L’extension continue du domaine de la mort

Et la mécanique ordinaire se met en œuvre, comme s’il s’agissait de suivre le plan convenu à l’avance. Une checklist. Cocher la case livre, la case ADMD, le départ à l’étranger, les matinales et la pression de l’émotion. Et cet argument, toujours, du moins-disant éthique. Puisque le pays voisin l’autorise, pourquoi ne le faisons-nous pas ? Comme si la mort, la vie, la dignité d’un être se décidaient au jeu du forum shopping. Une écrivaine, Anne Bert, a choisi de rejoindre la Belgique pour s’y faire donner la mort, au stade où elle considère que sa dignité n’est plus assurée. Elle n’est pas en phase terminale mais refuse de vivre davantage. Ce serait son choix, un choix personnel qu’il conviendrait de respecter. C’est ainsi qu’on nous le présente, c’est pourtant un peu plus que cela. C’est aux noms de tous les autres qu’il faut interroger cette démarche.

Car oui, c’est un peu plus que son choix, puisqu’elle a décidé de le médiatiser. C’est un peu plus que son choix puisqu’elle a décidé d’appeler de ses vœux un changement de législation. Peu importe que la France en ait si souvent débattu, peu importe la nature de nos débats éthiques et parlementaires. Avec le secours médiatique et les bons soins de la Belgique, il s’agit d’aller plus loin, encore plus, toujours plus loin, vers le seul but véritable de cette action militante depuis plus de vingt ans : obtenir le droit, à tout moment de sa vie, en phase finale ou non, malade ou pas, de se faire donner la mort.

Je lis qu’Anne Bert dénonce la loi française. Dans Le Parisien, elle est en colère contre « une loi hypocrite », la France « proscrivant seulement l’acharnement thérapeutique ». Faut-il donc travestir cette loi pour en obtenir la révision ? Après déjà les élargissements dus à la loi Leonetti, ouvrant la possibilité d’une sédation jusqu’à la mort, la révision de cette loi par la loi du 2 Février 2016 « créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie » est allée bien au-delà. Désormais, l’article L1110-5-5 du Code de la Santé Publique prévoit ceci, qui vient encore s’ajouter aux possibilités antérieures :

Un malade peut donc, quand bien même il n’est pas en phase finale, demander une sédation finale jusqu’à une mort qui interviendra à brève échéance. Un malade qui ne peut plus s’alimenter seul peut demander l’arrêt de l’alimentation, puisqu’aussi bien l’article L1110-5-1 du Code de la Santé Publique range l’alimentation et l’hydratation artificielles au rang des « traitements » qui peuvent être arrêtés. La sédation, elle, « est mise en œuvre » à la demande du patient : ce n’est pas une possibilité, elle droit l’être. C’est bien autre chose qu’une simple opposition à l’ « obstination déraisonnable » (ce que le public connaît sous le nom d’acharnement thérapeutique). C’est le dernier état de notre législation, une législation qui laisse au demeurant ouverte la possibilité d’une interprétation extensive. Que signifient « à court terme », « susceptible de » ? Quelle est cette « souffrance insupportable » ? S’agit-il seulement de la souffrance physique, ou avancera-t-on une souffrance morale ?

Ce que la loi française n’autorise pas, c’est la piqûre létale, la mort dans l’instant. C’est le suicide assisté.

Et l’on nous demande pourtant d’aller plus loin.

On nous demande de nous aligner sur le droit belge. Belgique dans laquelle non seulement le cocktail lytique est en usage, pour une « euthanasie active » (la mort immédiate) mais où règne une extension permanente du domaine de la mort. Ce furent d’abord les personnes majeures en 2002, puis les mineures, d’abord en fin de vie puis à tout moment de la vie, puis ce que l’on appelle les « déments » (cela concerne, notamment, les personnes atteintes d’Alzheimer), et des cas de plus en plus large qu’une Commission de contrôle hors de contrôle n’a eu de cesse d’accepter. Des jumeaux, nés sourds et menacés de devenir aveugles, et qui estimaient que la perspective de ne plus se voir était une souffrance insupportable. Anne G., 44 ans, anorexique et violée par son psychiatre. Un détenu malade. Ou Nathan Verhest, 44 ans, après une opération de changement de sexe raté. Mais encore d’autres cas, qui ne sont pas tous allés jusqu’à leur terme. Ainsi de Laura Emily, 24 ans, qui a sollicité une euthanasie (acceptée) en raison de son état dépressif. Ou encore Franck Van Den Bleekenn, détenu en bonne santé physique qui estimait que sa détention était une souffrance psychique insupportable.

Il n’y a pas de fatalité, ni de nécessité, à nous aligner sur l’état de dérive belge. Nous pouvons être satisfaits d’une législation qui est allée jusqu’au plus lointain compromis admissible. Compromis qui va au-delà de mes convictions, mais qui est l’état de la loi.

Car il ne s’agit pas seulement de choix personnels.

Nous vivons en société. Nous ne sommes pas autant de monades juxtaposées, aux existences parallèles et suffisantes. Nos choix impliquent d’autres êtres. Parce qu’il y a toujours un soignant qui devra procéder à l’injection mortelle. Parce que nos choix influent sur ceux des autres, depuis cette revendication d’une mort « dans la dignité », vraie claque au visage de ceux qui entendent vivre et, dans leur souffrance déjà, se voient relégués encore dans l’indignité. Eux, leurs proches, et leurs soignants, ceux qui se lèvent le matin pour faire vivre la dignité des malades, n’auront jamais droit aux matinales de France Inter ni aux pages des magazines.

Cette progression du domaine de la mort est l’abandon concomitant de la compassion et de la fraternité. L’empathie affichée envers la revendication légitime de dignité masque notre terreur devant un sort qui pourrait être le nôtre, et le soulagement de voir abrégée l’épreuve de l’autre – cette épreuve que nous ne supportons pas de voir. C’est la progression de la société individualiste, personnelle, éclatée. Plus l’euthanasie avance, plus recule le souci du respect de la dignité humaine dans la vie, dans le soin. La mission de l’Homme est pourtant là : dans la préservation ou la restauration de la dignité ressentie par le soin, l’estime, l’amour. Il est tragique de voir une société qui ne sait plus comment assurer sa fraternité, assurer la dignité, qu’en donnant la mort.

Que deviendront les petits, les faibles, faibles physiquement ou faibles de caractère ? Que deviendront ceux que l’on aura convaincus de l’indignité de leur vie, de son inutilité ? A quoi se résumera ce prétendu choix pour eux, sous la pression de la société, des proches… et de la comptabilité ? Ce sont eux, les petits, les sans-grades de la société de la finance et de la performance, eux, les fragiles, que nous devons protéger. C’est là la mission d’une société fraternelle, et celle du législateur.

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d’un titre.

Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire – Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

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43 commentaires

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  • Oui, cher Koz.
    Des amis chers nous ont ainsi claqué la porte au nez, entre autres parce que nous n’admettions pas l’euthanasie et étions donc de véritables bourreaux, fachos aimant laisser souffrir les gens etc. Ces amis sont en fait d’authentiques dépressifs, que la société n’aide pas du tout à guérir, au contraire; elle proclame que nous n’avons pas besoin les uns des autres, que même, c’est indigne d’avoir besoin des autres, parce que seule l’autonomie donne la dignité. Et autres fadaises. Elle proclame que le seul objectif est la mort.
    (Etrange collusion avec l’islamisme que cette fascination pour la mort, soit dit en passant).
    Mais, dans l’euthanasie, il y a aussi la disparition du mourir, qui fait peur depuis toujours et que nous en savons plus accompagner.
    J’entends des gens dire, à propos du décès d’un proche : « Nous ne sommes pas formés à ça, c’est le boulot des soignants » ; Or il n’y a aucune « formation » à recevoir, il suffit de vivre dans le monde, les yeux grands ouverts, et d’être solidaires, pour accompagner, tant bien que mal, un proche qui meurt. Si les formations des soignants existent, cela ne doit pas nous exonérer de cette dimension du naÎtre et du mourir que nous avons oubliée, et qui requiert d’accepter la faiblesse, et de s’abandonner, un peu, comme on peut. Nous ne savons plus mourir, parce que nous croyons qu’il faut apprendre ça, en formation, avec des « power points », des stages…Nous ignorons l’essentiel : on meurt comme on peut, tout simplement. Il n’y a pas à « vouloir réussir sa mort » , comme disent les pro euthanasie. Réussir sa vie est déjà difficile, problématique.
    Alors réussir sa mort, non, pitié! J’espère seulement que quelqu’un me tiendra un peu la main, et, tant qu’à faire, priera avec et pour moi, le moment venu.

    Marie ( Je fus aumônière d’hôpital et infirmière, parmi d’autres métiers et, donc, sais un peu de quoi je parle, aujourd’hui.)

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  • Et le combat ne s’arrête pas au suicide assisté puisque dans de nombreux cas certains revendiquent aussi de décider pour les autres, lorsque ceux-ci ne peuvent plus s’exprimer.
    Merci d’exprimer, et de rendre visible cette réaction ! Non, nous ne voulons pas nous aligner sur le pire.

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  • Encore une fois, merci koz. Vous écrivez très clairement des idées qui sont aussi les miennes et qui enrichissent les arguments que je n’ai pas toujours « sur la langue » quand il le faut. « Dignité », respect du « choix », qu’il est facile de pervertir ces mots. Merci encore.

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  • « Il faut se sauver ensemble.
    Il faut arriver ensemble chez le bon Dieu.
    Il faut se présenter ensemble.
    Il ne faut pas arriver trouver le bon Dieu le sans sans les autres.
    Il faudra revenir tous ensemble dans la maison de notre Père.
    Il faut aussi penser un peu aux autres ;
    il faut travailler (un peu) les uns pour les autres.
    Qu’est-ce qu’il nous dirait si nous arrivions,
    si nous revenions les uns sans les autres ? »

    Charles Péguy (« Le mystère de la charité de Jeanne d’Arc »)

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  • Il me semble qu’il s’agit encore d’un de ces sujets où on s’est fait avoir par les éléments de langage.

    Il ne s’agit pas d’un droit de mourir. On a déjà le droit de mourir. Mourir n’est pas interdit par la loi. Personne n’a jamais été poursuivi pour être mort.

    Il s’agit d’un droit de tuer. Il s’agit d’autoriser un homme à en tuer un autre. Il s’agit de dire que la loi ne poursuivra plus celui qui a tué dans certaines circonstances de plus en plus confuses. Il faut que l’homme qui va mourir le demande, mais pas forcément. Il faut qu’il l’ait demandé mais pas forcément. Il faut qu’il soit malade mais pas forcément. Il faut qu’il souffre mais pas forcément…

    Et comme à chaque fois, dès lors que la position de principe est battue en brèche, les limites tombent les unes après les autres. Tu en fais le terrible recensement dans le billet. Viendra bientôt le moment où un ado demandera une euthanasie pour un chagrin d’amour.

    Encore un bel exemple d’inversion des valeurs dans la société post-moderne. Il y a peu, ne pas aider un suicidaire était un crime. Bientôt, l’aider sera un crime.

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  • Terribles questions, pour moi.

    Car je partage votre analyse. Je vois bien le risque, la menace.

    Mais le droit de tuer, on le donne déjà, socialement, à des personnes qu’on estime dignes de le recevoir, qu’on forme pour cela, qui l’exercent dans le cadre des lois et avec une mission jugée d’utilité générale, bien que de ce côté là la tendance sociale est à la restriction : les policiers, les gendarmes, les soldats. Notons qu’aux USA, par exemple, ce droit est octroyé par définition à tout citoyen majeur en état de légitime défense. On voit donc que les limites sont, finalement, assez peu universelles ou encore moins « naturelles ».

    Il s’agit donc d’étendre ce droit à d’autres personnes, dans les mêmes conditions : un métier spécifique (et à mon avis que ce métier soit « médecin » est une partie de la discussion trop vite occultée), des gens formés, le cadre légal, et l’intérêt …. général? Oui, si on considère que vivre dans une société où chacun est libre est essentiel. Mais on franchit la limite de la protection de la société vers le choix individuel

    Et, en vrai, non, je ne me sens pas légitime à obliger Mme Bert à poursuivre une vie dont elle ne veut plus. L’idée de donner à son médecin le droit de la tuer à sa demande me choque. Mais en l’état, je donne à son médecin le droit de l’obliger à vivre à ma demande, à celle de la société. Dans les deux cas, son médecin se retrouve avec un droit de vie ou de mort sur cette personne adulte, consciente, libre, au discernement plein. Est-ce juste?

    Moi je préfère la vie, mais elle, elle préfère sa mort, sans engager son regard sur les autres, mêmes ceux qui souffrent du même mal qu’elle et qui feraient un autre choix. Et c’est sa vie. Je fais partie des gens qui pensent qu’on ne vit pas que pour soi, mais in fine, chacun décide en conscience de ce qu’il fait de sa vie, pour lui et pour les autres. Elle a décidé en conscience d’y mettre fin. Puis-je le lui interdire?

    Alors, je ne sais pas.

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  • En lisant votre texte je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’une étape prochaine, mais pas encore explicite, serait la sédation d’un pays, d’un peuple. Il me semble que certains en ont l’esprit.
    J’espère sincèrement que je me trompe.

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  • Merci de d’expliquer avec humanité tout ce qui ne va pas dans cette société. La vie, l’amour, la compassion, la miséricorde, toutes ces valeurs humaines sont en péril. On ressent une profonde détresse en lisant ce qui se passe en Belgique.

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  • Je partage le point de vue de Koz qu’il a déjà évoqué dans plusieurs blogons antérieurs. Je n’aime pas moi non plus notre culture de la mort. Vouloir absolument mourir dans la dignité chacun de nous peut le faire s’il le veut et s’il le peut. Il y a beaucoup de suicides en France et certaines personnes ne se donnent aucune chance de survie et décident seuls de leur fin de vie. Je n’ai pas envie d’entrer dans les détails. Je sais comment ont fait certaines personnes que j’ai croisées dans ma vie. Mais celles et ceux qui veulent mourir et ne peuvent pas le faire par eux-mêmes exigent que d’autres le fassent pour eux. Et personnellement je n’aimerais pas du tout que me soit « donnée » cette mission. Je sais enfin que ce que je vais écrire maintenant peut paraître déplacé par rapport au sujet de ce blogon sur un sujet bien précis mais je n’aime pas du tout non plus la banalisation de la guerre que nous subissons depuis des années. Bombarder des villes et chasser des femmes, des hommes, des enfants sur les routes de l’exil est devenu d’une triste banalité. Et ça me navre aussi.Car cela fait aussi partie hélas de l’extension permanente du domaine de la mort à laquelle nous assistons avec le plus souvent un sentiment de grande impuissance à inverser cette tendance mortifère.

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  • Le monde moderne (ou disons : ce monde dans son état contemporain) me semble s’être donné une injonction pour le moins bizarre : celle d’aider chacun à céder à ses tentations, à ses démons, aussi bien dans des aspects frivoles (consommation) que dans les plus graves, comme la tentation du désespoir, travestie en « dignité ».
    « Ce sont eux, les petits, les sans-grades de la société de la finance et de la performance, eux, les fragiles, que nous devons protéger. C’est là la mission d’une société fraternelle, et celle du législateur. » Merci de rappeler ainsi que le devoir de protéger (et de servir) les plus faibles mais aussi les plus désespérés est double : celui de la collectivité et celui de chacun.
    (J’allais ajouter, après « servir », le devoir d’aimer ; mais celui-là est réservé aux personnes, le législateur ne pouvant y être tenu.)
    J’en profite, puisque vous avez placé dans votre texte un lien vers une page « Facebook », pour recommander à tous vos lecteurs « Si je ne peux plus marcher, je courrai », qui est paru aux éditions Mame.

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  • j’ai écouté récemment dans une émission à la télé le témoignage d’Anne Bert. Elle a expliqué son choix avec beaucoup de dignité et de courage je trouve. Je n’ai pas eu l’impression en l’écoutant que cela signifiait la progression vers une société plus individualiste, que « le domaine de la mort s’étendait », comme vous dites.
    je reconnais les conséquences néfastes pour les plus-faibles que la légalisation de l’euthanasie peut entrainer. Mais, je n’irais pas jusqu’à utiliser les grandes formules, caricaturales je trouve, que vous employez.
    Aider les petits, améliorer leur dignité n’est peut être pas aussi contradictoire avec l’autorisation de l’euthanasie. Alors, oui l’Eglise est contre, du coup j’aimerai l’être aussi. Mais, malheureusement, tout n’est peut être pas aussi confortable dans cette question. Comme dans bcp débats de société d’ailleurs.

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  • Merci
    Un point de vue nécessaire , qu’on aurait aimé entendre dans les matinales
    Ce blog détonne dans ma bloglist (ou blogroll?), et je suis souvent heureux de le lire, soit pour avoir l’opinion de « l’adversaire », soit pour parfois être en accord avec lui …
    Merci (bis) M’sieur Koz!

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  • Je n’ai jamais compris pourquoi, la mort étant la certitude de l’accès au royaume de Dieu, à la béatitude éternelle et à la réunion avec nos chers disparus, les chrétiens la voyaient d’un oeil si négatif. Contrairement aux hindous par exemple.

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  • @Marie: pourquoi demander le suicide assisté? pourquoi impliquer d’autres personnes dans son choix de mourir?pourquoi se mettre sous les feux de la rampe? c’est si difficile d’avaler un tube de barbituriques? De tout temps des gens ont choisi la mort. Ont rédigé des lettres d’adieux pour éviter aux proches des enquêtes de gendarmerie inquisitives…
    la liberté, est ce ce que demande Mme Bert?demander à d’autres de procéder à des gestes apportant la mort, parce que vous le voulez?et les laisser, seuls, ensuite, gérer les conséquences psychologiques sur eux même? parce que ne vous y trompez pas: ceux qui donnent la mort à autrui, même autorisés par la Loi, et d’autant qu’ils doivent répéter ce geste, payent un jour ou l’autre psychologiquement.

    Il se trouve qu’il y a peu, j’apprenais qu’un de mes amis d’enfance était atteint de la maladie de Charcot. Cette annonce a recrée un lien entre tout un groupe de gens qui ne s’étaient pas vus depuis 30 ans. La solidarité déployée a eu des fruits sur chacun d’entre nous.
    Comme des tas de gens obscurs et moins obscurs qui témoignent grâce aux réseaux sociaux, aux livres…je voudrai crier: c’est dur, oui, pour l’atteint comme pour ses proches: mais laissez vous aimer! laissez vous aider! et vous aimerez et aiderez en retour, rien n’est inutile.

    Merci Koz, cet interview a été un choc très violent pour moi, à cause des circonstances évoquées plus haut. Vos paroles ont été un baume, car elles traduisent très bien ce que j’ai ressenti, et cela m’apaise de mettre des mots.

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  • Billet après billet, les choses sont bien posées. Ici je retiens :

    « Car oui, c’est un peu plus que son choix, puisqu’elle a décidé de le médiatiser. C’est un peu plus que son choix puisqu’elle a décidé d’appeler de ses vœux un changement de législation. Peu importe que la France en ait si souvent débattu, peu importe la nature de nos débats éthiques et parlementaires. »

    En tant que médecin, les choses pour moi sont très claires : pas question de dénaturer encore plus la profession en obligeant les soignants à donner la mort.

    Merci pour ces rappels et tristes exemples, pour ce sursaut à plus de fraternité et de protection des faibles.

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  • c’est un sujet douloureux et complexe, sur lequel je serai bien en peine de prendre une position définitive. J’ai eu l’occasion de croiser pas mal de personnes qui ont disons « le mal de vivre », pour X raisons distinctes, et je ne suis pas sûr comme le dit Colibri qu’en cas de « décision » qu’il faille les laisser se débrouiller seuls (comme compassion on a fait mieux je pense, quid des gens qui ratent, par peur ou stress extrême…). Je ne suis pas sûr non plus que la légalisation soit la solution mais je suis frappé du « ton » de la majorité des commentaires. Les personnes qui souffrent sont « objets » d’amour, « objets » de compassion… mais ils ou elles ne sont pas considérés comme des sujets pensants, responsables, libres. On trouve toujours des doutes ou questionnements sur ce qui pousse les gens à ces extrémités. On ne comprend pas leur élan… alors on interdit. Je trouve qu’on est bien peu dans l’écoute et la compréhension. Ce qui compte quand quelqu’un souffre, ce n’est pas ce que vous en pensez, ou ce qu’en pense l’Eglise, ce qui compte en premier c’est la souffrance de la personne, qui finit par prendre toute la place. On part de là, et après on discute. Partir de la prétendue « culture de mort », ou des positions de l’Eglise, pour atterrir sur des cas tous individuels me parait très… désincarné et peu respectueux des personnes.

    Répondre
  • Merci KOZ, tu n’as pas déçu mon attente. Et ta réflexion me remontre tout le volet négatif des outils mis à disposition sur ce sujet.
    Effectivement, un journaliste sérieux aurait du demander à cette personne en quoi la loi actuelle ne lui permet pas d’atteindre son but. J’ai le sentiment que c’est le degré de maitrise de sa propre vie qui porte son choix : elle veut être sûr du respect de ses volontés sans attendre qu’elle ne puisse plus être capable de les exprimer. Cela démonter la confiance qu’elle a dans le cadre qui doit l’accueillir au terme de sa déclinaison.
    Comme dit plus haut, rien ne nous empêche, nous chrétiens, en tant que corps d’œuvrer auprès de ces personnes pour les accompagner dans le respect de nos convictions. Toutes les drogues sont néfastes et pourtant l’histoire montre que leur interdiction est socialement contre productive. La loi donne un cadre global et nous avons la chance que celui-ci nous permette de vivre dans le respect de nos convictions.
    Je pense qu’il est plus profitable d’aider les autres à faire face à la vie comme nous le faisons nous-même plutôt que de batailler pour imposer à tous les limites que nous nous fixons.
    Merci encore Koz pour ton éclairage sur le sujet.

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  • @eczistens: ou bien on ne le comprend que trop bien: l’altération du jugement lié à la souffrance psychologique est une terrible réalité.Quand on l’a vécu, on est heureux quand les proches, conscients de cette altération, ne prennent ni vos propos ni vos actes au pied de la lettre.

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  • exilé : certes, mais pas toujours non plus. Je suis frappé par l’extrême cohérence et « logique » de certains positionnements en la matière. D’autre part, qui décide que ces gens sont malades et que leur jugement est altéré ? Je précise que je ne suis pas en désaccord avec vous (je doute, je doute) mais je trouve une forme de condescendance dans les postures compassionnelles. Si on part du principe que ces personnes ont le jugement altéré, on part mal je pense… d’abord se taire, écouter. Prendre en compte que chaque cas est différent. J’ai un cas récent et assez proche où la personne, plus on tente de « l’aider », de se rapprocher, de comprendre, plus elle étouffe et pète des câbles. Il y a des limites à la compréhension je pense. Parfois des choses nous échappent. Penser le contraire me semble supposer qu’on est dans la toute puissance, le contrôle … la condescendance donc.

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  • Jean-Luc a écrit :

    Je n’ai jamais compris pourquoi, la mort étant la certitude de l’accès au royaume de Dieu, à la béatitude éternelle et à la réunion avec nos chers disparus, les chrétiens la voyaient d’un oeil si négatif.

    1. C’est une espérance. Pas une certitude.

    2. Quoi qu’il en soit de la Vie éternelle promise, elle est précédée d’une vie terrestre qui est un don de Dieu, reçu pour en faire le meilleur usage possible, pour la vivre le mieux possible. A partir du moment où l’on considère que la vie (humaine) est un Bien, on se doit de la respecter comme telle, même si elle a un terme, et qu’au-delà une nouvelle vie est espérée.

    (Bon, je vais laisser un théologien plus avisé développer voire rectifier mais je voulais au moins donner quelques éléments.)

    Et merci, Koz, pour cette vigilance ; je tâcherai de revenir pour commenter un peu plus un point.

    Répondre
  • Le diagnostic de la maladie d’Anne Bert est sans doute posé depuis longtemps. L’évolution de cette maladie est bien connue. Anne Bert a probablement eu la possibilité de se suicider quand elle était encore lucide et suffisamment valide pour le faire.

    Elle ne l’a pas fait et on pourrait interpréter la médiatisation qu’elle a choisie de donner à son cas comme un désir de vivre à travers ce cas.

    Quelle ambiguïté….

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  • Scène courante de la vie, chez nous en Belgique aujourd’hui…

    Dans le genre, nous avons aussi la visite chez le curé 2 semaines avant le jour du décès d’un proche pour lui demander ses disponibilités pour l’enterrement.
    Et puis, il y a les dérives « naturelles » encouragées par notre législation… Par exemple le médecin qui avec beaucoup de bienveillance a laissé 2 options à mes oncles et tantes pour ma grand-mère de 97 ans (je crois) atteinte d’une vilaine grippe et à moitié inconsciente: je la soigne ou je la tue, c’est comme vous voulez. Je caricature, certes, car il avait évidement mieux choisi ses mots mais bizarement le fait que ma grand-mère n’ait jamais rien demandé ne semblait pas le perturber.

    @Marie: « Mais en l’état, je donne à son médecin le droit de l’obliger à vivre à ma demande, à celle de la société. » C’est pire que ça, c’est son coeur et tout son corps qui depuis sa naissance oblige Mme Bert à vivre, non?

    Belle journée,

    F. Willems

    Répondre
  • Laisser passer deux jours avant de répondre est un choix hasardeux. Je ne pourrai pas répondre à tous. Je ne suis pas certain d’ailleurs que vous l’attendiez. Je vais seulement picorer quelques points.

    Jean-Luc a écrit :

    Je n’ai jamais compris pourquoi, la mort étant la certitude de l’accès au royaume de Dieu, à la béatitude éternelle et à la réunion avec nos chers disparus, les chrétiens la voyaient d’un oeil si négatif. Contrairement aux hindous par exemple.

    Permettez-moi de vous citer l’homélie de Saint Jean Chrysostome que l’office des Heures propose aujourd’hui même :

    Les vagues sont violentes, la houle est terrible, mais nous ne craignons pas d’être engloutis par la mer, car nous sommes debout sur le roc. Que la mer soit furieuse, elle ne peut briser ce roc ; que les flots se soulèvent, ils sont incapables d’engloutir la barque de Jésus. Que craindrions-nous ? Dites-le-moi. La mort ? Pour moi, vivre, c’est le Christ, et mourir est un avantage. L’exil ? La terre appartient au Seigneur, avec tout ce qui la remplit. La confiscation des biens ? De même que nous n’avons rien apporté dans ce monde, nous ne pourrons rien emporter. Les menaces du monde, je les méprise ; ses faveurs, je m’en moque. Je ne crains pas la pauvreté, je ne désire pas la richesse ; je ne crains pas la mort, je ne désire pas vivre, sinon pour vous faire progresser.

    Mais pour autant, si Dieu nous donne vie, alors nous en prenons soin, et nous considérons qu’elle n’est pas à notre disposition. C’est un fondement théologique, mais c’est aussi suivi de conséquences pratiques salutaires pour l’Homme.

    Lionel a écrit :

    j’ai écouté récemment dans une émission à la télé le témoignage d’Anne Bert. Elle a expliqué son choix avec beaucoup de dignité et de courage je trouve. Je n’ai pas eu l’impression en l’écoutant que cela signifiait la progression vers une société plus individualiste, que « le domaine de la mort s’étendait », comme vous dites

    Je reconnais bien volontiers que l’on peut exprimer un tel choix avec courage et dignité. Comme je reconnais aussi que l’on ne perçoit pas toujours bien soi-même la portée de ses propres actes. C’est justement une part du problème : penser que son acte n’a qu’un impact individuel.

    eczistenz a écrit :

    J’ai eu l’occasion de croiser pas mal de personnes qui ont disons « le mal de vivre », pour X raisons distinctes, et je ne suis pas sûr comme le dit Colibri qu’en cas de « décision » qu’il faille les laisser se débrouiller seuls (comme compassion on a fait mieux je pense, quid des gens qui ratent, par peur ou stress extrême…).

    Je suis pour ma part sûr que ce que nous avons à faire, c’est déployer tous les ressorts nécessaires pour remédier à cette situation, sûr que c’est ce que notre humanité nous appelle à faire. Je conçois tout à fait que d’autres sociétés ou d’autres civilisations peuvent poser des choix différents, mais je pense également que l’on ne peut pas brader certains fondements de la nôtre. Et je suis assez convaincu que la détermination à secourir (moralement et physiquement) si on doit mettre en balance le secours moral et l’assistance au suicide.

    Lorsque l’on croise une personne qui menace de se jeter d’un pont, le réflexe humain et naturel est de se porter à son secours. Et je crois qu’il y a des instincts en nous qui ne sont pas là par hasard.

    Charles-Marie a écrit :

    En tant que médecin, les choses pour moi sont très claires : pas question de dénaturer encore plus la profession en obligeant les soignants à donner la mort.

    Oui. Je pense que le malade doit avoir la certitude absolue du soin.

    Et quand certains parlent d’une nouvelle profession à créer et encadrer, je m’interroge un peu sur la psychologie des gens qui s’y consacreront, des Thanateurs ?

    egdltp a écrit :

    Effectivement, un journaliste sérieux aurait du demander à cette personne en quoi la loi actuelle ne lui permet pas d’atteindre son but.

    C’est tout de même un début : je ne sais ce qu’elle dit par ailleurs, mais la loi française est allée loin, très loin. Il reste pourtant des extrémités qu’elle s’est encore refusée à accepter. Je peux comprendre qu’Anne Bert, dans sa situation, n’y accorde pas beaucoup d’attention, mais on ne peut pas, dans une société, faire abstraction des autres, ceux que l’on engage, et refuser radicalement toute forme de compromis. La loi actuelle en est un, qui ne me satisfait pas, mais que je suis contraint d’accepter.

    exilé a écrit :

    ou bien on ne le comprend que trop bien: l’altération du jugement lié à la souffrance psychologique est une terrible réalité.

    Je ne veux évidemment pas exclure la possibilité de poser ce choix sans que le jugement soit altéré, mais on ne peut effectivement pas nier cette réalité, ni que certaines pathologies s’accompagnent parfois d’une rigidité (par exe, les syndromes frontaux) qui ne sont pas la manifestation de la liberté véritable du patient.

    Plus largement, il me semble que l’on devrait prendre davantage en compte la distinction entre la liberté formelle et la liberté réelle. Ce que l’on présente comme un choix est-il toujours un choix effectivement libre ?

    La petite vidéo postée par @ Francis Willems l’illustre avec un peu d’humour mais avec une certaine justesse. Quelle est la liberté véritable du patient ou de la personne âgée qui perçoit dans le regard des proches qu’elle est désormais inutile, en surnombre, voire que l’on considère que sa vie n’est plus digne ?

    C’est en priorité à ces personnes que l’on doit penser et, si l’on pense que l’on a à choisir entre deux risques, prendre le risque de maintenir en vie une personne contre sa volonté plutôt que celui de donner la mort à qui ne le souhaitait pas réellement.

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  • Michel de Guibert a écrit :

    @ Marie:

    « La qualité d’une civilisation se mesure au respect qu’elle porte aux plus faibles de ses membres »

    Jérôme Lejeune

    Citation bien connue et facilement ressortie dans des situations opposées. Car elle ne dit rien de qui est « faible » et de ce qui relève du « respect » (on sait les définitions qu’en donne son auteur mais d’autres peuvent faire d’autres choix). Quelle est cette civilisation qui impose à ses faibles malades une vie dont ils ne veulent plus tout en prétendant les respecter ?

    On n’est pas en train de parler d’une personne en coma profond qui n’aurait jamais exprimé ses volontés et pour lequel on choisirait la mort à sa place, ni même d’une personne qui aurait exprimé ses volontés 10 ans auparavant et dont on peut se demander ce qu’il en est à ce moment-là.

    Effectivement la question de pourquoi elle ne se suicide pas est à la fois indécente à poser à la radio (et le respect de la personne qui est là prime) et… réelle. Et d’ailleurs bien des personnes le font. J’ai un jour posé la question à une personne concernée et la réponse fut : si je me suicide je peux me rater, ou alors ça peut marcher mais je vais souffrir atrocement même pendant 10 minutes parce que j’ai mal dosé ou alors les barbituriques sont trop longs à agir, et puis je veux être à l’hôpital pour ne pas infliger à mes proches de continuer à vivre dans le cadre où je me serai tuée, ni bien sûr leur demander à eux de pratiquer le geste. L’injection létale par un médecin c’est la certitude d’une mort rapide et indolore dans un cadre perçu de nos jours comme celui où l’on meurt.

    Ensuite il y a le courage du geste, une chose est de ne plus vouloir vivre, une autre est de vouloir se tuer, et Dieu merci bien des personnes qui sont dans le premier cas ne franchissent jamais la limite du 2e, mais dans la demande d’euthanasie il y a un peu de cela je pense, ça n’est pas si simple. De ce point de vue une émission de radio n’est pas ce qui se fait de mieux, et un discours militant non plus.

    C’est un peu hors sujet, mais l’évolution de la médecine actuelle (marchandisation, contrats divers, déserts médicaux qui favorisent l’éloignement, critères de qualité de type normatif, consultations express, etc.) et plus globalement de la vie et notamment la mobilité géographique, font que le médecin n’est plus perçu comme un proche, et réciproquement qu’en tant que patient beaucoup pensent pas que leur médecin puisse les regarder comme des proches, et donc pour qui ce serait difficile de les tuer. »Qui est ton prochain »? Cette question est aussi au coeur du débat. Pour moi il est inconcevable d’obliger quelqu’un à pratiquer l’euthanasie, médecin ou pas.

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  • Koz a écrit :

    Si l’on pense que l’on a à choisir entre deux risques, prendre le risque de maintenir en vie une personne contre sa volonté plutôt que celui de donner la mort à qui ne le souhaitait pas réellement.

    Entièrement d’accord avec vous là-dessus.

    Egalement, pour moi la loi dit quelque chose de ce qu’une société trouve acceptable ou pas, et je répugne à accepter que la loi dise que nous acceptons d’accompagner le suicide des gens, parce qu’on accepte que la mort puisse être souhaitable au point d’être infligée. Il m’arrive de le penser individuellement mais de là à en faire un principe social…

    Mais cela est le fruit de mes valeurs et de ma sensibilité, et dans une société plurielle, cela ne vaut pas moins, mais pas plus, que d’autres.

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  • Francis Willems a écrit :

    @Marie: « Mais en l’état, je donne à son médecin le droit de l’obliger à vivre à ma demande, à celle de la société. » C’est pire que ça, c’est son coeur et tout son corps qui depuis sa naissance oblige Mme Bert à vivre, non?

    Non. Son coeur, son corps, c’est elle : nulle obligation, mais des choix. La société, moi, vous, la maladie, c’est extérieur. Sans la maladie il n’y avait pas d’obligation. Seulement un état. C’est avec la souffrance que vient le sentiment d’une obligation. Et lorsque la société vous refuse une euthanasie réclamée, le sentiment d’obligation devient obligation objective. Justifiée ou pas, tel est le débat : la liberté est-elle l’absence de toute obligation envers soi-même y compris de conserver sa vie? La société a-t-elle le droit d’obliger les gens à vivre parce qu’elle tient à eux?

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  •  » Des jumeaux, nés sourds et menacés de devenir aveugles, et qui estimaient que la perspective de ne plus se voir était une souffrance insupportable  »
    Voici l’article de la La Libre Belgique sur ce sujet .

    L’histoire -triste et belle à la fois- est celle de Marc et Eddy Verbessem, des jumeaux monozygotes (vrais jumeaux) nés sourds. Tous deux cordonniers dans la région anversoise, les frères -inséparables- ont toujours vécu sous le même toit. C’est l’annonce d’un diagnostic d’une maladie oculaire dégénérative, un glaucome avec perte progressive de la vision pouvant mener à la cécité, qui fut l’élément déclencheur de l’issue fatale, révélée ce week-end dans la presse néerlandophone.
    Car si pour ces deux hommes de 45 ans, nés avec ce handicap, le fait d’être privés de l’ouïe n’était pas un réel problème, l’idée de ne plus pouvoir se voir et de perdre toute autonomie leur est apparue littéralement insupportable. Une longue réflexion les a amenés à prendre peut-être la plus lourde des décisions : demander l’euthanasie. Voici un an, donc, que les deux frères ont entamé les démarches nécessaires. Le 14 décembre dernier, réunissant apparemment toutes les conditions légales requises, ils se sont rendus à l’UZ Brussel de Jette. « Sereinement, ils ont encore bu un café dans le couloir », racontait sur les antennes de RTL-TVI ce médecin qui les a accompagnés. « Longuement, ils ont eu une discussion très riche avec l’aumônier. Calmement, ils ont dit au revoir à leur famille. Et, faisant un signe de la main, ils s’en sont allés. »
    Unis, à la vie, à la mort.

    La Libre Belgique est un journal catholique .

    La question de fond est  » y a-t-il de bonnes raisons de se suicider ?  » et la question subsidiaire est  » la raison de ces deux frères était-elle un bonne raison ?  » .
    Si vous êtes d’avis qu’il n’y pas de bonnes raisons de se suicider , expliquez donc pourquoi les hommes se suicident depuis qu’il y en a .
    Quels autres actes accomplissent-ils qu’on ne puisse jamais justifier ? Tuer est justifiable ou excusable dans certains cas , pourquoi se tuer ne le serait-il pas ?

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  • Koz a écrit :

    si Dieu nous donne vie, alors nous en prenons soin, et nous considérons qu’elle n’est pas à notre disposition

    humpty-dumpty a écrit :

    A partir du moment où l’on considère que la vie (humaine) est un Bien, on se doit de la respecter comme telle

    Pourtant les forces armées comprennent un certain nombre de chrétiens.
    On s’autorise donc à tuer des gens « en face » qui préfèreraient vivre (même s’ils ont admis le risque de perdre la vie) plutôt que de leur abandonner la victoire.
    On admet donc (même si on le déplore) le risque de dommages collatéraux dans la population civile.
    On accepte donc (si on en croit certains récits et l’imagerie populaire) d’abréger les souffrances d’un camarade éventré sur le champ de bataille sans espoir de rémission.

    Mais on n’admet pas d’abréger les souffrances de quelqu’un qui souffre le martyre et le demande expressément (hors champ de bataille).
    J’ai toujours un peu de mal à comprendre, je le crains.

    Répondre
  • Le droit de naître, de mourir ne sont des « droits » que par la main de l’homme. Il s’agit en réalité d’un état de fait très naturel, du don d’une vie par Dieu. Nous naissons, grandissons, vieillissons, nous respirons, nous nourrissons et vivons, nous ressentons, nous voyons….et nous mourrons. Se profile maintenant un « droit à l’alimentation ( besoin primaire et naturel) terrifiant. Devrons nous un jour proclamer le droit de respirer et d’utiliser ses sens pour chaque être humain ? Verrons nous apparaitre un droit à la bonne santé ou à la maladie ? L’homme terrifié par la grandeur refusée de Dieu et la beauté et la fragilité de l’humanité veut contrôler à tout prix une création qui le dépasse. Il se veut tout puissant, créateur et destructeur niant par la même l’importance de chaque créature, faible ou puissante et lui refusant l’amour et le soin qui lui sont dûs.
    L’ONU prépare un terrible texte qui s’imposerait aux états.
    En plus d’une lutte active pour éclairer le monde il est fondamental d’éveiller les âmes de nos enfants et de nos jeunes à la beauté ( parfois la difficulté ou la souffrance) de la vie et de la mort et de les aider à ne pas considérer l’existence en terme d’utilité, de succès ou de santé afin qu’ils puissent à leur tour laisser briller des petites flammes d’amour de chacun et de dignité pour chacun.
    Le monde n’est pas perdu car Dieu est là même refusé, Confiance ! Il a cette bonté de faire sortir des péchés et des errances humaines de grandes grâces.

    Répondre
  • Jean-Luc a écrit :

    Pourtant les forces armées comprennent un certain nombre de chrétiens.

    Ce sont des extensions du principe de légitime défense. Mais il faudrait quelqu’un de plus versé dans l’éthique de la guerre, vaste sujet en soi.

    Toutefois : Jean-Luc a écrit :

    On admet donc (même si on le déplore) le risque de dommages collatéraux dans la population civile.

    Là, je doute que tous les militaires chrétiens soient aussi légers que vous le laissez entendre avec de tels « dommages collatéraux ». (Litote. Il est évident que ce n’est pas le cas du tout).

    Et :  » On accepte donc (si on en croit certains récits et l’imagerie populaire) d’abréger les souffrances d’un camarade éventré sur le champ de bataille sans espoir de rémission. »
    Là encore le « donc » est de vous, sûrement pas d’une doctrine chrétienne… Et si je ne suis pas certain de la réaction de chacun dans le cadre extrêmement spécifique d’un champ de bataille (mort certaine, et non simplement probable, du blessé ; manque de moyens proches et immédiats pour soulager la souffrance ; caractère non serein de la situation du proche également, qui se trouve quand même au milieux d’un champ de bataille, pas le contexte le plus serein qui soit) je suis certain en revanche qu’il ne saurait être codifié, organisé, comme une règle du champ de bataille à appliquer. Et encore moins qu’on puisse organiser dans le monde en circonstances ordinaires (hors la situation du seul patient) et par le biais de lois ordinaires, une mise à mort.

    On a un cas limite en pleine guerre, dans une situation où la marge de manoeuvre est réduite, le jugement de tous altéré, l’urgence pressante. Et un cas général où on parle de professionnels prenant des décisions et posent des actes sereinement, à l’hôpital ou à la maison… Et dans un cadre codifié.

    « ’abréger les souffrances de quelqu’un qui souffre le martyre et le demande expressément » : il faut apprendre toujours mieux à soulager les souffrances, pas à les abréger. C’est une bien curieuse façon de prétendre éliminer une maladie, qu’éliminer le malade.

    Bref, vous prenez deux situations qui n’ont rien à voir et dites que vous peinez à voir la différence. C’est moi qui m’avoue perplexe.

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  • Patrice a écrit :

    La Libre Belgique est un journal catholique .

    La Libre Belgique est catholique comme Le Monde est protestant. C’était vrai il y a très longtemps, dans les années d’après guerre. Cet héritage a été renié.

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  • Marie a écrit :

    Mais cela est le fruit de mes valeurs et de ma sensibilité, et dans une société plurielle, cela ne vaut pas moins, mais pas plus, que d’autres.

    Je n’ai jamais bien compris ce concept de « société plurielle »; dans ce cas, pourquoi donnez-vous votre opinion comme vous le suggérez? Car société plurielle n’est qu’un autre mot pour définir une anarchie, une société qui n’est plus une société mais un agglomérat d’individus qui suivent ce qu’ils veulent. Pourquoi alors se prendre la tête à débattre si tout se vaut ?

    Répondre
  • humpty-dumpty a écrit :

    il faut apprendre toujours mieux à soulager les souffrances

    Souffrances physiques et morales, c’est évident mais ça ne répond pas à la question, puisque l’euthanasie est destinée justement à ces cas où on n’y parvient pas.

    Répondre
  • @ Aristote:
    Disons que c’est ce qu’il y a de plus catholique comme journal belge , en tout cas pas un journal irréligieux .
    Et leur ligne politique est violemment anti-socialiste et pro démocrate-chrétienne .

    Répondre
  • Je ne comprends pas bien : d’après ce que j’entends, cette personne est en capacité de se suicider toute seule, si elle le souhaite, sans la bénédiction de quelque loi que ce soit. Elle ne serait pas la première à choisir cette fin. Alors pourquoi s’en prend-elle aux autres qui devraient la suicider ?
    Mais je n’ai pas lu tous les commentaires, peut-être certains ont répondu à la question.

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  • Poujol a écrit :

    Marie a écrit :

    Je n’ai jamais bien compris ce concept de « société plurielle »; dans ce cas, pourquoi donnez-vous votre opinion comme vous le suggérez? Car société plurielle n’est qu’un autre mot pour définir une anarchie, une société qui n’est plus une société mais un agglomérat d’individus qui suivent ce qu’ils veulent. Pourquoi alors se prendre la tête à débattre si tout se vaut ?

    Parce que quand on se prend la tête à débattre, on échange des arguments. Mon opinion ne repose pas sur rien, celle des autres non plus. Et par ailleurs l’attachement à des principes, valeurs, vision du monde, personnes…. sont des arguments recevables dans le débat. Celui qui a une opinion autre que la mienne est susceptible de les entendre, les comprendre, voire y adhérer, comme je suis susceptible d’entendre, comprendre, voire adhérer aux arguments de l’autre. C’est l’un des principes de la démocratie. Et en ce qui me concerne, la lecture de ce blog en est une expérience forte

    Répondre
  • @ egdltp:
    Très intéressante interview. Mais toujours la même ambiguïté (pour ne pas dire plus) lorsque Marie de Hennezel dit refuser que « l’on accorde la possibilité aux médecins de donner la mort ».

    Et pourtant, stopper volontairement l’alimentation et l’hydratation d’un malade sous sédation, qu’est-ce donc ?

    Répondre
  • Pingback: Et nous « débattrons » jusqu’à la mort | Koztoujours

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