Le don, c’est bon

Le blog a aussi cet intérêt : pouvoir y écrire ce que je n’ai pas réussi à dire. Il y a seulement quelques soirs, je participais, à l’invitation de Jean- Christophe Fromantin et de Mgr Nicolas Brouwez, à une rencontre sur le don et la gratuité dans l’encyclique Caritas in Veritate. Or, j’étais en trop bonne compagnie 1 pour couper abruptement la parole de quiconque sans ajouter au risque habituel de dire une ânerie en public, celui d’empêcher plus malin que moi de parler.

Denis Sureau a introduit la soirée en soulignant notamment l’insistance de Benoît XVI sur l’imbrication du naturel et du surnaturel, précision étant faite que le surnaturel, pour l’Eglise, est constitué par ce qui ne s’explique pas par des facteurs naturels. Il ne s’agit donc pas uniquement des miracles mais aussi et en l’occurrence de la charité.

Il faut, de façon préliminaire, écarter la conception viciée de la charité qui semble être très largement partagée aujourd’hui, celle d’une générosité condescendante et finalement égoïste. Au demeurant, Benoît XVI le souligne d’emblée : « je suis conscient des dévoiements et des pertes de sens qui ont marqué et marquent encore la charité, avec le risque conséquent de la comprendre de manière erronée, de l’exclure de la vie morale et, dans tous les cas, d’en empêcher la juste mise en valeur« . La charité, c’est l’amour. Et la charité chrétienne doit être orientée par la vérité.

Car,

« Dépourvu de vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme »

Pour ce qui concerne strictement le christianisme, Benoît XVI a cette formule :

« Un christianisme de charité sans vérité peut facilement être confondu avec un réservoir de bons sentiments, utiles pour la coexistence sociale, mais n’ayant qu’une incidence marginale »

Benoît XVI insiste fortement sur le fait que la charité ne peut pas être une préoccupation (ou une joie) parallèle ou, comme le disait Denis Sureau, un simple « supplément d’âme« , ce que l’on ferait en plus de notre activité habituelle. A titre d’exemple, un financier chrétien ne devra pas se satisfaire de diriger un « fonds éthique« , mais bien plutôt insuffler la charité dans toute son activité financière. Si l’exemple du financier s’impose pour des raisons conjoncturelles, chacun aura compris que cette attitude se décline de l’avocat à la crémière, du tourneur-fraiseur au sénateur.

C’est ainsi que Benoît XVI souligne que :

« La charité n’est pas une adjonction supplémentaire, comme un appendice au travail une fois achevé de diverses disciplines, mais au contraire elle dialogue avec elles du début à la fin. »

Il s’agit donc de savoir placer le don et la gratuité au cœur de nos vies. Et d’une. Mais attention, et de deux : au-delà de nous, il s’agit de aussi de placer la gratuité au cœur du système. Ouais… Je sais. Mais on n’obtient rien avec des objectifs médiocres.

Bien évidemment, avant de venir, je m’étais acquitté de mes devoirs, et avais relu frénétiquement Caritas in Veritate. Et un point, à cet égard, m’a frappé plus qu’à la première lecture. Il s’agit en quelque sorte de la dimension tridimensionnelle qui nous est proposée par l’encyclique. Il n’y a là, évidemment, rien de bien surprenant, puisque la foi introduit une transcendance, puisqu’elle introduit nécessairement une autre personne dans nos relations humaines. Il est ainsi logique qu’à nos relations horizontales s’ajoute une relation verticale, et pas incohérent que cette dimension s’illustre dans l’exercice de la charité.

Mais l’encyclique insiste justement sur ce sujet, d’une façon qui souligne, à mon sens, les schémas mentaux dans lesquels nous évoluons.

Ainsi, deux domaines de connaissance structurent notre culture, à moins qu’ils ne la révèlent : l’économie, et le droit. Or, force est de constater que l’un comme l’autre exigent une contrepartie dans les rapports humains.

Nous vivons dans une économie de marché, dont le fonctionnement suppose un échange. Et nous vivons dans un schéma juridique qui  exige la réciprocité. Il existe certes des actes unilatéraux mais la norme réside dans le « contrat synallagmatique« , c’est-à-dire un contrat marqué par des obligations réciproques2.

Bien évidemment, économie et droit sont étroitement imbriqués et le schéma contractuel qui nous marque renvoie aussi à l’organisation économique du système de marché3.

Or, ces domaines ne finissent-ils pas par structurer excessivement notre pensée ? Ne finissent-ils pas par imposer leur empire, de sorte que toute relation n’est plus perçue que comme un échange et que l’on suspecte tout acte qui n’aurait pas de contrepartie évidente4 ?

Et précisément, Caritas in Veritate casse ce schéma et remet l’Homme au centre de toute chose. Elle rappelle qu’économie et droit ne sont que des disciplines contingentes, qu’elles n’ont aucune prééminence. Ce que l’encyclique dit ainsi :

« La conviction de l’exigence d’autonomie de l’économie, qui ne doit pas tolérer d' »influences » de caractère moral, a conduit l’homme à abuser de l’instrument économique y compris de façon destructrice »

Ailleurs, Caritas in Veritate souligne que :

« La cité de l’homme n’est pas uniquement constituée par des rapports de droits et de devoirs, mais plus encore, et d’abord, par des relations de gratuité, de miséricorde et de communion. »

En somme, ne nous laissons pas voler notre histoire par des outils. Or, n’avons-nous pas tendance à nous faire dicter notre perception, nos réactions, par ces cadres d’analyse ?

Caritas in Veritate appelle à une « civilisation de l’économie » :

« La charité dans la vérité, dans ce cas, signifie qu’il faut donner forme et organisation aux activités économiques qui, sans nier le profit, entendent aller au-delà de la logique de l’échange des équivalents et du profit comme but en soi »

*

J’ai suivi deux soirées consacrées au don et à la gratuité. Deux soirées d’un certain niveau5. Chaque fois le débat venait sur la question de la réelle gratuité du don.

On explique, par exemple, que le « sourire de la crémière » a des relents commerciaux. On dissèque chaque don pour y trouver une contrepartie. Et ce jusqu’à pointer, comme une ultime contrepartie, le contentement de la personne qui donne. C’est que nous parlons de don dans la société du soupçon, à l’ère du cynisme. Rien ne doit y résister. Tout est décortiqué. Question de réalisme, de lucidité, pense-t-on. Mais jusqu’à quel point cette prétendue lucidité n’est-elle pas délétère ?6

J’y ai fait référence plusieurs fois : lors d’une soirée qui s’est tenue il y a deux ans, Emmanuel Faber, se disant hanté par la question de la bonne conscience, expliquait ceci

« Essayer de chercher la gratuité dans le don est un chemin qui ne mène nulle part. J’ai résolu de mener le chemin d’imperfection qui est de considérer que le don est un échange »

Cette réponse m’a tout d’abord convaincu, avant de la trouver insatisfaisante. Pourquoi cette résignation ? Pourquoi ce sentiment d’incomplétude, d’imperfection ? Pourquoi considérer le don comme un échange serait un chemin d’imperfection7 ?

Lors de cette précédente soirée, Michaël Londsdale s’étonnait candidement de questions posées autour du pouvoir que nous donnerait le don sur les autres. Sa réponse pouvait sembler simpliste, mais la sagesse n’a pas nécessairement besoin d’être compliquée :

« C’est pas bien méchant. Il vaut mieux donner et se sentir fier de soi, être un peu orgueilleux, que ne pas donner »

Monseigneur Brouwet concluait notre soirée en soulignant que le cœur de l’Homme est fait pour le don. Donner procure une satisfaction, la satisfaction de nous conformer à notre nature profonde. Pourquoi pas ?! Pourquoi faudrait-il que le don comme échange soit un chemin d' »imperfection » ? Que le fait de se sentir rétribué par un peu de fierté soit une déchéance du don ? Pourquoi ne pas accepter simplement cette joie de donner ?

*

Il convient donc de laisser une voie ouverte à la charité. Une charité personnelle, certes, en écartant le soupçon trop scrupuleux qui rôde inutilement. Mais une charité à introduire également dans le système.

Et avouons-le, c’est probablement par là qu’a, assez logiquement, pêché cette soirée, puisque nous nous sommes arrêtés après avoir constaté que nous pouvions à peu près distinguer ce que devrait être notre charité personnelle, au moment où l’on abordait la nécessité d’introduire la charité au cœur du système. Voilà un véritable défi, voilà qui devrait faire l’objet d’une prochaine réflexion.

**

Et précisons que l’illustration est le logo du don du sang, qui n’a rien contre un peu de charité de notre part à tous.


  1. nous étions une quinzaine, avec notamment Denis Badré, sénateur-maire de Ville d’Avray, son fils, Bertrand Badré, Directeur des Finances du Crédit Agricole et trésorier des Semaines Sociales de France, Geoffroy Roux de Bézieux, président de l’Unedic et vide-président de Pôle Emploi, ainsi que quelques dirigeants d’entreprise et hauts fonctionnaires []
  2. on pourrait nuancer le propos en évoquant les libéralités []
  3. même s’il précède de loin toute théorisation de l’économie de marché []
  4. On pourrait poser la question de savoir si ces domaines se contentent d’organiser, ou de constater, un système existant ou s’ils le suscitent. Voire si, plus probablement, ils ne commencent pas par constater avant de structurer. Mais bon, hein, je doute qu’on sorte la réponse du chapeau et si on continue de poser des tas de question, on n’aura jamais le temps d’apporter la moindre réponse. Alors, de la discipline, bordel. []
  5. et je ne parle pas du mien mais des personnes qui s’exprimaient []
  6. Et je sais à quoi vous pensez, hein : mon dernier billet sur la people-charity. Mais je vous le dis tout de suite et on s’en contentera pour le moment : ce n’est pas pareil []
  7. en supposant que ce que l’on échange peut être ce sentiment de satisfaction d’avoir donné []

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d’un titre.

Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire – Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

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48 commentaires

  • Je n’aurai qu’un mot : »Woaw » … j’aurais bien aimé être là. Même si je n’aurais sans pas eu le temps de me retaper l’encyclique… Quoique.

    M’est avis que la notion de don manque cruellement à notre société. Il peut exister un don-échange, mais cet ‘échange’ sera forcément asymétrique. Sinon, comme l’indiquait le Christ en son temps(lorsqu’il dit à ses disciples d’inviter les pauvres et les indigents plutôt que ceux qui vont nous réinviter par politesse), quel bénéfice pourrait-on en tirer ?

    Il y a déjà des expressions de ce don-échange asymétrique : c’est le schéma du logiciel libre. Des développeurs donnent du temps et de la connaissance pour l’offrir librement. En échange, il reçoive cette paternité de leur oeuvre comme titre de gloire.

    Quand on y regarde de plus près, l’idée de don totalement gratuit est plus que teinté de morale kantienne. C’est une morale quasi-impossible (parce que même si je ne fais pas le bien pour un obtenir un bien humain, je le fais peut-être pour un bien spirituel… je finis donc pas tourner en rond), et qui pousse finalement à abandonner les efforts. Il vaut sans doute mieux accepter « l’imperfection du don-échange » que de ne pas donner du tout.

    En d’autres termes : il y a du boulot… et pour que cette politique du don se développe, il faut qu’elle commence par notre pratique personnelle. Elle ne peut être imposée d’en haut, sinon on obtient cette « solidarité » toute visqueuse de bons sentiments, par laquelle on finit par se désintéresser de ceux qui souffrent, en se dédouannant auprès l’Etat.

  • Il faudrait souligner que la charité n’est pas un devoir. Dieu est béatitude parce que Dieu est amour, nous sommes faits à son image, et quand Dieu nous demande d’aimer, il nous montre le chemin du bonheur.

    Radotage, qui pense cela, au-delà des mots ? Mais c’est là l’œuvre du Malin, l’effet premier du péché.

    Mais où est le désintéressement, si la charité, c’est le bonheur ? Ben justement, parce qu’il n’y a aucune évidence sensible, mondaine, que la charité, c’est le bonheur, il faut passer par l’épreuve de la foi et du désintéressement.

    Sur les institutions. Il m’a semblé que B16 ne condamne pas l’existence d’institutions ou du marché, fondés sur le « do ut des ». Il refuse une société qui s’organise sur les deux seuls pôles du marché (do ut des) et de la contrainte étatique (la solidarité via l’impôt, qui n’est pas rejetée bien sûr !). Il souhaite qu’on encourage des structures soumises à la discipline économique mais ne faisant pas du profit leur objectif premier, pour deux raisons.

    Il pense qu’elles sont mieux à même de répondre à certains besoins (logement ?) et que les personnes qui y travaillent peuvent plus facilement développer cette capacité à mettre la charité dans le quotidien de leur activité. Si ce secteur est suffisamment important, il peut diffuser ces comportements, par le témoignage, du fait de la mobilité des personnes, etc.

  • Bonsoir Koz,

    voici un sujet intéressant sur lequel je souhaiterais apporter une petite pierre.

    Il me semble que la charité, c’est à dire un don gratuit en se préoccupant d’abord de l’autre, est effectivement quelque chose de formidable. Cela nécessite un état d’esprit qui n’est pas naturel chez l’homme: se préoccuper d’abord du bien-être réel de l’autre.

    Beaucoup de dons, certes utiles, ne sont pas fait dans cet esprit-là, depuis cet artiste qui fait de l’auto-promotion en même temps qu’il enregistre un disque pour un grande cause jusqu’à ce pilier de l’église du quartier qui donne pour avoir une raison de plus de mépriser ses contemporains.

    Je pense aussi qu’il ne faut pas restreindre le débat sur la charité au don à des bonnes oeuvres pour les nécessiteux. Donner de son temps pour aider un collègue de travail qui vient d’arriverpar exemple, c’est aussi de la charité. Et ce médecin que je n’ai jamais revu mais qui a réussi à rassurer mon épouse (étrangère) par sa gentillesse pratiquait aussi je pense, à sa façon, la charité.

    Un sujet intéressant est l’interaction entre la charité et les échanges économiques normaux: j’ai peur que si la charité était au coeur du système, elle génèrerait autant d’inefficacités que le socialisme en son temps: le capitalisme est dur, mais il est au moins en pratique assez efficace pour allouer les ressources.

    Alors quel peut-être le rôle de la charité ? C’est certainement une valeur utile, mais pratiquer la charité tout en sachant prendre les décisions difficiles et nécessaires est certainement difficile. Par exemple, si on est propriétaire et que son locataire arrête de payer le loyer, on peut certes fermer les yeux, par exemple en cas de difficulté temporaire, mais il y a des cas où le locataire doit vraiment être expulsé, car il a pris un logement trop cher pour son train de vie. Etre charitable sans être démagogique, cela veut sans doute dire aider le locataire à trouver un logement plus adapté, éventuellement lui laisser un ou deux mois de plus, ou oublier un impayé de loyer, mais il faut quand même le mettre dehors à un moment ou à un autre.

    A mon avis, si on n’explique pas comment concilier charité et efficacité, on ne fait qu’affleurer le problème.

  • « Il souhaite qu’on encourage des structures soumises à la discipline économique mais ne faisant pas du profit leur objectif premier, pour deux raisons. »

    Bonne idée, par exemple il existe des sociétés coopératives et aussi les associations 1901 à but non lucratif.

    Ceci dit, il ne faut pas être naïf. Une SA dont les actions sont détenues par des investisseurs a pour finalité claire le profit à plus ou moins long terme.

    Une association a des objectifs affichés dans ses statuts mais dans la réalité, il y a parfois des écarts entre l’objet social et l’objet réellement poursuivi.

    Souvent une évolution aussi, les bonnes intentions du départ deviennent quelquefois l’opportunité d’une bonne place ou l’exercice d’un pouvoir à conserver.

    Il faut encourager au don tout en sachant qu’il n’existe pas de don totalement gratuit.

  • Hervé,

    je partage assez ton constat. J’ai trouvé que certaines associations étaient surtout une arène dans laquelle ceux qui n’avaient pas le talent ou la persévérance pour avoir du pouvoir dans la politique ou l’économie se créaient leur petit domaine sur lequel leur égo pouvait régner en maitre.

    Mais je reste persuadé qu’on fait un contresens si on croit que la charité, c’est forcément le secteur associatif d’aide aux nécessiteux.

    @ Hervé

    Une association a des objectifs affichés dans ses statuts mais dans la réalité, il y a parfois des écarts entre l’objet social et l’objet réellement poursuivi.

    Souvent une évolution aussi, les bonnes intentions du départ deviennent quelquefois l’opportunité d’une bonne place ou l’exercice d’un pouvoir à conserver.

  • Uchi,

    « Mais je reste persuadé qu’on fait un contresens si on croit que la charité, c’est forcément le secteur associatif d’aide aux nécessiteux. »

    Je partage cet avis.

    Pour moi la charité c’est une attitude à l’égard des autres qui devrait nous conduire quelles que soient nos activités de la journées. Que ces activités soient de nature économique ou de nature sociétale.

    Attitude, n’est pas le bon mot, tropisme peut-être, en tout cas une dimension forte qui devrait affecter en profondeur nos actes et nos pensées.

  • skeepy a écrit:

    Il y a déjà des expressions de ce don-échange asymétrique : c’est le schéma du logiciel libre. Des développeurs donnent du temps et de la connaissance pour l’offrir librement. En échange, il reçoive cette paternité de leur œuvre comme titre de gloire.

    Et nous l’avons évoqué. Christophe Grébert était là également. Il en a parlé. J’ai appuyé. Si, sauf surprise, ce sont pas des motivations religieuses qui sont à l’origine des logiciels libres (je ne crois pas trop m’avancer), ils sont aussi le signe que la gratuité peut fonctionner. Comme je l’ai dit ce soir-là, si j’étais présent, si j’étais invité, c’est grâce à mon blog, sous WordPress, que j’utilise depuis bientôt 5 ans.

    skeepy a écrit:

    Quand on y regarde de plus près, l’idée de don totalement gratuit est plus que teinté de morale kantienne. C’est une morale quasi-impossible (parce que même si je ne fais pas le bien pour un obtenir un bien humain, je le fais peut-être pour un bien spirituel… je finis donc pas tourner en rond), et qui pousse finalement à abandonner les efforts. Il vaut sans doute mieux accepter « l’imperfection du don-échange » que de ne pas donner du tout.

    Je suis d’accord avec toi, avec une réserve : je ne suis plus partant pour considérer qu’il y ait une « imperfection » là-dessous. Tout est bien sûr question de mesure, affaire de circonstance et de personne, mais si l’on en est à pousser le raisonnement (de façon parfois trop peu respectueuse de nos amies les mouches) jusqu’à considérer que la satisfaction d’avoir donner est en fait une contrepartie, alors je préfère l’approche de Mgr Brouwet, consistant à considérer que l’on ne fait que nous conformer à notre nature profonde. Or, il y a pas mal de choses qui sont bonnes dans nos besoins profonds : la bouffe, le sexe, tout ça, quand on veut qu’un truc marche, autant que ce soit agréable. Il n’est pas illogique que l’on ressente une satisfaction à faire ce à quoi nous sommes appelés.

    Aristote a écrit:

    Sur les institutions. Il m’a semblé que B16 ne condamne pas l’existence d’institutions ou du marché, fondés sur le « do ut des ». Il refuse une société qui s’organise sur les deux seuls pôles du marché (do ut des) et de la contrainte étatique (la solidarité via l’impôt, qui n’est pas rejetée bien sûr !). Il souhaite qu’on encourage des structures soumises à la discipline économique mais ne faisant pas du profit leur objectif premier, pour deux raisons.

    Je suis d’accord avec l’ensemble de ton commentaire, et notamment avec cette partie. J’espère ne pas avoir donné le sentiment de penser le contraire. Mais tu résumes tout à fait bien ce que dit Benoît XVI. Il ne condamne pas le marché mais refuse son absolutisation, il refuse l’autonomie de l’économie. L’économie, le marché, sont des outils, ils doivent être considérés comme tels.

    uchimizu a écrit:

    Je pense aussi qu’il ne faut pas restreindre le débat sur la charité au don à des bonnes oeuvres pour les nécessiteux. Donner de son temps pour aider un collègue de travail qui vient d’arriverpar exemple, c’est aussi de la charité. Et ce médecin que je n’ai jamais revu mais qui a réussi à rassurer mon épouse (étrangère) par sa gentillesse pratiquait aussi je pense, à sa façon, la charité.

    Tout à fait d’accord avec toi. La charité est bien plus large que le don financier, ou le don en nature. Geoffroy Roux de Bézieux évoquait un groupe de travail auquel il participait et qui avait conclu que le don le plus désintéressé pour eux, chefs d’entreprise, était le temps. Donner de leur temps à un collaborateur était probablement la meilleure voie pour eux (G. Roux de Bézieux le disait avec humilité en concédant que ce n’était pas forcément son fort).

    uchimizu a écrit:

    Etre charitable sans être démagogique

    C’est probablement ce qu’entend Benoît XVI par caritasin veritate (cf les deux citations que j’ai mises en début de billet).

    uchimizu a écrit:

    A mon avis, si on n’explique pas comment concilier charité et efficacité, on ne fait qu’affleurer le problème.

    Oui, je suis d’accord, et j’avoue ne pas avoir beaucoup de pistes à cet égard, même si je pense que c’est possible, voire que l’on peut accepter un petit déficit d’efficacité au profit d’un bénéfice d’humanité.

    Denis Sureau citait des exemples réels d’entreprises constituées sur des principes chrétiens en Italie, autour du mouvement Communion et Libération.

    Mais je suis bien d’accord qu’une fois ces réflexions abordées, il reste à se retrousser les manches, et aller au charbon.

  • @ Koz

    Peut être que la notion de charité repose avant toute chose simplement sur le principe de non obligation. Est-ce que payer ses impôts est une activité véritablement solidaire si ça ne consiste qu’à respecter la loi contraint et forcé sous peine de représailles étatiques ?

    Il y a d’ailleurs un autre principe encore plus fondamental qui s’il était respecté serait déjà pas mal dans cette société, c’est de donner en fonction de ce que l’on reçoit. Qui peut prétendre l’avoir fait en toute occasion ? Avoir toujours fourni un travail absolument conforme à ce que l’on attend de nous ? Qui n’a jamais tiré au flanc ? Baclé un truc ? Fourni un service à la va-vite ? Ou fourni un service ou un produit ne serait-ce qu’inférieur à ce que l’autre attend ?

    Est-ce que la charité ne peut exister que par sa concomitance avec une activité non charitable ? Si un individu ne fait que donner, tôt ou tard, il devra recourir à la charité pour assurer sa propre survie.

    Egalement, que penser de celui qui s’organise pour ne vivre que de charité ? Lorsque l’on est le récipendiaire d’une action de charité, n’est-il pas tout aussi charitable voire même normal, d’apporter une contribution en réponse ? Pour celui qui est pauvre ou parmis les plus pauvres, quelle charité peut il fournir ? Et donc finalement dans ce grand jeu collectif qui est la vie à plusieurs, ne retrouve-t-on pas l’échange comme base la plus fondamentale ?

    Et enfin, celui qui par exemple, aide à l’intégration d’un nouveau venu dans une entreprise, ne fait-il pas simplement son devoir (en sachant également qu’il aurait bien aimé qu’on lui rende ce service lorsqu’il est arrivé dans l’entreprise – ou en considérant que c’est un minimum à faire de la part d’un ancien du fait de sa haute conception de son rôle et de sa fonction ou de standards plus élevés – ou en redonnant à un autre ce qu’il a lui-même reçu dans le passé) ? Qu’est ce qui est le plus louable finalement : celui qui a des hauts standards et qui ne considère absolument pas son acte comme étant charitable ; ou celui qui a des standards tellement bas concernant ses devoirs que l’aide à l’intégration d’un nouveau devient un acte charitable ?

    Puis, un dernier pour la route, que penser d’un type qui a de l’argent mais qui utilise un logiciel libre ? Que penser du type qui a monté une entreprise mais qui a dû fermer et licencier suite à la sortie d’un logciel libre qui lui a fait concurrence (j’en ai rencontré un une fois qui vendait une suite graphique) ?

  • Il y a déjà des expressions de ce don-échange asymétrique : c’est le schéma du logiciel libre.

    Ce n’est pas totalement désintéressé non plus : être reconnu par ses pairs (orgueil), être embauché par des bonnes boites… ou aussi le côté « aide toi le ciel t’aidera » : tu as un bug qui t’embête/un matos qui n’est pas pris en charge : tu vas chercher à le résoudre en remplissant un rapport etc…

    Il me semble que la charité, c’est à dire un don gratuit en se préoccupant d’abord de l’autre, est effectivement quelque chose de formidable. Cela nécessite un état d’esprit qui n’est pas naturel chez l’homme: se préoccuper d’abord du bien-être réel de l’autre.

    Est-ce vraiment nécessaire que le don soit gratuit pour être un bon chrétien ? Franchement je suis assez égoïste sur les bords et je sais très bien que je donne parce que ça me fait plaisir.
    Quand au fait que ça ne soit pas naturel chez l’homme, je n’approuve pas : je crois que l’homme est naturellement empathique ; à moins d’être sadique, on préfère voir les autres heureux que dans la mouise.

    Puis, un dernier pour la route, que penser d’un type qui a de l’argent mais qui utilise un logiciel libre ?

    Le choix du LL n’a souvent que peu de chose à voir avec la gratuité mais plutôt éthique (partage, système méritocratique), pratique (code ouvert, adaptable, maintenable par différents fournisseurs), voire pour certains politique.

    Que penser du type qui a monté une entreprise mais qui a dû fermer et licencier suite à la sortie d’un logciel libre qui lui a fait concurrence

    Qu’il avait un mauvais business-model.

    Sur une note parallèle, ce que je trouve le plus difficile avec la charité, c’est savoir quand commencer et quand s’arrêter. Comme dit la maxime, les meilleures intentions du monde peuvent causer grand mal. Par ex, si je donne de l’argent à untel, est-ce que ça l’aidera vraiment ou le maintiendra dans une situation de dépendance…

  • Un délice, de lire un texte sur la Charité. La principale des vertus théologales, alors que la conception maurassienne de la religion qu’on voit hélas ressurgir çà et là ne voudrait voir que l’Espérance.

    J’ai parcouru l’encyclique. Tu me donnes envies de la lire en détail dans les jours à venir. Elle est très moderne, ancrée dans le monde actuel, à la fois pratique et concrète. Elle va au delà de la charité, et concerne plus la doctrine sociale de l’Eglise. Et la charité va bien entendu bien au delà de l’acception restrictive qu’en font nos sociétés modernes.

  • Tout de même, au moins sur le principe, les associations loi de 1901 illustrent complètement ce que demande BXVI, non? Et la France en est tissée de part en part, au point même que quand on leur donne 1€, le FISC en donne 2, ce qui n’est pas coutumier du FISC!

    Cela dit, on ne peut pas à priori dire que si un acte gratuit reçoit ensuite une récompense, il en est moins gratuit: dans la plupart des cas, la récompense attendue est nulle, ou incertaine (essayez, vous verrez!), donc la récompense n’était pas la MOTIVATION PREMIERE, et c’est ce qui fait -à mon sens- que l’acte soit gratuit.

    Ensuite, oui, il faut être toujours vigilant sur cette motivation première, un médecin peut avoir comme première motivation le désir de sauver des gens (à tel point qu’on appelle ça une vocation!), et recevoir son salaire comme une simple nécessité (ça se voit notamment quand il refuse un poste mieux payé mais où il sauvera moins de vies, et ça existe.). La gratuité n’est pas entière, mais elle est quand même le moteur, et c’est ce qui fait qu’on a encore des médecins, et pas seulement des traders, même si le rapport évolue dans le mauvais sens…

    Je rejoins tout à fait cette analyse sur le fait que la joie du don n’est pas une perversion du don. comme la joie dans la sexualité n’est pas la perversion de l’acte sexuel. D’après Mère Térésa, « la joie profonde est notre boussole », alors, hein, si même elle, on la taxe de non gratuité…!

    Sinon, une petite remarque que j’avais faite en lisant (je crois) St Augustin : la charité est le substantif qui va avec l’adjectif « cher » : la charité, c’est ce qui fait que l’autre m’est « cher », qu’il a du prix à mes yeux, qu’il est précieux pour moi. Alors c’est dans le coeur qu’on peut mesurer la charité, pas dans la tête: si ce qu’on fait on le fait parce que l’autre compte pour nous, même si on ne le connaît pas, c’est de la charité, et il y a du don dans ce geste. si on donne pour Haiti, est-ce que c’est franchement parce qu’on achète une place au paradis? ou parce qu’on veut à en crever donner un avenir à ces enfants qui ont été amputés ou qui ont perdu leurs parents? Je n’ai aucun doute là dessus: St Pierre n’y aura pas gagné un centime!

    Mais si quelqu’un n’a pas donné parce que son don n’était pas assez pur, là, c’est bien le diable qui aura gagné… et l’idée que nos dons sont inutiles car pas assez désintéressés, ça peut bien venir de lui aussi…

  • au fait, à propos de l’usage qui est fait de nos dons, le curé d’Ars disait que c’est de la responsabilité du mendiant de faire bon ou mauvais usage de cet argent, et que notre responsabilité à nous, c’est de de donner ou pas. Je trouve ça assez utile, parce que sinon, on ne donnerait jamais. invitation aussi à discerner et être inventif, comme donner à des associations qui aident à la réinsertion, ou donner de son temps pour accompagner le gars dans une démarche psychologique ou administrative en plus du don en argent. Mais pas à refuser de donner.

    Pour le discernement, aujourd’hui, il est effectivement difficile, parce que les pauvretés sont très différentes: le manque affectif des personnes est le plus béant dans notre pays, et il est difficile de le combler sans se noyer; Or ce manque affectif, qui fait que des familles qui n’ont pas de quoi manger sont capables d’aller acheter un chien 500€ (vécu, et souvent), est à la racine des autres manques; d’où un besoin d’une charité qui aille plus loin, mais c’est plus difficile car au final, on propose carrément une sorte de chemin de conversion, et ça engage tout l’être, même spirituellement, sans quoi on sait bien que ce qu’on propose ne suffira pas. Néanmoins, chaque geste d’amour, qu’il passe par une pièce ou par un sourire, nourrit la personne, parce qu’au fond, ce dont elle a crucialement besoin, c’est d’être aimée, considérée. Voire utile! L’abbé Pierre a commencé en prenant un homme qui voulait se suicider et en lui disant « tu te suicideras demain, là, j’ai besoin de toi pour construire une maison à cette famille »: il n’a rien donné, il a demandé: et ça a sauvé cet homme! alors la gratuité, la dedans…

  • Bonjour.
    Il est tentant (naturel ?) d’attendre un contre-don, qu’elle qu’en soit la forme.
    S’agit-il de s’efforcer de repousser une telle attente (besoin ?) aussi loin que possible dans le temps ?

  • @ Do

    L’abbé Pierre a commencé en prenant un homme qui voulait se suicider et en lui disant « tu te suicideras demain, là, j’ai besoin de toi pour construire une maison à cette famille »: il n’a rien donné, il a demandé: et ça a sauvé cet homme! alors la gratuité, la dedans…

    J’adore cet exemple ! Maintes fois vérifié. Guy Gilbert aussi conseille de ne jamais donner d’argent à un SDF ni de biens immédiatement moneyables. Il existe de nombreuses formes d’aide.

    D’ailleurs pour revenir à l’Abbé, je me demande si dans tout ce qu’à pu faire l’Abbé Pierre dans le cadre d’Emaüs, il considérait le faire par charité. Je pense qu’il croyait juste faire son boulot de prêtre.

    J’ai travaillé dans le domaine de la toxicomanie au sein d’assoces aux US principalement dans un lointain passé. J’ai souvent « laché » mon salaire sur plusieurs mois dans des périodes de difficultés économiques et il était de toute façon sans correspondance aucune avec les heures passées.

    Je n’ai JAMAIS eu l’impression de faire charité de quoique ce soit. D’ailleurs, mon salaire aurait été x 5, je l’aurais pris sans problème. J’avais l’impression de vivre une passion. Je me foutais du fric à l’époque pourvu que je sois nourri, logé. J’avais l’impression de m’enrichir intellectuellement dans ce job. Je trouvais le boulot prodigieusement utile et intéressant. Mais si on m’avait parlé de charité à l’époque, je me demande qu’elle aurait été ma réaction.

    Et enfin, j’ai toujours trouvé très « thérapeutique » de demander à un tox une fois sevré, de faire quelque chose en retour, de nous donner un coup de main, d’aider à la prise en charge d’un nouveau, etc…

  • Est-ce que ce ne serait pas une belle tentation de Satan que de nous faire croire que Charité et Amour ne vaudraient que totalement gratuits ?

    C’est une perversité spirituelle : nous ne serions chrétiens qu’en ne faisant que des choses qui nous emmendent ? Et toute chose qui nous ferait plaisir serait pourrie d’avance ? Alors changeons tous de conjoints (sauf ceux d’entre nous qui ont épousé des personnes que nous n’aimions pas). Et puis envoyons nos enfants à l’ophelinat car nos enfants nous rendent heureux !

    Foutaises.

    Dieu nous a créés pour que nous soyons heureux, ne serait-ce qu’au Ciel, mais HEUREUX. Et ce bonheur au ciel n’interdit pas le bonheur sur terre. Plus nous serons de bienheureux au ciel, plus Dieu sera heureux. Alors, que faire la charité nous fasse plaisir, sur terre, personnellement, je ne vois pas le problème. C’est comme de faire son « devoir », ça fait plaisir, comme d’aller à la messe, ça fait plaisir.

    A cela, ne manquons pas d’ajouter le discernement que nous donne le Saint Esprit qui permet de choisir la charité à mettre en oeuvre : écouter le futur suicidé ou l’emmener construire une maison ? Quand on est propriétaire d’un logement, fixer un juste loyer et prendre la décision de renvoyer son locataire après de longues prières et après s’être mis en état de grâce, pour pouvoir autant que possible prendre une juste décision, en charité….

    Il faut rester modeste, ne pas oublier que les voies de Dieu sont impénètrables et que Dieu sait faire naître un bien de ce qu’on peut, à vue humaine, considérer comme un mal…

    Et vive la charité qui fait plaisir aussi à celui qui donne !

  • Perversité spirituelle ?

    Dans la foi, je suis convaincu au plus profond de mon être que Dieu veut mon bonheur, que ce qu’il me demande, il me le demande pour mon bien, pas pour le sien. Dieu est-il donc désintéressé ?

    Sa béatitude dépendrait-elle au contraire de la mienne ? Absolument, non, la création est une décision gratuite, pas de « nécessité » pour l’expliquer.

    Et pourtant, en créant l’homme, Dieu a choisi d’être sensible à mon bonheur… Mystère insondable, qui devrait nous rendre prudent avant de parler de perversité spirituelle.

    Il me semble préférable de voir les choses ainsi : faire la volonté de Dieu, c’est fondamentalement le chemin du bonheur et vice-versa. Mais du fait du péché, nous vivons souvent comme douloureux l’accomplissement de la volonté divine. Et il n’est pas toujours évident de savoir où se trouve la source de cet écartèlement.

    Peut-être avons-nous une idée fausse de ce que Dieu nous demande vraiment, d’où l’insistance de nombreux saints à nous avertir d’aller vers la vraie joie.

    Mais peut-être avons nous une idée fausse du bonheur et il nous faut travailler sur nous-mêmes pour nous détourner des idoles.

    Souvent c’est les deux.

    Oui, il faut chercher la joie, et la joie dès ici bas, mais accepter que le chemin n’est pas toujours joyeux.

  • @koz : effectivement, je mettais entre guillemets « l’imperfection du don-échange » pour montrer que je prenais ce terme avec des pincettes. En fait, cette notion de don totalement gratuit, c’est-à-dire, sans rien attendre en échange, tient d’une morale « logicienne » plutôt désincarnée, qui tient pour beaucoup de la Gnose et de la philosophie d’Occam (raaah, encore lui ;).

    Comme tu le dis, la plupart des choses que nous faisons sont motivées par un bien que nous pensons en tirer (ça c’est Aristote qui le dit). Le problème, c’est quand cette motivation, qui sert de moteur, devient la finalité de l’acte : si je fais un don dans le but d’obtenir reconnaissance et honneur, mon don est vicié. Mais si je fais le don, dans l’intention de faire le bien autour de moi, tout en sachant que j’en obtiendrai presque sûrement une reconnaissance, le don est réel

  • Par rapport au don comme resultant de notre nature profonde, cela me fait penser à cette phrase des Actes des apôtres: « il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ».

  • @ skeepy

    Cela reporte la question sur la définition du bien. Un exemple :

    Un fermier lubrique élève des poules et vend des œufs pour financer sa passion des femmes de petite vertu. Les moines d’un couvent élèvent des poules et vendent des œufs pour financer les ornements du culte et l’accueil des pèlerins. Les deux font la même chose, et pour un « bien » qu’ils pensent en tirer. Leurs comportements sont-ils moralement équivalents ?

    @ Mike

    Oui, certes, mais il nous est parfois si difficile d’accepter de recevoir, on a sa petite fierté, n’est-ce pas ?

  • @Koz,

    Il y a 8 ans on m’avait demandé un topo sur marchandisation & gratuité et donc depuis je m’intéresse à cette question redoutable.

    Il faut lire Mauss & Caillé sur la question du gratuit, même si je ne suis d’accord avec aucun des deux.

    Pourquoi un don devrait il être gratuit pour être « moral » ?
    C’est une conception française typique… qu’on retrouve moins dans les pays anglo-saxons.
    D’ailleurs ça aboutit sur une impasse, l’homme attend toujours quelque chose en retour… ne serait-ce que la satisfaction de faire le Bien.

    En fait seul Dieu peut faire un don vraiment gratuit

    Et donc la question n’est pas vraiment intéressante. Et j’ai remarqué que ceux qui la posent en fait soupçonnent celui qui donne d’avoir une intention maligne…

    La gratuité n’est pas le critère de moralité du don.

    D’ailleurs Mao dit bien : au lieu de donner un poisson apprend à pêcher … on peut asservir quelq’un en lui faisant un don gratuit.
    Ceux qui s’occupent des exclus le savent, rendre quelqu’un à sa dignité passe généralement par la possibilité de rendre.

  • Vous dites Koz que M. Landsdale avec cette « sagesse (qui) n’a pas nécessairement besoin d’être compliquée » rappelait qu’ « il vaut mieux donner et se sentir fier de soi, être un peu orgueilleux que de ne pas donner »
    Pour être votre ainée, j’ai pu observer comment au travers des générations familiales qui m’ont précédées, l’on avait glissé doucement d’ une véritable conscience, d’un souci des autres,de leurs besoins pas uniquement matériels au sein de la famille,qui se prolongeaient aux voisins aux gens qui travaillaient avec vous ou pour vous, à un soit disant refus du « paternalisme » qui fût une excuse bien commode pour être de moins en moins « charitable » mot devenu « repoussoir »de son intérêt, de son temps !
    . A cela l’on a ajouté des subtilités comme le soit disant respect de la liberté d’autrui qui permet de se f… de ce que devient l’autre . C’est souvent utilisé pour ne pas s’occuper des adolescents, certes difficiles à guider mais qui ont pourtant tant besoin d’aide !
    Et puisque nous vivons beaucoup notre » vie par procuration devant notre poste de télévision »,rappelons la récurrente et l’exaspérante excuse du « The show must go on » hier soir encore sur TF1 après l’annonce de la mort de Pierre Vaneck, acteur digne profond élégant, dont on a cessé de parler avec cette transition formaté pour présenter le film débile d’un « comics » américain … « le $ must continuer à rentrer  » aurait été plus honnête.
    Bon, mais nous reprochons aussi à la TV ses shows de charité pourtant utiles pour réveiller les donateurs.
    Sans parler du rôle de ce media certes de masse, mais qui comble nombre de solitudes qui vivent dans l’indifférence des familles, des entreprises.
    L’on voit là, tout le rôle essentiel de charité qu’est la nécessité d’une attention à autrui individuelle, fidèle profondément humaine et si nous sommes un peu fiers de nous, tant mieux, beaucoup de ceux qui nous le reprocheront ne font RIEN eux ! N…

  • Bonjour,

    Mercin j’aime beaucoup cet article (encore une fois). Je m’enrichis, je ris, je souris et j’acquiesce…souvent.

    Je n’ai aps eu le temps ni le courage de lire en détail tous les commentaires, donc pardonnez-moi si ce que je dis, au demeurant très simple, a déjà été dit. Sur la gratuité. La gratuité du don ne doit pas s’évaluer, je pense, à la mesure du bien reçu en échange par le donneur, mais plutôt à la mesure du bien recherché par le donneur. La Charité est bien présente quand elle me décentre de moi-même. Dans le don, c’est lorsque je recherche le bien d’autrui. Que j’y trouve un bien va pratiquement de soi, c’est la promesse évangélique. Mais ce retour n’impacte pas la richesse et la gratuité du don tant qu’il n’est pas recherché pour lui-même. C’est le don désintéressé, plus que « gratuit », qui me décentre de moi-même, parce que le bien que j’y recherche se conforme à une idée du bien qui me viens d’en haut.

    Je vais me contredire immédiatement, mais dans un registre analogue, j’ai eu, il n’y a pas très longtemps à méditer sur le texte La personne vulnérable, trésor d’humanité (déclaration de Mgr d’Ornellas et de Mgr James). Lors que j’animais une session de Réflexion humaine et chrétienne au collège près de chez moi, nous préparions avec les collégiens une visite dans un foyer pour personnes handicapées. J’ai tenu à cet instant à faire un petit point précis : je leur ai dit que peut-être certains auraient l’impression d’y aller pour se donner bonne conscience, pour se sentir « charitable », etc… Je voulais leur donner une autre raison d’y aller, beaucoup plus intéressée d’une certaine manière : entrer en relation avec une personne particulièrement vulnérable, ça vous renverse totalement ! Vous croyez faire un acte de charité, mais celui qui a tout a gagné n’est pas celui qui le croit.

    Nous avons tous en nous une dose de défense, d’auto-protection, vis-à-vis des autres. Nous protégeons notre identité et notre intimité psychique en mettant en oeuvre ces mécanismes visant à empêcher que l’autre ne pénètre notre coeur. C’est comme un filet que nous mettons en place. Le truc c’est qu’en face de nous, plus la personne est vulnérable, plus elle passe facilement à travers les mailles du filet. C’est pourquoi d’ailleurs nous nous tenons facilement à l’écart des personnes fragiles, que ce soient des personnes handicapées, des personnes en fin de vie, des personnes agées, des personnes vivant dans la misère, etc… Nous nous sentons menacés, en quelque sorte, sans trop savoir pourquoi ou par quoi.

    Tout est comme si, plus la personne est un « petit », plus il faudrait des mailles petites pour l’arrêter. Les personnes les plus vulnérables passent alors les mailles du filet, et font pénétrer ce trésor d’humanité, porté par le Christ, au plus profond de notre coeur. Il se passe alors un miracle : nous devenons plus humain.

    J’ai rendu ce témoignage pour notre groupe de collégiens, en ajoutant qu’avant j’étais extrêmement mal à l’aise avec les personnes handicapées, au point d’en être malpoli avec elles. Une de mes plus grandes craintes quand je me suis marié, était d’avoir un enfant handicapé. Je me sentais prêt à affronter n’importe quoi, mais pas ça. Et c’est arrivé. Et ça m’a transformé. Mon fils, si fragile, pour lequel le simple fait de se maintenir en vie était des plus incertains, m’a porté à lui tout seul, il m’a élevé, m’a fait grandir et m’a nourri. La grâce qu’il a apporté dans notre vie est simplement inimaginable.

    Je crois que c’est seulement quand on le vit une fois qu’on découvre qu’à côté de ça, gagner au loto c’est juste une grosse galère !

    Je disais encore à ces collégiens qu’à l’heure où dans ce monde nous considérons la valeur des hommes à leur succès médiatique, sportif ou financier, la plus grande richesse d’humanité, ce trésor véritable, se trouve auprès de la personne vulnérable. Je n’avais pas encore lu le texte que j’évoque plus haut.

    Ainsi, si la charité vous pousse à aller vers les êtres vulnérables, dans lesquels le Christ est si présent, le don ce n’est pas vous qui le ferez, mais vous recevrez un trésor qui n’a pas de prix. C’est simplement sur une échelle de valeur telle qu’il est impossible de le vouloir par intérêt, sinon en recherchant le vrai Bien auquel Dieu nous appelle et donc en reconnaissant dans l’autre la présence du Christ.

    Il n’est plus question de gratuité, mais simplement de se laisser pénétrer par la grâce dont l’être vulnérable en particulier est porteur. On ne peut pas le rechercher comme une finalité, c’est impossible, puisque nous avons trop besoin de tout maitriser dans nos vies. Mais il suffit juste de se garder ça présent à l’esprit, dans un coin de la tête… la charité, en particulier celle qui semble au-delà de vos possibilités, c’est surtout un don de Dieu pour vous-même.

  • je ne sais pas ce qu’est être charitable.
    Et la lecture de vos réflexions me laissent toujjours aussi perplexe.

    « il y a plus de joie à donner qu’à recevoir »

    Pas forcément vrai, pas forcément juste et pas forcément « charitable »
    Pas forcément vrai : qui a vu la joie d’un enfant lorsque ses parents ou amis reçoivent son cadeau fait avec amour, savent que recevoir donne beaucoup de joie, autant à celui qui donne qu’à celui qui reçoit.

    Pas forcément juste : lorsqu’on donne, que donne t on exactement? En répondant à cette question, je pense qu’un bout de chemin est fait

    Pas forcément charitable : là, j’ai cru comprendre dans certains commentaires qu’un don n’était pas toujours charitable.

    La charité (le don ) doit il être gratuit?
    Hormis les saints, pour avoir étudié un peu la psycho, je ne crois pas qu’un don soit strictement gratuit.
    Mais c’est, il est vrai, mon point de vue.

    A la notion de charité, je préfère la notion de com/passion : « tenter de diminuer la souffrance chez autrui », quelle que soit la souffrance (il y en a de toutes sortes, tant physiques, d’économiques que morales)
    Et là, que ce soit gratuit ou non, c’est le but qui est visé et non la manière.

    La notion d’être vulnérable ou dans le besoin est également bien relative!
    Un « riche » peut avoir besoin de notre charité (morale et psychologique, l’accompagner un bout de son cehemin), mais pas financière, un pauvre pourra avoir besoin et de l’un et de l’autre, ou de l’un ou de l’autre.

    Comment savoir ce qui manque à l’autre? N’avez vous jamais perçu que certains vivent plus heureux dans le plus profond dénuement ou dans la solitude, alors que d’autres ne peuvent le supporter?
    Là, la notion d’empathie (et non d’identification, hélas trop courante) est nécessaire pour savoir si cette charité (ou cette compassion) est appropriée.

    Enfin, dernier point : un ami un jour m’a dit : « on ne peut pas faire boire quelqu’un qui a soif avec un verre vide ».
    ce qui veut dire qu’on ne peut pas faire la charité si on n’a rien à offrir.
    On ne peut pas donner l’argent qu’on a pas, la joie qui nous manque, la sérénité qui nous a quitté….

    L’important n’est pas, à mon sens, de faire un don gratuit, mais d’y mettre son coeur.

  • Bonjour,

    le logiciel libre est à mon avis complètement hors-sujet. Le logiciel libre qui compte (Linux, Apache, Tomcat, Open Office, pas le geek du coin qui met son gestionnaire de recettes de cuisine maison sur sourceforge) est rédigé par quelques centaines de salariés de grands groupes de technologie (Nokia, IBM…) qui font cela:
    – soit pour embêter un concurrent (Linux -> Windows Server);
    – soit parce qu’ils estiment que pour un composant de technologie banalisé, c’est la solution la plus simple pour maintenir une solution commune et standardisée;
    – soit en espérant vendre du service derrière le produit.

    Bref, rien de charitable là-dedans. Parlons d’autre chose.

    Il y a déjà des expressions de ce don-échange asymétrique : c’est le schéma du logiciel libre.
    

    Ce n’est pas totalement désintéressé non plus : être reconnu par ses pairs (orgueil), être embauché par des bonnes boites… ou aussi le côté « aide toi le ciel t’aidera » : tu as un bug qui t’embête/un matos qui n’est pas pris en charge : tu vas chercher à le résoudre en remplissant un rapport etc…

  • @uchimizu : Voilà un bien étrange commentaire. Connaissez-vous le monde du logiciel ? Autant Open Office correspond à votre exemple, autant Linux, Apache ou Debian sont bien le produit gratuit d’individus qui les ont créés pour le fun / la gloire. Le fait que, pour Linux ou Apache (mais pas Debian que je sache), des sociétés privées trouvent maintenant leur intérêt à contribuer « gratuitement » à leur évolution ne change rien à la génèse de ces outils, qui n’existent que par le « don » initial.

  • Je n’ai pas le ytemps de lire tous les commentaires, mais ta conclusion m’as fait pensé à une phrase de Marie Dominique Molinié dans adoration ou désespoir:
    « La seule façon joyeuse, et par conséquent sérieuse d’etre chrétien est d’admettre que le fond de notre etre est soulevé par une folie d’oblation illimitée ».
    Il justifiait cela par le fait que si nous n’admettons pas cela, la vie chrétienne est une lutte contre notre nature tandis que sinon c’est une lutte de notre nature contre le péché.
    Qu’en pensez vous?

  • @ Tara (et panouf)

    La psycho vous dit qu’un don n’est jamais gratuit. 100 % gratuit, sans doute non, nous sommes aussi un mélange de déterminismes biologiques et sociaux. Et la théorie de l’évolution montre, je pense de façon convaincante, que certains comportements « altruistes » s’expliquent très bien par la pression sélective.

    Mais la question n’est pas là. Elle est de savoir si nous ne sommes que cela, ou si nous sommes aussi appelés à aller au-delà parce que quelque part notre vraie vocation est de participer à la vie de charité de la Trinité.

    Prenez par exemple une biologiste mère de famille. Elle sait très bien que « l’amour maternel » s’explique en partie par la dynamique de l’évolution qui, dans certains cas, favorise les espèces où l’on prend soin des petits. Et ce week-end, elle doit décider entre partir avec des amis en confiant ses enfants à quelqu’un ou être présente à ses enfants. Si elle reste, vous pouvez très bien dire qu’au fond, elle ne fait qu’obéir à ses déterminants évolutionnistes, qui se traduisent par la satisfaction psychique du devoir accompli. Vous pouvez aussi dire que consciente de cet aspect des choses, ce qui lui permettrait de relativiser le « devoir », notre biologiste y consent librement par amour vrai pour ses enfants.

    Le chrétien croit que la deuxième interprétation n’est pas nécessairement une illusion et que la grâce, si nous y consentons, peut nous faire vivre dans une visée de charité.

  • Merci pour vos commentaires. Je craignais que ce billet soit un peu du « jus de cerveau » artificiellement compliqué et sans débouchés. Vos commentaires semblent démontrer que ça va encore.

    Je crois effectivement qu’il y a un certain consensus (ceux qui ne sont pas d’accord me démentiront) pour considérer que la gratuité n’est pas essentielle. Bien évidemment, il faut trouver la juste mesure. Dire que la gratuité n’est pas essentielle ne signifie évidemment pas qu’un don fait dans l’attente explicite d’une rétribution a la même valeur morale qu’un don fait avec pour seul plaisir la joie du service accompli.

    MiileB le souligne bien dans cette formule :

    La gratuité n’est pas le critère de moralité du don.

    C’est une composante mais pas le critère.

    J’abonde aussi dans le sens d’azerty.

    azerty a écrit:

    Pour être votre ainée, j’ai pu observer comment au travers des générations familiales qui m’ont précédées, l’on avait glissé doucement d’ une véritable conscience, d’un souci des autres,de leurs besoins pas uniquement matériels au sein de la famille,qui se prolongeaient aux voisins aux gens qui travaillaient avec vous ou pour vous, à un soit disant refus du « paternalisme » qui fût une excuse bien commode pour être de moins en moins « charitable » mot devenu « repoussoir »de son intérêt, de son temps ! . A cela l’on a ajouté des subtilités comme le soit disant respect de la liberté d’autrui qui permet de se f… de ce que devient l’autre .

    C’est un peu un autre débat (quoique) mais je suis assez frappé du fait que l’on a beaucoup décrédibilisé les patrons qui se targuaient de préoccupations sociales, en les taxant de paternalisme, en considérant que les avancées sociales ne s’obtiennent valablement que par la lutte. A mon sens, si ce n’est pas la raison ultime, cela a contribué à ce que l’on ait aujourd’hui un certain nombre de patrons qui relèguent le social loin de leurs préoccupations, voire qui intègrent la lutte des classes, en se voyant en opposition à leurs salariés.

    De la même manière, il ne faudrait pas que la volonté de gratuité vienne brider notre générosité, voire devienne une excuse commode pour ne pas donner.

    A ce propos, je suis un peu sceptique sur les invitations à ne pas donner à un SDF, parce qu’il y aurait de meilleurs moyens de l’aider. Demandons-nous si c’est vraiment le fond de notre pensée, ou si nous utilisons cet argument pour nous dédouaner de notre inaction…

    Eponymus a écrit:

    Peut être que la notion de charité repose avant toute chose simplement sur le principe de non obligation. Est-ce que payer ses impôts est une activité véritablement solidaire si ça ne consiste qu’à respecter la loi contraint et forcé sous peine de représailles étatiques ?

    Benoît XVI a des développements conséquents là-dessus. S’il reproche à une certaine logique de marché de nuire au don, il n’est pas non plus béat devant l’intervention de l’Etat.

    Voir le point 39, là-dessus :

    Quand la logique du marché et celle de l’État s’accordent entre elles pour perpétuer le monopole de leurs domaines respectifs d’influence, la solidarité dans les relations entre les citoyens s’amoindrit à la longue, de même que la participation et l’adhésion, l’agir gratuit, qui sont d’une nature différente du donner pour avoir, spécifique à la logique de l’échange, et du donner par devoir, qui est propre à l’action publique, réglée par les lois de l’État. Vaincre le sous-développement demande d’agir non seulement en vue de l’amélioration des transactions fondées sur l’échange et des prestations sociales, mais surtout sur l’ouverture progressive, dans un contexte mondial, à des formes d’activité économique caractérisées par une part de gratuité et de communion. Le binôme exclusif marché-État corrode la socialité, alors que les formes économiques solidaires,
    qui trouvent leur terrain le meilleur dans la société civile sans se limiter à elle, créent de la socialité. Le marché de la gratuité n’existe pas et on ne peut imposer par la loi des comportements gratuits. Pourtant, aussi bien le marché que la politique ont besoin de personnes ouvertes au don réciproque.

    hipparkhos a écrit:

    J’ai parcouru l’encyclique. Tu me donnes envies de la lire en détail dans les jours à venir. Elle est très moderne, ancrée dans le monde actuel, à la fois pratique et concrète. Elle va au delà de la charité, et concerne plus la doctrine sociale de l’Eglise. Et la charité va bien entendu bien au delà de l’acception restrictive qu’en font nos sociétés modernes.

    Tu m’en vois ravi !

    Effectivement, Benoît XVI fait référence à une conception large de la charité, comme il l’indique en introduction. La charité, c’est la générosité, c’est l’amour du prochain, le souci de l’autre, la quête du « développement de tout homme et de tout l’homme« .

  • Une chose qui n’a pas été évoquée c’est le don anonyme. Le don anonyme est pour moi la solution. Avec le don anonyme, il n’y a pas de possibilité d’y voir d’arrière-pensées et de motifs intéressés. De là à dire que la clé pour introduire la charité dans le système est le don anonyme, ce n’est une ligne que je vais franchir.

    Il y a bien sûr des gens très connus (et très riches) que ce soit des pipoles ou des capitaines d’industrie qui font en sorte que leur nom apparaisse en lettres dorées sur les listes de donateurs ou sur les murs des musées ou bâtiments culturels. Je ne peux pas critiquer cela parce que sans eux il n’y aurait pas autant de dons aux différentes oeuvres de charité, la culture, les actions humanitaires, etc.

    Tout de même, je me permets de citer Matthieu 6, 2-4:

    « Lors donc que tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues. Je vous le dit en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait la droite, afin que ton aumône se fasse en secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »

    D’ailleurs, en Espagne, dans le temps, les mendiants étaient éduquées à la bonne école : ils répondaient toujours « Que Dios se lo pague ».

  • Don et gratuité

    Il me semble que, dans le débat qui précède, on mélange un peu deux choses — la satisfaction (contentement, plaisir, etc.) que peut procurer le fait de donner, et d’autre part l’intérêt du don (son éventuelle «rentabilité»).

    On se donne la partie belle en soutenant que le don n’est pas forcément rendu impur par le fait qu’il s’accompagne d’une satisfaction ou d’un plaisir. Personne ne croit sérieusement, de toutes façons, que la vertu doive être pénible pour être authentique…

    Mais la question difficile est peut-être l’autre, celle de savoir si le don n’est pas toujours foncièrement une affaire d’intérêt bien compris. Peut-être qu’on espère un retour (contre-don), ou se doter d’une image gratifiante, ou qu’on « investit » en pensant qu’un jour on aura soi-même besoin de la générosité des autres, etc.?

    C’est sur ce point que koz attirait l’attention en parlant du droit et de l’économie qui structurent notre culture. L’économie surtout (et l’économie mal comprise, je suppose) impose l’idée que toute action, même apparemment gratuite, relève d’un calcul, et qu’elle a l’intérêt pour mobile. C’est une hypothèse qui n’est pas claire du tout, et ne devient vraisemblable qu’une fois qu’on a vidé « calcul » et « intérêt » de toute signification précise.

    Cela dit, il me semble évident que tout don, par sa nature même, amorce un échange, créé une dette, donc un lien, qu’il appelle un retour sous la forme d’un don, etc. Voir à ce propos L’essai sur le don de Marcel Mauss (signalé déjà par MiileB), ce n’est pas long et c’est vraiment indispensable sur ce sujet. Le don est à la base de la société précisément parce qu’il crée l’échange, appelle le contre-don, et se trouve par là créateur de lien.

    Ce qui est dangereux (limite pervers), c’est de nier que le don crée une forme de dette (généralement de nature diffuse et non pas déterminée). Dire «mais non, mais non, vous ne me devez rien», quand on fait un don, c’est nier l’évidence et, de ce fait, placer l’autre dans une situation impossible (il est débiteur, du simple fait d’avoir reçu, mais à jamais insolvable, puisque l’autre n’acceptera jamais de recevoir à son tour de lui). Seul le «contre-don» libère de la dette en restaurant l’équilibre – d’où l’importance de la vertu de gratitude.

    La «gratuité» du don n’est pas à chercher dans une hypothétique absence de «conséquences» du don, mais dans le fait qu’il amorce une nouvelle série, qu’il ne répond pas à une obligation préalable. La gratuité est en amont, si l’on veut, pas en aval. Elle est au départ du don, mais non dans ses suites.

    Cependant, comme l’idée d’une «nouvelle série», d’un nouveau commencement, etc., peut toujours donner l’impression d’une initiative surhumaine, je pense qu’on peut préciser aussi qu’un don (chez nous, les hommes) n’est jamais le premier. Un don est toujours déjà un contre-don.

    Il y a un moment dans la vie de chacun où pour la première fois il peut donner: mais ce premier don a été précédé longuement par une «réception» quasi permanente et infinie de dons multiples. Ainsi, chaque enfant est au foyer d’un abondant flux de dons — nourriture, chaleur, protection, langage, éducation, culture… même pas la peine de parler de tendresse ou d’affection), dons qui sont presque irrémédiablement sans retour, car ils sont impossibles à rendre.

    Mais en même temps, ce flux de dons sans retour est d’une fécondité étonnante, puisqu’il se prolonge à la génération suivante, quand l’enfant devenu homme fait à son tour converger sur sa descendance un nouveau flots de dons, à la fois sans retour et féconds.

    Et ce n’est là qu’un exemple, même s’il est typique.

    C’est là que réside, je pense, l’erreur fondamentale de la vision économico-juridique dont parlait koz : ne pas voir que les « échanges » proprement dits ne sont qu’une partie infime de la circulation des biens dans une société, que le contrat d’égal à égal n’est qu’une infime modalité des rapports réels. La théorie économique, comme la philosophie du contrat social, se dote par principe d’une société fictive, constituée seulement d’adultes pourvus de toutes sortes de capacités (dont celle de contracter et d’échanger). La société réelle, elle, préexiste aux individus et les comble d’avance de plus de libéralités qu’ils n’en pourront jamais rendre.

    Je dirais donc, et désolé d’être si long: le don n’est pas seulement à introduire dans la vie économique et sociale, il est aussi à y redécouvrir, déjà présent, masqué par la théorie. Et il est heureux qu’il n’y ait pas de «don gratuit», si cela doit signifier un don stérile. Seuls les dons non gratuits sont féconds, car seuls les dons non «gratuits» sont aptes à susciter d’autres dons dans leur sillage.

    Je m’avise, mais sans surprise, que c’est d’ailleurs ce que suggère koz quand il demande «pourquoi considérer le don comme un échange serait un chemin d’imperfection?». Exactement.

  • Bonjour Koz,

    J’ai pris le temps de réfléchir à ton billet, et j’arrive donc un peu tard. Je n’ai que survolé les commentaires, donc j’espère ne pas redire quelque chose qui a été dit.

    Je voulais juste me concentrer sur votre commentaire de la citation d’Emmanuel Faber. Je ne la prend pas non plus telle quelle, mais pour d’autres raisons.

    Ce n’est pas le mot « échange » qui introduit l’imperfection, c’est la conception viciée par le péché que nous en avons. L’échange peut être une valeur divinisée, si il est orienté vers l’autre. Donner sans rien attendre en retour (et surtout pas vouloir ne rien avoir en retour, ce qui est une forme de masochisme moral), quand on le fait à plusieurs, c’est ça l’échange tel que le Christ voudrait nous le voir pratiquer.

    Ce qui est imparfait et dont parle M. Faber, c’est la transaction : un échange ou l’égoisme de l’homme le pousse à compter ce que chacun amène sur la table. La notion de gratuité appartient ainsi au registre de la transaction et non de l’échange. La transaction, c’est l’échange de Dieu qui boite avec nous parce que le péché lui a planté un coup là où ca fait mal.

    Enfin, l’expression de « chemin d’imperfection » est ambigue. Si c’est un chemin vers l’imperfection, il n’y a pas de quoi se réjouir, même au nom de la vérité. Si c’est un chemin dans l’imperfection, c’est la commune condition de nos vies et on ne peut que s’y résoudre comme M.Faber. Mais cela n’en fait-il pas du coup au contraire un chemin de perfection?

    Bonne journée à vous.

  • @ Philarête

    Superbe commentaire. Vous avez pratiquement tout dit.

    Sur les enfants, vous avez tout à fait raison, même en termes d’échange. D’ailleurs, à ce propos, chacun se souvient (soit en tant « qu’ancien enfant » soit en tant que parent) comment les jeunes enfants essayent d’aider leurs parents et même à quel point ils peuvent être déçus et frustrés de ne pouvoir le faire.

  • Le commentaire de Philarête me fait penser à quelque chose… on parle souvent en termes de fondements éthiques du « ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse » mais peut être que la véritable notion de charité serait du moins en partie : « fais aux autres ce que tu aimerais qu’ils te fassent ».

  • Très juste commentaire de Philarête.

    C’est en effet à ses propres enfants qu’on « rend » les dons reçus de ses parents… En poursuivant dans cette voie on entre dans toute la complexité des relations parents-enfants, impossibles à comprendre sans les inscrire dans les relations des parents avec leurs propres parents.

    La Caritas n’est pas que le don cependant. Et l’intérêt du don peut être une Espérance mal comprise…

  • @Eponymus :

    Le commentaire de Philarête me fait penser à quelque chose… on parle souvent en termes de fondements éthiques du « ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse » mais peut être que la véritable notion de charité serait du moins en partie : « fais aux autres ce que tu aimerais qu’ils te fassent ».

    Ce dont on parle souvent en termes de fondement éthique, et que vous indiquez, n’est ni plus ni moins que la « règle d’or » présente dans toutes les religions, et qui donc est l’un des tous premiers fondement de sagesse, depuis les temps immémoriaux ou l’homme peut se targuer d’une sagesse.

    Cela dit, vous avez raison de relever qu’une des grandes originalités du christianisme c’est d’avoir remis au positif ce précepte d’antique sagesse, dans le commandement : « Aime ton prochain comme toi-même« .

    Vous trouvez d’ailleurs cet enseignement tel qu’il était professé par les apôtres, dans les tous premiers temps de l’Eglise, dans la Didachè :

    Voici donc le chemin de la vie. En premier lieu tu aimeras le Dieu qui t’a créé; en second lieu tu aimeras ton prochain comme toi-même (Mt 22,37-39; cf. Dt. 6,5). Et tout ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît, ne le fais pas non plus à autrui. (cf. Mt 7,12; Tb 4,15).

    Comme vous pourrez le constater, c’est le tout premier précepte du chemin de vie.

    Sinon, d’accord avec Philarête. Comme je l’indiquais plus haut : C’est le don désintéressé, plus que « gratuit », qui me décentre de moi-même, parce que le bien que j’y recherche se conforme à une idée du bien qui me viens d’en haut. Pour le reste, comment pourrait-on espérer ne rien recevoir en retour d’un don, particulièrement lorsqu’il est désintéressé, puisque le don en retour n’est ni plus ni moins qu’une promesse évangélique.

  • Si donner est la source du bonheur, il est de l’essence de la charité de mettre autrui en position de pouvoir donner, et donc d’accepter de recevoir de lui.

    Ce que Dieu fait avec nous.

  • @Aristote
    La seul nuance que j’apporterai à votre propos, c’est que j’ai furieusement envie d’y remplacer « donner », par « aimer ».

    La folie du Don de Dieu est d’introduire l’Amour dans l’équation. C’est celui-ci qui rend fécond ce système de don et contre-don si bien décrit par Philarete, en rendant toute notion de « réciprocité quantitative » simplement hors sujet.

    Avec l’Amour, le contre-don n’est plus limité par le don. L’amour de Dieu étant l’exemple ultime de cette totale assymétrie, acceptée par amour.

  • @ Vivien

    Va bene. D’ailleurs si avec « Dieu » on parle « d’infini », je ne sais plus ce que veut dire limite !

    Et j’ai mis tellement de temps à comprendre pourquoi, à la messe, nous demandons au Père de « faire de nous une éternelle offrande à ta gloire ».

  • C’est le don désintéressé, plus que « gratuit », qui me décentre de moi-même, parce que le bien que j’y recherche se conforme à une idée du bien qui me viens d’en haut.

    Bon si on se résume, alors on peut dire que : le don c’est bon, mais le don blanc (ou à blanc, sans espoir de retour), c’est excellent.

  • Ah mais si j’espère un « retour » sur le don ! Exactement comme des parents/enfants ; j’espère que celui qui a reçu saura donner, à un autre, plus tard, plus loin, autre chose…C’est d’ailleurs à dire quand on nous manifeste de la gratitude : joie de mettre un peu d’humanité dans ce monde.
    Maintenant, il me semble que le don est surtout la manifestation de la reconnaissance d’une relation(on parlait de « lien » plus haut) : je te donne, ça signifie que je te regarde, tu es dans mon monde…
    C’est pourquoi il m’arrive d’être terriblement mal à l’aise lorsque j’entends des paroissiens dirent qu’il y a les assos pour répondre à certaines détresses visibles…
    Et pourtant, elles ont plus et seront plus « efficaces » qu’un seul individu…

  • Comme plusieurs ci-dessus, je tire mon chapeau à Philarête pour son impeccable commentaire.

    Dire «mais non, mais non, vous ne me devez rien», quand on fait un don, c’est nier l’évidence et, de ce fait, placer l’autre dans une situation impossible

    Exactement. C’est là que la naïveté (ou, pire, l’hypocrisie) amène à un faux désintéressement. Pour extrapoler, on pourrait dire que le véritable désintéressement consiste à offrir à l’autre, en plus du don qu’il reçoit, la liberté de donner ou non en retour.

  • Eponymus a écrit:

    la véritable notion de charité serait du moins en partie : « fais aux autres ce que tu aimerais qu’ils te fassent ».

    Non surtout pas. ce n’est plus là un don à l’autre, mais un don à soi.
    c’est ce qu’on appelle « projection/identification »

    Et c’est un problème -oui un problème rencontré fréquemment en milieu hospitalier ou parmi les bénévoles- tout simplement parce que dans ce cas là,l’être humain n’est plus en empathie avec l’Autre mais centré sur lui même au lieu d’être centré sur son prochain.

    Et tout simplement le prochain en question n’a pas forcément envie de ce que vous, vous auriez eu envie.

    le don doit donc être fait uniquement en fonction de ce que l’Autre aimerait qu’on lui fit, mais certainement pas en fonction de ce que nous, on aimerait qu’on nous fasse!

    je ne suis pas bien certaine de m’être bien exprimée, bien que ce soit clair dans ma tête et que « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ».
    Mais il est tard, c’est sans doute ça!

  • @ Tara

    Je vois bien ce que tu veux dire, mais je pense que le renversement de la règle d’or, doit être vu comme un flux plus large vers l’autre que la satisfaction d’un besoin précis que l’autre rendrait de façon tout aussi précise…

    Par exemple, moi j’aime bien que l’on m’accorde suffisament, ou un minimum de considération, ne pas être traité comme un naze à priori… le renversement serait d’accorder à autrui cette considération ce qui peut se manifester par le respect des règles de politesse, un sourire, ou s’inquiéter si ça va ou pas à quelqu’un visiblement qui se sent mal plutôt que de passer en faisant semblant de ne pas le voir, etc…

    C’est aussi faire le premier pas vers l’autre : qu’il soit différent ou même à priori/potentiellement hostile. Enfin, bref, ça peut être énormément de choses.

  • Tu vas avoir du pain sur la planche avec la nouvelle « sortie » de Benoit XVI, avant son déplacement en GB.
    Je te fais confiance pour lui trouver des circonstances atténuantes, voir même une justification de ses propos.
    Tu ne penses pas être sur la corde raide ?

    Mes propos bêtement ironiques, n’amusent plus le vieil oecuméniste que je suis et que je resterai malgré tous les ouragans à venir.
    A la fin de ma pauvre vie de très mauvais chrétien, le souvenir des moments passés ensemble avec des cathos restent bien imprimés.

  • @ Eponymus.

    Juste avant d’aller bosser :
    Je comprends ce que tu exprimes.
    Mais pour moi, ceci n’est pas de l’empathie mais de la communication non verbale.
    Du relationnel centré sur la personne à qui on parle, avec réponse (feedback) appropriée.

    Et pour moi, cela n’a rien à voir avec un don.

    Comme quoi, il est difficile de communiquer, justement, parce que nous avons tous des approches différentes des définitions de certains mots qui peuvent se comprendre à différents niveaux.

    Bonne Journée

  • .
    Billet et commentaires très intéressants. Il me semble que le problème posé est celui de la tension entre la liberté et le lien. La société occidentale semble toute entière portée par une demande sans cesse croissante de liberté mais d’ une conception erronée de la liberté conçue comme l’absence de liens avec autrui.

    Si l’on reprend l’intervention de Philarête les fondements anthropologiques des socialités primaires sont définis par la triple obligation : donner, recevoir et rendre. Ce qui lie personnellement les gens, ce qui fait qu’ils ont en commun une histoire, c’est toujours qu’ils ont entre eux une dette symbolique, une forme de fidélité à honorer. La « magie » de l’argent c’est qu’il permet d’être quitte de toute dette envers un donateur puisque le service rendu a été payé sur le champ. L’échange marchand n’organise donc pas seulement la circulation économique des choses, il définit aussi de nouveaux rapports humains. En payant un objet, l’individu achète également le temps impliqué par l’obligation traditionnelle d’attendre pour rendre et donc le droit de ne pas avoir « d’histoire » avec celui qui lui a rendu service. L’échange marchand permet de prendre des libertés avec autrui , il permet de connaître la solitude et aussi – ce qui est appréciable et à quoi aucun de nous ne veut renoncer- d’avoir une intimité. Il a donc comme grande qualité de permettre à chacun d’avoir un « quant à soi » mais comme grand défaut de déconstruire les fondements de la socialité.

    Ce défaut a été en partie « neutralisé » par le fait que cet échange marchand est né dans des sociétés où préexistaient des valeurs anciennes comme celles transmises par l’Eglise par exemple, qui obligeait chacun à se penser par rapport à l’Autre.

    Et puis on a très vite compris aussi les potentialités destructrices de cette logique marchande et on a eu, pendant longtemps et jusqu’à une date récente, l’intelligence d’y opposer toute une série de civilités compensatrices ( disposition éthique, civisme, urbanité, tout ce qu’Orwell appelait la common decency ).
    C’est le délitement des valeurs anciennes et de toutes ces civilités compensatrices depuis le milieu du XXè siècle qui a accéléré le principe destructeur de l’échange marchand.
    Moraliser l’économie ? Sans doute en ce qui concerne la course au profit, mais le principe même de l’échange marchand étant de « défaire les liens » il me semble surtout utile d’une part de contenir l’économie et le droit à la place qui est la leur et de l’autre, de s’opposer à l’atomisation en revalorisant tout ce qui est susceptible de recréer des liens justement. En ce sens j’avais trouvé intéressant que S.Royal s‘empare du concept de fraternité. Il aurait fallu travailler davantage là dessus…
    Pour en revenir au don, c’est parce dans les sociétés marchandes on a pu opposer nettement les sphères de l’intérêt et du désintéressement que l’on a cru peut-être, paradoxalement, en la possibilité d’accomplir pour la première fois dans l’histoire des actes qui seraient complètement « désintéressés » . Mais en admettant qu’il soit possible, en quoi un don qui exclurait totalement la constitution d’un lien avec l’autre pourrait-il être considéré comme supérieur ? Nous sommes là encore, comme il l’a été dit, dans cette conception erronée de la liberté et cette volonté d’ être complètement « délié ». Il y a donc deux travers : celui qui plaque le don sur l’échange marchand et qui y voit un geste calculateur pour la recherche d’un intérêt et celui qui fait du don un acte gratuit qui ne constituerait aucun lien.

  • @Guenièvre,

    +++ !
    Votre commentaire est très fort et me « parle » beaucoup.

    L’argent doit rester dans la sphère économique, ne pas le diaboliser mais le maintenir à sa place, ne pas le laisser envahir toutes nos dimensions humaines.

    Reconnaître sans honte, sans hypocrisie que le don offre des contreparties naturelles, notamment du lien social et l’estime de soi.

    Le « don » de son temps, de sa personne, de sa chaleur humaine ne peuvent pas être mis sur un même plan qu’un don monétaire,ils offrent du lien social, c’est un autre mot qu’il faut utiliser pour en parler.

    Les deux sont utiles mais différents.

  • A propos de don, me permettez vous de faire un peu de pub pour une association dont je suis adhérent (hier soir c’était l’AG annuelle)?

    Cette association ne fonctionne qu’avec des bénévoles et elle a permis en 2009 d’offrir à 260 jeunes en difficulté un week-end de voile convivial (des jeunes « suivis » par l’ex DDAS).

    Cette association recherche des propriétaires de voilier acceptant de participer avec leur bateau et leur bon humeur.

    Voici le lien qui vous en dira plus sur AIGL (Initiative Grand Largue) : http://www.grandlargue.org/

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