IVG : quand les bornes sont franchies…

À compter de la 13e semaine de grossesse, le fœtus développe le sens du toucher et devient sensible aux attentions des parents. À la même période, « la tête du fœtus est ossifiée et il faut l’écraser » pour avorter. La précision est apportée dans La Croix par le Pr Israël Nisand, lui qui n’a rien d’un militant pro-vie. Cette réalité, effarante pour toute personne qui en prend conscience et tout parent qui a suivi le développement de son enfant, est pourtant balayée par les militants de l’avortement.

Dans Le Monde, le Dr Philippe Faucher renvoie cela à des « états d’âme de professionnels ». L’association Oser le féminisme ! ose dire : « La question n’est pas de s’intéresser au développement d’un embryon. » Comment mieux signifier la répudiation du réel, l’occultation de cet être vivant qui grandit en silence ? Ces deux semaines de plus ne sont pas qu’un délai pour la femme, elles sont surtout un temps au cours duquel l’enfant oublié continue de se déployer.

Sur Public Sénat, Marianne Niosi, directrice du Planning familial, défendait l’idée d’une suppression de toute espèce de délai pour pratiquer un avortement.

Pourtant, outre la suppression de la clause de conscience du médecin pour cet acte sans pareil, l’Assemblée nationale s’apprête à voter l’allongement du délai légal de 12 à 14 semaines. Et, comme toujours, ces dispositions sont portées par des politiques de gauche qui, impuissants à offrir une politique sociale, se rattrapent en jouant du « marqueur de gauche » sur le dos du fœtus. S’il faut vous en convaincre, songez au quinquennat Hollande, qui a aussi assidûment élargi le recours à l’IVG qu’il a consciencieusement enterré le socialisme.

Faut-il accepter l’argument sans cesse martelé d’une difficulté d’accès à l’IVG ? Bien sûr, des chiffres ne traduisent pas toutes les réalités individuelles, mais nous venons d’apprendre que le nombre d’avortements en France est au plus haut depuis 30 ans (232 000 en 2019, soit une hausse de 3,4 % par rapport à 2018) et que notre taux de recours à l’avor­tement est presque quatre fois supérieur au taux allemand et reste toujours bien plus élevé qu’aux États-Unis.

La réalité, c’est que l’allongement des délais n’est pas une garantie de facilitation de l’accès à l’IVG. Au contraire, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) y voit même un « risque majeur de déstabiliser le système de soins ». C’est un objectif en lui-même porté par dogmatisme par des gens qui n’ont littéralement aucune limite. Sur Public Sénat, Marianne Niosi, directrice du Planning familial, défendait l’idée d’une suppression de toute espèce de délai, ouvrant la voie à des avortements jusqu’à… la naissance[1]. Comment en sommes-nous arrivés à une telle insensibilité ? S’il reste à l’Assemblée et au gouvernement un peu de force d’âme, ils rappelleront ces militants à la simple humanité.


Photo by Stefano Pollio on Unsplash

Chronique en date de quelques jours plus tôt voire la semaine d’avant
  1. Depuis la publication de cette chronique, le 7 octobre, on a appris qu’il ne s’agissait pas d’un propos de plateau mais bien de la position officielle du Planning Familial []

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

5 commentaires

  • Comment dialoguer avec quelqu’un qui trouve banal, voire souhaitable, ce que l’on considère comme la mise à mort d’un être humain? Je ne vois pas d’issue, ni sur un compromis -comment compromettre sur un sujet pareil- ni même sur un simple constat partagé. Que les partisans de l’avortement souhaitent sa banalisation est en quelque sorte normal: si l’on refuse de considérer cet acte comme banal (comme le serait, par exemple, une appendicite), on arrive assez vite à ce en quoi il consiste, à la suppression d’une vie innocente. Mais si l’on reconnaît cela, ce n’est plus la banalisation, mais l’autorisation qui est remise en compte, puisque jusqu’à présent le meurtre est interdit.

    Rappeler quelqu’un « à la simple humanité », donc, c’est impossible. Soit on dit que l’avortement doit être, sinon interdit, au moins combattu comme l’est le tabagisme, soit on ouvre les vannes. Mais un entre-deux qui serait la simple humanité, je ne vois pas.

    Merci pour les statistiques sur l’Allemagne. Je les ai regardées, un autre élément est intéressant, c’est que les avortements sont passés de 135 000 par an au début des années 2000, à environ 100 000 aujourd’hui, soit une baisse de pratiquement un tiers. C’est donc qu’il n’y a pas de fatalité à la hausse continue, et que l’on peut en réduire le nombre si l’on s’y emploie, sans retomber sur les aiguilles à tricoter.

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    • Je suis favorable au droit à l IVG mais contre ce prolongement.
      Je pense sincèrement eu un bébé est un proto-humain. Ce n est pas encore un humain et n a donc pas tout les droits qui y sont attachés mais ce n est pas non plus un simple organe. Il a donc des droits et on ne peux lesnrejetter sans reflechir.
      D un autrz cote etre enceinte est une tres forte contrainte sur la femme, qui met sa sante en danger. Cette contrainte importante impose aussi un droit pour la femme de refuser cette contrainte. ( c est pour ca que je suis contre la GPA car cette contrainte ne me semble pas reductible à une question d argent).
      Ces deux droits ( le droit à la vie du protohumain, er le droit dz la femme de disposer de son corps doivent pour moi s équilibrer en donnant la priorite a la femme quand la contrainte future est maximale et le foetus ld plus loin d etre un humain, et s inverser au fur et a mesure que les contraintes a venir sz reduise en temps, tandis que le foetus se rapproxhe le plus devient progressivement l humain du il sera à la naissance.
      Je voulais simplement illustrer qu il existe une position intelligible intermédiaire entre « l IVG est un meurtre » et « l avortement est un simple acte médicale ».

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      • Oui, il y a une position intelligible. Mais quels sont les pays qui ont réussi à se tenir à cette « position d’équilibre », grosso modo la loi Veil ? En fait on n’y arrive pas. Ce qui pose quand même question.

  • J’espère que l’on pourra un jour sortir de ce débat stérile sur les sujets éthiques (avortement ,euthanasie, bioéthique). Honnêtement, j’ai l’impression que les deux camps se battent pour le plaisir de se battre, avec des positions toujours prévisibles. Ce n’est pas qu’en France d’ailleurs, aux Etats-Unis, on va encore plus loin dans l’absurde, des deux côtés.

    Je partage tout à fait l’objectif de réduire le nombre d’avortements, la procédure n’est pas anodine pour les femmes qui y ont recours. D’ailleurs au Japon, il y a des temples qui proposent des rituels après les avortements, ce qui me semble tout à fait nécessaire.

    Je pense qu’une partie de la solution est une meilleure éducation et un meilleur accès à la contraception (la France est plutôt bien lotie, mais je crois qu’il reste des angles morts).

    Une autre partie, c’est je pense d’établir une morale adaptée à l’époque moderne. Cela devrait commencer à mon avis par une réflexion sur l’alcool, avec lequel on a trop de sympathie. De nombreux accidents pouvant mener à un avortement surviennent en fin de soirée alcoolisée, et ce n’est qu’un des problèmes du ‘binge drinking’.

    Je pense que l’on doit aussi faire une distinction entre ‘coup d’un soir’, qui n’est pas un comportement normal, et les couples que forment les jeunes entre 15 et 25 ans, souvent pour plusieurs années. Je pense que ces couples ont un rôle très positif pour stabiliser les jeunes dans cette période d’incertitude difficile à vivre entre maturité sexuelle et maturité économique, et où les jeunes gens n’ont parfois comme seul horizon qu’un mauvais enseignement académique.

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  • Je ressors de la lecture de votre chronique, pétrifiée d’horreur face à cette pression sans cesse croissante contre le combat pour la vie. C’est la preuve qu’il n’existe pas de réel  »humanisme » – même si je trouve ce mot vidé de sens – qui ne s’exprime le plus parfaitement possible dans la personne du Christ. C’est l’amour du prochain qui plus que jamais nous éclaire sur le sens réel du bien et du mal. C’est aussi la preuve que nous sommes loin d’avoir remporté la bataille de la vie et que plus que jamais il devient impérieux de ne pas relâcher nos efforts pour cette Vie que nous avons reçue de lui.

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