Tenir la barre

Il flotte un climat irrationnel en France ces dernières semaines. Il ne tient pas qu’à la profusion de théories conspirationnistes autour de l’épidémie et des vaccins – quoique la perméabilité de la population à leur égard soit aussi un signe de sa capacité à adhérer demain à des discours politiques extravagants. Il puise à la fatigue psychologique de ces derniers mois, et s’abreuve aux perspectives présidentielles. 

Il y a quelques jours, des militaires publiaient deux tribunes, spontanées ou non, dont le ton aurait dû révulser tout citoyen attaché aux principes de la République et tout militaire un tant soit peu soucieux et conscient des impératifs de loyauté, d’ordre et de discipline qui caractérisent l’armée. N’a-t-on pas lu dans la seconde des soldats évoquer leurs aînés comme ayant fait « vos guerres », marquant ainsi une séparation nette entre les objectifs du pays et leur propre engagement ? Ne les a-t-on pas lus accuser leurs chefs militaires d’être rien moins que lâches, fourbes et pervers ?

Puis la police a manifesté. Le seul fait qu’elle le fasse devant l’Assemblée Nationale, dont elle interdit ordinairement à juste titre l’approche à toute manifestation, aurait déjà dû interpeller. Sa mise en cause de la Justice, en présence de la quasi-totalité des partis politiques et d’un ministre, était très discutable sur le fond mais surtout inquiétante sur le principe. Le fait qu’Olivier Faure, dirigeant d’un Parti Socialiste ordinairement enclin à trouver des « dérives sécuritaires » partout, ait pu déclarer que la police devrait avoir un « droit de regard » sur les décisions de justice, n’est pas une mince préoccupation. Peu importe que son expression ait été malheureuse, elle n’aurait simplement jamais dû venir à l’esprit d’un responsable politique républicain. Qu’elle ait seulement pu être articulée, avant d’être rétractée, en dit long sur les égarements et les paniques de l’époque.

On répondra que la forme ne doit pas faire oublier le fond : l’état de notre pays comme la protection des policiers sont de fait préoccupants. Mais « la forme, c’est le fond qui remonte à la surface »  comme le disaient nos professeurs (et Victor Hugo). Les principes ne sont pas faits pour le temps calme. Chacun s’accorde alors à les respecter. Ils révèlent leur raison d’être par gros temps. C’est là qu’il faut savoir tenir la barre, au risque de sombrer. Et ça tangue déjà.

Chronique en date du 25 mai 2021

Photo by ev on Unsplash

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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