Que veux-tu que je te dise, mon fils ?

Tu es au bord du sentier, un air inquiet. Il fait pourtant un temps de Pyrénées, l’horizon porte au loin, vers la côte, vers les hauteurs, ce sont les grandes vacances et tu as 15 ans. Mais dans ce paysage, à cet instant, tu as tout de même besoin d’en parler. Comme ta sœur au même âge, comme tes amis et comme les siens. Tu veux savoir s’il y a eu des réactions au rapport du GIEC. Est-ce que les journaux en parlent ? Les politiques ont-ils annoncé des actions ? A 15 ans, tu me dis, déjà : « ils écrivent tous en boucle que le rapport « est alarmant » mais ils ne font rien». Moi, à ton âge, le Mur tombait, l’Union Soviétique s’écroulait. J’avais cessé de me demander combien de temps il faudrait entre le passage d’un missile nucléaire au-dessus de notre maison et son explosion à Paris. Ma fin du monde s’éloignait.

Cet été, la Belgique, l’Allemagne ont connu des inondations historiques. La Sibérie, la Turquie, des feux infernaux. Des records de température ont été battus sur plusieurs continents. Et, pour la première fois en trente ans d’observation, il a plu au Groënland, au sommet de la calotte glaciaire, à 3.216m d’altitude. Et tu me demandes si j’ai seulement écrit une chronique sur le dérèglement climatique.

Mais que veux-tu que je te dise, mon fils ? Que c’est trop grand pour moi aussi ? Qu’ils sont nombreux encore à ne vouloir voir là que l’addition d’évènements exceptionnels isolés ? Qu’à chaque inquiétude exprimée jaillissent autant de contradicteurs aussi experts en climatologie que d’autres le sont en épidémiologie, armés d’autant d’études et de sites alternatifs ? Que deux milliardaires américains, le cul dans des super-fusées, préfèrent chercher l’avenir ailleurs, quand cette planète sera épuisée ? Que trop de décideurs craignent pour leur mode de vie aérien, entre New-York et Maldives ? Que les plus âgés pensent confusément qu’ils seront morts avant que ça ne soit invivable ? Que le rapport du GIEC est sorti en août et que ça n’était pas le bon mois ? Que les menaces immédiates mais transitoires ont pris le pas sur le dérèglement climatique – variant Delta, Afghanistan, immigration ?

Mais que veux-tu que je te dise, mon fils, que je croie moi-même ? Je pourrais te dire que la France n’est pas si mauvaise, que l’Union Européenne agit, que même Poutine a semblé sortir du déni. Qu’être concerné est un bon départ. Que l’humanité a des ressources, qu’il reste de l’espoir et, à défaut, l’espérance. J’ai essayé de t’apaiser. J’aurais aimé me convaincre.

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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2 commentaires

  • Merci pour ce billet bien vu: on a en effet du mal à rassurer notre jeunesse dans cette société de plus en plus clivée et où les rapports du GIEC sont inquiétants et si «plombants ».
    Comme vous dites, c’est déjà bien d’être concerné et conscient du désastre, encore mieux d’agir mais il reste peu d’espoir lorsqu’on sait que ce ne sont pas nos petits gestes individuels et isolés du quotidien hélas, qui changeront l’état de la planète .
    Puissent nos jeunes y croire encore, la société a besoin de leurs enthousiasme et combativité pour raviver notre espérance !

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  • Notre situation n’est pas brillante, et notre incapacité à agir collectivement en est l’aspect le plus inquiétant. On a pu croire un instant, par exemple avec l’enthousiasme engendré par Greta Thunberg en 2019, que la mobilisation des jeunes allait secouer le cocotier. Malheureusement, notre inertie collective reste forte, et la pandémie a renvoyé au second plan les préoccupations de moyen terme. Alors, quand mon propre fils me déclare ne pas souhaiter faire venir plus d’enfants dans un monde aussi menacé, je ne suis pas plus sûr que toi d’avoir une réponse convaincante…

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