D’Est en Ouest, nos consciences

A quelques heures de route de la frontière française, des hommes et des femmes honorent la conscience. Dans le même mouvement, ils nous renvoient à l’humilité et nous appellent à la grandeur. Ainsi, lisez le message qu’Alexandre Navalny, pour ses 45 ans, vient d’adresser un message à ses proches – et à chacun de nous – depuis sa colonie pénitentiaire. Malgré une année marquée par un empoisonnement, un retour volontaire et sans illusions sous la main de celui qui le persécute, l’emprisonnement, une grève de la faim, il dit son refus de se radicaliser et de haïr, sa volonté d’aimer un peu ceux qu’il voudrait étrangler et reprend saint Matthieu, sans le dire : « Si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? ». Quelques kilomètres plus près, Roman Protassevitch, 26 ans, a rejoint dans les prisons du pays les centaines de Biélorusses qui ont eu le courage de se dresser contre la dernière dictature du continent. Battu, le voilà contraint de louer les « couilles d’acier » du président Loukachenko dans une interview télévisé qui souligne autant la persistance des méthodes soviétiques, la veulerie d’un journaliste que les préoccupations grotesques de l’autocrate biélorusse.

Alexandre Navalny et Roman Protassevitch nous rappellent ce que certains mettent en jeu, à nos portes, quand ils s’engagent. Ils nous rappellent ce que c’est que de vivre selon sa conscience, de la placer au service de la vérité, et la suivre au mépris de sa liberté. Et nous, qu’engageons-nous ? Une popularité, un travail, des clients, un avancement, un mandat ? Bien installés, nous craignons trop vite de risquer finalement notre seul confort. Il vaudrait parfois mieux en être privés pour retrouver le goût de la vérité.

Que l’on s’engage en des sens contraires n’est pas en soi le plus grave. Si au moins chacun parlait ou se taisait au nom de sa conscience et non de ses intérêts, nous en serions déjà grandis. Les occasions de le tester sont multiples mais cette semaine particulière, je veux avoir une pensée pour ces quelques députés qui persistent à dire que la privation d’un père et bientôt celle d’une mère est un préjudice pour l’enfant ou que les embryons-chimères heurtent notre humanité. Ils n’y ont pas d’intérêts, ils le font sous les quolibets et les caricatures, mais ils parlent au nom de leur conscience, et ce n’est pas si répandu dans notre démocratie et au sein de cet Hémicycle.

Chronique du 13 octobre 2021

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Chronique en date du 8 juin 2021

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Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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