A paraître | Fin de vie en République

Je me suis réveillé groggy le 9 avril. Le texte n’était pas passé mais nous avions clairement passé un cap. Demain, nous pourrions euthanasier des personnes dépressives. Nous pourrions euthanasier Mamie, qui pense qu’elle est un poids pour ses enfants et ses petits-enfants et qui est fatiguée, aussi. Ne croyez pas : c’est arrivé, ailleurs. Et si l’on vous présente toujours les mêmes cas objectivement terribles de maladies graves pour vous convaincre de l’opportunité de l’euthanasie, la réalité, c’est que l’euthanasie concerne à plus de 90% des personnes âgées de plus de 60 ans.

240 députés ont voté pour cela. 300 ont demandé au Premier Ministre de remettre le texte à l’ordre du jour.

Alors, j’ai vaincu mes dernières réticences et je me suis mis au travail. Pour souligner, en citoyen, à quel point l’euthanasie ou le suicide assisté seront des atteintes à notre sens de la liberté, de l’égalité, de la fraternité. Quelle pression ils feront peser sur des personnes parvenues au seul ultime de la vulnérabilité. Comme ils sont une menace directe sur l’existence des soins palliatifs, lumière dans notre humanité.

Avant d’éteindre la lumière, j’ai dit ce que j’avais à dire.

Il me faut écrire pour ceux dont l’agonie n’est pas télévisée. Il me faut écrire pour les sans-voix. Je veux écrire pour les gens ordinaires. Ceux qui ne disposent pas de l’appareil militant pour faire valoir leur position, toute simple. Ceux dont aucun chanteur, comédien ou écrivain ne vient soutenir la cause sur les ondes. Ceux qui n’intéressent pas les médias parce que leur agonie trop humble, trop ordinaire, ne recèle pas le potentiel dramatique qui fait l’information. Ceux dont on n’entendra pas l’attente véritable derrière la demande d’euthanasie, ceux qui ne reviendront pas nous dire ce qu’ils ont manqué et de quelle vie, en fin de vie, on les a privés. Car si j’entends et comprends la détresse de ceux qui aujourd’hui doivent continuer à vivre alors qu’ils ne le veulent pas, demain des gens mourront qui ne le voudront pas davantage. Par la force des choses, nul n’entendra leur voix pour en témoigner. Ceux qui les ont soignés m’ont confié leurs histoires. Je les porterai ici.

En riant, mon éditeur m’a dit qu’en découvrant mon texte, il a pensé que j’étais décidément dans tous les coups où je vais m’en prendre « plein la gueule. » C’est possible. Les autres sujets n’ont pas besoin de moi. Et moi, je ne peux pas laisser faire sans rien dire.

Ce sera une autre période difficile. Le sujet est dur, nuancé, il porte sur les souffrances véritables des gens, renvoie aux deuils qu’ils ont déjà vécus. Les réactions sont virulentes et l’issue, compromise. Ces derniers temps, me revient souvent en tête cette phrase bien connue : « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. » Il faut juste avoir une conviction.

Le livre sera disponible en libraire le 6 janvier 2022. Et les plus impatients peuvent même le précommander sur certains sites.

Yalla, en avant.

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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