En notre humanité

Par quel détour, alors que l’on célèbre l’innocent et divin enfant, le chroniqueur en peine d’esprit de Noël trouve-t-il une lumière dans l’évolution du porno ?

Il n’y a rien d’heureux dans la longue enquête en quatre volets que Le Monde a publiée la semaine dernière. Peu d’espérance dans la vase. Il y a des hommes qui trompent, exploitent, humilient, violent, broient pour produire des vidéos pornos toujours plus extrêmes, des hommes qui font chanter et extorquent ensuite, quand les femmes essaient d’obtenir le retrait des vidéos de leurs souffrances.

Il n’y a guère de lumière dans le témoignage de Billie Eilish, jeune chanteuse américaine qui a confié, le 13 décembre dernier, avoir regardé tant de vidéos pornos dès l’âge de 11 ans, comme tant et trop d’enfants du même âge, que « cela a vraiment détruit [mon] cerveau » et l’a conduite à accepter des pratiques qu’elle ne voulait pas réellement, croyant que ça l’attirait. Faudrait-il se réjouir qu’un site pornographique comme Jacquie et Michel, mis en cause dans l’enquête du Monde et parce qu’il est sous le coup d’une enquête judiciaire pour viol et proxénétisme, ait décidé pour survivre de mettre en place un système de filtrage pour les mineurs ?

Malgré tout, oui. Car cette société dont les évolutions trop souvent nous tourmentent est peut-être en train de connaître un basculement. Le système restrictif mis en place par le site précité correspond à ce que l’on réclamait en vain depuis plus de 10 ans, ne rencontrant qu’indifférence ou commisération pour un prétendu moralisme. Ce système, My18Pass, dédié à toutes les activités réservées aux adultes, exige soit la preuve de sa majorité par la production d’un document d’identité soit la réalisation d’une transaction d’un montant minime, nécessitant l’usage d’une carte bancaire. Certes rien de strictement incontournable, mais un frein conséquent à l’accès spontané par les mineurs.

Il y a matière à se réjouir qu’une chanteuse populaire témoigne publiquement des dégâts provoqués chez les enfants. On peut apprécier qu’un journal aussi influent que Le Monde balaie la peur du puritanisme en se rendant à l’évidence.

Et l’on peut trouver de la lumière dans le fait que cette société se résolve enfin à la cohérence, elle qui affiche la défense de l’enfant et le respect des femmes, mais reste trop impassible face à leur négation publique. Comme un passage de témoin entre le XXe siècle finissant et celui qui débute.

Chronique du 11 avril 2022

Photo by Ralston Smith on Unsplash

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Un commentaire

  • La pornographie détruit les hommes aussi. C’est l’humanité qu’elle détruit. Femmes et enfants y sont plus exploités. Mais les hommes y sont irrémédiablement détruits eux-aussi.

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