Avec le temps

Août. Le temps s’étire, et laisse le temps de penser au temps.

« Il faut laisser le temps au temps », « putain de temps qui fait des enfants aux enfants », « le temps qui passe ne revient jamais »… « avec le temps, tout s’évanouit ». Le temps est compté et, à la fin des temps, ou quand les temps seront accomplis, que serons-nous ? Le compteur tourne, le présent fuit : l’Homme le sait. Dans le meilleur des cas, il en a fait son affaire, dans le pire des cas, il s’abrutit pour ne pas y penser. Quoi qu’il fasse, il sait qu’il doit gérer le temps qui lui est imparti, et puis son temps au quotidien.

En 1858, Millet peignait l’Angélus. « L’Angélus est un tableau que j’ai fait en pensant comment, en travaillant autrefois dans les champs, ma grand-mère ne manquait pas, en entendant sonner la cloche, de nous faire arrêter notre besogne pour dire l’angélus pour ces pauvres morts » racontait-il. Je ne peux pas voir ce tableau sans penser au temps, au-delà même de la dimension spirituelle, même si elle en est indissociable (quoi qu’on en dise). Ces deux paysans sont en plein travaux des champs. Voilà un travail propice à la pensée voire à la réflexion, un travail de longue haleine. Dans ce temps long, alors qu’ils pourraient être pressés d’en finir, ils s’interrompent, posent leurs outils. Pour prier pour leurs morts, et c’est pas neutre.

Depuis l’Angélus, le temps a connu trois brusques accélérations, par les transports et les télécommunications. Il y a eu le téléphone, le téléphone portable. Nous vivons aujourd’hui pleinement une autre accélération, avec le web. Et le web lui-même connaît un nouveau mouvement : après un web statique, après le seul temps du mail, nous sommes désormais dans le « temps réel ». C’est, d’une part, l’information en temps réel (au-delà de l’information en continu). C’est, surtout, des outils tels que Facebook et, surtout, Twitter. Même les blogs paraitraient dépassés. Pour paraphraser un slogan connu, « il se passe toujours quelque chose » sur Twitter. Mais ce que vous avez raté est juste passé. A tout moment, vous avez pu laisser passer l’info. Si le grand public est loin d’avoir adopté en masse Twitter, on peut se demander si, ou plutôt quand, cette logique du temps réel va investir notre quotidien, privé comme professionnel. Avec le succès des smartphones, ce temps réel devient permanent.

Pour quel bénéfice ? Pour quel bien, ce temps qui court ? Les financiers me contrediront, je le sais, mais l’accélération des transactions, des spéculations – le fameux exemple de ces cargaisons de bateaux qui changent de main des dizaines de fois avant d’arriver au port – n’a-t-elle pas pris sa part dans la crise que nous connaissons ? En politique, le raccourcissement du mandat présidentiel (mea culpa) a contribué, avec d’autres facteurs, tels que l’échelonnement des scrutins, à la frénésie que l’on observe aujourd’hui. Ce temps court, toujours, qui fait la folie des sondages et des changements de cap quand chacun dit que c’est bien d’un projet que la France a besoin.

Et nous ? Si l’on demandait aux autres addicts ce que leur apporte véritablement ce temps réel, gageons qu’ils répondraient tous, en fin de compte : rien. Pour les sites, oui, le temps réel permet de capter notre attention, de nous retenir. Mais que perdrions-nous au différé ? Quelle déperdition d’info ? Et, tenez, basiquement, nous apprenons encore que, « pour garder [n]otre esprit affûté », il est recommandé de nous « déconnecter plusieurs heures chaque jour ».

Le temps s’est incroyablement accéléré et pourtant, vivons-nous deux vies pour autant ? Nous vivons plus longtemps mais nous ne vivons pas davantage. Et l’on pourrait même tenter de faire quelque lien entre le rapport à la mort de notre société et celui d’il y a un siècle. Entre la course et l’essentiel, la conscience et l’abrutissement.

Et ce billet prétentieux débouche sur quoi, pour votre hôte ? Sur un acte historique de rebellion contre la modernité décadente, puisque « à vouloir vivre avec son temps, on meurt avec son époque ». Je me retire. Ni à l’île de Ré, ni dans ce véritable antimodèle qui a pourtant toute ma sympathie1. Et contrairement à d’autres, je garde ma box, et mon téléphone. J’opère un retrait stratégique : un désabonnement global de comptes twitter. Près d’une centaine de comptes en une journée. Petit à petit, l’oiseau défait son nid. Le silence gagne ma timeline, étrange impression. Je suivrai toujours les mêmes, mais par les listes. Je déconnecte le temps prétendument réel. Le temps, la disponibilité, seront pour mes proches. Ils seront pour préserver l’affûtage de mon esprit, laisser mûrir mes billets, ici, tant il est vrai qu’ « il vaut mieux un verre de vin l’an prochain qu’un litre de lait demain matin ».

Dérisoire ? Eh oh, ne méprisez pas le premier sursaut d’un addict.


  1. notamment lorsqu’il accueille le visiteur d’un : bienvenue sur ce site, « Vous n’y trouverez rien ou peu de chose de ce que le monde actuel apprécie, pas même le souci d’être différent » []

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d’un titre.

Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire – Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

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34 commentaires

  • Ah non, moi je veux pouvoir continuer le débat théo! (-;

    Plus sérieusement il y a une petite fatigue de twitter: comme on suit tout le monde, on ne suit personne. Ioudgine semble avoir eu la même fatigue.

  • Très bonne réflexion Koz. Moi aussi un temps j’ai tenté de comprendre pourquoi Twitter me rendait la vie dingue http://nicolas.baguelin.free.fr/?p=35 mais je crois m’être trompé dans mon analyse. Ce n’est pas Twitter le problème (que j’ai repris depuis), mais les notifications en temps réel, que ce soit par twitterfox ou sur l’iPhone. Toutes ces notifications nous pourrissent la vie. C’est ainsi que j’ai pris la décision de désinstaller Fring sur l’iPhone car il me rendait dingue : facebook, twitter, msn, gmail sonnaient tout le temps, pour finalement pas grand chose.

    Il me semble qu’une bonne sélection de flux RSS lus à une heure dédiée et limitée permet de faire un bon tri d’articles de fond et de prendre du recul par rapport à une actualité qui part dans tous les sens. Le blogger d’actualité que tu es reste tenu d’être informé pour réagier en temps et en heure, mais il me semble que la force de l’intellectuel catholique est aussi son rapport avec un texte qui passe les époques, la Bible, et qui se charge également de la compréhension de chaque génération depuis les Pères apostolique, les pères de l’Eglise, la scholastique, etc. et que l’on nomme Tradition. La vraie question pour moi est de se demander quel temps j’accorde à la lecture du trésor de la Bible et de la Tradition en comparaison des sujets d’actualité.

    Sinon, pour le fun, ce tableau de l’Angélus m’évoque une bière du même nom et qui est reproduit sur l’étiquette…

  • Pingback: Les tweets qui mentionnent Avec le temps | Koztoujours -- Topsy.com

  • Un ami de confession israélite m’avait dit qu’un rabbin assez connu avait prédit une accélération du temps avant la fin de ceux-ci. C’est une idée qui me plaît assez. Et je ne pense pas forcément à une révolution terrestre en 12 heures; la technologie rend l’accélération temporelle assez palpable.

  • Bon billet et bonne résolution. Je perds trop de temps sur internet, j’en suis même, de mon côté, à envisager un retrait total. On verra bien ce qu’il adviendra…

  • Excellent, Koz.
    Ces deux paysans sont pour moi un modèle, et quand j’aurai une cheminée à moi, ce tableau y figurera en bonne place.
    Ne vous arrêtez pas en si bon chemin, persévérez !

  • Article métaphorique, digne des grands surréalistes. Je suis parfaitement d’accord avec Nicolas car les sollicitations continuelles rendent dingue, j’en sors tout juste. Pour preuve, le second article de mon blog, rédigé le 15 août si ça intéresse quelqu’un.
    Serait-ce que Koz fait partie des ‘Pataphysiciens ?
    Signé Furaxe qui s’est assagie

  • Je suis content de savoir qu’on a tous un peu les mêmes problèmes. Moi j’avoue que j’ai une sécurité : c’est ma femme. Ca n’a pas toujours été simple et le web a largement fait mentir les sempiternels sondages qui placent toujours l’argent et le sexe en tête des causes de disputes conjugales. M’enfin je reste un addict modéré : pas de smartphone, uniquement le PC portable. Et pas de twitter – juste les fora, les blogs et facebook. Ca fait déjà beaucoup pour quelqu’un dont la priorité n°1 devrait être d’être un bon époux et un bon père, de faire avec zèle son devoir d’état, dans son travail en particulier, et de méditer régulièrement la parole de Dieu.

    Résultat j’arrive à avoir des périodes régulières d’absence du web pour le plus grand bien de ma famille, et tant pis pour les statistiques de mon blog. Le pire, quand je suis un peu trop impliqué dans des discussions sur le web, c’est que je semble, pour ma femme, mener une double vie. Je suis là physiquement, mais absent mentalement : pris dans les préoccupations des discussions engagées : « que vais-je répondre ? », « pourquoi j’ai dit ça ? », « ah putain, je me suis pris une bonne claque là ! ».

    J’ai commencé à me dire qu’il y avait un vrai problème le jour où ma femme m’a demandé, de loin : « tu fais quoi là ? », et que j’ai répondu « Rien, rien, j’arrive, je regarde juste la météo ». Comme un gosse qui fume en cachette.

    Bon, le hic, cher Koz, c’est que pour passer moins de temps à suivre mille dépêches, j’avais trouvé une bonne solution, c’était de suivre quelques fils bien choisis qui me correspondent. Mais si le Koz il se tient et nous tient moins régulièrement informés, va falloir que je complète l’information ailleurs, et je vais perdre le temps que tu vas gagner !!! Bon d’accord, j’arrête de te culpabiliser : je pense que tu prends une très bonne décision.

  • Merde, moi qui comptais lire un tuto sur : les listes, pourquoi et comment ? 😉

    Joli texte sur le temps qui passe et sur les priorités à définir et re-définir régulièrement.

    N’ayant pas le redoutable honneur de faire partie de tes followings, je n’ai pas vu le changement. Faudra bien un jour que je me penche sérieusement sur ces listes, mais vu mon profil, il n’y a pas le feu.

    Bonne continuation.
    @jmeyran

  • J’aime beaucoup l’Angélus aussi. Et comme tu as raison dans tes réflexions sur le temps.

    Même si je travaille cet été, je suis dans une petite ville assez provinciale, à une heure de New York. Je pars relativement tôt, je récupère les enfants de leur summer camp, puis j’essaie de profiter de la superbe maison que nous « house-sittons ». J’aime la conduite américaine, tranquille, à 25 mph dans les rues, en s’arrêtant au moindre piéton. Difficile cependant de déconnecter totalement de la frénésie parisienne, qui va reprendre bientôt.

    Le répondeur de mon iPhone est précieux. Je réponds finalement peu, j’écoute quand j’ai envie. Je n’aime pas me faire sonner. Je n’aime pas le « push », les alertes. J’essaie de résister à l’immédiateté, à la frénésie. C’est difficile car tout dans le monde actuel nous pousse vers cela. Pas de télé, surtout. J’ai eu jadis un compte flickr assez actif. J’ai combattu l’addiction de manière radicale, avec le bouton « delete account » : trop chronophage.

    J’ai vu que j’avais eu l’honneur de passer de ta TL principale à deux listes. J’ai réfléchi, et finalement je ne vais pas du tout faire pareil. J’avais créé quelques listes, plutôt pour avoir des filtres thématiques que je peux consulter quand je le souhaite. Ma TL principale se bruite au fur et à mesure qu’elle se remplit, et je ne vais pas y toucher, je crois que le tout est de ne pas viser l’exhaustivité. Twitter est un flux, quand on regarde, on découvre, c’est le hasard, l’imprévu. Et tant pis si j’ai laissé passer quelque chose. En revanche, ça m’arrive d’aller voir un peu plus en profondeur la liste de telle catégorie de blogueur, ou de journaliste. Quand je veux en prendre le temps.

  • pour ma part, même si après les excès je pense à deleter my account, j’ai fini par faire des listes par thème pour les infos, ou un évènement (comme HaÏti), et des listes selon le temps que j’ai: des listes de fondamentaux pour ne passer que 15-20mn sur ma TL pour la journée, et des listes un peu plus étoffées pour quand j’ai du temps, pour garder le contact.

    Je crois que le secret pour moi est
    1) de maîtriser ma curiosité (ne pas cliquer sur un lien si je ne suis pas sûre qu’il a un intérêt, ou me limiter au titre et si ce n’est pas ce que j’attendais, laisser tomber tout de suite)
    2) ne pas prendre part aux conversations si je n’ai rien à dire de vraiment utile (cela dit, j’ai le même problème chez moi)
    3) délimiter les sujets auxquels je décide de m’intéresser un peu plus en profondeur.

    Mais en tout état de cause, si je me sens libre parce que totalement inutile, j’apprécie qu’il y ait des @koztoujours, des @Maitre_Eolas, etc… qui ne soient pas des journalistes patentés, et en qui je puisse avoir confiance. Car ce qui est difficile, de nos jours, c’est bien de trouver des personnes de confiance! Moi, ça m’a permis d’ouvrir un peu mon horizon au lieu de me replier sur des idées rassurantes mais toutes faites.
    je crois que, même s’il est toujours juste de recadrer -parce que la vie de famille, c’est primordial, et personne ne remplacera ses parents auprès d’un enfant-, le service que vous rendez, toi et quelques autres, est immense.

    Peut-être la solution est-elle dans la mise en commun, comme ça avait été amorcé sur sacristains, ou comme ça se fait sur causeur, selon les sujets…Ou tout simplement en ne sortant que le nombre d’article qu’on peut décemment écrire: de toutes façons, nous, on ne peut pas non plus en lire sans arrêt!

  • @ MMartin
    @ Nicolas: à vrai dire, mon premier mouvement n’est pas spirituel même s’il serait évidemment vain de croire que je puisse dissocier en moi ce qui est inspiré par cette « part » de moi et ce qui ne le serait pas. Entre guillemets, parce que précisément, il n’y a pas de « part ».

    Des croyants diront, et disent déjà : comment peut-on laisser une place à Dieu si l’on ne fait pas silence ? Pour des non-croyants, je pense simplement à la disponibilité d’esprit. J’avais suivi des séances selon la méthode Vittoz quand j’étais petit (13 ans). Pas longtemps parce que je n’étais pas à l’aise. Mais l’un des exercices était de tenter de se mettre en pause, de calmer son activité cérébrale. Essayer d’être simplement là, d’être présent. Je crois, et c’est comme cela que j’entends l’article du Monde, que nous avons besoin de moments d’arrêt, sans le Net bien sûr, mais sans lecture non plus, ni d’un quotidien ni d’un livre, sans musique non plus. Je crois que nous en avons besoin mais je ne le fais pas : j’ai toujours quelque chose à la main. Dans le RER, j’ai un journal, un livre, sans parler de mon iPhone désormais. C’est évidemment utile : il ne s’agit pas d’un tout ou rien, il s’agit juste de ménager des pauses. Avant les vacances, j’en ai presque ressenti comme une fatigue mentale, nerveuse. J’exagère mais pas loin : une façon d’être préoccupé en permanence.

    Et ce que tu dis, Nicolas, est évidemment vrai : quel temps consacrons-nous à l’essentiel qui, pour un chrétien, devrait être parmi toutes les lectures, celle de la Bible et, pour un non-croyant… ben à lui de voir ?

    @ Pneumatis décrit très bien ce que je fais, ressens : cette indisponibilité qui fait que je vais être préoccupé toute une journée parce que je pense à un sujet pour lequel je cherche à mettre mes idées en ordre, parce que j’ai eu telle réponse etc. Alors, @ do, il n’est pas du tout dans mes intentions de cesser de bloguer. Mais m’efforcer de prendre ce minimum de distance qu’est un léger retrait de twitter, laisser mon iphone éteint (ou plutôt laisser l’étui replié). Prendre le temps d’une aération. Peut-être d’une méditation personnelle. Pour, aussi, se donner le temps de développer sa pensée propre. Il faut s’informer pour la nourrir, mais lui laisser aussi le temps de s’épanouir, pour essayer de tracer son propre sillon. Non ?

    hipparkhos a écrit : :

    Twitter est un flux, quand on regarde, on découvre, c’est le hasard, l’imprévu. Et tant pis si j’ai laissé passer quelque chose.

    Tout dépend des dispositions de chacun. Nous ne sommes pas tous fait pareil. Moi, si je vois les choses positivement, je dirai que je suis quelqu’un de très curieux. Si je vois ça négativement, que je suis incapable de me concentrer. J’ai toujours été assez réceptif à l' »info en continu » : me souviens d’avoir emporté une petite radio au bahut pour écouter France Info pendant la première guerre du golfe, d’avoir suivi en direct la prise d’otages dans l’avion d’Air France à Marseille en 1995. Avec ma disposition d’esprit, Twitter et le temps réel, c’est ravageur.

    Nicolas a écrit : :

    Ce n’est pas Twitter le problème (que j’ai repris depuis), mais les notifications en temps réel, que ce soit par twitterfox ou sur l’iPhone

    Non, en effet, c’est pour cela que je souhaite conserver les listes et que je ne quitte pas purement et simplement Twitter. J’y ai lu des infos que j’ai pas lues ailleurs. C’est bien ce qui fait son attrait alors, soit dit en passant, que pour une telle pépite, il y a pas mal de déchet. Mais oui, le temps réel nous incite à rester connecté.

  • Y’a pas une option « enlever tout sauf les RT » pour certains users sur Twitter ? Ca m’aiderait beaucoup à ne pas perdre mon temps 🙂

    Nous souffrons aussi d’un mal occidental : la volonté d’être au coeur de l’actualité. Il suffit de vivre dans des pays à dix fuseaux horaires d’ici pour en cerner la futilité.

  • Il y a du mensonge dans cette expression « temps réel » utilisée pour tout et n’importe quoi. Autant de mensonge que dans « télé réalité » qui expose tout de ses participants sauf, justement, leur réalité.

    Le temps réel est celui du tableau. Celui des saisons, de nos cellules, des astres… L’humain s’est depuis longtemps extirpé du réel, se prétendant différent, supérieur… intelligent, se croyant capable de tout modifier, s’auto-proclamant légitime pour tout modeler à sa convenance. Dans cette fuite de petit dieu aussi stressé que parvenu, où l’on confond information et savoir, ce temps réel est un mur invisible qui nous ramènera brutalement les pieds sur Terre, à notre juste place, dans notre juste rôle.

    Je ne suis pas croyant, je me suppose déiste, mais il est certain que la réalité nous dépasse infiniment. Cette note est tout sauf prétentieuse, c’est une salutaire piqûre d’humilité. Merci Koz.

  • BH d’accord
    PMalo pas d’accord Millet=modèle retro fixiste non adapté aujourd’hui
    Pneumatis OK Son épouse est un véritable garde fou… Une partie du 6e sens (chrétien)
    hipparkos Pas d’accord sur ouvrir « un peu » son horizon : c’est insuffisant ! Poursuivez votre effort !
    … Koz : 1858 est trop près de nous… pour voir suffisamment clairement l’évolution dans la quelle nous sommes engagés. Il faut aujourd’hui prendre beaucoup d’altitude entrer résolument dans une vision phénomènologique globale de l’Univers, du processus en marche depuis les origines à la lumière de tout ce que l’on sait aujourd’hui pour répondre à la crise de sens. Une théologie de la cosmogénèse est à bâtir sans frilosité, avec courage par le Saint Office pour nous aider à voir où nous allons. C’est… Urgent : quelle Christogénèse ? La place de l’Eucharistie et de l’adoration…

    Rappels : l’univers a vu le jour il y a 15 000 000 000 d’années, la terre 4 500 000 000 années, la vie sur terre 3 500 000 000 ans, l’homme d’aujourd’hui 150 000 ans, les premières civilisations 5000 ans, la science moderne 400 ans… 100 000 000 000 étoiles dans une galaxie… 100 000 000 000 galaxies dans l’univers qui s’éloignent les unes des autres à la vitesse approximative de 60 000 km/seconde… A quel phénomène assistons nous, participons nous en… « tweetant » ?
    L’homme trois fois humilié : Galilée, Darwin et Freud
    … Et les chrétiens – mal à l’aise – accusés d’être des réducteurs de Dieu ! Debout les théologiens…

  • @ Christophe Monégier du Sorbier: merci pour cette rapide mise en perspective.

    Et je retrouve assez bien dans les propos de Pneumatis

    Pour ma par j’ai malgré moi expérimenté une période de sevrage forcé « grace » à Bouygues Telecom… Un mois sans téléphone fixe, sans internet, sans radio via itunes chez nous, sans TV, et dans le même temps mon iPhone qui tombe en rade!
    Plus rien sauf mon bon vieux Nokia 3210. Retour 15 ans en arrière.
    Passée la frustration j’ai perçu mieux que jamais que le temps s’écoule… malgré tout. Il est évident que je reste attaché à cette « info » via flux, blogs, radio, TV etc… Mais nos proches, notre environnement physique ont de si précieuses informations à nous communiquer quand on leur consacre tout son précieux temps, que cette pose était devenue …vitale.

  • Visiblement, les vacances ont fait beaucoup de bien à notre Koz national 🙂

    Comme beaucoup, je constate ma tendance à devenir accro à l’information et aux écrans grands et petits. Je me suis arrêté, cependant, aux blogs et à la presse en ligne, n’ayant pas vu l’utilité d’ajouter Facebook et Twitter. L’information quotidienne me semble suffisante et est déjà bien assez chronophage comme ça. L’information immédiate, c’est surtout l’information qui interrompt constamment. Accepterions-nous que le téléphone sonne 100 fois par jour ? Alors, pourquoi accepter que l’email, que Twitter génèrent 100, 200, 500 interruptions quotidiennes ?

    Pneumatis a écrit : :

    Mais si le Koz il se tient et nous tient moins régulièrement informés, va falloir que je complète l’information ailleurs, et je vais perdre le temps que tu vas gagner !!!

    Si J’ai bien compris, Koz ralentit le rythme et la quantité des twits reçus. Ce n’est pas exactement la même chose que « se tenir moins régulièrement informé ». Ce serait plutôt, disons, éliminer une partie du bruit ambiant.

  • 1 heure par jour sur le net, pour suivre les quelques blogs qui m’intéressent, dont Koz, Plunkett, Philarète.
    Info à la radio le matin.
    Sinon, pas mal de revues d’analyse, et beaucoup de livres.
    Plus de portable (cassé, tant mieux) pour le moment… vais-je en racheter un ? Grande question.
    Alors, votre « temps réel », vos facebook et autres twitter, je trouve cela d’une futilité… Qui peut me dire à quoi ça sert, fondamentalement ? Quand on vit dans le temps de Dieu au sein de Sa création !
    Pourquoi cette pauvreté et cette contemplation ne seraient-elles réservées qu’aux moines ou ermites ? Ne sommes-nous pas tous appelés à cela, à notre échelle et suivant nos besoins et les besoins de ceux dont nous avons la charge ? J’ai souvent l’impression que certains justifient (fort médiocrement) leur hyperactivité et leur attrait vers les divertissements pascaliens (l’info à outrance en est un, si !) par leur devoir d’état, comme quoi tout cela est nécessaire, faut bien vivre, hein, j’ai charge de famille, on n’est pas des moines… Pneumatis et Koz nous montrent fort justement le contraire…

    @ Christophe Monégier du Sorbier : je crains de ne pas tout comprendre dans votre commentaire (Millet, rétro et fixiste ? pardon de vous contredire !) Certaines choses sont très justes, mais d’autres sonnent étrangement. Seriez-vous un fervent disciple de Theillard ? Il a eu de très belles intuitions, mais certains aspects de sa pensée ont été réfutés, sur l’évolution notamment. A manier avec des pincettes ! Pour ma part je préfère Jean Bastaire, si vous connaissez…

  • @P Malo : L’Angélus de Millet date de 1858 et la publication de Darwin de 1859. Millet n’avait donc pas idée d’un monde en évolution. Il était donc « fixiste », géocentrique.
    Dans « l’Affaire Teilhard » Jean XXIII a plutôt protégé Teilhard d’une condamnation (cf H de Lubac Mémoire à l’occasion de mes écrits, Papes et théologiens, Teilhard posthume ; Discours de Jean XXIII DC 59 (1962) ; Allocution de Paul VI DC 63 (1966) ; Paul VI citant explicitement le Milieu Divin DC 72 (1975), DC68(1971)… Les difficultés résultaient de quelques personnes au Saint Office…
    Benoît XVI, lors de la longue « Vigile » de la nuit de Pâques en 2006, dans la basilique Saint-Pierre comble, s’est livré à une méditation originale sur la Résurrection, s’offrant le luxe de citer Darwin, « La Résurrection du Christ est la plus grande mutation, comme dirait la théorie de l’évolution (…), un saut qualitatif, dans l’histoire de l’évolution et de la vie en général, vers une vie future nouvelle, un monde nouveau qui, en partant du Christ, pénètre notre monde et l’attire à lui ». On aurait cru entendre Teilhard de Chardin, pas vrai ? Teilhard a défriché un terrain pour les théologiens ;il a gardé de la scolastique les catégories de la Personne, de la Création et de Dieu. « C’est cela qui l’a préservé du matérialisme, du panthéisme et de l’évolutionnisme » sic (J. Daniélou)
    Pour ma part, je n’ai d’autre désir que d’unifier ma vie que dans le Christ sans avoir à devenir scientiste ou apologiste ; c’est pourquoi comme beaucoup de nos contemporains je suis avide d’entrer dans une théologie moderne avec le meilleur de la sève de l’Eglise.

    P.S. Comme vous m’y invitez, je vais consulter Jean Bastaire

  • Bonsoir Koz,

    j’aime beaucoup ce billet nous offre un débat intéressant et avec peu de risques de polémiques stériles. Voici quelques réflexions sur le sujet.

    En premier lieu, nous sommes plus occupés que nos arrière-grands parents, parce que nous sommes plus productifs, et donc, plus prospères. Je pense que la prospérité, que l’on caricature souvent en surconsommation (l’écran plat dans les toilettes) est globalement positive: c’est elle qui permet que vos enfants habitent dans une maison salubre, fassent des études, et que vos parents soient soignés dans de bonne condition.

    Certaines nouvelles technologies sont des outils formidables, et participent pleinement à cette productivité personnelle et professionnelle. Je reviens juste de vacances formidables où navigateur GPS et téléphone portable m’ont fait gagné beaucoup de temps (sans exagérer peut-être une journée), temps que j’ai pu entre autre passer avec ma famille.

    Il existe évidemment des abus avec toutes ces technologies, mais avec un minimum d’éducation, on peut en tirer un grand profit. Je pense ainsi que le portable est principalement un outil pour organiser des rendez-vous avec les gens, ou résoudre des problèmes sur le terrain. Utilisé comme cela, il est très efficace.

    Je pense aussi que certaines technologies vont mourir, ce qui est parfaitement normal. On essaie diverses choses, avec parfois des modes idiotes, et seul ce qui est vraiment utile survit en général. Remettre en cause Twitter et facebook que je connais peu, ce n’est pas remettre en cause toutes les nouvelles technologies.

    Il est d’ailleurs assez intéressant que les bonnes pratiques de gestion de projet aillent plutôt contre le temps réel, qui est en général un chaos confus dans lequel tout le monde est vite perdu. Il est beaucoup mieux de figer les choses, de laisser les gens réfléchir et travailler dessus, et seulement après un certain temps de faire des changements (les américains appellent cela « don’t shoot on a moving target »). Ce n’est pas parce que la technique peut faire certaines choses que l’esprit humain est capable de s’adapter. On sait faire des voitures qui roulent à 250 km.h, mais on ne pas les mettre dans les mains du conducteur moyen.

    Pour conclure Koz, je partage en grande partie ton scepticisme sur le temps réel (sauf pour les scores du foot), mais il me semble abusif de jeter toutes les nouvelles technologies avec. Enfin, j’ai lu quelque chose récemment qui m’a semblé très vrai: les gens s’arrangent aussi pour être très occupés parce que c’est, paradoxalement, agréable.

  • @ Christophe Monégier du Sorbier : sans craindre l’euphémisme, je dirait que peut m’importe la date du tableau de Millet et son rapport avec Darwin… Je n’y vois aucun rapport. Cette œuvre d’art est intemporelle, même si bien sûr on ne peut la détacher du contexte de l’époque.
    Attention quand même avec Darwin et l’évolution, bien sûr sans remettre en cause sa véracité scientifique : on en fait vite une idéologie ! (Et je sens une pointe d’évolutionnisme acharné dans votre remarque sur Darwin : tout ce qui a été fait avant lui procèderait d’une vision fixiste de l’Univers, donc serait dépassé ? Que nenni !) Moult bouquins fort bien renseignés ont été écrits sur le sujet, fort complexe par ailleurs.

    J’apprécie grandement Theillard et ses intuitions lumineuses ; c’est vrai qu’il a défriché le terrain, et de quelle manière. Mais il faut voir avec quelle obéissance il a accepté les douloureuses « mises en retrait » qu’il a subies de la part des autorités religieuses : son humilité est pleine de leçons, jamais il n’a prétendu donner de leçons à personne. Laissons donc les théologiens travailler, et acceptons ce que nous dit l’Eglise, comme lui l’a fait. N’en faisons pas une idole ! J’ai croisé certains « adorateurs » de Theillard qui sont dans l’idôlatrie la plus crasse et préfèrent extrapoler sur les écrits de leur gourou plutôt que se ranger dans le giron de leur mère l’Eglise. Je crois même que Theillard ne les suivrait pas…
    J’ai la même attitude de prudence envers Jean Bastaire : la lecture de ses livres m’ouvre des horizons insoupçonnés (des pans entiers de théologie « oubliés » par l’ère moderne…), je suis totalement submergé par ses écrits, mon rapport à la foi et à la Création en est transformé, et j’aurais vite fait de le placer sur un piédestal. J’attends et espère donc que l’Eglise apporte des précisions plus fines sur ces sujets, dans l’obéissance.
    Entre parenthèse, je lis en ce moment « Et Dieu vis que cela était bon, Une théologie de la Création » de Medard Kehl, qui donne la vision « classique » et traditionnelle de l’Eglise sur ces questions, et c’est déjà mirobolant et révolutionnaire ! Alors ne soyons pas pressés vis-à-vis de ces « novateurs », nous avons déjà beaucoup de travail, et l’éternité devant nous !

    @ Uchimizu : je n’ai rien contre ces outils modernes. Ils sont technologiquement formidables ! Et moralement neutres (encore que…) Mais je reste très prudent vis à vis du culte qu’on peut leur porter, et de certains méfaits dûs à usage désordonné. Et me pose beaucoup de questions d’un ordre plus fondamental et existentiel, philosophique et théologique, sur tous ces sujets : progrès, rapport au temps, évolution de la perception, de notre rapport aux choses, aux autres et au temps, conséquences sociétales, décalage accéléré entre avancées techniques et avancées philosophiques, etc. C’est pharamineux. Alors finalement, twitter ou facebook, GPS ou Iphone, je m’en tamponne un peu… et préfère m’en passer : il n’y a de vrai progrès qu’humain.Tout le reste est tellement secondaire. (Surtout quand tellement n’ont même pas de quoi manger…)

  • Bonsoir PMalo,

    Je suis aussi assez imperméable au culte de l’i-phone ou d’autres gadgets. Toutefois, quand une technologie objectivement pratique existe, ce serait à mon avis du masochisme de s’en passer. Par exemple, quand je vivais à l’étranger, Internet me permettait de téléphoner gratuitement à ma famille. Pourquoi ne m’en serais-je-pas servi ? Tu as as peut-être le temps, une fois que tu as fini de travailler (avec des dossiers papiers), de t’occuper de ta famille, de prendre soin de ton corps, et en plus de perdre une demi-heure à chercher un numéro de téléphone dans l’annuaire (mais dans quelle ville habitait-il déjà), ou à préparer un voyage sur un carte en papier, moi pas.

    Je pense toutefois que tu as raison de souligner qu’il y a deux grands types d’innovation: les innovations « technologiques » (de la faucille aux satellites), et les innovations « sociales » (démocratie, religion, justice…). Mettre une hiérarchie entre elles n’est pas facile, d’autant qu’elles sont très liées. Je pense cependant, contrairement à toi, qu’il y a eu beaucoup d’innovation sociales aussi dans les dernières décennies, même si toutes ne plaisent peut-être pas aux lecteurs de ce blog, et certaines seront peut-être abandonnées: le divorce, le travail des femmes (rendu possible par la technologie), l’écologie, les couples en concubinage, la colocation, les études supérieures de masse, l’armée de métier moderne, l’état providence systématique, l’expatriation professionnelle, l’union civile pour les homosexuels, la fin de la prostitution de masse (nos grands-pères allaient plus au bordel), la fin de l’alcoolisme de masse (nos grands-pères se bourraient plus la gueule aussi). Cela me semble plutôt beaucoup depuis la guerre, et bien comparable à l’aviation, l’internet, le téléphone portable et autres innovations réellement importantes.

  • Excellent! prendre le temps d’une pause, le temps de vivre au rythme de notre Terre et non de notre société et de ses nouvelles technologie certes extraordinaires mais qui ne font qu’accélérer encore le temps. La société veut une diminution de l’espace et du temps ses technologies le permettent mais il en faudra toujours plus, et à force de toujours plus nous allons droit dans le mur. Il faut retourner au réel sous peine d’en perdre la tête. L’homme est aussi un être vivant qui doit vivre au rythme de sont écosystème. C’est une spirale qui ne peut s’arrêter sans une énorme volonté de l’homme, il est en effet plus facile de vivre avec, et c’est la facilité qui prime aujourd’hui.

    Ces technologies ne sont pas mauvaise intrinsèquement, mais c’est l’utilisation que nous en faisons. Elles créent un besoin qui nous semble indispensable dès que nous y avons goutté. Certains semble perdu sans internet, sans leur smartphone, cette dépendance est mauvaise à partir du moment où l’individu dépends de celle-ci pour être serein.

    Revenons à l’essentiel, ce n’est pas toujours possible, mais savoir y revenir de temps à autres permet de prendre du recul un ainsi de voir les choses différemment plutôt que de foncer tête baissé.

  • Aurélien a écrit : :

    Il y a du mensonge dans cette expression « temps réel » utilisée pour tout et n’importe quoi. Autant de mensonge que dans « télé réalité » qui expose tout de ses participants sauf, justement, leur réalité.

    Oui. Et c’est bien pour cela que j’employais l’expression de « temps prétendument réel ». Ceux qui ont forgé l’expression de « temps réel » ne l’ont pas fait en opposition avec un temps irréel, mais symboliquement, ce n’est pas sans force.

    Gwynfrid a écrit : :

    Je me suis arrêté, cependant, aux blogs et à la presse en ligne, n’ayant pas vu l’utilité d’ajouter Facebook et Twitter.

    Je ne dénie pas l’utilité de Twitter. Comme le disait un ami, donc, c’est un lieu de diffusion (et non de production) de l’information. Et c’est un lieu où vous sélectionnez vos diffuseurs. Bref, vous pouvez bénéficier d’un tri du web, de l’information, par des personnes dont vous partagez les centres d’intérêt. Mais Twitter est aussi facétieux : pour les meilleurs, c’est un lieu d’aphorismes, marrants. Il y a toutefois, aussi, beaucoup de bruit. Bref, si c’était désagréable, on n’y resterait pas. Mais on n’est pas obligés d’y être, ni d’y rester scotchés.

    Sur la fonction de tri, j’ai peut-être trouvé un outil intéressant, dont je vous reparlerai si ça se confirme.

    Gwynfrid a écrit : :

    Si J’ai bien compris, Koz ralentit le rythme et la quantité des twits reçus. Ce n’est pas exactement la même chose que « se tenir moins régulièrement informé ». Ce serait plutôt, disons, éliminer une partie du bruit ambiant.

    Right !

    uchimizu a écrit : :

    Pour conclure Koz, je partage en grande partie ton scepticisme sur le temps réel (sauf pour les scores du foot), mais il me semble abusif de jeter toutes les nouvelles technologies avec.

    Certes, mais vous aurez noté que ce n’est pas ce que je fais. En l’occurrence, j’ai juste « déconnecté » le temps réel de twitter. Mais je m’en sers encore. Je vais essayer (ce n’est pas gagné) d’en garder les bons aspects, et de me garder des mauvais.

    Croyez bien que quelqu’un qui tient un blog depuis cinq ans, qu’il installe lui-même, dont il modifie le .css, qui a un iPhone etc. ne jette pas toutes les nouvelles technologies.

    Puisque vous évoquez l’iPhone : cela peut être une mauvaise chose si elle nous empêche de nous déconnecter, mais elle m’a aussi pas mal arrangé la vie, par divers angles. Un tout petit détail mais, quotidiennement, je sais à quelle heure passe le prochain RER à la station de mon choix : cela m’évite de le rater à une minute près, ou de courir bêtement si j’ai 10 minutes devant moi.

    @ manu Gollié: nous sommes pleinement d’accord. Tant sur un certain rythme naturel, la nécessité d’une « respiration cérébrale », que sur le rapport aux nouvelles technos. Elles sont nouvelles, les nouvelles technos, et il faut les apprivoiser, y compris dans notre rapport à elles.

    uchimizu a écrit : :

    est d’ailleurs assez intéressant que les bonnes pratiques de gestion de projet aillent plutôt contre le temps réel, qui est en général un chaos confus dans lequel tout le monde est vite perdu.

    Dîtes m’en plus, ça m’intéresse.

  • Koz : « Un tout petit détail mais, quotidiennement, je sais à quelle heure passe le prochain RER à la station de mon choix : cela m’évite de le rater à une minute près, ou de courir bêtement si j’ai 10 minutes devant moi. »

    Koz pris en flag’ ! J’adore ! Pondre ces lignes en commentaire d’un article où vous nous faites tout un laïus sur notre rapport au temps, c’est balèze ! Quand on a un bon bouquin ou une charmante voisine, attendre son RER n’est pas la fin du monde.

    Même si aujourd’hui je ne prends plus beaucoup le RER (je suis loin loin loin de Paris…), j’en ai été un « usager » (pwark) plus que régulier : j’ai eu par exemple pendant trois ans plus de trois heures de transport quotidiennes, et pendant quelques autres années, un peu ou beaucoup moins.
    Le bon rapport au temps, c’est aussi savoir faire abstraction cinq minutes de l’heure du prochain rendez-vous, ou tout simplement prévoir un peu plus pour être ouvert à l’inconnu et détendu vis à vis de l’heure, vivre le moment présent.

    Mais il est vrai que cultiver cette capacité d’émerveillement, de curiosité et de contemplation, de présence totale à l’instant présent, c’est quand même ‘achement dur dans les couloirs du métro… et rien dans la vie citadine d’un jeune cadre dynamique n’y pousse, au contraire. Chapeau à ceusses qui y parviennent.
    C’est bien pour ça que pour moi, c’est fini tout ça : je suis parti loin loin loin de Paris et de ma vie de jeune cadre dynamique, pour cultiver des patates et ma capacité à l’émerveillement, élever mon âme et des chèvres. Vivre à fond l’instant présent, au sein de la Création et dans le temps de la nature, c’est divin !

    PS : Je vous taquine, Koz.
    PPS : J’en rajoute encore un peu dans le dithyrambique bucolique, ou ça vous suffit ?

  • Uchimizu : bien sûr que c’est pratique tous ces trucs-là, sinon les gens n’achèteraient pas. Je sais que la mode du moment pourrait faire acheter le truc le plus moins pratique qui soit juste parce que c’est in, mais les pubeux ont ‘achement moins de boulot à faire pour trouver des arguments de vente quand l’engin à vendre est pratique, beau et fonctionnel, en plus d’être in !
    Donc l’argument utilitariste n’en est pas un : il est une évidence qu’il ne sert à rien d’énoncer, à moins de vouloir à tout prix enfoncer des portes qui n’ont rien demandé à personne.

    « Toutefois, quand une technologie objectivement pratique existe, ce serait à mon avis du masochisme de s’en passer. »
    Non. Se priver de quelque chose n’est pas du masochisme, c’est tout simplement de la maîtrise de soi.
    Je ne vais pas acheter le nouveau dévisseur de pétouillot saisissoir si je n’en ai pas REELLEMENT BESOIN, et pourtant Dieu sait que c’est pratique, un nouveau dévisseur de pétouillot saisissoir. Vous pourrez me rétorquer, comme un bon BTS commerce de Perpignan, que je pourrais acheter tout un stock de pétouillots saisissoirs et leurs dévisseurs « dédiés » (pwark) avec 15% de remise, mais non : je n’en ai pas REELLEMENT BESOIN.

    J’ai peut-être de la chance, mais je n’ai jamais bavé devant ces gadgets modernes, cela m’a toujours laissé totalement froid. Je n’ai même pas à me vanter d’une vertu que je n’ai pas. Non, je ne souffre pas de n’avoir pas tous ces machins ; et ris sous cape en voyant tous ces gens esclavagisés par ces outils censés nous libérer d’on ne sait quoi, nous faire gagner du temps, et autres sornettes de commerciaux payés au nombre de bidules fourgués.
    Simplement, j’ai observé ma situation, discerné de quoi j’avais réellement besoin, fait la distinction entre mes « besoins nécessaires » (j’ai tout ce qu’il faut dans ce domaine : manger dormir me vêtir un minimum de relations sociales), « ce qui convient » (un pc avec internet, des chaussures quand je vais au bourg, par exemple), et « le superflu » (facebook twitter iphone par exemple). (Notez bien que ces distinctions ne sont pas figées pour l’éternité et peuvent varier ; un petit plaisir de temps en temps n’est pas interdit, ne me faites pas passer pour ce que je ne suis pas ; et un petit plaisir de temps en temps rend plus heureux que tout plein de gros plaisirs tout le temps qui finalement n’en sont plus…).Tout cela fait, j’agis en conséquence.
    Maîtriser ses pulsions et faire preuve de discernement, savoir dire non, se poser et réfléchir, ça fait chier le marché et la croissance (tant mieux !), mais ça fait du bien à tout le monde. C’est par ailleurs un comportement d’adulte et pas de gamin capricieux. Vous n’avez pas connu la guerre, ça se voit (moi non plus, d’ailleurs…) !
    Et puis, je me répète, vivre dans l’opulence quand d’autres n’ont rien, c’est indécent. « Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre. »

  • koz a écrit : :

    Et c’est bien pour cela que j’employais l’expression de « temps prétendument réel ». Ceux qui ont forgé l’expression de « temps réel » ne l’ont pas fait en opposition avec un temps irréel, mais symboliquement, ce n’est pas sans force.

    La notion de temps réel est pertinente dans le domaine de l’électronique et de l’informatique (dont elle est issue, si je ne me trompe). Elle désigne un processus qui traite des données avec une contrainte de temps plus ou moins stricte. Par exemple, si je regarde une vidéo sur YouTube, mon ordinateur doit recevoir et décoder les données à un rythme qui permet un affichage de 30 images par seconde (par exemple) sinon je vais voir des effets indésirables: des sauts d’images, des pauses, un son désynchronisé – au pire, je ne verrai plus rien du tout.

    Appliquer cette notion à la vie sociale est à la fois un abus de langage et une forme de propagande pernicieuse – on sous-entend par là que nous devons calquer nos objectifs de performance sur ceux de la machine. Traiter l’actualité « en temps réel » n’a aucun sens, à supposer que ce soit utile. Bien évidemment, il nous faut au minimum le temps de lire l’information, de la comprendre, et éventuellement d’y réagir. Nous le faisons plus vite que par le passé, lorsqu’elle nous arrivait par la presse du matin, mais sûrement pas « en temps réel ».

    uchimizu a écrit : :

    Il est d’ailleurs assez intéressant que les bonnes pratiques de gestion de projet aillent plutôt contre le temps réel, qui est en général un chaos confus dans lequel tout le monde est vite perdu. Il est beaucoup mieux de figer les choses, de laisser les gens réfléchir et travailler dessus, et seulement après un certain temps de faire des changements (les américains appellent cela « don’t shoot on a moving target »).

    Là aussi, la notion de temps réel est fallacieuse. Elle s’oppose aux principes même de la gestion de projet, qui consiste à planifier les activités et à gérer des priorités – donc à retarder où à laisser tomber ce qui est moins important. Cela dit, il y a un juste équilibre entre l’excès de chaos et l’excès d’ordre: la pression du temps nécessite aussi d’accepter l’imperfection. Les Américains ont également un autre adage : shoot first, aim second

  • PMalo a écrit : :

    Koz pris en flag’ ! J’adore ! Pondre ces lignes en commentaire d’un article où vous nous faites tout un laïus sur notre rapport au temps, c’est balèze ! Quand on a un bon bouquin ou une charmante voisine, attendre son RER n’est pas la fin du monde.

    Non pas ! Non pas ! 10 minutes sur le quai, c’est 10 minutes en moins chez moi avec ma femme ! 😉

  • Arf. Crotteflûte, je m’a fait eu. Comme un bleuet. L’argument de la famille est im-pa-rable.

    Et si je remplace « une charmante voisine » (très mauvais argument, je le concède volontiers (M’ame Koz, si vous nous lisez…)) par « un pauvre hère que tout le monde ignore parce qu’il braille dans sa folle solitude et pue la pisse, et lui accordez dix minute d’attention, et lui offrez la boîte hors de prix et d’infects -mais très bon pour votre cholestérol- biscuits au tapioca commerce équitable que la chère et tendre mère de vos charmants marmots avait prévue pour la pause café-clope de 16h », que répondez-vous ?
    (Je suis prêt à retirer le mot « clope » s’il le faut (M’ame Koz, si vous nous lisez…)) 😉

  • Ah, et puis non, finalement votre argument « la famille » n’est pas im-pa-rable, cher Koz, il est même vaseux ; je l’avais déjà pris en (dé-)considération dans un précédent commentaire. Pardon, je m’autocite : « J’ai souvent l’impression que certains justifient (fort médiocrement) leur hyperactivité et leur attrait vers les divertissements pascaliens (l’info à outrance en est un, si ! ) par leur devoir d’état, comme quoi tout cela est nécessaire, faut bien vivre, hein, j’ai charge de famille, etc. »
    Paf sur les doigts.

  • Koz,

    je me permets de revenir sur la gestion de projet. Les limites technologiques, en particulier dans la diffusion de documents, les communications et l’informatique ont souvent imposé des processus d’organisation séquentiels. On ne rédige qu’une certaine sorte de documents, en réduisant le contenu au strict nécessaire (la page dactylographiée coûte cher). On organise des réunions bien précises, avec un agenda établi à l’avance (faire venir tout le monde en train coûte cher aussi). Tout ceci n’est pas très flexible, est sans doute un peu lent, mais permet d’utiliser les ressources physiques efficacement. Ces structures ont un autre avantage: réduire la complexité à laquelle sont confrontées les personnes intervenant sur un projet. Cela permet aussi de réduire le rythme des changements: les hommes gèrent mieux les changements progressifs et cadencés.

    Avec le temps, les barrières technologiques se sont abattues les unes après les autres. Produire des documents, et communiquer ne coûtent plus rien. Dans le domaine de l’informatique, concevoir, et produire ne coûtent presque plus rien en matériel (je suis capable de développer avec des outils gratuits et tester sur mon PC des logiciels représentant des investissements de plusieurs millions d’euro). L’industrie a gardé plus de rigueur car on ne construit pas une chaine d’assemblage aussi facilement que l’on change l’apparence d’un site web. Mais dans les autres métiers, la tentation de faire n’importe quoi est grande, surtout quand le moindre responsable promu croit qu’il fera tout mieux que les autres, et s’empresse de tout changer.

    Le premier réflexe devant la disparition de ces contraintes matérielles a souvent été dans mon expérience libertaire: autorisons tout à tout le monde dans un grand mouvement communiquant et démocratique, dont le vecteur a été MSM Messenger et autres ICQ. Pourtant, cela ne marche pas très bien, car, pour simplifier, personne n’y comprend rien: tout le monde se court après, les gens travaillent en double. Il y a des changements incessants, et rien n’est pire que l’abus de changement: quand on apprend que, pour la troisième fois de la semaine, une décision importante a été changée, cela fait, vraiment, physiquement mal au cerveau.

    Le premier travail du gestionnaire de projet est donc maintenant de poser des limites aux possibles par des procédures, des documents types, des jalons mais même aussi parfois en réservant seulement certains créneaux à la créativité. La procédure la plus importante est le « change management », qui canalise toutes les nouvelles idées et tous les changements demandés sur un produit (et dieu sait qu’il y en a), et les regroupe en « packs » distincts. Entretemps, l’équipe est protégée et peut faire son travail correctement. Pour beaucoup de projets complexes, mais pas forcément urgent à la minute, il est globalement plus efficace de s’organiser comme cela.

    Évidemment, l’organisation d’aujourd’hui, contrainte principalement par le cerveau humain, n’est pas la même que celle contrainte par les capacités de lignes de téléphones et des horaires de chemin de fer: les méthodes dites « Agile », qui sont en fait très structurées, en sont le meilleur exemple. Mais on a, peut-être encore plus qu’avant, besoin de structure.

    L’adage militaire « réfléchir, c’est déjà désobéir » est excessif, mais il a à mon avis un fond de vérité. En fait, il s’agit surtout d’adapter des organisations extraordinairement complexes aux limites de notre bien imparfait cerveau.

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