Pour mémoire, la gentillesse

Une infirmière a été tuée, et l’on n’oubliera pas l’image de son mari montant les marches de la basilique Saint Rémi de Reims, tendant la main vers leur tout jeune fils pour qu’il le rejoigne devant ce cercueil lourd de toute l’injustice du monde. Dans la basilique, son mari a évoqué le « sourire qui soigne » de Carène Mézino. Son frère, simplement « sa gentillesse, que personne n’oubliera ». S’il faut garder son visage présent, il n’est pas possible d’oublier tous les visages et prénoms d’infirmières rencontrées et, précisément cette gentillesse, dans le soin. Le hasard veut que, lorsque le drame est survenu, je lisais les que Marc Hatzfeld et Mireille Destandau lui consacraient, dans le livre qu’ils dédient à l’accompagnement de la fin de vie (Le voyage intranquille, éd. L’aube, mai 2023).

La gentillesse est devenue synonyme de candeur, de simplicité d’esprit. Nul ne s’en targue. Ce n’est pas qualifiant, la gentillesse, on ne la couchera pas sur un curriculum. On lui préfère déjà la bienveillance, qui fleure plus la compétence. Et pourtant, c’est dans leurs tripes mêmes, outre leur savoir-faire, dans leurs entrailles pas dans leurs études, que vont si souvent puiser les soignants, et singulièrement les infirmières et aides-soignantes (ainsi que leurs homologues masculins). Un patient et ami me vantait l’absolue délicatesse avec laquelle l’une d’entre elles « grattait son ulcère », soucieuse de ne pas lui faire mal.

Cette gentillesse, nous disent Hatzfeld et Destandau, « n’a rien à voir avec la compassion, le larmoyant souffrir avec (…) Telle qu’elle est dite, la gentillesse des soignants est une vigilance à l’autre qui est aussi fatigué, malade, mais surtout vivant ». Elle est présence, elle est attention, et attentions – caresse, écoute, rire. Il est tragique que ces sanctuaires d’espérance soient si malmenés par la crise de l’hôpital, que tant de soignants soient empêchés de laisser parler leur première intention. Il est évidemment infiniment plus tragique qu’une femme, une épouse, une mère de deux enfants, s’y soit vue arracher la vie. Que le souvenir de sa gentillesse, plein sens donné à sa vie, écrase l’absurdité de la mort qui lui a été infligée, et que chacun de nous se souvienne de la gentillesse déployée chaque jour par toutes celles, et ceux, qui se sont voués à prendre soin.

Un commentaire

  • Bonjour
    Je souhaiterais répondre pertinemment dans le cadre d’un échange avec jean louis Touraine au sujet de l’euthanasie ( j’avais publié l’article de France Info relatant la position de Jean-Christophe Combe) et notamment à son dernier message donnant des références semble t’il chrétiennes de personnes favorables à l’euthanasie :

    « C’est une opinion parfaitement respectable à titre individuel mais, professionnellement et sans qu’aucune conscience ne soit heurtée, un ministre des solidarités est habituellement solidaire des 90% des Français qui demandent à être entendus et respectés dans leurs choix, pour les questions individuelles. »
    JL T

    « peut être est il solidaire de tous ceux qui risquent d’être impactés par cette évolution de la société qu’ils n’on pas voulu : ceux qui n’auront pas le choix , parce que leur voix sera inaudible , la pression trop forte , leur vie jugée sans importance .. »
    Jean-Marie Brugeron

    « L’objectif de la loi prochaine est bien d’éviter que quiconque ne soit « impacté » et obligé de subir des actions ou des abstentions en contradiction avec sa volonté. Demain, il ne devra plus exister d’euthanasie clandestine imposée à des malades qui n’ont rien demandé (1200 à 4800 chaque année en France selon l’INED) ni d’agonie pénible et dans les souffrances imposée aux malades appelant à la délivrance (8000 à 15000 par an). Cet objectif sera atteint sans que quiconque ne soit forcé, notamment dans les professions de santé,grâce à la clause de conscience. Solidarité avec tous, dans leur légitime diversité d’opinion. »
    JL T

    « Vœu pieux , si je puis dire , …
    Les exemples de dérive sont légion dans les pays concernés et ces dérives sont inévitables : elles sont inscrites des le processus enclenché … Comment expliquez vous que la très grande majorité des soignants qui connaissent ces situations soient opposés à l’euthanasie ? La notion de pouvoir médical ne peut pas tout expliquer . »
    Jean-Marie Brugeron

    « Très modestement, quelques possibles lectures suggérant des éléments de réponse :
    -Médecin catholique, pourquoi je pratique l’euthanasie? Corinne Van Oost, Presses de la Renaissance
    -« Vous me coucherez nu sur la terre nue ». L’accompagnement spirituel jusqu’à l’euthanasie. Père Gabriel Ringlet, Albin Michel
    -Ma tribune du 10 janvier 2023 dans Libération : Arrêtons de caricaturer la Belgique. »
    JL Touraine

    Pourriez vous me donner quelques élément faisants états des dérives notamment au Canada ?
    En vous remerciant
    Bien cordialement
    Jean-Marie Brugeron

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