Polanski : 217ème jour de détention

C’est une très belle Une. Il fallait être à la hauteur du client. Pour un réalisateur exceptionnel, on ne pouvait imaginer une photo banale. La mise en scène devait être à la hauteur. Elle l’est. Polanski nous regarde un peu de côté, sans trop d’assurance. L’homme apparaît amaigri. L’éclairage creuse les ombres, que la retouche vient appuyer. Par les tons choisis, on visualise un bouge quelconque, endroit triste et glauque. C’est assez injuste avec la riante station de Gstaad mais, allez, personne n’aime être restreint dans ses mouvements.

Belle Une, décidément.

L’effet est parfait, il est réussi : c’est « Polanski, 217ème jour de détention ». Et en plus, il nous envoie une preuve de vie.

Polanski nous livre sa version des faits. C’est son droit. Il veut s’adresser « directement à [n]ous sans intermédiaires et avec [s]es propres mots ». C’est gentil. On peut donc lui répondre, avec nos propres mots. Et lui dire qu’il n’est guère convaincant.

Lui dire qu’il commence bien mal sa lettre, lorsqu’il nous jure qu’il « demande seulement d’être traité comme tout le monde ». S’il était traité comme tout le monde, Polanski, il ne ferait pas la Une de Libération1, il n’aurait pas échappé pendant trente ans à la justice américaine, il n’aurait pas bénéficié de la défense d’un ministre, du milieu médiatique, et de leur longue complaisance face à un acte abject.

Parce qu’il n’est pas « comme tout le monde », il a bénéficié d’un traitement exceptionnel pendant de longues années. Aujourd’hui, il doit certes être traité avec une parfaite justice mais, puisqu’il s’adresse à l’opinion publique, qu’il sache qu’il y a peu de chances qu’elle s’émeuve de son traitement actuel.

Hardiment,  Polanski déclare également :

« je ne peux plus me taire car la victime a été déboutée par la Cour de Californie dans sa énième demande d’arrêter, une fois pour toutes, les poursuites à mon égard et pour cesser d’être harcelée chaque fois que l’on reparle de cette affaire »

Polanski peut-il décemment se faire le porte-parole de sa victime ? Cette victime qu’il a sodomisée, à l’âge de 13 ans, après l’avoir droguée ? Cette victime dont on veut nous convaincre qu’elle a passé l’éponge, mais qui déclarait en 2005 que Roman Polanski était « a very arrogant, self-important, creepy old man » (un vieil homme très arrogant, imbu de lui-même et effrayant), qui lui a « pris son innocence » et qui n’imaginait probablement qu’on puisse se refuser à lui. Son comportement procédural n’est peut-être pas des plus cohérents avec ce propos, mais comment exclure qu’entre le pardon et le fait de ne pas souhaiter voir encore cet épisode exposé publiquement, ce ne soit pas cette dernière considération qui explique ses demandes d’arrêt des poursuites ?

Polanski, secondé en cela par Bernard Henri-Lévy, évoque encore un procureur avide de médias. C’est possible, et ce serait  condamnable. Mais ce n’est pas ce procureur qui a fait durer la procédure. Et on lui rappellera que nombreux (et notamment son avocat) étaient ceux qui considéraient que les Etats-Unis ne faisaient qu’estimer que force doit rester à la loi, qu’il devait au moins se présenter à la Justice, et que son arrestation pouvait finalement être « son chemin vers la liberté« .

Polanski soutient encore qu’il a purgé sa peine. Procéduralement, cela peut éventuellement se discuter. Mais s’il prend à témoin l’opinion publique, qu’il comprenne que 44 jours de détention et un chèque ne lui paraissent pas précisément suffisants pour avoir violé une fillette.

Polanski se montre ainsi très procédurier. Sa situation personnelle le concerne au premier chef, on peut le comprendre. On peut regretter aussi que, prenant la parole pour la première fois, il ait en revanche omis de consacrer une seule ligne à condamner son acte ou exprimer ses remords.

Et puis, on ne peut pas être insensible à l’ironie de la situation. Il a fallu en effet que ce soit Libération, précisément Libération, qui lui accorde si largement sa Une. Aux Etats-Unis, c’est le New York Times qui publie sa déclaration, « I can remain silent no longer« . Les mêmes qui alimentent une vindicte indifférenciée contre l’Eglise font la défense de Polanski.

Admirez les Unes respectives. Le traitement iconographique déjà, avec ce pape difforme. « Faut-il changer de pape ? » titrait ainsi (et encore) Libération, se trompant manifestement de cible, puisque Benoît XVI est précisément le pape qui agit le plus clairement pour faire la lumière sur ces faits dans l’Eglise.

Sur le fond, il est normal d’attendre autre chose d’un prêtre que d’un réalisateur. Mais, tout de même, selon que vous serez artiste ou prêtre catholique, etc etc. Alors, bien sûr, c’est du mauvais esprit, mais on pouvait déjà se demander si la lutte contre la pédophilie était vraiment la première motivation de Libé (et des autres). Avec cette Une, on se le demande encore.

Lui reprocher son inconséquence serait toutefois injuste : Libération est pleinement cohérente, et sa complaisance d’aujourd’hui fait écho avec celle dont Libé faisait preuve à l’égard des pédophiles, à cette époque révolue où l’on louait dans ses colonnes le « corps désirable » des enfants, où Libé publiait les annonces de lecteurs cherchant des partenaires de 12 à 18 ans, ouvrait ses pages au Front de Libération des Pédophiles, et où Polanski abusait de cette fillette et de son « corps désirable »…

De sorte que de la même manière que Frédéric Mitterrand était précisément le ministre qui aurait dû la boucler à l’automne dernier, Libération est précisément le journal qui aurait dû éviter cette Une.


  1. et d’El Pais, et de la Repubblicca, et de tous les grands journaux suisses []

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d’un titre.

Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire – Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

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58 commentaires

  • Dans la presse et à la radio les journalistes prennnent soin de ne pas utiliser le mot « viol ». On touche presque le mensonge par ommission. Ce qui permet de faire avaler la pilule au lecteur supposé distrait: par exemple une petite apologie du cinéaste, crédité de « non-conformisme ». L’embêtant, c’est que les prisons sont pleines de ce genre de libres penseurs. Avant même que la justice ne rattrape Polanski, un journaliste de Télérama s’était livré à cet exercice périlleux – et moralement dégoûtant.

  • Suzanne1 a écrit:

    J’aime bien la chemise gris bleuté qui évoque un uniforme de bagnard.

    Tout est réfléchi, ce qui n’est pas illégitime en soi. Il est évident qu’il s’agit d’expliquer que non, Roman n’est pas en villégiature à Gstaadt. Mais je ne suis pas sûr qu’ils n’en aient pas un peu trop fait.

    Blaise a écrit:

    Donc Polanski va pouvoir être jugé? le délai de prescription n’est pas encore dépassé?

    Il semble que non. Une prescription, ça peut s’interrompre, notamment par des actes d’instruction. Sans avoir mis mon nez précisément là-dedans, c’est certainement ce qui s’est produit.

    Blaise a écrit:

    Dans la presse et à la radio les journalistes prennnent soin de ne pas utiliser le mot « viol ». On touche presque le mensonge par ommission.

    Oui, ce qui fait que, moi aussi, j’ai toujours pensé, jusqu’en septembre dernier, que ces américains pudibonds lui reprochaient une histoire de détournement de mineure. La description des faits que l’on a pu lire dans la déposition de la victime est bien différente. Ceux qui savaient ont eu un comportement détestable.

  • Mitterrand le carbonisé vient de dire… qu’il ne dirait rien pour ne pas nuire à son ami.

    Que ne l’a-t-il fait plus tôt !

    Pour la photo de SG prise par RP, vous avez utilisé la plus répandue. Il existe toute un planche contact (je n’ai malheureusement pas le lien) d’où elle vient) où on voit nettement plus que c’est un enfant, et surtout, où elle ne sourit pas. Elles sont terribles pour, non, contre Polanski, qui disait alors avoir été fasciné par la pureté de S : c’est surtout ça que l’on voit, pas la Lolita racoleuse que BHL et sa bande ont décrit.

    Les voleurs de bijoux sont eux aussi fascinés par ces objets…

  • PMB a écrit:

    Elle donne tout éclairage nécessaire à ceux qui contestent le caractère sordide de l’affaire, mais aide aussi à comprendre que SG n’ait plus envie qu’on en reparle : cette justice, dans son formalisme, a des élégances de bulldozer.

    En effet. On peut comprendre qu’elle n’ait pas envie qu’on en reparle, et qu’elle aimerait peut-être que l’on cesse de rappeler son viol.

    *

    Tiens sinon, j’observe un regrettable bug chez Libé : la lettre de Roman Polanski ne reçoit aucun commentaire à cette heure. Apparemment, c’est le seul article qui bugge. Dommage, pour une lettre ouverte qu' »il destine à l’opinion publique« .

  • Merci Koz pour ce billet. Nous sommes nombreux à suivre l’affaire Polanski. La une de Libé est effectivement très partisane. Que n’ont-ils montré la photo de la pauvre victime ?
    J’enrage.

  • Non, il était artiste et protégé en tant que tel par tout le petit monde culturel. Comme quoi, voyez-vous, il n’y a pas besoin d’être structuré pour qu’une défense de groupe s’opère.

    Mais comme je perçois un léger sous-entendu dans votre question ingénue, je vous invite à voir si, dans les billets que j’ai consacrés aux affaires de pédophilie dans l’Eglise, j’ai défendu les prêtres pédophiles ou l’épiscopat complaisant.

    Libé avait le choix : complaisant avec tout le monde ou rigoureux avec tous. Mais il semble que l’intérêt de l’enfant ne prévale pas de façon automatique.

  • j’ai lu la lettre de Polanski ce matin et j’ai trouvé ça faible.
    je reste surtout choqué des soutiens qui se manifestent.
    nombreux sont ceux qui auraient dû se taire.

  • Assez d’accord avec toi Koz, la paille/la poutre s’appliquent à tous, et Libé s’érigeant de plus en plus en donneur de leçons (ce qui est paradoxal, même si c’est un syndrome qui les dépasse, qui vient à mon sens d’une gauche en perte de repères, où les rigoristes prennent donc la voix) je trouve assez logique de leur renvoyer leurs incohérences dans les dents…

    Autant j’accepte les erreurs des hommes qui ne prétendent rien, autant je ne tolère pas d’écarts et d’incohérences de la part des donneurs de leçons. Ce soutien de Libé me choque, de la même manière que l’attitude de certains prêtres, qui ont caché la vérité pendant des années.

    Si un peu plus d’humilité puisse ressortir de tout cela, que les uns et les autres se placent moins au dessus de la mélée… et laissent les gens libres de vivre leur vie tant que cela respecte la liberté d’autrui !

    Tiens je sens que je vais me relire « Par delà le bien et le mal » de mon ami Nietzsche.

  • Disons que les scandales, en matière de moeurs notamment, sont considérablement amplifiés par l’écart entre le discours de surface et les actes réels. Ainsi les affaires d’adultère ou d’homosexualité cachée aux US ne sont qu’anecdotes, sauf lorsque ce sont « Mr Propre » Spitzer ou le révérend Ted Haggard qui s’en rendent coupables. Quelle que soit l’ignominie des actes commis, je ne suis pas sûr que « l’incohérence » de la ligne éditoriale de Libé soit ici un reproche solide.

  • @ Gemini
    Vous dites « Autant j’accepte les erreurs des hommes qui ne prétendent rien, autant je ne tolère pas d’écarts et d’incohérences de la part des donneurs de leçons. »

    Ainsi, pour faire disparaître l’incohérence entre nos intentions et nos actions, il vaudrait mieux abandonner toute intention ?
    ok pour l’humilité, ok pour l’application des valeurs que l’on prône. Mais l’abandon des valeurs pour plus de cohérence…

  • C’est donc dû à son américanocentrisme, son hypersensibilité à la culture US ? C’est osé, comme interprétation, mais ça se tient. Enfin, ça se tiendrait si les Etats-Unis n’étaient pas, aussi, le pays qui poursuit un employeur pour une blague leste.

    Gemini a écrit:

    Assez d’accord avec toi Koz, la paille/la poutre s’appliquent à tous, et Libé s’érigeant de plus en plus en donneur de leçons (ce qui est paradoxal, même si c’est un syndrome qui les dépasse, qui vient à mon sens d’une gauche en perte de repères, où les rigoristes prennent donc la voix) je trouve assez logique de leur renvoyer leurs incohérences dans les dents

    A vrai dire, ils ne sont pas spécialement rigoristes. Les leçons, ils ne les donnent que parce que cela s’adresse à l’Eglise et que c’est toujours ça de gagné. Et ils lui demandent d’assumer sa responsabilité pour des faits généralement vieux de dizaines d’années. Dans le même temps, on lira que l’affaire Polanski est « une vieille affaire ».

    @ Louve: même si ça peut paraître difficile à entendre, je suis assez d’accord avec vous. Il ne faut pas attendre d’être parfaits pour se permettre d’avoir des principes. Et même si nous commettons tous des écarts – petits ou grands – par rapport aux principes que nous nous fixons, ce n’est pas pour autant qu’il faut les abandonner, ni renoncer à soutenir qu’ils sont bons. [Vous ai-je bien comprise, au fait ?]

  • @ Koz: l’agression sexuelle sur mineur est un crime fédéral prévu par l’article 18 U.S.C. 3299 et pour lequel il n’y a pas de prescription.

  • L’absence de prescription pour ce genre de crimes constitue le socle d’un raisonnement qui n’a rien de moderne. Bien au contraire. A cet égard, il est piquant d’observer que le Conseil de l’Europe gesticule frénétiquement pour aboutir à l’abolition de la fessée alors que de l’autre côté de l’Atlantique, dans le même temps, le peuple américain continue de croire que l’acte perpétré par Polanski ne mérite pas d’être prescrit dans la mesure où il constitue, justement, un crime contre l’humanité. De là à dire que les progressistes sont d’ineffables crétins…il n’y a qu’un pas !

  • @ American Lawyer :

    Dans son billet de septembre dernier,

    http://www.maitre-eolas.fr/post/2009/09/29/Quelques-mots-sur-l-affaire-Polanski

    Eolas évoquait, lui, une prescription prévue par le droit californien, mais interrompue par l’action de la justice, notamment le renouvellement du mandat d’arrêt international en 2005.

    Relire ce billet peut d’ailleurs être utile pour être au clair sur la situation juridique.

    Quant au traitement médiatique, il est effectivement sidérant. Cela prouve hélas qu’on est bien loin de s’intéresser pour de vrai à la question des abus sexuels sur mineurs et aux moyens de les réduire. Qui a vu passer un dossier sur la question ? La presse est vraiment bien malade.

  • Le doute m’habite Flam. Mais vous avez raison. Après m’être replongé dans l’affaire, je constate que Polanski n’a pas été inculpé de crime fédéral, mais de « state crime » seulement, chose dont je n’étais pas sûr. All my apologies gentlemen…

    Petite précision juridique pour éclaircir tout cela. Le viol a eu lieu dans la maison de Jack Nicholson en Californie. C’est donc un « state crime » et les fédéraux n’ont pas à mettre leur nez là-dedans. Cela eut été différent si Polanski, était arrivé à, disons, New York, avait emmené la fille en Californie dans son beau jet privé, et l’avait consommée dans la maison de Jack. Dans ce second scénario, les tribunaux fédéraux eurent été compétents en vertu de la « commerce clause » de la Constitution Fédérale mais également de la « Supremacy Clause » de la même constitution.

    Once again…All my apologies gentlemen…

  • @Louve @Koz
    «Et même si nous commettons tous des écarts – petits ou grands – par rapport aux principes que nous nous fixons, ce n’est pas pour autant qu’il faut les abandonner, ni renoncer à soutenir qu’ils sont bons.»
    Je suis d’accord avec ça.

    Je me suis peut etre mal exprimé, mais j’ai pourtant voulu parler des donneurs de leçons, pas de ceux qui se fixent des objectifs. Où voyez vous que je suggère d’abandonner ses valeurs ? Je n’oserai vous imposer les miennes justement. 🙂

    Là où nous allons diverger, c’est que j’ai une facheuse tendance à considérer les valeurs (d’origine religieuse, culturelle, ‘sociale’ ou autre) comme uniquement personnelles, temporelles, simplicatrices, manquant inévitablement d’une vision plus dense de la réalité qui nous entoure (mais il parait que c’est le mieux qu’on puisse faire de par ce que l’on est intrinsèquement).

    Attention, je ne juge pas, je constate (il suffit d’ouvrir un livre d’histoire, de voir le nombre de religions qu’il existe). Et ça n’est pas un problème, puisqu’apparemment ça donne un sens à la vie de tant de gens. Tant qu’ils y trouvent leur compte par rapport à leur sensibilité, qu’ais-je à dire…

    Le problème commence quand des gens font des leçons aux autres avec leur petite vision personnalisée de l’existence (mais en tant que tel ça peut aller), et en plus transigent avec leurs propres préceptes tout en continuant à faire les moralisateurs. Là je deviens exaspéré…

    Je ne tolère pas les intolérants, j’aurai même tendance à tolérer tous les autres sauf eux. J’exècre ceux qui pensent que leurs valeurs valent mieux que celles des voisins, et nient les différences qu’il existe dans notre espèce, à tous les niveaux.

    Alors effectivement, ceux qui ne s’imposent pas un carcan vivent moins stressés, et à mon sens plus heureux . Mais Koz, Louve, vous n’etes pas sans savoir que l’ « on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. »

  • Cela me gène que les chrétiens apparaissent trop souvent dans les médias comme des donneurs de leçons de morale.

    Car Jésus a dit « que celui qui na jamais pécher jette la première pierre ».

    Vis-à-vis de Polanski, la seule chose que je lui souhaite c’est du courage et d’aller se présenter devant ses juges.

  • @Gemini

    Mais l’intolérance à l’égard des « donneurs de leçons » est certainement la forme d’intolérance la plus répandue dans notre société post-moderne :-).

    Au moment on l’on prone la cohérence comme valeur fondamentale, il y en aurait une assez énorme, d’incohérence, d’appartenir à une religion à vocation universelle, et à ne pas être un tant soit peu « donneur de leçons ». Désolé, mais la place clé du prochain dans le discours chrétien exclut la conception de la tolérance largement teintée d’indifférence à l’autre que vous nous présentez.

    On n’en sortira pas, vous voyez. Pas en tout cas sans introduire les notions d’humilité et de péché racheté par le Christ, toutes deux centrales dans la religion chrétienne. Ou comment partir du constat que nous sommes tous pécheurs (cinéastes géniaux et prêtres catholiques inclus), et vouloir en faire sortir l’humanité par le haut. Plutôt que par un nivellement par le bas, ou une indignité mutuelle serait la justification d’une complaisance envers la faute de chacun.

  • @ Vivien et Gemini:

    Ma position est assez proche de celle de gemini: je n’aime pas les donneurs de leçons, mais ce n’est pas pour autant que les valeurs ne valent que pour soit!!!
    Pour moi, il existe des valeurs universelles, valables pour tous, qui existent pour de bonnes raisons; on a parfaitement le droit de s’exprimer sur ses valeurs, d’appeler les autres à les adopter, mais à condition de donner les raisons de les adopter et de leur laisser le CHOIX de le faire ou non.

    Quant à cette affaire, c’est un désohneur de plus pour Libération et le système médiatique français.
    C’est triste à dire, mais je me demande s’ils en sont à ça près… mis à part Marianne qui au moins sur son site accepte de temps en temps de laisser s’exprimer qqn qui a une opinion différente de la sienne… (je sais Koz, tu trouve que ça ne les disculpe pas vraiment, pacre que c’est juste un contributeur qui a fait ça, mais je le note qd même: même ça c’est tellement rare…

  • @ Panouf

    Vous dites : « Pour moi, il existe des valeurs universelles, valables pour tous, qui existent pour de bonnes raisons; on a parfaitement le droit de s’exprimer sur ses valeurs, d’appeler les autres à les adopter, mais à condition de donner les raisons de les adopter et de leur laisser le CHOIX de le faire ou non. »

    Oui, en même temps, le choix n’est pas toujours laissé par l’Etat qui, sur la base de valeurs qui font compromis, pénalise ceux qui ne les suivent pas.

  • @ Louve: bien entendu!!
    Je me plaçais ici à un niveau personnel au sens de personnes privées (et je considère que Libération en est une, et que donc ces règles s’appliquent pour elles).
    Par ailleurs, il est évident pour moi que l’appel à suivre ses valeurs doit etre limité par l’incitation au crime (mis à part une loi injuste, qui est quand même un cas de pays totalitaire…)

  • Cette lettre de Polanski dans les journaux est ridicule. Je me demande qui a eu cette idée. A part un microcosme people et bobo, l’opinion publique ne va pas se mobiliser pour Polanski.

    Peut-être qu’il y a quelques dysfonctionnements de la justice américaine dans cette affaire, mais croire que l’opinion publique va éviter l’extradition de Polanski aux Etats Unis est totalement illusoire. Même les trafiquants de drogue avec leur millions et leur pouvoir de corruption sont incapables d’éviter les extraditions et les condamnations aux EU.

    La Justice doit suivre son cours. Si Polanski a déjà purgé sa peine, il n’a rien à ce reprocher et ne devrait pas ne pas vouloir y aller. Pour éviter l’hystérie médiatique ? Alors pourquoi publie-t-il cet appel mélodramatique dans la presse ?

    En fait, je suis d’accord avec ce billet.

  • Quelqu’un est-il tombé sur un site où les commentateurs soutiennent majoritairement la démarche de Polanski ? J’ai l’impression qu’il s’est complètement mépris sur les réactions que susciterait sa lettre. Même FM a choisi de se taire !

  • Extrêmement désagréable, cette lettre de Polanski.

    Déjà, ce qui est étonnant, est qu’il soit impossible pour les lecteurs – abonnés ou non – de poster leur réaction. Polanski peut cracher sa liste de justifications sans jamais faire face à des contradicteurs. Pourtant, sur des sujets aussi graves, empêcher ainsi le public de s’exprimer est choquant.

    Ensuite, « Je ne peux plus me taire »: de tels mots conviendraient mieux une victime qui se saisirait enfin de la parole confisquée. Eh ben non! c’est celui-là même qui a fait subir des sévices sexuels à une fille de 13 ans qui vient se plaindre, et qui voudrait qu’on s’appitoie sur son sort!! il préfère réserver ses larmes pour lui-même. C’est à ça qu’on reconnaît les salauds : ils osent tout.

    D’un bout à l’autre de ce manifeste pitoyable, il ne parle que de lui, tout ne se rapporte qu’à lui; il est le soleil. Puisque les seuls intérêts pris en compte ne sont autres que les siens propres.

  • Sur le blog de BHL, La règle du jeu, il est possible de poster un commentaire. Il y en a plus de 300. Ca ne m’intéresse pas de les lire. J’ai lu dans une interview de BHL dans un journal suisse que BHL a dû bloquer un certain nombre de commentaires qui étaient d’une « extrême violence ».

    Si j’ai bien compris, le but de ce texte est pour que l’opinion publique fasse pression de sorte que la Suisse n’extrade pas Polanski. En tout cas, en ce qui concerne le public suisse, il ne risque pas de s’émouvoir pour le sort de Polanski. Il n’y a pas longtemps le peuple suisse a voté par référendum de supprimer toute prescription pour les crimes pédophiles. On ne peut pas qualifier le viol de la fille de 13 ans par Polanski strictement comme un crime pédophile, mais pour le public, ça revient au même.

    http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/la-suisse-supprime-toute-48197

  • Bonjour,

    J’ai été choqué par cette lettre de Roman Polanski, très bien décryptée ici par Koz. Il fallait oser ! Me suis-je dit. Quel culot. Pas un mot de remord, pas une parole responsable, mais seulement le cri à l’injustice. Donc si j’ai les moyens d’aller vivre luxueusement dans un autre pays plutôt que de faire de la prison dans le mien, je pourrais payer ma dette à la société en allant me faire dorer la pilule ailleurs ? Quelle justice !

    Et puis je suis choqué aussi par la complaisance médiatique sur ce cas. Je l’entendais encore hier soir sur France Info, c’est hallucinant. Le pauvre persécuté. Oh, je ne nie pas qu’il le soit. Mais bon sang, il est entièrement responsable de cette situation ! Par son crime d’abord, et par sa fuite ensuite.

    Ceci m’a conduit à revenir sur une chose particulière qui concerne plus la doctrine chrétienne. Celle selon laquelle nous jugeons les actes et non les personnes. C’est toujours très difficile à expliquer. On le voit quand on parle de la position de l’Eglise sur l’homosexualité par exemple. Vous dites à quelqu’un : ce n’est pas toi qui est jugé, mais tes actes et tes comportements, et il vous répondra en substance : « ouais, c’est ça ouais ! ». Mais c’est évident ! On le voit ces derniers temps : sur le plan médiatique et social, la pédophilie est à l’ordre du jour depuis des mois, et pas une seule fois on a vraiment porté un jugement sur les actes de pédophilie. On porte un jugement sur les personnes, systématiquement. Et c’est pourquoi on fait un certain cas des prêtres, un autre des footballeurs et des réalisateurs.

    Une icône de l’hédonisme est dédouanée, quand l’icône de la morale est clouée au pilori. Doit-on en déduire que la pédophilie est à ce point cohérente avec un certain hédonisme mondain qu’il faudrait la défendre pour le défendre ? Condamner un footballeur de haut niveau (pauvre victime d’une manipulation) ou un réalisateur à succès (pauvre victime de l’acharnement judiciaire) ne serait-ce pas prendre le risque de jeter l’opprobre sur notre culte du plaisir ?

    D’un autre côté, ça me rappelle un certain enseignement disant : vous serez jugé de la mesure dont vous jugez. Bon, et bien là, ça se vérifie assez il me semble. Nos stars n’ayant publiquement aucun parti pris moral, sinon celui d’exacerber nos fantasmes, sont largement dédouanées. Nos prêtres qui portent par leur fonction une haute responsabilité morale pour eux et pour les autres sont jugés à hauteur de cette morale.

  • je suis d’accord qu’il faille le juger .Il n’a cependant pas récidivé 30 ans plus tard .Par ailleurs je ne suis pas sûr si elle avait été ma fille que je l’aurais laissé dans les mains d’une bande de drogués et de pervertis . Le juge devra prendre en compte ces éléments . Donc c’est à la fois simple et complexe

  • Bien vu, surtout pour le traitement horriblement partisan de Libération, ce canard cher aux bobos. Déjà le père Di Falco dans son livre sur les relations de l’Eglise avec les medias le signalait comme le plus anti-cléricale (bien plus sectaire que l’Humanité !)
    N…

  • @azerty

    L’absence de récidive, soit.
    L’absence (visible) de tout repentir ou excuses à l’égard de la victime, ca pèse aussi son poids.

    Je ne vois pas en quoi le juge doit tenir compte de l’attitude de la mère. L’excuse du « elle l’a un peu cherché » (ici c’est même pas « elle », c’est sa mère), c’est l’excuse préférée des violeurs depuis quelques millénaires, il est temps que ça arrête de marcher.

    Donc oui, peut être que cette affaire est « à la fois simple et complexe », mais pas forcément plus que n’importe quelle affaire de moeurs. Et ca devient déjà nettement plus simple quand on arrête de pinailler juste parce que c’est Polanski.

    Enfin il y a des gens dont c’est le métier de démeler ce genre d’affaire plus ou moins complexe : ca s’appelle des juges. Si Polanski a une « affaire complexe » sur le dos, il serait peut être temps qu’il accepte d’en voir un.

  • azerty écrit: dans les mains d’une bande de drogués et de pervertis

    « des pervers », qui l’ont peut-être pervertie, serait plus juste.

    Oscar Wilde a écrit: « La perversité est un mythe inventé par les bonnes gens pour expliquer l’étrange attrait « des autres ». »

  • Et oui, c’est bizarre, Liberation n’accepte pas (ou plus?) les commentaires sur ce texte. Se sentiraient-ils mal à l’aise de lui offrir une telle tribune sans recul aucun? Auraient-ils peur des réactions justement? Et pas seulement vis à vis de leurs incohérences… D’ailleurs, Libé est-il encore un journal ou un organe de propagande ?

  • @ azerty

    Encore heureux que Polanski n’ait pas récidivé!

    Mais je ne vois pas pourquoi la mère aurait dû se méfier. La force des criminels c’est justement de capter la confiance de leur victime et/ou de ses proches. Ils avancent masqués. Ainsi, le P. Maciel : ceux qu’il abusait, enfants et adultes, garçons et femmes, étaient persuadés qu’ils avaient affaire à un saint. On atteint ici le génie dans le mal!

    Polanski a été manipulateur dès le début. Lorsque Samantha Gailay a accepté de poser pour lui, elle ne savait pas que cela impliquerait des séances de déshabillage; et le premier jour, mal à l’aise, elle a dit à sa mère qu’elle ne voulait plus continuer. Mais elle n’a pas eu la force de s’opposer à la volonté du cinéaste. Qu’on ne la présente donc pas comme une garce, c’est totalement faux. Et injurieux.

    Après Koz, je vous renvoie à mon tour à la déposition :

    http://www.haoui.net/newsletter/2009/Octobre13/exclusif/SamanthaTranscripts.pdf

  • C’est monstrueux. Sur le blog de Bernard-Henri Lévy, un intervenant prétend que la fille n’a pas été violée mais qu’elle était consentante. Et tous les autres commentaires présentent Polanski comme une victime!

    Le jour du viol, il lui a pourtant administré une drogue; ce même jour elle rapporte que c’est bien lui qui lui a imposé des attouchements et plusieurs rapports sexuels. Et qu’elle avait peur de lui. Mais prétendument elle aurait été consentante!

    Il l’a séquestrée aussi, refusant de la ramener chez elle tant qu’il n’aurait pas entièrement satisfait sa libido. Il a voulu encore l’empêcher de parler : – il n’avait pas la conscience tranquille.

    Et bien sûr, M. Lévy laisse dire, ne corrige pas, et doit – je le crains – censurer abondamment. Lui et ses complices aimeraient bien, on le voit, instaurer une justice à deux vitesses, avec un traitement de faveur pour l’élite. Je croyais pourtant que M. Lévy était un libéral? normalement, un libéral ne connaît que des individus désincarnés, interchangeables. Pourquoi dans ce cas Polanski devrait-il échapper à la justice commune?

  • A la réflexion, je me suis trompé de blog. Mais je suis excusable: celui où j’ai atterri était entièrement consacré à Bernard-Henri Lévy. Et comme ce philosophe n’est pas pour moi une référence…

  • Quand j’observe de loin cette triste histoire, je vois quoi :

    Une corporation influente (intellectuels, cinéastes) qui essaye de défendre l’un de ses membres accusé d’un acte pédophile commis trente ans avant. Et qui tente de le soustraire à la justice des hommes.

    C’est marrant, cela m’évoque d’autres histoires…

  • Et dans la série des ahurissants, on demande Milan Kundera pour qui c’est tout simplement l’Europe qui se joue à Gstaadt.

    Si l’Europe est encore Europe, si elle est encore héritière de sa propre culture, elle ne pourra pas supporter en silence l’absurdité de cette cruelle pantomime qui se joue dans un chalet suisse.

    Il préfère affirmer que la victime a pardonné, ce qui n’est pas le cas (on ne sait pas si Polanski a sollicité son pardon). Et son couplet sur la prison mentale de Polanski est assez odieux : un mot sur la prison mentale de celle qu’on a violé à 13 ans ?

    L’homme accusé est toujours en prison. L’accusation occupe entièrement sa tête, l’empêche de penser à quoi que se soit d’autre, le prive de vie.

    Sa tribune est courte. N’y avait-il pas la place pour envisager comment le viol d’un enfant peut le priver de vie, lui aussi ?

    C’est affolant de voir comme ces messieurs du monde culturel exonère tout au nom des qualités artistiques.

  • La défense de David devant ses juges, après la chute de Robespierre, consistait en ceci : il n’avait arrêté ni condamné aucun de ses confrères. Il oubliait de dire que pour les autres, ceux qui par malheur n’étaient pas artistes, il ne s’était pas aussi compréhensif…

  • Ce qui m’étonne, c’est que des présumés coupables influents qui soutenus par leurs amis arrivent à se soustraire à la justice de hommes, il en est beaucoup et de toutes sortes.

    Des légions de fraudeurs fiscaux, des escrocs de tous poils aux nombreux criminels génocidaires.

    Pourquoi focaliser sur le crime sexuel ?

    • Cherchez un peu, Hervé, vous devriez trouver. Peut-être du côté de cette audacieuse lettre ouverte à l’opinion publique. Ceux que vous citez ont au moins la lucidité de ne pas la prendre à témoin.

  • Un bref rappel d’un non expert en la matière, membre de l’opinion publique, c’est-à-dire moi.

    Polanski a été arrêté le 26 septembre 2009, les Etats-Unis ont déposé une demande formelle d’extradition le 22 octobre 2009 (respectant le délai de 40 jours). Polanski a pu faire valoir son point de vue à l’Office fédéral de la justice (OFJ) lequel autorise ou non son extradition.

    Entre temps, Polanski a été assigné à résidence dans son chalet de Gstaad depuis le 4 décembre 2009 ; il ne peut pas sortir du périmètre de son jardin et a un bracelet électronique. S’il sort de son jardin ou s’il enlève son bracelet, une alarme est déclanchée. Si j’ai bien compris, il n’y a pas de policier posté devant sa porte.

    Entre temps, ses avocats ont fait en sorte pour gagner du temps et ont demandé que RP soit jugé par contumace, ce qui a été refusé par la court de Californie. Il se peut que les avocats soient encore en train de gagner du temps, mais l’OFJ devrait normalement se prononcer sur l’extradition. L’OFJ n’a pas le droit de donner aucune information sur le dossier et ne peut donner de calendrier.

    RP risque une peine de prison de 2 ans. Admettons qu’elle soit de 1 an. Selon le droit américain un jour et demi de prison dorée à Gstaad peut être comptée comme un jour de prison normale. Depuis son arrestation RP a fait 69 jours de prison normale et 157 jours de prison dorée, ce qui correspond à environ 48% d’une année de prison normale (je prends la date d’aujourd’hui et pas celle du billet, et comme Koz, je ne compte pas les 44 jours de prison passées en Californie il y a 33 ans). Pour être quitte d’une année de prison, il devrait encore faire environ 6 mois de prison normale ou 9 mois de prison à Gstaad.

    Allez, disons que ce n’est pas trop dur, surtout s’il arrive a rester à Gstaad le temps que l’OFJ se prononce, le temps qu’il fasse recours au Tribunal pénal fédéral et le temps de faire encore recours en dernière instance au Tribunal fédéral.

    Chaque jour et demi de détention à arroser les edelweiss et regarder les vaches, ça vaut la peine, non?

    Snif, quelqu’un aurait un mouchoir pour essuyer mes larmes ?

  • Kundera se prend une belle volée dans les commentaires.

    Pas grave, personne ne le forcera à les lire.

    Est-il de ces gens qui pensent qu' »il n’est pas de fruit défendu pour les seigneurs de cette terre » ?

  • Sachant que libé exhort… pardon, excuse la pédophilie et les pédophiles la larme à l’oeil

    Sachant que libé deteste Benoît XVI

    C’est que Benoît XVI doit lutter efficacement contre la pédophilie, CQFD.

    A mon avis c’est bien cela la raison de cet acharnement car la décision de mettre l’intérêt et la protection des enfants avant toute autre considération interroge bien au delà de la pédophilie : quel modèle de sexualité la société souhaite-elle réellement donner à ses jeunes? Ce modèle peut-il s’accommoder de l’utilisation de la sexualité comme produit d’appel qu’en font les médias (de la pub axe à la pornographie en passant par Cauet)? Les histoires de pédophilie ne démontrent-elles pas que la relation sexuelle nécessite un niveau de maturité qui n’est pas immédiat?

  • Pingback: Koztoujours » Ils croient défendre Polanski, ils l’accablent

  • Et voilà… Maintenant, il est libéré de cette si cruelle prison qu’était son luxueux chalet… Après avoir entendu tant de personnalités se réjouir, j’ai éprouvé le besoin de relire cet article…
    Merci pour ce blog!

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