Porno : maintenant, on passe à l’acte !

Tout ne va pas toujours plus mal. Regardez le porno. Cela ne va que lentement mieux, mais la prise de conscience progresse. Pour n’être pas le premier, le « coup de gueule » annuel des gynécologues et obstétriciens français a, cette fois, rencontré plus d’écho. Et alors qu’il y a 25 ans, Jack Lang déclarait qu’on avait « tort de décrier et de mépriser » le porno, après Laurence Rossignol, Agnès Buzyn s’inquiète désormais de sa diffusion auprès des mineurs. La question est ainsi passée – ce n’est pas un maigre signe – de la Culture à la Santé.

Il serait temps. Car cela fait aussi 25 ans que notre droit prévoit une peine de trois ans d’emprisonnement et 75.000 € d’amende la diffusion d’un message pornographique « susceptible d’être vu ou perçu par un mineur » (art. 227-24 du Code pénal), sans que jamais nos gouvernants ne se soucient de l’effectivité de la loi. Trop anxieux de paraître coincés du fondement, ils ont laissé s’installer des sites aux filtrages si illusoires qu’ils sont autant de bras d’honneur au législateur.

Il serait temps. Car cela fait aussi dix ans que l’on a constaté une augmentation de 50% de la violence sexuelle entre mineurs, concomitante de l’expansion du porno en ligne ; plus encore que l’on alerte sur la banalisation d’une sexualité toujours plus trash chez les jeunes, la vision constamment dégradante de la femme qu’il colporte et encore sur les conséquences physiologiques et neurologiques chez tous de ce qui est devenu une véritable addiction. Dix ans enfin que le professeur Israël Nisand tente de faire valoir une disposition simple : soumettre le visionnage de porno à l’utilisation d’une carte bancaire.

Ne perdons plus de temps avec tous ces prétextes à l’inaction : l’invocation d’un porno féminin, dont le meilleur titre semble être l’Arlésienne ; la prétendue impossibilité de réguler le Web ; la confiance en la seule éducation car c’est surévaluer l’impact de celle que l’on donne… et de celle que donnent les autres parents ; la restriction d’accès qui en découlerait pour les adultes car l’âge adulte se caractérise justement par la capacité à assumer ses actes. Et puis le fait qu’une telle proposition n’éviterait pas les contournements : parce que l’on ne peut pas tout, alors nous ne ferions rien ? Cette mesure aurait a minima l’intérêt de réduire les expositions involontaires des enfants au porno.

Agissons, ou cessons à jamais de nous offusquer d’un baiser volé chez Indiana Jones et de balancer des porcs.

Fidel Fernando

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

Billets à peu près similaires

10 commentaires

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  • Combien d’enfants se sont fait volé leur innocence et combien de jeunes et adultes souffrent avec l’addiction au pornographie aussi difficile a se débarrasser que la drogue. Les impactes et chiffres sont alarment. Qui a volume détruire un génération. Pas avec une guerre physique mais en détruisant leur âme et leur capacité d’aimer avec la vrai amour.m

    Répondre
  • « parce que l’on ne peut pas tout, alors nous ne ferions rien »

    Personnellement, je voterais pour l’interdiction totale de contenu pornographique sur Internet. Ca libérerait du flux et du temps de cerveau disponible et ça n’empêcherait aucun adulte consentant d’accéder à ce contenu.
    Si on me demande, en convoquant le moyen âge, l’inquisition, l’obscurantisme,… de retirer le balai de mon c… je répondrais qu’une petite barrière ayant peu d’efficacité, autant en mettre une grande.

    On peut même arguer que cela relancerait l’industrie porno à la française et peut-être même le VHS.

    Plus sérieusement, je serais déjà très content si la proposition de Nisand était validée, j’ai même tendance à penser, contrairement à ce que j’ai écrit ci-dessus (pour troller) que la petite barrière aurait plus d’impact que la grande.

    Répondre
  • On peut savoir d’où vous tirez cette information sur l’augmentation de la violence sexuelle entre mineurs ? Sur quels éléments objectifs vous vous appuyez pour sous-entendre (avec votre « concomitante ») que le porno est une cause de ces violences ? Sur quels éléments objectifs enfin vous vous appuyez pour affirmer que le porno a des conséquences physiologiques et neurologiques sur les jeunes ? A-t-on jamais documenté des pathologies associées au porno ?

    En toute cohérence, pourquoi ne demandez-vous pas un filtrage des sites qui diffusent des vidéos violentes ? Le spectacle de relations sexuelles serait-il plus traumatisant que celui d’exécution ?

    Et tant qu’on parle de protection de la jeunesse… demandez-vous donc dans un billet enflammé l’interdiction réelle de la vente de cigarettes aux mineurs (les amendes sont ridicules) et la prohibition du tabagisme des jeunes dans la rue ? Pourtant en cette matière les études abondent : plus on commence tôt à fumer plus le risque d’addiction est fort, et environ un fumeur sur deux meurt des conséquences de son tabagisme.

    Votre radicalité sur le porno, là où des sujets graves pour les mineurs comme le tabagisme vous laissent de marbre, illustre bien le problème éternel qu’a le catholicisme avec le sexe.

    Car si l’on ne part pas du préjugé selon lequel le porno c’est mal et qu’on s’interroge honnêtement, on peut constater qu’il accorde en effet souvent peu d’importance au plaisir féminin et présente un homme est réduit à un rôle de marteau pilon, mais qu’il n’est pas pour autant monolithique et reflète aussi la diversité des pratiques et des fantasmes. La caricature est donc trop facile. Surtout, le porno permet à des jeunes de comprendre un peu le fonctionnement du corps humain, là où auparavant les nuits de noce étaient souvent une belle catastrophe entre deux ignorants. Enfin il pallie les insuffisances d’une éducation sexuelle centrée sur la prophylaxie des IST et la prévention des grossesses, d’où la notion de plaisir et la description des pratiques sexuelles sont absentes.

    Il faut donc rappeler que la liberté est la règle et la censure une vilaine pratique. Que donc il faut qu’Internet reste un espace de liberté, qui n’oblige pas à passer comme dans les pays totalitaires par un VPN pour contourner des filtrages idiots. Et qu’il revient aux parents de contrôler (ou pas) l’activité de leur progéniture. Ce n’est pas à quelques rigoristes d’éduquer les enfants de tout le monde.

    Répondre
    • Cher Monsieur,

      Voici l’une des sources qui documente cette augmentation. Ce faisant, mon propos sera toujours plus sourcé que le vôtre. Quant au « concomitant », c’est bien précisément pour ne pas arguer directement d’une causalité que je choisis ce terme. Cette concomitance est indéniable, sans que l’on puisse aisément trouver d’autres facteurs qui expliquent une telle hausse.

      Vous êtes également bien mal renseigné pour mettre en cause l’existence de conséquences physiologiques et neurologiques sur les jeunes, et les moins jeunes. « A-t-on jamais… ? ». Oui, on a. Soyez donc moins péremptoire.

      Quant au tabagisme, je vais vous faire une confidence, et peut-être une révélation : la lutte contre le tabagisme fait l’unanimité et il fait l’objet de politiques publiques constantes depuis des années. Il semble que mon assistance ne soit pas nécessaire. J’avoue être un peu déçu qu’à côté du tabagisme, vous n’ayez pas eu un mot pour la pauvreté dans le monde, les enfants syriens, et la guerre au Yémen. Apparemment, ça vous laisse de marbre.

      Je suis à vrai dire bien peiné de mettre en péril votre branlette quotidienne par souci de protection des mineurs. Non, les catholiques n’ont pas « un problème avec le sexe ». Le porno n’est pas le sexe, c’est du porno. Et votre plaidoyer pour un éducatif pour les jeunes est atterrant de bêtise. C’est vrai, les jeunes ont bien besoin qu’on les renseigne sur la sodomie, les gang-bang et les éjaculations faciales. Cela permet de comprendre le fonctionnement du corps humain et d’égayer les nuits de noce… et puis aussi d’expliquer la notion de plaisir. Vous irez expliquer ça aux femmes, et aux actrices pornos. Franchement, vous atteignez des sommets dans le ridicule.

      Quant à l’invocation de l’éducation parentale sous couvert de responsabilité personnelle, c’est bien le dernier argument des irresponsables. Ca lui fait une belle jambe à la fille bien éduquée, quand elle rencontrera le mec mal éduqué. Ca l’aide beaucoup, le garçon bien éduqué, quand son pote dont le père défend les vertus éducatives du porno, le libre accès à la pornographie et installe même un VPN pour contourner une maigre restriction afin d’avoir accès à son porno lui montre une scène hardcore dans la cour de récréation à 9 ans.

      Et dire que ce commentaire, plus agressif même que mon billet n’est enflammé, n’est suscité que par une demande : que l’on empêche effectivement l’accès du porno aux mineurs. Pas aux adultes…

      Répondre
      • Merci pour votre source sur les violences sexuelles entre mineurs, mais ce n’est pas une raison pour en rajouter dans le sous-entendu avec votre phrase : « Cette concomitance est indéniable, sans que l’on puisse aisément trouver d’autres facteurs qui expliquent une telle hausse. »

        Puisque vous êtes si bien documenté, vous devriez avoir noté qu’on a aussi observé une multiplication par 5 du nombre total de plaintes pour agression sexuelle et viol depuis 1974, source : https://journals.openedition.org/efg/835. Les sites pono déjà ? Ou peut-être plus simplement la traduction du fait que les victimes portent davantage plainte ? Toutes les explications peuvent être avancées, du moment qu’elles sont accompagnées d’éléments tendant à établir une causalité, ce que vous ne faites aucunement. Sinon on peut tout aussi bien incriminer le déploiement concomitant des cartes à puce, dont Roland Moreno a déposé le brevet précisément en 1974.

        Vous pourriez aussi étayer votre démonstration en citant les sources qui « établissent » l’existence de conséquences physiologiques et neurologiques du porno pour les jeunes et les moins jeunes, ce serait plus constructif que d’enfiler les qualificatifs (« branlette », « ridicule », « bêtise ») qui masquent mal la vacuité de vos arguments.

        Sur le tabagisme, ce que vous écrivez est indigne d’un avocat qui est censé bien connaître la loi. La cession de tabac à un mineur par un adulte est tout simplement… autorisée et sa vente par un buraliste sanctionnée par une misérable amende de quatrième classe (135 euros, 90 euros si paiement sur le champ). L’unanimité que vous invoquez ne s’est donc pas traduite par des mesures bien vigoureuses, surtout quand l’on observe que vendre de l’alcool à un mineur est sanctionné par une amende de 3750 euros, le faire boire jusqu’à l’ivresse par une amende de 7500 euros, lui céder du cannabis par 5 ans de prison et 75000 euros d’amende et lui faire regarder un film pornographique (activement, pas en lui laissant ouvert l’ordinateur familial) par les mêmes très lourdes peines, via l’incrimination de corruption de mineur. Est-ce cohérent avec les risques encourus ? Vraiment ?

        Donc, non, je n’ai pas besoin de convoquer la guerre en Syrie ou la pauvreté dans le monde pour faire remarquer que vous avez des indignations singulièrement sélectives.

        Je n’ai pas d’action dans une société de production de films pornographiques et aucun intérêt à les défendre… c’est donc en toute liberté que je vous fais également remarquer que je ne vois pas à quel titre vous parlez au nom des actrices porno et ce que je vous demande, au-delà de la caricature consternante que vous faites de ce que peut apprendre à un jeune le spectacle de films pornographiques, ce que vous proposez pour qu’une adolescente n’apprenne pas à 18 ans qu’elle a un clitoris, comme cela arrive encore (je vous assure).

        Si l’on admet que le porno c’est mal et que ça conduit des « mecs mal éduqués » à agresser massivement des filles « bien éduquées » (c’est-à-dire ?) à se faire violer, si l’on admet votre sous-entendu foireux de départ, alors interdire le porno, et pas seulement aux mineurs, comme la fin de votre réponse l’affirme, passe pour une mesure de prévention. Mais heureusement, de même qu’un jeune, après une frustration, ne va pas tuer son frère sous prétexte qu’il a lu l’histoire de Caïn et d’Abel, il ne va pas violer sa sœur sous prétexte qu’il a vu une scène de cul. C’est que, voyez-vous, même les enfants font la différence entre la réalité et la fiction.

        Les jeunes sont bien moins cons que vous ne le pensez.

      • J’aime bien discuter mais point trop n’en faut. L’étude que vous me citez ne concerne pas les violences sexuelles entre mineurs. Quant à l’explication par la hausse des déclarations, elle est l’échappatoire ordinaire de ceux qui veulent nier l’existence d’une hausse de quelque infraction que ce soit.

        Vous vous renseignerez sur les actrices pornos. Le web est large. Allez voir notamment ce qu’en dit Ovidie, elle-même actrice. Enfin, vraiment, vous ne voyez pas d’autre moyen pour apprendre à une fille qu’elle a un clitoris que la pornographie ? C’est ridicule. Dans quelle réalité vivez-vous ?

        Non seulement l’éducation sexuelle n’est plus celles des années 50 et, quand bien même cela pêcherait encore ici ou là, j’ai tendance à penser que son renforcement serait plus pédagogique que l’exposition au porno mais renseignez-vous un peu sur les questions des adolescentes aujourd’hui. La question n’est plus de savoir si elles ont un clitoris mais si elles sont obligées d’accepter la sodomie, si c’est normal d’être à plusieurs, quand elles n’en sont pas à recourir à la labioplastie. Quant à Israël Nisand, qui intervient dans de multiples établissements et comme il en témoigne, les questions des ados aujourd’hui vont jusqu’à « Comment ça se fait que les meufs elles aiment sucer le sexe des animaux ? » « Est-ce que, quand la meuf veut pas, un pote peut la tenir ? ». Et les choses ne se sont pas améliorées depuis le premier article dont je faisais état, il y a dix ans, dans lequel Denise Stagnara, qui faisait de l’éducation sexuelle rappelait l’évolution du questionnement des enfants :

        «Il y a quarante ans, leur naïveté était extraordinaire», se souvient-elle en consultant les questions qu’ils lui posaient et qu’elle a notées tout au long des années: «Est-ce que les oeufs des papas ont des coquilles?» (classe de cinquième). «Au bout de quels gestes la femme est-elle enceinte ?» (classe de troisième). «Y a-t-il une cérémonie du passage de la graine entre les parents ?» (classe de sixième). Aujourd’hui, les questions, nettement plus hard core, la feraient presque rougir. Florilège d’une classe de CM 2 (écoliers qui ont 10 ans environ): «Que veut dire enculer?» «Combien y a-t-il de positions dans le Kama-sutra?» «Qu’est-ce qu’une bouche à pipes?» «C’est affreux, déplore la vieille dame de 88 ans. Et cela tient essentiellement aux films X.»

        Alors soyez aimable d’assumer vos occupations en adulte mais ne venez pas nous prétendre que la pornographie soit pédagogique pour les jeunes. C’est grotesque.

  • La propsition de nisand : des amendes de plusieurs millions d’euros aux fournisseurs d’acces mobile ou fixes qui ne mettraient pas en place les verifications necessaires (carte bancaire) est la meilleure manieres de susciter la creativite technique!
    Ce sont des acteurs economiques qui raisonnent tres bien et tres vite . Une loi assez simple peut etre ecrite en 10 jours : et si vous Erwan, vous reunissiez les juristes pour lecrire et la promouvoir ? Je pense qu’il peut y avoir du monde pour financer et appuyer non?

    Répondre
  • Le porno coupable des violences sexuelles comme les jeux vidéos responsables des tueries de masse, on connaît la rengaine.
    Mais au fond, pour être juste, vous ne parlez pas de causation, même si vous vos insinuations sont claires comme le cristal, juste de corrélation…qui justifierait la fin du porno. Bonne idée, une autre pourrait être soumise.
    Les pays dans lesquels les habitants s’entretuent le plus (Salvador, Honduras, Venezuela, Sierra Leone, Jamaïque, Guatémala..) ont comme particularité commune d’être les pays parmi les plus croyants au monde, alors que les pays dans lesquels le respect des autres est le plus fort (Pays Nordiques, Japon) sont les pays parmi où la croyance en Dieu est la plus faible. Alors, joignez-vous à moi, et interdisons la Bible et le Coran…vecteur évident de violence dans le monde d’aujourd’hui…comme d’hier d’ailleurs.
    Un troll moi? Pas tant que ça car il vous sera bien difficile de prouver que la Bible ait été un vecteur de paix dans l’histoire.

    Répondre
    • qui justifierait la fin du porno.

      L’article est bref et pas bien compliqué, je suis sûr que vous le comprendrez à la deuxième lecture.

      Un troll moi ?

      Si l’idée vous a spontanément traversé l’esprit, il faut y voir un signe. Je vous laisse voir ça délibérer avec votre conscience, du coup.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.