Faut-il euthanasier ses opposants ?

Vous êtes en visite à l’hôpital. Vous entrez dans la chambre de ces trois personnes, mourantes. Quelle est votre réaction spontanée : (a) apaiser leur souffrance et les entourer d’affection ou (b) les piquer ? (*) La réponse donnée est une bonne indication de votre conception de l’humanité.

Pour le commanditaire de cette campagne de publicité, l’ADMD, il n’y a qu’une réponse valable. Et la question qu’elle pose est censée porter en elle sa réponse :

« Monsieur (Madame) le (la) candidat(e), doit-on vous mettre dans une telle position pour faire évoluer la vôtre sur l’euthanasie ? »

 

L’ADMD postule qu’une unique réponse est possible : l’euthanasie. En postulant également que ces trois personnes n’ont pas pu se mettre en situation pour déterminer leur position, qu’elles n’ont aucune expérience de la vie et de la mort, qu’elles n’ont jamais croisé cette dernière, n’ont connu aucun proche malade, elle feint de croire  qu’une seule option serait possible dès lors que l’on serait informé. Les autres convictions sont celles des gens froids, insensibles, dépourvus d’empathie comme d’intelligence.

C’est qu’à l’ADMD, l’émotion, on connaît. Et l’on n’est pas surpris que cette association ait choisi le pire moment politique pour lancer le plus fondamental débat de société avec une campagne de publicité d’une odieuse violence. On ne sera pas non plus surpris qu’à l’ADMD, la notion de respect de la personne n’ait pas été assez présente pour les retenir d’infliger à ces trois personnes – certes, publiques – la violence de les grimer en mourants.

Puisque l’ADMD soumet déjà l’opinion publique à la dictature de l’émotion, pourquoi ne soumettrait-elle pas les politiques à la pression de l’élection ?! Dans les deux cas, la technique employée devrait alerter les acteurs du débat, et tout citoyen : quel est donc ce besoin d’occulter la raison ? Pourquoi lui préférer l’émotion de cas médiatiques habilement manipulés ? Pourquoi choisir la pression d’une élection présidentielle dont on sait bien (et on le constate chaque jour) qu’elle n’est paradoxalement pas le temps des débats de fond ? De quel débat l’ADMD a-t-elle peur, elle qui se dit forte de sondages attestant d’une quasi-unanimité des Français en faveur de l’euthanasie (à relativiser fortement par leur méconnaissance compréhensible du sujet) ? Elle qui peut également compter sur la position affirmée, quoique confuse, d’un candidat que tous les sondages donnent vainqueur ?

Tugdual Derville vient de publier un livre d’intérêt public : La bataille de l’euthanasie. Comme La Croix s’en faisait l’écho, il est allé au plus près de chacune des « 7 affaires qui ont bouleversé la France », pour rappeler, avec une grande humanité, comment à chaque fois on a privé l’opinion publique de sa raison pour la soumettre à l’émotion.

Rappeler comment l’ADMD a soutenu Christine Malèvre jusqu’à écrire: « Est-il aujourd’hui impossible de dire en France, qu’elle a été touchée par la grâce, qu’elle est une sainte moderne qui a sauvé des vies de l’enfer parce que l’enfer est ici bas et qu’il prend la forme de la douleur physique ? ». La justice, pourtant clémente en la matière, la condamnera à 12 ans de réclusion criminelle.

Rappeler comme le témoignage des soignants de Vincent Humbert a été écrasé sous le rouleau médiatique pour ne laisser entendre qu’une version. Pourtant, la volonté même d’être euthanasié de celui que la France entière avait prestement condamné à cette fin est mise en doute.

Rappeler que, si Chantal Sébire était certainement une femme d’une volonté admirable, si elle avait certainement ses raisons et le droit de refuser tout traitement et de soigner son cancer au seul paracétamol, son cas ne peut pas servir à engager ce bouleversement anthropologique fondamental que serait la légalisation de l’euthanasie.

Au bout du compte, souligner que si l’ADMD ne trouve pas mieux que des cas qui sont autant de contre-exemples, alors l’opinion doit se ressaisir et revendiquer l’usage de sa raison, contre la manipulation par l’émotion. Et les politiques, refuser le chantage électoral.

*

Cette campagne est d’autant plus odieuse qu’elle est inutile puisque les partisans de l’euthanasie sont en passe d’arriver à leurs fins.

Emmanuel Hirsch souligne ainsi que le Sénat a démarré des auditions « dans la perspective probable d’un vote expéditif de la proposition de loi relative à l’assistance médicalisée pour mourir présentée le 31 janvier 2012 par le groupe socialiste et les apparentés ».

Il ne manquera plus qu’un vote de l’Assemblée Nationale nouvellement composée pour que l’euthanasie soit légalisée en France.

Parce que, en période de crise budgétaire, c’est une mesure qui ne coûterait rien, elle pourrait tout à fait se retrouver à l’ordre du jour de la première session parlementaire. Pour le symbole.

Et les parlementaires voter cet été l’hiver de notre humanité.

De cela aussi, les électeurs doivent être conscients.

(*) La question est sommairement posée, je le reconnais. Disons que l’on reste ainsi dans l’ambiance de la campagne.

 

Billet publié pour La Croix, sur

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d'un titre. Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire - Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

43 comments

  • Cher Koz, je vous remercie, dans ce billet (salutaire), de ne point ajouter que non seulement cette solution ne coûterait rien, mais qu’en outre, elle ferait peut-être faire à notre bonne assurance maladie de substantifiques économies.

    Flippant.

  • Je ne sais pas si c’est que je vieillis ou si c’est l’évolution de la politique mais je trouve que les questions abordées ou les mesures proposées sont de plus en plus désespérantes.

  • à Isabelle,

    Attention ! Ne dites pas que vous êtes désespérée : si un militant de l’ADMD passait par là…

  • Euh Koz, mais ils n’ont pas l’air mourants du tout sur les photos. Juste fatigués.

    En gros, l’ADMD dit que quiconque est hospitalisé et semble un peu fatigué doit évidemment mourir. Ca fait peur.

  • Bonsoir Koz,

    après plusieurs années à suivre ton blog, je dois dire que le débat sur l’euthanasie me laisse de plus en plus tiède et indifférent. Peut-être parce que j’ai le privilège d’avoir suffisamment de moyens pour contourner, si un jour j’en ai envie, les restrictions que l’état met, à juste titre ou pas, à ma liberté individuelle.

  • Merci, Koz, pour cet excellent article, et aussi pour la longue réponse que vous faites au commentaire de M. Pierra.

  • @ Uchimizu: Oui, mais en extrapolant un peu, imaginons que vous vous retrouviez malade et seul, et pour une raison quelconque, sans famille ni amis; si les choses continuent à ce train, vous vous feriez piquer si le médecin a trop de travail, si le médecin ne vous aime pas, si…. Donc si, ca vous concerne. Et puis, sans déconner, vous seriez tout aussi indifférent et tiède si on dérivait sur une légalisation de l’assassinat? Évidemment que c’est excessif. Mais j’ai véritablement peur de cette question là, parce qu’elle serait un nouveau pas vers une société de la mort.

  • Je n’ai pas la même sensibilité que vous sur beaucoup de sujets (ce qui ne veut pas dire que je sois en désaccord, mais je ne hiérarchise pas les choses de la même manière, ne les exprimerais pas avec les mêmes mots etc.). Sur celui-ci, je vous rejoins complètement, sur le fond et la forme.

  • Taloche a écrit ::

    @ Uchimizu: si les choses continuent à ce train, vous vous feriez piquer si le médecin a trop de travail, si le médecin ne vous aime pas, si…

    en fait, ce qui me fatigue, c’est la mauvaise foi et l’agressivité, autour de ce débat. Par exemple au sujet de votre réplique, je sais qu’il peut y avoir des abus, et qu’il faut bien réfléchir, mais le principe de l’euthanasie n’est pas de tuer les gens pour échapper à une garde le week-end.

    Je crois que les deux côtés se battent surtout pour des symboles. Le suicide est un des actes les plus fondamentalement opposés au monothéisme judéo-chrétien, mais dans d’autres cultures, il est considéré comme l’ultime liberté. J’ai donc l’impression que le débat dérive souvent vers un référendum pour ou contre les religions du livre.

    Alors tout cela me fatigue un peu. Laissez la loi comme vous voulez, et prenez vos grands airs pour expliquer que notre civilisation est mourante ou sauvée si ça peut vous faire plaisir (Au passage, vous pourriez avoir le même genre de plaisir en collant des affiches pour la présidentielle ou en devenant ultra d’un club de foot).

    De toute façon, il n’y a pas un juge derrière chaque médecin, et il y a plus de 30 pays à deux heures d’avion de l’endroit où j’habite. Je pense pouvoir, quoi que vous vouliez m’imposer, arranger pour moi, et si nécessaire pour mes proches, une fin comme nous le souhaitons.

  • @Uchumizu: on ne parle pas de droit au suicide mais d’euthanasie. Et le commentaire de Taloche ne me paraissait pas extrémiste du tout. Ce qui est extrémiste et de mauvaise foi, c’est cette campagne consternante.

  • Logopathe a écrit ::

    on ne parle pas de droit au suicide mais d’euthanasie

    Les deux sont indissolublement liés. Dans le bouquin de T.Derville un cas sur deux est du suicide assisté.

  • Yogui a écrit ::

    Les deux sont indissolublement liés. Dans le bouquin de T.Derville un cas sur deux est du suicide assisté

    La solution est simple. Ceux qui ont peur de ne plus pouvoir se suicider n’ont qu’à se suicider pendant qu’il est encore temps, maintenant.

  • @ Yogui : et vous aurez, donc, remarqué également comme l’ADMD se sert de cas qui ne relèvent même pas de l’euthanasie mais du suicide assisté pour militer pour la légalisation de l’euthanasie. Les esprits seront bien prêts pour supprimer la prochaine « hypocrisie » que dénoncera l’ADMD, et légaliser le suicide assisté.

    Lib a écrit ::

    Euh Koz, mais ils n’ont pas l’air mourants du tout sur les photos. Juste fatigués. En gros, l’ADMD dit que quiconque est hospitalisé et semble un peu fatigué doit évidemment mourir. Ca fait peur.

    Il y a en effet une autre lourde ambiguïté là-dessus. L’ADMD a-t-elle des scrupules à représenter des personnes véritablement mourantes ? Avons-nous une fausse représentation de la fin de vie, et ces personne sont-elles bel et bien représentatives d’une fin de vie ? Ou l’ADMD considère-t-elle qu’une personne hospitalisée, et qui n’est pas en fin de vie, doit pouvoir demander le suicide assisté ? L’ADMD, qui use et abuse de la trop classique dénonciation de l' »hypocrisie », ne recule pas devant l’ambiguïté.

    Si l’on considère qu’il y a ambiguïté. On sait en effet que des militants (dont l’avocat de Chantal Sébire) ont quitté l’ADMD en raison de son caractère jusqu’au-boutiste, et de son soutien au suicide assisté. Au demeurant, l’ADMD a bel et bien fourni une assistance à Maia Simon pour qu’elle aille faire pratique un suicide assisté en Suisse, auprès de l’association Dignitas, de sinistre réputation.

    Ton interprétation est en effet dans l’ordre du possible.

  • Je ne suis ni membre de l’ADMD ni membre du PS. Mais pour avoir lu beaucoup de choses sur le sujet ces derniers jours, je ne peux que m’offusquer du niveau des commentaires que je viens de lire. A tous ceux qui balaient d’un revers de main le débat sur l’euthanasie, à tous ceux qui se permettent des raccourcis aussi malhonnêtes intellectuellement que celui qui consiste à dire que les pro-euthanasie veulent supprimer tous les gens malades, hospitalisés ou juste fatigués, bref à tous ces gens en bonne santé qui se croit plus malins ou plus respectables moralement, je conseille vivement de regarder ce reportage diffusé aujourd »hui sur TF1 :

    http://videos.tf1.fr/sept-a-huit/le-dernier-voyage-7048785.html

    Je respecte tous les points de vue, mais la moindre des choses avant de condamner la démarche des autres, c’est d’essayer de comprendre sur quoi elle est fondée. Les pro-euthanasie veulent juste qu’un cadre légale existe pour qu’une personne condamnée, et que la médecine ne peut même plus soulagée, autrement dit qu’une personne dans d’atroces souffrances physiques et psychologiques puisse avoir le choix du moment où doit cesser son calvaire. Je pense que c’était le sens de cette campagne publicitaire qui, même si elle peut sembler choquante, a eu au moins le mérite de relancer le débat. Est-ce en effet à des gens bien portant qu’il revient de décider pour le compte des malades ? Les politiques opposés à l’euthanasie devraient aller eux-même au chevet d’un condamné en détresse physique et psychologique pour lui expliquer que « Pour vous la loi Leonetti est amplement suffisante. On va cesser de vous soigner puisque les traitements ne marchent plus. On va essayer de vous soulager un peu même si les antalgiques ne semblent plus avoir le moindre effet sur vous, et puis vous mourrez quand vous mourrez. Avec un peu de chance votre coeur ne tiendra pas trop longtemps… » Bref, quand je lis des commentaires du genre « attention si vous êtes épuisés les gens de l’ADMD vont vous piquer pour vous achever », je me demande juste de quel côté est la dignité…

  • Question à prendre au premier degré: a-t-on le droit en France d’utiliser la photo de quelqu’un sans son consentement à des fins personnelles qui plus est discutables?

  • Ces gens bien-portants, ils sont aussi là pour éviter que d’autres gens bien-portants ne décident pour vous. Parce que si l’on ne compte que sur les personnes mourantes pour intervenir dans le débat public, je crains qu’il n’y en ait beaucoup qui soient sans voix.

    En Belgique, 1/3 des euthanasies pratiquées l’ont été sans le consentement du patient. J’imagine que vous comprenez que l’invocation d’un « cadre légal » puisse me laisser circonspect. Eviter, entre autres, que de personne soient euthanasiées alors qu’elles ne l’ont pas demandé, ça ne me semble pas spécialement vain, comme motif d’action.

    Gabriel a écrit ::

    « Pour vous la loi Leonetti est amplement suffisante. On va cesser de vous soigner puisque les traitements ne marchent plus. On va essayer de vous soulager un peu même si les antalgiques ne semblent plus avoir le moindre effet sur vous, et puis vous mourrez quand vous mourrez. Avec un peu de chance votre coeur ne tiendra pas trop longtemps… »

    En tout état de cause, avec un tel commentaire, vous nous faites au moins la démonstration que la caricature et la méconnaissance ne sont pas unilatérales.

    Quant à m’en remettre à TF1 sur le débat sur la fin de vie, c’est un choix auquel je ne me suis pas encore résolu.

  • Koz, je condamne toutes les dérives survenues en Belgique et encore une fois, le cadre légal que j’évoquais, et qui reste bien sûr à définir au terme d’un débat sérieux, ne permettrait pas l’euthanasie d’une personne à la fois consciente et non-consentante. Et même si je partage votre réserve sur la qualité des programmes de TF1, le reportage sur ce couple est très touchant et je vous invite à nouveau à prendre 9 minutes de votre temps pour le regarder. Il pose parfaitement le problème et le périmètre à l’intérieur duquel une loi pourrait s’inscrire. Après l’avoir vu, je ne pense pas qu’on puisse fermer la porte à l’opportunité d’un débat public sur le sujet.

  • Koz a écrit ::

    vous aurez, donc, remarqué également comme l’ADMD se sert de cas qui ne relèvent même pas de l’euthanasie mais du suicide assisté pour militer pour la légalisation de l’euthanasie.

    La frontière ne me saute pas aux yeux et la confusion me paraît générale. Chantal Sébire demandait un suicide assisté ; Hervé Pierra était inconscient, on dira donc qu’il s’agissait d’euthanasie. Mais Vincent Humbert, ou Michel Salmon victime d’un locked-in syndrom, est-ce de l’euthanasie ou du suicide assisté ?

    Quant aux « abus » belges, il est facile de leur jeter la pierre car nous ignorons ce qu’il en est chez nous. Combien de « laisser mourir » légaux sont-ils pratiqués en France aujourd’hui sans le consentement du patient ?

  • @ Gabriel: Je ne vois pas où vous voyez le besoin d' »ouvrir le débat ». Le débat est ouvert depuis, au minimum, 30 ans. Il ne se passe pas de saison sans que le sujet revienne sur le tapis médiatique; c’est un sujet de préoccupation légitime pour tous ceux qui ont des parents ou des grands-parents âgés ou en mauvaise santé, ou qui le sont eux-mêmes. Autrement dit, pour à peu près tout le monde. Bien sûr qu’il y a débat, en permanence.

    Pour ma part je vois dans cette campagne agressive un nouvel exemple de l’émergence d’organisations qui font le buzz au moyen d’une propagande délibérément conçue pour choquer. Les cas abondent: Act Up, Osez le féminisme, Civitas, ADMD, Institut pour la Justice… on en est pas encore au niveau des États-Unis (avec les campagnes de PETA) mais on y travaille. Ceci pour « ouvrir » des débats ? Aucune de ces associations n’a, me semble-t-il, fait avancer la réflexion sur les sujets qu’elles mettent en avant. Par contre, elles ont sans aucun doute augmenté le trafic de commentaires rageurs sur Internet. Le débat est-il vraiment l’objectif recherché ?

  • J’ai vu chez un médecin le serment d’Hippocrate dans la salle d’attente. Le voici, cela laisse rêveur: « Je jure par Apollon, médecin, par Asclépios, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivants :

    Je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de mes jours, je partagerai avec lui mon avoir et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins ; je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur enseignerai sans salaire ni engagement. Je ferai part de mes préceptes, des leçons orales et du reste de l’enseignement à mes fils, à ceux de mon maître et aux disciples liés par engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.

    Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif. Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté.

    Je ne pratiquerai pas l’opération de la taille1.

    Dans quelque maison que je rentre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.

    Quoi que je voie ou entende dans la société pendant, ou même hors de l’exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas.

    Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donné de jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais des hommes ; si je le viole et que je me parjure, puissé-je avoir un sort contraire et mourir dans la tristesse. « 

    Depuis, j’ai appris qu’il avait été « aménagé »… je perds mes dernières illusions…

  • Yogui a écrit ::

    La frontière ne me saute pas aux yeux et la confusion me paraît générale. Chantal Sébire demandait un suicide assisté ; Hervé Pierra était inconscient, on dira donc qu’il s’agissait d’euthanasie. Mais Vincent Humbert, ou Michel Salmon victime d’un locked-in syndrom, est-ce de l’euthanasie ou du suicide assisté ?

    Le critère est simple : la personne est-elle en fin de vie, ou ne l’est-elle pas ?

  • @ Gwinfrid, Je n’aime pas du tout la forme racoleuse de la campagne de l’ADMD, on n’a pas le droit d’utiliser et de détourner ainsi l’image d’une personne.

    J’apprécie par contre que les candidats soient amenés à exprimer leur point de vue, leurs doutes et leurs arguments sur un sujet aussi délicat avant une élection.

    Dans ce sens l’action de l’ADMD, au delà de sa forme, tout comme les arguments développés par Koz, est positive, ces expressions diverses incitent à réfléchir et permettent la transparence avant le vote.

  • Ce qui est curieux dans la philosophie de l’ADMD, c’est qu’elle ressemble tellement à l’argumentaire des vieilles tantes de Cary Grant dans « Arsenic et Vieilles Dentelles » (F.Capra), qui assassinent à la pelle de vieux messieurs qui n’en demandaient pas tant. « He was such a lonely, old gentleman. All his kith and kin were dead. We felt so sorry for him. » On se sent monter aux lèvres les réponses de Cary Grant : « Look, you can’t do things like that! Now I don’t know how I can explain this to you… but it’s not only against the law, it’s wrong. It’s not a nice thing to do. This is developing into a very bad habit! »

  • Ma sensibilité PS ne me porte pas pour autant à apporter mon soutien à ADMD. Toutefois, je comprends très bien Gabriel lorsqu’il évoque les souffrances physique et psychologique auxquelles qui la loi Léonetti ne permet pas de répondre vraiment. Et je me pose la question quand des amis, catholiques pratiquants, me disent à propos de leur père mourant âgé de 101 ans: « Il passait ses journées à crier qu’il fallait en finir, à l’hôpital, on nous a répondu qu' »on  » ne pouvait rien faire, alors, on était là, impuissants, notre présence ne suffisant pas bien sûr, à calmer ses souffrances… »

    Puis, il y a une trentaine d’années, je crois l’avoir déjà dit, pardon, si je me répète, ayant organisé une soirée-débat autour des soins palliatifs, à laquelle intervenait un médecin, créateur des premières unités hospitalières d’accompagnement des mourants, décédé maintenant, celui-ci nous a confié « être intervenu » auprès de l’épouse d’un de ses amis qui n’en pouvait plus…Ce qui laisse sous-entendre que pour certaines situations…Et je crois que c’est là justement que devrait se situer le débat: que peut-on et même que doit-on ( dürfen-sollen) »faire » lorsque, dans une situation extrême, la personne mourante se trouve dans un état tel que les soins palliatifs sont insuffisants pour atténuer la souffrance? On ne peut sacraliser la vie au point de laisser souffrir…

    Il me semble aussi qu’il serait très utile de redéfinir ce que sont les soins palliatifs, les soins d’accompagnement des mourants…Je ne sais pas si tout le monde accorde le même sens à ces mots…

  • Koz a écrit ::

    Le critère est simple : la personne est-elle en fin de vie, ou ne l’est-elle pas ?

    Désolé mais je crains que ce critère ne fasse qu’ajouter à la confusion, car La loi Leonetti s’applique tout à fait à des patients qui ne sont pas en fin de vie.

    Comme il le dit lui même : « Des patients qui ne sont pas en fin de vie et qui décident d’arrêter les traitements qui les maintiennent en vie acceptent pour eux-mêmes la mort, et le médecin s’oblige à les accompagner dans ce chemin qu’ils ont choisi en toute liberté. Ainsi, on parvient à l’équilibre entre ne pas donner la mort, mais accompagner la mort voulue. »

    Concrètement, ce sont par exemple les patients en « locked-in syndrom » comme Michel Salmon, ou les cas de Vincent Humbert (la loi ayant été établie en réponse à cette affaire emblématique), de Chantal Sébire (à qui ce « mode opératoire » a été proposé et qui l’a refusé), ou de Hervé Pierra (qui était dans un coma végétatif sans terme prévisible).

    A l’inverse, Maïa Simon était bien « en fin de vie » et a préféré partir en Suisse pour demander à Dignitas un … suicide assisté.

  • Si tu veux dire par là que l’euthanasie est déjà légalisée en France, je ne suis ps sûr que cela justifie d’aller plus loin.

  • Ne me remerciez pas, c’est tout naturel… Sérieusement, il faut être honnête : certains commentaires frôlent les clichés. Il y a des gens très intéressants avec des considérations tellement éloignées des miennes et qui, elles, élèvent le débat. En attendant, j’arrive sur le site pour lire votre dernier article et je lis quelques commentaires tout à fait affligeants. Alors puisqu’il faut apparemment être un bien-pensant notoire pour faire remarquer que le niveau vole, dans certains commentaires, bien bas (ce que certains ont dit probablement avec plus de tact que moi, j’en conviens), alors je ne suis certainement pas la bienvenue. Après, j’aimerais juste que certains fassent comme moi : prendre le temps de lire votre article puis tous les commentaires, à la suite, et voir qu’en partant de réflexions tout à fait justes et pertinentes (même si elle ne sont pas forcément conformes aux miennes) on arrive à lire des choses vraiment aberrantes. Sur ce, le débat étant au même point et sans perspective de hauteur, je me retire. Bonne soirée et merci.

  • Plus le temps passe, plus la pression en faveur de la légalisation de l’euthanasie s’accentue, et aucun argument, aucun fait ne fait diminuer cette pression. On vous inflige un sondage du mois d’août dernier, puis un autre, d’il y a quelques jours, aucun média ne reprend celui réalisé en janvier 2011 sur « Les Français et les soins palliatifs », on invite Romero partout, sans forcément de contradicteur, on se contente de vagues réponses de François Hollande et de ceux de ses proches que l’on interroge à ce propos (Marisol Touraine, Delphine Batho, par exemple), alors que le flou de leurs réponses révèle surtout qu’ils devraient se donner le temps de la réflexion sur un sujet qui n’a manifestement pas été réfléchi. Que faire, donc, pour que la légalisation de l’euthanasie ne soit pas inéluctable si François Hollande est élu ? Est-ce que ceux qui à gauche y sont opposés attendent que la victoire soit acquise pour dire à l’élu que, la campagne terminée, il faut arrêter les approximations et éviter de faire une grosse c… ? Je ne l’exclus pas, mais, pour l’instant, tout cela m’inquiète de plus en plus.

  • A.R. : je suis plus pessimiste que vous. Je pense que la légalisation est inéluctable au cours du prochain quinquennat, quel que soit le président élu. Ce n’est pas un sujet qui se tranche lors d’une élection présidentielle. La décision se fera, parce que c’est la volonté d’une très large majorité. Cette majorité est mal informée, victime de progagande, me direz-vous ? C’est possible. Au vu des commentaires qu’on peut lire, je n’en suis même pas sûr. En tout cas, c’est la majorité, et on ne peut pas aller durablement contre sa volonté, sauf à laisser tomber la notion de démocratie.

    Cette décision est une grosse c… mais ce sera notre c… collective, pas celle de l’un ou l’autre politicien.

  • Ayant lu le document indiqué par Koz dans le blog des experts de La Croix, ( DRoit des malades en fin de vie: la loi Léonetti) je me rends compte que cette loi est très mal connue ( moi la première ) et peu appliquée… Par ailleurs, sans esprit de polémique, ce n’est pas en supprimant du personnel dans les hôpitaux que l’on pourra mettre en place des équipes de soins palliatifs… Lassitude.

  • @ Else: Personnellement j’ai déjà écrit que je ne sais pas ce que je ferais confronté à une fin de vie difficile pour un de mes proches ni pour la mienne non plus d’ailleurs. J’aimerais que les pompiers lorsqu’ils interviennent ne se voient pas reprocher d’avoir ranimé quelqu’un qui en conserve de graves séquelles à vie. J’aimerais que l’on ne reproche pas aux soins intensifs, aux services de réanimation de faire de l’acharnement thérapeutique. J’aimerais que la main qui soigne ne soit pas celle qui tue. Quand on ne peut plus rien faire et si la personne en fin de vie n’est plus consciente j’aimerais qu’elle puisse mourrir autrement que de faim et de soif et si possible sans souffrance. Cela doit être possible techniquement non? On attend beaucoup des autres, on exige beaucoup des autres, je ne sais pas personnellement si je suis capable d’accompagner quelqu’un de proche en fin de vie. Je ne me sens pas le droit d’exiger des autres qu’ils fassent ceci ou cela. Nous avons de la « chance » de pouvoir débattre de tout cela.

  • Concernant les commentaires de Beju, je ne peux que constater, d’après le lien qu’il donne, qu’il préfère les blogs où il n’y a pas de commentaires, ni même les siens.

  • Medecin dans un CHU parisien, je suis surtout frappée de voir à quel point la mort reste, dans une société qui se gorge d’images choc et de films d’horreur, taboue. Les familles la cachent aux patients, les patients à leur famille, toute approche religieuse, voire spirituelle, de la fin de vie est bannie par l’ambiance laïque de rigueur à l’hôpital public. Les vieilles dames démentes, les cancéreux en n+unième ligne de chimiothérapie n’ont plus la chance de mourir dans leur lit, chez eux, il y a toujours une bonne âme pour les précipiter dans une ambulance pour qu’elles agonisent sur un brancard des urgences (sauf quand le docteur Bonnemaison est de garde). Les gens sont seuls, les familles, souvent éloignées, croulent sous le boulot et l’égoïsme. Il y a beaucoup d’angoisse, beaucoup de non-dits, autour de la mort, et c’est dans mon expérience cette souffrance psychique plus que la souffrance physique qui pousse aux demandes d’euthanasie, qui restent rares. J’ai l’impression que les seuls qui anticipent vraiment leur mort et qui sont capables d’en parler sont les partisans de l’ADMD. A quand des équipes de soins palliatifs mobiles à domicile pour garantir aux gens qu’ils puissent mourir dans leur lit avec le maximum de soins de confort ? Quand osera-t-on de nouveau aborder la préparation spirituelle de la fin de vie à l’hôpital ou même dans les maisons de retraite ? Qui doit prendre la responsabilité de le faire quand le pronostic s’assombrit ? Pour l’instant ce n’est personne…. Au nom de quoi les médecins devraient ils être ceux qui donnent la mort ? Quant aux pauvres Alzheimer tellement dégradés pour lesquels la famille, au nom de la dignité, demande une euthanasie, faut-il accepter qu’il y ait une catégorie de personnes -incapable de donner leur consentement- que l’on puisse juger indigne de vivre ? Il y a des familles qui les entourent avec tellement d’amour, même si c’est épuisant, même si c’est profondément triste, que l’euthanasie semble un raccourci médiocre. Mais notre société est avide de raccourcis.

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