche aux partis institués de ne pas avoir d’idées, mais il n’est pas possible d’apporter du sang neuf via un nouveau parti. J’observe bien Sens commun avec un intérêt certain, mais j’ai peur qu’il ne finisse par se faire manger par la machine UMP.

  • Bonsoir Koz, Pas mal vu votre billet, mais je pense que vous n’allez pas assez loin. MM. Sarkozy, Hollande, Valls, etc. sont de « bons » tacticiens, mais de bien piètres stratèges (cf. pour M. Sarkozy sa guerre en Libye). Je vais oser une comparaison qui risque peut être de choquer certains de vos lecteurs. On fait tout un foin sur l’état psychiatrique d’un pilote de ligne (à juste titre), mais la santé psychologique de nos hommes politiques est la dernière de nos préoccupations (à tel point qu’on a failli avoir un obsédé sexuel président !). Cela ne choque personne ou presque ! D’un côté, nous avons un fou qui avait la charge de 149 âmes, de l’autre des gens « dérangés » qui n’ont que 64 m de Français à gérer : une bagatelle !

    Continuons comme cela ! La seule certitude, c’est que nous connaissons la fin de l’histoire : un crash monumental. En attendant, les chômeurs et les petits patrons se suicident dans l’indifférence générale. « Encore un instant, monsieur le bourreau » est le leitmotiv de nos politiciens. « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » fut une des dernières paroles du Christ. Pas sûr que les Français aient cette mansuétude…

  • Le paradoxe de ce billet, c’est que le seul parti qui se voit reconnaître une victoire (en creux), c’est le FN, malgré le fait que ce parti ne gouvernera aucun conseil départemental. Il n’aura strictement aucun pouvoir du fait de ces élections, sinon celui de contraindre ses ennemis à s’allier pour gouverner, dans des cas marginaux.

    C’est précisément entériner la vision de la politique du FN. Un succès pour eux, c’est remporter la bataille du sonomètre, réussir à concrétiser un pouvoir de nuisance, à la limite constituer une force de pression qui influe sur les débats. Pas obtenir le pouvoir pour gouverner, ce qui devrait être le coeur du sujet.

    A l’image de ce slogan, tiens : « Premier parti de France ». On s’en fout. Qui gouverne ?

    Les institutions tiennent. Des gens font campagne pour être élus, sont élus, vont gouverner. Dans le contexte actuel, c’est déjà une demi-victoire.

  • Non, c’est plutôt un échec. Les institutions tiennent ? Mais jusqu’à quand ? Jusqu’où le FN peut-il grimper sans obtenir une représentation un tant soit peu proportionnée avant que ces institutions ne craquent de ce fait, précisément ? Au demeurant, cette absence de représentation alimente aussi leur mythologie.

    @ Aristote : si on change de sujet, alors ça eut devenir le sujet. Mais si l’on reste dans le cadre du billet et du commentaire de Lib, non, ça ne l’est pas 😉

  • Au-delà des étiquettes politiques, on retrouve dans ce scrutin deux constantes françaises : – le balancier de l’alternance (désaveu du pouvoir en place) ; – une population foncièrement de droite (qui « n’achète » ni la société multiculturelle ni l’économie ouverte, ne comprenant pas qu’il n’y a plus de prise là-dessus).

    Je pense que le second phénomène est le plus puissant, et que cela renforcera Valls à gauche (cf fiasco des frondeurs comme Guedj), si toutefois le PS ne se laisse pas griser par son idéologie et ses habituels clients (culture, adm. publiques…)

    J’ai été intéressé par certaines réactions, à la droite du FN. Des gens marginalisés par F. Philipot qui regrettent que le FN ait un programme éco d’extrême-gauche et cherche à sortir de la case « extrême-droite ». Selon eux, cette tactique de MLP est une impasse car elle racole à gauche, certes, mais bloque toute alliance avec l’UMP. Ce qui aboutit à 0 élu pour 25% d’électeurs (schématiquement). Voir ainsi ici : http://www.bvoltaire.fr/paulmariecouteaux/departementales-beaucoup-de-bruit-pour-rien,166646

    Amusant de voir qu’eux, en tout cas, font une toute autre analyse de la porosité UMP-FN (mais ils ne brillent certes pas par leur lucidité).

    Autre objet de fascination pour moi : la place si particulière de l’UDI, qui compte tellement peu d’adhérents/militants, mais tellement d’élus. En valeur absolue, plus de gens ont donné leur voix à Mariton (à l’élection pour la présidence UMP) qu’à Lagarde (présidence UDI). Mais l’influence de Lagarde est incomparablement plus grande à droite (cf valorisation de NKM…).

  • stanislas a écrit :

    Autre objet de fascination pour moi : la place si particulière de l’UDI, qui compte tellement peu d’adhérents/militants, mais tellement d’élus. En valeur absolue, plus de gens ont donné leur voix à Mariton (à l’élection pour la présidence UMP) qu’à Lagarde (présidence UDI). Mais l’influence de Lagarde est incomparablement plus grande à droite (cf valorisation de NKM…).

    C’est une constante du centre dans les Républiques françaises. Des partis de notables, jamais de masse. On enthousiasme rarement les foules militantes en promettant de la mesure … mais on peut avoir des électeurs.

  • @ xerbias: xerbias a écrit :

    Y a-t-il une différence entre l’UMP et le FN ?

    La question qui se pose est plutôt pourquoi tant de votes FN ?

    Tous les hommes ont besoin de sécurité (comme disait Maslow, le dernier Pharaon). Certains, par les circonstances de la vie satisfont ce besoin primordial, ils bénéficient d’un travail sécurisé, d’une bonne formation, de réseaux, d’ un logement garanti (propriétaire).

    D’autres, n’ont pas cette chance, ou l’ont perdue, chômage ou travail précaire, pas de formation, pas de relations, logement petit ou loin de tout.

    Pour ceux la, la préférence nationale comme le protectionnisme peuvent apparaitre comme un espoir de sécurité.

    Sont-ils si différents des autres ?

  • Oui c’est vrai que le centre soulève rarement les foules! Mais je ne suis pas convaincu que Nous Citoyens soit à enterrer tout de suite. L’effet de nouveauté est brulé c’est sur mais il y a un vrai travail de fond pour la définition d’un programme dans le mouvement, et JM Cavada fait tout son possible pour faire en sorte de faire connaitre le mouvement. Rome ne s’est pas faite en un jour!

  • J’en ai conscience, mais cela va être bien compliqué de le faire vivre. Denis Payre avait une autre personnalité que Jean-Marie Cavada, qui fait plus conventionnel, plus « système » et son départ a été un très mauvais coup pour Nous Citoyens, dont il a cassé le dynamisme. Aujourd’hui, même si c’est une initiative qui a/avait toute ma sympathie, je suis particulièrement sceptique sur sa pérennité.

  • @Koz

    Pour les demi-victoires et les demi-défaites, c’est évidemment une question de point de vue. Pour ma part, je préfère retenir sinon le reflux du FN, sa stagnation, le sursaut de participation, et enfin , l’évolution de la situation économique à l’échelle globale qui fait que le FN n’aura pas éternellement des conditions aussi favorables pour s’exprimer.

    Je pense que nous sommes au creux de la vague. Ce n’est certes pas le moment de pavoiser, mais de faire preuve de sang-froid, voire d’oser une valeur qui vous est chère, l’optimisme.

    Sinon, pour la représentativité, vous prêchez un convaincu. Et je le suis d’autant plus facilement, que je ne pense pas que cela change grand chose pour un parti comme le FN. Donnons une représentativité au FN à l’échelle de son poids électoral. Des dizaines de députés, des centaines de conseillers généraux. Ils en feront quoi? Une platte-forme pour gueuler plus fort ? Un terrain de jeu pour former leurs cadres ? Un nouveau moyen de pourrir le débat en pesant sur les majorités dont ils sont exclus ?

    Malheureusement, la représentation du FN, c’est un débat important, mais ce n’est déjà plus le débat. On vient de vivre pendant plusieurs mois avec une sacrée frousse : celle d’une impensable victoire de Marine Le Pen à la présidentielle, ou de l’entrée du FN dans un gouvernement. Le principal enseignement de ces élections c’est que l’on en est encore loin, et que derrière le plafond qu’elle vient d’enfoncer en siphonnant des voix à gauche (cf Aristote), il y en a un autre que le FN vient de rencontrer autour de 25%.

    La peur étant mauvaise conseillère en politique, je ne peux que me réjouir de voir cette grande grande trouille contenue, au moins pour le moment.

  • Je suis d’accord que tous les électeurs du FN ne sont pas des nazis. Par contre, je suis convaincu qu’ils sont un tout petit peu racistes et xénophobes. Si dans les thèmes du FN il n’y avait pas l’immigration, la préférence nationale et autres sujets de ce type, personne ne voterait pour eux. Il faut se rendre à l’évidence. Je connais aussi des gens qui m’ont dit qu’ils votent FN. Ils donnent toujours toutes sortes de raisons comme l’Europe, l’Euro, etc., mais jamais ils mentionnent l’immigration, la burka, les cantines scolaires halal. A part une toute petite minorité et d’autres qui ont été pris la main dans le sac, personne ne va pas avouer qu’il est raciste, islamophobe ou xénophobe (ainsi que plein d’autres mots terminés en phobe). Il y a aussi ceux qui disent qu’il est possible de penser qu’il y a trop d’Arabes en France sans être raciste. Je ne peux pas croire que quelqu’un qui n’est pas du tout raciste ou xénophobe puisse voter pour le FN.

    Par ailleurs, il faut aussi prendre en compte qu’il y a plein de racistes qui ne votent pas FN et qui votent pour les autres partis.

    Le problème des électeurs du FN est qu’ils sont à tel point crédules qu’ils pensent que ce parti peut faire quelque chose avec ses propositions débiles pour résoudre les problèmes de l’immigration, du chômage ou du logement.

    Je crois que l’UMP ne doit pas stigmatiser l’électeur du FN, mais il ne doit pas aller le chercher non plus. C’est aux citoyens de stigmatiser les électeurs du FN. Il faut les inciter à qu’ils votent pour des programmes politiques sérieux, qu’ils soient de droite, du centre ou de gauche. Personne n’est propriétaire des électeurs du FN, même pas le FN.

  • J’ai des anciens élèves qui votent FN. J’avais une grand-mère que j’aimais beaucoup et qui m’aimait beaucoup qui votait FN. Il y a des personnes autour de moi qui votent FN. J’ai vu autour de moi des personnes au fil des élections glisser FN. Je ne sais pas jusqu’où ira la progression du FN. Mais je note que c’est un parti qui critique tout le monde. Personne ne trouve grâce à leurs yeux. Nous sommes tous pourris sauf eux. Je ne les vois pas devenir majoritaires dans notre pays à cause précisément de ce mode fonctionnement. Un pouvoir de nuisance oui. Arriver au pouvoir non. Je me trompe?

  • Je crois qu’il y a aussi des gens qui se disent : sur les valeurs « traditionnelles », tous les autres partis m’ont déçu; Est ce que le FN peut faire pire? donnons leur l’occasion de gouverner, le principe de réalité s’imposera à eux et ils seront obligés de mettre de l’eau dans leur vin.

    Coté racistes larvés, franchement, je ne sais pas s’ils sont pires que les conseillers municipaux (socialistes) que j’ai entendu lorsque je tenais le bureau de vote dimanche. Echange surréaliste où les deux conseillers se plaignaient que leurs listes soient trop « blanches » et qu’un candidat issu de la diversité aurait permis de récupérer des voix même si franchement « ces gens là ont pas trop de manières ni d’intelligence politique » (sic)

    J’aimerai bien que sens commun décline un vrai programme repris par un parti traditionnel. Un travail de fond réaliste. parce que souvent, le discours avant les municipales c’est « alternance, ne laissez pas ces zozos vous gouverner » mais une fois dans la place, c’est plus ou moins continuité car les marges de manœuvre ne sont pas si évidentes. J’en veux pour preuve ma commune. Après avoir réussi à entrer dans le conseil municipal en membres de l’opposition, 80% des délibérations sont prises à l’unanimité moins une voix, celle du conseiller d’extrême gauche bretonnisant.

    Notamment parce que la plupart des décisions « politiques » se prennent au niveau de la communauté urbaine, que le débat a lieu en commissions etc.

    A quand un vrai travail de télé réalité pour que nos concitoyens comprennent vraiment en quoi consiste le travail des hommes politiques? Ca éviterait des désillusions en plaçant trop d’espoir en eux

  • @ ptitviet:

    Je pense que des expériences comme « nous citoyens » peuvent contribuer à changer les choses. Ce ne sera sans doute pas eux, mais si ces initiatives se multiplient et gagnent en ampleur, alors oui, cela ouvre des perspectives. Cela dit, le système des partis est bien installé et verrouille bien l’accès au pouvoir politique. Cet entre-soi se défend avec acharnement, ce qui explique en parti d’ailleurs la violence contre le FN. Je crois cependant que la société civile est capable de casser cette logique, mais la lutte sera ardente et noire.

  • Vivien a écrit :

    On vient de vivre pendant plusieurs mois avec une sacrée frousse : celle d’une impensable victoire de Marine Le Pen à la présidentielle, ou de l’entrée du FN dans un gouvernement. Le principal enseignement de ces élections c’est que l’on en est encore loin, et que derrière le plafond qu’elle vient d’enfoncer en siphonnant des voix à gauche (cf Aristote), il y en a un autre que le FN vient de rencontrer autour de 25%. La peur étant mauvaise conseillère en politique, je ne peux que me réjouir de voir cette grande grande trouille contenue, au moins pour le moment.

    Beaucoup voyaient, en effet, le FN plus haut encore, et surtout avec beaucoup plus d’élus. De ce point de vue, le résultat ramène à plus de sobriété dans l’analyse. Néanmoins, il y a une vraie installation du FN dans de nombreuses régions, avec des gains en voix entre les deux tours. Pas assez pour prendre la majorité, c’est certain. Mais assez pour s’inquiéter de la faiblesse des partis traditionnels. Pour moi, l’élément inquiétant n’est pas le FN: c’est la nullité de l’alternative incarnée par l’UMP, l’absence complète d’idées, le positionnement obsolète et sans imagination de son leader, en face d’un pouvoir qui n’a, lui, plus aucun dynamisme ni perspective d’avenir, autre que d’attendre une reprise économique plus ou moins hypothétique. Dans ces conditions, je pense que le creux de la vague est encore devant nous.

  • Bonjour

    Le FN s’implante partout et a des élus.

    Quelles sont les conséquences ?

    Même s’ils n’auront pas le poids pour peser électoralement sur les décisions, ils vont avoir accès à tous les dossiers et notamment tous ceux qui concernent les montagnes de subventions accordées aux associations lucratives sans but, aux bidules para-publics qui embauchent les copains pour des « postes » à la limite de l’emploi fictif, les tombereaux de fric dépensés pour asseoir sa clientèle d’obligés et d’affidés.

    Et croyez moi, ils se feront un devoir et une joie de révéler tout cela au grand public, qui le sait plus ou moins d’ailleurs, mais qui n’imagine pas l’ampleur du phénomène.

    Dans mon département, le FN dépasse 35 % , voire 40 %, au premier tour dans certaines communes rurales : quelle sera l’attitude des maires devant une demande du FN ?

    @ Pepito 31 mars 2015 at 9 h 54 min : Je vous conseille la lecture de « La France périphérique » de Christophe Guilluy, notamment les chapitres qui traitent du besoin d’autochtonie.

    Par ailleurs, est-ce du racisme de dire qu’avec 5,5 millions de chômeurs, 9 millions de pauvres, la France ne peut plus accueillir 220 000 immigrés par an sans compter les clandestins, dont la plupart viennent pour vivre des revenus sociaux et dont un certain nombre nous crachent à la figure et voudraient nous imposer leurs moeurs. Si vous souhaitez ramener l’électorat FN vers les partis traditionnels, il serait nécessaire que ces partis mènent un énorme travail de réflexion politique, au lieu de jouer à celui qui pisse le plus loin. De même, aux dérapages de quelques candidats (sur 8000 avec les suppléants), le FN vous renvoie aux bataillons de repris de justice présentés par les autres partis.

  • Bonsoir,

    Je me félicite d’une alternance dans mon département qui, j’espère, nous permettra de voir passer le conseil général de la page judiciaire à la page politique. Et puis une alternance, ce sont de nouvelles têtes, et donc l’espoir de voir émerger les futures brillants ministres des décennies 2020 et 2030.

    Plus généralement, je trouve courageux qu’Emmanuel Vals, malgré une veste électorale, garde une ligne sociale-libérale, que j’aimerais voir plus prononcée, mais qui est probablement ce que la gauche peut offrir de mieux (ou de moins pire) pour le pays. On reproche souvent aux politiques d’être des girouettes, le premier ministre essaie de faire quelque chose de différent et j’apprécie.

    Je trouve aussi qu’on fait probablement une erreur en espérant des politiques avec un message prophétique et une grande vision: pour moi, un bon gestionnaire honnête, qui éviterait de faire de grosses bêtises, qui saurait reprendre ailleurs les idées qui ont marché et les vendre aux français serait de loin le meilleur premier ministre depuis Raymond Barre.

  • Bonjour Koz,

    Je viens de lire votre article. Sur le fond, je suis d’accord avec vous: nous ne savons pas trop qui a gagné les élections départementales parce que chaque parti politique tire à soi la couverture sans avoir une analyse réelle des motivations du vote et de l’abstention des Français. Là dessus, nous sommes d’accord. Permettez moi cependant, de revenir sur l’affaire des candidats racistes du Front National. Il faut ici faire deux remarques pour mettre la vérité sur cette affaire. En fait, tout est parti du journal Libération qui a mis en place une carte des candidats tenants plusieurs propos qui à leurs yeux seraient discriminants pour les personnes qui sont concernées par cela. Je mets le lien pour que les lecteurs sachent de quoi je parle: http://www.liberation.fr/apps/2015/03/carto-fn/

    La première remarque qui est à faire est bien sûr celle de condamner ceux qui l’ont fait. Mais attention ! L’ampleur est bien plus minime qu’il y paraît. Tout le problème réside dans la définition du vocable dérapage. On ne peut mettre fondamentalement sur le même plan un candidat qui veut « l’élimination physique des Mahométans » ou des « des battues contre les Arabes » et un autre qui exprime son opinion sur un sujet. Là, il est qualifié de dérapage parce qu’il ne va pas dans le sens du politiquement correct dont Libération en est un des représentants dans le monde médiatique. D’ailleurs, en terme d’objectivité, ce journal n’est pas très modèle en cette matière puisqu’il amalgame les deux faits que je viens de citer. Peut-on qualifier de raciste, par exemple, un candidat qui cite le Général de Gaulle: « la France est un pays de race blanche, de culture gréco-romaine et de religion chrétienne ? Ou encore, dans le canton de Taverny (Val d’Oise) écrit en 2011 (alors que nous sommes en 2015) que «surmédiatisation du ramadan» est «loin d’être le fruit du hasard. Il s’inscrit dans un processus toujours plus croissant d’islamisation-déchristianisation de notre société». Il dénonce le multiculturalisme. Est-ce ça l’islamophobie ? On peut bien sûr ne pas être d’accord avec lui mais ce n’est pas en le stigmatisant qu’on arrivera à comprendre pourquoi il dit ça. Il donne tout simplement son opinion sur une situation générale de tensions entre l’Islam et le Christianisme.

    La deuxième remarque qui est à faire est que la gauche et certains cadres de l’UMP se permettent de faire tout autant. Pourtant, ceux-là ne sont pas mis au pilori médiatique parce qu’ils vont dans le sens du discours dominant. Pire encore ! Non seulement ils n’assument pas ce qu’ils font mais ils pleurnichent quand on leur fait et se permettent de nous donner des leçons de morales sur le respect et la tolérance. Les récentes sorties de Manuel Valls qui attaque personnellement Marion Maréchal le Pen à l’Assemblée nationale en font preuve. Ou encore Mme Taubira qui insulte un député UMP. Avec eux tous les coups seraient permis et les autres n’auraient pas le droit de se défendre ? Mais où sommes nous ? Je me demande bien si notre démocratie existe encore. Chaque jour les évènements de ce style montre qu’il est quasiment impossible de s’exprimer sans que nos adversaires scrutent la moindre phrase de ce que nous disons pour nous discréditer. En vérité, nous ne sommes plus dans le débat mais dans l’insulte parce que nos adversaires politiques n’ont aucun argument pour justifier leur politique. Ce deux poids deux mesures est très pénible pour nous et c’est qui accentue fortement le discrédit du gouvernement et des partis politiques traditionnels.

    Voilà, à défaut que vous soyez d’accord avec moi, je voulais que vous connaissiez mon point de vue sur cette affaire. Car j’en ai plus qu’assez de cette ambiance délétère qui mine chaque jour notre liberté d’expression en particulier et notre démocratie en général.

  • Effectivement, je ne suis pas d’accord avec vous. Car tout ne part pas de la carte de Libé, à laquelle je ne fais pas référence. Tout part des propos des candidats FN, des candidats investis, qui font des déclarations publiques, sur Twitter, aisément consultables par les militants FN (à tout le moins locaux) et par les cadres des fédérations locales qui, manifestement, n’y voient même pas matière à discussion, pas même matière à leur demander de retirer ces tweets. Tout part du fait que ces propos et ces idées ne sont pas isolés, loin de là, au FN. Quand on vote pour eux, on doit avoir la lucidité de l’admettre, et de savoir à quel état d’esprit on accorde sa voix.

  • @ Koz: A mon avis, nous ne faisons pas référence aux mêmes choses. Je n’ai pas précisé une chose: je ne suis pas adhérent au Front National pour deux raisons. D’une part, parce qu’il est trop paradoxal sur l’Union européenne. Il critique sa politique mais il ne veut pas (ou ne comprend pas) comprendre que ce sont les traités européens qui sont à l’origine de cette situation. Il ne propose pas que la France sorte de l’UE, de la zone euro et de l’OTAN alors que moi je le souhaite. D’autre part, parce que lors des sujets sociétaux il n’est pas assez conservateurs. Là aussi, sa timidité politique et en particulier celle de Marine Le Pen ne le réussit pas. Les citoyens attendent des politiciens avec des convictions pas des affairistes. Je suis catholique pratiquent et je constate que le FN n’est pas très à l’aise sur le sujet tout comme l’UMP.

    Si vous faites référence à certaines déclaration publiques injurieuses de certains candidats bien sûr il faut les condamner. Mais dans ce cas, je ne vois pas en quoi donner son opinion sur la situation générale soit un « dérapage ». Etre contre l’immigration n’a rien de raciste tout comme défendre les valeurs chrétiennes de notre pays. Je voulais simplement mettre en évidence le fait que les autres parti se permettent de faire un deux poids deux mesures car ils donnent des leçons de morale au FN mais ils ne les appliquent pas à eux-mêmes. Pire ! Ils n’assument pas ce qu’ils disent et ce qu’ils font. Vous dénoncez à juste titre une minorité de candidats FN qui font certaines déclarations publiques ré-prouvables mais encore faut-il que la punition soit juste et que l’on amalgame pas tout le monde avec. Il faut savoir faire la part des choses.

  • Antoine a écrit :

    On ne peut mettre fondamentalement sur le même plan un candidat qui veut « l’élimination physique des Mahométans » ou des « des battues contre les Arabes » et un autre qui exprime son opinion sur un sujet. […] La deuxième remarque qui est à faire est que la gauche et certains cadres de l’UMP se permettent de faire tout autant. […] Ce deux poids deux mesures est très pénible pour nous et c’est qui accentue fortement le discrédit du gouvernement et des partis politiques traditionnels.

    Vous-même mettez sur le même plan des polémiques entre ministres et députés avec les déclarations inacceptables (et punissables par la loi) de certains candidats FN, citées ci-dessus. Vous êtes donc assez mal placé pour accuser les autres de faire des amalgames abusifs.

    Il n’est ni utile (sauf d’un point de vue purement partisan et de mauvaise foi) ni pertinent de blâmer la presse en la matière. C’est bien la fièvre, et non pas le thermomètre, qui est le problème.

  • @ Gwynfrid: En ce cas, si vous voulez, je peux vous citer nombre de gens de gauche qui ont tenu des propos inacceptables contre les Français Blancs et ceux de confession chrétienne. Mais ça personne n’en a cure.

  • Antoine a écrit :

    @ Gwynfrid: En ce cas, si vous voulez, je peux vous citer nombre de gens de gauche qui ont tenu des propos inacceptables contre les Français Blancs et ceux de confession chrétienne. Mais ça personne n’en a cure.

    Il est plus facile de dire « je peux le faire » que d’indiquer des noms précis, des sources vérifiables, et/ou des liens Internet exacts. Cependant, un ou deux exemples me viennent à l’esprit, cités ici même aux moments les plus déplaisants de la controverse sur le mariage (notamment un truc avec des planches et des clous, devant lequel je m’étais indigné, comme à peu près tout le monde). Donc, soit, je vous crois.

    Mais ça ne change rien. Les écrits et paroles odieux et/ou criminels des uns ne peuvent vous servir d’excuse, ni vous permettre d’atténuer ou de relativiser les écrits et paroles non moins odieux et non moins criminels des autres.

  • @ Gwynfrid: Bien sûr que ça ne change rien avec les propos des candidats FN. Mais simplement, en politique, il faut savoir être juste et ne pas s’enfermer dans le deux poids deux mesures. C’est tout ce qu’on demande.

  • Mais personne ne nie qu’il y ait des connards racistes au FN, et sans doute un paquet. Ce qui me sidère c’est que le racisme soit à ce point devenu l’alpha et l’omega de la respectabilité politique.

    Quelqu’un a cité De Gaulle plus haut ; on peut trouver mille citations d’hommes politiques de tout bord, totalement anodines il n’y a pas 50 ans, mais qui ruineraient la carrière politique de quiconque les prononcerait aujourd’hui, si ça ne les faisait pas condamner. Comment peut-on réconcilier cela avec la vérité officielle selon laquelle la parole raciste se libère et que c’est précisément cette libération qui profite au FN?

    Sidérant également de voir que, moins de trois mois après une manifestation monstre pour la liberté d’expression, des opinions (certes détestables) soient plus dénoncées que les actes.

    Des milices ultraviolentes sévissent à Sivens ou ND des Landes et sèment la désolation à chaque fois qu’elles manifestent en ville, mais elles ne recueillent qu’indifférence ou approbation. C’est vrai qu’ils ne sont pas racistes.

    Philippe Poutou explique en riant à la télé qu’il séquestre ses opposants politiques, tout le monde se marre, aucune poursuite. La violence de classe c’est sympa.

    Le 19 juillet dernier a eu lieu à Paris la première manifestation antisémite depuis la libération. Après avoir défilé sans trop de violences sous les drapeaux du Hamas et de l’Etat Islamique et en présence de nombreux élus PS, EELV ou FdG, elle a dégénéré en attaque de synagogue et saccage de commerces juifs. Jean-Luc Mélenchon a dénoncé les provocations de la Ligue de Défense Juive. Une dose suffisamment forte de parole antiraciste suffit apparemment à faire disparaître les actes antisémites.

    Dans moins de 8 jours sera votée une loi qui instaure en France un état policier. Chose extraordinaire, Marion Le Pen a tweeté son inquiétude : « Loi Renseignement : le débat n’a pas commencé et on s’éloigne déjà de la lutte contre le terrorisme avec surveillance politique. Terrifiant. » Je ne me fais aucune illusion : ce ne sont pas les principes mais la crainte que le FN soit mis sous surveillance politique qui guide son opposition (au passage, l’UMP est d’une naïveté confondante, quand on sait que Sarko était déjà sur écoute avant…) Mais il demeure que le FN est le seul parti majeur dont la moitié des députés a pris publiquement position contre cette loi liberticide. Ca en dit long sur la dégradation de nos institutions.

    Le FN est l’idiot utile de la politique française. Parti étatiste autoritaire, son mépris des bonnes moeurs en fait l’épouvantail parfait pour les autres partis étatistes autoritaires qui, inexorablement, érodent la liberté dans notre pays. Résultat des courses : des gens intelligents, informés et bienveillants se focalisent sur les déclarations d’un obscur candidat à une élection inutile et ignorent l’instauration d’une société de surveillance. Désespérant.

  • Lib a écrit :

    Mais personne ne nie qu’il y ait des connards racistes au FN, et sans doute un paquet. Ce qui me sidère c’est que le racisme soit à ce point devenu l’alpha et l’omega de la respectabilité politique.

    Curieusement, il se trouve que le clivage sur la question du racisme (et, plus largement, sur toutes les vieilles lunes de l’extrême droite) reste pertinent lorsqu’il est question du FN: Cela est démontré par la crise politique de ce parti, longtemps latente, qui est entrée hier dans une phase aiguë. C’est surprenant, car on aurait en effet pu croire que tout cela était un phénomène du passé, avec une évolution vers une extrême-droite allégée, version italienne. Visiblement, la chose n’est pas acquise.

    Dans moins de 8 jours sera votée une loi qui instaure en France un état policier.

    Je partage ton inquiétude à l’égard des rejetons du Patriot Act qui sortent du bois en France, comme dans d’autres pays. Il se trouve, cependant, que Koz n’a pas choisi d’en faire le sujet de ce billet. Je réagis tout de même sur un point :

    Je ne me fais aucune illusion : ce ne sont pas les principes mais la crainte que le FN soit mis sous surveillance politique qui guide son opposition (au passage, l’UMP est d’une naïveté confondante, quand on sait que Sarko était déjà sur écoute avant…)

    Il n’y a aucune naïveté là-dedans: l’UMP compte bien revenir au pouvoir prochainement. D’ailleurs, la droite a toujours été, globalement, en faveur de l’approche la plus sécuritariste possible. La gauche, elle, a adopté une version à peine allégée du même discours, car elle a peur (à juste titre) des conséquences électorales si elle apparaît négliger la question de la sécurité. Il n’est donc malheureusement pas surprenant que seules l’extrême-droite et l’extrême-gauche protestent.

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