La légalisation de l’euthanasie, seule réponse légitime

Le cas de Chantal nécessitait-il, nécessite-t-il encore, que l’on modifie la loi Leonetti ? Le cas de Chantal apporte-t-il un élément nouveau au débat qui se tient depuis de nombreuses années, apporte-t-il un élément nouveau au débat qui s’est tenu à l’Assemblée Nationale et a donné lieu à cette loi, il y a seulement trois ans ?

Les députés ont-il alors légiféré en ignorant l’éventualité d’un cas tel que le sien et, le découvrant au Journal Télévisé, réalisent-ils soudainement que la situation n’est pas celle qu’ils croyaient ?

Ceux qui s’opposent à la légalisation de l’euthanasie adoptent-ils cette position par inhumanité, et ignorance de la souffrance, de sorte qu’il faille afficher chaque nouveau cas, de préférence plus terrible que le précédent ?

Le débat ne peut-il prendre fin, n’est-il valide, que s’il aboutit à la satisfaction de l’une des parties ? Bref, la légalisation de l’euthanasie est-elle donc la seule réponse légitime et faut-il reprendre le débat tant que nous n’y serons pas parvenus ?

Faut-il soulager l’opinion publique d’un questionnement qui l’encombre, et le renvoyer dans la sphère de ce que l’on escompte bien ne voir arriver qu’aux autres ? Ah, que l’on satisfasse une bonne fois pour toutes les revendications des pro-euthanasie !

Encore faut-il espérer que chacun réalise bien les autres cas qui se présenteront à l’opinion publique dans l’hypothèse où l’on légaliserait l’euthanasie. Qui se présenteront à l’opinion publique et potentiellement aussi à eux-mêmes. Et peut-être plus sûrement que la question actuelle de l’euthanasie.

*

Il me semble que l’on devrait prendre en compte un fait : une situation donnée, une législation – surtout lorsqu’elle se rapporte à « l’humain » – produit toujours des inconvénients à la marge.

Prenons la situation actuelle : l’interdiction de l’euthanasie a pour effet marginal pervers de ne pas permettre d’apporter à certains la réponse qu’ils disent souhaiter.

Envisageons maintenant la situation revendiquée : est-on certain que la légalisation de l’euthanasie n’aboutira pas, en revanche, à apporter à d’autres une réponse qu’ils ne souhaitent pas ? En clair, aujourd’hui, le cas marginal sur lequel se focalise l’attention est celui des personnes réclamant une euthanasie qu’on ne peut légalement pratiquer.

Demain, une fois l’euthanasie légalisée, le cas marginal sur lequel se focalisera l’attention ne sera-t-il pas celui des personnes auxquelles on aura « accordé » l’euthanasie qu’elles ne réclamaient pas ? Prenez garde que ce ne soit vous… et faites votre choix, entre ces deux situations.

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Je n’ai pas changé de position sur la question de l’euthanasie depuis les derniers billets que j’ai consacrés à ce sujet.

Je continue à être profondément réfractaire à la confiscation de la dignité par ceux qui évoquent le « droit de mourir dans la dignité », renvoyant si peu implicitement ceux qui font l’autre choix à l’indignité.

Je persiste à penser que l’on sera porté à oublier le souci constant et effectif de la dignité du malade, que la mort rapide seule ne préserve pas. On portera progressivement un regard suspicieux sur celui « qui s’accroche ». Celui qui coûte, et qui n’a même pas la dignité et le courage d’affronter la mort en allant au devant d’elle. Cette loque, physique et morale, qui n’est même pas capable de finir dignement. Pas capable de comprendre que sa survie forcenée est pathétique.

Quand devra-t-on justifier que l’on puisse trouver que notre vie mérite encore, malgré tout, malgré la souffrance, la merde et les escarres, d’être vécue ? Quand jugera-t-on de notre dignité à notre place ? De notre dignité, de l’utilité qu’il y a à nous accrocher à la vie ? Qui se souciera de nous apporter, dans notre agonie, la dignité que la maladie semble devoir nous enlever ?

Et cette question, « à quoi bon vivre dans ces conditions ? », la pose-t-on vraiment par empathie ? La pose-t-on seulement parce que l’on se met à la place de la personne concernée ? Ou la pose-t-on à sa place, par peur et par dégoût ?

*

Après le cas Vincent Humbert, voilà donc le cas Chantal . Victime d’une affection extrêmement rare, il faudrait pourtant que la société dans son ensemble revienne sur un de ses fondements majeurs. En mesure de se suicider elle-même, voilà qu’il fallait absolument que la Justice autorise son suicide, que le législateur change la loi, que, comme le dit Gaëtan Gorce, on puisse apporter une « réponse institutionnelle ». Pourquoi ? Pourquoi faudrait-il une « réponse institutionnelle » ? La solution doit passer par l’Etat, elle doit être généralisée à la société ? Comme le souligne Hugues, à la suite de François, faut-il donc un Ministère du Suicide ?

Chantal pouvait mettre fin à ses jours par ses propres moyens mais, lis-je, elle était « violemment hostile » au suicide. Violemment hostile au suicide, elle réclamait en revanche qu’on lui donne la mort. Voilà donc à quoi nous devons le débat de ces dix derniers jours, probablement des jours prochains, et peut-être des semaines à venir. Voilà donc à quoi nous devrions une modification de la loi.

Avec tout le respect que j’ai pour cette femme et la souffrance qu’elle a enduré, je dois avouer une certaine perplexité face aux fondements de ces deux positions. L’idée de mettre fin à ses jours soi-même lui était donc insupportable, mais l’idée qu’une autre personne puisse mettre fin à vos jours à votre demande était, elle, acceptable ? Et non seulement était-elle acceptable mais il était souhaitable que cette solution soit généralisée, par le biais d’une loi… Comprenez qu’à bien des égards, le cas de Chantal , dont la photogénie a été généreusement mise en avant par ceux que préoccupent la dignité d’une fin de vie, ne modifiera pas ma position.

Et que je persisterai à penser que la légalisation de l’euthanasie n’est pas la seule réponse légitime.

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82 comments

  • Oui d’accord avec toi. J’ai bien aimé ce que dit l’évêque de Dijon http://www.bienpublic.com/actu/region/20080319.BPA0036.html

    « Parler d’une « exception d’euthanasie », c’est ouvrir une brèche non seulement dans la déontologie médicale universelle, mais dans la notion même de l’indisponibilité de la vie humaine. Il faut s’attaquer à la douleur, pas à la vie. Avec affection et compassion, dans l’écoute et l’espérance. »

    Ce que je ne comprends pas personnellement, c’est que dans le cas des soins palliatifs, on peut vivre les derniers moments calmement, entouré des siens, la douleur étant largement estompée (enfin quand on a une place) et que ce ne soit pas possible d’aplanir la douleur pour des cas comme Chantal Sébire. Autrement dit, je suis attristée qu’elle ait voulue mourir car sa douleur était intenable ! Je n’y connais rien en médoc mais à l’heure actuelle, on sait faire plein de choses techniquement parlant et pas soulager la douleur ? Pourquoi les personnes en soins palliatifs vivent alors des moments plus paisibles, car en étant en hopital ils ont accès à d’autres anti douleur plus efficaces ? Est-ce simplement l’environnement qui joue sur le moral et donc la santé quand on est en soins palliatifs ?

    Plutôt que de se battre pour une euthanasie, ne faut-il pas se donner les moyens de combattre la douleur.

    Enfin, ma pensée va à ses enfants dont la dernière n’a je crois que douze ans !

  • Je m’interroge aussi sur ce « cas Sébire ». Cette femme avait encore toute sa tête et une partie de ses moyens pour se suicider, si elle le souhaitait. Ce qu’elle a peut être finalement fait.

    En quoi est il légitime de demander à un médecin de porter la responsabilité de sa mort plutôt qu’à elle-même ? Le suicide n’est pas un droit, mais une liberté.

    La question de l’aide au suicide (euthanasie active) ou de l’interruption de soins conduisant à la mort (euthanasie passive) ne doit être se poser lorsque le malade n’est plus en mesure d’agir lui-même, sinon on peut l’étendre à toute personne suicidaire.

    L’introduction d’un droit à un suicide assisté, serait accepter que des gens qui psychologiquement et physiquement, à cause d’une maladie ou d’une douleur, ne supportent plus la vie ait le droit de se faire aider à mourir. Mais, selon quels critères ? Quelles douleurs sont acceptables et quelles sont celles qui ne le sont pas ?

    Par ailleurs, les douleurs ne sont pas que physiques. Si on accepte d’aider à se suicider des personnes qui connaissent un mal physique, on devrait aussi l’accepter pour celles qui ont un malaise psychologique profond (dépression), parfois incurables…

    Le rôle de la médecine est d’aider les gens à vivre, de diminuer leurs douleurs mais pas de les faire mourir. La solution actuelle d’euthanasie passive dans le cadre de soins palliatifs est, je pense, la meilleure. Sinon, c’est accepter que des hommes (en l’occurrence des médecins) puissent décider ou être complices de la mort d’autres…

  • Hé bien je préfère 1000 fois ce billet à celui d’Autheuil, qui disait pourtant la même chose. Il semblerait que le comité d’éthique envisage la possibilité d’examiner quelques cas isolément, sans modifier la loi. Je ne sais pas comment en revanche. Pour moi, la limite ultime est celle qu’indiquait le pape je ne sais plus où : il n’est pas envisageable d’autoriser qui que ce soit à donner la mort à un autre être humain dans quelques conditions et pour quelque raison que ce soit. Il ne doit jamais être légal de retirer la vie à une personne humaine.

    Je suis pleine d’admiration pour cette femme. Je me suis trouvée effondrée de sa mort ce matin, et je prie pour elle du plus profond de mon coeur. Les interrogations à propos du suicide-pas suicide… je crois qu’il y a beaucoup de choses qui restent de toute façon incompréhensibles dans ce genre d’histoire, chaque maladie, chaque personne et chaque famille étant singulière. Perso je crois que j’aurais peur de me rater.

    En qui me concerne, chaque allusion à cette histoire renouvèle en moi l’indignation face à l’état des soins palliatifs en France. Il est honteux que ces services ne soient réservés qu’à une minorité. Quand bien même je n’aurais pas d’objection philosophique à l’euthanasie, je serai tout de même contre, tant que les soins palliatifs ne seront pas vraiment offert à tous le monde gratuitement. Sinon, économiquement, l’euthanasie est trop facile, les hôpitaux trop surchargés, la mort la maladie et la souffrance trop difficiles pour que tout à coup l’accélération d’un processus en cours, au lieu d’être une charité, ne devienne une commodité.

  • L’article du Monde, que tu signales, souligne encore davantage le caractère spécifique de ce cas. Outre sa « violente opposition » au suicide, on y lit que sa maladie n’était pas incurable, et qu’elle a refusé les traitements proposés.

    Je ne suis pas sûr que ce cas soit aussi emblématique que le voudraient certains.

  • Allons Koz, tu es partiel là. Elle a refusé, car si elle acceptait l’opération qu’on lui proposait, le risque vital était engagé. L’article du monde l’indique. C’était un peu son droit de vouloir alors rester en vie si à l’époque elle ne souffrait pas autant, non ?

  • « Sinon, économiquement, l’euthanasie est trop facile, les hôpitaux trop surchargés, la mort la maladie et la souffrance trop difficiles pour que tout à coup l’accélération d’un processus en cours, au lieu d’être une charité, ne devienne une commodité. »

    Tu mets le doigt sur le pire aspect effectivement de ce sujet : commodité. Il y a eu une enquête parue à l’époque dans Libé dans un petit article sur l’évolution de la loi aux Pays Bas et déjà, il se faisait sentir une pression économique sur les familles par les directeurs d’hopitaux ou certains médecins qui commençaient à reprocher aux familles de ne pas « faire ce qui était le mieux pour le malade ». De même quand les malades baissaient de moral et envisageaient le suicide, certains médecins au lieu de passer quelques heures à les réconforter leur filaient plus facilement leur « formulaire d’inscription ». Et les raisons d’économie de temps et de moyens n’y étaient pas pour rien. Bon, comme la pensée dominante c’est que « l’euthanasie, c’est mourrir dans la dignité », au lieu de consacrer une enquête poussée à cet aspect des choses, qui reste une composante majeure du problème voire la plus importante, il s’agissait d’un articulet (tout à l’honneur de Libé ceci dit, car ils ont été les seuls à en parler).

  • Bien sûr, étant dans les Soins Palliatifs, je n’ai pu m’empêcher de mettre mon grain de sel dans différents forums. Tous modérés… Sauf le dernier sur le Fig.fr!

    D’abord, une rectification : les soins palliatifs ne sont pas une euthanasie passive. il n’y a pas du tout d’euthanasie dans les soins palliatifs. Nous considérons que la mort est NATURELLE, et refusons l’acharnement thérapeutique. Qu’est ce donc que les soins palliatifs. En substance, ce sont des soins de confort. Que veut dire « soins de confort »? cela veut dire qu’on arrête tout traitement curatif, mais pas tout traitement ( où là, nous serions dans le cadre d’une euthanasie passive ). Donc, on peut donner tout traitement qui apporte un soulagement et une diminution de la douleur. Ainsi, bien sûr les antalgiques majeurs, mais aussi les antalgiques propres aux douleurs neurogènes ( genre douleurs du zona, par exemple). Ces douleurs sont fréquentes en fin de vie, et ce sont les douleurs les moins bien réduites par les médicaments malgré les progrès de la médecine, d’autant que les antalgiques majeurs sont inefficaces sur ce type de douleur). Mais aussi des anxiolytiques, des anti dépresseurs. Et même parfois des chimio – dans certains cas elles ont une vertu antalgique. Et si, bien qu’en fin de vie, vous avez une bronchite, on vous donnera des antibiotiques. Ce ne sera plus un traitement curatif, mais cela permettra, en soignant la bronchite de supprimer toute douleur due à une toux bronchiteuse et à un encombrement bronchique !

    dans le contexte de la fin de vie, on traite, autant que faire ce peut, la douleur totale. La douleur totale c’est la somme de toutes les douleurs : douleur physique, mais aussi psychologique ( je doute qu’elle ait été prise en compte dans le cas Sebire ) la douleur sociologique ( et là, il y a un gros travail à faire ) et la douleur spirituelle. Cette dernière douleur est constante en fin de vie. Et je pense que c’est parce que j’en ai parlé que j’ai été modérée sur les forums. Comment, oser parler de douleur spirituelle dans un pays laïc? Et pourtant, je n’ai pas vu un seul malade en fin de vie ne pas se préoccuper de ce sujet là. Athée ou croyant en une religion quelle qu’elle soit, tous se posent des questions existentielles : « qui suis je », « pourquoi moi? », « pourquoi suis je né » « pourquoi dois je mourir », « qu’est ce que la vie » « à quoi sert elle » « qu’y a t il après »…. Et là, il y a nécessité à être là, à l’écoute. Sans forcément répondre : les personnes en fin de vie ne demandent pas forcément de réponse. Elles dialoguent avec elles mêmes en présence d’un témoin de leur questionnement. Et nous devons impérativement être dans l’empathie.

    Qu’est ce que l’empathie ? Ce n’est pas à proprement parler se mettre à la place de l’autre », tel qu’on conçoit le fait d’avoir les mêmes émotions que l’autre. Non C’est, selon Carl Rogers :  » l’acte par lequel un sujet sort de lui même pour comprendre quelqu’un d’autre SANS EPROUVER POUR AUTANT LES MEMES EMOTIONS QUE L’AUTRE. C’est donc une sorte de sympathie froide, capacité de pénêtrer dans l’univers subjectif de l’autre tout en gardant son sang froid et la possibilité d’être objectif ». Vous constatez que dans les journaux (et en lisant les forums), nous sommes loin de l’empathie! Et Carl Rogers continue en disant que l’empathie doit nécessairement être accompagnée d’authenticité, amenant ainsi à un sentiment de SECURITE.

    Je ne dis pas que c’est facile. je ne dis pas que c’est toujours possible. Mais il faut éviter autant que faire ce peut ce qu’on appelle la projection/identification, qui est de croire qu’on se met à la place de l’autre, alors qu’on met l’autre à sa place ( genre : « si j’étais malade en fin de vie, je ne le supporterai pas, je préfèrerai qu’on me tue. Donc, je suis pour l’euthanasie et je souhaite qu’on tue cette dame, mon vieux père, ma mère handicapée », etc, etc )

    Le problème important à ce jour est la douleur sociale du mourant. Comment peut il ne pas souffrir lorsqu’on met dans tous les journaux sa photo montrant les ravages de la maladie ( même si c’est avec son accord, c’est plus que tendancieux ) Comment ne peut on pas souffrir lorsqu’à longueurs de journées on voit écrit, on entend dire qu’ainsi disgracié, la vie ne vaut plus d’être vécue. Comment ne pas souffrir lorsqu’on lit l’horreur sur le visage des autres , Où est notre dignité lorsqu’on voit l’acharnement des uns et des autres qui polémiquent sur le fait de savoir si oui ou non vous méritez de vivre ?

    Une personne en fin de vie a besoin d’amour. Peut être même encore plus que lorsqu’elle était bien portante. Qui n’a pas vu le sourire d’un mourant qu’on embrasse, ne peut imaginer que même en fin de vie, on peut encore éprouver du plaisir et du bonheur. Et pourtant.

    Alors, pour répondre à Thaïs, que peut on faire pour diminuer la souffrance ? – de Mme Sebire d’abord : elle a refusé de voir les spécialistes de la douleur et des soins palliatifs que lui avaient proposés le gouvernement. Dommage, car effectivement dans certains cas, un spécialiste est plus compétent. D’autant que la loi Léonetti accorde la sédation. La sédation, ce n’est pas endormir jusqu’à ce que la mort arrive. C’est endormir pour que le cercle vicieux de la douleur se brise. Ainsi, on voit ; fréquemment, après une cure de sommeil, le malade se réveiller sans douleur, ou une douleur que l’on peut traiter avec un simple antalgique de niveau 1. On peut ainsi sédater un malade et le réveiller à l’arrivée de son petit fils, de sa fille ou de son cousin… Certes, quelquefois, ils partent pendant leur sommeil. Pourquoi pas ; Pourquoi serait ce inutile? Sait on réellement ce qui se passe pendant le sommeil ? Ce qu’on peut y apprendre, ce qu’on peut y vivre, qui nous rapproche de l’Essence ? Même si on ne se rappelle pas, on peut constater que le cerveau n’est pas inactif et qu’il se passe des « choses ». Sont elles inutiles ? Bien malin ceux qui pourraient le dire !

    Quant aux autres personnes douloureuses, il faudrait sensibiliser les médecins de ville ( mais aussi certains praticiens hospitaliers ) à la prise en charge de la douleur. Hélas, ils ne savent pas manier les antalgiques, donnent souvent n’importe quoi avec pour résultat des douleurs non diminuées avec tous les effets secondaires possibles, notamment l’état vaseux que l’on rencontre régulièrement et qui font penser que tous les traitements anti douleur plongent les malades dans un état semi comateux. Non, on peut changer de molécule ( rotation des opïodes, par exemple ) et vérifier le type de douleur que l’on doit traiter ! Une anxiété bien prise en charge permet parfois de supprimer le recours aux morphiniques ! Mais quand je vois les médecins ( en maison de retraite par exemple ) ne pas se déplacer pour une douleur, cela me met en rage.

    Pour travailler en Soins Palliatifs, on nous demande de travailler l’éthique. C’est peut être ce que devraient faire nos charmants journaleux qui se vautrent dans l’émotionnel et oublient (consciemment ou inconsciemment ?) que l’être humain n’est pas qu’ émotion. Il a une dimension autre. Et que tout homme vivant est une merveille, que tout homme vivant vit jusqu’à l’ultime moment. je n’ai jamais accompagné de morts, mais toujours des êtres vivants, jusqu’au bout!

    J’espère seulement qu’on ne fera pas d’exception à la loi. je vois trop souvent des demandes d’euthanasie faites par les familles, avec à la clé, l’inquiétude des malades qui ne veulent pas mourir et que l’on doit rassurer. je vois trop souvent des malades qui disent, au début de leur maladie, vouloir être euthanasiés au cas où ils seraient trop dépendants et qui changent d’avis lorsque cette dépendance arrive.

    Il faudrait peut être tout simplement éduquer les gens : leur réapprendre ce qu’est la vie, et donc la mort. Lui redonner sa place d’événement naturel, qui arrivera à tout être qui a connu la naissance. Il faudrait réapprendre aux gens le sens de la dignité. Est digne de vivre tout homme quelque soit son état de santé ou son âge.

    Si on change la loi, comme le veulent tous ceux qui pensent qu’en tuant son prochain, on tue la mort (psychologiquement, c’est en partie ça), il risque, à court terme, d’y avoir de tels abus, que tous auront peur les uns des autres. ( « va t il m’euthanasier « ? « Suis je dégoutant, ou laid ou handicapé au point qu’ils veuillent se débarrasser de moi ? » ) Si on change la loi, je pense (mais c’est mon avis personnel) qu’on va aller dans le sens d’une régression de l’humain. Une décadence de la société.

    Je n’arrive pas à concevoir que donner la mort est donner l’amour. c’est pour moi antinomique. ( même si je peux concevoir qu’on demande la mort par trop de souffrance : alors là, c’est à notre entourage de soigner nos douleurs )

    Avant dernier point : comment peut on oser demander à un soignant de vous tuer ? Comment peut on se permettre de lui imposer de faire un acte qui ne soit pas en accord avec sa conscience, son éthique, son être? Qu’on se suicide, pourquoi pas ! c’est de sa propre vie qu’il s’agit et c’est son propre acte. Mais si on aime suffisamment son proche, on ne peut pas lui demander de faire un acte pareil. Là, je n’arrive pas à imaginer. Et bonjour la culpabilité ! Faire endurer une telle culpabilité à quelqu’un me semble inconcevable.

    Enfin, en tant que croyante, je n’arrive pas à concevoir que l’on puisse briser l’un des 10 commandements.

    Pardon pour ce trop long com. Mais ça m’a fait du bien. A la lecture de tous ces articles, je me suis sentie blessée au plus profond de mon être, investi totalement dans cet accompagnement.

  • Effectivement, Pikipoki. Mea culpa, j’ai voulu aller trop vite, pas masquer un fait.

    Cela dit, ce n’est qu’assez accessoire dans le débat (le fait que sa maladie ne soit pas incurable, et qu’elle ait refusé les traitements). Mais, si je peux comprendre sa décision, elle est un peu étonnante dans la mesure où le pronostic vital était, de toutes façons, engagé. Et je trouverais un peu surprenant que l’on soit amené à revenir sur un fondement essentiel de la société sur un tel cas, qui sent assez, au demeurant, l’opportune exploitation médiatique d’un cas « visuellement parlant ».

    Et cela n’est pas totalement indifférent lorsqu’on lit par ailleurs que sa demande en justice était justifiée notamment par le « caractère incurable des maux dont elle est atteinte » et son « refus de devoir supporter l’irréversible dégradation de son état ».

    Maintenant, mon billet n’était pas basé sur ces faits.

    Epo, tu retrouverais l’article en question ?

  • « Comprenez qu’à bien des égards, le cas de Chantal Sébire, dont la photogénie a été généreusement mise en avant par ceux que préoccupent la dignité d’une fin de vie, ne modifiera pas ma position »

    tout à fait d’accord, j’étais écoeuré par l’usage de la photo.

    c’est amusant, j’ai eu une conversation assez similaire sur ce sujet ce week-end!

  • @ Koz

    Tu penses bien que je l’ai cherché… je l’avais même évoqué chez ago en commentaire de ton article sur le même sujet. Mais il avait déjà presque un an et j’avais déjà perdu le lien.

  • Merci Tara. il se trouve que j’ai eu la chance de voir dans ma très proche famille quelqu’un mourir avec un accompagnement de la qualité que celui que tu décris. C’est la malade elle-même qui avait choisi le service où elle est morte, et l’association qui l’a accompagnée spirituellement et matériellement pendant la durée de sa maladie où elle pouvait rester à la maison. C’est une aide absolument inestimable. Jusqu’au dernier moment, c’est la vie, la communication, et le relationnel qui ont été privilégié. Je ne pense jamais à ces moment sans une profonde gratitude pour l’équipe à qui nous avons eu affaire.

    Le discours de l’ADMD est dangereux, parce qu’il évacue ce travail. Mais je ne crois pas que c’est en minimisant la douleur de Chantal Sébire, ou en contestant tel ou tel aspect de sa requête, qu’on trouvera une explication satisfaisante.

    Tu es bien placée pour le savoir, Tara, l’accès aux soins palliatifs est compliqué. Il faut réserver une place, les lits sont chers, et avant d’arriver dans le service en réalité il faut prévoir un accompagnement au plus tôt, pour soulager la famille, faire prendre en charge les soins quotidiens par du personnel qualifié. Il est insupportable de faire soi-même la toilette quotidienne d’un parent, en lui faisant mal en plus parce qu’on a pas les bons gestes, et en sachant que sa pudeur en souffre (beaucoup plus qu’avec qqn dont c’est le métier). Or tout cela coûte extrêmement cher, sans même parler de la force d’âme qu’il faut pour envisager de préparer ainsi le détail de sa mort, en contactant des mois ou des années à l’avance associations et hôpitaux. Tout ceci dans une société où, cela a été dit ici, les services de soins palliatifs sont parfois présentés comme des mouroirs. Pour bénéficier aujourd’hui de soins palliatifs, il faut le vouloir vraiment, y mettre de l’énergie, et aussi le prix (avant l’entrée dans le service).

    A mon sens, c’est une erreur de penser, ou de laisser penser, que Chantal Sébire serait responsable de sa souffrance, de sa situation, etc, etc… On ne sait pas dans quel état psychologique elle était, ni sa famille, et ce que ses proches pouvaient considérer au fond de leur coeur comme étant charitable ou non. Je crois que c’est une femme extrêmement courageuse. J’ai de l’admiration pour elle.

    C’est la situation sociale et la faiblesse du dispositif de soins qui est à remettre en cause. Il me semble d’ailleurs que c’est la façon dont N. Sarkozy a vu les choses, puisque sa réaction a été de proposer une prise en charge médicale. La réponse est d’abord là. Il ne faut pas mettre en cause la personne ou les décisions personnelles de Mme Sébire. Je trouvais que Koz avait évité cet écueil.

  • @Tara

    Bravo poue ce témoignage plein de sensibilité, d’humanité.

    Il est possible que ce soit plus la douleur de l’autre qui nous est parfois insupportable et veuille faire abréger sa vie, que l’empathie et l’accompagnement, qui pourrait l’aider à vivre « dignement » jusqu’au bout du processus naturel.

  • Les esprits fermés passent leur vie à essayer de trancher entre les extrêmes. Les esprits fermés passent leurs vie a choisir entre le bien et le mal, la gauche et la droite, le blanc et le noir, le capitalisme et le communisme. Ce n’est jamais comme çà… en tout cas pas dans la réalité. Quand on a un minimum de vécu, on sait par exemple que le communisme tchécoslovaque était plus juste (et suffisament libre) que bien des régimes militaires pseudo capitaliste. Tout se mêle, tout se lie et s’entre-croise. Le nouveau testament est un monde de tolérance et de subtiles nuances. La diversité et l’imperfection de ce monde commande la relativité et la subtilité.

    Personnellement je suis contre la peine de mort. Mais pas par idéologie, pas par dogme, pas pour obéir aveuglement à la loi morale du moment. Pour une seule raison: la faillibilité des juges qui induit la mort possible d’un innocent ! Dans le cas d’un meurtrier pédophile récidiviste ayant avoué son crime, sa mort n’induit plus la mort possible d’un innocent et n’a donc plus aucune raison d’être.

    Ne pensez vous pas que l’on pourrait trouver des cas extrêmes: 1° Qui rentrent dans le cadre d’un acharnement thérapeutique qui n‘existait pas à l‘époque du nouveau testament.. 2° Qui devrait éviter de pouvoir se débarrasser d’un être devenu embarrassant. 3° Qui pourrait avoir un cadre légal strict permettant justement d’éviter le suicide.

    Contre l’euthanasie comme règle générale, mais avec des aménagements destinés à éviter les suicides forcés.

  • « Je continue à être profondément réfractaire à la confiscation de la dignité par ceux qui évoquent le “droit de mourir dans la dignité”, renvoyant si peu implicitement ceux qui font l’autre choix à l’indignité. »

    Sans me prononcer sur le fond du problème, l’euthanasie*, je me permets de trouver votre déduction contestable. Ce n’est pas parce qu’une personne demande à mourir, elle et elle seule, dans ce qu’elle est la mieux placée pour savoir que c’est sa dignité , que ceux qui font l’autre choix sont indignes. Personne ne dit ça. Aucun membre de l’ADMD ne se permet de renvoyer ceux qui font l’autre choix à l’indignité.

    Quant à la photogénie que, si j’ai bien compris, vous voyez comme exploitée à des fins propagandistes. Elle a aussi permis à Mme Boutin un dérapage, face auquel Mme Sébire a eu la dignité de ne pas oser souhaiter 24 heures de ses souffrances à cette personne.

    Vous dites que le cas de Chantal Sébire ne modifiera pas votre position. Je suis sûr que vous parlez en conscience. Puis-je seulement souhaiter que, ni pour vous ni pour vos êtres chers, vous n’ayez à affronter pareille épreuve ? Bernanos a nourri mon adolescence. Bernanos est des ces chrétiens qui m’auraient peut-être fait rester chrétien si j’en avais rencontré davantage de sa race (et je dis « race comme « racé »). Il a écrit « Le Dialogue des carmélites ». On y trouve une scène terrible, la mort de la Mère Supérieure. Cette femme, qui a tant prêché la mort aux autres, est incapable d’affronter la sienne… Pouvez-vous dire que vous ne serez jamais cette religieuse ? Que feriez-vous si vous étiez une Chantal Sébire ?

    Moi, en cette matière, je me sens incapable de dire ce qui est bon ou mauvais dans l’absolu. Je peux juste dire ce que je demanderais pour moi, et dénierais à tout autre de faire à ma place..

  • Merci Tara pour votre témoignage. Celui-ci confirme l’idée que j’ai depuis longtemps, que nous avons du mal à regarder en face le malheur, la souffrance et le handicap. Et que nous voulons tout, tout de suite…et non prendre le temps d’accompagner

  • Comme toujours, sur un thème grave s’il en est, la presse se veut encore faiseuse d’opinion prenant l’urgence comme prétexte à vouloir légiférer.

    Mais en amont, ce qui m’avait le plus surpris (a minima) c’est le fait de demander à un juge d’autoriser un tel acte. Mazette, que ne dirait-on si un juge se permettait de décider tout seul de le vie et de la mort d’un individu … là comme ça … entre son petit-déjeuner et son café du matin … entre deux rendez-vous … tout seul dans son coin … Comment concevoir que cela soit le rôle d’un juge quel qu’il soit ? C’est presque le revêtir de l’habit du bourreau ! En plus d’être digne des pires régimes totalitaires et arbitraires.

    A ma connaissance je n’ai point vu de faiseurs d’opinion s’offusquer de cela huit jours en arrière. Bah non, ça devait leur sembler naturel…

    Par contre, qu’on veuille préserver des victimes potentielles de récidivistes annoncés voire avérés, ça, ça les réveille d’un coup et là, ils n’hésitent pas à propager le notion d’état totalitaire…

    Dans quel monde vivent certains bons penseurs, dites le moi !

  • Voilà bien un sujet hypocrite. Les médecins pratiquent une forme d’euthanasie dans les hôpitaux, – témoignage d’un médecin ce matin sur France Inter. D’autres pays alentours ont légalisé et il est possible d’aller mourir en Suisse ou en Belgique. Pourquoi ne pas laisser la liberté à chacun de faire ce qu’il veut, surtout concernant sa mort ? Je comprends pas… Et je ne pense pas qu’évoquer le droit de mourir dignement ait un rapport avec l’indignité de ceux qui affrontent la douleur jusqu’à la mort…

  • Ce que je trouve étrange c’est que les mêmes qui s’offusquent à l’idée que l’État puisse prendre la responsabilité d’injecter quelques substances létales au pire criminels condamnées, parce qu’il y a une ombre de trace de rédemption possible… Hurlent littéralement pour exiger que l’État prenne la responsabilité d’injecter quelques substances létales à ceux qui, face une souffrance et la probable impossibilité de guérir n’osent plus affronter leur vie.

    Mais l’ombre de trace de rédemption (ou de guérison) est toujours là, non ? Ne dit-on pas « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir » ?

    Et puis vraiment, autant je suis partagé pour le suicide à l’appréhender comme courage ou comme lâcheté, mais ici, alors qu’elle pouvait, si vraiment la vie était si dure, se suicider, demander à d’autres de vous suicider, c’est la lâcheté absolue…

  • @Toréador

    Ton parallèle est de la haute voltige… Comment peux tu comparer la mort d’un soldat au front avec celle d’uen malade en grande souffrance?

    Personne ne l’a poussée au suicide. Elle le voulait. Cela n’a pas été fait comme elle le souhaitait (c’est-à-dire reconnu par al société et remboursé par la sécurité sociale) mais cela revient au même : elle a mis fin à ses jours.

  • Bonjour Koz,

    Merci pour ce billet qui permet le debat sur ce sujet avec des avis plus qu’interessants.

    Tara, merci pour ton billet en commentaires (non, il n’est pas trop long).

    Koz, pour ton passage : Je continue à être profondément réfractaire à la confiscation de la dignité par ceux qui évoquent le “droit de mourir dans la dignité”, renvoyant si peu implicitement ceux qui font l’autre choix à l’indignité. je ne reagis pas comme toi.

    J’ai trouve extremement digne (et fort) notre saint pere J.P. II qui a choisi de tenir son role de pape jusqu’a la fin et a combattre la maladie et la decheance de toutes ses forces. C’est un exemple et une aide aux malades.

    Mais je trouve tout aussi digne une personne qui reconnait ne pas avoir cette force et ce courage, et demande de partir avant de perdre cette dignite. Tous ne se sentent pas capable de tenir aussi bien et longtemps que cet exemple.

    Reclamer la dignite pour les uns n’est pas pour moi de facto la refuser aux autres.

    Ensuite, ce matin sur RTL a ete rediffuse une entrevue faite avec elle y a peu. Elle a dit refuser le suicide car percu comme un abandon, une facilite face a une difficulte, et elle ne veut pas donner en exemple a sa fille de 12 ans un exemple de faiblesse et facilite avant son adolescence.

    En revanche, elle ne voyait pas l’accompagnement par une tierce personne comme ce meme abandon, cette meme facilite, mais comme un acte d’amour (nous avons tous entendu cette phrase je pense) de la part de l’accompagnant.

    Si je peux retranscrire ses propos, je suis, comme toi Koz, un peu perplexe pour les comprendre et les reprendre a mon compte.

    Pour revenir sur l’euthanasie et le suicide assiste. Je lis que chacun est libre de se supprimer et qu’il est donc inutile de les aider. La, nous sommes en desaccord. Si une personne est vraiment a bout, faut-il la laisser seule se supprimer, avec les risques qu’elle se rate et agrave ses difficultes, ou vaut-il mieux proposer un accompagnement commencant par des entretiens (medecins, psychiatres, pretres, etc.) puis, si la decision se maintient, continuant par une mort douce et certaine ? Je penche vers la seconde solution. Comme elle n’est a ce jour pas possible, un changement de loi peut s’envisager (et certainement pas s’imposer).

    Les elements de debat me faisant douter (et descendre de mon monde de Bisounours vers la realite) sont : *) aux auditeurs ont la parole, une intervenante indiquant que toute douleur n’est pas que physique, et craignant nombre de morts aidees d’adolescents mal dans leur peau. *) ici, les differentes remarques sur les risques de derive (si si, le pepe veut vraiment partir) et sur les risques financiers (savez vous combien votre maintien en vie coute a la collectivite).

    Si loi il devait y avoir, elle devrait prendre cela en compte, bien evidemment.

    Enfin, ce matin, Jean-Michel Aphatie a recu les deux personnes ayant mene a la loi actuelle. Deux points en sont sortis, il faut en premier informer beacoup mieux sur ce qui existe a ce jour (comme tu l’as dit, Tara), toutes les possibilites, puis, dans le calme et sans pression d’un cas particulier, reflechir si une evolution est utile, laquelle, et la rediger et presenter de maniere a la faire voter elle aussi a l’unanimite, et non pas dans un combat de partis politiques.

    Encore merci

    Luc

  • J’apprends à l’instant, en écoutant la radio, qu’un médecin belge, qui s’était porté « candidat » pour « aider » Mme Sébire, s’étonne qu’un grand pays comme la France n’arrive pas à statuer sur la question de l’euthanasie.

    Il me semblait, quant à moi, que la France a statué sur cette question. Alors, évidemment, ça ne va pas dans son sens.

  • koz, votre dernière phrase laisse-t-elle penser que la légalisation de l’euthanasie pourrait être l’une des réponses légitimes sans être la seule ??? « Et que je persisterai à penser que la légalisation de l’euthanasie n’est pas la seule réponse légitime. »

    sinon, croyez vous vraiment que l’on puisse appréhender ce genre de situation sans le « travers » de l’image ? …vincent humbert, chantal sébire…. on aura beau faire, dès qu’un cas similaire viendra à nouveau poser la question de cette légalisation de l’euthanasie, « le peuple » voudra voir quelle « tête » a le postulant pour se faire une idée morbide du supplice enduré ? comme si il fallait être défiguré pour justifier son envie de mourir…

  • On pourrait aussi dire à ce médecin belge qu’il y eut un grand pays qui fut l’un des premiers sinon le premier à ériger l’euthanasie en principe. C’était l’Allemagne et son chef s’appelait Hitler. On piquait les dégénérés. On n’a jamais trop su comment on décidait qui était dégénéré. On m’a toujours appris que l’humanité avait été ainsi bafouée par les nazis. Et maintenant on nous fait la leçon parce que nous sommes réticents! Drôle de mentalité.

  • Toujours la même rhétorique réactionnaire, et son sempiternel dyptique « effet pervers-décadence ». Les mêmes propos furent tenus lors de la légalisation de l’avortement. Je ne comprends pas pourquoi les soi-disant libéraux s’opposent toujours contre les rares lois vraiment libératrices : la loi sur l’IVG autorise un acte, mais n’y force pas, elle laisse à chacun (chacune en l’espèce) le choix d’y recourir ou pas, et il en irait de même pour une loi sur le suicide assisté. Si vous me dîtes que dans ces situations-là, on ne fait pas de choix rationnel, alors, votre libéralisme que vous affirmez ailleurs, (enfin, uniquement pour ce qui concerne l’économie, en fait), est à géométrie bien variable… De plus, opposer la dignité supposée du « suicidé » et l’indigne vieillard cacochyme qui n’en finit pas de mourir, n’est qu’une vieille ficelle de sophiste, puisque personne, à part vous, n’a idée de le faire. Le choix de chacun m’indiffère assez, pourvu que l’on me donne la possibilité de choisir le moment venu. Il est possible qu’atteint par un mal incurable, ou accidenté, je choisisse d’aller jusqu’au bout sans recourir au suicide, peut-être même aidé d’une foi qui, jusqu’ici ne m’a pas encore étreint. (ceci dit sans ironie aucune) Pour finir, comment ne pas évoquer ici John Donne et son Biathanatos, qui vit dans le suicide non pas un péché, mais au contraire l’essence même du christianisme avec un « Dieu qui édifie l’univers pour édifier son gibet », comme le résume la jolie formule de Borges.

  • J’ai rencontré personnellement dans mon entourage plusieurs cas de suicide et aussi des cas de soins palliatifs pour des cancers en phase terminale. Donc c’est un sujet largement réfléchi et sans connotation idéologique en ce qui me concerne.

    J’arrive à la conclusion qu’il ne faut pas essayer de légiférer pour chaque cas particulier. Le plus important est le développement des soins palliatifs pour ceux qui sont proches de la fin pour leur épargner toutes souffrances, pour ceux qui demandent un accompagnement psychologique et ceux qui n’ont plus de possibilité intellectuelle pour exprimer leurs volontés.

    Mais il y a ceux qui ont toutes leurs facultés intellectuelles, se savent condamnés, veulent mettre fin à leur vie, veulent s’épargner des souffrances inutiles mais aussi épargner à leur entourage les souffrances de les voir décliner. Ces personnes ne demandent pas un accompagnement psychologique ou religieux, ils acceptent la mort. Si elles ont « la chance » de trouver un médecin ou service hospitalier « compréhensif » on les aidera à passer de l’autre coté en douceur. Dans le cas contraire il leur reste, selon les cas que j’ai rencontrés, « la liberté » de provoquer l’accident de leur voiture contre un arbre, du saut dans le vide depuis le toit d’un immeuble ou la noyade. C’est là que pour moi se trouve la seule question à laquelle j’aimerais qu’on apporte une réponse claire : pourrons nous tous un jour dans ce cas compter sur notre médecin pour qu’il nous aide au lieu de nous laisser entreprendre une action désespérée et indigne ?

  • @deadbydawn : le problème est que les opposants à l’euthanasie (ou à l’avortement) récusent justement ce concept du « choix ». Vous n’avez pas le choix. Votre vie appartient à Dieu, vous êtes son instrument, tout cela vous dépasse, vous n’avez pas voix au chapitre. Fermez le ban.

  • moi qui suis « relativiste » et n’accepte pas la condamnation de principe du suicide par la religion, je fais partie de ceux qui pensent que le suicide assisté eput aussi être un droit de la personne humaine, dans certaines circonstances, quand elle n’a plus ni passion, ni projet, ni plaisir… le suicide est un droit, mais, de fait , ceux qui peuvent le souhaiter sont sans doute ceux qui, pour des raisons physiques, logistiques, sont le moins à même de l’exercer… il y des risques de dérive, à prendre en compte…

  • Et je répète encore ma question au « progressistes » vous qui refusez à l’État le droit de tuer (les criminels) pourquoi vous parait-il bon de lui accorder le droit de tuer (les malades, les vieux, et les lâches qui fuient la vie mais n’ont pas le courage de l’assumer) ?

    Et en quoi est-ce « libéral » d’accorder à l’Etat le droit (exhorbitant) de tuer (même sur demande) quelqu’un qui ne s’est pas soustrait à la loi. Quel serait d’ailleurs le sens de la loi, de l’Etat (supposé donc protéger le citoyen) s’il devait aussi le tuer. De même que devient le médecin, supposer préserver la vie, si son métier devient aussi de l’abréger ?

    Mais non, ces questions semblent avoir une réponse évidente pour vous : « tuez les tous et Dieu retrouvera les siens… sauf qu’il n’y a de Dieu que mon bon plaisir » 😉

  • @Franz : Vous êtes totalement à côté de la plaque. Il s’agit de reconnaître aux gens le droit de choisir leur mort ; de ne pas rendre illégal, pour soi ou pour autrui, le choix de sa propre mort. Aucun rapport avec « donner à l’Etat le droit de tuer ».

    Quant à vous arroger le droit de désigner les « lâches qui fuient la vie au lieu de l’assumer », cela dénote, si je puis me permettre, une inhumanité, une immaturité, et une psycho-rigidité proprement confondantes.

  • Et refuser les questions parce qu’elles ne vous plaisent pas et insulter les gens, ça dénote quoi ? 😉

    Et que je sache il n’est pas illégal de se suicider… donc vous êtes tout à fait libre de choisir votre mort. Tant que ça ne concerne que vous (et en fait ça ne concerne pas que vous, mais c’est encore une autre question). Vous êtes également libre de demander qu’on vous tue, seulement si quelqu’un le fait, il commet un meurtre… ce n’est plus un suicide. Mais là il y a toute la différence qu’il peut exister entre masturbation et prostitution. Si cela vous échappe réellement, j’en suis désolé.

  • Si je suis dans l’incapacité physique de me tuer, je perds donc le droit de choisir ma mort.

    Encore un petit effort et vous allez comprendre.

  • Si vous n’avez plus de bras vous perdez le droit de serrer la main de vos amis… Si vous n’avez pas de gros revenus vous perdez le droit de payer des impôts… Si vous n’avez pas un gros QI et/ou une grosse capacité de travail vous n’avez pas le choix de faire un doctorat, ou l’X… Si vous n’êtes pas beau et séduisant vous perdez le droit de choisir votre partenaire, ou du moins votre choix se restreint. C’est cruel la vie, parfois.

    Allez, un gros effort et vous finirez par peut-être comprendre ceux qui ne sont pas dans le « camp du bien » autoproclamé 😀

  • @Franz : Vos « exemples » n’ont aucun sens. « Les hommes naissent égaux en droits », telle est la volonté affichée. Il est clair que si vous êtes opposé à l’assurance maladie (alors que vous avez perdu vos droits à la santé en tombant malade) ou à l’adoption (alors que vous avez perdu vos droits à l’éducation en devenant orphelin) et plus généralement à toute forme de solidarité, le débat va être difficile.

  • Un très bel article dans le figaro débat de ce matin http://www.lefigaro.fr/debats/2008/03/21/01005-20080321ARTFIG00060-une-mort-qui-brouillel-image-des-soins-palliatifs.php

    Ainsi que celui d’E Hirsh, qui fut l’un de mes professeurs . http://www.lefigaro.fr/debats/2008/03/21/01005-20080321ARTFIG00059-euthanasie-la-confusion-des-sentiments.php

    Ces articles éclairent le débat et expliquent bien comment un lobby arrive à manipuler l’opinion par leurs émotions (ce fameux identification/projection) pour arriver à ses fins.( voir aussi dans le même journal : « les techniques marketing de l’ADMD » ) http://www.lefigaro.fr/actualites/2008/03/21/01001-20080321ARTFIG00064-les-techniques-marketingde-l-admd-.php Notez que le président de cette association est un ancien élu de l’UMP. Certains ne pourront donc pas faire d’amalgames vaseux entre opinions politiques et positions sur le sujet. Je suis d’ailleurs surprise que M Romero, qui est un fanatique de la lutte contre le SIDA, soit aussi président de l’ADMD, c’est antinomique, puisque qu’à notre époque, le SIDA, malgré les progrès de la médecine, est encore une maladie incurable. ( à moins qu’il envisage à terme, la suppression de tous les malades du Sida, et là, on rejoindrait le com de Dang? Je frémis…) Lorsqu’on constate dans le même article que l’avocat de CH Sebire est le vice président de ladite association, on peut se poser alors des questions qui ne relèvent plus des questions existentielles sur la fin de vie, le handicap ou la souffrance…

    De quoi permettre le discernement dans ce débat plutôt particulier, en montrant le côté obscur de la polémique.

  • @ Margit : je me sens profondément en phase avec votre message, que vous concluez ainsi : « C’est là que pour moi se trouve la seule question à laquelle j’aimerais qu’on apporte une réponse claire : pourrons nous tous un jour dans ce cas compter sur notre médecin pour qu’il nous aide au lieu de nous laisser entreprendre une action désespérée et indigne ? »

    Fréquentant ce blog depuis peu, j’en connais mal les us et coutumes, et m’excuse par avance du déballage à suivre s’il est jugé inconvenant.

    J’ai une sensibilité particulière sur le sujet : mon père s’est suicidé, mon beau-père s’est suicidé. Chacun d’eux dans un contexte de maladies incurables. Humainement et concrètement, l’écart entre les deux situations ne me convient pas.

    Le pronostic initial des cancérologues de Villejuif était de 5% de chances de guérison pour mon père. Il a dans un premier temps refusé de se faire soigner, écartant fermement l’idée d’une fin de « légume » pour reprendre son expression. Nous en avons intensément parlé en famille, il en parla aussi longuement avec les praticiens. Il accepta finalement les soins, à la condition de choisir le moment de son départ, scellant ainsi une sorte de pacte familial. Il était vétérinaire, un ami pharmacien lui fournit le produit ad hoc. Pendant les sept années de sa maladie, tous les protocoles de traitement prodigués, classiques ou expérimentaux, sont restés en échec, son état se dégradant toujours plus. Comme convenu, nous nous sommes tous retrouvés autour de lui quand il nous informa de sa décision de partir. Un ami médecin écrivit RAS sur le certificat de décès. J’ai retiré une force terrible de la dignité, du courage qu’il nous transmit pendant sept ans, il y eut pendant cette période beaucoup beaucoup d’amour entre nous, et une grande et belle sérénité partagée lors du dernier soir. Je reste convaincu que la perspective de maîtriser la fin a compté pour beaucoup dans la force qu’il nous a montrée et donnée pendant sa maladie. Aurait-il tenu sept ans sans cette force?

    Mon beau-père n’avait pas d’amis dans les professions de santé, et vouait au corps médical une rancœur tenace, suite à une erreur médicale lui ayant enlevé un frère. C’était un taiseux, partageant avec mon père son aversion légumière, rendu las à 82 ans par son troisième cancer consécutif sans espoir de guérison. Il nous avait prévenus, nous et ses médecins, qu’un jour il abandonnerait, il ne nous a pas avertis de sa décision de passage à l’acte. Un samedi matin, nous avons retrouvé son corps assis sur une chaise dans la cave, la boîte crânienne soufflée par le coup de fusil qu’il s’administra. Marque indélébile, obstruant toujours quatre ans plus tard le travail de deuil de son épouse, vivant encore dans le regret de ne pas être partie avec lui, seule faàon conçue par elle pour ne jamais avoir eu à être confrontée à cette image. Tant pis pour la dignité, tant pis pour la sérénité. Certains ont plus accès que d’autres à un départ dans des conditions dignes et sereines. C’est un problème. Dans le cas de mon beau-père, malgré le contexte tout frais de la loi Léonetti, ses médecins sont restés passifs et ont manifestement manqué d’écoute, malgré les avertissements qu’il lança.

    Une dernière observation : il est regrettable que cette question ne soit abordée que sous l’émotion de cas particuliers. Ce fut déjà le cas pour la loi Léonetti. Ce n’est pas le meilleur moyen de créer les conditions d’un débat serein.

  • On peut s’interroger sur le bien-fondé d’une loi encadrant le suicide assisté sans être farouchement opposé à la liberté de ce choix ultime. On peut aussi s’interroger sur les dérives que pourrait entraîner une telle loi sans passer par les filtres religieux.

    L’émission C dans l’air hier sur France 5 était consacrée au cas de Me Sebire. Il semble que cette femme ait choisi de mettre sa fin de vie au service de l’association ADMD dont fait aussi partie son avocat. Il n’y a rien à dire là-dessus. Mais il y a des points d’ombre sur les traitements qu’elle aurait refusés et sur le protocole anti-douleur dont elle bénéficiait, comme si elle réclamait une aide à mourir en évoquant une souffrance dont par ailleurs elle ne cherchait pas à être soulagée.

    Dans un monde idéal peuplé d’humains parfaits, le suicide assisté pourrait être demandé par des personnes en fin de vie, en toute conscience, quand cette fin de vie n’est plus une vie à leurs yeux. Mais nous savons bien que les humains ne sont pas parfaits et que le droit de choisir sa mort peut glisser vers le droit de proposer la mort à l’autre par compassion et parfois par intérêt. Je ne travaille pas dans les soins palliatifs comme Tara, j’ai néanmoins l’expérience d’un bénévolat dans une maison de retraite dans laquelle je vais chaque samedi. Les résidentes, des femmes surtout, sont très âgées et ou très diminuées. Certaines ont peu ou pas de visites et perdent jusqu’à la parole de n’avoir personne avec qui converser.

    Je respecte ceux qui demandent le droit de mourir dans la dignité et je comprends qu’ils préfèrent avaler une potion létale que de se jeter sous un métro ( quand ils peuvent encore prendre le métro ) Mais la population la plus vulnérable face au suicide assisté me semble plus être celle du grand âge que celle des malades.

    Avant de mourir dans la dignité, on peut vieillir dans la dignité, et ce n’est pas toujours le cas. Le problème de société majeur aujourd’hui me semble plus concerner les conditions de vie des personnes très âgées que les conditions de mort pour des cas exceptionnels, problème de société car humain, économique et intergénérationnel.

    Et je suis étonnée de voir à quel point cette question pourtant essentielle est évacuée en même temps que les très vieux sont soustraits aux regards. Nous préférons nous projeter encore jeunes et gravement malades que simplement vieux puis très vieux…

  • @Yogi

    C’est étrange ce que vous racontez. Si je suis paralysé aux jambes , je ne suis pas non plus libre de courir. Vais-je mobiliser la presse pour que me reconnaisse ce droit?

    Les personnes en fin de vie ne peuvent pas mettre fin à leurs jours eux-mêmes. Chantal sébire le pouvait, et l’apeut-être fait : son cas est donc tout à fait à part et ne devrait même pas rentrer dans ce débat (pour l’admd, il s’agit d’aller le plus loin possible pour en obtenir le plus possible, j’imagine).

    Donc fatalement, il faut l’intervention d’une tierce personne, c’est en cela que Franz a raison de souligner qu’il ne s’agit pas d’une « liberté » au sens où vous l’entendez. Une revendication, à la limite…

  • Sur un sujet aussi délicat, je penche pour qu’il y ait une égalité dans la liberté de choix. Les personnes les plus cultivées et les plus fortunées qui font le choix de mourir peuvent échapper à la violence du suicide en cultivant des relations personnelles avec des médecins amis ou en allant à l’étranger, voir les cas récents encore de comédiennes, de Mireille Jospin ou de Hugo Claus parmi tant d’autres. Les autres, les pauvres, les ruraux n’ont le choix qu’entre la corde, la rivière ou le fusil. Dans l’entourage rural de ma famille, des « vieux » atteints incurablement se sont suicidés dans des conditions atroces, parfois en se ratant ? On en parlait en murmurant durant mon enfance et mon adolescence. Lorsqu’une personne prend la décision de mourir , pourquoi ne pourrait-elle pas obtenir des moyens doux et apaisés pour le faire ? Pourquoi seuls les riches ou ceux qui ont des relations seraient favorisés en ce moment ultime ? Pourquoi continuer à subir ce que l’on ne veut plus ? Ce n’est pas une question de dignité mais de choix. Quant aux soins palliatifs, certaines personnes n’en veulent pas non plus et en toute connaissance de cause. Ne fantasmons pas sur la Hollande, les euthanasies ne se pratiquent pas à la chaîne ! Moins de 500 cas depuis la promulgation de la loi !

  • Alors là je suis déçu… décu déçu déçu… Vos arguments, Koz, sont plus d'(extra)ordinaire plus upercutant. Mais là… Selon vous, l’euthanasie réclamée par un malade en fin de vie ne devrait donc pas être admise car ce serait la porte ouverte à l’euthanasie de personnes ne l’ayant pas demandée… Pffff… L’IVG est admise de longue date et connaissez-vous un cas de femme avortée contre sa volonté sur le fondement de cette loi… ? Hein ? Ben non… Ah pardon… mauvais exemple… si vous êtes contre l’IVG. Désolé. Avec toute mon admiration néanmoins conservée et espérant être convaincu la prochaine fois.

  • Les deux questions qui se dessinent dans le fond sont celle à la fois du droit, et de la dignité.

    Le droit d’abord : car comme dans le cas de l’avortement « le droit de disposer de sa vie » est ambigue. Car les répercussions ne me concernent pas uniquement. Il y a en arriere-plan de cette question un arriere gout de tous ces gens qui disent finakement : « Si un tel malheur m’arrive, je me suiciderai, ou je demanderai à ce qu’on le fasse pour moi ». Mais dans tout ça, face à la maladie, ai-je le choix ? Je veux dire par là que le combat qui vaut vraiment la peine est celui de la maladie, et de la souffrance. Car c’est quand celle-ci est élevée, trop, que le malade se dit : « je ne peux plus, je veux mourir ». QUel est le droit la-dedans ? C’est forcément une abdication, que ce soit de sa main ou de la main d’un médecin, c’est en réalité la maladie qui a gagné. Voila pourquoi je pense que la question du droit est faussée.

    A cela je réponds qu’il est normal qu’un malade grave passe ces periodes ou c’est beaucoup trop dur. Mais si nous, les médecins et la société, ne lui donnons pas, envers et contre tout, l’espérance de bonheur, meme tout simples, d’ici la mort, alors effectivement on pourra dire avec lui : il vaut mieux que tu meurs.

    C’est selon moi là tout l’apport des soins palliatifs, qui mériteraient en ce moment meme d’etre au devant de la scene et d’etre connu…

    Arrive la le deuxieme point : celui de la dignité. La dignité n’est pas quelque chose d’absolu et d’indépendante. C’est quelque chose lié à l’autre et à son regard. La dignité, c’est pouvoir etre considéré en tout temps comme etre humain a part entiere. VOila pourquoi nous ne devons jamais admettre qu’une personne soit traité de légume. Car déjà c’est tuer la personne avant qu’elle ne soit morte, car on lui enleve sa dignité.

    Alors quand on explique a Mme Sébire que les medicaments vont la transformer en légumes, on l’a déja tuée. Et c’est à mon avis ce qui s’est plus ou moins passé. Ainsi, la dignité, ce n’est pas mourir de telle ou telle facon, c’est simplement d’avoir eu quelqu’un a ses cotés jusqu’au dernier instant qui dit : « Je taime et tu es pour moi inestimable ».

    Voila pourquoi face à ce cas, et à tout ceux qui suivront, il n’y a pas d’autres choix que de rendre accessible les soisn palliatifs au plus grand nombre de malades concernés. Lutter contre la maladie (souffrance physuqye) et etre la (souffrance morale) est en fait une solution bien plus efficace qu’on ne le pense.

    Et c’est une solution beaucoup moins risquée, que de vouloir tuer qqn a partir du moment qu’il le demande.

    Voter l’euthanasie, c’est enteriner le peu d’espérance qui reste et faire taire définitivement ceux qui peuvent en redonner…

  • On apprend que cette dame avait elle-même choisi de médiatiser son cas, au lieu de souffrir en silence, sans nous déranger par ses affaires. Dieu lui avait envoyé la souffrance pour qu’elle fasse son salut, et elle a refusé ce don, peut-être sera-t-elle damnée.

    Mais comme elle ne s’est pas suicidée, Dieu, qui est bon, lui accordera peut-être son pardon.

  • Je partage l’avis de Franz (02:53). Dans la vie, il y a des gens qui tirent le mauvais numéro. Tant pis pour eux

  • Didier, je ne sais pas si vous le dîtes avec ironie, humour, second degré, mais je ne partage pas votre conception de la souffrance, envoyée par Dieu. Et je ne suis pas le seul.

    Ne mélangeons pas tout.

  • Si vous n’avez jamais entendu dire que la souffrance était un don de Dieu pour nous appeler au dépassement, si vous ne savez pas que l’Eglise condamne le suicide, qu’elle interdisait l’accès de ses églises aux suicidés jusqu’au détestable concile de Jean XXIII, permettez-moi d’être étonné.

    Avez-vous entendu parler du péché originel, que nous devons payer pour aller au ciel ? Avez-vous entendu parler de Sainte Thérèse de Lisieux ? Etes-vous allé à Fatima, où l’ont voit des fidèles marcher sur les genoux sur des centaines de mêtres en pénitence pour leurs péchés ?

    Et ne voyez-vous pas le scandale que provoque cette femme ? Les accusations indignes contre Mme Boutin et les catholiques, une fois de plus ?

  • Si l’on considère comme acquis que l’euthanasie est la voie normale et « moderne », il n’y a plus de discussion possible. Si, comme je l’entendais hier sur RTL, on en arrive à considérer que, face à la vieillesse, il est « courageux » de se suicider et que l’euthanasie est un acte d’utilité publique visant à aider ceux qui n’ont pas cette force morale qui les conduirait à en finir d’eux-mêmes avec la pitoyable existence qui les attend, le débat est biaisé. C’est le discours que j’entends et lis autour de moi. Evidemment qu’il faut une exception d’euthanasie. Comment ça, « évidemment » ? Cette propension à considérer la demande de C. Sébire comme forcément légitime ne cesse de m’étonner.

    J’ai suffisament pesté sur le réflexe legislatif émotif pour souhaiter qu’on laisse le temps apaiser les passions avant d’envisager d’engager un débat sur cette question.

    Et la comparaison avec l’IVG n’est pas possible. La question du délai légal se fonde également, philosophiquement, sur la séparation entre le foetus et la personne. Si les catholiques sont contre, c’est qu’ils considèrent que le foetus est une personne à part entière (âme comprise) dès la conception.

  • On va partir sur une mauvaise pente, Didier. Vos questions sont déplacées et je n’ai pas de temps à perdre dans une réponse. Le lien que vous fournissez et votre qualification du Concile Vatican II me suffisent à comprendre que nous n’avons pas grand-chose en commun. Et, non, effectivement, je continue de penser que Dieu n’envoie pas la souffrance pour le salut des personnes. Je n’accepte que l’idée que l’on peut faire quelque chose de sa souffrance. Point.

  • « Dans la vie, il y a des gens qui tirent le mauvais numéro. Tant pis pour eux » Alors là j’étais vraiment persuadé qu’il s’agissait d’humour noir et de second degré. Qu’il soit possible de proférer sérieusement des phrases pareilles m’estourbit. Ce fil est vraiment hors du commun.

  • @Didier : oui j’ai entendu dire que la souffrance est un don de Dieu etc… mais ce n’est pas parce qu’on le dit que c’est vrai.Je vous conseille, si vous me le permettez, la lecture de « Dieu ne veut pas la souffrance des hommes » de Jean-Claude Larchet aux éditions du Cerf.

  • « Ne fantasmons pas sur la Hollande, les euthanasies ne se pratiquent pas à la chaîne ! Moins de 500 cas depuis la promulgation de la loi ! »

    Voici un article de Libération que je me permets de citer largement parce qu’il appelle quelques commentaires :

    « Près de 1.900 personnes ont été euthanasiées en 2006, soit 1,4 % des morts recensées. Seul bémol à l’application de la loi: dans 20 % des cas, l’euthanasie n’est pas déclarée, estime le ministère de la Santé, à cause d’un processus bureaucratique trop lourd. Les médecins sollicités doivent en effet déposer un dossier argumenté auprès d’une commission régionale, qui le soumet ensuite à l’avis d’un autre médecin indépendant. »

    1900 personne unqiuement en 2006 ! Ce n’est pas 500.

    D’autre part, chiffre encore plus effrayant. 20% des cas ne suivent pas la procédure (jugée contraignante) et les garde-fous pour en contrôler la pratique !!!!!!! 20 POUR CENT !

    Comme dit Libération, c’est un sacré bémol. Et ce qui est fou dans cette histoire, c’est que ce « bémol » ne donne lieu à aucune poursuite puisque de toute façon, comme c’est globalement autorisé, on ne va pas faire un procès pour une simple histoire de papiers. Mais bon, ça veut dire que sur 1900 personnes près de 400 cas ont été exécutés en dehors de toute procédure. (En fait l’article n’indique pas si c’est 1900 cas officiels + 20% en plus de cas douteux).

    Mais ce n’est pas tout :

    « Le nombre d’euthanasies, par ailleurs, va en baissant. En revanche, les sédations palliatives ont augmenté de 11% entre 2001 et 2005. Ces soins, qui ne nécessitent pas d’autorisation spéciale, consistent à plonger le patient dans un profond sommeil et à ne plus l’alimenter, pour laisser la maladie l’emporter. «Le glissement de l’euthanasie vers la sédation palliative était une tendance déjà sensible depuis un certain temps», affirme la députée conservatrice Anouchka van Miltenburg. Plus de 9 600 cas de sédation palliative ont ainsi été déclarés en 2005, soit 7 % de toutes les morts. »

    Le glissement de l’euthanasie vers la sédation palliative (!) Autant écrire, le glissement de l’euthanasie vers l’euthanasie, non ? Et encore plus exactement, le glissement de l’euthanasie encadrée vers l’euthanasie non encadrée et pour reprendre les mots de Libé NE NECESSITANT PAS D’AUTORISATION SPECIALE ! Parce que dans ce cas, il ne s’agit pas de cesser un acharnement thérapeutique – il ‘s’agit bien de 1. diagnostiquer, 2. endormir et 3. cesser d’alimenter. Je ne dis pas que cette procédure n’est pas indiquée dans certains cas… je dis juste que sans encadrement, c’est incroyablement délicat pour le moins. Je rapelle que ce n’est pas seulement endormir une personne, c’est aussi décider de « cesser de l’alimenter ». Est-ce que le malade est consulté ?

    Autre chiffre tout aussi effrayant : 7 POUR CENT DE TOUTES LES MORTS. On meurt dans des accidents, on meurt jeune pour des raisons diverses, on meurt de vieillesse tout simplement dans son lit et ces morts ne sont pas concernées. Cela veut dire que ce chiffre est à apprécier uniquement pour les patients hospitalisés. 9600 ! Ce n’est pas 500 cas encadrés par la loi depuis sa promulgation. En fait au total nous en sommes à 11 500 cas dont environ 10 000 non encadrés. PAR AN !!!

    Il n’y a que 16 millions d’habitants aux Pays-Bas. A titre comparatif il y a 1 000 morts par an d’accidents de la route dans ce pays.

    Mais ce n’est pas tout.

    « «Cette procédure n’est destinée qu’à des personnes n’ayant plus qu’une très courte espérance de vie, une semaine ou deux tout au plus, précise Reina de Walk, la présidente de la Commission gouvernementale sur l’euthanasie. C’est contraire à l’éthique médicale d’endormir quelqu’un disposant d’une plus grande espérance de vie, et de cesser de l’alimenter. C’est de l’euthanasie par d’autres moyens.» Des soupçons pèsent sur des médecins peut-être pas très regardants sur les procédures, mais ils n’ont pas été étayés de preuves. « 

    Et en plus, voilà que des soupçons pèsent sur des médecins… mais on a pas de preuves. Donc, en gros, il y a encore plus de cas non encadrés que les 10 000 précités.

    J’ai vécu aux USA et j’ai gardé des contacts. Il y a 3 ou 4 ans, un ami m’avait envoyé un email me racontant l’histoire de sa femme récemment rétablie d’une maladie après que je lui ais demandé des nouvelles. Et quel mail. En très bref, en voyage à New York, elle s’est fait prescrire un médicament. Ce médicament, ne doit absolument pas être prescrit en association à un autre qu’elle prenait déjà. Connerie de sa part, elle oublie de signaler ce fait au médecin. Dans l’avion elle se plaint de troubles et douleurs atroces. Elle est hospitalisée à la descente de l’avion en extrême urgence. Les médecins diagnostiquent l’association des deux produits et déclarent une destruction irréversible du foie. Ils lui donnent une semaine après examens. Deux semaines après, son état continuait à empirer, coma, etc. mais toujours vivante. 3 semaines, son état s’était stabilisé. 5 semaines après une amélioration incompréhensible, elle est sortie de l’hôpital en parfaite santé. Ils ne sont pas croyants, ils n’ont pas prié. Ils ne pensent pas que c’est un miracle. Ils pensent juste que le corps ait des capacités de s’auto réparer parfois assez surprenantes. Les toubibs pensent la même chose. Maintenant. Heureusement qu’elle n’habitait pas en Hollande.

    Et enfin, le dernier petit détail qui tue, si j’ose dire :

    « Aux Pays-Bas, la légalisation de l’euthanasie a eu un autre effet inattendu, en provoquant un débat sur le «droit au suicide». Trois associations militent pour une assistance médicale aux candidats à la mort, même s’ils ne sont pas assez gravement malades pour avoir droit à l’euthanasie. »

    Voilà, on y arrive… La suppression des candidats au suicide. En gros, des malades mentaux. Quand on sait que les pensées suicidaires peuvent être un état transitoire dans la plupart des cas, on imagine à peine les chiffres si ces associations venaient à emporter la décision. Combien de personnes ont eu un désir de suicide une fois dans leur vie et ne sont jamais passé à l’acte ? Combien de ceux qui se sont ratés vivent heureux aujourd’hui ?

    Dang signale la politique d’euthanasie sous le régime nazi un peu plus haut. Et il dit « on piquait les dégénérés ». Non, non Dang… on ne piquait pas les dégénérés. On piquait les « dégénérés » certes, mais aussi les gens atteints de maladies incurables à l’époque, les malades en fin de vie, les handicapés mentaux, les handicapés physiques graves, les malades mentaux. Les raisons étaient principalement économiques. Sous le régime nazi on ne nourrissait pas les bouches « inutiles et non productives ».

  • Je te remercie pour ton com’, Epo. Effectivement, en peu de lignes et probablement sans que Libé s’en aperçoive (sauf à ce que je ne me goure), cet article donne un aperçu de ce vers quoi la France irait aussi.

    J’ai juste une hésitation sur la nature de la « sédation palliative ». Peut-être Tara nous éclairera-t-elle ? Parce qu’il est certain que l’on se retrouve parfois à certain stade du fait d’un acharnement thérapeutique qui n’est pas non plus très naturel, et qui doit aussi être refusé. Quelle est la limite entre le refus de l’acharnement thérapeutique, et l’euthanasie ?

  • Je sais, c’est pour ça que je dis bien que dans certains cas, la procédure est sans doute nécessaire… MAIS… (même si j’aimerais bien l’avis de Tara) il s’agit ici de « cesser d’alimenter le patient »… pas seulement de le plonger dans un coma en attendant que la maladie l’emporte faute de toute thérapie. Il ya un net distingo.

  • @Eponymus : tout les chiffres que tu cites font froid dans le dos. Merci aussi de nous avoir donné ces citations de Libé.

  • Ce que je lis dans l’article de Libé, la conclusion que j’en retire, c’est que l’euthanasie correspond bien à un besoin des personnes, puisqu’il représente 7% de toutes les morts. Par contre, sur les chiffres clandestins : méfiance, puisque par définition ces euthanasies ne sont répertoriées nulle part.

    Bref, de toute façon je ne comprends pas vraiment les termes du débat. Sur quoi vous focalisez-vous, les anti, pour interdire à une personne le choix de mourir dans de bonnes conditions si elle le désire ?

    Par exemple tes arguments, je ne les comprends pas Koz.

    1. méfiance, cela pourrait entraîner des homicides déguisés…
    2. Ceux qui s’accrochent seraient vus comme des parasites, des faibles…
    3. Plutôt que de légiférer et l’étendre à l’ensemble de la société, il reste le suicide… (je cite : « En mesure de se suicider elle-même, voilà qu’il fallait absolument que la Justice autorise son suicide, que le législateur change la loi, que, comme le dit Gaëtan Gorce, on puisse apporter une “réponse institutionnelle”. »)

    Le premier argument est un peu excessif, puisque les garde-fous existent et que la procédure sera très encadrée. De mon point de vue, c’est limite paranoïaque… Le second argument me paraît tout aussi excessif : l’euthanasie n’est pas la norme, mais plutôt la marge. Et puis je ne trouve aucune indignité à lutter contre sa douleur, pas plus que de vouloir mourir dans de bonnes conditions, en étant assisté par ses proches et un milieu médicalisé. Enfin le dernier argument est aussi très limite, je lui trouve un petit côté assez peu compatissant, un peu raide quoi…

    Voilà, en bref je comprends pas les arguments anti légalisation de l’euthanasie…

  • Il y a des commentaires franchement atroces à lire. Bon, en même temps, il est aussi très utile d’en lire d’autres qui argumentent contre, mais de façon réfléchie.

    Quelques reflexions/questions qui si elles sont infondées me vaudront, à juste titre, de terribles foudres :

    • Chantal Sebire disait être allergique aux anti-douleurs. Son choix de protocole de soins n’a-t-il pas été considérablement influencé par ce fait ? Je veux dire, que si, prendre certaines substances risquait de la plonger dans un état comateux, ou une détresse respiratoire grave, voire mortelle, les refuser était absolument respectable. On ne peut pas d’un côté trouver admirable des mères qui pour sauver leur enfant font le sacrifice des soins de leur propre vie, et reprocher à d’autres de vouloir prolonger autant que possible un état relativement actif et conscient.

    • Toute la ‘lecture’ du cas de CS se fait majoritairement pour nous dans l’instant, ou dans un instant délayé sur quelques semaines. Il n’y a pas si longtemps, sur un sujet très différent, on parlait ici de cette notion de temps, ces années auxquelles on ne pense que superficiellement jusqu’à ce qu’on soit choqué de réaliser que ces années se sont constituées de mois, de jours, d’heures…

    • La loi Léonetti existe. Mais pourquoi ? Est-elle advenue comme une conscience spontanée ? Non. C’est le cas de Vincent Imbert qui l’a provoquée. Doit-on oublier que ce sont précisément les cas exceptionnels qui font bouger les législateurs ?

    • La prise en compte, le traitement de la douleur sont des arguments de grande qualité. Mais depuis quand existent-ils de manière systématique ? C’est très encourageant de lire qu’il faut augmenter le nombre de places en traitement de fin de vie. Mais pourquoi ce nombre est insuffisant ? Parce qu’on n’a pas assez d’argent ? Ou parce que c’est une donnée, une conscience trop récente pour être financée ?

    • Les techniques médicales iront toujours (enfin, c’est fort probable) de l’avant. C’est une excellente chose quand il s’agit de sauver la vie, ou de la rallonger de manière significative et positive. Mais, toute médaille a son revers. Sauver un pouls peut avoir un sens pour un chirurgien, mais, la société n’a-t-elle pas le droit de dire que ce pouls, dans certains cas, n’est qu’une illusion pour le chirurgien, mais un véritable calvaire pour le patient et ses proches ? Et parfois, ce calvaire, parce qu’il touche des personnes jeunes en très bonne condition physique préalable, peut durer, des mois, des années, des décennies…

    • A toutes les personnes qui sont ici opposées à l’évolution des pratiques, ou éventuellement de la loi, quelle était votre position avant la loi Léonetti, et/ou pendant son élaboration et son vote ?

  • et juste un PS, quand on est malade, on ne parcourt pas la France entière pour se faire soigner, sauf cas particuliers dont aucun patient ne décide l’application. Quand on est malade, on consulte les médecins, les spécialistes de son coin. On tisse des liens de confiance, de confidence avec eux… On n’abandonne pas sa vie, avec un argent virtuel, pour parcourir le pays afin de rencontrer d’autres médecins, d’autres spécialistes.

  • @Cilia et Praxis : ce que je crains le plus en cas de légalisation de l’euthanasie, ce sont les abus du côté des familles comme du côté des médecins, voire de la sécurité sociale, de la société en générale. Des gens abandonnent leur chien dans la forêt avant de partir en vacances pour ne pas être encombrés, d’autres décident de recourir à l’avortement parce qu’ un enfant ça coûte cher, ça prend du temps, ça vous bousille une carrière prometteuse. Est-ce qu’on ne se dira pas « eh bien pépé vu son âge on peut lui faire une piqûre ». Et un médecin ne dira-t-il pas à la famille « c’est inhumain de le laisser souffrir prenez vos responsabilités »,ou encore « soyez conscients de ce qu’il va coûter à la société »? J’ai déjà eu l’occasion de dire ici la triste expérience vécue par un proche dont le père victime d’un infarctus s’est vu demander par le médecin réanimateur « quel genre d’homme est votre père, est-ce qu’il converse, est-ce qu’il marche, est-ce qu’il fait ses courses seul… » pour en définitive ne pas mettre le patient en soins intensifs, ce qui lui fut fatal. Si ce n’était pas une euthanasie non réclamée par le patient ni sa famille, qu’est-ce que c’était?

  • Oui mais il y a tout de même une large part de fantasme là-dedans, non ? J’imagine mal une loi qui permette l’homicide déguisé, les garde-fous sont nombreux, la procédure assez lourde (je crois que la décision est tout de même délivrée par le parquet) et c’est même un objectif affiché, en finir avec « une pratique aujourd’hui clandestine et propice à tous les abus: injections mortelles sauvages, «euthanasies par intérêt», pour libérer un lit ou répondre à la demande de proches pas toujours bien intentionnés, dérive meurtrière, comme celle de l’infirmière Christine Malèvre, accusée d’avoir assassiné plusieurs patients. » (L’Express)

    Je viens de lire également que le nombre de décès médicalement provoqués est de 1500 par an en France (chiffres données par ADMD), ce qui relativise un peu les chiffres d’Eponymus : une loi sur l’euthanasie n’encourage pas une recrudescence de l’euthanasie. Sauf que, au lieu d’injections mortelles sauvages, le patient est accompagné dans sa démarche, c’est plus humain, à mon sens, que de fermer les yeux sur une pratique avérée…

  • « Oui mais il y a tout de même une large part de fantasme là-dedans, non ? J’imagine mal une loi qui permette l’homicide déguisé »

    Mais qu’est-ce que c’est cette loi sur l’euthanasie sinon un loi permettant des homicides déguisés… Si je demande à un tueur à gage de me tuer, certes c’est un « suicide » (de ma part) mais le gars reste susceptible de faire de la prise pour homicide. Alors quelle différence si je suis malade et si au lieu d’un tueur à gages je demande à un médecin ?… Et puis la justification c’est de dire qu’il est des cas où le suicide n’est pas possible, parce qu’on n’est pas en état de le faire… et c’est uniquement là que l’euthanasie pourrait prendre place. Certes, mais n’est-ce pas justement à ces moments où l’on n’est pas non plus en état de dire « non, je veux vivre, laissez moi »… Alors, si la famille est aimante et sérieuse, si le médecin n’est pas pressé de libérer un lit, de réduire son travail (« pour rien, de toutes façon il mourra bientôt »… ) on peut imaginer qu’il n’y ait pas trop d’homicides déguisés… mais sinon, ils vont pleuvoir… pas forcément au tout début, mais ça viendra, c’est sûr.

  • Un bug, je pense, a fait disparaître un lien vers un blogue ami où j’ai trouvé une réaction d’une belle compassion à ce qu’a vécu cette femme :

    http://laporteouverte.blogspot.com/

    Note C.Subir

    Je viens de relire, pour un hebdo où je corrige les épreuves, un texte fort sur « le métier de malade », écrit par un malade en rémission. Extraits :

    Tout métier auquel on se donne et dans lequel on se réalise est source d’épanouissement et de découverte de soi. Si paradoxal que cela puisse paraître aux bien-portants, même à certains malades, la maladie peut être aussi lieu d’approfondissement et de maturation humaine. Paradoxal, car la maladie en soi n’est pas un bien mais un désordre, un dérèglement de l’organisme, symptôme parfois d’un malaise de tout l’être. Comment peut-on dire dès lors que la maladie peut être tremplin de croissance intérieure ? Cela dépend avant tout de la manière dont chaque malade s’approprie personnellement ce qu’il vit. Il peut le subir passivement. Il peut au contraire en faire la matière d’un travail intime de mûrissement personnel. C’est essentiellement ce sur quoi il a pouvoir, dont personne ne peut le déposséder et sur quoi personne ne peut le remplacer. Il y est radicalement seul, même s’il dispose – ce qui est infiniment souhaitable – d’un accompagnement attentif, écoutant et compréhensif. Cette appropriation personnelle de sa situation n’est pas un chemin de facilité : elle peut passer par un certain nombre d’étapes éprouvantes qui vont et viennent, comme le choc, le déni de la réalité, la révolte, la dépression avant de parvenir à l’acceptation et de trouver sens à un vécu qui, au point de départ, paraissait insensé. Chacun a besoin du temps qui lui convient pour parcourir cet itinéraire intérieur.

    Quand il sera sur le site, je donnerai le lien.

    (C’est un hebdo socialiste mais on peut y aller quand même : comme le cancer dont il y est question, ce n’est pas contagieux 😉

  • Eponymus et Praxis sont fort upercutants. Quant à vous, Didier, et votre amour de la souffrance… Allez donc vous faire tatouer le dos par une belle bardée de cuir et laissez nous tranquilles avec notre morphine…

  • Le débat est pipé par un facteur qui devrait être notre seule et unique préoccupation : il y a aujourd’hui incohérence entre la loi et les moyens mis en oeuvre.

    Cilia écrit : « La prise en compte, le traitement de la douleur sont des arguments de grande qualité. Mais depuis quand existent-ils de manière systématique ? C’est très encourageant de lire qu’il faut augmenter le nombre de places en traitement de fin de vie. Mais pourquoi ce nombre est insuffisant ? Parce qu’on n’a pas assez d’argent ? Ou parce que c’est une donnée, une conscience trop récente pour être financée ? »

    Avant de repartir dans des débats philosophiques, l’urgence est plus à la réponse à ces questions qu’à savoir si on fait bouger les lignes du cadre légal.

  • Le titre de votre billet :

    « La légalisation de l’euthanasie, seule réponse légitime »

    Pourquoi ? Pourquoi laisser penser que ce serait la seule réponse légitime ? Elle doit être une réponse, comme celle des soins palliatifs, afin de répondre à la diversité des demandes. Personnellement, je n’imagine pas, je n’arrive pas à concevoir qu’on puisse me forcer à vivre quand j’estimerai (si je l’estime un jour) qu’une maladie incurable et douloureuse a pris la priorité sur ma vie et mon corps !! Je ne le conçois pas, comme vous ne concevez pas qu’on puisse décider de votre mort. Vous avez votre conviction religieuse. D’autres en ont une autre, non religieuse, tout aussi respectable. Je ne comprends pas comment vous pouvez discuter cela. Comme vous forcez tout le monde à vivre, vous imaginez qu’une dépénalisation des gens qui euthanasient forcerait tout le monde à mourir. C’est parfaitement irrationnel !!!

  • Isabelle, je ne saurais faire la part des choses entre ce que ma conviction a d’origine religieuse et ce qui n’en ressort pas. Mais à vrai dire, je ne vois pas le problème à ce qu’elle ressorte un peu de la foi. Contrairement à ce que certains croient, le fait d’avoir des convictions religieuses ne vous empêche pas de réfléchir. Et figurez-vous que vous seriez surprise de connaître la place éminente que l’Eglise accorde à la conscience individuelle.

    Pourquoi ce titre ? Parce que mon sentiment est que le débat ne s’arrêtera que lorsque l’on sera parvenu à l’euthanasie. Toute autre réponse est perçue comme un pis-aller, comme une simple étape. Pourtant, la loi Leonetti a été votée à l’unanimité. Elle constituait un bon compromis. Mais non…

    Praxis, qu’est-ce qui me pose problème ?

    • Je suis assez convaincu que l’on assistera aux dérapages mentionnés. Je n’ai pas confiance dans les prétendus garde-fous que l’on pourrait imposer. Comme je l’ai écrit, on a quelque part à choisir entre deux effets pervers à la marge : la demande insatisfaite de ceux qui veulent être euthanasiés ou le risque de voir euthanasiés certains qui ne l’ont pas véritablement demandé. Je suis persuadé que ce second risque se produira. Et il n’est pas acceptable.

    • J’ai le sentiment que l’euthanasie participe d’une évolution de la société que je n’apprécie pas. Une façon, aussi, de rester dans l’hédonisme, d’évacuer les difficultés, la souffrance, la laideur, la vieillesse. On ne réagit pas uniquement en fonction de ce qui pourrait nous arriver, mais aussi plus sourdement, plus confusément, parce que l’euthanasie permettra d’éloigner de nous cette période que l’on redoute, de la raccourcir, de l’effacer de notre champ de vision.

    • Je reproche à l’euthanasie d’être également une façon collective d’effacer le « problème ».

    • Je reproche à ce débat d’occulter d’autres débats plus essentiels, et d’occulter des façons de gérer la fin de vie bien plus respectueuse de chacun, plus respectueuse de la vie, de l’être humain.

    Marie de Hennezel a publié une tribune dont la lecture me semble indispensable. Je ne peux évidemment pas la reproduire intégralement mais j’en reproduirai ici l’essentiel :

    « Il y a des choses qu’on ne peut pas laisser dire sans réagir : des contre-vérités sur la loi Leonetti et sur les réponses qu’apporte aujourd’hui une bonne médecine palliative aux situations les plus douloureuses et aux souffrances extrêmes des grands malades. Pendant dix ans, en ma qualité de psychologue dans une équipe de soins palliatifs, j’ai été témoin de fins de vie extrêmement douloureuses, et de détresses aux limites du supportable. Nous avons accueilli des personnes souffrant d’une détérioration profonde du visage, à la suite de cancers de la sphère ORL. Des altérations tout aussi bouleversantes que celle dont souffrait Chantal Sébire. Ces personnes, pour la plupart, nous ont exprimé leur désir de mourir. Parce qu’elles étaient, comme Chantal, mangées par la douleur, et parce qu’elles ne supportaient plus d’imposer leurs souffrances à leur entourage. Nous avons été confrontés à ces situations limites devant lesquelles on s’incline humblement. Nous avons éprouvé alors le sentiment qu’il peut être plus humain d’accéder au voeu de mourir de celui ou de celle qui n’en peut plus. Oui, cela nous est arrivé. Mais nous ne pouvions pas pour autant donner délibérément la mort à nos patients. Pas seulement parce que ce n’était pas légal. Parce que notre mission était d’être le plus créatif possible pour trouver des solutions aux situations les pires. Nous pratiquions alors le « laisser mourir » bien avant qu’il ne soit institué par la loi Leonetti. Nous endormions la personne, grâce à une sédation contrôlée, et nous encouragions les proches à l’accompagner dans une veille pleine de douceur. Notre expérience nous autorisait à dire aux familles qu’elles pouvaient continuer à parler, à bercer, à témoigner cette ultime affection qui laisse ensuite le coeur apaisé. Car, même si cela n’est pas scientifiquement prouvé, trop d’exemples nous avaient convaincus que, même dans le coma, la personne perçoit la qualité affective des présences qui l’entourent, des gestes tendres prodigués et des mots d’adieu murmurés à son oreille. Cette veille attentive pouvait durer quelques jours, mais jamais très longtemps, car on sait que les paroles d’amour dites au mourant l’aident à partir. Ce sont des paroles qui délivrent. Jamais les familles n’ont trouvé ce temps inutile ou absurde. Elles se relayaient au chevet de la personne en train de mourir, dans ce dernier rituel d’oblation qui donne du sens à ces derniers moments. Leur deuil ensuite était marqué par l’apaisement et un sentiment d’accomplissement. Ce dont je témoigne là n’a rien à voir avec l’acte de donner la mort. Même si la mort est au bout, il s’agit d’accompagner et de laisser mourir. Je sais bien que certains trouveront cette réponse hypocrite. Je crains qu’ils n’aient pas compris qu’en agissant ainsi nous permettions à une personne au bout de ses souffrances de partir doucement, et non pas violemment et brutalement, comme c’est le cas lorsqu’on injecte ou administre une potion mortelle. La reconnaissance et l’apaisement des proches qui avaient pris le temps d’accompagner en étaient la meilleure preuve. »

    Tara a déjà donné ces liens, plus haut, mais je pense qu’il est utile de les redonner :

    Euthanasie : la confusion des sentiments, Par Emmanuel Hirsch?, directeur de l’Espace éthique AP-HP et du département de recherche en éthique, université Paris-Sud XI :

    « Les missions du soin relèvent d’une double exigence : préserver l’humanité d’une relation et ne pas renoncer à reconnaître l’autre en ce qu’il demeure jusqu’au terme de son existence. Le soupçon que suscitent des prises de position ambiguës, avantageusement relayées au sein de la cité, s’avère dès lors inconciliable avec la reconnaissance des besoins de confiance, d’estime, d’appartenance à laquelle aspire la personne dans ces circonstances extrêmes. D’autant plus lorsque l’envahit le sentiment parfois oppressant d’un temps qui lui est compté, d’une vulnérabilité qui s’accentue et menace son intégrité. Le devoir de respect engage à l’expression intransigeante et rigoureuse d’une forme élevée de la solidarité, de la fraternité humaine. Il ne peut donc pas se satisfaire des approximations, y compris lorsqu’elles prétendent relever du registre de la compassion. Notre souci de l’autre, fragile et démuni face à sa mort, mérite mieux. »

    Egalement :Une mort qui brouille l’image des soins palliatifs, par Olivier Jonquet?, réanimateur, professeur à la faculté de médecine de Montpellier, porte-parole de l’association Convergence soignants-soignés, Xavier Mirabel,cancérologue, président de l’Alliance pour les droits de la vie?et Tugdual Derville, délégué général de l’Alliance pour les droits de la vie. ?

  • @Isabelle…

    Encore une fois vous pourrez vous suicider si vous le souhaitez quand vous serez vieille et malade… Mais ne demandez pas à quelqu’un d’assumer cet acte (un meurtre, si ce n’est pas vous qui le commettez) à votre place…

    Ce n’est pas un point de vu « religieux » juste un point de vu humaniste… Si on supprime la peine de mort en disant que tuer quelqu’un, même couvert par la loi, tue un peu celui qui le fait, pourquoi cela n’est-il pas, pour les « progressistes » auto-proclamés, le cas également dans ce cas ci ? On me sort beaucoup d’argument « moi je… moi je » mais pas de réponses à ma question, encore…

  • @ Koz, après tout, peu importe que votre conviction soit d’origine religieuse ou pas ! elle est votre conviction profonde et indiscutable. Vous n’avez ni tort ni raison, c’est ainsi. Vous faites savoir à votre entourage que vous voulez vivre quelles que soient les conditions, et c’est votre droit le plus strict et indiscutable.

    Ma conviction est très profonde, je n’ai pas plus raison que vous, mais pas plus tort non plus. Je dénie à quiconque le droit de dire que j’ai tort de penser ainsi. J’enrage qu’on discute de ce que j’estime digne ou non pour moi !

    @ Franz, quand je serai vieille, ou pas, je ne pourrai peut-être pas me suicider si je suis tétraplégique, consciente et prisonnière dans un corps immobile. Je vous affirme aujourd’hui, comme à tous ceux qui me connaissent que je ne VEUX PAS vivre ainsi, et que j’espère que quelqu’un pourra me libérer d’un tel état. Je voudrais que ce que je dis aujourd’hui ait une valeur juridique pour le jour où je ne pourrai plus faire valoir ma volonté. M’imposer de vivre reviendrait à me torturer ! c’est ainsi que je le vois. Qui êtes-vous, Franz, pour envisager d’imposer à ceux qui pourraient et accepteraient de me soulager, de me torturer ?

    Et à propos de faire valoir sa volonté, on respecte la volonté des morts, pourquoi ne respecterait-on pas celle des vivants ?

    Quant à pousser au suicide, je vous prie de regarder en face que c’est très violent ! ça vous donne bonne conscience, mais c’est plus violent que ce que vous refusez et ça vous permet d’ignorer le problème.

    Et sinon, vous préférez quoi ? que je me jette sous un train ou que je me noie ? ou que je prenne un tube entier de doliprane ? qu’on me trouve à moitié morte et qu’on me ranime ? si je demande à mon médecin une dose mortelle de morphine, il sera déjà coupable de me l’accorder !

    Ne parlez pas d’humanisme quand vous poussez les gens au suicide. Il n’y a rien d’humaniste ni d’humain là-dedans. C’est votre conviction, mais ne la revendiquez pas pompeusement au-delà de vous.

    Personne ne sera obligé de demander la mort, et personne ne sera obligé de la donner !

    Nous demandons la liberté, et le choix, quand vous voulez obliger chacun à en passer par des épreuves difficiles avant de mourir.

    Désolée, mais j’appelle ça torturer son prochain.

    Vous pourrez, Franz, vivre d’horribles souffrances et/ou perdre votre autonomie, vous faire laver et vous faire nourrir quand vous serez encore jeune si tel est votre désir !

    Ceci est l’exact contraire de ce que vous m’avez proposé dans votre commentaire, Franz, mais en prime, on vous y aidera dans l’amour si tel est votre désir. Je serai là pour faire respecter votre désir, même si je trouve ça horrible, parce que ce sera votre désir !

    Mais la société ne peut pas dire oui à certains, et non à d’autres. Ce serait parfaitement injuste et injustifié.

    Après ça, vous aurez toujours le droit d’être contre l’euthanasie.

    C’est sans doute une différence fondamentale entre les « anti » et les « pro » : les anti veulent que leur règle favorite s’applique à tout le monde, volontaire ou pas, tandis que les pro veulent offrir le choix et la liberté de choix à chacun.

    Oui, j’espère que l’euthanasie deviendra légale, que les personnes qui auront le courage de la pratiquer dans un cadre bien défini ne seront pas pénalisées, et non, l’euthanasie n’est pas demandée comme la seule réponse légitime et elle ne le sera pas !

    ça… c’est l’argument bidon de ceux qui sont contre.

  • Isabelle, vous n’avez pas compris… Je ne vous incite pas à vous suicider, je vous incite à vivre… Je vous fais seulement remarquer que dans pratiquement tous les cas, si vraiment vous ne voulez pas vivre, vous pouvez vous suicider (ce que je réprouve presqu’autant). Je trouve cela moralement supérieur… puisque la faute qu’est le refus de la vie, vous la portez seul(e) alors qu’avec votre euthanasie vous exigez que quelqu’un la porte avec vous… ou plutôt pour vous.

    Aujourd’hui il y a des problèmes qui se posent… On manque de médecins pour pratiquer des IVG, la plupart ne souhaitant pas pratiquer cet acte qui est en contradiction avec leur vocation, avec le serment d’Hypocrate. Combien plus il sera difficile de trouver des médecins pour tuer des adultes… Et s’il en manque que fera-t-on… comme pour l’IVG, on forcera les indécis à coup de mesures répressives…

    A que le débat serait plus clair si on présentait l’euthanasie sous une juste forme… Non médicale… qu’un boureau vienne et tire deux balles dans la nuque des candidats… au frais de la famille. Je pense que le nombre de fans de la légalisation diminuerait largement, si on appelait les choses par leur nom.

    Et bien sur que je suis pour la dignité et contre la souffrance… Evidemment que je souhaite soulager les douleurs de ceux qui souffrent, préserver la dignité de ceux qui s’en trouvent un peu privés… Mais de grâce, cessez de cacher votre lâcheté derrière un humanisme de façade (peut-on seulement se dire humaniste si l’on préfère, même une seconde, la mort à la vie ? )

  • Mais je ne prétends pas, moi, Monsieur Franz, définir la dignité pour les autres, et je ne revendique le droit à l’euthanasie au nom d’aucun humanisme (mÔa !!), mais seulement au nom du respect de la volonté personnelle sur son propre sort.

    Vous avez une conviction, et vous n’acceptez pas qu’elle ne soit pas universelle.

    Je répète que vous voulez imposer votre loi à tous, quand nous souhaitons la liberté de choix pour chacun.

    Au moins ceci est-il un fait incontestable !

    Et puisque vous faites le lien avec l’ivg, on n’a jamais vu, que je sache de cas d’ivg forcé sur quelqu’un qui ne le voulait pas !

    Je ne me cache derrière aucun humanisme au contraire de ceux qui sont contre l’euthanasie, mais je revendique l’arrêt de l’hypocrisie dans ce domaine.

    Le problème, c’est de confondre droit et devoir. Etre libre de faire quoi que ce soit n’oblige personne.

    Lâcheté ? mais qu’est-ce qui vous permet de juger votre prochain ?

    Où s’arrête la dignité ? où commence la lâcheté ?

    Encore une fois, voulez-vous me dire que votre conviction est la seule valable ?

    Vous avez le droit d’avoir peur de la mort au point de vouloir la repousser le plus loin possible, ceci ne sera jamais remis en cause. Mais laissez-vous avoir peur de la vie en enfer, et respectez-nous !

  • Pour info, j’étais en train de vous répondre mais la réponse me semble justifier un nouveau billet. A tout le moins une « petite coupure ». Under construction, comme on dit.

  • J’ai écrit : « Mais laissez-vous avoir peur de la vie en enfer, et respectez-nous ! »

    Je voulais dire : « laissez-Nous » !

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  • Pingback: nickcarraway.fr » Sur l’euthanasie : éloge du temps long

  • Une autre contribution au débat : Existe-t-il un droit à la mort ?, par Bernard Beignier.

    En termes de dérive, on y relèvera que :

    « Par arrêt du 24 décembre 2002, la Cour suprême des Pays-Bas a dû dire que la loi ne pouvait légitimement s’appliquer à la demande d’un dépressif, pourtant dûment euthanasié. »

    Certes, la Cour suprême a dit que c’était illégal, mais celui qui a pratiqué l’euthanasie n’a-t-il pas eu quelque raison de croire, au vu de l’évolution de la loi, que ça l’était ?

    En matière d’effet pervers marginal, je continue donc de préférer que l’on prenne la responsabilité de ne pas euthanasier quelqu’un qui le demande, plutôt que d’euthanasier quelqu’un qui ne devrait pas l’être.

  • Nous avons cité ici les évolutions souhaitées en Belgique, et entérinées en Hollande. Nous avons évoqué le fait que, en Hollande, des malades dépressifs aient pu solliciter et obtenir une euthanasie active, ou plutôt un suicide assisté.

    Je lis à plusieurs endroits qu’en Suisse, l’association Dignitas, fortement controversée, offre le suicide assisté à qui le souhaite, notamment à des personnes dépressives, et a également mis fin aux jours de deux jeunes schizophrènes français. Cherchant des sources, je trouve Valeurs Actuelles et cette lettre ouverte publiée dans un journal québécois, Le Devoir :

    « Pourtant, des comptes doivent être exigés. M. Minelli clame haut et fort qu’il n’hésite pas à offrir la mort aux personnes souffrant uniquement de dépression. Il affirme souvent qu’il veut offrir son cocktail létal au plus grand nombre possible de personnes qui le souhaitent. Il ne discrimine pas les formes de souffrances physiques ou mentales. Il n’est même pas nécessaire de souffrir d’une maladie incurable ni d’être à une phase avancée de cette maladie pour avoir recours à Dignitas. Par contre, la personne doit être lucide et sérieuse. Une personne dépressive peut-elle être lucide et sérieuse? Comment peut-on évaluer depuis Zurich, en Suisse, si un Canadien, un Allemand ou un Britannique est véritablement lucide et sérieux? Qui fait partie du comité de sélection de Dignitas? Un ou plusieurs médecins? Les membres sont-ils indépendants ou acquis à l’objectif de Dignitas? La presse rapporte abondamment que les clients de Dignitas arrivent à Zurich généralement un jour seulement avant leur décès et ne sont examinés que par un seul médecin, qui est volontaire et par conséquent favorable aux objectifs de Dignitas. La police zurichoise éprouve d’énormes difficultés à recueillir toute la preuve pertinente entourant les suicides assistés d’étrangers. Les éléments de preuve sur la santé, sur la lucidité de la personne et sur le sérieux de sa décision se trouvent principalement à l’étranger, sauf, bien entendu, le dossier constitué par l’organisation Dignitas elle-même et ses bénévoles. La presse relate que Dignitas a autorisé le suicide assisté d’un frère et d’une soeur âgés de 29 et de 31 ans, tout deux atteints de schizophrénie. Leur père étant décédé et leur mère étant gardée en institution, M. Minelli a estimé qu’il était humanitaire d’aider ces deux jeunes personnes à mourir puisque, explique-t-il, leurs parents n’auraient pas dû avoir d’enfants en premier lieu. La presse rapporte également que Dignitas a autorisé le suicide assisté des Stokes, un couple venu à Zurich depuis la Grande-Bretagne sans que leurs proches le sachent alors que ni l’un ni l’autre ne souffrait de maladies dégénératives entraînant la mort à court terme. « 

    Tout ceci illustre assez exactement mon propos. Pour ce qui est des cas qui ne sont pas autorisés par les lois locales, on peut parler de dérives, on peut parler d’exception, si l’on veut.

    On peut, avec Laurent Fabius, qui relaie la proposition de loi de l’ADMD, se réfugier derrière un voeu pieu, consistant à dire qu’il nous faut une loi mais « en évitant bien sûr tous les abus ».

    Qui peut dire que la France évitera les dérives de la Belgique, de la Hollande, de la Suisse ? Qui peut sérieusement le croire ? Et en raison de quoi ? De notre génie national ?

    Or, dans le cas actuel, qui pâtit de la législation ? La personne qui souhaite une euthanasie active, et ne l’obtient pas. Soit. Qui pâtit des évolutions induites dans ces trois autres pays ? Des personnes auxquelles on ne devrait pas donner la mort… mais auxquelles on la donne quand même.

    C’est ce que je disais plus haut : quel effet marginal a votre préférence ?

  • Quand on parle de Dignitas

    « Mais revenons à Dignitas, qui se bat depuis des années pour légaliser la mort programmée et qui a aidé plus de 300 personnes en 2007. Dirigée par Ludwig A. Minelli, un ancien journaliste et juriste d’une septantaine d’années, l’association fournit donc à ses nouveaux candidats pour le grand voyage une bombonne d’hélium avec un sac plastique. A eux, quand ils se jugent prêts, de mettre ce dernier sur leur tête, de le fermer avec une sangle à la hauteur du cou et ensuite de libérer l’hélium. La mort est rapide, sans douleur, sans trace, selon Dignitas. Après environ une minute la personne perd conscience et son cœur s’arrête de battre quelques instants après. Pour l’association basée à Forch, près de Zurich, le recours à l’hélium est aussi une manière de passer outre l’avis des médecins. (….) Rue 89
  • Bravo KOZ,je suis infirmière,au contact de la maladie,de la douleur et de la solitude extreme de certains patients(je suis ide libérale).L’idée même d’euthanasie me révolte,et la parer du terme d’acte d’amour est une escroquerie ignoble.Si on ne supporte pas la douleur et la maladie d’une personne,la rayer de notre vie n’est pas une solution.Il y a plein de gens compétents prets à assister ces personnes(la maison à Gardanne…).Juste une phrase, »que l’importance soit dans ton regard ,non dans la chose regardée »La dignité est dans le regard que l’on pose sur une personne,pas dans son apparence,ou l’idée que l’on s’en fait…

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