Interdit sur une poule, permis sur une vache

Parlons peu mais parlons fesse. Ou plutôt bite et cul, l’heure de la demi-mesure étant sonnée depuis longtemps. « Aujourd’hui, pour gagner de l’argent dans ce secteur, il faut proposer du sexe extrême et spécialisé. Le sexe soft ne rapporte plus, car il est disponible partout et gratuitement ».

L’Express propose actuellement sur son site un dossier complet, exigeant et, somme toute, presque courageux, sur l’impact du porno auprès des enfants, des ados : Né sous le X. Du nouveau ? Non, peu. Des confirmations. Ainsi du témoignage introductif de Denise Stagnara, fondatrice en 66 d’une association, Sésame, visant à informer les enfants sur la sexualité. A l’époque, il s’agissait de répondre aux enfants qui se demandaient : « Y a-t-il une cérémonie du passage de la graine entre les parents ? » ou encore « Est-ce que les oeufs des papas ont des coquilles ?« . Aujourd’hui, les questions qu’elle relève, c’est « Que veut dire enculer ? » ou « Qu’est-ce qu’une bouche à pipes ?« .

Que ceux qui gloussent cessent. Laissez ça aux poules, précisément.

A-t-on besoin de l’Express pour nous le faire savoir ? Combien de fois entend-on un fataliste « vous verrez, ils en savent plus que nous sur le sujet » ? Le pire étant que l’interlocuteur assortit parfois cette sentence de propos hautement sociologiques sur l’évolution naturelle de la société et le fait que eux étaient bien naïfs, qu’elles étaient bien naïves, à l’époque et qu’après tout, cette évolution n’est pas nécessairement un mal…

Eh bien si, c’en est un et il faut cesser d’avoir la trouille de le dire.

Jean-Sébastien Stehli, auteur du dossier de l’Express, relève en fin d’article : « Malgré les demandes des parents, le législateur est resté impuissant: la peur de se faire taxer de croisé de l’ordre moral est, en France, paralysante« . Avec mes billets sur Jean-Paul II ou Mère Teresa, j’ai la chance de naviguer déjà, à 30 balais, dans la catégorie du vieux con moralisateur, alors j’en profite, et je poursuis.

Il y a un an et demi, j’ai donné quelques cours de soutien scolaire à une jeune Sri-Lankaise de 11 ans, en classe de sixième, qui connaissait relativement mal le français. Arrive, dans un des livres, une question qu’elle ne comprend pas. Je lui demande : « tu sais ce que ça veut dire, ‘sucer’ ?« . Réponse terriblement gênée de cette petite fille : « oui, c’est quand tu suces un garçon« . A 11 ans, en France depuis trois ans, voilà la seule acception du terme « sucer » qu’elle avait entendue.

Pour les amateurs de… chiffres, l’Express fournit quelques données :

« Sur une classe de sixième, affirme Denise Stagnara, 60% des garçons et 30% des filles ont visionné au moins un film X. En 1995, elle a mené une étude auprès des CM 2. La moitié des garçons et un quart des filles avaient vu un film X. A 10 ans! En 1973, lorsque les élèves parlaient de l’amour, ils utilisaient 15 mots et, dans ceux-ci, aucun n’appartenait au langage de la pornographie. Entre 2000 et 2005, l’éducatrice a mené une nouvelle étude. Résultat: «Les mots tels que fellation, cunnilingus, sodomie représentent 17,7% du vocabulaire.» Denise Stagnara précise: en 2005, 75% des garçons avaient vu un film porno à 9 ans et 10 mois. 17,5% des filles en avaient vu un à 11 ans et 3 mois. »

*

L’Express décrit l’escalade. Du « porno de papa » au gang bang, fist fucking, au scato et à la zoophilie… Comprenez, comme le déclare Patrick Pidoux, interviewé par Libé, « Aujourd’hui, pour gagner de l’argent dans ce secteur, il faut proposer du sexe extrême et spécialisé« . Rassurez-vous, chez Libé, il ne s’agit pas de s’offusquer, Dieu nous en préserve. Mais de constater. Alors – on retourne à l’Express – même le gang bang devient has been, on passe aux scènes de viol et, dernière mode, aux violences conjugales.

Pour autant, faut pas déconner, même les producteurs de pornos ont leur morale. Ainsi du collaborateur dudit Pidoux, qui admet avoir eu un peu de mal : « Notamment pour tout ce qui est scato. On est obligés de regarder les films et, parfois, c’est dur. J’en faisais des cauchemars. Ce qui m’a rassuré, c’est de voir que les gens qui font ça ont l’air joyeux, souriants. C’est notre critère et notre limite. » L’important étant donc qu’on puisse se chier dessus avec l’air joyeux.

Ne prétendez pas que cela vous étonne. Je sais bien que cela n’est pas vrai. Et combien d’entre vous seraient gênés d’avoir l’air étonnés. Peur de passer pour des gourdasses.

On me demandait encore récemment, devant une affiche grandeur nature, disposée en pleine rue, pourquoi la femme en photo, avait du sparadrap sur les tétons… On peut certes imaginer que son activité professionnelle ne soit pas sans risques. Mais on se doute qu’il s’agit plutôt de « respecter » une règlementation ou une jurisprudence quelconques considérant qu’on ne peut montrer des seins nus en pleine rue. Abordez donc un kiosque à journaux : combien de couvertures pornos, à peine masquées ? Elles ne sont pas à hauteur d’yeux des enfants, me direz-vous ? Parce que vos enfants ne savent pas les lever, les yeux ? Parce que vos enfants ne sont pas, eux aussi, attirer par l’interdit ?

Non, ça ne vous étonne pas. Ca ne peut pas vous étonner. C’est la suite, certes extrème mais logique, du culte de l’apparence, du sexe permanent. Voire de l’activité sexuelle comme critère de la réussite d’un couple.

*

L’article de Libération est véritablement abject. Mes sincères félicitations à Ondine Millot. Quel est son propos ? Comment un aveugle peut réussir dans le multimédia ? « Si j’ai réussi dans le multimédia, où tout est visuel, alors c’est qu’on peut y arriver quasiment partout« .

Rien que de très louable, donc. Sauf que, visiblement, ce n’est pas la réussite de l’aveugle dans un monde visuel qui a intéressé la journaliste, et retenu l’attention de la rédaction du quotidien. Son handicap ne fournit que l’entame, et la conclusion. Le reste n’est qu’un long exposé des must du porno actuel. C’est là, donc, que l’on apprend avec plaisir que « toutes les pénétrations de l’humain par l’animal sont autorisées. Par contre, l’homme ne peut pénétrer l’animal que s’il y a une compatibilité de sexes au niveau de la taille. Concrètement, c’est interdit sur une poule, et permis sur une vache« .

Mais nous sommes chez Libération. N’attendez pas de considérations morales. Non, on a encanaillé l’bobo. Tout le sujet est là.

« Patrick Pidoux sourit face à nos réticences un brin écoeurées. «Moi, cela ne me choque pas. La zoophilie existe depuis la nuit des temps … » C’est que le gentil aveugle est débonnaire, en plus. Remarquez que lui, il n’aime pas ça. On a ainsi droit à un paragraphe d’anthologie sur les limites du gentil handicapé :

« A titre personnel, Patrick Pidoux dit apprécier «les sites de sexe soft et de rencontre, mais pas spécialement ce qui va au-delà.» Quand on lui demande si, professionnellement, il se pose des «limites», il acquiesce vigoureusement. «Je refuse tout ce qui s’apparente à de la torture, les simulations de viol, et tout ce qui touche à la pédophilie, avérée ou suggérée.» Pour le reste, une seule règle : «Tant que les gens aiment ça et qu’ils prennent du plaisir…» »

Comprenez bien : nous n’avons pas à faire à un être amoral. Que le bobo de Libé ne soit pas choqué, il s’interdit la pédophilie, même suggérée. Faut pas déconner tout de même.

Formidable article qui ne se contente pas d’attirer le chaland avec l’évocation des nouvelles tendances du hard mais instrumentalise le cas d’un handicapé pour ce faire. Entre le dossier de l’Express et l’article de Libé, la presse a de ces télescopages… Mais je remercie Libé. Sans cet article, je n’aurais pas évoqué ce sujet.

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Autre télescopage car, sur son blog, Guy Birenbaum évoque le sort de Karima, violée dans sa cité parce qu’elle avait croisé le regard de la mauvaise personne. « Une malheureuse coïncidence qui la condamne à l’emprise d’un redoutable fauve« . Samir sera tué, parce que Karima s’est plainte auprès d’un autre caïd de la cité. Et Karima a ensuite passé huit mois en prison avant que la justice ne la blanchisse de tout soupçon.

Mais Karima est bien vivante, et son ouvrage, Le Prix du Silence, n’intéresse pas les rédactions de ces magazines qui préfèrent, comme le raconte l’Express, proposer « un test à [leurs] lectrices, histoire de les classer en trois catégories: la «super extra salope», la «salope normale», et la «ringarde», «dinosaure pré-soixante-huitard comme il en existe encore». »

Pourquoi parler de télescopage, à nouveau ? Parce que, n’en déplaise à tous les bien-pensants de la liberté sexuelle et du « du moment que ça leur fait plaisir« , le fait de présenter le sexe comme instrument de domination n’est pas anodin. Parce que même la bleuette érotique véhiculait déjà l’idée que lorsqu’elles disent non, elles pensent oui, et qu’en fin de compte, elles n’attendent toutes que ça. Sauf que « ça« , maintenant, ça a évolué…

Nous déciderons-nous à dépasser la terreur de l’étiquette « réac« , à envoyer se faire … les considérations oiseuses sur l’absence de lien entre l’évolution du X et les violences sexuelles, comme si « les jeunes d’aujourd’hui » avaient généré d’eux-mêmes ces nouveaux scénarios ?

Sans aller jusqu’à « l’enfer des tournantes« , j’ai une fille de deux ans. Je veux bien envisager de devoir lui expliquer d’ici quelques années ce que c’est que « faire l’amour« . Pas ce qu’est « une bouche à pipes« . Au demeurant, je n’aurai peut-être pas à le faire, parce que j’ai bien l’intention de veiller sur elle. Ce n’est pas une raison, me semble-t-il, pour me désintéresser du sort des enfants sur lesquels personne ne veille après 16 heures.

Pour reprendre la classification ci-dessus mentionnée et à l’intention de ses concepteurs et de leurs affidés :

Un dinosaure pré-soixante-huitard comme il en existe encore.

Et qui vous emmerde.

 

* * *

Polydamas signale, ci-dessous, cet article du magazine L’Attention : GANG BANG – La pornographie, bagne sexuel industriel. Il est à lire. C’est cru, c’est rude. Mais le sujet l’est.

L’Attention n’est plus en ligne. Parce que je pense que cet article est essentiel, et que nous devons le lire, et le relire régulièrement, je l’ai reproduit ici.

Intialement publié et commenté ici

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10 comments

  • « Mais l’esprit maison veut qu’on ne juge pas les goûts et les couleurs. Ça aussi d’ailleurs c’est tendance. Ne pas juger. « 

    Eh oui, c’est tendance.

    « T’es qui pour juger ? » + « Y’a pas d’mal à s’faire du bien » Des phrases clés

  • Whouf! Quelle claque pour un mardi après-midi ensoleillé!

    Merci Koz d’être de ceux qui n’ont pas la trouille de paraître réac. Merci à Polydamas pour les liens.

    Si je me laisse aller, mon post fera 10 pages… alors… encore merci pour cette piqure de rappel sur une réalité douloureuse et bien cachée derrière les millions de « l’industrie ».

  • Oui. Et l’on trouvera toujours une volontaire pour venir expliquer sur un plateau que tout ceci est une « croisade morale ». Il y a tellement de pognon en jeu…

  • J’ai essayé de lire votre lien jusqu’au bout. Je n’ai pas pu. je me suis forcée à lire en diagonale le reste du texte. Une horreur. Je suis plus qu’une dinosaure présoixante huitarde. Je suis une naïve trop simplette, malgré le « Bréviaire du Carabin ». Bréviaire du Carabin nettement dépassé d’ailleurs par ce genre d’articles. Je n’imaginais pas tout cela. Mais bon, à part « Histoire d’O », qui est une bluette à côté de ce qui est décrit, je n’ai jamais visionné ce genre de truc. Bon, je ne m’imaginais pas si vieille et si dinosaure. Je n’ai rien à commenter, je n’arrive même pas à comprendre.

  • Oui Tara, c’est absolument abject. La question que je me pose c’est que font les diverses associations toujours promptes à défendre la veuve et l’orphelin et d’autres féministes courroucés pour hurler aux quatre coins de hexagone leur opposition à ces genres d’abomination ?

    Faut-il s’étonner que certains deviennent des monstres et d’autres des intégristes en voyant ainsi bafoué pour des raisons de fric et de « modernité » les plus élémentaires valeurs de l’être humain ?

    A la source pour moi l’initiateur involontaire a toujours été « Freud & Co. » et la vulgarisation psy extrême par toute une génération de « modernistes » qui nous a bassiné pendant les dernières décennies sur l’obligation de jouissance à tout prix. Cette dérive psy a miné toutes les strates de notre société. Qu’il s’agisse de sexe ou de pédagogisme idiot, les pseudo-psys ont trouvé des soutiens constants chez les intégristes laïcs pourfendeurs de la morale chrétienne comme freins à l’épanouissement, certains politiques et leurs slogans du « laissez-faire » et qu’il est interdit d’interdire et évidemment les fricards sans scrupules.

    Il ne faut pas se laisser leurrer par les « pseudo-modernistes » et autres gourous des psys et du fric, le « vernis » civilisé de l’être humain n’est jamais acquis définitivement, chaque génération doit le reconstruire, enseigner les valeurs de base et interdire les dérives telles que décrites dans l’article.

    Signée par une réac et dans ce cas fière de l’être …

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