Marcel a bien du mérite

Ca, c’est fait. J’ai donné 1h30 de mon temps pour regarder le débat des deux leaders socialistes. J’ai sacrifié cette heure et demie. J’ai mis en péril l’équilibre de mon couple et, qui sait, l’hypothèse de tendres étreintes – ne cherchez pas, on ne saura jamais : ces choses-là, ça vient sans crier gare et quand ça crie gare c’est mauvais signe – pour écouter Martine Aubry et François Hollande.

Et je veux confesser toute mon admiration pour Marcel. « C’est pas Marcel, c’est moi qui décide ». Puisque cette accroche figure précisément sur l’attribut vestimentaire favori de Marcel, j’en déduis qu’il ne s’agit aucunement de dénigrer Marcel, qui serait trop con pour décider, ce qui devrait m’inciter à ne pas le laisser faire à ma place. D’ailleurs venant du peuple de gauche et du camp du bien, c’est une considération nécessairement hors sujet. Mais, disais-je, avant d’entamer une digression au seul but de masquer péniblement la vacuité de ce billet – oui je sais ça promet pour la suite mais, tenez, si vous avez l’intention de m’en faire grief dans les commentaires, abandonnez tout de suite la lecture et puis voilà on n’en parle plus – et donc voilà j’admire Marcel. Parce que si Marcel va voter consciencieusement, c’est-à-dire avec le souci d’éclairer son vote à la lumière du débat subi, c’est un sacré ptit bonhomme, Marcel.

Perso, je me suis solidement barbé, je n’ai pas entravé grand-chose, et je commence à penser que la politique, ce n’est plus pour moi. Je le dis d’autant plus volontiers que – rangez vos procès en militantisme – je déjeunais le jour même avec un homme politique de droite et que notre échange m’a procuré le début du même sentiment : la politique appartient aux économistes.

Nous avons bien eu cinq minutes d’échanges hautement symboliques : et toi, elle est comment, ta gauche ? Elle est dure, elle est molle, elle est forte, elle est juste, elle est sectaire ? Petit moment ubuesque de quête de l’épithète adéquat. « Non, attendez, moi, quand je parle de gauche forte ». Et vas-y que je me gargarise autour de ce qui reste tout de même un concept d’une pauvreté abyssale. Là encore, je comprenais.

Et puis, on a parlé déficit. C’est bien de parler des déficits. C’est déjà une forme de début. Mais qui peut, en me regardant droit dans les yeux et sans toucher à Google, me dire ce que Martine entend faire et ce que François propose ? Ah si, il y a bien un moment où on a compris tout d’un coup que, dans le vocabulaire énarchique, on parlait d' »exos de charges » – ce que je ressortirai à mon dîner de demain soir, ça crédibilisera peut-être les âneries que je débiterai ensuite. On a compris que Martine jouait sur l’expérience, et notamment celle des contrats de génération qu’on a déjà essayé, François et ça n’a jamais marché, ce qui lui fait au moins l’expérience des trucs qui foirent, à Martine. On n’a pas bien compris quand François a dit que « les banques qui font des profits doivent financer les banques qui font des pertes« , ce qui laisse à penser que le profit est un truc un peu suspect pour les socialistes, et qu’on va pas faire des bons gestionnaires avec des principes de ce genre. On a cru comprendre qu’il essayait de faire du Montebourg mais que, jugeant tout de même qu’il dit beaucoup d’inepties, il n’a pas réussi à se convaincre lui-même. Ou encore que les enseignants peuvent s’asseoir plus nombreux sur la revalorisation de leur traitement.

Pour le reste, qui peut juger ? Non mais, sérieux, levez-vous les mecs qui s’estiment assez armés pour avoir un avis, pour dire que telle proposition, elle n’est pas financée, que telles exos, elles porteront pas leurs fruits. Moi, le gouffre me happe, le noir me hante, l’angoisse m’étreint : je sais pas faire. Alors, ils pouvaient bien parler…

Et le projet ? La vision ? Les valeurs ? Le sens de tout cela ? Les enjeux de société ? Je ne vous parle même pas de la politique internationale – on a ouï qu’on dirait la vérité à la Turquie, mais pas vraiment – qui devait pourtant être abordée. Rien de tout cela. Notez que je comprends qu’ils ne se différencient probablement guère sur ce terrain. Et que je saisis bien que l’économie c’est vachement important. Ouh la la ne me faites pas dire le contraire. Mais ma sensibilité romantique ne s’y retrouve pas. Et c’est à pas feutrés que je me vois contraint de me retirer de cette politique.

Voilà.

Un peu comme Marc Cohen :

« Ce qui devait arriver arriva : un débat de primaire sans Valls ni Montebourg, ça tue l’amour. Honnêtement, si je n’avais pas promis à mes camarades de Causeur, et plus exactement à notre Grande Timonière, d’être de quart ce soir et de me fader ensuite le papier d’après-match, j’aurais zappé dès 20h55. »

Si ce n’est que ma Grande Timonière à moi, c’est toi, lecteur. J’ai voulu honorer mon contrat de blogueur politique, et je peux point.

Reste Marcel. Je le félicite, Marcel, et je m’efface.

Dimanche, c’est pas moi qui décide. C’est Marcel.

 

credit photo : parti socialiste

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Tête de pont ®, résolument à mon compte, quand j'y réfléchis bien.

36 comments

  • Bravo pour ne pas avoir désespéré a-priori ! Le tréfond de ces débats devrait purement moral et personnel, histoire de jauger le fond du personnage, et non technico-énarque-je gère mes fiches. Du genre « François, elle est vraiment mieux ta nouvelle minette ? », « Martine, vous écoutez quoi, en vrai comme musique ? » « François, en 1 minute, c’est quoi la vie ? » « Mme Aubry, vous pouvez mourir ce soir : çà vous inspire quoi ? » « Vous aimez quoi, concrètement ? ». Bien mené par un journaleux con cojones, çà aurait une autre gueule que ces débats stérilisés conduits par des robots monophones !

    Moi, ce soir là, pendant 1:30, j’ai lu Greg de Nice, St Grégoire de Nysse : d’aussi vieux trucs qui sonnent aussi vrai, étrangement, çà m’a réconcilé avec la modernité.

  • Je partage votre impression Koz. Du coup je vote en fonction d’autres choses (quand je vote… parceque là je n’ai pas voté). La « vision », j’y crois pas, le « charisme » encore moins. Il ne reste plus que l’honnêteté, l’intelligance, le désintéressement, et quelques autres trucs dans ce genre pour déterminer mon vote. C’est pas très romantique non plus…

    J’ajouterai une mention spéciale pour Pujadas, qui avait des relances style « mais quand vous dites ça, on a quand même l’impression que vous visez l’autre en face, hein? un peu non? » du plus haut intérêt.

  • Mais vous n’avez donc pas compris le film ! il fallait compter les mots de droite, relever les postures de gauche, cerner les clin d’oeil au centre, apprécier les tenues vestimentaires qui en disent long, s’enthousiasmer pour les non dits qui pèsent… Du Bergman teinté de Rohmer ! J’ai fini par couper le son pour me concentrer sur le jeu des acteurs, un vrai régal !

  • j’ai regardé le débile mentaliste sur l’autre chaine, j’en sors pas grandi pour autant mais il semble que je n’ai rien manqué… du divertissement de part et d’autre. Panem et circensem. Fonce Marcel

  • Tout d’abord, je tiens à m’incliner: chapeau Koz d’avoir réussi à regarder l’intégralité de ce débat! Ensuite, merci, oui merci de la part de petites gens qui, comme moi, se sont demandé si elles étaient les seules à ne rien comprendre à leurs arguments…Même pas eu le courage de chercher sur Google! La seule chose que je puisse dire, c’est que Martine semblait plus convaincue de ce qu’elle avançait, alors que François était bridé par la peur de déplaire aux soutiens de Montebourg. @Ghislain: ‘Mentalist’ est une série géniale, et j’ai rapidement zappé de F2, ne regrettant qu’une chose: avoir raté un épisode! :-)

  • « Et le projet ? La vision ? Les valeurs ? Le sens de tout cela ? Les enjeux de société ?… » dites-vous. Tous les présidents qui ont, lors de leur campagne, voulu lever un grand espoir, « changer la vie », « ensemble tout devient possible », ou même  » réduire la fracture sociale » ont d’autant plus déçu ensuite, on oublié piteusement leur slogan de campagne…

    Alors si ce débat ne fut pas aussi vif que certains, pour des raisons variées, le souhaitaient, c’est qu’il cherchait moins à présenter et valider des programmes, qu’à exposer et jauger des personnalités, dans une pure logique de l’élection présidentielle au suffrage universel « une alliance entre le peuple et une personnalité »…

    Les propositions sont plus floues que folles ou fortes, certainement, encore quelques mois seront utiles pour bâtir un programme, des alliances, car, c’est important, juste après il y a des législatives et, dans notre pays, le parlement vote les lois…

  • « Et le projet ? La vision ? Les valeurs ? Le sens de tout cela ? Les enjeux de société ? La politique internationale ? » Pourquoi le PS serait seul responsable de cette pénible apathie ? La lecture de l’histoire dans un rétroviseur nous montre qu’il y avait des gens qui prévoyaient des solutions d’avenir avant les explosions, mais c’est sans doute un illusion supplémentaire. Chercher dans les dépouilles du communisme et du capitalisme ce qui ne doit pas être abandonné, ne pas oublier l’héritage des trois religions du Livre, des grecs et de l’anarchisme, c’est sans doute incontournable. L’absence de prophètes est sans doute ce qui nous fait le plus défaut.

  • A l’instar de Ghislain, j’ai fait partie des 9 millions de français qui ont regardé Mentalist.

    C’était génial » : pas compliqué, beaucoup d’humour, très peuple, finalement!

    (j’ai lu sur Atlantico que le mot « peuple » était de gauche, tandis que le mot « population » était de droite http://www.atlantico.fr/decryptage/debat-ps-martine-aubry-accuse-francois-hollande-mots-droite-rtl-201899.html )

    L’avantage des séries américaines, c’est que, contrairement aux séries françaises (aussi bien policières que politiques) elles sont pleines d’humour (Mentalist, Castle…), légères et reposantes.

    Les séries françaises sont noires, opaques, ternes avec tout plein de drames en cascades (comme si il n’y en avait pas assez dans la « vraie vie ») – sauf « Joséphine Ange gardien » !!!!!!-.

    La politique française, c’est la même chose: des batailles de mots, de postures, de « petites phrases », de propos ramassés dans les caniveaux, voire les égouts de Paris.

    Voilà pourquoi , finalement, Mentalist a attiré autant de monde : certes, nous n’en sortons pas grandi, mais divertis. C’est déjà une bonne chose!

  • Non Koz, la politique n’appartient pas aux économistes, elle est devenue dans notre pays un pur transfert de valises de biftons.

    Depuis qu’on considère que l’Etat est le Zorro universel, grand pourfendeur de l’Injustice (avec un grand I), la politique se résume à choisir qui sont les gentils à qui on va donner des sous et qui sont les méchants à qui on va en prendre (en prélevant sa comm au passage, faut bien entretenir l’appareil d’Etat).

    Ca ne laisse plus de place pour la vision, les valeurs. Seulement la concurrence victimaire et les attaques personnelles.

    J’ai voté au premier tour des primaires (et filé 10€ au PS!) parce qu’il y avait parmi les candidats le seul homme politique de droite ou de gauche qui m’inspire un peu. Il est arrivé 5e. Je ne voterai pas au second tour et ne suis pas du tout certain d’arriver à me motiver pour voter pour qui que ce soit en mai.

  • « Et le projet ? La vision ? Les valeurs ? Le sens de tout cela ? Les enjeux de société ? Je ne vous parle même pas de la politique internationale – on a ouï qu’on dirait la vérité à la Turquie, mais pas vraiment – qui devait pourtant être abordée. Rien de tout cela. »

    A noter que le débat suivait les questions et thèmes abordés par les journalistes, qui ont fourni un travail relativement lamentable. Pendant les premières minutes où toutes les questions étaient à base de « Et alors Mme Aubry, vous vous entendez bien avec M. Hollande ? », on touchait vraiment le fond et les candidats avaient bien du mérite de répondre tranquillement à ces questions.

    « ce qui laisse à penser que le profit est un truc un peu suspect pour les socialistes »

    Parce qu’il y a des gens pour qui le profit n’est pas suspect, quand les richesses sont de plus en plus inégalement réparties et qu’il y a de plus en plus de sdf dans la rue ?

  • C’est vrai qu’avec tout ça, je me sens un peu paumé – je n’aurais peut-être pas dû lire l’article ;). Au final, je sens que tout ça va finir par pile ou face. Merci en tout cas pour le soutien.

  • J’ai aussi regardé ce débat, en partie. J’ai trouvé Aubry mieux que Hollande même si elle est supposée être plus à gauche. J’ai trouvé drôle que dans un débat entre socialistes on peut se raconter n’importe quoi étant donné qu’il n’y personne pour apporter des contre arguments.

    Il y quelque chose de faux en Hollande, et je ne parle pas de ses cheveux teintés.

    @Lib, avez-vous signé la charte d’adhésion aux valeurs de la gauche, ou bien, si l’on donne 10€ on en est dispensé ?

  • Béatrice a écrit ::

    La seule chose que je puisse dire, c’est que Martine semblait plus convaincue de ce qu’elle avançait, alors que François était bridé par la peur de déplaire aux soutiens de Montebourg.

    J’ai trouvé, également, Martine Aubry plus stable, plus posée que François Hollande qui me semblait un peu sautillant. Mais voilà où j’en suis rendu, moi…

    francis a écrit ::

    Tous les présidents qui ont, lors de leur campagne, voulu lever un grand espoir, « changer la vie », « ensemble tout devient possible », ou même  » réduire la fracture sociale » ont d’autant plus déçu ensuite, on oublié piteusement leur slogan de campagne…

    Je pense que l’on peut faire les deux : donner une vision sans qu’elle soit nécessairement la promesse du grand soir. Les propositions économiques concrètes ont une valeur d’indicateur, mais les uns et les autres varient grandement au gré des circonstances. Mercredi, en revanche, j’ai eu l’impression d’assister à un débat de technos, dont les citoyens étaient un peu exclus.

    ghislain a écrit ::

    du divertissement de part et d’autre

    Divertissement, faut pas pousser non plus. Faudrait vraiment me faire violence pour regarder un deuxième épisode.

    Lib a écrit ::

    Non Koz, la politique n’appartient pas aux économistes

    C’est une formule ;) J’ai surtout l’impression de ne pas me faire moins enfumer sur l’économie que sur un discours général sur les valeurs. Mercredi soir, pour arriver à se faire une opinion valable, dépassant les propos de comptoir de ceux qui savent toujours sur tout et notamment sur les déficits, il fallait être rudement calé en finances publiques.

    Zebulon a écrit ::

    Parce qu’il y a des gens pour qui le profit n’est pas suspect, quand les richesses sont de plus en plus inégalement réparties et qu’il y a de plus en plus de sdf dans la rue ?

    Voyez, demain, je vais m’installer à mon compte. Le profit, ça me servira à investir et à nourrir ma famille. J’aimerais assez que l’on considère que c’est le fruit du travail fourni et non une quelconque forme de spoliation.

    @ Marcel : on est tous derrière toi, Marcelou. Vas-y, vote.

    Pepito a écrit ::

    J’ai trouvé drôle que dans un débat entre socialistes on peut se raconter n’importe quoi étant donné qu’il n’y personne pour apporter des contre arguments

    Il était en effet un peu agaçant de les voir se livrer pendant 1h30 à des affirmations péremptoires sur le mode : « Nicolas Sarkozy, qui a cassé le modèle social » etc, en s’approuvant vivement comme s’il s’agissait d’une idée acquise, et sans que personne ne puisse apporter la contradiction.

  • Pas vu. Même pas envisagé de voir. Mais admire profondément tant Marcel-le-votant, que tous ceux qui ont fait l’effort d’écouter. Avoir le courage d’être là pour pouvoir exprimer ce qui ne va pas « réellement » dans la teneur des débats, et non pas – comme moi – en anticipant mes craintes. Aussi pour pouvoir écouter avec des oreilles neuves, prendre ce qu’il y a de lumière et bousculer nos vieux schémas ombrageux.

    Ne pas désespérer. S’engager. Mettre le feu.

    « Autour de nous, il peut y avoir l’obscurité et les ténèbres, et nous voyons toutefois une lumière : une petite flamme minuscule, qui est plus forte que l’obscurité apparemment si puissante et invincible. […] La lumière ne reste pas seule. Tout autour d’elle s’allument d’autres lumières ». Benoît XVI à Freiburg, septembre 2012.

  • « Voyez, demain, je vais m’installer à mon compte. Le profit, ça me servira à investir et à nourrir ma famille. J’aimerais assez que l’on considère que c’est le fruit du travail fourni et non une quelconque forme de spoliation. »

    Il parlait des banques, ça n’a rien à voir et vous le savez très bien.

    « Il était en effet un peu agaçant de les voir se livrer pendant 1h30 à des affirmations péremptoires sur le mode : « Nicolas Sarkozy, qui a cassé le modèle social » etc, en s’approuvant vivement comme s’il s’agissait d’une idée acquise, et sans que personne ne puisse apporter la contradiction. »

    C’est la même chose dès qu’un homme politique prend la parole dans une émission sans que le camp adverse puisse répondre, hein, ce n’était pas propre à ce débat. Mais le temps de parole sera rééquilibré et ce débat là aura lieu pendant la campagne des présidentielles. Cela dit, je souhaite bon courage à Nicolas Sarkozy pour défendre son bilan social, hein. En termes d’éducation, par exemple. Ou de cohésion sociale.

  • Bonjour,

    J’ai moi aussi regardé le débat, convenant avec moi-même que ça ne valait pas adhésion ni financement du PS. J’ai même réussi à me convaincre que c’était citoyennement plus responsable de ma part de prendre connaissance du contenu de ce débat, plutôt que de l’ignorer… au point que vite après avoir couché les enfants, je me suis planté devant la télé et n’ai même pas fini de faire la vaisselle. Quand ma femme est rentrée de son cours de danse, à la fin du débat, j’ai eu toutes les peines du monde à justifier cet acte citoyen qui consistait à glander devant la télé plutôt que de m’acquitter de mes corvées ménagères.

    Ceci étant dit, bienvenue en technocratie. Je suis très loin d’être une flèche en économie (ouh la la, grooooosse litote) mais j’ai pourtant essayé de ne pas me laisser démonter par la technique. Je sais qu’avec les bonnes données à disposition et quelques stagiaires bien employés on peut rapidement faire les petits bilans comptables qui permettent de déterminer combien de moins ou de plus sur telle ligne budgétaire avec tel changement. Je suis tenté de leur faire confiance sur la validité des chiffres et j’essaie alors de prendre de la hauteur sur le reste.

    J’ai par exemple trouvé intéressant l’espèce de gouffre politique qu’il y avait entre les deux candidats, l’un proposant d’investir sur l’emploi pour relancer la croissance (et par voie de conséquence, diminuer le déficit), et l’autre allant directement à la réduction du déficit public. Là où Aubry a raison, c’est que Hollande n’a pas manqué d’être flou là-dessus : à moins d’être un excellent magicien, pour réduire le déficit de l’état, il faut soit augmenter ses recettes, soit diminuer ses dépenses. Il a bien évoqué quelques mesurettes de récupération de recettes, mais n’a de cesse de proposer des postes de fonctionnaire et ce genre de choses qui alourdissent le budget de l’état. Il ne reste qu’une chose, c’est l’augmentation d’impôt. J’ai sans doute eu l’oreille distraite, mais je ne l’ai pas entendu en parler. Soit le flou tient à un programme mal maitrisé, soit à une hypocrisie du genre « si je dis aux français que je vais augmenter les impôts, je suis mort ».

    L’autre truc, toujours avec Hollande. Aubry l’a tenu en respect en lui faisant dire qu’il ne voulait pas inscrire la règle d’or dans la constitution (malheur à lui, sinon, il aurait été d’accord avec l’UMP), et l’a obligé donc à préciser : c’est une nouvelle réforme de la loi de finance qu’il propose. C’est là qu’il faut se rappeler que (ça vaut aussi un peu pour toutes les autres bonnes intentions) un président de la république n’a pas tous les pouvoirs. Il joui certes d’équipes à loisir pour bosser sur les propositions de loi, mais il reste que sur le travail législatif, il n’a pas plus de pouvoir qu’un député ou un sénateur (si on excepte sa promulgation finale). On est donc en droit de se demander à quel moment le député François Hollande a travaillé sur ces propositions de réforme de loi de finance au sein de l’assemblée et aurait présenté (ou été en chemin pour le faire) ce genre de réforme.

    C’est un peu ça qui m’agace en fait, avec les campagnes présidentielles, et on va en bouffer pendant quelques mois : à entendre les candidats, on croirait que le président à tous les pouvoirs, et même plus encore. On a l’impression qu’on les interrogerait sur les changements climatiques, ils seraient à deux doigts de vous promettre d’ajuster la fréquence des pluies ou les températures moyennes.

    Bref. J’ai regardé le débat des primaires.

    Sinon, quand j’ai un peu le bourdon de la politique, je relis Gaudium et Spes, et ça fait vraiment du bien.

  • Et bien moi je n’ai pas regardé le débat qui vous inspire tant. Je suis parti lire dans ma chambre « Sarko m’a tuer » et en particulier les pages concernant Christine Boutin. Cela me donne envie de voter.

  • C’est vrai que les débats des primaires étaient plutôt techniques. Mais pour une fois que l’on parle un peu de fond, de projet, de propositions chiffrées, sans que les journalistes interrompent les « impétrants » au bout de 20 secondes, et qu’en plus les Français regardent, on ne va pas se plaindre…

    Pour ce qui est de la vision, dont on a cruellement manqué depuis cinq ans, il me semble qu’il y en a une, qui s’esquisse, chez François Hollande. A confirmer au cours de la campagne présidentielle.

    PS : Pour info, suivant les conseils de Koz (entre autres), j’ai créé mon blog : http://politiquesfictions.wordpress.com. Commentaires bienvenus.

  • Ce débat était moins intéressant que les trois précédents …

    Chacun s’ oblige a flouter ses idees, le climat se tend,

    « un tour de trop » a dit aujourd’hui Xavier Bertrand,

    D’accord avec lui, exceptionnellement,

    Je l’ avais écrit des lundi bien avant, Dans mon blog tout récent !

  • Bien évidemment, je n’ai pas regardé les débats des primaires socialistes. Juste une remarque sur les vêtements promotionnels de la campagne socialiste à qui il faut reconnaître une maîtrise des méthodes marketing et de vente à des prix prohibitifs (clé usb 2 Go à 12 euros, celles-là ont été fabriquées en France et assemblées à la main, je n’en doute pas) digne des plus grandes entreprises assoifées du sang et de la sueur des pauvres comme les socialistes aiment tant à les voir :

    Avez-vous remarqué la taille et la mise en valeur en gras du MOI à côté duquel Marcel ou Bob ne sont que de pâles beaufs insignifiants dont l’avis est de toute façon méprisable car il est forcément opposé à la décision du MOI ?

    A chaque fois que je vois la représentation moitrinaire des candidats déchus vantant leur courage, abnégation, générosité, etc, je pense à Dostoievsky, systématiquement. Bon sang que les socialistes s’aiment, s’admirent, tiennent à ce qu’ils sont et à ce qu’ils possèdent et comment de tels éloges de soi ne peuvent-ils pas émerger lorsqu’ils proclament leur amour de l’Humanité qui, comme le faisait remarquer le bon Fiodor, est une « abstraction à travers laquelle on n’aime guère que soi » !

    Je suis certainement cynique, mais je n’ai jamais compris la prétention socialiste à la générosité de répartir entre Nathan et Manon, ce que l’on a préalablement volé à Marcel et à Bob. Tout ça pour abonder dans votre sens : Bob et Marcel décideront, mais seront-ils aussi magnanimes que MOI ?

  • La politique appartient aux économistes ??? Certes, l’économie est quelque chose de crucial. Mais, il y a des domaines dans lesquels les politiciens devraient prendre le temps, unir les compétences et créer une dynamique pour que, quelle que soit notre sensibilité politique, au delà des moyens, faire progresser la société. Avant de tout dénigrer, ne faut-il pas écouter les autres quand ils ont de bonnes idées.

    Par exemple un domaine qui me semble fondamental c’est l’éducation nationale. Entre François Holande qui propose de rajouter 60 0000 postes d’enseignants et Martine Aubry qui ne propose pas de rajouter des postes mais dit qu’il faut revoir notre système éducatif. Je l’entend et je préfère la deuxième solution.

    Entre septembre 2003 et mars 2004, à la demande du Président de la République, il y avait eu un débat national sur l’avenir de l’école. Un livre les Français et leur école a été publié. Pourquoi n’y a-t-il pas une analyse scientifique pluridisciplinaire y compris les sciences humaines de cette enquête avec des spécialistes qui connaissent ce qui se fait de par le monde, une synthèse des propositions qui semblent adaptées à notre système et une stratégie d’ensemble de mise en place des réformes avec des échéances pour l’évolution du système actuel vers un système cible réaliste et évolutif? Il est nécessaire de tenir compte des facteurs humains tels qu’ils sont actuellement et des formations nécessaires à l’adaptation à l’évolution. ainsi qu’une communication explicative qui permette aux citoyens et aux enseignants d’y adhérer.

    En tant que citoyenne, j’aimerai savoir ce que nos politiques font au jour le jour pour avancer dans ce domaine et même être informé sur les dépenses (par exemple combien coûte chaque enfant au contribuable, pour que les enfants aient conscience de l’effort de la nation pour leur éducation). Si vous en savez plus que moi, je crois que ce débat est important.

    J’espère que le temps de communication qui sera alloué à la majorité sera l’occasion de faire le point sur les problèmes de société actuellement et des stratégies pour évoluer en réaffectant les énergies humaines actuellement mal utilisées pour les orienter vers des solutions d’avenir.

  • Koz, j’ai regardé et je partage le même sentiment, c’était creux et chi…

    Pour moi le plus effrayant c’est quand Martine affirme froidement avec une assurance condescendante qu’un déficit de 3% n’augmente pas la dette … et que personne ne bronche, ni son adversaire ni le journaliste… Alors qu’elle est sortie de l’ENA, l’école la plus prestigieuse de France et que le journaliste également donne l’apparence de l’intelligence !

    « Les taux de 3% du déficit, et de 60% pour la dette sont le résultat d’un calcul représentant une situation d’équilibre : si un Etat a une dette de 60% du PIB, un déficit de 3% du PIB et une croissance du PIB de 5% (en € courants) alors la dette de cet Etat reste stable à 60% du PIB (même si cette dette augmente en valeur absolue). » (wiki) Cela semble élémentaire simple à comprendre.

    Ils le savent Martine et Puja que notre taux de croissance n’est pas prêt d’atteindre les 5% et que la dette accumulée dépasse déjà très largement les 60% du PIB. Alors sont-ils devenus idiots ou nous prennent ils tous pour des benêts ?

  • Bonsoir Koz,

    il me semble inéluctable que les débats politiques deviennent plus « techniques » au fur et à mesure que notre système « social démocrate » se perfectionne. Et il se perfectionne, malgré parfois des retours en arrière, en particulier sous l’influence de l’Europe, et des divers systèmes multi-latéraux, dans lesquels notre pays d’intègre.

    Ce n’est pas juste pour la politique, je sens aussi cela dans mon métier, lié à l’ « IT ». J’ai vécu les phases de pionniers, où l’on pouvait encore faire des miracles assez facilement et où l’on avait beaucoup de grandes idées. Avec le recul, ces grandes idées étaient d’ailleurs très souvent à côté de la plaque: même sur un sujet simple (et mon métier est plus simple que la politique), j’ai l’impression que l’on ne peut pas faire beaucoup mieux que d’essayer, et regarder ce qui marche. Après 15 ans de perfectionnement, d’essais, et d’erreurs, nous sommes maintenant dans une phase d’optimisation continue, souvent orientée sur la performance financière et c’est peut-être mieux ainsi. Les services que nous rendons sont plus précis, plus fiables, et bien meilleur marché.

    L’influence de l’économie sur la politique me semble assez normale, la France n’a plus énormément de problèmes purement « politiques »: nous ne sommes pas en situation d’hostilité avec une puissance étrangère, nous n’avons plus de colonies, notre démocratie fonctionne en ce sens qu’elle permet à la majorité de choisir un gouvernement et lui donne les moyens de gouverner, il n’y a pas de lois qui remettent en cause de façon choquantes les libertés individuelles. Je ne suis même pas sûr que nous ayions un problème d’intégration des minorités visibles: on parle toujours des banlieues, mais je suis surpris par exemple du nombre de couples « mixtes » parfaitement intégrés. Certes, nous n’avons pas tous les mêmes valeurs, et c’est inévitable dans un pays libre, mais nous permettons à peu près à tout le monde de vivre suivant ses valeurs.

    Alors, il ne reste pas grand chose à faire que de discuter de taux d’imposition, des manières de réformer l’éducation nationale, des réglementations financières: et le jeu en vaut la chandelle puisque nous avons à choisir si nous serons le Danemark ou l’Argentine du 21è siècle, ce qui n’est pas la même chose.

  • Hervé a écrit ::

    notre taux de croissance n’est pas prêt d’atteindre les 5%

    Les 5% en Euros courants, c’est 2% d’inflation et 3% de croissance ? Les bonnes années, cela ne semble pas impossible, mais c’est vrai qu’en moyenne…

  • Pierrette a écrit ::

    Pourquoi n’y a-t-il pas une analyse scientifique pluridisciplinaire y compris les sciences humaines de cette enquête avec des spécialistes qui connaissent ce qui se fait de par le monde, une synthèse des propositions qui semblent adaptées à notre système et une stratégie d’ensemble de mise en place des réformes avec des échéances pour l’évolution du système actuel vers un système cible réaliste et évolutif?

    Ce sujet est intéressant. Il me semble que l’école est un immense gâchis, car elle n’utilise que marginalement les ressources pédagogiques qu’offrent les nouveaux médias. C’est sans doute dû à l’hostilité de principe des sciences humaines aux nouvelles technologies, et au conservatisme du corps enseignant. C’est bien dommage, car si l’on réfléchit un peu, il y a, notamment dans l’industrie du jeu vidéo, des pépites de pédagogie et une vraie expérience pour rendre attractives des tâches qui ne le sont pas.

  • J’ajoute que prendre comme référence le déficit rapporté au PIB illusionne l’électeur peu informé car cela affiche effectivement un taux faible. Le taux significatif de déficit à considérer, celui qu’examine un banquier pour un particulier qui veut emprunter, est celui du déficit rapporté aux recettes.

    Pour la France, 3% du PIB équivaut en gros à 10% des recettes de l’Etat.

    Est-ce que vous conseilleriez sans rire à un ami surendetté de continuer à dépenser 10% de plus que ce qu’il gagne ?

  • Mouais, tu dis que les contrats d’avenir, ça marche pas. Et la politique actuelle, voulue et encouragée par la droite et le patronat, d’exonération de charges sociales et fiscales pour les contrats au SMIC « pour les jeunes », ça marche peut-être? Pour l’emploi pas trop, pour aggraver le trou de la sécu, en revanche…

  • @ Hervé:

    La France me fait penser à un ménage surendetté, en mal d’assurer une alimentation équilibrée à ses enfants, et qui se disputerait sur la couleur de la moquette du salon qu’il serait impératif de remplacer la semaine prochaine.

  • Les socialistes se sont mis eux-mêmes dans le cas d’organiser un second tour barbant. D’abord en votant un programme flou et peu passionnant, mais qui s’impose à tous leurs candidats, ce qui est en soi une erreur. Ensuite, en laissant y aller deux candidats représentant la grande majorité social-démocrate du parti, sans différence entre eux autre qu’un conflit d’ambitions personnelles. De plus, l’exercice impose de retenir ses coups, par crainte de désunir les troupes. Résultat tiède, naturellement. Les partis américains, aguerris au système de primaires, n’ont pas de telles timidités, et leur bagarre interne est nettement plus excitante.

    En ce qui me concerne, j’ai voté par correspondance il y a quinze jours, pour les deux tours d’un coup. Les contraintes du vote depuis l’étranger m’ont donc dispensé de devoir suivre ce débat. Et en lisant les commentaires je n’ai pas eu spécialement envie d’aller chercher un enregistrement. Il reste juste à espérer que le vainqueur aura profité de détour de chauffe pour faire quelque progrès.

  • J’ai quand même compris deux choses que l’une était sectaire et que l’autre était une c…… molle ! Mais je le savais déjà, alors effectivement j’aurais mieux fait de regarder le « Mentalist ». Ce qui m’inquiète c’est que M. Hollande a 50% de chance d’être notre futur Président alors que visiblement il n’est pas à la hauteur !

  • Finalement, on s’en fiche qu’il soit à la hauteur, non? :) puisque si j’ai bien compris la teneur du post de Pneumatis, ce n’est pas le Président qui gouverne…

    Je ne suis pas très optimiste, d’ailleurs, parce que je ne vois même plus au quotidien s’il existe des gouvernants, des ceusses capables de prendre une décision sans vérifier qu’il y a des appuis politiques qui , que….et en se référant au GBS (gros bon sens)

    Ok, ok, c’est un peu populiste mon discours, mais moi qui croyait qu’à force de déconner, la droite m’avait quasi convaincue qu’il fallait enfin que je m’intéresse aux socialistes, je m’aperçois que la dite gauche n’est pas plus enthousiasmante ni novatrice.

    Entre Hollande copie de Chirac (la corrèze, ça déteint, avec un peu de radicalisme mâtiné de social démocratie et puis François, c’est un prénom mythique pour les socialistes) et Martine digne fille de son père (la technique, certes, c’est bien, mais ce n’est pas porteur d’élan), y a rien de bien folichon.

  • Qui se sent capable de juger correctement et sereinement de la hauteur de vue ou la çarrure d’epaules, dans l’avenir, de tel ou tel, de F H ou un autre ??

  • Depuis longtemps, les élections se font plus sur l’image que sur le projet…

    Le succès populaire de dimanche,le peuple de gauche qui vient voter, se rassembler, montre que le PS aa su ameliorer son image, donner un intérêt a une démarche citoyenne, même avec un programme moitié fou moitié flou, moitié mou, moitié filou diront ses adversaires…

    Maintenant françois Hollande a six mois pour se mettre dans la peau d’ un candidat competent et crédible puis cinq ans pour être un President conséquent et reconductible…

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