La vérité, la vie

C’est une épreuve, tout de même, que d’être né en ce temps. Un temps où nous lirons encore, dans le rapport de la Commission Sauvé, qu’en plus des crimes commis contre des enfants, des évêques qui devraient vivre de l’amour du prochain, et singulièrement des plus petits d’entre les leurs, ont manqué à leur égard d’une élémentaire empathie. Certes, en toute rigueur, il faudrait séparer la foi et les fautes. Mais reconnaissons que si l’on peut trouver la foi par des chemins imprévus, il n’y aurait rien d’inattendu à ce que, à cette lecture, certains perdent cette foi qui est aussi confiance.

Pourtant, avec qui était-Il ? Dans la longue file passant devant le corps supplicié d’un enfant dans un camp et à la question « Où donc est Dieu ? », Elie Wiesel avait répondu : « Il est pendu ici, sur cette potence. » Aujourd’hui, avec qui peut être Jésus, sinon avec chaque enfant, là, sur cette croix,  martyrisés ensemble par les nouveaux grands prêtres – et par le peuple ? En regardant vers le Christ par-delà les faillites de l’institution, nous rejoignons les victimes. Lui tenir rigueur de ces fautes serait finalement confondre à nouveau le prêtre et le Christ, l’institution et l’Église.

Nous ne pouvons pas craindre la vérité ou sinon, pour paraphraser saint Paul, vaine est notre foi. En somme, si la vérité devait suffire à détruire l’institution, c’est qu’elle mériterait de disparaître. Jean Paul II avait eu cette formule, à d’autres égards : « La vérité ne peut pas contredire la vérité» Il en est de même ici : accepter la vérité que comportera ce rapport ne peut nuire à la Vérité.

Si nous sommes les disciples de la Vérité, nous devons marcher résolument avec Celui dont nous avons entendu, il y a quelques dimanches, qu’il dessillera les yeux des aveugles, ouvrira les oreilles des sourds et fera parler les muets. Il y en eut tant, des aveugles, des sourds et des muets, volontaires ou forcés, dans ces affaires. Et alors, dit le texte, « la terre brûlante se changera en lac, la région de la soif, en eaux jaillissantes » (Isaïe 35, 7).

C’est un temps d’épreuve, accessoire par rapport à celle que subissent les victimes, mais il n’y a pas de doute sur notre devoir : faire la vérité pour hier, aujourd’hui et pour demain. « Il est bien vrai le dicton : “l’un sème, l’autre moissonne” » (Jean 4, 37). Nous ne verrons probablement pas la moisson, mais il nous appartient de semer, même si la terre est aride.

Chronique du 13 octobre 2021

Photo by Thomas Vitali on Unsplash

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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6 commentaires

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  • Merci Koz. Cette réflexion m’ouvre à une profonde espérance. Non la vérité ne peut pas nuire à la Vérité. merci à l’Eglise d’avoir été la première à oser mettre sur la place publique toutes ces épouvantables souffrances cachées. Je suis sûre que nous allons faire du chemin maintenant, au -delà de ces secrets que l’église entretenait et entretient encore en croyant se préserver. Je conteste depuis longtemps maintenant l’adage « la parole est d’argent et le silence est d’or », et mes 80 ans me font dire « le silence est d’argent mais la parole est d’or » (bien sûr quand elle n’est pas logorrhée).
    Merci encore M. Le Morhedec.

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  • Merci M. Le Morhedec. Merci beaucoup !
    Il y a, dans vos lignes, comme un écho de la citation de Bernanos qui achève l’intervention de Véronique Margron ce matin lors de la remise du rapport Sauvé :  » L’espérance est une détermination héroïque de l’âme, et sa plus haute forme est le désespoir surmonté.
    On croit qu’il est facile d’espérer. Mais n’espèrent que ceux qui ont eu le courage de désespérer des illusions et des mensonges où ils trouvaient une sécurité qu’ils prennent faussement pour de l’espérance. L’espérance est un risque à courir, c’est même le risque des risques. L’espérance est la plus grande et la plus difficile victoire qu’un homme puisse remporter sur son âme…
    On ne va jusqu’à l’espérance qu’à travers la vérité, au prix de grands efforts. Pour rencontrer l’espérance, il faut être allé au-delà du désespoir. Quand on va jusqu’au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore. Le démon de notre cœur s’appelle « À quoi bon ! ». L’enfer, c’est de ne plus aimer. »
    C’est « un temps d’épreuve » écrivez-vous, celle, je le crois, de la vraie communion aux souffrances des victimes, au souffrance du Christ en croix. Notre foi est de croire que cette épreuve nous apportera la vérité et l’amour. A nous et au monde.

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  • Il me semble qu’avec ce rapport, on comprend justement qu’il vaut mieux être né à l’époque qui jette la lumière sur des crimes passés, plutôt qu’une dizaine d’années avant l’époque où ces crimes ont été commis.

    Admettre le contraire reviendrait à considérer que le trouble causé aux croyants serait supérieur au mal subi par les victimes, ce qui n’est pas (plus) la démarche de l’Eglise, et ne correspond pas à la suite de votre billet : comme vous l’indiquez, les chrétiens n’ont rien à craindre de la vérité.

    La foi en Jésus-Christ nourrit l’espérance.

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  • La volonté de vérité de l’Eglise de France par le rapport de la commission Sauvé est une source d’espoir. Mais les ergotages que j’entends depuis hier sur la confession et sa confidentialité à grand renfort de droit canonique m’inquiètent au plus haut point.
    Qu’est ce que le repentir? Peut-on demander pardon à Dieu sans demander pardon aux hommes ? Si on veut vraiment se préoccuper de l’âme de ces criminels, il vaut mieux encore la sauver malgré eux! Les vertus théologales sont très bien mais les vertus cardinales en sont un complément essentiel dont la justice.
    Nous ne parlons pas là de simples péchés mais de crimes qui seront probablement suivis d’autres car telle est la réalité de ces crimes sordides. Les institutions ecclésiales ne peuvent pas ne pas le savoir à moins de vouloir continuer à vivre dans le déni.
    La reconnaissance et la réparation de ces horreurs sont nécessaires mais pas suffisantes, il faut faire en sorte que cela ne puisse plus se reproduire et les préconisations de la commission sont une bonne base de réflexion. Contrition sans action n’est que ruine de l’âme !

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  • Suite aux révélations de ce jour du rapport de la ciase,
    comme catholique, homme tout simplement on est bien sur effaré et dégouté d’une telle ampleur de ce phénomène, des vies détruites par des personnes malades ou malveillantes au sein même de l’Eglise.

    Au-delà des chiffres annoncés et qui de toute façon quels qu’ils soient sont intolérables (1 seul abus est déjà intolérable), on ne peut que demander tous au nom de l’Eglise entière pardon aux victimes. Et essayer au mieux de réparer non pas l’irréparable mais presque.
    La honte et le dégoût exprimés par le porte-parole de la Conférence des Evêques de France, nous la partageons tous.
    il faut que l’Eglise aille jusqu’au bout et rentre dans le détail :
    Qui sont-ils ces prédateurs ? il faut aller au cas par cas vérifier chaque abuseur:
    il y a eu intégration semble-t-il au cours du 20° siècle dans les séminaires de personnes qui n’auraient jamais dû être acceptés ?. Certains à l’extérieur de l’église auraient pu encourager des personnes fragiles ou mal intentionnés à intégrer des séminaires.
    que toute la lumière soit faite dans mais aussi en dehors de l’église.
    il faut dire que, dans la plupart des cas ces crimes relèvent de l’attraction d’un homme adulte pour de jeunes hommes. Quelle part de l’homosexualité qui est prégnante dans ces abus ? les victimes sont, dans une écrasante majorité, des garçons de 10 à 13 ans. ce n’est pas politiquement correcte de le dire et pourtant une évidence.
    Selon le rapport, plus du tiers des agresseurs sont des laïcs : personne ne l’a relevé : laïcs et mariés pour certains.

    Mais, au-delà de ce constat, nous sommes aussi peu surpris de la volonté de certains de tenter d’assimiler l’ensemble de l’Eglise catholique, de l’institution à ces prédateurs.

    Le « rapport Sauvé » a peine dévoilé à la presse, L’Eglise de France est clouée au pilori. On est sans surprise confronté à la volonté de tenter d’assimiler l’ensemble de l’église catholique, de l’institution à ces prédateurs.
    Non sans raison. Car, oui, la première réaction en entendant ces révélations est le dégoût. Ces victimes sont nos frères et leurs souffrances réclame justice.

    l’Eglise de France doit réagir dignement face aux victimes sans compromission aucune avec ce cancer ce mal infame et innommable commis mais aussi face à ceux qui vont en profiter pour décharger toute leur haine sur l’Eglise Catholique.

    le témoignage de Mr. Devaux, victime innocente est empreint d’un ressentiment que l’on ne peut que comprendre par sa souffrance face à l’abject de ce qu’il a vécu mais est malheureusement l’exemple criant de cette haine à venir:

    il met dans le même sac abuseurs, prédateurs, monstres qui ont fait cela, protecteurs de ces monstres qui doivent rendre compte et bien sûr la grande majorité de clercs (>97%) innocents, qui seront jetés dans la boue, insultés , dénigrés et à la merci de la vindicte.
    La justice exige de dénoncer et de condamner les coupables. Mais la justice n’exige nullement que les innocents paient pour les coupables.

    Il faut une force d’âme exceptionnelle aux victimes pour pardonner et cela bien sûr n’est pas à la portée de tous. Mais il ne faut pas au-delà du pardon qu’humainement on n’est pas capable de donner en retour détruire.
    Il doit y avoir un souci et une recherche de la vérité et d’honnêteté de tous les côtés :
    or, assimiler tous les évêques et clercs à des lâches, hypocrites, menteurs et protecteurs « en puissance » de pervers n’est pas correcte et faux.

    Tout cela aboutira à une confrontation gouvernement- église: on le perçois déjà.

    Les abus sont une grande honte pour l’Église et le monde, mais pas moins la honte de vouloir profiter des abus pour légitimer une sécularisation de la vie de l’Église.

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