Résilience, guerre et déshonneur

J'éprouve quelque difficulté à associer la vision d'un drapeau français glorieux à la gestion de l'engagement français en Afghanistan et, à vrai dire, quels que soient les "gestionnaires". L'exécutif n'est pas exempt de critiques. Le parti socialiste est égal à lui-même. Des medias sombrent dans un incroyable relativisme. Dix morts ont provoqué un psychodrame dans lequel le ridicule n'a pas manqué de s'immiscer.

Fallait-il que Nicolas Sarkozy se rende immédiatement en Afghanistan ? La question se pose. Ne pas s'y rendre, c'était s'exposer au risque de paraître indifférent à la mort de dix jeunes soldats, notre plus lourde perte depuis un quart de siècles. S'y rendre expose à la critique d'une gestion compassionnelle de l'armée.

Fallait-il décider d'un voyage organisé pour les proches des soldats tombés au combat ? Je ne néglige aucunement la douleur de ces proches, pas plus que je ne minimise la possibilité que ce voyage ait pu leur apporter un certain réconfort. Il reste que cette initiative m'apparaît pathétique.

A plusieurs titres. Il est, tout d'abord, évident que la France n'organisera pas un tel séjour à chaque fois qu'un soldat sera tué, et les familles des prochains morts pourront légitimement s'estimer moins considérées. J'ai, en outre, un peu de difficulté avec la réaction d'un pays qui s'engage militairement et qui, dès les premières pertes importantes, se trouve traumatisé au point d'envoyer les proches sur place. A partir du moment où l'on s'engage dans une opération militaire, il faut savoir faire preuve de force de caractère.

Il y a, surtout, un décalage frappant entre les conditions de la mort des ces soldats et la petite opération psychothérapeutique organisée. Ces soldats sont "morts au champ d'honneur", pas dans un accident de bus.1

Il faut à cet égard lire l'entretien entre Jean-Dominique Merchet et la sociologue Danièle Herveu-Léger (à laquelle j'ai emprunté la comparaison précédente) :

"Ce qui se passe autour de cet évènement dramatique, c’est bien une logique de privatisation. Pour une part, le traitement médiatique de l'évènement a contribué a une transformation de ces morts au combat en un fait divers dramatique. Un fait divers, c’est un fait privé rendu public par sa communication médiatique. Lorsque Paris Match a publié un dossier sur les soldats tombés dans l’embuscade [Une semaine avant le reportage avec les talibans, ndlr.] j'ai été frappée par le fait que la manière dont le sujet était traité n’aurait pas été substantiellement différente si ces dix jeunes gens avaient perdu la vie dans un accident d'autocar !"

et

"Quel récit collectif sommes nous capable de mettre en avant qui puisse donner un sens au sacrifice de ces jeunes ? Et l'absence d'un tel récit, qui va au-delà du sens subjectif que chacun d'eux pouvait donner à l'éventualité de mourir au combat et que chacun assumait en s'engageant dans l'armée, on dépossède les jeunes soldats tombés du sens de leur mort."

Cette phrase traduit véritablement mon sentiment.

Fallait-il suivre complaisamment le père de l'un des soldats tués ? Fallait-il filmer et filmer encore ses larmes, répercuter ses questionnements, l'inviter sur tous les plateaux, l'ériger en expert de la chose militaire ? On n'aurait certes pas réagi différemment de lui, dans sa situation. Mais cette mise en avant a-t-elle un sens ?

Fallait-il réaliser un reportage auprès des talibans ? J'ai lu les diverses réactions au reportage de Paris-Match. J'ai retenu le billet que j'avais commencé à rédiger, en prenant connaissance des arguments développés par les journalistes. Mais à ce jour, je ne suis toujours pas convaincu. L'absence de recul, l'absence de mise en perspective est particulièrement gênante.

Dans cette vidéo, publiée en même temps que le reportage, Véronique de Viguerie n'apporte aucun élément de contextualisation, aucun élément permettant de prendre la mesure de la propagande dans la démarche des talibans. Il s'agit seulement de "donner la parole à chacun". Alors soit, nous sommes un de ces pays qui ont dépassé l'adhésion aveugle aux objectifs affichés. Soit, nous ne sommes, heureusement, plus dans la situation qui a pu prévaloir au début du XXème, lorsque l'on pouvait faire croire que les boches mangeaient les enfants. Mais cette façon de tendre le micro comme si chaque discours se valait reste troublante.

En accordant une tribune aux talibans comme si l'on ignorait qui ils sont vraiment est plus que regrettable, notamment en ce que cela a offert aux talibans une caisse de résonance inespérée, eux qui, précisément, visent spécialement des pays dans lesquels ils estiment l'opinion publique fragile. Paris-Match peut-il se croire un simple vecteur neutre d'information, comme s'il ignorait "le poids des mots, le choc des photos" ?

Fallait-il réagir aussi vivement à ce reportage ? Comme le souligne Jean-Dominique Merchet, "de Daniel Cohn-Bendit à Philippe de Villiers en passant par Max Gallo, le concert est unanime. Plutôt que de taire sa douleur, chacun l'exprime à haute voix, donnant par là un formidable écho à l'opération médiatique des talibans. Tous se laissent gouverner par l'émotion".

Fallait-il se mettre en quête des détails sur la mort des soldats ? Entrer en compétition pour déterminer s'ils ont été capturés, torturés, égorgés ? Et puis rechercher longuement les responsabilités, traquer publiquement les erreurs qui auraient pu être commises, chercher les responsables ?

Fallait-il demander son avis à ce Parti Socialiste ?2 Vient le temps du débat parlementaire, qui n'aura semble-t-il pas apporté grand-chose. Et le parti socialiste choisit de rompre un concensus politique de trente ans pour, une fois de plus, voter non à ce qu'il approuve. Le 28 août dernier, Pierre Moscovici, Secrétaire National du PS chargé des Relations Internationales, déclarait :

"nous avons eu un débat au bureau national du PS dans lequel 95% de ceux qui étaient présents ont eu la même position : nous ne sommes pas pour le retrait d'Afghanistan parce que cela aurait des conséquences incalculables "

Laurent Fabius déclarait :

"Il n'est pas question de se retirer du jour au lendemain ce qui serait un formidable cadeau pour les terroristes du monde entier"

Hier, les mêmes 95% ont retourné leur veste d'un même mouvement. A la seule question posée : "l’Assemblée nationale autorise-t-elle la prolongation de l’intervention des forces armées en Afghanistan ?", les socialistes ont, donc, répondu "non" en pensant "oui". A ce qu'il paraît, il s'agissait de ne "pas, à la veille du congrès de Reims, prendre le risque de radicaliser la gauche du parti, tentée, elle, de dire «non» à l’engagement français en Afghanistan". On mesure, à ce stade, le sens incomparable des responsabilités du parti socialiste, plus préoccupé par la gestion de son congrès que par le sens de l'Etat.

Je n'ai pas repris les déclarations enflammées qu'auront prononcées les socialistes à l'égard des talibans lorsqu'il ne s'agissait que de se payer de mots. L'exercice serait pourtant certainement intéressant. Il serait aussi éclairant pour l'avenir, lorsqu'ils ne manqueront pas, matamores, d'exiger la fermeté dans la défense des droits de l'homme, de la dignité de la femme, et de la liberté.

Voilà le psychodrame dans lequel, par la mort de dix soldats, une centaine de talibans a réussi à plonger le pays. Depuis un mois, le pays a sorti les mouchoirs, il n'en finit pas de se moucher bruyamment. Les talibans ont, assurément, remporté une victoire stratégique, une victoire tactique. Et la faculté de résilience du pays, elle, n'impressionne pas.

A la prochaine embuscade, ils l'auront, leur retrait.


  1. On peut certes critiquer l'expression même de "mort au champ d'honneur", il reste que c'est dans cet esprit et pour l'honneur que ces soldats se battent. C'est pour l'honneur qu'ils engagent leur vie. []
  2. oui, je sais, je pousse un peu []

61 comments

  • Pour moi l’origine de tout cela vient d’un triple mensonge par omission : - en Afghanistan, c’est la guerre, c’est dangereux, et des français allaient y mourir - les « militaires de carrière » ne sont pas des baroudeurs sans attache, ni foi, ni loi. Ce sont des jeunes gens qui ont fait un choix de carrière parfois temporaire, et certains sont jeunes - la France n’a pas les moyens de ses engagements (cette omission-ci est de longue date)

    Et comme toujours dans ces cas-là, la société civile dans ses diverses composantes réagit vigoureusement quand elle a l’impression d’avoir été flouée. (c’est comme le pouvoir d’achat et la crise : stupide de le reprocher à Sarkozy, mais c’était stupide aussi de faire croire aux gens à la puissance magique du « je veux » sarkozien, ou à la force surnaturelle de sa dentition… alors que la crise des subprimes a commencé au printemps 2007 soit pendant l’élection)

    J’ajoute à ceci que j’ai très mal compris pourquoi le président, tant qu’à renforcer notre engagement, l’a fait dans des délais aussi courts, et n’a pas attendu les élections américaines, pour pouvoir discuter avec la nouvelle équipe des conditions et de la stratégie. Je suppose, parce que malgré tout je suis citoyenne, qu’il y avait urgence. Mais j’espère qu’un jour, démocratiquement, la nature et le degré de cette urgence nous seront connues.

    Et, j’ai déjà eu l’occasion de le dire, si on envoie quelqu’un de ma famille dans ce bourbier, je deviens instantanément renégate et apatride. Limite, je deviens la première talibane catholique. Et je vais témoigner dans Match. Je ne ferai preuve d’aucun honneur et d’aucun courage, d’aucun esprit de sacrifice. Qu’Edvige se le tienne pour dit.

  • J’ai bien suivi ton point sur la croissance – aussi peu lié soit-il au sujet, mais qui te fait manifestement plaisir – moins sur le mensonge.

    Je veux bien te suivre sur le fait que la différence d’implication de notre engagement n’a pas été assez soulignée. Mais il me semble tout de même que les français devraient être capables de comprendre que les combats ne font pas de morts que dans le camp d’en face. Ce n’est pas le cas et, collectivement, les medias et les responsables politiques de tout bord ne les y aident pas.

    Ensuite, en ce qui concerne le fait d’attendre la nouvelle administration américaine, il me semble qu’effectivement, la coalition n’était pas en bonne posture lorsqu’il a pris la décision, en mars-avril dernier… et que la nouvelle administration ne sera pas en place avant janvier 2009.

  • Mensonge par omission attention, et je n’ai peut-être pas assez dit : Sarkozy n’est pas spécifiquement responsable de cela. Ce sont des idées qui courent depuis la professionalisation.

    A propos des français capable de comprendre. Voyons, ne te souvient-il pas, ici, de discussions à propos de « guerre chirurgicale »? Je ne sais pas qui à l’époque me parlait de la précision des armements et du niveau d’équipement et de professionnalisme. Je ne pouvais que répéter que la guerre c’était sale, et que, pire encore que dans un bloc opératoire, le soldat n’est jamais en mesure de décider calmement et froidement de la meilleure solution à prendre. C’est l’action et le danger. On a l’armée qu’on mérite. On a le niveau d’information de l’opinion publique qu’on mérite. Tout le monde depuis des années essaye de faire croire que la professionnalisation a été une merveilleuse réussite et que la France a les moyens de se projeter.

    Donc mensonge par omission. « Les gens », cette entité floue et que pourtant on rencontre partout, « les gens » ont découvert la réalité, et ont eu au passage l’impression de s’être fait flouer par des « élites », réalité aussi floue. Les cancaneries à propos de l’emploi du mot « guerre » me semblent relever d’une volonté de continuer ces omissions. Mais c’était déjà la guerre avant.

    Et ce mensonge se continue par sa suite logique, que nous partageons là avec les américains : l’absence de perspective stratégique. A quel moment cette guerre sera-t-elle gagnée? En fait, elle l’est déjà, puisque le régime a été renversé. Alors quels sont les objectifs sociaux par exemple qui permettront de dire qu’on peut foutre le camp?

  • Très bon billet Koz.

    Lisette, en Afghanistan c’est la guerre, mais nous ne sommes pas en guerre contre l’Afghanistan et les Afghans.

    La fin de ton premier commentaire est remarquable par son honnêteté, mais ne fait que renforcer le point général de Koz sur la résilience de notre pays.

    Il suffit ensuite d’additionner 2 et 2 pour comprendre pourquoi Poutine se permet d’envahir un pays souverain aux portes de l’Europe.

  • Il faut, hélas, saluer l’intelligence des extrémistes islamistes qui semblent avoir compris que leur intérêt est de ne pas continuer les attentats chez les occidentaux, car c’est le meilleur combustible pour justifier une intervention, mais de les perpétrer chez eux ou chez leurs voisins proches. C’est loin ce pays ou « ils » s’entretuent, pour des raisons pas très claires ! Il est tellement plus efficace de laisser jouer la lassitude de peuples peu enclins à se battre pour « d’obscures raisons » dont la justification requiert un débat moral difficile, une réflexion ardue sur la civilisation dont on se réclame. Tellement plus efficace de les laisser se miner de l’intérieur en donnant aux forces politiques l’occasion de se différencier, de s’affronter sans aucun risque sauf celui d’affaiblir encore davantage leur capacité à se poser en éclaireur de la société. On a déjà oublié cette levée de boucliers qu’avait suscitée l’obscurantisme des talibans il y a quelques années. Mais c’est si loin……………et nous sommes tellement las de notre médiocrité.

  • Libéral : je suis bien d’accord qu’on est pas en guerre contre l’afghanistan, mais c’est de la cancanerie. D’abord on est en guerre contre des Afghans. Pas les, mais des. Et surtout, si on emploie pas le mot « guerre », aucune chance que l’opinon publique comprenne qu’on envoie des gens au combat. Tu vois la nuance? Ils se disent que c’est du maintien de la paix, genre. Pas qu’il faut envoyer des drônes reconnaître chaque m² parce qu’on est en pays hostile (tu vois, j’ai pas dit ennemi, je reste politiquement correcte). Et après, les gens découvrent. Et la société civile, disais-je, dans toutes ses composantes, réagit violemment et pas forcément de manière appropriée.

    Au fait, on aurait jamais dû se renforcer sur place et pas dans ces conditions, et/ou revoir nos autres engagements (et comment qu’on fait au Darfour je vous le demande?). Mais maintenant c’est trop tard pour se casser et le PS est effectivement en plein jeu politicien. Je crois que Cilia dans la chatbox a raison : s’ils étaient aux responsabilités, ils auraient pas eu la folie de voter non.

  • Voilà un billet que je lis en hochant continuellement de la tête. J’étais moi aussi abasourdi d’entendre à la radio ce qui était présenté comme un témoignage poignant d’une mère d’un des soldats tués. Elle demandait en larmes pourquoi la France envoyait des enfants se faire tuer. J’imagine bien la douleur qu’elle éprouve, mais toute personne ne se laissant pas déborder par l’émotion pouvait lui apporter les réponses suivantes : on ne peut intégrer l’armée qu’à condition d’être majeur, être militaire n’est pas sans risque, même avec les meilleurs équipements et forces d’appui, et l’Afghanistan est un pays dangereux. Les soldats qui s’engagent ne l’ignorent pas, et c’est pour ce courage qu’ils bénéficient de notre admiration.

    Et même, là où j’ai été particulièrement surpris et fier de l’armée française, c’est d’apprendre qu’elle n’avait pas eu 10 soldats tombés au combat en même temps depuis 25 ans, vu l’implication de la France un peu partout dans le monde dans ce laps de temps, c’est remarquable.

  • Argh, xerbias. Et donc, du moment qu’il était soldat, il cessait d’être son enfant? Il cessait d’être humain aussi, peut-être? C’est précisément à cause de ce genre de pensée, largement répandue et jamais contrée par le discours officiel, qu’on découvre aujourd’hui, de nouveau, l’horreur de la guerre. Etre soldat professionnel, c’était comme changer de nature. C’est pas grave s’ils meurent ils sont là pour ça. Ben figure-toi que lui quand il s’est engagé il avait pas dans l’idée que pour toi ça ne représenterait rien en fait.

    La dernière fois c’était au Liban. Et sinon, autrement, on a soigneusement évité de faire la guerre pour de vrai tu vois. On faisait du maintien de la paix et des missions spéciales. De l’ordre. c’était dangereux, ça demandait des professionnels. Mais c’était pas la guerre pareil.

  • Si nous sommes d’accord, avec Xerbias, non, Lisette, ce n’est absolument pas ça. Le reproche que tu lui fais est à côté de la plaque. Bien au contraire – et si tu connais des militaires, vois-tu, j’en connais également assez pour avoir une idée de leur façon de fonctionner – je pense que les soldats sont plutôt sévères avec la façon dont on réagit à leur mort, sur la façon dont l’ »arrière » encaisse les coups. Et qu’ils n’ont pas envie que leur mort digne soit gérée façon guimauve. Les soldats du 8ème RPIMA ne demandent pas notre compassion, mais notre respect (et si on y ajoute un peu d’admiration, ben, ils sont pas mécontents).

    Parce que oui, bien sûr, tu peux aller interviewer toutes les mères du monde dont les enfants sont soldats. Oui, la guerre provoque la souffrance, oui, les mères sont en pleurs. Mais je ne crois pas véritablement nécessaire de leur tendre un micro pour s’assurer que tel soit bien le cas.

    La question est : faut-il faire la guerre aux talibans ? Faut-il les empêcher de se rétablir ?

    On peut y ajouter : doit-on abandonner et accepter que l’Afghanistan redevienne ce qu’il était en 2001 ?

    Si cette guerre (ou cette intervention militaire – je ne crois pas la distinction faite par Morin si con) est légitime, en agissant de la sorte, on ne fait que démultiplier les effets recherchés par les talibans. Ils savent qu’ils ont affaire à une démocratie, fragile par essence, parce qu’elle compte avec son opinion publique. Et ils frappent en toute connaissance de cause, pour la faire paniquer. Et nous, que fait-on ? Nous collons un micro pour entendre un peu plus fort les sanglots des mamans…

  • On colle un micro parce que jamais on a compris avant qu’elles allaient pleurer. Déjà c’est limite si on avait compris que ça avait une maman un soldat. Ce n’est pas qu’on les avait pris pour des robots, mais jamais ça n’avait effleuré l’esprit de personne, depuis la professionnalisation. Un soldat, c’était pas un civil, et c’était normal de mourir. Et quand elles pleurent, y’a un xerbias qui s’étonne : « ben quoi, il était soldat, oui ou merde? »

    Morin fait les distinctions qu’il veut. Tant qu’on employait pas le mot guerre, et qu’on voyait pas des images de guerre à la télé, mais des images d’enfants à l’école, il n’y avait aucune chance que l’opinion publique se prépare à la réalité. (à tes questions, je réponds oui puis non, bien sûr. Mais en toute honnêteté, je dis aussi que ne suis bonne patriote que tant que ça meurt chez les autres, et là je parle pas au nom des militaires, mais au nom de moi-même, bout de société civile qui a conscience des limites à son sens du sacrifice)

    Bon sang, ça me paraît tellement normal que les gens soient choqués! Après, la réaction politique est censée être responsable.

  • On colle un micro parce que jamais on a compris avant qu’elles allaient pleurer.

    Tu nous la joues crédule, maintenant ? Tu imagines que le journaliste qui invite la mère d’un jeune soldat récemment tombé au combat n’attend pas la petite larme ? Séquence émotion…

    Et, soit dit en passant (voilà une opinion qui finira de me faire passer pour un sans-cœur), quelle est la légitimité véritable de l’opinion de la mère d’un soldat sur un conflit ?

  • « Et, quelle est la légitimité véritable de l’opinion de la mère d’un soldat sur un conflit ? »

    La meme que celle qui consiste a demander a un petit épargant ruiné par la faillite de sa banque ce qu’il pense du capitalisme !! Ok, je sors.

  • @ Koz

    « Et, soit dit en passant (voilà une opinion qui finira de me faire passer pour un sans-cœur), quelle est la légitimité véritable de l’opinion de la mère d’un soldat sur un conflit ? »

    Je partage ton opinion dans le contexte et sur l’ensemble de ton billet, à quelques détails près sur lesquels je reviendrais.

    Mais, si tu prends l’exemple de l’Irak, que penser des mères/parents qui se sont mobilisés pour demander l’arrêt du conflit ? Légitimes ? Illégitimes ? Vitales, dans le sens où l’opinion américaine a commencé à penser de façon moins monolithique lorsque ces premières voix se sont exprimées ? Seules voix susceptibles d’être entendues à un certain moment, puisque tout politicien ou même journaliste qui osait constater la légimité de cette guerre était irrémédiablement classé « anti-américain » ou « anti-patriote » ou « limite pro terroriste » ?

  • M’enfin la question n’est pas de savoir si la maman est légitime!!! Comme le rappelle Eponymus, elle a la légitimité d’être un bout du corps social, un bout de la Nation. La même légitimité que toi. Depuis le début, j’essaye d’expliquer la réaction de l’opinion que tu décris dans ton billet. Je suis d’accord avec toi pour dire qu’elle est inappropriée, et je suis d’accord avec toi pour dire que maintenant c’est trop tard pour quitter le terrain.

    Mais à mon avis cette réaction est parfaitement compréhensible, et s’explique par une série de ce que j’appelle des mensonges par omission. Alors la maman, quand le journaliste est allé la chercher, bien sûr qu’il a fait du sentimentalisme. N’empêche que, avant ça, personne n’est allé voir les proches de ceux qui partaient, ou qui étaient partis là-bas. L’opinon publique, mon esthéticienne, mes collègues, ma boulangère, le chauffeur de taxi, ne pensaient même pas qu’il y aurait des mamans pour pleurer des jeunes de 20 ans. Et ça leur fait un choc pour lequel il faut au moins un temps d’adaptation : ah, donc, les soldats, ils ont des familles, ils peuvent être jeunes. Ah, donc, quand on dit qu’on les envoie en Afghanistan, c’est pour mourir pour de vrai pas comme dans les films, et ils laissent des bébés et des femmes en pleurs et des pères accablés. L’opinion doit se faire à cette idée.

    Perso ces images me sont insupportables. Et ces questions qu’on leur pose de savoir s’ils auraient laissé leur fils s’ils avaient su, etc… N’empêche que c’est comme ça qu’on comprend le truc. Les démonstrations bizarres du gouvernement, le voyage organisé, etc, c’est pas très digne, enfin ça me fait une impression étrange, à moi qui n’en suis pas. Mais je constate que c’est un début de pédagogie et de communication guerrière. Toutes choses qui étaient occultées avant (par omission, largement, par méconnaissance, par illusion)

  • C’est bon Lisette, lache nous un peu avec le syndrome du modemiste proche des gens qui sait mieux que tout le monde ce que pensent les Français.

    Les Français ne sont pas si cons. Tout le monde a compris que nos soldats risquent leur peau en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, au Tchad, au Liban, au Kosovo etc… « On colle un micro parce que jamais on a compris avant qu’elles allaient pleurer » dis-tu? Je pense que tu te trompes lourdement. Tout le monde savait qu’il y aurait sans doute des morts. Et tout le monde savait que leurs mères pleureraient.

    Ne fais pas semblant de ne pas comprendre ce qu’écrit Xerbias. Personne ne dit qu’il faut se foutre de leur mort, ou qu’ils la méritent ou qu’ils ont signé pour. La possibilité, la probabilité de ces morts a été intégrée par la société au moment où on a pris la décision d’y aller.

    Alors ça fait une belle jambe au proche de celui qui est tombé. Car 10 morts à l’échelle d’un pays comme le nôtre, ce n’est pas une tragédie. Mais pour la famille du disparu c’est la fin du monde. C’est justement pour ça qu’aller coller un micro sous le nez de chaque mère, de chaque père, et s’attarder sur celui ou celle qui pleure le plus, qui hurle son désespoir le plus fort, ce n’est pas de la compassion. C’est du voyeurisme et du masochisme. C’est gratter la croûte, retourner le couteau dans la plaie.

  • Il fut un temps où l’on tuait les porteurs de mauvaises nouvelles………. maintenant on les passe au Vingt heures.

    Je ne sais quelle mort il faut préférer : Celle du corps ou celle de l’âme ?

  • Bonjour,

    Je me retrouve bien dans ce billet, avec cependant quelques nuances : il est légitime pour les familles d’exprimer leur chagrin ou leur révolte et il est dans l’ordre des choses que certains médias leur portent une oreille complaisante.

    Ce qui m’a davantage gêné, c’est évidemment ce voyage organisé par les autorités qui ne peut effectivement pas remédier au chagrin des proches, mais qui a du effectivement faire penser aux talibans que notre pays était affecté par un « déclin du courage », si je me réfère au discours de Soljenytsine auquel renvoie un billet précédent.

  • Libéral, d’où tu vois du Modem là? (mais bon vu que j’ai été con dans ma parenthèse de premier commentaire, je me la ferme un peu). C’est le PS qui essaye de mettre du clivage politique à tout prix là dedans, merci de ne pas faire son jeu.

    Je propose une explication à un phénomène de voyeurisme qui ne me plaît pas plus qu’à vous. La réaction de Xerbias, oui c’est une volonté de dépassionner : mais c’est exactement COMME CA, avec ces remarques hyper raisonnables sur l’engagement militaire et la guerre, qu’on en arrive pour l’opinion à des surprises de la taille de celles qu’on a vu cet été. Gratter la croûte, remuer le couteau dans la plaie. Et puis, parfois, du coup, des choses pas mal. Je me souviens avoir vu un portrait de la femme du colonel du 8è RPIMA, et sur l’organisation qu’elle avait mise en place. Sur la façon dont elle envisageait son rôle (que rien ne l’oblige à prendre)

    Je ne peux que le répéter : tant que les français n’avaient pas compris que c’était la guerre là bas, le sens de ce qui se passait en Afghanistan leur échappait. Et on ne comprend que c’est la guerre que quand on voit les veuves et les orphelins. Les soldats ils partent tout le temps. Pourquoi là ils meurent par grappes, et que c’est normal, comme ça, sans même qu’on puisse parler de grosse bourde?

    M’enfin personne autour de vous ne s’est demandé pourquoi ils avaient 20 ans? C’est cette question qui m’a épatée, à mon retour de vacances. Cet étonnement m’a surprise. Ben ils avaient 20 ans parce qu’à 20 ans on est formé et apte, et que physiquement on est mieux qu’à 40…

  • M’enfin personne autour de vous ne s’est demandé pourquoi ils avaient 20 ans? C’est ça qui m’a épatée, à mon retour de vacances. Ben ils avaient 20 ans parce qu’à 20 ans on est formé et apte, et que physiquement on est mieux qu’à 40…

    Qu’est-ce qui t’a épatée à ton retour de vacances ? Que personne ne se le demande ? Qu’ils aient 20 ans ? Ou de découvrir soudainement que, depuis que le monde est monde, les soldats du rang ont plus souvent 20 ans que 60 ?

    Là aussi, dans la gestion compassionnelle, dans l’émotion à deux balles, on s’est bien posés là. « Il faut faire rentrer nos jeunes ». Bah oui, l’armée utilise surtout des jeunes. C’est probablement dû à son activité. Mais la prochaine fois, on enverra nos vieux : on n’en manque pas, et ça fera moins pleurer.

    L’armée a d’ailleurs fini par publier une liste des pertes subies depuis plusieurs dizaines d’années, soulignant que ces soldats n’étaient pas plus jeunes que d’autres.

    Je ne suis pas certain que le fait que l’opinion publique se pose des questions cons soit un bon critère de la légitimité de la question.

  • Des défaites, il y en a toujours eu. Dien Bien Phu, c’était bien pire que cette escarmouche afghane. Mais Paris Match avait créé des héros à Dien Bien Phu, soldats ou infirmières. J’étais tombé par hasard sur un numéro de cette époque, et il était tout entier consacré à la figure de Daisy de Galard, cette infirmière héroïque qui avait les vertus d’apaiser les souffrances dans la défaite. Celles des blessés et celles du pays.

    Propagande me direz-vous ? Encore heureux que l’on ait cessé cette manipulation dirons certains …

    On peut hésiter entre suivre l’esprit du temps et faire revivre nos vieux réflexes patriotiques. Koz lui-même semble vaciller. Mais que croyez-vous ? Une propagande en a remplacé une autre. Ce qui est grave n’est pas tant que Paris Match nous ait servi la parole de l’ennemi. C’est qu’il l’a fait parce qu’il n’a plus rien d’autre à vendre comme histoire, qui magnifierait nos hommes, leur sacrifice et par conséquent la hauteur de leur âme et de leurs idéaux. PM a simplement servi une autre idéologie, munichoise pour dire son nom.

    « On dépossède les jeunes soldats tombés du sens de leur mort »… reprend Koz. C’est exactement cela. Que l’on ait tort ou raison d’aller en Afghanistan, c’est le problème des politiques. Les soldats eux y sont allés, avec courage et esprit de risque. Il faut au moins saluer ces qualités. Et rappeler leurs idéaux.

  • Très bon billet Koz, moi aussi je me trouve à hocher la tête en le lisant. A la réflexion, je serais encore moins indulgent que vous, je crois.

    Voyons ceci dans la perspective de l’ennemi : les réactions des médias et surtout de la classe politique ont transformé une embuscade réussie en grande victoire pour les talibans. Ils savent désormais comment ils peuvent provoquer un émoi majeur, et même comment faire venir Sarkozy chez eux au moment de leur choix.

    « Fallait-il demander son avis à ce Parti Socialiste ? » Ben, d’après la Constitution récemment modifiée, ce n’était pas un peu obligatoire ? Par ailleurs, je crois que c’est un peu trop facile de casser du socialiste sur ce coup-là. S’il y a eu consensus sur la politique étrangère et de défense depuis 30 ans, ce n’est pas un coup de chance. C’est aussi et surtout parce que les présidents Mitterrand et Chirac ont décidé que c’était nécessaire, et ont travaillé pour construire et entretenir ce consensus. Si celui-ci se fissure aujourd’hui, Sarkozy doit porter la moitié de la responsabilité, au moins.

  • Et sinon, autrement, on a soigneusement évité de faire la guerre pour de vrai tu vois.

    Desert storm c’était pour rire?

    Koz, la résilience, c’est depuis le « chemin des dames » qu’on l’attend.

    La France fière de son armée? 40, Dien Bien Phu, l’Algérie. Avec la professionnalisation le fossé entre l’armée et la société civile est devenu un gouffre. L’Etat honore, à juste titre, les soldats tombés au combat. On se fiche autant du militaire mort à l’entrainement que du maçon qui tombe de son échafaudage. Mais il me semble que viscéralement, la société française est pacifiste et dans une large proportion antimilitariste. Sauf que de temps en temps la violence du monde nous rattrape. Soit on se replie sur soi (la tendance naturelle qui ressort des sondages), soit on prend les moyens de ses ambitions. Les moyens ce sont des vies humaines suspendues au viseur d’un Taliban qui n’a absolument rien à perdre. Les moyens ce sont des sommes colossales à investir dans du matériel et des équipements à renouveler en permanence, et ce forcément au détriment d’autres postes budgétaires.

    La situation en Afghanistan nous force à nous poser la question de notre relation au monde, à la fois en terme d’échanges mais aussi en terme de puissance, ce qui, en politique étrangère, est un gros mot.

  • Tout à fait d’accord avec ton très bon billet Koz. Les guerres hors des limites du territoire national ne se perdent pas sur le terrain mais dans l’opinion.C’est pour cela qu’lle ne peuvent être gagnées que si elles sont très courtes, avant que le défaitisme ne gagne la population. Les français en ont déjà fait l’expérience avec la guerre d’Algérie quand l’opinion exigea que l’on face toutes les concessions possibles à un ennemi pourtant battu sur le terrain. Même chose pour la guerre du Vietnam.Giap n’a pas gagné dans les rizières, il a gagné sur les campus américains. La guerre d’Irak est devenue incroyablement impopulaire parce qu’il y a des morts et qu’il y en a de plus en plus parce qu’elle traîne en longueur. L’opinion réagit comme si on pouvait choisir le métier des armes sans un jour risquer sa vie. C’est un peu comme si on s’étonnait que des truands osent tirer sur les flics. Bien sûr qu’on éprouve une grande tristesse quand des soldats français tombent au combat, même si ce sont des volontaires, mais de là à offrir une formidable caisse de résonnance à la propagande ennemie, c’est tout de même un peu fort. Je tire deux conclusions de cette lamentable affaire : (i)les médias, ou disons certains journalistes, par calcul ou tout simplement pour faire un bon papier ou une bonne émission, se font les auxiliaire zélés de l’ennemi. Ce n’est pas nouveau mais c’est intolérable. (ii) bien qu’en désaccord avec beaucoup des arguments écits par Lisette, je lui donne raison sur un point : cette guerre qui n’ose pas dire son nom ne peut être gagnée. Les anglais et les russes se sont déjà fait corriger en Afghanistan. Ce sera la même chose en pire car l’opinion publique occidentale en général et française en particulier ne sera pas aussi disciplinée qu’en Angleterre ou aussi muselée qu’en URSS. Alors que fallait-il faire puisqu’on ne pouvait laisser le terrorisme triompher? Peut-être fallait-il aider les afghans à régler le problème par eux-mêmes, si toutefois cela était possible. Mais maintenant que le vin est tiré il faut le boire jusqu’à la lie.

  • @ philo « On se fiche autant du militaire mort à l’entrainement que du maçon qui tombe de son échafaudage » ça tombe bien ton exemple, souviens toi de 1954 ou la cgt avait demandé à ses adhérents de saboter les munitions en destination de l’indochine, quand le pays ne soutiens plus ses soldats il y a un profond malaise, quoique dise lisette un soldat est là pour défendre la nation, quelqu’en soit les conséquences, et les conséquences aussi malheureuses soient-elles ne peuvent en aucun cas remettre en cause l’engagement d’une nation pour se protéger, le terrorisme n’est pas un fantasme, renseignez vous, lisez le coran, lisez surtout ses exégèses qui, au nom de quoi? interprêtent les textes selon leur propre convenance.

  • @dang « Les guerres hors des limites du territoire national ne se perdent pas sur le terrain mais dans l’opinion. »

    c’est justement là qu’elles perdent.

  • @Philo : vous faites allusion à la guerre d’Algérie. Justement le parralèle est saisissant entre l’embuscade en Afghanistan et celle de Palestro au début de la guerre d’Algérie. En Algérie, en 1955, 21 soldats français furent tués lors d’une embuscade dans les gorges de Palestro. Dès le lendemain on ne parlait plus des opérations de maintien de l’ordre en Algérie mais de la guerre d’Algérie, et dès le surlendemain les murs étaient couverts d’affiches apposées par les communistes) demandant l’arrêt de cette sale guerre et le retour des soldats dans leurs foyers. Il y a toutefois une différence de taille entre l’embuscade de Palestro et celle en Afghanistan: à Palestro les militaires étaient des appelés du contingent, aucun n’était volontaire, et le pacifisme/défaitaisme était orchestré par le parti communiste, le gouvernement étant socialiste!

    @Effigy : bien vu l’exemple de l’action scandaleuse de la CGT lors de la guerre d’Indochine. Il y eut pire en 1939-40 quand l’armée française eut à gérer les consignes de sabotages données par le parti communiste aux ouvriers des usines d’armement. Le pacte germano-soviétique n’avait pas encore volé en éclat et les communistes jouaient la carte d’Hitler. C’est ainsi que les usines d’armement sortaient de grandes quantités de chars et d’avions, mais sans moteurs car le commandement n’avait pas confiance. Les moteurs étaient fabriqués ailleurs et posés plus tard sur chars et avions. Le problème c’est que les allemands ne nous laissèrent pas vraiment le temps de jongler avec nos problèmes de sabotage. PS : effigy, je ne comprends pas bien ta phrase « c’est justement là qu’elles perdent ».

  • @ Lisette

    Attention, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit.

    Le billet de Koz, je suis 100% d’accord avec. Je l’endosse, le contre-signe, appose mes initiales dans les coins en bas à droite, signe en marge, pose mes empreintes dessus.

    « un bout du corps social, un bout de la Nation. » c’est plus une formule qu’autre chose. Ca vient trop tard comme protestation dans ce cas. On envoie mon enfant se faire tuer ?

    Dans ce cas, il faut militer dans les mouvements antimilitaristes, l’empêcher de s’engager dans un régiment de parachutistes d’élite d’une armée de métier, dans un pays déjà engagé dans des TOE, interdire à l’état d’engager des soldats ayant des parents.

    Bref, faut pas demander aux parents qui viennent de perdre un enfant de pas en vouloir au monde entier et d’être logiques. Surtout quand la logique commence par un régime protégeant des types qui applaudissent quand 3 000 personnes meurent pour rien à 10 OOO km de là. Où est la logique dans ce merdier. Mais faut pas non plus en faire des icônes médiatiques. Encore moins des caisses de résonance de la propagande politique d’un ennemi déclaré.

    J’irais même plus loin, d’un point de vue militaire, si 10 soldats français dans une embuscade se font tuer mais que 50 talibans sont éliminés, l’opération est un succès. Les erreurs de l’armée ? Analysez un succès militaire comme le débarquement allié en Normandie et vous serez surpris du nombre d’erreurs, de cafouillages qui au final coutèrent la vie à des milliers de soldats, américains principalement.

    Aussi, lorsque Herveu Leger dit que cette histoire est traitée comme un fait divers, j’avoue que je ressens de toute façon le même dégout lorsque les proches des victimes d’un accident d’autocar sont exploités par la presse de la même manière. Ca a moins de conséquences, mais ce n’est même pas mieux sur un plan moral.

    Et je ressens le même dégout également lorsque la détresse des parents de jeunes ne portant pas de casque juchés à deux sur une mini moto interdite de circulation débridée illégalement pour atteindre 70 km/h morts en percutant une voiture de police est exploitée par le camp Royal jusqu’à plus soif.

    Maintenant reste le paradoxe auquel je suis confronté. Les mères américaines de soldats tués qui hurlent aux US contre la guerre en Irak ont raison. Les vétérans qui reviennent et qui dénoncent cette guerre, la façon dont elle a commencé et la façon dont elle a été longtemps menée, ont raison. Les activistes qui font de même, ont raison. La presse qui hurle maintenant et qui, de fait, fait le jeu des terroristes irakiens du fait du même mécanisme, a pourtant raison – elle qui trop longtemps a fait preuve d’une complaisance coupable à l’égard de l’administration Bush dans cette affaire.

    Alors il va bien falloir le résoudre ce paradoxe.

  • L’Afghanistan, ça n’est pas l’Irak. Paradoxe résolu.

    A part que les Américains sont principalement à l’origine d’une guerre d’un côté et d’une intervention de l’autre, il n’y a pas beaucoup de similitude entre les deux situations (politiquement avant/maintenant et militairement).

    La plus grande difficulté pour la coalition en A-stan, et en particulier pour les USA, c’est de gérer « l’effet Irak », non seulement dans la communication et la justification du moindre geste mais aussi dans la manière dont l’ennemi profite du choix désastreux de Bush d’aller bouter Saddam hors de chez lui. Ça permet aux Talibans à la fois de recruter large (ie au delà du Pakistan/Afghanistan) et d’être largement en tête dans la guerre psychologique menée conjointement contre les forces alliées, leurs opinions publiques, les ONG et les populations locales.

    Bref, pour détestable que la situation soit en Afghanistan, nul n’est besoin, je crois, que les mères, les vétérans ou une presse qui veut se refaire une virginité, nous « ouvre les yeux ». Malheureusement nos yeux sont ouverts, et l’étaient en grande partie avant l’embuscade: je ne pense pas que depuis 2001, beaucoup de gens et de militaires ont considéré qu’aller là-bas c’était sans risques (militaires) et sans conséquences (politiques).

    L’exploitation journalistique de ces derniers mois me rend aussi malade. A mon sens, il est nécessaire de garder un œil sur les actions de la coalitions et en particulier les bombardements sur les civils mais en évitant le pathos. (Re)Découvrir les actions contre les civils de la part des Talibans équilibrerait un peu la balance. (attaque d’un camion de livres)

  • Plutôt que de tergiverser sur la présence ou non en Afghanistan et de jouer sur l’émotion (Ce ne sont pas les premiers morts français là-bas), les médias auraient mieux fait d’expliquer le bourbier Afghan.

    • Pourquoi entre 2001 (la chute) et 2006 (présence de la force internationale), l’Afghanistan était-elle plutôt tranquille ?
    • on parle de ce pays comme d’une unité alors qu’il faut raisonner par vallée. Certaines sont calmes, d’autres non.
    • Les liens avec le voisin pakistanais et l’exemple irakien qui font que l’on ne peut plus raisonner Afghanistan « intra-muros »

    (émission fort intéressante sur LCP « bibliothèque Medicis)

    Quant à la position du PS ce n’est pas étonnant car militer c’est être contre quelque chose ou quelqu’un. Mais je suppose que l’inverse aurait pu être vrai (si le Ps était au pouvoir). C’est la crédibilité du militantisme qui est en cause. Bayrou n’a rien à perdre lui car il a un parti fantôme et qu’il doit parler de lui.

  • Tout à fait d’accord avec ce post. Le problème est que nous sommes tellement devenu une société « pacifiste » que nous avons perdu tout le sens des valeurs militaires et que nous traitons désormais la guerre et ses morts comme des accidents de voiture ou le dernier fait divers sur l’euthanasie… Et le plus triste est que cela n’est pas prêt de changer : les partis poltiques n’ont plus aucune conception militaire à quelques exceptions près, les futurs citoyens francais ne font plus de servir militaire et les médias sont profondement « pacifistes » pour ne pas anti-militaristes.

    Quant au PS, il nous donne encore un apercu du fameux régime des partis que combattaient De Gaulle et que le PS mais aussi une partie de la droite réverait de ressuciter si quelques gardiens du temple n’étaient plus là. Et encore, nous avons de la chance que le PS ne soit pas au pouvoir car prendre cette position dans l’opposition, c’est certes ridicule et pitoyable mais pas véritablement nuisible sauf à l’unité nationale, mais si le PS était au pouvoir et gérait les affaires de la France en fonction de ce que pense son aile gauche ou son aile droite ou qui sais-je encore, les conséquences seraient un peu plus douloureuses. Petite anecdote similaire : en 1988-1989, à l’époque des premiers affaires de jeunes filles voilées dans les écoles, Michel Rocard, premier ministre voulait une loi interdisant les signes de religion dans les espaces publics et les services publics, dans la droite ligne de la position laïque de ce parti et de ses alliers radicaux de gauche. Cependant, le ministre de l’Education d’alors était contre, L.Jospin (qui ne venait pas du même horizon que Rocard) dans un souci de préserver les « communautés » et la ligne anti-raciste qui avait permis la réélection de Mitterrand contre Chirac en 1988. Et le premier ministre qui préparait je ne sais plus quel congrès, avait choisi de faire alliance avec Jospin pour déziguer Fabius, Mauroy et les autres et se partager les restes du mitterrandisme, les 2 pensant au final arrivés à tirer avantage de l’alliance. M.Rocard n’a fait aucune loi, les dérives communautarismes ont perduré dans le souci d’une alliance interne au parti socialiste.

  • Illustration ce matin : Morin interrogé par Galzi sur Télématin. Galzi n’est pas trop mauvais dans l’ensemble, bousculant un peu Morin sur le problème des labos d’héroïne.

    On en vient aux renforts en hommes et matériel. Question de Galzi : est ce que ce sera suffisant pour éviter un nouveau 18 août? Réponse de Morin : quels que soient les moyens en hommes et en matériel, il y aura toujours des risques.

    Autre question de Galzi : Il apparaît que les éléments de l’Armée Nationale Afghane étaient derrière et les Français en première ligne, est ce normal? Réponse de Morin : C’était une opération commune, des fois ils sont devant, des fois derrière. Galzi répète sa question : est ce normal?

    Mon point. Ce sont bien les journalistes, et non le gouvernement qui distillent ce sentiment de risque zéro. On est bien dans l’analogie avec l’accident de bus : il y a forcément un responsable, le constructeur, le patron, le conducteur… Si tout avait été fait dans les normes, ça n’aurait pas dû arriver…

    Galzi semble sous-entendre que les soldats français devraient toujours se planquer derrière les Afghans. Croit il vraiment qu’on peut bâtir l’indispensable confiance en faisant prendre les risques aux Afghans et à eux-seuls?

  • Libéral : « ce sont bien les journalistes, et non le gouvernement qui distillent ce sentiment de risque zéro ». Désolée mais dans le fond nous sommes d’accord : le problème est cette impression de risque 0, qui est mensongère par rapport à ce qu’est réellement la guerre, comme le dit Niko. Pour moi le partage gouvernement/journaliste est assez équitable sur la longue durée. Et ce n’est pas une faute de ce gouvernement-ci en particulier. Je vais prendre Thaïs en exemple : dans toute sa bonne foi, elle demande pourquoi l’afghanistan était tranquille entre 2001 et 2006. Ca n’a jamais été une zone tranquille. Kaboul en elle-même était un peu mieux sécurisé, mais le territoire afghan n’a jamais été complètement maîtrisé. Ca a toujours été un pays en guerre. Guerre de libération vu de notre point de vue, d’invasion du point de vue de certains Afghan (ceux qu’on aime pas, et puis d’autres qui se sentent patriotes et constatent amèrement qu’un pays en guerre, ça ne va pas bien même si c’est une guerre de libération)

    Tant que l’idée du risque 0 se diffuse, ou que l’on emploie le mot de guerre avec des pincettes, c’est « normal » même si c’est inconvenant de voir ces décès être traités sur le mode du pathétique. Sauf ici, je n’ai pas eu l’impression, quand la décision a été prise de renforcer notre présence là-bas, que les gens autour de moi comprenaient ce que ça voulait dire. Et en particulier que ça allait être un carnage.

  • Epo, les mères qui demandent le retrait américain d’Irak ont-elles raison parce qu’elles sont mères ou parce que les américains devraient se retirer d’Irak (ou plutôt n’auraient pas dû y aller) ? La mère française qui demande le retrait d’Afghanistan est-elle plus légitime parce qu’elle est mère ?

    Bref, je ne pense pas que leur qualité soit essentielle.

    Quant à l’illustration donnée par Liberal, c’est vrai que c’est navrant. On ne comprend même pas l’intérêt de cette mise en doute. Et on n’imagine que trop bien quelle serait la réaction si les français mettaient les afghans devant. On viendrait expliquer que les français méprisent les afghans, que les pertes afghanes ne pèsent pas, pour eux, et qu’ils les envoient se faire tuer en première ligne tandis qu’ils restent derrière.

    Bonne illustration de l’inanité de ces questions.

    « Carnage », Lisette, c’est un peu excessif. Il va y avoir des pertes, peut-être des pertes importantes, mais évoquer un « carnage » à cette heure me paraît un peu déplacé.

  • C’est 10, seulement quelques jours après le début du changement effectif de mission. Et, comme plusieurs l’ont déjà dit ici, ça va continuer, il y en aura d’autres. Quand 10 personnes meurent en très peu de temps, j’appelle ça un carnage, quelles que soient les circonstances. Encore une fois, il me semble que ce qui est important dans le traitement de cette information, c’est que ça relève de la prise de conscience progressive de la nature du conflit dans laquelle la France s’est engagée, et de ses implications humaines. C’est nécessaire. Ca ne se fait pas de la façon la plus convenable, et ça paraît carrément choquant à ceux qui avaient déjà compris, mais c’est une étape nécessaire…

  • @dang: je reprennais la phrase de NS sur les probabilités de victoire des troupes sur un territoire étranger, pardon pour le retard.

  • Sauf Lisette, que je trouve que tu as une certaine tendance à devancer la « prise de conscience ». Entre « il y aura des pertes » et « on va tous mourir dans des souffrances atroces », il y a une marge. Avec des déclarations comme celle-ci, c’est certain, on ne s’engage jamais (en revanche, ça n’empêchera pas de reprendre le fil des déclarations habituelles pour condamner le régime taliban une fois réinstallé). Et, non, il ne me semble pas que 10 morts, dans une embuscade, ce soit un carnage.

    Alors que fallait-il faire puisqu’on ne pouvait laisser le terrorisme triompher? Peut-être fallait-il aider les afghans à régler le problème par eux-mêmes, si toutefois cela était possible. Mais maintenant que le vin est tiré il faut le boire jusqu’à la lie.

    Il reste l’espoir, Dang, qu’il ne soit pas trop tard. Tout le monde est d’accord sur le fait qu’il faut un changement de stratégie, que la solution ne pourra passer que par un règlement politique, que par le développement…

    Le problème est aussi dans la faculté qu’ont les américains à faire des « dégâts collatéraux ». Il sera évidemment illusoire d’espérer un règlement politique si les américains font encore 90 victimes civiles.

    La question va se poser de nouveau dans peu de temps. Si je ne me trompe pas, la Constitution dans sa nouvelle rédaction suppose que le Parlement soit de nouveau consulté dans 4 mois. Il faudra réexaminer la situation, et déterminer si des progrès ont pu être faits dans la stratégie des américains et leur façon d’agir. Peut-être peut-on espérer que cette obligation de soumettre la prolongation au Parlement soit un bon argument pour faire pression sur les américains, permettant à Sarkozy ou Kouchner ou Morin d’expliquer qu’en l’absence de changement, ils ne peuvent pas garantir que le Parlement prolonge l’engagement français.

    A titre de « réparation », je signale le commentaire de pulp, resté coincé dans l’antispam

  • Le bon discours dans ce genre de situation se retrouve dans les mâles accents de la Marseillaise ou du Chant de Départ, si chers aux soldats de l’an II.

    A l’époque, voilà ce que chantaient les mères:

    De nos yeux maternels ne craignez pas les larmes : Loin de nous de lâches douleurs ! Nous devons triompher quand vous prenez les armes : C’est aux rois à verser des pleurs. Nous vous avons donné la vie, Guerriers, elle n’est plus à vous ; Tous vos jours sont à la patrie : Elle est votre mère avant nous.

    Il aurait fallu que le Président appelât la nation aux armes pour venger l’honneur et la vie de nos soldats, poursuivant jusqu’aux enfers la « horde d’esclaves s’armant contre nous. »

    Bref, il nous faut transcender notre douleur non pas en abattement mais en fureur collective contre les « ennemis expirants » de la « liberté chérie. »

  • @ Thais et Lisette:

    Une petite visite sur Wikipedia permet de comprendre pourquoi la période avant 2006 peut être perçue comme « tranquille »:

    1) La situation a fortement empiré à partir de 2006, ce qui peut donner l’impression, toute relative, que la période précédente était calme.

    2) Entre 2001 et 2005, l’écrasante majorité des pertes étaient américaines, et étaient loin des niveaux atteints en Irak, d’où une attention médiatique moindre.

    @ Koz:

    « Le problème est aussi dans la faculté qu’ont les américains à faire des “dégâts collatéraux”. Il sera évidemment illusoire d’espérer un règlement politique si les américains font encore 90 victimes civiles. »

    La faculté en question n’est pas l’apanage des Américains. Les guerres sans victimes, ça n’existe pas, et les guerres sans victimes civiles, ça n’existe pas non plus. Parmi les risques pris par la France, il y a bien sûr celui de perdre des soldats, mais il y a aussi celui de commettre des bavures.

  • Certes, Gwynfrid, mais les bavures, ça fait un peu partie de la marque de fabrique US. Demande à un « vieux » normand ou à un « vieux » breton son sentiment comparé sur les pilotes britanniques et américains, vois le Viet-Nam, la Somalie ou l’Irak. Le risque de bavures est inhérent à toute guerre, mais il se réalise assez bien avec eux.

  • Je vois ce que tu veux dire. Perso j’ai un arrière-grand-père qui est mort dans un bombardement US en 44… Le « problème », c’est que les Américains n’ont pas eu de guerre sur leur sol depuis plus de 150 ans; ils n’ont pas une mémoire collective qui leur rappelle que « war sucks »

  • @Koz : le normand que je suis te remercie de faire allusion aux 80 000 normands victimes des bombardements américains. Au-delà des dommage collatéraux la présence d’une armée étangère, même amie, même alliée, est toujours mal vécue. Lorsque les américains étaient basés à Rocquencourt dans les Yvelines (le Shape de l’Otan), jusqu’en 1967, ils étaient détestés par la population locale (on les trouvai arrogants, ils faisaient flamber les prix de l’immobilier, ils sortaient avec les plus belles filles, ils provoquaient des accidents de la route, ils se battaient dans les cafés etc…).

  • Ma famille est lilloise, et ses souvenirs de cette période sont très exactement les mêmes. Attention cependant aux réflexes anti-US, parfois justifiés, mais toujours un peu faciles, rapides, peut-être même pavloviens.

  • Bonjour,

    Bien que lisant régulièrement Koztoujours, ceci est ma première contribution.

    Etant d’accord avec Koz, je voudrais peut être le rassurer sur la résilience des français et ne pas confondre buzz médiatique et opinion public

    Par exemple, il fut un temps pas si lointain où pendant des semaines et des semaines, les médias nous ont abreuvés des grippes aviaires, et maintenant ? silence radio ! la situation a t’elle changé ? non !

    Et avant on a eu les listérioses. Ca faisait un foin à chaque cas. Et maintenant je vois dans mon supermarché local des avis de rappel de produit, et pas un mot à la télé.

    Idem pour la légionellose

    Est ce typiquement français ?

  • J’en fais trop? Mouais peut-être tu as raison, j’en rajoute, pas sans fondement. En face, on en fait pas assez : j’ai l’esprit contrariant. Et ça relève du même phénomène : on en fait trop aujourd’hui pour n’en avoir pas fait assez avant.

    C’est un peu pareil pour l’équipement : j’ai pas mal donné dans le misérabilisme ici, bon. Parce que tout le monde trouvait tel-le-ment débile la phrase à Ségo sur la protection des soldats, que ça m’a paru dingue. Aujourd’hui, on entend je trouve assez souvent des histoires de fringues de soldats et de quantités de balles, etc, etc. Je trouve aussi finalement que c’est en faire un peu trop.

    Mais pourquoi on arrive jamais à dire les choses normalement, telles qu’elles sont, avant qu’on les découvre dans un drame??? La France est endettée, la crise de l’immobilier a commencé bien avant la semaine dernière, l’Etat gratte les fonds de tiroirs partout, dont l’armée, la France n’a pas les moyens d’entretenir une armée sur autant de fronts, en Afghanistan c’est la guerre et la guerre ça tue.

    C’est pas pour ça qu’il faut se casser maintnant qu’on y est bien, ni qu’il faut accuser Lagarde de rien pouvoir faire face à la crise financière, ni Boutin de la crise de l’immo, ni penser qu’il suffirait de bonne volonté et d’une présidente de gauche pour que les soldats aient des uniformes imperméables et des chars qui tiennent autrement qu’avec du chatterton. C’est comme ça, c’est tout, et gouverner c’est faire avec.

    Seulement, nous passons notre temps à découvrir. Avec un ton à chaque fois catastrophé. Sauf que sans ça, ben personne ne comprend.

  • Merci, Koz, un texte d’une grande clarté qui dit beaucoup de choses intéressantes et notamment au sujet du traitement de cet événement comme d’un faits divers.

    Tu as mille fois raison : on ne doit pas créer de cellule psychologique quand un soldat meurt. Non pas qu’on se foute de sa mort, mais elle fait partie de son contrat, si l’on peut dire. De son engagement total pour son pays. Qu’on essaie d’avoir le moins possible de mort, ok. Mais un soldat n’est pas une « victime ». L’expresion « mort au champ d’honneur » est particulièrement éclairante.

    Je suis d’autant plus heureux de lire ces mots sous ta plume, que je n’ai pas l’impression d’avoir beaucoup vu ce genre d’opinion dans nos médias. Comme tu dis, ils ont conforté la position des Talibans, la lâcheté du Ps aura fait le reste.

    Je ne suis en revanche pas d’accord avec toi au sujet de Paris Match, comme tu t’en doutes. A l’ère du relativisme, pourquoi les médias devraient-ils sélectionner ceux qui peuvent parler, ceux qui ne le peuvent pas?

    Ce reprtage apportait des informations objectives. Sur la communication des Talibans, notamment, sur leur force, sur leur détermination. Je trouve qu’a contrario, ce type de dossier peut très bien ressouder une communauté nationale. ça a produit l’effet inverse, mais est-ce la fate du journaliste? Est-ce qu’il doit anticiper ces effets? Est-ce qu’il doit se censurer, lorsque deux effets sotn possibles et quel’un d’eux serait négatif?

  • Tu as mille fois raison : on ne doit pas créer de cellule psychologique quand un soldat meurt.

    Oui. Je ne dis pas qu’il faille négliger l’impact psychologique sur les soldats (tout est toujours affaire de mesure), mais je doute qu’ils apprécient particulièrement d’aller se faire câliner (médicalement parlant, j’entends). Le soutien psychologique, ils le trouvent dans la « fraternité des armes ».

    Je ne suis en revanche pas d’accord avec toi au sujet de Paris Match, comme tu t’en doutes. A l’ère du relativisme, pourquoi les médias devraient-ils sélectionner ceux qui peuvent parler, ceux qui ne le peuvent pas?

    Ce que je regrette surtout, c’est l’absence de toute mise en perspective. On a l’impression que la journaliste a aimablement servi de pion, et de porte-voix, aux talibans. Faut-il accepter, par neutralité, de se faire le relais de la propagande des talibans ? Et puis, hein, je ne me satisfais pas que l’on soit « à l’ère du relativisme ». Je ne vais pas en accepter les manifestations.

  • @ koz Excellent article ! Tout à fait d’accord malheureusement que les « vainqueurs médiatiques » dans cette triste histoire sont les talibans. Et ceci grâce à nous tous. Je me mets dans le lot car j’ai aussi réagit très bruyamment à « l’article » de Paris Match. De plus, j’ai exceptionnellement écouté le débat à l’assemblée nationale cette semaine et les propos de certains de nos députés ont été vraiment lamentables et notamment ceux d’un certain ex-présentateur de télé aujourd’hui très verdâtre. Je suis malheureusement bien certain que quelques talibans n’ont pas oublié aussi de regarder ce « débat » affligeant, pour nous, mais très instructif pour eux. Cela n’a fait que valider la stratégie de ces obscurantistes.

    Je voudrais juste, ici, rendre hommage à tous ces soldats et leurs exprimer mon admiration pour leur courage et leur engagement et leur dire bien fort que la grande majorité (j’espère) des Français ne sont pas comme ces donneurs de leçons à géométrie variable.

    @le chafouin « Je ne suis en revanche pas d’accord avec toi au sujet de Paris Match, comme tu t’en doutes. A l’ère du relativisme, pourquoi les médias devraient-ils sélectionner ceux qui peuvent parler, ceux qui ne le peuvent pas? »

    je ne suis pas d’accord avec toi. J’estime que simplement par respect pour ces soldats et leurs familles, les détails auraient pu être évité. Que le journaliste réalise un reportage sur les talibans, leur stratégie, leurs forces, …, mais les détails sur les montres, les casques et autres cela est quand même très glauque, non ?

  • Et voilà, je vais recommencer à être excessive. Le chafouin, mais bien sûr qu’un soldat est une victime, bon sang! Pas une victime « comme les autres », dans le sens ou dans une guerre les soldats se tuent entre eux sans qu’ensuite ils soient considérés comme criminels. Mais bien sûr que ce sont des victimes.

    Quand on dit 40 à 60 millions de victimes de la deuxième guerre mondiale, on compte évidemment les militaires. Je comprends malgré tout ce que tu veux dire, mais je suis contre l’usage d’un vocabulaire banalisant. C’est trop facile d’oublier. On ne parle plus d’eux comme des victimes, et puis bientôt on oublie ce que c’est que « la mort au champ d’honneur ».

    C’est à cause de ce genre de banalisation, aussi, dont je veux bien admettre qu’elle me met dans des rages un peu extrêmes, que l’on en vient à la situation dans laquelle se trouve l’armée aujourd’hui! Le salaire des soldats et des officiers, le matos pourri, les conditions de travail dégradées et qui font sourire les alliés : bah, de quoi ils se plaignent, ce sont des soldats, des hommes, pas des mauviettes, ils ont déjà pré-consentis au sacrifice de leur vie, ça va quoi.

    Bon et puis à propos du contrat, ça commence à me courir là. Les plus anciens se sont engagés à la fin des années 70. Donc après de Gaulle et la mise au point d’une certaine ligne vis à vis de l’OTAN, après la décolonisation. Globalement, les gens à qui ont demande le sacrifice de leur vie ont consenti à faire ce sacrifice lorsqu’il s’agissait d’aller faire du maintien de la paix, secourir des populations en danger soit au Darfour, soit dans des catastrophes naturelles. Ou bien pour les plus anciens dans le contexte très particulier de la guerre froide. Ils ont bien voulu que leur mort serve à qqch, et c’est beau oui. Cette opération, que la France ne fait que subir, parceque les américains ont foiré et qu’on a pas eu le temps de parler stratégie avec eux, et où les troupes sont engagées après des années de paupérisation tous azimuts sans avoir jamais faibli dans l’engagement, vous pensez que ça fait partie de l’engagement? Je rappelle à toutes fins utiles qu’il n’y a pas d’objectif à cette guerre.

    Mais bon, le chafouin trouve ça parfaitement normal…

    La France a un passé lourd dans cette histoire. Vous souvenez de la bataille de la Marne? des soldats partis sabre au clair dans la plaine, en riant d’être à la guerre comme des hommes, avec leur beaux uniformes à la bande garance qui permettait qu’on les voie si bien de si loin. Ils étaient plein d’honneurs et de bravoure. Ils partaient défendre la patrie. Ils se sont fait massacrer. C’était normal? Ce n’étaient pas des victimes de la guerre? On avait pas traité par-dessus la jambe les questions de protection individuelle?

  • Il faut arrêter de réagir en sœur de soldat, Lisette, arrêter de jouer la carte de l’émotion, et te mettre un peu plus à la place des soldats. Que tu puisses avoir besoin d’une cellule d’aide psychologique, le cas échéant, avec la tente, le brassard et tout le toutim, parce que c’est top tendance et qu’on ne sait plus faire face à un drame sans ça, c’est possible. Les militaires, je crois qu’ils y sont un peu moins sensibles, et que ça les ferait bien chier qu’on vienne leur filer leur doudou pour oublier leur douleur. Ils ont un peu plus de pudeur. Alors, qu’une mère ou qu’une sœur soit dans son rôle en rappelant « mais ce ne sont que des gamins« , soit, mais je doute que lesidts soldats aient envie d’être traités comme tels.

    Oui, bien sûr, l’uniforme garance était une belle connerie. Lisette, c’était en 1914… Ca ne fait pas en soi un passé lourd.

    Et puis, faut arrêter de dire des… sornettes : les soldats qui se sont engagés au 8ème RPIMA, ils ne se sont pas engagés pour porter des sacs de riz. Ils se sont engagés dans un régiment d’élite parce qu’ils veulent de l’action. Et au passage, j’en connais un paquet, des soldats, que ça commence à gonfler de servir au maintien de la paix avec un plomb sur la gâchette, ou à faire de l’humanitaire. C’est pas leur job, et ce n’est pas ce qu’ils recherchent.

    Ca ne signifie pas qu’ils n’ont que le droit de mourir et fermer leur gueule. Il faut juste ne pas dire n’importe quoi.

    Pas d’objectif ? C’est un peu vite dit. Le fait que tu ne le connaisses pas ne signifie qu’il n’y en a pas. On peut envisager qu’il s’agisse d’un nécessaire abcès de fixation ? On peut envisager la nécessité de ne pas rétablir un havre de paix pour les terroristes. Rappelons que, manifestement, ceux qui se battaient en Irak sont peu à peu passés en Afghanistan et qu’en cas de victoire talibane, ils bénéficieront de la plus grande tranquillité pour préparer leurs actions, y compris sur notre sol. Le fait qu’il n’y ait pas eu, depuis Madrid, d’attentats importants dans les pays occidentaux est peut-être une coïncidence, peut-être pas.

    Être avec les américains ? Ok, c’est pas le gros pied. Mais peut-on les laisser seuls, alors qu’il est probable qu’ils devront, eux aussi, se retirer si on le fait ? Peut-on accepter que ce soit les américains qui assurent notre sécurité ? Peut-on garder la tête haute, peut-on avoir le sens de l’honneur, et se satisfaire lâchement de ce que les américains fassent le sale boulot (d’une façon qu’on aimerait modifier, soit, mais ils le font) ? Ce n’est pas en prenant acte de l’état de la France que De Gaulle l’a sauvé, soit dit en passant ? Alors, devons-nous, aujourd’hui, prendre acte du fait que l’on n’a pas précisément les moyens adéquats pour tenir le rang que l’on espère et se retirer de tous les terrains où on risquerait d’être mal ? C’est aussi pour ça que nos soldats sont là-bas. Ainsi que d’autres armées dont il n’est pas dit qu’elles soient vraiment mieux équipées que l’Armée Française.

  • La douleur des famille est évidemment légitime. Légitimes aussi, les médias qui font écho de cette douleur. Légitime enfin que cela nous ennuie, dans notre perspective du rôle de l’armée, de l’engagement du soldat. Il est logique également d’attendre de ces mêmes médias qu’ils ne s’apesantissent pas sur cette douleur. Comme le disait un autre commentateur, ce comportement journalistique a le même relent de voyeurisme outrancier que celui régulièrement fustigé à raison pour d’autres traitements.

    Dang soulignait plus haut (#23):

    Les guerres hors des limites du territoire national ne se perdent pas sur le terrain mais dans l’opinion (…) Les français en ont déjà fait l’expérience avec la guerre d’Algérie

    Ce n’est pas (seulement) la faute de l’extraterritorialité (et pour être tatillon: l’Algérie faisait intégralement partie des limites du territoire national, à l’époque). J’attendrais, dans ces circonstances, que le gouvernement fasse un travail d’information et d’explication sur une base régulière, sans attendre une embuscade pour cela. Je ne dis pas que cela changerait radicalement les choses, mais à partir du moment où l’on attend d’une population qu’elle souffre la perte de ses soldats, c’est ce que j’appelerais le minimum. Je rêve que cela devienne un effet colatéral de l’obligation de vote de l’Assemblée.

    J’ai été d’ailleurs étonné du poids de Dien Bien Phu et de l’Algérie dans le débat. Ces thématiques sont souvent revenues. Je ne mesurais pas à ce point le traumatisme d’une génération politique qui en est souvent les enfants (pour les 50-60 ans). Même si je ressens bien le biais (pour ne pas dire la manoeuvre) consistant à placer les opérations en Afghanistan sous la lumière des guerres de décolonisation. Forcément, faire passer les Talibans pour les gentils opprimés et les Français pour les méchants occidentaux, ça simplifie largement le débat.

    Quant à la posture socialiste. Comment dire… Il faudra aussi être en mesure de leur rappeler leur vote lorsqu’ils s’étonneront une nouvelle fois que les électeurs ne répondent pas à la question posée dans un référendum. Que Sarkozy ne soit pas irréprochable dans son traitement politique et qu’il ait participé à la fin d’un consensus, c’est une chose (quoique j’encline à penser qu’il est plus facile d’obtenir un consensus quand on ne demande pas vraiment un avis). Mais la stratégie socialiste est tout bonnement indéfendable. J’avais presque pitié de ce pauvre Ayrault, qui semblait tout gêné à multiplier les pas de danse pour expliquer que « oui mais non » (à moins que ce ne soit en plus un piètre orateur)

    Pour finir, je l’avais déjà dit sur un récent billet « afghan », mais le fait que ces soldats soient tombés au champ d’honneur (je reprends l’expression Koz. Elle fait cliché, mais elle est significative), ça n’atténue sans doute pas la douleur des proches, mais je pense que ça a du sens pour les soldats. Et que ça devrait en avoir sur les Français. Je suis d’un archaïsme naïf, peut-être, mais je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à la phrase de Malraux. « Passant, va dire à la France que ceux qui sont tombés ici sont morts selon son coeur »

  • Ce qui m’a frappé dans le débat sur ce blog à propos de l’armée, ont été les récits sur le mauvais équipement de l’armée française. Lors d’un déjeuner à midi avec des collègues de bureau, j’ai dit qu’il semblerait qu’il y a un problème de chaussettes et de treillis qui prend l’eau, de sleeping bag pas assez chaud et de véhicules blindés au plancher inadapté pour passer sur les mines (à moins de rouler avec la portière ouverte).

    Le collègue à ma gauche disait que l’armée française avait le meilleur fusil au monde et que les rangers étaient les meilleures qu’il avait jamais porté et qu’il les racheta d’ailleurs à l’armée à la fin de son service militaire.

    L’opinion publique se fait effectivement une image très positive de l’armée française en intégrant les flashs d’information qu’elle reçoit en continu: 1) grandes écoles militaires 2) industrie de l’armement florissante à l’international 3) défilé du 14 juillet 4) légion étrangère 5) bombe atomique 6) l’entraînement le plus dur que l’équipe de France de rugby puisse faire c’est un week-end avec l’armée française !

    J’ai regardé récemment une émission « complément d’enquête » et effectivement un soldat français doit dépenser 2000 € de sa poche pour s’équiper correctement, pas en chaussettes ou k-way, mais en équipement lié à son activité militaire et bricoler un tas de détails pratiques (lanière pour le fusil fabriquée à partir d’une ceinture de sécurité de voiture) et d’autres qui lui sauvent la vie comme les dragonnes pour chargeurs permettant de gagner quelques secondes lors du rechargement de son arme, etc.

    On a vu aussi que les véhicules blindés de l’armée française étaient mal conçus pour des situations de vraie guerre. Pour tirer avec la mitrailleuse, le soldat s’expose de partout et il ne faut pas être polytechnicien pour le constater. Ce n’est pas le cas avec les véhicules américains. Pendant le tournage, une mitrailleuse s’est enrayée et il n’y a pas eu moyen de la faire fonctionner. Si ça t’arrive dans une situation de combat, tu es mort.

    Je me demande si l’armée française n’a pas trop souffert de ne pas être membre de l’OTAN, et que personne ne s’est rendu compte que les choses ont changé plus qu’on ne l’imagine.

  • @Lisette : je crois comme vous que c’est une guerre qui ne peut être gagnée. Mais l’hypothèse de Koz (créer un abcès de fixation) est tout à fait séduisante. Ce qui est sûr c’est qu’on ne peut laisser les talibans tranquilles dans leur sanctuaire des vallées afghanes. J’aurais préféré que le problème soit réglé par les afghans eux-mêmes mais cela n’a sans doute pas été envisageable. Un autre point sur lequel je voudrais réagir est celui de l’engagement des militaires. Vous écrivez :

    Globalement, les gens à qui ont demande le sacrifice de leur vie ont consenti à faire ce sacrifice lorsqu’il s’agissait d’aller faire du maintien de la paix, secourir des populations en danger soit au Darfour, soit dans des catastrophes naturelles.

    Vous croyez vraiment que le maintien de la paix soit la motivation principale des engagés? Les suppositions de Koz me semblent plus proches de la réalité.Vous laissez entendre aussi que ceux qui se sont engagés après 1970 rejoignaient une armée séparée de l’Otan. Je pense que ces militaires-là sont à la retraite depuis longtemps. Quant à la situation précaire de l’équipement, elle a toujours existé. E 1940 on avait encore des guêtres et peut-être même des bandes molletières. Les canons étaient tirés par des chevaux auxquels on avait oublié de donner à bouffer pendant plusieurs jours et les fançais ont été sidérés de voir les side-cars allemands équipés de mitrailleuses. Les allemands eux-mêmes en 1944 furent sidérés de découvrir les camionnettes-jeep (comme on disait alors) des américains. A Dien-Bien-Phu les avions français venus parachuter du matériel pour le camp retranché ou pour bombarder les viets avaient une autonomie d’une minute et demi sur zone. En Algérie on dit qu’il y eut presque autant de tués côté français dûs à des accidents causés par un matériel obsolète ou un manque de professionalisme des soldats qu’aux tirs de la rebellion. Vous remontez jusqu’à la guerre de 14 pour montrer que le haut commandement est nul. C’est vrai que les français se sont faits canarder avec leurs pantalons rouge garance (si je ne m’abuse c’est tout le pantalon qui était rouge et pas seulement une bande). Mais la bataille de la Marne ils l’ont quand même gagnée. Un dernier point : chez moi tous les anciens ont fait la guerre, Verdun, la campagne de France en 1940, la captivité en Allemagne, les bombardements américains en Normandie en 1944, la guerre d’Algérie… Ils en ont vu de toutes les couleurs mais ils se seraient bien marrés si on leur avait parlé de cellule de soutien psychologique!

  • Je n’ai pas dit que le maintien de la paix était la motivation principale des engagés, ni le portage de sacs de riz. En 2001 quand on s’est engagés dans cette histoire, on s’y est engagés dans certaines conditions, qui étaient cohérentes avec le positionnement de la France sur la scène internationale depuis un certain temps. Tellement cohérente qu’en 2007 Sarkozy avait annoncé un certain nombre de choses en ce sens. Ce positionnement géopolitique a évolué. Parce que la situation a évolué probablement. Le Chafouin faisait allusion à une sorte de contrat moral entre les soldats et la Nation, incluant le sacrifice ultime et expliquant qu’on ne pouvait parler d’eux comme des victimes. Je veux bien : mais alors qu’on envisage les conditions de l’engagement des uns et des autres. Je ne suis pas allée plus loin que le constat d’un changement de positionnement, et je n’ai pas jugé ce changement (j’en suis honnêtement incapable)

    Concernant le pathétique : je ne vois pas où j’ai versé dans le pathos ici. J’ai dit au moins trois fois que je trouvais le ton de la plupart des reportages inadapté. Cependant, je pense que le passage par le pathos est obligé, parce que avant ça, manifestement, peu de gens avaient compris de quoi il en retournait dans ce conflit. J’espère cependant que, une fois que l’information sera enregistrée, on pourra passer à un traitement un peu plus digne de cette information. C’est l’idée que je défends depuis le début.

    A cela est venu s’ajouter, en réaction au billet de Dang, un agacement face à la considération largement répandue que l’engagement militaire modifie la façon dont on doive respecter sa vie (à grand coup de tradition, d’honneur et de force physique et morale, etc) Certains militaires ont complètement intégré cette façon de voir les choses, entre eux ils appellent ça les « mythos » (c’est la « vitrine tradi » dans le salon des cyrards, ça vous parle peut-être). Et pas mal de civil l’ont intégré aussi, en termes positifs ou négatifs. Je trouve que cette façon de voir les choses a une certaine beauté et apporte probablement une vraie cohésion, mais qu’il faut se méfier de ses conséquences. La conséquence, c’est qu’au nom de cette mythologie militaire, on en vient à commettre des erreurs stratégiques graves, de l’équipement aux conditions de vie des uns et des autres. Cela amène facilement à mépriser cet aspect des choses. Pour moi, cette opinion largement répandue explique l’état dans lequel on a laissé l’armée ces temps-ci. (qui n’est pas un état complètement lamentable, mais qui n’est pas digne non plus des missions qu’on voudrait lui confier)

  • @Koz

    Dans le clip où la photographe explique le contexte, on voit cette mise en perspective. je n’ai pas lu l’ITV dans paris match (mais sur d’autres sources come le site internet) donc je ne sais pas s’il y avait ou non dans le canard lui-mêmeun encadré explicatif ou ce genre de chose…

    @Lisette

    ce que tu dis n’a pas de sens, je veux dire, pas de sens global, tu mélanges tout!

    je crois que Koz t’a amplement répondu mais non, un soldat qui meurt ce n’est pas la même chose qu’une femme qui meurt dans un incendie. ça n’appelle pas aux mêmes réactions et pourtant, on a vu quasiment les mêmes. Et les parents qui passent à la radio pour dire « on a envoyé des enfants au combat », désolé mais ça ne passe pas. Ces enfants ils sont majeurs, ils ont signé un contrat, ils avaient peut-être peur mais ils n’ont pas été envoyés là bas avec un fusil sur la tempe.

    Et un soldat est fait pour un théâtre d’opération avant tout. Je sais que c’est plus simple d’aller aider les sinistrés d’Hautmont ou ceux qui ramassent des galettes de fioul en vendée (Erika), mais au fond, la mission d’un soldat est de combattre et donc éventuellemrnt de mourir.

    Tantmieux si on arrive à zéro mort. Mais dix soldats morts, est-ce une affaire d’Etat? At-on fait autant de tintouin (sauf le respect qu’on doit à ces militaires) pour ceux qui ont été lâchement abattus en Côte d’ivoire il y a quelques années?.

    Et si tu ne vois pas de sens à cette guerre, libre à toi, mais il existe ce sens. C’est bien gentil de gueuler quand les talibans détruisetn els bouddhas ou oppriment les femmes, ou servent de base arrirèe au terrorisme, mais quand on lutte concrètement contre eux, il faudrait veiller à soutenir cette cause, enfin!

    Au final, toute cette polémique ne sert qu’à une chose : saper le moral des troupes et obliger les occidentaux à revoir leur position avec leur opinion publique, qui naturellement penche vers le pacifisme par commodité.

    On n’a rien sans rien, malheureusement.

    Heureusement que les Américains n’ont pas raisonné de la même façon en 1944! Car je ne vois pas où était le « sens » , à ce comtpe-là, pour un habitant de l’Alaska, d’aller se faire tuer à Ste mère l’église. Arrêtons avec

  • le chafouin : à AUCUN moment je n’ai dit cela: « un soldat qui meurt ce n’est pas la même chose qu’une femme qui meurt dans un incendie. ça n’appelle pas aux mêmes réactions et pourtant, on a vu quasiment les mêmes. » Et ceci :  » Et les parents qui passent à la radio pour dire “on a envoyé des enfants au combat”, désolé mais ça ne passe pas. » me gêne EGALEMENT. Maintenant, veux-tu relire ma remarque sur l’usage du mot victime, s’il te plaît, et sur l’importance des mots… sans penser a priori que je suis là pour débiter une connerie par goût du pathos :)

    Je vais le redire une xième fois, autrement : je suis d’accord avec le fond du billet de Koz. Mais je crois que ce passage par l’émotion est obligé, en raison de la large ignorance de la nature du conflit dans lequel nous nous engagions, ET de la nature et de l’état de l’armée d’aujourd’hui.

  • Je ne pense pas que le passage par l’émotion soit nécessaire.

    Qu’il soit légitime pour des reporters de rendre compte de l’émotion suscitée par un événement somme toute assez rare dans notre histoire récente, c’est autre chose.

    La nécessité de passer par l’émotion fait trop bien écho au puits sans fond de l’émotionnel comme vecteur médiatique principal. Faire pleurer le téléspectateur, c’est le meilleur moyen de le garder. Et cette bivalence n’est pas sans risque.

  • Mais je crois que ce passage par l’émotion est obligé, en raison de la large ignorance de la nature du conflit dans lequel nous nous engagions, ET de la nature et de l’état de l’armée d’aujourd’hui.

    Lisette, je ne suis pas d’accord avec vous. Ce passage par l’émotion me semble d’autant moins obligé vu la nature et l’état de l’armée française.

    Ce n’est pas en faisant pleurer sur les « pauvres petits » qui se débrouille avec la « bip et le couteau » que la nation ou l’état va magiquement soutenir son armée avec les moyens qu’il faut. Au contraire, on a bien vu que la réaction à chaud, c’était plutôt « barrons-nous » que « filons-leur du pognon ». Quelle armée, avec quels moyens, ce sont des décisions politiques, stratégiques qui doivent être expliquées à la nation dans une vue à court, moyen et long terme, loin de tout pathos, justement.

    Concernant la nature du conflit, des émissions comme « le dessous des cartes » me semblent mieux faire comprendre la situation en Afghanistan (dangereuse pour tous, y compris et avant tout les Afghans), que du reportage TF1 qui essaye de nous refaire Apocalypse Now à bord de l’hélico US survolant les rizières champs de pavots avec la musique 70′s en bande son.

    Je rejoins Guinea Pig sur l’ambivalence des médias dans cette approche émotionnelle de l’information.

  • L’émotion est nécessaire mais il appartient au plus haut représentant de l’état de l’utiliser au mieux.

    La douleur ne doit pas enfanter l’abattement mais la rage de vaincre. Après la sonnerie aux morts doivent s’élever les marches de combat et les chants de guerre.

    La cérémonie aux Invalides a manqué cela. Le ton était défaitiste. La fausse décontraction du chef à Kaboul a sans doute été pris pour de la désinvolture.

    Il aurait fallu retrouver la verve d’un Desmoulins, la force d’un Danton, la rigueur d’un Robespierre et la volonté d’un Bonaparte.

  • Croyez-vous que les medias en fassent trop ?

    Le Figaro.fr titre sur Quatre soldats blessés en Afghanistan. Il précise : « Le 8e RPIMa (régiment de parachutistes d’infanterie de marine) paye cher son engagement en Afghanistan.« , poursuit par « Leurs jours ne semblent pas en danger » puis par… « Le soldat le plus grièvement blessé a une jambe cassée« .

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