Valls avec Marine

vallsmarineLe petit jeu de Manuel Valls est aussi sordide que limpide et doit être dénoncé pour ce qu’il est : une manipulation politicienne au service de ses ambitions personnelles. Et c’est nous, simples Français qui non seulement serons manipulés mais ferons les frais de ce jeu cynique. A défaut de pouvoir assurément l’empêcher,  il faut au minimum l’envisager avec lucidité.

Car d’un côté, Manuel Valls prétend vouloir « tout faire » contre le Front National, de l’autre il s’efforce de l’installer comme son unique adversaire. Cette stratégie est sa seule chance présidentielle.

Que peut-il donc bien espérer de cette annonce – qu’il a pris de son de répéter, de marteler – selon laquelle il serait favorable à une fusion des listes Républicains et des listes PS au second tour des régionales ? Il le sait : personne n’en veut, pas plus chez les premiers que chez les seconds. Il sait aussi qu’une telle annonce présente un risque fort de démobilisation dans son électorat résiduel, si celui-ci est convaincu que les socialistes feront demain alliance avec la droite honnie. Il sait encore sans l’ombre d’un doute qu’une telle annonce est du pain bénit pour Marine Le Pen : plus encore que la Une de Paris Match partagée en son temps par Hollande et Sarkozy, une telle annonce vient crédibiliser sa dénonciation permanente d’une collusion UMPS. Elle n’a évidemment pas perdu de temps pour le faire et railler l' »UMPS décomplexé ». Peut-être enverra-t-elle même ses remerciements sur papier velin à Manuel Valls après les régionales.

Certains prennent pour acquis une recomposition de l’échiquier politique en 2017. Jérôme de Sainte-Marie la souligne aujourd’hui dans un texte dont on imagine qu’il ne s’agit d’une description, et dont on craint qu’il ne s’agisse d’un vœu personnel.

Il peint ainsi le tableau d’un nouveau paysage politique, qui ne nous laissera guère plus l’occasion de nous y situer à notre aise qu’aujourd’hui :

Les projections sur l’élection présidentielle l’amènent à penser, et à le dire, que Marine Le Pen sera au second tour. L’anticipation est banale, mais lui en tire les conséquences avec plus de rigueur que d’autres. Selon ce schéma, il y aura recomposition générale de l’ordre politique français, avec le passage de la tripartition actuelle à une nouvelle bipolarité. D’un côté une force nationaliste, populaire, empruntant ses références à plusieurs courants politiques, dont, par certains côtés, la «première gauche», jacobine. De l’autre un vaste rassemblement libéral, à la fois sur le plan économique et culturel, prônant les vertus de la mondialisation sous toutes ses formes, et lui aussi irrigué par des courants de droite et de gauche. Il s’agit cette fois-ci de ce que Michel Rocard appelait la «seconde gauche», girondine, celle où Manuel Valls a commencé sa carrière politique.

Voilà qui ne nous laisserait plus grand choix : le parti de la caste mondialisée, ou celui du peuple nationaliste.

A vrai dire, cette fiction me laisse assez dubitatif. Non seulement, par goût personnel, j’ai peu d’appétit pour une distinction plus binaire et manichéenne encore que le clivage gauche – droite actuel, mais je suis loin d’être persuadé qu’il s’installe, précisément en raison de son caractère hautement insatisfaisant1. Certes, PS comme Républicains vivent en leurs seins réciproques de telles incohérences idéologiques qu’on ne comprend leur persistance qu’en raison des facilités logistiques d’un parti commun, mais je doute très fort que les Français achètent cette recomposition et, qu’avant eux, les élus acceptent de se situer gentiment dans les cases ainsi dessinées.

Valls lui, l’anticiperait et si, d’une main, il se pose en opposant au Front National, de l’autre, il en caresse l’érection, sûr que celle-ci ne pourra in fine que lui profiter.

C’est bien évidemment la seule chance pour Manuel Valls de voir se concrétiser un jour ses ambitions présidentielles, compte tenu de son assise toujours instable chez les socialistes, sans parler de l’ensemble de la gauche. Mais rien ne nous oblige à succomber au vallso-marinisme. C’est d’ailleurs probablement l’autre faiblesse de cette stratégie comme de l’analyse susmentionnée : elles font encore l’impasse sur l’imprévu et l’imagination politique. A tout le moins, si certains, à droite comme à gauche, sont impatients de voir se concrétiser cette recomposition qu’ils feignent de redouter, rien ne nous oblige à acheter ce scénario morbide. Il faudra, et il y aura, une réaction.


  1. les lecteurs de La Libre verront d’ailleurs demain que je le disais déjà avant la sortie de Valls []

Auteur

Monoépoux, multipère, et fidèle à plusieurs titres. Également avocat (associé fondateur BeLeM Avocats) et auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015, éd. du Cerf)

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10 comments

  • Bon je me risque à un premier commentaire. Du temps de nos parents leur positionnement politique se faisait souvent par rapport au communisme: un peu? beaucoup? pas du tout communiste? A droite bien sûr mais aussi à gauche et à l’extrême gauche. Depuis la fin du communisme dans les pays de l’Est et dans l’ex-URSS, à droite et à gauche il y a toute une série de sujets qui fâchent et qui provoquent des fractures à gauche et à droite. Sur bien des sujets il y a des personnes à gauche pas d’accord avec la gauche et des personnes à droite pas d’accord avec la droite. Cela rend je crois difficile des majorités de gouvernement solides. Et avec 40% d’abstentions cela rend fragile les majorités de gouvernement. De Gaulle je pense a voulu la Vième république et sa constitution pour éviter l’instabilité politique et la paralysie politique du pays et son ingouvernabilité. Je pense que nous nous trouvons dans une nouvelle forme d’instabilité politique, de paralysie politique et d’ingouvernabilité du pays. J’ai l’impression que nous votons de plus en plus pour sortir le sortant. Mais qu’en pensez-vous?

  • Front national contre front républicain…une nouvelle bipolarisation ? Au secours ! On n’est plus à une incohérence politique près….

  • L’objectif poursuivi par Manuel Valls est, en effet, assez clair. Je crois cependant que l’épithète « sordide » est excessivement sévère. Bien entendu, Manuel Valls n’est pas un saint, et cherche à se placer aussi avantageusement que possible dans le futur du paysage politique. Mais je crois qu’il est bien au-delà d’une petite manoeuvre pour faire monter le FN: dans les circonstances présentes, celui-ci n’en a aucun besoin. C’est plutôt, à mon avis, une simple question de survie pour lui-même et pour la tendance politique qu’il représente.

    Une chose est sûre: dans le système électoral majoritaire à deux tours, la configuration actuelle, avec trois blocs politiques de taille à peu près égale, est instable. Il est hautement improbable qu’ils se partagent les sièges de l’Assemblée de 2017 à un tiers chacun. Quant au siège présidentiel, il n’y en a qu’un, et seuls deux candidats sont admis au second tour pour se le disputer (pas de triangulaire possible, donc).

    Si on regarde le paysage froidement, les possibilités en 2017 sont les suivantes: Soit un des trois partis conquiert le pouvoir, un autre devient l’opposition principale, et le troisième devient l’opposition « junior », avec peu de sièges et guère d’influence; soit, une recomposition se fait qui laisse face-à-face deux blocs, accompagnés de partis de simple témoignage ou voués à une alliance en position de subordination à un des deux blocs.

    Tout ce que Manuel Valls cherche, c’est éviter de se retrouver dans la position du parti « junior », ou, pire encore, dans un mini-parti privé d’espace dans le cas d’une recomposition. Or, le PS étant des trois blocs actuels celui qui est le plus faible, les probabilités ne sont pas en sa faveur. Vide d’idées, asséché de ses élus, et plombé par l’impopularité du pouvoir, il peut se retrouver non seulement balayé électoralement, mais sans espoir de rebond à moyen terme. Manuel Valls, confronté au risque de disparaître, joue donc la carte de la recomposition, car il n’en a aucune autre en main.

  • Bonjour,

    la démarche de Manuel Valls me semble assez maladroite, mais, sur le fond, on peine souvent à distinguer entre la politique menée par le PS, et celle menée par l’UMP, en particulier sur le plan économique et européen (note: je soutiens plutôt cette politique « centriste », même si je l’aimerais plus courageuse). Même sur le sujet, secondaire chez moi, des « moeurs » (mariage gay, avortement…), qui est peut-être le plus clivant aujourd’hui, beaucoup de « républicains » pensent comme la gauche, même s’ils le font plus poliment par rapport aux autorités religieusdes.

    Une recomposition du paysage politique entre « libéraux mous » et « nationalistes » me semble donc tout à fait possible. Il me semble d’ailleurs que de nombreux pays l’ont déjà connu.

    Pour conclure, les évènements de ces dernières heures nous rappellent que ces manoeuvres politiques fines ne sont pas si importantes que cela.

  • Pingback: Paris, Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! | Henry le Barde

  • Valls veut faire ce que Bayrou a toujours voulu faire. Mettre ensemble les élus PS ayant définitivement abjuré le marxisme avec les élus de droite qui refusent la peu ragoûtante proposition frontiste.

    On est pour ou contre l’idée mais de là à diaboliser Valls…

  • Cette formulation est venue involontairement sous mon clavier mais en la relisant, je n’ai pas eu le coeur de la modifier. Je pensais initialement à l’érection, au sens d’ériger quelque chose, même si le double sens ne m’a pas échappé plus de quelques secondes.

  • quand on a démontré qu’à part les discours , la gauche était impuissante, il faut alors trouver des stratégies . 1ere ; effectivement jouer avec le Front national 2éme ; caresser les musulmans pour qu’ils votent bien ( 84% en 2012pour H. ) , puisqu’on a perdu le vote de la classe ouvrière 3. dérouler le tapis rouge à Juppé grâce aux media inféodés à la gauche car ils pensent qu’il sera+ facile à battre et tout cela pour le bien de la France , pitoyable

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