[Au rapport] Christine Boutin universalisée

Elle est arrivée à l’heure, en tout cas à la mienne. Et c’est une Christine Boutin épanouie qui nous avait conviés, Nicolas Mathey (qui consacrait déjà un billet au rapport le 9 décembre dernier), Edmond Prochain et moi, pour évoquer son sujet : les conséquences sociales de la mondialisation. Un sujet dont elle reconnait qu’il est une découverte pour elle, dont l’expérience et le champ d’action est avant tout national et européen. D’ailleurs, nous dit-elle, elle est reconnaissante à Nicolas Sarkozy de la confiance qu’il lui a accordée en lui confiant cette mission. Je m’abstiens fermement de penser que, si elle pouvait se casser la gueule, ça en arrangerait également plus d’un, ce serait du mauvais esprit.

Nous sommes donc là pour parler de son rapport, intitulé « de la mondialisation à l’universalisation : une ambition sociale». Son rapport, insiste-t-elle, n’est ni un rapport économique ni un »rapport institutionnel et théorique », mais un rapport politique. Pour une femme politique, c’est heureux. C’est d’autant plus avisé que la mondialisation effraie des citoyens, des travailleurs, des peuples qui ont le sentiment de perdre prise sur le monde – ne serait-ce que par délégation – et que cette impuissance ressentie est génératrice de désespoir social et, potentiellement, de violence. Ceci rejoint d’ailleurs l’un des axes de son rapport, qui tente de redonner au politique une prise sur la mondialisation.

Ceux qui (les pauvres…) par idéologie et à la seule évocation du nom de Christine Boutin, auront décidé d’étriller son rapport en quelques lignes définitives et d’en saborder le contenu, auront certes pu s’appuyer sur quelques formules ou idées. Je trouve moi-même peu imaginable que les chefs d’Etat du G20 accordent une minute de silence pour toutes les victimes de la faim dans le monde, alors qu’aucun chef d’Etat n’a jugé utile de faire le déplacement au sommet de la FAO l’an dernier à Rome. Mais est-ce vraiment une raison pour ne pas le souligner de plus fort ?

On m’a interrogé également sur cette apparente variation sémantique entre globalisation et universalisation. C’est certes un simple changement de perspective mais encore faudrait-il le faire. Car qui ne voit la différence de nature et d’ambition entre ce qui n’est que global et ce qui est universel ? N’est-il pas manifeste que la globalisation n’est qu’un processus mou et contraint quand l’universalisation, si elle partage le même mouvement d’extension, peut être politique et volontaire ? Après tout, nous avons bien une déclaration universelle des droits de l’Homme et non une déclaration globale.

Et c’est pour universaliser quoi ? En somme notre « commune humanité ». Vu comme ça, au début, je me suis dit : ouh la, mon bonhomme, « commune humanité », ça fait quiche. Les déclarations visant à « remettre l’Homme au centre », ça me chatouille toujours un peu parce que je ne comprends jamais bien ce que ça peut vouloir dire pour de vrai. Du coup, là, j’étais méfiant. S’agit-il juste de constater que nous sommes tous humains ? Je ne me suis pas dégonflé et j’y ai dit, à Christine : « la commune humanité, c’est cucul la pral’, ou y’a quelque chose dedans ?« . En ces termes, ou à peu près.

Eh bien en fait, pas du tout, c’est dans la droite ligne de la pensée de Durkheim, ce qui m’épate, moi qui connait surtout son nom. La contribution du sociologue Alain Caillé, page 206, vient éclairer les choses. Dressant une fresque large, il interroge :

« comment éviter qu’une partie de l’humanité, rendue d’autant plus pauvre que l’autre sera toujours plus riche ne préfère systématiquement « l’état de nature », autrement dit la guerre de tous contre tous, à l’état de société ?« 

Or, est-il vraiment dépourvu de pertinence de constater que le mouvement actuel de mondialisation porte en lui un risque d’affrontement, de violence, et de mise en cause de la démocratie ? Pour rendre cette dernière pérenne, il en récuse les fondements utilitaristes :

« Pour le dire d’un mot, ces fondements sont de type utilitariste, i.e. tout entier organisés à partir de la question : « À quoi ça (me) sert ? » Dans cette optique, la démocratie est vue comme le fruit d’une libre association entre des individus mutuellement indifférents cherchant chacun à maximiser son avantage individuel. Le but en est la recherche du plus grand bonheur du plus grand nombre et le moyen la croissance économique. »

Or, Alain Caillé rappelle, avec Marcel Mauss, les sociétés archaïques n’étaient pas fondées sur des valeurs utilitaristes, « le marché ou le troc, l’achat, la vente ou le contrat mais sur ce qu’il appelle la triple obligation de donner, recevoir et rendre. Sur l’obligation, autrement dit, de rivaliser de superbe et de générosité pour être reconnu comme pleinement humain ».

La « commune humanité » implique une prise de conscience de notre lien commun, et de notre destin commun. Elle implique « que certains ne tombent dans un état de sous-humanité, premier corrélat, et que d’autres, second corrélat, n’aspirent à basculer dans état de supra-humanité ». Elle implique de prendre conscience que l’on ne peut créer de richesse durable sur le dos des autres.

Les diverses propositions du rapport, les divers thèmes abordés1, découlent de ce principe et notamment les trois suivants :

  • faire du « travail décent » une valeur supérieure, partie prenante du commerce mondial, en l’introduisant au sein même des règles de l’OMC au titre des « mesures nécessaires à la protection de la moralité publique » visées à l’article XX du Gatt, afin de l’intégrer explicitement parmi les objectifs non commerciaux que les Etats peuvent poursuivre justifiant d’éventuelles restrictions;
  • promouvoir la responsabilité sociale des entreprises : le concept est probablement mieux traduit – aussi laid soit le terme – pas la responsabilité sociétale de l’entreprise. Il s’agir là d’élargir le spectre du champ d’action de l’entreprise, de l’inciter à assumer une responsabilité non seulement à l’égard de ses actionnaires et de ses salariés mais également à l’égard de l’ensemble de son « écosystème ». Comme le décrit Franck Riboud, « (…) la recherche maximale du profit n’est pas mécaniquement durable, et cette attitude distend les liens de l’entreprise avec ses autres parties prenantes que sont ses fournisseurs, ses salariés, ses clients, les territoires dans lesquels elle opère (…) La question n’est pas de savoir s’il faut ou non faire du profit, mais comment l’entreprise construit son profit dans la durée et comment elle l’investit en tenant compte des contraintes et des intérêts de ses différentes parties prenantes ». Il serait peut-être bon en effet que les entreprises, dont on nous dit qu’elles ont plus de pouvoir que les Etats, reprennent véritablement leur rôle social/sociétal, qu’elles ont abandonné sous l’influence conjointe d’une logique financière et de la dénonciation du paternalisme du patronat. A cet égard, le rapport propose notamment le développement des accords-cadre internationaux, destinés à éviter le « moins-disant social », la soumission des stocks-options et actions gratuites aux performances sociales ou sociétales, la redéfinition au sein d’un nouveau Pacte mondial de la mission de l’entreprise2
  • développer le social business : le social business correspond à un autre type d’entreprise, dont la finalité est pleinement sociale. Pour relever véritablement du social business, l’entreprise doit fonctionner par ses propres moyens, construire sa propre rentabilité. Muhammad Yunus, l’inspirateur de ce social business, insiste : « un social business n’est pas une organisation charitable. C’est une entreprise au sens plein du terme. Elle doit couvrir l’ensemble de ses coûts tout en atteignant son objectif social ». Ici, « la maximisation du profit est remplacée par un bénéfice social, c’est-à-dire par la capacité de l’entreprise à traiter le problème social auquel elle s’attaque ». Le rapport propose la constitution d’un fonds regroupant des capitaux publics et privés pour multiplier les entreprises de social business dans le monde.

*

Le rapport offre ainsi une perspective cohérente, axée sur un principe qui mérite d’être pris en considération, dans ce mouvement de mondialisation dont on peut craindre le caractère conflictuel, au moins temporairement. Son adoption, et le G20 à venir, sont peut-être une occasion rare de mettre en avant les thèmes qu’il porte, depuis la re-territorialisation de l’économie (certes à peine esquissée ici) au social business et à la responsabilité sociale/sociétales des entreprises. Il souffre toutefois, à mon sens, de ne proposer que trop peu de pistes de mise en oeuvre, alors que l’on peut craindre que son élaboration ne soit pas relayée par une grande volonté politique.

La Mission n’est toutefois pas achevée  et Christine Boutin et ses collaborateurs sont associés aux travaux préparatoires du G20. D’après nos hôtes, la France est véritablement attendue sur cette dimension sociale et ce, au-delà de la courtoisie flattant l’habituelle ambition française.

En outre, d’un point de vue purement pragmatique, Christine Boutin et Vincent You nous faisaient remarquer que, si Nicolas Sarkozy souhaite remporter un succès au G20, il ne devrait pas négliger les enjeux sociaux de la mondialisation. Les autres axes développés par Nicolas Sarkozy – tels que la réforme du système monétaire international – semblent en effet pour leur part rencontrer des oppositions difficilement contournables.

Au-delà du G20, on pourrait se prendre à espérer que la France soit pionnière sur ces thématiques et favorise elle-même une réappropriation de la mondialisation. Et puis, à tout prendre, l’intégration de la France dans la mondialisation pourrait également donner du corps à un projet présidentiel.

Mais avant cela, comme dirait l’autre, just give peace a chance.

credit photo : Snugg


  1. et non, je ne vais pas les reprendre tous []
  2. « La mission de l’entreprise est de créer de la valeur et de la partager avec l’ensemble de ses parties prenantes : salariés et actionnaires, clients, fournisseurs, gouvernements. La responsabilité ultime des organes de direction de l’entreprise est de veiller à établir un équilibre dans cette répartition qui soit satisfaisant et durable pour l’ensemble des parties prenantes. » []

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d'un titre. Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire - Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

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45 comments

  • C’est beau. C’est même très beau. Ce sont des mots qui résonnent agréablement dans mes oreilles de judéo-chrétien cette « commune humanité » et comme j’aimerai voir Hu Jintao serrer la main du président Sarkozy en même temps que celle de Barack Obama après le sommet du G20 suite à l’adoption d’un principe de « social business ».

    Pourtant je sais que ça n’arrivera pas. Loin de moi l’idée de démolir ce rapport, au contraire l’initiative est bonne (qui pourrait le contredire ?) et même nécessaire, nos sociétés développées devant toujours être dans cette tension vers plus de justice, ce « surplus par rapport à ce qui est strictement dû ». Sous peine d’asphyxie de nos sociétés. Mais ça, on le sait, et on le vit même.

    Mais la notion d’universalisme à la française me gêne. Nous parlons un langage trop codé, trop connoté, trop « à nous ». J’ai peur que nous assistions aux mêmes problèmes que lors du sommet de Copenhague. La montagne, la souris… Les chinois ont des problèmes sociaux colossaux (maladies, faim, sidéens par millions) et ils s’en préoccupent plus qu’on ne le pense. Mais notre prétention les agace. Pour l’instant, ils veulent faire de l’argent, faire grandir leur pays, et nos droits de l’homme les exaspère. Et tant que nous ne les prendrons pas en considération, tant que nous les laisserons de côté essayant bon gré mal gré de leur inculquer nos principes, nous échouerons. Ils jouent maintenant un rôle primordial sur la scène mondial, et il faut les « écouter ». Or, leur culture a des choses à nous dire. Prenons Confucius pour ne citer que lui qui met l’homme au centre, et pose des bases de morale positive dont nous pourrions beaucoup apprendre, sans fayotage ou fausse humilité.

    Il me semble qu’il faudrait prendre la peine de trouver ce qui chez eux pourrait nous servir de socle commun pour bâtir cette « commune humanité », et travailler AVEC EUX sur ces sujets. Et non uniquement fouiller parmi nos nombreux penseurs et philosophes sociaux, avec qui je suis complètement d’accord encore une fois, mais qui ne trouveront pas forcément écho auprès de ceux qui, rappelons-le, sont en train de tenir le compte en banque de la planète. Je n’explique pas à mon banquier comment il doit se comporter socialement quand mon découvert frôle l’interdit bancaire…

    Pour tout le reste je suis d’accord. Évidemment. Merci Koz pour ce billet; cette mission gagnerait à être connue, en dépit de l’image parfois négative que les gens ont de Christine Boutin, qui nous livre ici un magnifique travail. Pourvu qu’elle porte des fruits.

  • Merde, j’ai perdu un comm de 50 lignes. Je tâcherai de trouver un moment pour le réécrire. Allez, un teaser, je ne suis pas du tout d’accord avec toi. A+.

  • Je suis bien conscient du risque de proposer la commune humanité mais cela permet de donner un chapeau global à des propositions… Et ce serait bien parfois que nos politiques travaillent à être cohérent.

    D’une certaine manière, Montebourg fait les mêmes critiques que nous à la globalisation mais va sur la nécessaire démondialisation… Voit il qu’il sous-entend la fin de l’universel? Est ce possible pour la France de porter cela? Je doute qu’il l’ai mesuré et je pense qu’il cherche d’abord à surfer sur les peurs… Facile mais incohérent!

    Je préfère clairement revenir à des idées de fond pour en montrer la nécessité et la cohérence… Dans les périodes de crise il n’y a plus d’evidence et ce n’est pas inutile de montrer que des axes clairs et forts peuvent être féconds.

    Le problème de la globalisation c’est le tout commercial… Comme si nous n’avions que cela en commun!

    La première recherche politique c’est de redéfinir du « commun »… Ce qui n’est pas simple ! Alors il est absolument nécessaire de revenir sur des valeurs communes et la commune humanité en est le premier support.

    Le débat de fond est ouvert: merci Koz!

  • J’ai l’impression que Christine Boutin est en train de nous dire qu’elle vient de découvrir avec quelques années de retard que l’eau chaude existe. Le fait de donner la traduction française de termes bien connus dans le système des Nations Unis comme Common Humanity, Decent Work et Social Business, et d’expliquer de quoi il s’agit, me paraît pas très original. Toutefois, si elle peut arroser le tout d’une sauce politique à la française en vue de la présidence du sommet du G20, pourquoi pas.

    Le problème avec tous ces concepts là, avec lesquels on est en principe tous d’accord, est qu’on en parle beaucoup dans les sommets de haut niveau, mais on ne voit rien de concret se passer. J’attends de voir les propositions de mise en oeuvre et surtout du monitoring des résultats.

  • Bizarre, la référence à Durkheim, fondateur d’une école sociologique qui pose que l’homme est bien plus « agi » par la société que responsable de ses choix, et qui interprète la religion comme une projection du fait social…

    On peut adhérer à des considérations parfaitement justes, comme l’incapacité de l’utilitarisme à fonder quoi que ce soit, ou la valeur essentielle, même pour le business !, de l’existence d’une société où joue une vraie solidarité, sans endosser des recommandations dont le lien avec ces considérations n’est pas toujours convaincant.

  • @ Vincent You: Euh Vincent j’ai écouté Montebourg et derrière démondialisation il ne défend pas une thèse de la France toute seule! Il a beau être socialiste (personne n’est parfait) je l’ai trouvé très pertinent même si je le vois mal gagner les présidentielles…

  • @ Pepito: J’aime pas critiquer mais je suis un peu d’accord avec toi sur la réinvention de l’eau chaude! Mais bon ce qui compte c’est donner du poids à des idées alors si le G20 le permets tant pis si elles ne sont pas nouvelles, çà sera déjà çà!

  • Bonsoir Koz,

    j’ai essayé de lire ce texte sans me faire influencer par mon opinion négative de Mme Boutin. Certes, ce que tu racontes est un « best-off » de fausse bonnes idées, mais ce n’est pas scandaleux sur une première prestation, sur un des sujets les plus difficiles de la politique actuelle.

    Je souhaiterais d’abord signaler que les famines ne sont plus le problème de grand ampleur qu’elles étaient il y a 50 ans, et qu’elles se limitent souvent aux zones de guerres. De plus, les écarts sont plutôt en train de se réduire entre les pays riches et une grande partie des pays du sud (Inde, Chine, Amérique latine, sud-est asiatique), par la simple loi du marché: les entreprises vont là où la main d’œuvre est bon marché, cette dernière monte en compétence, et peut ainsi prétendre à de meilleures rémunérations.

    De même, l’adoption progressive d’un droit du travail plus « respectueux » se fait naturellement, mais c’est complètement improductif de forcer leur adoption trop rapidement dans le cycle de développement. Souvent, plus que de confort de travail, c’est de pouvoir d’achat dont les plus modestes ont besoin. Derrière le « travail décent », il y a souvent un protectionnisme macabre.

    Par ailleurs, je ne crois pas du tout à la « corporate social responsibility ». Une entreprise doit certes avoir une vision de long terme, et cette vision l’amènera naturellement à respecter ses employés, ses fournisseurs, ses actionnaires et ses clients. Mais je pense que l’apport de l’entreprise à la société est principalement par les produits qu’elle vend, et par les compétences qu’elle développe en interne, que ces compétences soient techniques ou humaines. L’apport d’Alstom à la société, ce sont ses TGVs qui rendent la vie plus facile, et toutes les compétences dont cette entreprise dispose, pas les quelques millions d’euros qu’elle donne à des bonnes oeuvres.

    Enfin, je trouve que la démocratie se justifie très bien par son côté utilitariste. Par l’alternance de pouvoirs qu’elle propose, par le sentiment d’implication des citoyens et par ses mécanismes juridiques élaborées, elle est probablement le seul système qui tient la route à long terme. Certes, les dictatures permettent parfois une transition économique plus rapide, mais cela se termine toujours mal. Il est possible toutefois que dans les prochaines années, une majorité du PIB (et donc aussi des forces militaires) viennent de dictatures, mais il ne faudra pas, à ce moment-là, perdre la « foi » en la démocratie.

    Je propose un sujet à Mme Boutin pour préparer le G20: la gestion des externalités, pour lesquelles le chacun pour soi ne marche pas. Pollutions, déforestations, surpêche, et gestion de l’eau fluviale. Un mécanisme de répartition des ressources associées est nécessaire, pour éviter des drames environnementaux et des conflits. En allant plus loin, on pourrait penser aussi à un mécanisme de régulation de la démographie. Ces sujets ne sont sans doute pas digne des ronflantes prétentions universalistes de la France, mais chacun d’entre eux mérite plusieurs prix nobels.

  • Pepito a écrit : :

    Le problème avec tous ces concepts là, avec lesquels on est en principe tous d’accord, est qu’on en parle beaucoup dans les sommets de haut niveau, mais on ne voit rien de concret se passer.

    Comme j’ai essayé de l’expliquer plus haut, je ne suis pas d’accord avec ces concepts, qui me semblent très inefficaces.

  • Le fait de reprendre de vieilles idées n’est pas une mauvaise chose en soi… Après tout, on nous ressort toujours aujourd’hui de la Fraternité par-ci par-là… Depuis plus de 2000 ans, puisque certains discours politiques de la fin de la république romaine étaient truffés d’allusion à une parenté commune qui ferait de tous les citoyens romains des « frères »…

    Reprendre de vieux concepts c’est même plutôt bien, si c’est pour les sortir de tiroirs où ils prennent la poussière comme instruments théoriques, et pour en faire des opérateurs pratiques, leur donner des applications concrètes.

  • Je dois concéder ma grande admiration pour la connaissance que vous avez tous de ces concepts. J’ai, moi-même, un peu entendu parler de la responsabilité sociale de l’entreprise, par Emmanuel Faber, DG chez Danone en charge de ces questions, mais cela s’arrête un peu là. Bien sûr, on attend davantage d’un rapport. Comme je l’ai écrit, j’aurais souhaité y trouver davantage de pistes de mise en oeuvre concrètes.

    Pour autant, j’ai appris pas mal de choses, à sa lecture, et je pense que cela peut être le cas de pas mal de monde. Il donne, également, une vision cohérente. En bref, un projet, qui pourrait être soutenu, étayé, et dont nous n’aurions pas à rougir.

    Je sais qu’il n’est bien évidemment pas possible de demander à chacun d’avoir lu le rapport avant de le critiquer : nous avons tous nos occupations et priorités légitimes. Mais ne partez pas du principe que la Mission a raté certains éléments fondamentaux. A titre d’exemple, non, ils n’ont pas raté le fait que la notion de travail et de « travail décent » ne peut pas avoir exactement la même nature, ou recouvrir la même réalité, en France ou au Bangladesh. Je les ai interrogés d’ailleurs sur le fait que ce type d’exigence puissent être perçus avant tout comme un luxe occidental et une façon pour nous de maintenir notre avance. Ils m’ont répondu que c’était de moins en moins le cas et que des pays comme le Brésil et la Chine prenaient de plus en plus conscience de cette nécessité. J’entendais ce matin aux infos également que les Jordaniens demandent un salaire minimum.

    J’étais très réticent sur le concept de « commune humanité ». C’est pour cela, et parce que c’est le principe qui irrigue le rapport, que j’ai souhaité l’interroger sur cette question, pour qu’elle en détaille elle-même la consistance. Cela m’a incité aussi à voir ce qu’Alain Caillé en disait. Les fondements utilitaristes qu’il évoque me semblent porter en germe la déchéance de la démocratie. Non pas, bien évidemment que les régimes autoritaires s’en sortent mieux : ils ne sont pas ma référence. Mais que la démocratie, si elles se contentent de ces fondements utilitaristes, risque d’évoluer vers une société disloquée, faite d’intérêts individuels additionnés, dont il est un peu illusoire de penser qu’ils vont s’imbriquer harmonieusement de façon naturelle, et sans que les plus faibles n’en fassent les frais.

    Il est assez nouveau que la France, par exemple, fonctionne essentiellement sur ces fondements utilitaristes. Jusqu’à peu, elle portait un projet, pas toujours de façon très heureuse certes, mais c’était le cas.

    Il est bien évident qu’il faut que les individus trouvent leur compte personnel dans le fonctionnement de la société, mais il me paraît également nécessaire d’affirmer davantage les valeurs « non marchandes » si je puis dire.

    Je pense, aussi, que l’on doit prendre garde au creusement des inégalités. Si une dose d’inégalité est concevable, ne serait-ce que parce qu’elle est dans la nature de la société – et à supposer que l’égalité des chances… ait sa chance – un creusement excessif me semble également de nature à provoquer la dislocation de la société. Dans la mesure où il ne me semble pas opportun de taxer toujours davantage, il me semble incontournable d’insister sur la responsabilité sociale de chacun, et de travailler davantage à la valorisation du don (au sens large). C’est évident plus difficile à mettre en oeuvre que d’augmenter un taux d’imposition.

    Bon, c’est un peu vite jeté, et probablement imparfait mais ça donne un peu mon état d’esprit général. Là-dessus, y’a le poulet aux champignons qui m’attend. Il faut que j’aille mettre le couvert.

  • « comment éviter qu’une partie de l’humanité, rendue d’autant plus pauvre que l’autre sera toujours plus riche ne préfère systématiquement « l’état de nature », autrement dit la guerre de tous contre tous, à l’état de société ?«

    Vous noterez que cette analyse est renversable…comment éviter qu’une partie de l’humanité, rendue d’autant plus riche que l’autre sera toujours plus pauvre ne préfère systématiquement « l’état de nature », autrement dit la guerre de tous contre tous, à l’état de société ?

    J’ai du mal à croire en l’altruisme de ces élites pseudo darwiniennes…

  • @ Seb

    D’accord, mais pensez-vous que les « pauvres » soient nécessairement altruistes ? Si vous voulez un monde plus altruiste, je doute que ce soit en décernant des prix de vertu relative que vous ferez avancer le schmilblick.

    Par ailleurs la réalité est paradoxale : l’écart entre riches et pauvres s’accroît en Chine comme aux USA, mais l’écart moyen entre les Chinois et les Américains diminue plus vite, si bien qu’à l’échelle mondiale, l’inégalité diminue. Et la productivité chinoise bénéficie même aux consommateurs occidentaux les moins aisés.

    Cela ne justifie pas de laisser dans la mouise les laissés pour compte de la libération des échanges, mais les solutions ne sont pas à chercher dans le repli sur soi.

  • @ Seb: simplement parce que « les riches » qui, par définition, ont prospéré dans le système en place n’ont pas intérêt à le renverser ou à le mettre à mal.

  • Enfin, déjà parler « de guerre de tous contre tous à l’Etat de Nature, Ca vient de Hobbes, l’anti-libéral par excellence et son Léviathan, Etat absolu auquel nous confions totalement nos existences.

    Le sociologue aurait peu parler de l’Etat de Nature de Locke, dans lequel , l’intérêt des hommes est naturellement harmonieux, même si protéger ses droits naturels est un peu compliqué. Le role de l’Etat est alors de protéger nos droits naturels -et rien que ça-.

    J’ai aussi essayé de lire votre résumé sans en remplaçant Christine Boutin par Toto pour ne pas me laisser influencer négativement.

    Mon sentiment est le suivant : Toto aligne les poncifs saupoudrés de « societal/social », poncifs préparant la justification d’intervention nouvelles de l’Etat (protectionnisme, entreprises privés/publics etc..) -sans jamais s’interroger visiblement sur le rôle des Etats en amont sur ces dysfonctionnements. ( cours forcé de la monnaie forçant les ouvriers chinois à travailler moins cher, liberté des ouvriers à quitter un job réduite par les forces de l’ordre, corruption, protectionnisme)

    Les ouvriers n’ont pas besoin de Toto et de son super Leviathan mondial pour vivre mieux, ils sont besoin d’un Etat qui protège mieux leurs droits naturels.

    Bref le rapport part d’un socle : il faut plus de Leviathan au niveau mondial. Et il arrive à une conclusion : il faut plus de Leviathan au niveau mondial. Toto a pas volé son pognon venant du Leviathan. -sauf si il a finalement renoncé.-

    Une seule chose positive : Toto n’aime pas l’utilitarisme c’est bien, mais ses théories holistes sont de l’utilitarisme déguisé.

    La prochaine fois, Toto devrait partir de Locke plutôt de que Hobbes pour réfléchir.

  • @ Le libéralisme pour les débutants:

    L’opposition entre individualisme et holisme est surfaite.

    D’abord, « l’individu » ne sort pas miraculeusement de nulle part, il est constitué comme personne par la communauté humaine dont il est issu et il a besoin d’un état, donc d’une société, pour pouvoir exercer ses droits, naturels ou pas.

    Mais la « société » n’est pas une personne, elle n’a pas de volonté autonome dont les gouvernants pourraient prétendre être les interprètes. Ses « droits » sont strictement limités par son objet, permettre l’épanouissement de personnes humaines libres et responsables.

  • Bonjour Koz,

    la « Corporate Social Responsibility » est un sujet à la mode dans la gauche anglo-saxonne. C’est l’idée que l’entreprise doit chercher à « faire le bien » plutôt qu’à maximiser le profit. Je pense personnellement (pas tout seul, c’est un courant de pensée assez répandu aussi dans la droite économique anglo-saxonne) que l’entreprise est la plus utile pour la société quand, dans un marché bien organisé (libre concurrence, prise en compte des externalités), elle cherche à maximiser son profit à long terme. Cette vision serait plutôt celle, par exemple, des grosses PME familiales allemandes, dont les propriétaires s’enrichissent sans aucun scrupule, mais qui ont une vision de long terme (une génération, c’est 30 ans), en développant les compétences internes, la recherche, et en étant honnête avec tous ses partenaires, ce qui est toujours à la fin la bonne approche.

    La différence entre ces deux approches peut ne pas apparaître évidente, car beaucoup de choses préconisées par la « Corporate Social Responsibility » sont aussi des actions de bonne gestion à long-terme: bien traiter ses employés et ses fournisseurs est par exemple un acte de bonne gestion. Mais il existe de vrais différences.

    Je pense ainsi que les entreprises perdent leur temps à faire un peu d’humanitaire ou de mécénat, surtout quand c’est quelque chose qui n’a aucun rapport avec leur coeur de métier. Ces actions ont peu de chance d’être efficace, et détournent l’attention des dirigeants de société et des employés. Une minute du président de Boeing est utilisée de façon extrêmement plus efficace sur l’aéronautique que sur la vaccination contre la polio (c’est juste un exemple, je ne sais pas si Boeing s’occupe de la Polio). Dans le même style, je connais bien une entreprise de conseil qui traite ses employés comme des chiens, mais qui mène de nombreuses actions pseudo-humanitaires, a du café équitable dans sa machine à café, et est toujours la première à gloser dans les cercles gouvernementaux sur la CSR. Je pense que ces gens-là feraient mieux de s’occuper de leur métier, et en particulier de la qualité de leur management.

    Je pense aussi que les entreprises ne doivent pas offrir des termes plus favorables que les prix du marché sans contrepartie, car cela donne aux fournisseurs et employés de mauvaises habitudes, et cela les rend « inemployables ». Nissan avait ainsi l’habitude, avant sa reprise par Renault, de trop payer ses fournisseurs, car cela faisait partie, en quelque sorte, du contrat social. Nissan s’est retrouvé à un moment en quasi faillite, car il n’avait plus assez d’argent pour sortir de nouveaux modèles. Les fournisseurs n’étaient pas en bien meilleure posture, car ils n’étaient pas très efficaces et ne pouvaient donc trouver beaucoup de débouchés. Les ouvriers de l’automobile américaine, payés des salaires incroyables en vertu d’un contrat social datant des années 50 étaient dans une voie sans issu. Je pense que certains fournisseurs du « commerce équitable » vont se retrouver dans la même situation.

    Dans le même style, je pense qu’une entreprise doit traiter sévèrement ses employés les plus « dangereux », en particulier ses cadres. Il est assez facile de tomber dans un cercle vicieux de paresse et d’intrigue extrêmement nuisible pour l’entreprise et pour l’individu en question (qui après quelques années n’est plus bon à rien), et souvent, seul un licenciement incitera l’individu en question à se remettre en cause. De même, seule une perte de gros contrat permettra à un fournisseur arrogant de se remettre en cause.

    On parlera de l’inégalité et de l’utilitarisme une autre fois. J’ai un peu de travail à terminer avant la choucroute garnie et néanmoins dominicale.

  • Pendant que Christine Boutin rend son petit rapport sans voix divergente, tous les experts de la question agricole et alimentaire mondiale crient dans le désert : toutes les conditions sont remplies pour une nouvelle crise alimentaire mondiale à côté de laquelle la petite crise de 2008 fera figure de grosse poilade.

    Les catho-libéraux franco-français, qui répètent leurs mantra depuis plus de trente ans, sont en désaccord avec l’Eglise, tandis que des personnes comme Olivier de Schutter, Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, s’en rapprochent de plus en plus : à problèmes structurels mondiaux, il faut des instances mondiales de régulation. Les « mécanismes naturels du marché » ne font qu’aggraver la situation : NON, on ne spécule pas sur l’assiette de son voisin. L’extension du modèle agricole occidental au monde entier est une hérésie sur tous les plans, l’urgence est au renforcement des cultures vivrières locales. Tout ça, tout ça…

  • «faire du « travail décent » une valeur supérieure « c’est une très noble ambition.

    Ce qui m’intéresserait de connaître ce sont les moyens que C B suggère pour y tendre à l’échelle mondiale.

    Préconise-t-elle par exemple de taxer dans le cadre de l’OMC les produits importés fabriqués dans des conditions indécentes ?

    (Ceci pour les mettre à égalité de concurrence avec des produits équivalents fabriqués dans des conditions décentes).

    Ou alors en reste-t-elle à de belles incantations ?

  • @PMalo avez-vous lu le rapport, pour affirmer qu’il n’y a pas de voix divergente ? Et je pense aux « voix divergentes » internes au rapport mais sinon, avez-vous l’impression que ce rapport ait été accueilli dans une approbation unanime ?

    @Joyeux Acier on peut estimer que les entreprises s’en sortent bien en s’en mettant plein les fouilles, et la société avec. Mais d’une part, votre vision des entreprises allemandes me semble pour le moins caricaturale. D’autre part, cela me semble loin d’être certain. Pour ne prendre qu’un exemple extrême, le laboratoire Servier est un bon exemple de PME française dont le propriétaire s’en est mis plein les fouilles. Quelle surprise, il semble que son intérêt individuel ne se soit pas harmonieusement imbriqué avec celui des centaines de morts qu’il a causés. Vous me direz que le marché va le sanctionner. Brrr. Mais ça fait un peu chier pour les variables d’ajustement.

    Maintenant, admettons même que le système que vous décrivez et un système dans lequel l’entreprise a conscience de sa responsabilité sociétale aient des efficacités équivalentes. Je préfère tout de même – allez savoir pourquoi – un système fondé sur la solidarité, la responsabilité sociale qu’un système qui instaure en principe de fonctionnement un peu cynique que les hommes sont égoïstes et qu’on peut se contenter de leur demander de s’occuper de leurs intérêts égoïstes parce que ça finira bien par se démerder à la fin. Et j’aimerais être absolument certain que tous les tenants de ce système s’abstiennent de prendre le raisonnement à l’envers, c’est-à-dire qu’ils ont bien l’intention de ne s’occuper que de leur intérêt égoïste… et se donnent bonne conscience en se disant que tout ça finira bien par avoir un intérêt social. Bref y’a comme un doute qui m’étreint sur l’opportunité de fonder une société sur l’égoïsme. Et la magie.

    @Hervé j’ai mis un lien vers le pdf du rapport, qui comporte un index détaillé.

  • Pardon, je n’ai pas trop de temps à accorder à ces discussions, ce qui explique le ton quelque peu lapidaire de mes commentaires.

    Oui, j’ai lu le rapport. Je me le suis procuré le jour de sa sortie, au moins deux personnes de ma famille ont collaboré de plus ou moins loin à son élaboration. Il y a certes des voix divergentes, mais pas aussi divergentes que celles que j’ai l’habitude de lire ou d’écouter. 😉

    Quant à l’accueil qui lui a été réservé, je ne suis au courant de rien… c’est sûrement un tort, je le reconnais, mais j’ai une vie suffisamment remplie pour ne pas pouvoir suivre toute l’info en direct (je dois passer max une heure par jour sur le net, à parcourir uniquement 4-5 sites et blogs bien choisis -dont le vôtre) et c’est aussi par choix que je me suis mis à l’écart de toute cette agitation.

    C’est peut-être le format strictement politique qui me rebute ; je n’apprécie guère ce genre de rapports et leur préfère de loin les essais politiques ou philosophiques.

  • Sinon, rassurez-vous, cher Koz, je suis bien en accord avec vous, en particulier sur ce que vous avez répondu à Joyeux Acier « sur l’opportunité de fonder une société sur l’égoïsme. Et la magie. »

  • Koz a écrit : :

    Pour ne prendre qu’un exemple extrême, le laboratoire Servier est un bon exemple de PME française dont le propriétaire s’en est mis plein les fouilles. Quelle surprise, il semble que son intérêt individuel ne se soit pas harmonieusement imbriqué avec celui des centaines de morts qu’il a causés. Vous me direz que le marché va le sanctionner. Brrr. Mais ça fait un peu chier pour les variables d’ajustement. Je préfère tout de même – allez savoir pourquoi – un système fondé sur la solidarité…

    Bonjour Koz,

    on peut trouver des exemples de tout, et il serait intéressant de faire une étude statistique sur le nombre d’accidents causés par les entreprises, les gouvernements (sang contaminé par exemple), les particuliers (morts au volant par exemple) en fonction de leur « volume d’activité ». Il n’est pas prouvé que les entreprises soient plus nuisibles que les particuliers ou les gouvernements.

    Et dans le cas que tu cites, cette affaire va être un coup terrible pour le Laboratoire « Servier », et il est possible que ce dernier y dépose le bilan à force de procès. Ce qui veut dire que probablement, la bonne décision de gestion à l’époque (quand la toxicité du médicament a été découverte) était de mieux communiquer et collaborer avec les autorités. Cela veut dire que le problème n’est pas forcément de l’égoïsme, mais souvent des décisions de courte vue qui arrivent dans tous les systèmes.

    Par contre, je pense que les entreprises doivent être contraints par une réglementation prenant en compte deux imperfections du système capitaliste tel que mis en place en occident depuis le 19è siècle:

    La gestion des externalités, c’est à dire en gros s’assurer qu’une entreprise paie aussi les nuisances qu’elle crée pour l’environnement au sens large (bruit, air, eau…), mais qui sont traditionnellement gratuites. Par exemple, il n’est pas choquant qu’une entreprise ait l’obligation de reprendre les vieux produits usagés qu’elle fabrique.

    la gestion de l’asymétrie de l’information: une entreprise est mieux informée que ses clients individuels ou ses employés, et il est donc logique que les états réglementent et éduquent sur les aspects les plus importants des produits (par exemple la quantité de graisse insaturée dans un produit alimentaire). Il n’est pas choquant non plus qu’il y ait quelques règles qui encadrent l’emploi des salariés.

    De plus, je ne dis pas que les entreprises sont les seules institutions nécessaires à une société. Je pense que les gouvernements, les organisations religieuses et les associations ont aussi une place, plus ou moins grande, dans la société. Mais je pense qu’il est préférable pour tout le monde que les entreprises fassent leur travail.

    Je comprend le dégout de principe que tu as au sujet du capitalisme. Personnellement, mon expérience scientifique m’a appris que beaucoup de résultats ne sont pas intuitifs. Mon expérience d’ingénieur, puis de gestionnaire en entreprises m’ont appris que, face à des problèmes d’une complexité insupportable, on obtient les meilleurs résultats en appliquant des principes imparfaits mais simples, comme par exemple la recherche du profit / la rentabilité. avec mon oeil d’ingénieur, la recherche du profit est pour moi un meilleur outil (plus simple, plus fiable, avec moins d’effets de bords) pour organiser un effort collectif complexe que la notion de solidarité.

  • @ Koz:

    Effectivement, il y a un index mais j’avoue ne pas avoir trouvé réponse à ma question. Les mesures proposées sont elles suffisamment contraignantes, concrètes, adaptées à la dimension du problème ?

    S’il fallait extraire de ce rapport de 350 pages les 2 propositions les plus efficaces à mettre en œuvre, quelles sont-elles, qui peut les décider ? Je ne sais pas.

  • @Aristote, (décidément ce blog est très bien fréquenté)

    Je suis bien d’accord avec vous sur vos deux paragraphes. L’homme est un individu qui vit en société, et les règles doivent permettre qu’il garde son individualité tout en coopérant avec son semblable.

    Mais votre première phrase, non. Le holisme ou l’individualisme, il faut choisir.

    « Holisme sociologique : Le holisme appliqué aux systèmes humains, par essence complexes, consiste à expliquer les faits sociaux par d’autres faits sociaux, dont les individus ne sont que des vecteurs passifs. »

  • Honnêtement, ce billet sur le mode teaser ne suffira probablement pas à me donner envie de lire les 356 pages, désolé. Bon, je l’ai téléchargé, je trouverai peut-être le temps de picorer ça et là. Mais je ne promets rien.

    En attendant, je vais tout de même me permettre quelques remarques au sujet du rôle social de l’entreprise, tel que je le comprends au travers de mon expérience nord-américaine – je travaille au Canada, pour une grande boîte basée aux US. À mon arrivée j’ai eu un léger choc culturel en constatant que l’entreprise organisait des actions caritatives et invitait ses employés à y participer. Par exemple, elle participe aux appels de fonds en faveurs des victimes d’une catastrophe, en s’engageant à donner une somme égale. Ce genre de système s’applique à l’égard de la plupart des donations que les employés peuvent souhaiter faire – cela peut aller jusqu’à l’école du coin où vont leurs enfants, par exemple. La DRH organise aussi des groupes d’employés qui vont donner du temps (pris sur la journée de travail) pour donner un coup de main à une banque alimentaire, etc.

    Au départ, ce genre de truc me laissait assez froid : comme Joyeux Acier, j’y voyais une distraction. Je pensais que les dons que je pouvais vouloir faire n’étaient pas les oignons de l’entreprise. Cependant, à l’usage, j’ai mieux compris la mentalité sous-jacente, pour exotique qu’elle soit à mes yeux de Français.

    Je ne crois pas que l’entreprise qui se lance dans des actions de Corporate Social Responsibility le fasse pour se faire plaisir, ou parce que le boss veut se donner bonne conscience. Je ne crois pas non plus que l’idée appartienne spécialement à la gauche américaine (sa formalisation, peut-être, mais pas le comportement lui-même). Simplement, l’entreprise fait tout cela parce que c’est normal dans la culture où elle existe. Cela participe de l’idée que toute personne ou organisation qui réussit se doit de faire ce qu’on appelle « give back to the community » – expression qu’on pourrait traduire à peu près par « montrer sa reconnaissance à la société ». Il ne s’agit pas d’être bisounours, ni hypocrite: on reconnaît que le succès est rendu possible par ceux qui gravitent autour de l’organisation, particulièrement au niveau local – les clients, les partenaires, et jusqu’au policier qui règle la circulation à la sortie des bureaux. Par exemple, l’hôpital du coin va être agrandi, et une part de cette dépense (environ 10%) doit être couverte par une souscription lancée auprès des habitants de la ville. Immédiatement, le supermarché du coin organise sa petite action d’appel de fonds et met la main à la poche. À une échelle plus petite encore, il n’est pas très difficile de faire le tour des commerces locaux pour leur demander de soutenir n’importe quelle activité collective: ça prend du temps, mais tout le monde donne un petit quelque chose.

    Dans tout cela, il y a pour l’entreprise un intérêt, bien entendu: elle fait sa publicité, que ce soit auprès de ses clients locaux ou plus largement. Si c’est une grosse boutique, elle trouvera un grand intérêt à être listée parmi les Fortune Magazine’s 100 Best Companies to Work For ou tout autre classement de ce type: cette image favorable fait du bien à la motivation des employés, et surtout, cela facilite significativement le recrutement.

    Mais il ne s’agit pas simplement d’un intérêt égoïste. Je crois que l’individualisme très fort de la culture nord-américaine est partiellement compensé par l’attachement à une « communauté » à la géométrie très variable mais dont l’utilité est non négligeable, en particulier au niveau local. Le mot n’est pas employé, mais on retrouve là une trace du principe de subsidiarité décrit dans la doctrine sociale de l’Église.

  • @ Gwynfrid

    Tout à fait (j’ai vécu 6 ans aux States). Et c’est même pour cela que les Yankees n’aiment pas que l’oncle Sam les taxe sous prétexte de faire la charité à leur place. Ils pensent être mieux placés pour juger des causes qui méritent d’être soutenues. À tort ou à raison, mais c’est une autre discussion.

  • @ Le libéralisme pour les débutants:

    Telle que vous posez la question, on ne peut que refuser le holisme sociologique, et je préfère Boudon à Bourdieu. Mais l’individualisme méthodologique a aussi ses points aveugles : comment rendre compte des « préférences » des agents, l’explication utilitariste finit souvent en pétition de principe (s’il le fait, c’est que cela lui est utile).

    En règle générale, ce n’est pas parce que X (le holisme sociologique) est éminemment critiquable que Y (l’individualisme méthodologique) est satisfaisant. La difficulté peut être vue de deux façons.

    Aucune démarche scientifique ne peut réellement prendre en compte l’idée d’une liberté substantielle de l’acteur, qui implique que son action ne puisse être prédite par un modèle scientifique. C’est donc par principe que les sciences « humaines » sont amenées à poser comme principe méthodologique que la liberté est une illusion. Cela n’est pas critiquable en soi, tant que le principe méthodologique ne se transforme pas en « vérité » scientifique à la Bourdieu : « la science a démontré que l’homme s’illusionne quand il se croit libre ».

    On peut poser autrement le problème, en disant que l’homme est libre quand il est en mesure de faire ce qui est bon pour lui, et qu’il n’est pas impossible à l’enquête scientifique de déterminer si l’homme agit ou non en fonction de tel ou tel critère. Mais qui décidera ce qui est bon pour l’homme ? La science économique nous dit maximiser son revenu. Le naturalisme biologique nous dit maximiser les chances de survie de son pool génétique.

    Je reste sur ma faim…

  • Simplement, l’entreprise fait tout cela parce que c’est normal dans la culture où elle existe. Cela participe de l’idée que toute personne ou organisation qui réussit se doit de faire ce qu’on appelle « give back to the community »

    J’ai vu la même chose aux U.S. Il me semble qu’il y a un rapprochement à faire avec le communautarisme, qui est aussi une réalité de l’Amérique du nord. La notion de « Corporate Social Responsibility » n’applique pas les mêmes découpages socio-culturels, mais elle est en général à courte portée géographique. Moins il y a d’Etat, et plus les gens se rattache à des entités plus petites, jusqu’au clanisme. Est-ce vraiment la « subsidiarité » au sens de la DSE?

  • @ Gatien

    Tout système peut être perverti. La perversion de la communauté c’est le clanisme. La perversion de l’État c’est l’assistanat et le clientélisme politique, ou encore j’aime l’humanité, le prolétariat, l’exploité, qui vous voulez, mais je hais mon voisin de palier.

    Ce qui est intéressant, c’est de percevoir qu’il y a d’autres façons de vivre la solidarité que le modèle de la redistribution intégrale via l’État. On peut souhaiter que les Yankees travaillent à améliorer les points aveugles du modèle communautaire, que les Français perçoivent les limites de la solidarité « nationale », sans prétendre qu’un des deux modèles s’impose nécessairement.

  • @ Hervé: en l’occurrence le rapport propose de sortir la notion de travail décent du simple cadre de l’OIT… il y a plusieurs façons de le faire porter par les différentes institutions internationales et de la faire rentrer dans le fonctionnement de l’OMC… je ne pense pas que cela soit incantatoire… d’ailleurs Sarkozy a annoncé ce matin qu’il allait reprendre l’idée de « socle de protection sociale universel » dans le cadre de la présidence française du G20! Il faut bien sûr que les négociations internes au G20 se fassent, ce qui explique que le rapport évite d’aller dans du prêt-à-porter qui n’aurait aucun sens. Nous sommes restés sur l’idée de fixer des axes politiques, avec parfois des propositions précises, et en cherchant une cohérence.

  • @ blogblog: je n’ai pas dit que Montebourg prônait la « France seule »… mais en considérant qu’il n’y a pas de rapprochement possible sur les critères sociaux et environnementaux et en proposant un protectionnisme européen, il prend acte de la fin de l’universel! Venant de la France « pays des droits de l’homme » c’est une évolution notable … je préfère encore me dire que nous avons d’autres règles en commun que les règles commerciales et qu’il est possible de reconnaitre la portée universelle de règles sociales. Ceci sans aller vers un modèle unique, mais en s’accordant sur des règles de bases: la commune humanité (et ses deux corrélats) et la reconnaissance du « travail décent » me semble faire partie des incontournables…

  • @ Joyeux Acier: si l’on continue à penser que « travail décent » veut dire « protectionnisme déguisé » on retourne simplement dans une période (fin 20è) où les pays émergents expliquaient que leurs bas salaires était un avantage comparatif. Depuis ils ont fait un double mouvement: en reconnaissant que cet avantage ne pouvait pas passer par une violation des droits fondamentaux (2008) et en développant peu à peu des politiques sociales en interne. Cessons d’être en retard par rapport à un discours qu’ils ne portent plus. Ou alors assumons une idée du libre-échange intégral qui sert à fragiliser des politiques sociales… mais ce n’est pas mon cas… 😉

  • @ Pepito: honnêtement, il ne faut pas tout mélanger… le G20 des chefs d’Etat est apparu avec la crise financière. Il faut donc voir si ce modèle peut correspondre à autre chose qu’une gestion de crise. Si oui, je le pense avec des aménagements (du type: passage à un G25 pour donner une place aux pays pauvres), alors il faut aussi se demander quels sont les principes qui nous guident. Le rapport propose de tourner le dos à une globalisation uniformisante en redéfinissant ce qui nous est commun. Le principe de commune humanité n’est pas ici une reprise des idées des NU puisque nous lui donnons des conséquences concrètes… mais ce n’est pas anormal qu’il y fasse écho. Le « travail décent » est l’outil de l’OIT pour progresser ensemble … mais celui-ci n’a jamais réussi à sortir de cette sphère: nous faisons des propositions pour que cette notion devienne opérationnelle, du FMi à l’OMC en passant par la Banque Mondiale… ce n’est pas incohérent de repartir d’une notion qui fait déjà consensus au sein de l’OIT… faire autrement, c’est considérer que l’on va tout reconstruire dans un rapport alors qu’il y a déjà des discussions mondiales. Pour le « social business », le moins que l’on puisse dire c’est que la notion est récente. Les expériences les plus récentes ne sont pas encore pleinement équilibrées même si elles sont prometteuses. Il y a justement place pour des propositions concrètes qui permettent leur développement.

  • @ Hervé: je tente l’exercice de synthèse en deux idées… 1/ nous devons sortir de la globalisation uniformisante car elle conduit, en même temps, au rejet de l’idée d’universel et à l’écrasement du particulier… il faut donc redire ce qui nous est commun et trouver quelques règles communes qui ne se limitent pas au commerce; 2/ il y a aujourd’hui une convergence possible pour construire ici et là, et donc partout, des mécanismes de protection sociale… cela mérite d’être porté par toutes les institutions internationales.

    sinon il y a 17 propositions, pas si long que cela à lire!

  • Aristote a écrit : :

    c’est même pour cela que les Yankees n’aiment pas que l’oncle Sam les taxe sous prétexte de faire la charité à leur place.

    Juste. La culture dont je parlais ci-dessus incorpore une sévère allergie aux impôts 🙂

    Gatien a écrit : :

    Il me semble qu’il y a un rapprochement à faire avec le communautarisme, qui est aussi une réalité de l’Amérique du nord.

    Ce n’est pas un simple rapprochement: cela fait partie intégrante du communautarisme, et c’est aussi pourquoi ce terme n’est pas automatiquement un gros mot, du moins pour ceux qui l’ont vécu plutôt que de le critiquer à un océan de distance.

    Gatien a écrit : :

    La notion de « Corporate Social Responsibility » n’applique pas les mêmes découpages socio-culturels, mais elle est en général à courte portée géographique.

    Pas nécessairement: c’est surtout une fonction de la taille de l’entreprise.

    Cependant, je vous rejoins sur les limites du système: quand on passe à l’échelle du pays entier, les solidarités qui fonctionnent au niveau local ne suffisent plus.

  • @Aristote

    Ce qui est intéressant, c’est de percevoir qu’il y a d’autres façons de vivre la solidarité que le modèle de la redistribution intégrale via l’État.

    J’approuve.

    La perversion de la communauté c’est le clanisme.

    Je n’approuve pas. Le clanisme n’est pas une perversion, c’est une adaptation à un environnement donné. Il y a d’autres façons de vivre la solidarité que la redistribution intégrale et le « corporate social reponsibility ».

    @Gwynfrid

    Ce n’est pas un simple rapprochement: cela fait partie intégrante du communautarisme

    Nous sommes donc d’accord. Mon message ne contenait pas de jugement de valeur. J’ai presque seulement exprimé les mêmes choses avec des mots différents, me doutant bien que ça modifierai leur perception par certain.

  • Vincent YOU a écrit : :

    @ Joyeux Acier: si l’on continue à penser que « travail décent » veut dire « protectionnisme déguisé » on retourne simplement dans une période (fin 20è) où les pays émergents expliquaient que leurs bas salaires était un avantage comparatif. Depuis ils ont fait un double mouvement: en reconnaissant que cet avantage ne pouvait pas passer par une violation des droits fondamentaux (2008) et en développant peu à peu des politiques sociales en interne. Cessons d’être en retard par rapport à un discours qu’ils ne portent plus. Ou alors assumons une idée du libre-échange intégral qui sert à fragiliser des politiques sociales… mais ce n’est pas mon cas…

    Bonsoir You,

    Encore aujourd’hui le 24 janvier 2011, les occidentaux achètent dans le tiers monde principalement pour des raisons de coût. L’Europe sait fabriquer elle-même les jouets et les vêtements qu’elle achète dans le tiers-monde. Si nous allons faire des affaires là-bas, c’est tout simplement parce que pour certains types de produit, les prix y sont avantageux. Et il faut que la différence soit significative pour compenser les coûts de transport, le stock supplémentaire lié à la longueur des approvisionnements (2 mois de bateau), les formalités de douane, de traduction, et les lourdeurs qui existent souvent dans les pays en voie de développement.

    D’ailleurs, avec les prix qui augmentent en Chine, parfois plus que la qualité, on voit des activités qui naturellement reviennent chez nous car la différence de prix ne compense plus les problèmes évoqués précédemment. Certaines autres activités partent aussi de Chine pour aller au Vietnam, au Cambodge ou dans d’autres destinations à plus bas coût.

    Je ne pense pas que le libre échange fragilise les politiques sociales. Le libre échange crée, dans ces pays, la richesse sans laquelle les politiques sociales ne peuvent exister. Un peuple avec une économie de subsistance n’a que des droits sociaux théoriques, puisqu’il n’y a pas d’argent pour payer ces droits.

    De grands pays en voie de développement ont maintenant une classe moyenne significative, et ces membres de la classe moyenne demandent des droits sociaux, un meilleur environnement… Pour moi, ces mouvements, comme les grandes grêves en Chine de l’année dernière, sont parfaitement normaux, et plutôt sains. La Chine peut certainement se payer les droits sociaux qu’elle va accorder.

    Par contre, il me semble potentiellement terriblement contre-productif d’introduire des droits sociaux trop tôt, à un moment où l’on ne peut pas se les payer. Cela est arrivé dans beaucoup de pays en voie de développement qui ont mis en place un droit du travail « à l’européenne » que l’état savait mal administrer, et qui était surtout beaucoup trop complexe pour les entreprises pour le type de travail qu’elles souhaitaient effectuer. Le résultat, c’est que les gens se sont entassés dans les bidonvilles pour travailler au noir, à part quelques fonctionnaires surprotégés.

    Ce n’est pas un choix très agréable, mais les pays en voie de développement ont deux possibilités: soit étouffer le développement économique par des réglementations inadaptées, soit accepter de commencer d’abord par beaucoup travailler pour rattraper leur retard, et avoir l’assurance que la génération suivante fera partie de la classe moyenne mondiale. C’est ce qui s’est passé chez nous à la fin du 19è siècle, au Japon au début du 20è, à Taiwan et en Corée après guerre, et maintenant en Chine, et cette méthode marche. Ce n’est pas le cas des faux espoirs mis dans une politique de développement qui n’a jamais donné grand chose malgré la bonne volonté de ses acteurs.

  • @ Vincent YOU:

    Merci pour vos réponses.

    « 1/ nous devons sortir de la globalisation uniformisante car elle conduit, en même temps, au rejet de l’idée d’universel et à l’écrasement du particulier… il faut donc redire ce qui nous est commun et trouver quelques règles communes qui ne se limitent pas au commerce; »

    Intéressant, mais je n’appelle pas cela une proposition concrète : Quelles sont les principales règles communes que vous proposeriez de faire adopter, et par quel organisme international ?, l’ONU, L’OMC, l’OIT, le G20…

    « 2/ il y a aujourd’hui une convergence possible pour construire ici et là, et donc partout, des mécanismes de protection sociale… cela mérite d’être porté par toutes les institutions internationales. »

    Je veux bien le croire, mais n’est-ce pas une incantation, quels sont les signes et les dispositifs contraignants au niveau international qui valident cette thèse ?

  • Bonsoir,

    ce petit mot pour m’excuser d’avoir interpelé Vincent You par son nom de famille dans le message précédent, ce qui n’est pas très courtois. C’est une faute de frappe qui n’avait aucune arrière pensée.

  • @ Hervé: réponse 1: le rapport propose de faire sortir les règles du travail du seul cadre de l’OIT. Cette instance tripartite (Etat, patronat, syndicat) a défini des droits fondamentaux au travail, qui sont rassemblés derrière la notion de « travail décent » (cf partie 2 du rapport). Le problème n’est donc pas de définir dans un coin une règle commune… il est de donner une force juridique à une règle commune existante. Le monde actuel ne donne de force juridique qu’aux règles commerciales (par son mécanisme jurisprudentiel qui ne prend en compte que le droit de l’OMC)… il faut donc trouver comment élargir nos règles pour que celles de l’OIT ne soit pas que symboliques… il y a trois pistes concrètes: créer un dialogue juridique entre organisations internationales par la question préjudicielle (Sarkozy l’a évoqué dans sa conférence de presse de lundi), élargir les clauses de sauvegarde et, la piste qu’il nous semble la plus forte, définir le travail décent comme un « bien public mondial » et donc faire en sorte qu’il rentre, à ce titre dans le droit de l’OMC. La porte de l’OMC est ouverte, au titre de la « moralité publique »… il reste à manifester que cette moralité est partagée dans le monde actuel. D’où notre proposition. On ne peut pas faire plus concret.

    réponse 2: nous donnons pas mal d’exemple dans le rapport. En voici quelques uns: la Chine a une problématique claire: changer son modèle de croissance et développer sa consommation intérieure… à titre d’exemple, les expériences en cours pour créer un revenu de subsistance. Le Brésil; le Mexique et une vingtaine d’autres pays à la suite, utilisent les effets très forts des Transferts Monétaires Conditionnels: une sorte de rééquilibrage des droits et devoirs où l’on accorde une allocation à des familles pauvres en échange de scolarisation et/ou de vaccination. L’effet sur le Brésil est massif. Sur le fond, on peut aussi ajouter un autre éclairage : les pays émergents ne peuvent plus assumer en interne leur discours qui consistait à dire que les droits fondamentaux viendraient plus tard… nous y sommes: grève, salaire de base qui double au Bangladesh le 1er novembre 2010… il y a bien une nouvelle étape!

  • @ Joyeux Acier: pas de problème pour mon nom de famille! 😉

    je partage votre avis, je crois seulement que le moment est venu. Ceci dit, il ne s’agit pas de fixer des règles occidentales. L’exemple des Transferts Monétaires Conditionnels (TMC) est une idée venue du Sud (au départ c’est d’ailleurs un projet de revenu de citoyenneté pour le Brésil)… envisager aujourd’hui un socle de protection sociale universel, c’est considérer que les organisations internationales et chacun des pays doivent travailler en cohérence pour définir ce qui est adapté ici et là. Pas un modèle unique, mais une volonté commune de trouver la bonne méthode pour chaque pays et culture.

  • Bonsoir Vincent,

    Je pense que le moment d’appliquer plus de droits sociaux est certainement venu dans la partie la plus développée de la Chine, qui souffre, de plus, d’un déficit de consommation intérieure qui se traduit par un excédent commercial énorme.

    Il faudrait plus qualifier cela pour le Brésil, un pays atypique qui mélange des entreprises à l’occidentale (Embraer est le meilleur fabricant de jets régionaux) avec des régions qui ressemblent plus à l’Afrique (Nord-este). Le programme de transfert de revenu conditionnel est une bonne idée, mais le Brésil est aussi un exemple de pays ayant un droit social très lourd, ce qui a atrophié son secteur manufacturier. C’est un peu le même problème pour l’Inde. C’est un vrai problème car l’industrie procure un marchepied unique pour passer de l’économie informelle à la classe moyenne (un bon ouvrier peut devenir contremaitre ou technicien). Sans industrie de masse , il y a d’un côté des serveurs de restaurant, et de l’autre des ingénieurs et des experts, sans ascension sociale. C’est d’ailleurs un peu le cas en France.

    Il me semble par contre ridicule d’appliquer plus de droit sociaux à des pays qui ne sont déjà pas attractifs économiquement, souvent à cause de problèmes politiques, mais aussi à cause de lois qui ne facilitent pas le travail des entreprises. J’aurais tendance à mettre le Bengladesh dans ce cas, et à penser que le doublement du salaire minimum aura au final un effet négatif là-bas. Qu’un gouvernement vote ce genre de mesure ne veut pas dire qu’elle sera finalement positive.

    Je fixerais bien en fait la règle suivante: un pays en excédent commercial hors vente de matières premières a probablement des droits sociaux insuffisants. Un pays en déficit commercial (et c’est le cas de beaucoup de pays pauvres) a probablement d’autres problèmes à régler avant d’augmenter les droits sociaux. En réfléchissant à quelques exemples (Allemagne, France, Chine, Inde…), la règle semble assez bien marcher.

    Enfin, il me semble que ce genre de problèmes doit se régler pays par pays, et ne doit pas selon moi influencer le commerce. Car sinon, cela revient à empêcher les pays les plus pauvres (donc ceux qui ne peuvent se payer les droits sociaux) de tenter leur chance dans la mondialisation.

    On peut évidemment discuter au niveau des instances internationales, mais pour moi, passé l’échange de bonnes pratiques et les quelques conseils, c’est inutile, à part pour ceux dont le métier est justement d’organiser les conférences internationales.

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