Il faut que toutes les voix s’élèvent

On voudrait épargner au lecteur une autre chronique sur l’euthanasie. Mais comment le pourrait-on quand, après une première tentative en avril, 300 députés dont les appartenances transcendent souvent les sensibilités politiques, reviennent en mai exiger qu’au-delà de tous les enjeux cruciaux que doit affronter le pays, l’Assemblée Nationale consacre en urgence ses travaux à la possibilité d’administrer la mort ? Une seule chose est exacte dans le courrier qu’ils ont transmis au Premier Ministre : cela fait plus de 43 ans que les parlementaires débattent de la fin de vie. On ajoutera que ces dernières années, le Comité Consultatif National d’Ethique s’est prononcé, l’IGAS s’est prononcé, le Conseil d’Etat s’est prononcé : tous, au nom du droit, de l’éthique et de l’humanisme, se sont opposés à la légalisation de l’euthanasie. Tout le reste est tromperie.

Tromperie,  la promesse d’un débat serein qu’ils n’ont pas été en mesure de respecter le 8 avril dernier, quand les invectives et autres manifestations indécentes de triomphe ont envahi l’hémicycle. Tromperie, la présentation de leur revendication comme un « aboutissement » des travaux parlementaires alors qu’elle est en est la trahison ! Non, il n’y a rien de commun entre elle et ce que les lois de 2005 et 2016 ont permis, jusqu’à la sédation en phase terminale. Celle-ci est certes l’ultime étape du soin, mais elle reste un soin tant il s’agit d’apaiser les douleurs, de dormir avant de souffrir. Injecter un produit mortel, administrer la mort ne sera jamais un soin. Sa légalisation sera une rupture violente dans la pratique médicale, qui n’est que le reflet de notre culture, de notre souci collectif des plus fragiles. Ce sera donc aussi une rupture culturelle majeure.

Et tromperie encore, l’invocation d’une « loi de liberté » ! Ce n’est certainement pas la moindre des impostures, sauf à n’entrevoir que la liberté des bien-portants et des plus déterminés ou militants, en oubliant la contrainte insidieuse infligée aux gens ordinaires, aux plus faibles, aux plus solitaires, quand la médecine sait aujourd’hui si bien préserver la fin de leur vie… et si tant est que choisir la mort puisse jamais être perçu comme une liberté humaine.

Oui, on aurait voulu épargner au lecteur cette nouvelle chronique mais comment le pourrait-on, lorsque tout en soi crie contre cette perspective ? Et même si le cri se fait supplication, il y a urgence maintenant, il faut que toutes les voix s’élèvent.

Chronique du 25 novembre 2021

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Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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7 commentaires

  • En tant qu’accompagnement bénévole dans une unité de soins palliatifs je ne peux qu’applaudir des deux mains à cette proposition : de s’unir pour exiger que les lois actuelles soient appliquées et que les 300 « se calment ».
    Mais, comment faire ? Comment les amener à la raison ? Je les inviterais bien à venir rencontrer le personnel intervenant dans une unité de soins palliatifs. Ils ne voudront pas. L’idéologie les rend sourds et aveugles. Comment, nous, qui touchons chaque jour la réalité de la fin de vie et avons conscience de l’absurdité de ce qu’ils proposent, pouvons faire contrepoids? Il ne suffit pas de s’opposer aussi bêtement qu’ils proposent ces nouvelles lois que cet article décrit si bien. J’aimerais faire de la pédagogie. Non seulement auprès de ces députés (et les ministres qui les soutiennent tout aussi idéologiquement) mais aussi du grand public à qui on ne dit pas la vérité. On leur dit ce qu’on veut bien leur dire pour leur faire avaler l’irréparable de ces lois « en projet ». Beaucoup de journalistes sont complices de ces 300 députés, de par leur silence. Bravo d’alerter ! Svp, Donnez-nous les moyens de faire savoir notre désapprobation.

    • Malheureusement… Je ne sais plus comment faire. Tant de raisons se conjuguent pour faire obstacle au simple dialogue et à la bonne compréhension, depuis la terreur personnelle devant la mort, la souffrance et la déchéance, qui fait regarder la piqûre létale comme une planche de salut, jusqu’aux influences multiples et autres prétentions idéologiques. Et comme vous le dites, un certain nombre de journalistes sont complices, que ce soit par conviction personnelle ou simplement parce que la demande d’euthanasie recèle une tension dramatique dont raffole la société du spectacle.

      Comment faire ? Très franchement, je n’en sais rien. J’ai écrit à mon député, je publie ce que je peux, bref je fais ma part avec les moyens que j’ai (et je suis en train de m’en donner d’autres) mais je ne veux pas me mettre la rate au court bouillon pour remplir l’objectif. Ca me touche trop.

  • Cher Monsieur,
    Entièrement d’accord avec votre propos sur l’euthanasie, j’emprunte ce moyen de communication pour revenir sur un échange antérieur et vous signaler un texte à paraître sur l’idéologie qui gangrène – comme on ne doit pas dire – les universités françaises. Il s’agit d’un « tract » Gallimard de Nathalie Heinich, à paraître à la fin du mois et dont un site de résistance publie un petit extrait: http://decolonialisme.fr/?p=4993
    Il montre que si l’exemple américain peut agir comme référence ou catalyseur du phénomène, celui-ci est bien, avant tout, une fabrication « maison » dans le monde universitaire et intellectuel français.

  • Quand on y réfléchit, il est étonnant qu’il y ait une majorité de parlementaires pour voter l’euthanasie. A ce niveau de responsabilité on sait bien que la loi ouvrira immédiatement de nouvelles revendications et que les engagements  » promis jurés  » sont paroles d’ivrognes.

    Comment l’expliquer ? Les députés ont-ils un intérêt électoral ? Je doute que cela déplace beaucoup de voix.
    sans doute s’agit-il d’un choix de confort : les personnes en bonne santé ont une idée arrêtée assez irréfléchie : en fait la société occidentale est profondément eugéniste, même si elle ne veut pas le voir, du fait du nazisme.
    Suivant ce constat, le député sans grande conviction va choisir la position de ses électeurs les plus dynamiques, ceux qu’il rencontre quotidiennement, et qui ne sont pas les personnes les plus faibles de la société.

    Ainsi tout se passe comme s’il y avait un agenda supérieur qui s’impose aux pays occidentaux, mais cet agenda ne serait en fait que l’effet de l’ option occidentale eugéniste inconsciente car inavouable depuis 45.

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