Au nom du plus petit

Une fois la droite asphyxiée, ils ont sorti le marqueur de gauche. A gros traits, Edouard Philippe a fait droit à son aile gauche et annoncé la légalisation de la PMA – ainsi que, sans voir l’incohérence, des mesures d’aide pour les familles monoparentales. Au nom des plus petits que sont les enfants et les mères, nous dirons que nous ne devons pas créer de telles situations.

Pour faire bonne mesure, Agnès Buzyn et Marlène Schiappa, ont ajouté l’allongement du délai légal pour les avortements, sous prétexte d’accessibilité. Après le quinquennat prodigue en la matière de François Hollande, il a fallu appuyer grossièrement pour sortir quelque chose de ce marqueur usé. Au nom du plus petit, qui poursuit son développement dans le sein de sa mère entre ces douze et quatorze semaines, nous dirons encore, et toujours, qu’il n’est pas une variable d’accessibilité.

En revanche, le même marqueur de gauche reste bien rangé quand des migrants se noient encore par centaines dans la Méditerranée. C’est toujours au nom des plus petits que nous refuserons l’utilisation cynique de leur mort comme d’une nouvelle arme de dissuasion. Peut-être est-ce là la différence entre un marqueur et une conviction ?

Car c’est « au nom des plus petits » que nous nous autorisons à parler, et c’est légitime… Mais si c’est une conviction fondamentale, comment pourrions-nous écrire ces mots sans honte alors que s’étalent les révélations odieuses sur l’emblématique Pologne et que l’actualité nous rappelle les violences sur les religieuses ? Comment ne pas voir que l’Eglise renierait ses propres fondations, et les fidèles leur foi, s’ils défendaient avec tant de force le pauvre, l’enfant à naître et parfois le migrant mais retenaient leur colère face aux compromissions et aux atermoiements dans l’Eglise ?

Certains se lassent. On peut le comprendre. Blessés, désemparés, ils veulent regarder ailleurs, voir les authentiques bienfaits de l’Eglise. Parce que c’est insupportable, je suis souvent l’un d’eux. Mais si vraiment nous sommes aux côtés des petits et que nous refusons de claquer la porte, nous ne pouvons que rester en colère. Comme l’aurait été le Christ. Lui, qui avait averti qu’il vaudrait mieux pour le coupable « qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer », se serait fait un autre fouet avec d’autres cordes.

« Qu’avez-vous fait de la maison de mon Père ?! » : cette interpellation devrait ruiner notre sommeil.

Chronique du 17 juin 2019
unsplash-logoDanielle MacInnes

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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7 commentaires

  • Oui c’est normal, cette conviction à défendre le petit nous pousse à ne jamais rien lâcher, à être dans la Vérité, mais, attention, nous avons besoin de sommeil et « Dieu comble son bien-aimé quand il dort » . Ne nous laissons pas ruiner par les mauvais, par le Mal, si nous restons en colère, il n’y a plus la place pour le Bien.

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  • Faut-il travailler 35 heures ? Partir à la retraite à 62 ans ? Être payé 1200 € ? Avoir 5 semaines de congés ? Voilà des questions pour GRANDS.
    Un enfant doit-il avoir sa maman et son papa ? Voilà une question pour PETITS.
    Et il n’y a pas de question plus importante. Car il en va de toute une généalogie, de l’identité de l’enfant, de ses chances de se construire, égales à celles des autres enfants.
    Alors OUI, soyons aux côtés des plus PETITS, parlons au nom des plus PETITS. Car, ils sont sans voix, parcequ’ils ne prennent pas la parole et parce qu’ils ne votent pas.
    En particulier, s’ils n’ont pas de père, comment pourraient-ils connaître « NOTRE PERE » ?
    Oui, prenons le parti des plus PETITS, le Christ nous y invite de toute éternité.

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  • Je n’ai ni les connaissances, ni le talent, ni les dispositions pour écrire aussi brillamment que Koztoujours ou que de nombreux contributeurs dans ce forum.
    Par contre je suis révolté contre ces gouvernants, qui, comme les précédents, accèdent à des demandes d’un petit nombre de citoyens, et dans ce cas particulier, de citoyennes, et qui sont si lourdes de conséquences pour de futurs citoyens (qu’on prend bien soin d’ignorer, pour l’instant), et pour la société.
    Je ne peux pas le comprendre. Est-ce que LREM croit qu’ils vont dépasser électoralement le RN grâce aux quelques centaines de femmes qui veulent accéder à la PMA ? Sont-ils à quelques centaines de voix près, électoralement parlant, pour vouloir voter cette loi, et si rapidement ? Où est leur intérêt ? Et où est l’intérêt de la Nation ? Je trouve monstrueux de faire un cadeau à une certaine gauche, certainement des bobos ou « des riches » qui ont ce genre de préoccupations, sur le dos de ces quelques centaines d’enfants qui vont être privés sciemment de leur père, avec tout ce que cela comporte. C’est abominable !
    On nous dit que c’était un engagement de campagne d’Emmanuel Macron. Je m’interroge : a-t-il déjà rempli tous les autres engagements, surtout envers tous ceux, bien plus nombreux, qui attendaient de lui une autre façon de gouverner, moins partisane, plus juste, soucieuse du bien-être de millions de français ?
    Cet article est publié le jour même de la parution d’un autre article qui veut expliquer « pourquoi on commence par la PMA ? » https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences-et-ethique/Pourquoi-commencer-PMA-2019-06-25-1201031296
    A partir de quoi, ou de combien, on détermine que c’est une demande sociétale ? Je suis convaincu que c’est uniquement une demande des groupes de lobbyistes qui n’ont que des intérêts financiers ; penser à ces enfants qui n’auront pas de père, avec tout ce que cela veut dire, c’est le dernier de leurs soucis. Et ces quelques femmes, vont être comblées, aux frais de l’Etat, donc aux frais des citoyens, puisque nos Ministres femmes qui s’occupent de ce dossier crient sur tous les toits qu’on va faire plaisir à ces femmes en manque d’enfant aux frais du contribuable… qui va payer grassement les laboratoires qui vont se charger de satisfaire leurs envies présentes. Encore une fois, c’est l’argent qui est au centre d’une décision, mais cela, « il faut le cacher ; que nos concitoyens ne s’en aperçoivent pas ».
    Et, comme le dit l’article précédemment cité, la suite logique sera de faire plaisir aux autres lobbyistes qui vont tout faire pour que ce gouvernement vote une nouvelle loi en faveur de l’euthanasie, alors que la Loi Claeys-Léonetti n’est pas encore appliquée ; elle est même complètement ignorée d’un nombre important de Députés ! Pendant qu’on parle de ces choses-là, qui vont encore déchirer le pays et les familles (comme a fait la loi Tobira), on ne parlera pas des choses qui embarrassent nos gouvernants ; eux, qui devraient se préoccuper d’abord du bien-être plus grand nombre de nos concitoyens, de faire en sorte qu’il y ait plus de justice, que les plus faibles (qui se comptent par centaines de milliers !) soit protégés dans leur dignité, ou que la nature soit mieux protégée, etc. Non, leur priorité est de satisfaire un petit nombre d’aigris, mais qui savent faire du bruit, ou qui peut-être, ont les moyens financiers de convaincre députés et ministres.
    Comment manifester notre réprobation ? Comment manifester notre révolte ? Les enfants des prochaines générations pourront nous questionner : « pourquoi tu n’as-tu pas agi tant qu’il était encore temps, pour éviter ce désastre qu’on voit aujourd’hui ? ». Et qu’allons-nous leur répondre ?

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  • Je vais me faire l’avocat du diable :
    Qu’est ce qu’un papa , qu’une maman ? Doivent ils avoir des liens biologiques avec l’enfant ? Cela renvoie au rôle historique du parrain et de la marraine.
    Doivent ils être de sexes différents, de genres différents ? Cela renvoie à la place de l’inné et de l’acquis dans la construction de chacun.
    Notre connaissance des processus autour de la procréation et de l’accompagnement des enfants vers leur pleine place d’adulte font que les règles établies précédemment ne sont peut être plus obligatoires même si elles ont montré au travers du temps leur relative efficacité.
    Faut il imposer à un enfant de naitre dans un environnement qui peut être jugé « insalubre » ou donner les moyens aux parents de choisir le fait d’accueillir ou de refuser cet évènement ?
    Ces moyens existent, notre foi n’impose pas de lutter contre mais d’accompagner ceux qui sont touchés par leur usage ou non usage afin de permettre d’améliorer leur vie quotidienne par le déploiement de l’empathie humaine et le respect du message de l’attention à l’autre porté par l’Evangile.

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    • Euh… j’ai beaucoup de mal à suivre votre raisonnement, du début jusqu’à votre pétition de principe finale comme quoi « notre foi n’impose pas de lutter ».

      Rappelons la position anthropologique de la Bible : c’est dans la Genèse, et Jésus le confirme : « Au commencement, Dieu fit l’homme et la femme, c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. » (Mt 19:5)

      Non, ce n’est pas parce que c’est devenu techniquement possible que c’est moralement souhaitable.

      Non, l’Eglise n’est pas une association caritative, un groupement de travailleurs sociaux qui serait là uniquement pour « accompagner ceux qui sont touchés » et ne pas lutter contre « ce qui touche ».

      Et non, il n’y a aucune d’opposition, comme vous l’écrivez, entre lutter et accompagner -bien au contraire : toutes les associations caritatives sont très logiquement engagées contre « ce qui touche », que ce soit la Fondation de l’Abbé Pierre, Handicap international, le Secours populaire…

      On peut reprendre chacune de vos idées, par exemple : « Faut il imposer à un enfant de naitre dans un environnement qui peut être jugé « insalubre » ou donner les moyens aux parents de choisir le fait d’accueillir ou de refuser cet évènement ? »

      –> qu’entendez-vous par « imposer à un enfant de naître dans un environnement insalubre », notamment par « imposer » et « insalubre » ?
      –> cela s’oppose-t-il, comme vous l’écrivez, à « donner les moyens aux parents le choix d’accueillir ou de refuser la naissance » ?
      –> les parents n’ont-ils pas déjà, actuellement, le choix d’accueillir ou de refuser la naissance ?

      Il y a quelques années, Taubira nous rétorquait que sa loi ne nous « retirait rien. »
      Si, elle nous retire beaucoup, et nous en avons débattu précédemment.

      La loi de « PMA pour toutes » me retirerait encore plus, et personnellement, en tant que père.
      Je n’ai pas envie d’être appelé « parent 1 » sur les formulaires ou dans les discours (et d’ailleurs pourquoi pas « parent 2 », car « parent 1 » pour le père serait sexiste, discriminatoire etc.).
      Je n’ai pas envie d’être appelé « parent » non plus, cette appellation ne reprend pas ma spécificité d’homme. Elle est simplement politiquement correcte dans le contexte du « gender ».
      Et j’ai envie de continuer à être fêté, de manière unique dans ma famille, lors de la fête des pères.

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      • Merci de votre réponse. Je vais juste commencer par poser la question qui sous-tend ma position :
        Que faites vous de la liberté de chacun d’user de ce que l’intelligence des hommes a trouvé ?
        Et oui je sais pertinemment que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Qui est légitime pour être la conscience de l’autre ? Chacun peut expliquer, démontrer, se protéger de manière proportionnée des actes de l’autre, mais tant que ceux-ci ne mettent en cause que lui-même, je parle de l’autre, il n’y a pas à interdire.
        Ce qui a fait la puissance de l’homme ce sont les interactions entre eux. Et celles-ci ne peuvent être imposées. Pas d’interaction -> moins de puissance. Interactions forcées -> conflits. Il est possible de vivre à coté sans obligatoirement vivre contre.

  • @ Egdltp : Pardonnez-moi encore, mais j’ai toujours autant de mal à suivre votre raisonnement…
    Dans votre première contribution, vous évoquiez « notre foi », suggérant que vous étiez catholique.

    Ici, vous confirmez certains éléments de votre première contribution : vous semblez en fait
    rechercher des fondements éthiques, et semblé tenté par un certain relativisme.

    Je ne comprends pas votre dernier développement sur « puissance de l’homme et interactions entre les hommes », par ailleurs bien éloigné du sujet initial.

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