Sport collectif, vous dîtes ?

Coupe du Monde de football en Russie, en 2018. Jeux Olympiques d’Hiver en Chine, en 2022. Coupe du Monde de football au Qatar dans six semaines. Pour compléter le quarté magnifique, et alors que les initiatives de boycott se multiplient face à un événement qui piétine autant les droits humains qu’il méprise les défis écologiques, voilà que l’on annonce l’attribution des Jeux Asiatiques d’Hiver de 2029… à l’Arabie Saoudite. Non contents de se dérouler dans un pays dont le régime foule au pied les droits des femmes et assassinent ses opposants, ces jeux d’hiver se dérouleront au bord de la Mer Rouge. Après la climatisation des stades, l’enneigement du désert, le bras d’honneur est d’ampleur et il est assumé.

Affaire Benzema, de sexe, d’argent et d’homophobie mêlée. Violence et extorsion autour de Paul Pogba. Violence aggravée à l’encontre de la joueuse Kheira Hamraoui au PSG. L’ancien Bleu Benjamin Mendy, lui, fait face à pas moins de dix accusations de viols et agressions sexuelles. Faut-il ajouter à cela les rumeurs de harcèlement sexuel qui planent sur le président de la Fédération Française de Football ou la… coupe est pleine ?

Bien sûr, le sport ne se résume pas à ces Coupes du lucre et autres Jeux de l’Hubris. Il est, au-delà même du goût de la performance, de l’effort ou de la virtuosité physiques, l’un des derniers lieux où peut encore se vivre un esprit collectif. Il est désolant de devoir s’en contenter mais, on le sait, tous les corps intermédiaires se sont étiolés : les églises se sont largement vidées et l’engagement dans les partis politiques, les syndicats, dans une moindre mesure les associations, s’est effondré. Dans le sport, singulièrement collectif, il reste l’espoir d’un dépassement, l’apprentissage d’une discipline, de la persévérance, l’intégration de l’individu dans un groupe.

Le monde sportif ne peut certes pas réparer toutes les faillites de notre société. Mais il ne peut pas éviter la remise en question et la reprise en main. Pour l’attribution des événements, cela passe par une responsabilisation des comités d’organisation. Pour les joueurs, par les centres de formation et les fédérations. Parce que l’on doute que cela soit jamais spontané, cela devra se faire sous la pression des citoyens, des gouvernants, comme des sportifs. Marcel Dessailly vient de déclarer, sur RMC, que les joueurs « n’ont pas à faire de la politique ». Jouer collectif, c’est de la politique.

Chronique du 11 octobre 2022

Photo by Rhett Lewis on Unsplash

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Un commentaire

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  • Vous ne parlez pas de la folie collective qui s’empare de la foule et de toutes les dégradations qui s’en suivent . Cf le dernier vent de folie au stade de France …
    C’est ça «  l’esprit sportif ? » ….

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