Pie XII, Juste parmi les Nations

Si un tel titre ne correspond pas au sentiment général(isé), c’est à tout le moins la conclusion du Rabbin David Dalin dans l’ouvrage qu’il consacre à ce « mythe du Pape d’Hitler ». J’avais retiré de la lecture d’une biographie nuancée de Pie XII par Philippe Chenaux (Pie XII, Diplomate et Pasteur) le sentiment qu’effectivement, Pie XII avait été par trop silencieux, la raison m’en paraissant être sa nature profonde de diplomate, qui aurait été inadaptée aux circonstances.

L’ouvrage de David Dalin m’apporte deux choses : d’une part, j’apprends qu’au-delà de simples silences, certains reprochent à Pie XII d’être antisémite, et même d’avoir une véritable complicité dans l’exécution de la solution finale, d’autre part, j’apprends que l’accusation même d’avoir été silencieux est erronnée.

Je dois toutefois relever que la France me semble relativement épargnée par les excès que l’on peut trouver aux Etats-Unis sur ce thème. A l’exception de quelques auteurs très minoritaires, nul n’impute en effet à Pie XII une part active dans le génocide des juifs. En revanche, pour trouver des ouvrages défendant la mémoire du Pape, il faut se plonger dans les ouvrages anglo-saxons, de sorte que nous nous trouvons en France dans une situation que je qualifierais de « neutralité malveillante ». Or, sur certains sujets, l’ignorance encourage la tiédeur, et la calomnie, aussi peu sérieuse et fondée soit-elle, laisse subsister une pellicule de culpabilité sur la personne souillée. David Dalin espérait que, pour le cinquantenaire de la mort de Pie XII, on lui reconnaisse le titre de « Juste parmi les Nations ». Ce ne sera semble-t-il pas le cas, mais on peut espérer au moins un frémissement de réhabilitation.

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Ce billet étant quelque peu développé, vous trouverez ci-dessous des liens directs aux développements qui suivent. Ceux-ci suivent la progression des chapitres du livre de David Dalin, sauf en ce qui concerne ces derniers chapitres, un peu périphériques par rapport à l’objet de ce billet.

[toc hint= »index » title= »Dans ce billet :  » class= »extra css » style= » »]

Par ailleurs, une version courte est disponible ici, et une version encore plus courte sur Rue89 , ou .

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Questionner les intentions

L’honnêteté commande de questionner d’abord les intentions de David Dalin. Et d’imaginer les moins favorables. On peut tout d’abord relever qu’il consacre un chapitre à relater l’existence non d’un « Pape d’Hitler », mais d’un « Mufti d’Hitler », Hadj Amin al-Husseini. Il déplore, en quelque sorte, que les théories erronées développées à l’encontre de l’Eglise catholique détournent l’attention d’un véritable antisémitisme religieux, l’antisémitisme musulman qui, de fait, trouverait ses racines jusque dans le Coran. On comprend également, autre motivation, que David Dalin entend défendre ce qu’il appelle la « religion traditionnelle » (terme qui n’aurait pas mes faveurs) et les positions qu’adopte l’Eglise sur un certain nombre de sujets de société, auxquelles il adhère lui-même. Ces considérations m’ont amené à vérifier certains des éléments évoqués par David Dalin, l’historien à thèse ayant trop fréquemment la tentation de faire le tri dans les faits.

Une fois ceci exposé, il faut noter qu’en revanche, on questionne peu les intentions des contempteurs de Pie XII. En premier lieu, chronologiquement, on s’intéresse peu aux véritables motivations d’un Rolf Hocchuth, l’auteur de la pièce Le Vicaire, qui lança les accusations de silence de Pie XII. Rolf Hocchuth a récemment rendu hommage au travail de l’auteur négationniste David Irving, le qualifiant de « fabuleux pionnier de l’histoire contemporaine« , d' »homme honorable« , « beaucoup plus sérieux que bien des historiens allemands« , comme le souligne Dalin (et comme en témoigne Assouline). Ceci devrait à tout le moins susciter la perplexité de ceux qui persistent à le citer en référence. De la même manière, cela devrait relativiser l’intérêt porté à l’adaptation de cette fiction par Costa-Gavras, dans son film Amen.

Au-delà de ce cas, David Dalin souligne que, de façon révélatrice, les auteurs des ouvrages les plus virulents contre Pie XII, sont aussi les auteurs d’ouvrages globalement anti-catholiques et/ou très farouchement opposés aux positions de l’Eglise sur nombre de sujets de société. On conçoit alors que leurs charges contre Pie XII ne sont pas « seulement » motivées par le souci scrupuleux de l’historien pour la vérité, mais « également » par la volonté de mettre à mal l’autorité morale dont pourrait bénéficier l’Eglise. On ne s’étonnera pas, en France, de trouver les éditions Golias au premier rang des éditeurs français contre le Vatican. Comme l’écrit David Dalin, il y a là aussi une véritable instrumentalisation de la Shoah qui devrait interroger chacun, et notamment les juifs :

« Quels que soient leur sentiment vis-à-vis du catholicisme, les juifs ont le devoir de rejeter toute polémique qui s’approprie la Shoah pour l’utiliser dans une guerre des progressistes contre l’Eglise catholique. »

Il faut enfin mentionner, pour rester dans ce paragraphe préliminaire, que, contrairement à ce que l’on a pu me répondre ici même, en recevant Gary Krupp, fondateur juif de l’organisation Pave the Way, Benoît XVI n’a pas trouvé « son juif » pour défendre Pie XII.

Il apparaît à la lecture du livre de David Dalin que Benoît XVI pouvait même avoir le choix parmi les auteurs juifs défendant Pie XII. David Dalin cite en effet très majoritairement des auteurs juifs : Cecil Roth, Pinchas Lapide, Livia Rothkirchen, Joseph L. Lichten, Jeno Levai, Michael Tagliacozzo, Richard Breitman ou encore Sir Martin Gilbert…

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Une tradition pontificale de protection des juifs

L’idée d’une tradition d’antijudaïsme dans l’Eglise catholique est tellement fermement enracinée que même un catholique comme moi reçoit avec scepticisme cette thèse de David Dalin. Il semble en effet difficile de nier que certains papes ont pris des décisions qui participaient de la ségrégation des juifs. Il est difficile de nier que la vision d’un « peuple déicide » a été plus que répandue.

Pour autant, David Dalin dresse une longue liste d’interventions pontificales en faveur des juifs et ce, depuis le Moyen-Âge. C’est ainsi que le pape Grégoire Ier (590-604) publia un décret dont les premiers mots étaient « en ce qui concerne les juifs ». Ce fut le premier des décrets intitulés « Sicut Judaeis », destinés à protéger les juifs. Ce premier décret prévoyait que les juifs « ne doivent subir aucune violation de leurs droits […]. Nous interdisons d’avilir les juifs. Nous les autorisons à vivre en tant que Romains et à avoir les pleins droits sur leurs biens« . Ce premier décret fut renouvelée cinq cent ans plus tard par le pape Calixte II (1119-1124). Grégoire X (1271-1276) ajouta au décret une « clause capitale » :

« Toute accusation contre des juifs, fondée sur le seul témoignage de chrétiens est invalide; il faut qu’il y ait aussi des témoins juifs »

Clément VI, par une bulle pontificale du 26 septembre 1348 vint s’opposer aux accusations portées contre les juifs d’être à l’origine de la peste noire, en faisant notamment remarquer que « de toute évidence, les instigateurs supposés du fléau mouraient comme tout le monde« . Boniface IV (1389-1403) accorda la pleine citoyenneté aux juifs de Rome. Martin V (1417-1431) publia trois édits pontificaux de portection des juifs, s’opposant aux conversions forcées, protestant contre la perturbation de leurs rites, rappelant que « les juifs sont, comme tous les hommes, créés à l’image de Dieu« , s’opposant aux franciscains qui « ameutaient les Italiens contre les juifs »1.

David Dalin s’appuie, pour ces développements, sur les travaux de Cecil Roth, prolifique historien juif, professeur à Oxford pendant un quart de siècles, avant d’enseigner en Israël puis aux Etats-Unis. Celui-ci souligne : « aucune des autorités italiennes ne s’est montrée mieux disposée à l’égard des juifs que les papes de la renaissance (…) Bien plus éclairés que leur époque, et tolérants au plus haut degré, ils considéraient même la culture juive comme partie intégrante de cette vie intellectuelle à laquelle ils étaient si passionnément attachés« .

David Dalin poursuit également sur les accusations de meurtre rituel, accusations selon lesquelles les juifs mettaient à mort un enfant chrétien pour leur Pâques, avant d’utiliser son sang pour faire leur pain sans levain… Une telle accusation a servi de base à de nombreuses persécutions contre les juifs. Elle était, parfois, relayée par des prêtres, et non des moindres, ce qui a amené le Saint-Siège à intervenir. Marc Saperstein relève ainsi que chaque fois que « des accusations de crime rituel étaient portées à l’attention des papes du Moyen-Âge, ils les désavouaient systématiquement, affirmant qu’elles étaient sans fondement et incompatibles avec la religion juive« . Enfin, en 1758, le pape Benoît XIV envoya un franciscain, Lorenzo Ganganelli afin d’enquêter en Pologne sur les accusations persistantes de crime rituel. Ganganelli publia un rapport démentant ces accusation, rapport dont l’historien juif précité, Cecil Roth, dit qu’il était « l’un des documents les plus remarquables de largesse d’esprit et d’humanité, de toute l’histoire de l’Eglise catholique, un document dont le peuple Juif chérira toujours la mémoire avec reconnaissance et affection »2.3

David Dalin évoque encore, mais je ne développerai pas, l’affaire Dreyfus, et la position de Léon XIII, tout à fait favorable à Dreyfus.

Pourquoi ces développements ? On peut à tout le moins penser qu’ils viennent fortement atténuer l’idée selon laquelle l’Eglise catholique se caractériserait par son antijudaïsme (à tout le moins au niveau de celui qui détient le premier magistère) et que, par voie de conséquence, il ne faut pas chercher dans une prétendue tradition antisémite ou antijudaïque le ressort moral des actions de Pie XII. Venons-en, précisément, à Pie XII.

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Un Pape ami des juifs

Pour asseoir leurs thèses, certains en sont venus à affirmer qu’enfant, l’un de ses professeurs, parvint à lui inculquer des opinions antisémites qui devaient lui rester… C’est notamment la thèse d’un auteur John Cornwell, qui écrivit un ouvrage à scandale, qui fit lourdement sensation, Le Pape d’Hitler , avant, nous le verrons, mais certains s’évertuent à l’ignorer, de se rétracter4.

David Dalin fait ainsi état de la « Lettre de Munich », de 1919, lettre dans laquelle Pie XII – alors Mgr Pacelli, archevêque et nonce apostolique (ambassadeur) à Munich – reprend le récit, par un autre évêque, de sa réception par les révolutionnaires qui avaient mis en place la République Soviétique de Bavière. Cornwell fait en effet une traduction trompeuse de la lettre, utilisant « le reste » (pour désigner les juifs présents) au lieu de « les premiers« , « bande » au lieu de « groupe » et, encore, « populace » au lieu de « groupe« .

A cet égard, il faut notamment mentionner le procédé utilisé par Cornwell, faisant figurer une photo de Pacelli quittant semble-t-il un rendez-vous avec Adolf Hitler, en couverture de son ouvrage. Or, il est établi que l’archevêque puis cardinal Pacelli, pas davantage que le pape, n’a jamais rencontré Adolf Hitler… et que la photo est tirée d’une visite que le nonce apostolique avait rendu à Hindenburg, en 1927. On appréciera le procédé.

Eugenio Pacelli fut encore l’ami de Guido Mendes, et fut ainsi le premier pape qui, dans sa jeunesse, ait participé à un repas de sabbat chez des juifs. Il fut surtout le rédacteur, pour Pie XI, de la célèbre encyclique Mit Brennender Sorge, condamnant en 1937 le nazisme notamment en ces termes5 :

« Whoever exalts race, or the people, or the State, or a particular form of State, or the depositories of power, or any other fundamental value of the human community – however necessary and honorable be their function in worldly things – whoever raises these notions above their standard value and divinizes them to an idolatrous level, distorts and perverts an order of the world planned and created by God; he is far from the true faith in God and from the concept of life which that faith upholds. »

que je traduirais partiellement et rapidement par :

« Quiconque exalte la race, ou le peuple, ou l’Etat, ou une forme particulière d’Etat, ou les dépositaires du pouvoir, ou tout autre valeur fondamentale de la communauté humaine – quelque nécessaire et honorable soit leur fonction dans les choses du monde – quiconque élève des notions au-dessus de leur valeur normal et les divinise jusqu’à un statut d’idôlatrie, perturbe et pervertit un ordre du monde prévu et créé par Dieu; il est loin de la vraie foi en Dieu et de la conception de la vie que la foi célèbre. »

Secrétaire d’Etat6, le Cardinal Pacelli envoya, le 4 avril 1933, une lettre au nonce à Berlin lui demandant d’avertir le régime hitlérien de ne pas persécuter les juifs. Voici un premier accroc à la thèse selon laquelle Pie XII ne se serait jamais élevé contre ces persécutions. Comme le souligne Dalin, cette lettre intervient dix jours après la loi d’habilitation, qui donnait les pleins pouvoirs à Hitler. Le Père Lieber, qui fut l’assistant du Cardinal Pacelli souligne qu’il est pour le moins « significatif que la première initiative du Saint-Siège vis-à-vis du gouvernement de Berlin concerne les juifs« .

Notons enfin que, lorsque Mussolini reçut Hitler, Pie XI et le cardinal Pacelli refusèrent d’être présent dans Rome en même temps que lui et quittèrent la ville pour Castel Gandolfo.

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In burning words

A lui seul, un document mérite une attention toute particulière. Seulement évoqué parmi d’autres par David Dalin, il me paraît toutefois emblématique, en ce qu’il met à mal (pour le moins) la thèse d’un antisémitisme de Pie XII, celle de son silence, celle de son inaction, celle d’une ignorance du monde à l’égard de ces actions. Grâce à l’aide d’un camarade abonné, j’ai pu retrouver le texte d’un article écrit le 13 mars 1940 par le correspondant au Vatican du New York Times.

Cet article est relatif à une rencontre intervenue ce jour entre Von Ribbentrop et Pie XII. Dalin raconte que Ribbentrop fustigea l’attitude du Saint-Siège, qui se mettait du côté des Alliés, ce à quoi Pie XII réplique en lisant une liste d’atrocités commises par les allemands.

L’existence de cette entrevue est attestée par ce document d’archive du New York Times (cliquez sur l’image), qui mentionne :

« It was also learned today for the first time that the Pontiff, in the burning words he spoke to Herr Von Ribbentropp, about religious persecution, also came to the defense of the Jews in Germany and Poland »

Le 13 mars 1940, alors que, pour prendre un exemple, la France n’est pas encore envahie, le Pape intervient pour la défense des juifs ! Quelle autre autorité, quelle autre « institution », quels représentants de quelle autre religion, quel autre chef d’Etat est-il dont intervenu de la sorte ?

Et l’on ne peut pas prétendre que le monde ignorait la position du Saint-Siège : un tel article est encore surmonté d’un titre, en lettres capitales « LES DROITS DES JUIFS DEFENDUS » !

*

Il condamne le racisme, et soutient les juifs, dès sa première encyclique

On ne peut, de nouveau, que se montrer perplexe devant les accusations de silence (et encore ne mentionnerai-je pas les cas plus connus des messages de Noël 1941 et 1942) lorsque l’on constate que la première encyclique de Pie XII avait pour objet de condamner le racisme, et spécialement l’antisémitisme, et mentionnait expressément les juifs, dans des circonstances dans lesquelles une telle mention était dépourvue d’ambiguïté.

Dans cette encyclique, le Pape Pie XII condamne ainsi clairement le racisme. Il souligne l’unité du genre humain.

« La première de ces pernicieuses erreurs, aujourd’hui largement répandue, est l’oubli de cette loi de
solidarité humaine et de charité, dictée et imposée aussi bien par la communauté d’origine et par l’égalité de la nature raisonnable chez tous les hommes, à quelque peuple qu’ils appartiennent, que par le sacrifice de rédemption offert par Jésus-Christ sur l’autel de la Croix à son Père céleste en faveur de l’humanité pécheresse. »

Il cite plus loin Saint Paul pour rappeler :

« Au milieu des déchirantes oppositions qui divisent la famille humaine, puisse cet acte solennel proclamer à tous Nos fils épars dans le monde que l’esprit, l’enseignement et l’œuvre de l’Église ne pourront jamais être différents de ce que prêchait l’apôtre des nations:  » Revêtez-vous de l’homme nouveau, qui se renouvelle dans la connaissance de Dieu à l’image de celui qui l’a créé; en lui il n’y a plus ni grec ou juif, ni circoncis ou incirconcis; ni barbare ou Scythe, ni esclave ou homme libre: mais le Christ est tout et il est en tous  » (Col., III, 10-11.) « 


Voudrait-on en discuter l’interprétation qu’il faudrait encore ne pas oublier le fait que le new York Times, le 28 octobre 1939, présentait cette encyclique sous le titre : « Le pape condamner les dictateurs, le racisme et ceux qui violent les traités« … et encore le fait qu’un avion allié en largua 88 000 exemplaires au-dessus de l’Allemagne.

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Concordat et excommunication

Des échanges que j’ai pu avoir sur le Net, il ressort que certains reprochent au Pape ce que je n’avais pas même imaginer que l’on puisse lui reprocher : avoir conclu un concordat avec le régime allemand, et ne pas avoir excommunier Hitler.

A l’égard du concordat, Dalin rappelle un premier point qui mérite d’être souligné. Le concordat a été signé sur l’invitation du régime nazi ce qui signifie d’une part que ce n’est pas à l’initiative du Saint-Siège et d’autre part qu’il fallait assumer les conséquences d’un refus. Or, pour rendre ces conséquences plus claires encore, « Hitler avait arrêté quatre-vingt-douze prêtres, perquisitionné les locaux de seize associations pour la jeunesse catholique, et fait fermer neuf publications catholiques, le tout en l’espace de trois semaines » (p. 99).

Il faut surtout souligner qu’un concordat n’est en aucun cas un traité d’amitié, ou une reconnaissance du régime. Pour le souligner, Dalin rappelle que Pie VII avait signé un concordat avec Napoléon, ce qui ne l’empêcha d’en être un critique virulent… au point que Napoléon finit par l’enlever et le séquestrer.

De même, puisque l’on ne peut refaire l’Histoire, Dalin éclaire par un retour sur le passé, le grief sur l’absence d’excommunication. Il souligne en effet que l’excommunication a très fréquemment eu un effet contraire à l’effet escompté. Ainsi lorsque Jean XXI excommunia Louis IV de Bavièe, à une époque où le prestige de la papauté était encore supérieur, celui-ci marcha sur Rome, se couronna lui-même, et fit élire un antipape. Lorsque le pape excommunia Elisabeth I d’Angleterre, il s’ensuivit une séparation définitive de l’Eglise anglicane, et l’exécution de centaines de catholiques. Lorsque le pape excommunia Napoléon, cela n’aboutit qu’à le faire exiler… On sait maintenant que l’enlèvement était dans les projets d’Hitler, de sorte qu’il était plutôt lucide de prendre en compte cette issue possible. Et Marcus Melchior, ancien Grand Rabbin du Danemark affirme que « c’est une erreur de penser que Pie XII aurait pu avoir une quelconque influence sur le cerveau d’un fou« .

La première erreur de l’historien est évidemment l’anachronisme. On peut estimer moralement confortable, en 2008, d’envisager une excommunication, d’autant plus que notre époque se satisfait pleinement des condamnations morales aussi rapidement oubliées que formatées. Il fallait à l’époque envisager les conséquences de ses actes, y compris la possibilité de déclencher de plus graves persécutions, voire que le Pape soit réduit à l’inaction.

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Les juifs sauvés par Pie XII

Il y a encore plus notable. Il ressort en effet des travaux cités par David Dalin que Pie XII a non seulement protesté mais a encore donné des instructions pour que les juifs soient protégés, et lui-même fourni son aide. Car, si Pie XII ne s’est pas lancé dans des actions publiques irréfléchies à l’encontre de Hitler, il s’est exprimé énergiquement et directement dès lors qu’il pensait que sa parole pouvait être efficace, ec qui était spécialement le cas en Hongrie, Roumanie et Slovaquie.

Selon Pinchas Lapide, historien et théologien juif, le rôle de Pie XII « a été déterminant pour sauver au minimum 700 000, si ce n’est 860 000 juifs, d’une mort certain eaux mains des nazis »7.

Michael Tagliacozzo, rescapé de la Shoah ayant été lui-même caché au Vatican, établit que les protestations et actions de Pie XII ont permis de sauver 80% des juifs de Rome. Sir William Gilbert, juif également8, répond, à la question de savoir si « Pie XII serait directement intervenu, « personnellement ou par des représentants », pour sauver des centaines de milliers de juifs (…) :

« Oui […] Des centaines de milliers de juifs [ont été ] sauvés par l’Eglise catholique, sous la conduite et avec le soutien du pape Pie XII […] A mon avis, cette estimation est absolument exacte »

Il faut encore, pour mieux comprendre l’attitude du Saint-Siège, revenir à un fait particulier : lorsque les nazis raflèrent les juifs dans Rome, le Saint-Siège prit favorablement acte du fait qu’ils avaient respecté les lieux, disséminés dans Rome, sous statut d’extraterritorialité. Quiconque lit ceci pourrait être légitimement effaré de voir quelle préoccupation était celle du Vatican. Ce serait négliger le fait que des milliers de juifs étaient cachés précisément dans ces bâtiments, de sorte qu’il était essentiel d’en garantir le respect, actuel et futur.

C’est ainsi que les historiens cités mentionnent qu’il n’existait pas un bâtiment pontifical dans lequel des juifs ne soient protégés. D’après Michael Tagliacozzo, 477 juifs furent recueillis au Vatican même, « 4238 autres trouvèrent refuge dans les nombreux monastères et couvents de Rome« . 3.000 autres furent cachés dans la résidence d’été du Pape, à Castel Gandolfo.9.

David Dalin évoque encore les nombreux exemples d’intellectuels juifs sauvés par Pie XII, lorsque le régime italien édicta ses lois anti-juives. Il mentionne plusieurs cas d’intellectuels rejetés des Universités italiennes et auxquels le Vatican offrit un emploi universitaire, façon aussi de contester radicalement et ostensiblement la politique anti-juive de Mussolini.

Il apparaît également que Pie XII a transmis des instructions personnelles directes pour qu’il soit venu en aide aux juifs. David Dalin mentionne ainsi la découverte récente de deux lettres d’octobre et novembre 1940, rapportée dans un article du Telegraph, « Hitler’s Pope » tried to hel Jews, say documents. Dans la première lettre, le Pape donne instruction à Mgr Palatucci de donner des fonds pour aider les « juifs internés« . La seconde lettre à Palatucci contient un chèque de 10.000 lires pour leur venir en aide. William Doino, qui fait référence sur Pie XII explique :

« Given the dangers then existing and the reluctance of the Church to put such matters in writing, these letters are remarkable. They establish beyond question that Pius XII took a direct, personal interest in helping Jews [and] did so very early on in the war.

« Numerous authors have maintained that there is no credible written evidence that Pius XII himself ever gave direct orders to assist persecuted Jews. Now, we have that evidence. »

« Au vu des dangers existant alors et à la réticence de l’Eglise à évoquer ces sujets par écrit, ces lettres sont eremarquables. Elles établissent au-delà de tout doute que Pie XII prit une part directe et personnelle dans l’assistance aux Juifs, et le fit très tôt dans la guerre.

« De nombreux auteurs ont soutenu qu’il n’y avait aucune preuve écrite crédible que Pie XII lui-même avait donné des ordres directs pour aider les juifs persécutés. Maintenant, nous avons cette preuve. »

David Dalin rapporte également les interventions directes du Pape, ou de Mgr Roncalli, délégué apostolique du Saint-Siège à Istanbul et futur Jean XXIII, pour sauver les juifs de Roumanie, mentionnant ses contacts directs avec le Grand Rabbin de Palestine, Isaac Herzog, pour discuter du sort des  55.000 juifs de Transnistrie. Dalin, citant Pinchas Lapide ou Theodore Lavi, dont les travaux sont des plus clairs sur l’intervention du Vatican, mentionne la lettre que le Grand Rabbin Herzog lui adressa, le 28 février 1944, pour lui exprimer sa gratitude pour :

« les mesures énergiques que vous avez prises et prendrez encore afin de sauver notre malheureux peuple. En cela, vous suivez la tradition, si profondément humaine, du Saint-Siège, et l’inclination des nobles sentiments de votre propre cœur »

David Dalin mentionne encore la lettre du Grand Rabbin de Roumanie, Alexandre Safran, en date du 7 avril 194410 :

« En cette période cruelle, c’est, plus que jamais, avec une respectueuse gratitude, que nos pensées se tournent vers ce qui a été accompli, par le Souverain Pontife, pour les juifs en général, et, par votre Excellence, pour les juifs de Roumanie et de Transnistrie.

Dans les heures les plus difficiles que nous, les juifs de Roumanie, ayons traversées, l’aide généreuse du Saint-Siège, apportée par l’intermédiaire de votre honorable personne fut décisive et salutaire. »

En ce qui concerne la Slovaquie, on citera seulement « l’éminent savant juif français Léon Poliakov :

« C’est à la pression exercée par le Vatican sur Mgr Tiso, chef de l’Etat fantoche slovaque, que l’on doit attribuer l’arrêt des déportations de juifs en Slovaquie, l’été 1942, et, par conséquence, la survie de près de 25% des juifs slovaques »11

En résumé, le rôle joué par Pie XII fut essentiel pour la survie d’enivron vingt mille juifs slovaques »

Au demeurant, l’article cité, de Léon Poliakov mérite d’être consulté. Il relève notamment l’aide personnelle apportée par Pie XII pour payer la « rançon » exigée des juifs de Rome par les nazis et poursuit ainsi :

« and this direct aid, accorded to the persecuted Jews by the Pope in his position as Bishop of Rome, was only the symbolic expression of an activity that spread throughout Europe, encouraging and stimulating the efforts of Catholic churches in almost every country. There is no doubt that secret instructions went out from the Vatican urging the national churches to intervene in favor of the Jews by every possible means. (…) No statistics will ever tell us how many lives were saved by the Church; in any cas, it is certain that a great many of the jewish survivors of the Nazi occupation benefit from its aid at some moment in their odyssey ».

*

*      *

L’Eglise a un magistère moral spécifique, et le monde ne s’y trompe pas. Porter le message du Christ est insuffisant, encore faut-il le vivre. Il est donc légitime que l’on fasse preuve à son endroit d’une exigence particulière, aussi « humaine, trop humaine« , soit-elle.

Pour autant, lorsque l’on prend connaissance des faits établis, des témoignages, émanant de victimes mêmes de la Shoah, et de documents tels que l’article du New York Times, on nepeut que rester interdit face aux procès faits au Pape, et à l’Eglise dans sa globalité. Une fois encore, quelles institutions, quels pays, quelles diplomaties peuvent faire état d’autant de protestations contre les persécutions des juifs ? Et quelles institutions, quels pays, quelles diplomaties ont ainsi caché des juifs, ou contribué activement à leur protection ?

Il paraît ainsi évident que le débat autour de l’attitude de Pie XII durant la seconde guerre mondiale n’est que partiellement un débat historique. C’est un débat politique, social et religieux, dans lequel Pie XII fait l’objet d’une véritable instrumentalisation. Grâce à l’ouverture des archives du Vatican, et à supposer que les travaux favorables à Pie XII fassent l’objet d’une même mise en avant que ceux qui l’attaquent – bien qu’une défense soit toujours moins excitante qu’une attaque – les années à venir devraient voir d’autres revirements comme celui de John Corwell, l’auteur du Pape d’Hitler, et l’un des pires contempteurs de Pie XII. A l’occasion de la sortie d’un nouveau livre, John Corwell a ainsi admis que son ouvrage manquait d’équilibre, et déclaré :

« I would now argue in the light of the debates and evidence following ‘Hitler’s Pope’, that Pius XII had so little scope of action that it is impossible to judge the motives for his silence during the war, while Rome was under the heel of Mussolini and later occupied by the Germans' »

« Je dirais maintenant, à la lumière des débats et des preuves qui ont suivi la publication de « Hitler’s Pope, que Pie XII avait une si faible capacité d’action qu’il est impossible de juger les motivations de son silence durant la guerre, alors que Rome était sous la botte de Mussolini et plus tard occupé par les allemands »

On soulignera toutefois que ce qui lui est impossible ne doit toutefois pas rebuter les lecteurs soucieux de vérité, à la lumière notamment de ce que rapporte notamment David Dalin. Quant à ses partisans, ils se rassureront en constatant que Cornwell reste en forme… Après Pie XII, son dernier livre était cette fois une attaque en règle contre Jean-Paul II.


  1. je cite, là, Dalin []
  2. Roth, The ritual murder libel and the jews, p. 26 []
  3. notons que ceux qui seraient portés à dénier la portée de ce rapport se trouveront en compagnie de catholiques schismatiques déviants qui la dénient tout autant afin de propager encore de nos jours de telles accusations []
  4. l’esprit de l’ouvrage est admirablement retranscrit par la critique qui figure sur la fiche Amazon, pour le vanter : « He meticulously builds his case for the painful conclusion that « Pacelli’s failure to respond to the enormity of the Holocaust was more than a personal failure, it was a failure of the papal office itself and the prevailing culture of Catholicism. » La cible n’est pas spécialement Pie XII. Le but n’est pas particulièrement la vérité historique. La cible finale, c’est l’Eglise. []
  5. que je reprends en anglais, faute d’en disposer en français sur le site du Vatican []
  6. ie Ministre des Affaire Etrangères []
  7. Pinchas Lapide, Last three popes and the Jews, Souvenir P, 1967 []
  8. pardonnez mon insistance mais cela souligne qu’ils n’ont pas un intérêt spécifique à défendre l’Eglise catholique []
  9. Voir également son témoignage donné à l’agence Zenit, que je n’ai retrouvée en format lisible qu’ici []
  10. citée dans Lichten, « A question of judgement : Pius XII and the Jews », p.130 et consultable en ligne sur le site de la Jewish Virtual Library []
  11. Poliakov (Léon), The Vatican and the Jewish Question, Commentary, novembre 1950. []

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125 commentaires

  • Et encore, hein, ne vous plaignez pas : j’avais prévu aussi de résumer un de ses développements sur les témoignages de gratitude donnés à Pie XII après la guerre…

  • un peu développé ? j’ai usée ma molette de souris ! je lirais tout ça à tête reposée, mais en gros je dirais qu’effectivement il y a des correction à faire dans l’appréhension que nous avons de bon nombre de personnages historiques.

  • Si tu prends l’ascenseur, ça a l’air vachement plus court. Sinon, j’ai « chapitré » le billet précisément pour qu’on puisse plus facilement le lire en plusieurs fois. En tout cas, ne passe pas à côté de ça.

    ps : je jure que le bouquin que j’ai résumé est plus long

  • Moi aussi ce sera pour ce soir.
    Mais j’ai quand même un témoignage : en cours d’histoire, par un prof faiseur d’opinion moyenne chez les gens qui font de l’histoire dans des concours, dans un lycée extrêmement formateur d’élite, et pas connu pour être de droite, j’avais entendu que du bien de Pie XII et l’Eglise pendant la guerre. je me souviens même de sa réaction en 40 et de son impact (et que après entre autres il devait faire gaffe à ses propres troupes, y compris en allemagne : les cathos aussi ont été persécutés)
    Comme quoi, c’est toujours pareil : « on » sait, mais le temps que ça descendre au peuple, il faut que des Koz se farcissent du texte au km.

  • Koz,

    Il y a quand même un peu chez Dalin de « l’ennemi de mes ennemis est mon ami ». Dalin n’aime pas les groupes acharnés contre PIE XII. Cela n’enlève rien au poids des témoignages qu’il a rassemblés.

    Une des raisons de l’acharnement contre PIE XII et l’Église catholique est qu’il faut enterrer la question de la comparaison avec ce que les « autres » ont fait, ou pas fait. Il y a eu des conduites héroïques dans toutes les « confessions », au niveau des institutions, l’Église n’a pas à rougir.

    Et puis admettre que le christianisme en général, et le catholicisme en particulier, ne sont peut-être pas la cause efficace du nazisme, c’est ouvrir un questionnement très inconfortable sur l’homme. Quand on tient un bon coupable…

    Bien à vous.

  • J’ai, je pense, émis quelques réserves sur certaines thèses de Dalin. Je trouve notamment très agréable qu’il évoque une « tradition pontificale de protection des Juifs » mais je crains malheureusement qu’elle n’ait pas été toujours respectée. Sauf à considérer que l’exception confirme la règle. Ou qu’il faille faire une distinction psychologisante entre le statut des Juifs et leur protection.

    Mais effectivement, il reste possible de faire le « tri » entre les thèses discutables de Dalin et ce qui l’est moins. Et les 3-4 vérifications que j’ai faites ont été concluantes.

    En ce qui me concerne, je ne cherche pas spécialement la comparaison avec les autres. Ni à dire « on est les meilleurs ». Mais, au bout d’un moment, lorsque l’on examine le sujet, on finit par s’interroger sur ce qui relève du harcèlement. Qui donc a fait davantage que l’Eglise catholique ? Il y a bien évidemment des personnes ou groupes qui ont été actifs mais, tout de même, la multiplicité des cas d’assistance active devrait modérer les ardeurs des attaques.

  • Plus grand le pouvoir, plus grande la responsabilité. Toute la difficulté étant d’arriver à déterminer quel était le pouvoir effectif du Pape (de la fonction papale) à l’époque. Ça commence déjà par essayer d’éviter de projeter nos grilles de lectures modernes sur un monde très différent du notre. Ensuite, dans les circonstances de l’époque, quelles étaient les marges de manœuvres du Pape, son poids politique et diplomatique, les risques qu’Il devait prendre en compte? Et puis il faut préciser à l’aune de quoi on va juger ses actions ou ses silences. Quels sont les critères de jugement? J’ai parfois l’impression que l’on reproche à Pie XII de n’avoir pas pu empêcher à lui tout seul la prise de pouvoir d’Hitler, la seconde guerre mondiale et l’holocauste. De l’autre côté, devoir fouiller autant pour trouver des éléments à porter au dossier de la défense, ça donne l’impression d’une justification « par raccroc ». Entre ces deux excès, difficile de remettre les actes de Pie XII à leur juste place dans l’Histoire. Difficile aussi, comme tu le soulignes Koz, de séparer le regard historique sur une période terrible et encore assez récente, du dossier à charge contre l’Église catholique. La remarque d’Aristote sur le « bon coupable » est aussi très intéressante et à méditer.

    Les pensées qui me viennent à la lecture de ce billet tournent autour de l’idée que les catholiques ont encore du mal avec leur histoire en générale et leur relation avec le judaïsme en particulier. Je trouve très symbolique que ce soit des auteurs juifs qui viennent rassurer les catholiques sur leur passé.

    Personnellement, je n’ai jamais considéré Pie XII comme le « Pape d’Hiler ». J’ai toujours pensé qu’il avait au moins essayé. Peut-être finalement a-t-il fait plus qu’essayer, peut-être a-t-il en partie rempli sa part dans la lutte contre l’anéantissement du peuple juif, surtout à l’aune de ce proverbe: « Qui sauve une vie, sauve l’humanité toute entière ».

  • Tu nous donnes un grand nombre d’arguments qui permettent d’enlever le doute qu’on aurait pu avoir sur cette question et Pie XII.

    Une petite correction à la traduction de 1937: « élève ces notions » (juste pour montrer que j’ai lu le billet attentivement)

  • Koz,

    Je suis bien d’accord que se vouloir « meilleur » que les autres est une contradiction performative. Je reste persuadé que charger l’Église catholique permet à beaucoup d’éviter d’avoir à élargir le champ de leur questionnement.

    Bien à vous.

  • De l’autre côté, devoir fouiller autant pour trouver des éléments à porter au dossier de la défense, ça donne l’impression d’une justification “par raccroc”.

    Peut-être, Philo, mais cela s’explique aussi, précisément, parce que la situation ne se prêtait pas nécessairement à de grandes déclarations publiques, et parce que la contestation du rôle de l’Eglise, et du Pape en particulier est venue « tardivement ».

    Peut-être finalement a-t-il fait plus qu’essayer, peut-être a-t-il en partie rempli sa part dans la lutte contre l’anéantissement du peuple juif, surtout à l’aune de ce proverbe: “Qui sauve une vie, sauve l’humanité toute entière”.

    J’espérais avoir contribué à apporter la démonstration qu’effectivement, il a fait plus qu’essayer. Il faut reprendre les propos de Tagliacozzo (responsable d’une institution juive en Italie), de Léon Poliakov (qui n’est pas n’importe qui ), ou encore de Pinchas Lapide (lui non plus ). Ces trois auteurs, juifs, prennent acte de l’action de l’Eglise, directement impulsée par le Saint-Siège, en faveur des Juifs.

    Merci Lib, merci pepito. Pepito, je corrige dès que j’ai le temps.

  • Sur le premier chapitre, il faut noter que la participation des musulmans au régime nazi fût épisodique et ne semble pas de nature ce qu’on parle d’un « mufti » d’Hitler. Parce que sinon, à ce titre, on trouvera bien quelques catholiques nazis dont on imputera la faute à la religion.

    Autre chose, il est désormais avéré que le Vicaire est une construction de toutes pièces par l’URSS. Cf cet article qui montre que l’Eglise était depuis longtemps au courant de cette propagande…

    De plus, on aurait pu ajouter l’exemple du rabbin de Rome, Eugenio Zolli, qui s’est converti au catholicisme et a pris le prénom de son parrain, le pape, en remerciement de son action pour les Juifs, durant la SGM. Et après, il y a encore du monde qui vient défendre la thèse inverse.

    Les pensées qui me viennent à la lecture de ce billet tournent autour de l’idée que les catholiques ont encore du mal avec leur histoire en générale et leur relation avec le judaïsme en particulier. Je trouve très symbolique que ce soit des auteurs juifs qui viennent rassurer les catholiques sur leur passé.

    Il faut parler pour certains catholiques qui ont du mal avec l’histoire, comme celui-ci. D’autres, plus convaincus, n’hésitent pas à leur répondre comme il se doit.

    En tout cas, c’est très bien joué pour le coup de l’article du NY Times, je garde le lien quelque part. Au fait, tu n’as pas pu le mettre chez Rue89, qu’on rigole ?

  • @ Philo

    Je serais moins magnanime que toi…

    Oh c’est vrai, pendant la seconde guerre mondiale, il y a eu certaines personnes pour se réclamer à la fois du catholicisme et de l’extrême droite ou du fascisme. Certains membres du clergé aussi. Certaines sous communautés probablement. Comme il a existé aussi, comme le mentionne Koz, des prêtres ou même d’éminent membres du clergé antisémites dans un passé encore plus lointain. Et comme d’ailleurs il en existe toujours… en parcourant certains blogs tradis j’ai repéré quelques noms de gens que j’ai pu rencontrer dans ma vie et dont je connais très bien les idées qui se trouvent être à l’extrême droite de l’extrême droite. Le cancer de l’antisémitisme pouvait pénétrer tous les milieux à cette époque. Comme il y a eu aussi des résistants et des justes provenant de tous les milieux également.

    Mais il existe tellement d’évidences que l’Eglise a fait beaucoup pour protéger les juifs pendant la guerre, il existe tellement d’évidences, même, que Pie XII lui-même avait une position totalement tranchée sur le sujet sans même parler du Livre de Dallin :

    – Combien sont les personnalités comme Golda Meir, ou bien d’autres, qui ont rendu hommage à Pie XII et à l’Eglise Catholique pour leurs actions pendant la seconde guerre mondiale : comme le mentionne Koz dans son résumé, des milliers de juifs cachés pendant la guerre en Italie ; à tel point que beaucoup s’enfuyaient de France pour passer en Italie (fasciste et anti-sémite) dans cette période.

    – Combien de juifs aussi ont remercié Pie XII pour justement ne pas avoir parlé trop fort dans cette période car eux savaient ce que des positions provocatrices envers le pouvoir nazi aurait entraîné sur le terrain (une protestation contre les déportation parue dans l’Osservatore Romano avait même provoqué la menace par la SS de l’exécution dans les 48 H de 200 juifs en Italie). On a oublié la sauvagerie et la fourberie du système à l’époque.

    Donc, je serais moins magnanime que toi… ceux qui ont monté ces rumeurs historiques contre Pie XII et l’Eglise dans sa globalité avaient un dessein clairement anti-clérical ou anti-religieux. Ce n’est pas seulement la distance historique, ce n’est pas seulement une certaine interprétation de l’histoire, c’est juste clairement malveillant et diffamatoire. Faut il rappeler l’affiche honteusement racoleuse du film « Amen » de Costa Gavras ? Et le film lui-même, présenté comme une reconstitution historique alors qu’il ne l’est pas une seconde.

    Tout ça n’est pas exercé à l’encontre d’une communauté persécutée (les catholiques ne le sont évidement pas en Europe) mais le procédé relève du même système utilisé par ceux qui veulent faire naitre une haine à l’encontre d’un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion déterminée (rumeurs, diffamation, caricatures, exagération, semi-vérité, mensonges). La communauté juive religieuse, mais pas seulement, ne s’y est d’ailleurs pas trompé en apportant son soutien à la communauté catholique lorsqu’elle protesta contre l’affiche du film.

  • Koz, je n’ai pas besoin d’être convaincue, je lui suis déjà. La justification « par raccroc » n’est pas un argument que je soutiens mais que j’envisage. Les « peut-être » ne présentent pas mes doutes mais les questions que je pose aux lecteurs.

    Mon cheminement, mal retranscrit sans doute, était d’amener à repenser les critères de jugement de l’action de Pie XII. Empêcher l’holocauste, malheureusement hors de sa portée. Ne rien faire ou pire encourager les nazis: faux. Tu as apporté de nombreux éléments permettant de comprendre le souci réel qu’a eu Pie XII du sort des juifs et les actions concrètes qu’il a mené pour en sauver le plus possible.

    Certains trouveront toujours que ça n’était pas assez. Je voulais mettre l’accent sur la valeur inestimable de chaque vie arrachée à l’enfer de la Shoah.

    * * *

    Epo, tu as posté pendant que je répondais à Koz.

    Je ne crois pas qu’il soit nécessaire pour relever la figure de Pie XII à sa juste place, de régler leur compte à ceux qui vivent de et par la haine.

    Qu’il y ait eu des manipulations contre l’Église catholique, je veux bien le considérer mais il a y eu aussi peut-être un sentiment diffus au sein même de la communauté catholique de se dire qu’on en avait peut-être pas fait assez, ou pas assez bien, ou pas assez dit qu’on avait fait (là, le peut-être, c’est que je m’interroge). Bref, une culpabilité sur le sujet remontant à bien avant la 2ème guerre (des tensions entre les deux religions, il y en a eu), a fait qu’on n’y a pas regardé de trop près et que les thèses les plus extrêmes ont eu alors tout le temps de se développer.

    Comme exemple, le film « Amen » est très efficace et remettre en cause ses références historiques est très compliqué (en réponse on a droit à la théorie du complot, église=secte etc, etc). La seule parole qui peut porter dans ces conditions est celle des juifs, que l’on peut difficilement accuser de collusion avec l’Église catholique. Que certains historiens juifs prennent la peine de se pencher sans a priori sur les actes de Pie XII me touche. Je préfère m’arrêter sur ces petits pas qui rapprochent l’humanité, et en prendre de la graine pour ma propre ouverture d’esprit.

  • Hello. Je n’ai pas voulu t’identifier en tant que ledit « camarade abonné », en sachant pas quelle peut être ta position sur ce sujet. Mais l’occasion m’est donnée de te remercier de nouveau.

  • @ Philo

    Oui sûrement, tes raisons restent vraies également. La culpabilité était tellement écrasante, que même, de façon inconsciente parfois, elle touchait même les innocents.

    Je ne dis pas. Par contre le film de Costa Gavras n’a pas voulu être historique et a pourtant été présenté de cette façon au moment de sa sortie. Gavras a pris le parti de s’appuyer sur Cornwell, point barre. Il a refusé volontairement de s’adjoindre des conseillers et des experts en histoire pendant le tournage, préférant se fier à ses impressions et « pour éviter les polémiques sur le plateau ». Ses personnages sont fictifs, sauf Gerstein. Et même sa rencontre avec le nonce où il alerte sur l’extermination dans le film est fictive – il le dit lui-même dans la note/confession qu’il a rédigée avant le procès de Nuremberg, qu’il n’a jamais pu le rencontrer. Le personnage du prêtre résistant est lui aussi fictif.

    Et comme l’a finalement dit Gavras à propos de ce film : « Le cinéma c’est d’abord un spectacle, quand même. Les spectateurs viennent d’abord voir un spectacle ». Soit, c’est pas la première fois qu’un film « historique » est romancé au point de l’être plus du tout ensuite, mais c’est rare quand il s’agit d’accuser l’Eglise et le Vatican de l’époque d’une certaine forme de complicité passive avec le nazisme et la shoah. Et si tu en doutes, souviens-toi de l’affiche : une croix chrétienne entremêlée avec la croix gammée et le titre « amen ».

    Ca me parait grave… Et d’autant plus après avoir lu ce billet. C’est peut être une idée que je me fais.

  • Epo, je suis d’accord pour le film de Gavras (je dois apprendre à être plus claire), ce film est d’autant plus efficace qu’il est bien fait, et toute la difficulté est de faire entendre une autre voix que 1) ça c’est vraiment passé comme ça, ou 2) c’est pas tout à fait ça mais c’est du cinéma. Il est (a été?) difficile de rétablir la vérité que 1) ça ne c’est pas passé comme ça et 2) le cinéma a une responsabilité sur la façon de présenter les sujets, d’autant plus quand ils sont historiques. Perso, voir le film m’a plutôt poussée à en savoir plus sur Pie XII et donc comprendre que la thèse avancée dans le film était orientée pour ne pas dire mensongère. Mais j’ai aussi rencontré beaucoup de personnes qui ont « gobé » le film tel quel et qui sont totalement fermées aux arguments « pro vatican » venant de catholiques ou assimilés (i.e. baignant dans la culture chrétienne).

    Je ne dis pas qu’il ne faut pas du tout se pencher sur ce genre de manipulations, où qu’elles n’existent pas, ou que c’est pas grave (c’est d’autant plus grave que c’est vraiment insidieux). C’était juste pas mon propos sous ce billet, où je m’intéressais plus au regard des catholiques sur eux-mêmes qu’aux attaques venant de l’extérieur.

    Lire tes commentaires sur le sujet me fait progresser dans ma réflexion sur la nécessité de parler de ces attaques hic et nunc.

  • Et si tu en doutes, souviens-toi de l’affiche : une croix chrétienne entremêlée avec la croix gammée et le titre “amen”.

    Ca me parait grave… Et d’autant plus après avoir lu ce billet. C’est peut être une idée que je me fais.

    @ Epo:

    Ben oui, mais les mecs, évidemment pas recommandables, qui se sont élevés contre le film de Gavras ont été traités de tous les noms. Comme d’habitude.

    C’est bien de se rendre compte des manipulations, c’est mieux de réagir sur le moment et de gueuler quand il est possible. Mais c’est vrai, je te l’accorde, je fais mon grincheux…

  • Alors là, chapeau !
    Je m’abstiendrais de porter le moindre commentaire à un sujet que je suis loin de maitriser, mais j’admire le prosélytisme de Koz et des commentateurs.

    Je dois avouer que je suis passé sans transition des commentaires sur la folle de Chaillot à ceux relatifs à ce billet et que j’ai mis un certain temps à m’en remettre.

    Merci à tous.

  • De l’autre côté, devoir fouiller autant pour trouver des éléments à porter au dossier de la défense, ça donne l’impression d’une justification “par raccroc”.

    Le problème est que pour la plupart de nos concitoyens plongés dans la “neutralité malveillante” définie par Koz, il n’y a pas d’argument réel contre Pie XII. Pour ceux-ci:
    1) Il n’a rien fait
    2) D’ailleurs Hocchuth/Costa-Gravas le disent aussi, donc ça doit être vrai.

    La justification patchwork est donc indispensable. Il n’y a pas dans ce cadre de véritable débat éclairé possible, pas de confrontation d’arguments. On en est réduit à espérer, par une abondance de témoignages et études crédibles (donc œuvre de non-catholiques), réussir à faire basculer l’opinion de certains. Se battre contre une contre-vérité établie, et confirmée par la TV (ou le cinéma) est difficile.

    Je suis frappé également de la proximité de genre entre Le Vicaire/Amen et Da Vinci Code: une même façon de présenter comme étude historique une fiction complète, avec assez de réalisme pour convaincre que la partie « historique » est finalement réelle…
    Je n’ai pas lu Le Vicaire, mais j’ai vu Amen, et c’est un film extrêmement convainquant, crédible si l’on est pas informé ou si on a l’esprit critique assoupi.

  • Je doute, Vercaud, que le terme de prosélytisme soit spécialement adapté. Sauf à considérer que l’ensemble des auteurs juifs cités font du prosélytisme catholique, il me semble qu’il ne s’agit en fait que d’un souci de vérité historique.

    Mais votre com’ se termine sur « merci à tous« , et je ne sais plus, de fait, quoi penser. Entendez-vous par prosélytisme la même chose que moi ?

    __

    Eponymus, je vois que le sujet ne t’est pas étranger.

    Il est notamment affligeant de voir combien de films, et notamment Amen, remplacent la vérité historique. J’avais, dernièrement, une discussion avec un confrère. Celui-ci évoquait La Dernière Tentation du Christ, et me parlait de la thèse selon laquelle Jésus aurait demandé à Judas de le trahir, pour pouvoir accomplir les Ecritures. Même à une personne sensés comme lui, j’ai eu du mal à faire passer l’idée qu’une fiction ne contient pas de thèse, qu’il n’y a pas à discuter de la véracité éventuelle d’une fiction. Tout cela était dit avec beaucoup de bonhommie, mais il y a tout de même une étonnante confusion dans les esprits.

    Et je suis bien d’accord avec toi : il y a, derrière les attaques contre Pie XII, bien autre chose qu’une simple controverse historique. Il y a une vraie finalité anticatholique. Lorsque je lis le titre des Editions Golias (organisation qui se revendique catholique, mais qui a pour seule activité d’attaquer l’Eglise) : le Pape qui ordonna le ralliement à Hitler, en évoquant Pie XI, celui qui a publié l’encyclique Mit Brennender Sorge ou qui a déclaré Spirituellement, nous sommes tous des sémites, la manipulation est patente, évidente, voire même caricaturale.

    A ce sujet, on peut citer les propos d’Einstein dans le magazine Time, le 23 décembre 1940 :

    « Lorsque la révolution nazie survint en Allemagne, c’ est sur les universités que je comptais pour défendre la liberté, dont j’ étais moi-même un amoureux, car je savais qu’ elles avaient toujours mis en avant leur attachement à la cause de la vérité ; mais non, les universités furent immédiatement réduites au silence.

    Alors je me tournai vers les grands éditeurs de journaux, dont les éditoriaux enflammés des jours passés avaient proclamé leur amour de la liberté ; mais eux aussi, en quelques courtes semaines et comme les universités, furent réduits au silence.

    Dans la campagne entreprise par Hitler pour faire disparaître la vérité, seule l’ Eglise Catholique se tenait carrément en travers du chemin. Je ne m’ étais jamais spécialement intéressé à l’ Eglise auparavant, mais maintenant je ressens pour elle grande affection et admiration, parce qu’ elle seule a eu le courage et la persévérance de se poser en défenseur de la vérité intellectuelle et de la liberté morale.

    Je suis donc bien forcé d’ avouer que, maintenant, c’ est sans réserve que je fais l’ éloge de ce qu’autrefois je dédaignais. « 

    A propos de Hocchuth, Polydamas nous apprend qu’il y avait probablement une implication des services secrets soviétiques. A vrai dire, repensant aux motivations éventuelles de cet auteur allemand, à cette époque, je pensais qu’il y avait une probabilité pour qu’il ait été communiste. C’est aussi ce que je sous-entendais dans mon paragraphe sur les intentions. Ce que rapporte Poly l’illustre parfaitement.

    Tu évoques les témoignages de gratitude. C’est, comme je l’ai dit, ce par quoi je voulais terminer. Je ne l’ai pas fait, pensant que j’en avais suffisamment dit. Mais je pourrais continuer longtemps.

    Elio Toaff, un juif italien qui vécut pendant la Shoah et devint plus tard Grand Rabbin de Rome, se souvient : « plus que tous les autres, nous avons pu, pendant ces funestes années de persécution et de terreur, faire l’expérience de l’extrême bonté compatissante du pape et de sa générosité, et cela à un moment où, pour nous, il semblait ne plus y avoir aucun échappatoire possible »

  • A y est j’ai tout lu, y compris tout les comm, c’est bien c’est beau mais il y a quand même quelques petites choses sur lesquelles je ne suis pas à 100%, mais plutôt dans les comm, j’y reviendrais si j’ai le temps, ce qui hélas….

  • Koz
    remarque fondée, le terme un peu vite écrit n’est pas bienvenu dans le contexte.
    Je l’entendais comme ardeur dans la recherche de la vérité historique.

  • Là, je signe des deux mains.
    Effigy, ok, et à ta disposition.
    Poly, je n’ai pas répondu à une chose : je n’envisageais pas de le soumettre à Rue89, parce que trop long, mais je vais peut-être leur soumettre une version remaniée.

  • je rejoins Renaud dans son rapprochement entre le da vinci code et le film de Gavras concernant leur accueil par le public ou du moins par sa majorité.
    Je ne connais pas les intentions de leurs auteurs mais je crois qu’ils répondent à une attente d’un public prêt à accepter les thèses d’un grand complot opaque et international. On parle ici de l’Église mais ce pourrait être la maçonnerie, le sionisme, l’Islam, certains cercles de grand dirigeants… la liste est longue et il est commode d’incriminer ces entités floues pour expliquer tous nos malheurs et nous dédouaner de certaines responsabilités.
    Je remarque d’ailleurs avec quel enthousiasme ces thèses sont prêtes à être acceptées alors même que la Bible et les évangiles sont vécus comme une fiction sans fondement.
    Hic, nunc et ailleurs merci pour ce long travail de notre hôte et cet échange.

  • En ce qui me concerne, Pie XII ne me dit rien. j’aurais bien du mal à prendre part à la discussion.
    Pourtant fille de résistant, je n’en ai jamais entendu parler, ou si peu.
    Par contre habitant pas très loin de Fontgombault (à quelques kms de La Roche Posay et une 40aine de Poitiers dans la Vienne ), j’ai beaucoup entendu parler de Touvier et de la complaisance qu’il avait trouvée là bas.
    Ce n’était malheureusement pas à l’honneur de la communauté religieuse catholique, car nombre de monastères lui ont donné le gîte et le couvert.

    Bien sûr, le Pape ne pouvait pas avoir un regard sur tout, mais ces épisodes ont été désastreux dans les régions touchées par cette complicité contre nature.

    Née après guerre, je n’en ai que ouïe dire, bien évidement, son histoire ayant refait surface au moment de son procès.

    Je me souviens avoir été à une messe de Noël, il y a plusieurs années (et Pie XII était remplacé par Jean Paul II) et avoir la surprise de ma vie en entendant les prières (ou les souhaits : »prions le Seigneur » comment appelez vous cela?) faites après les évangiles.
    L’une des demandes était : « prions, Seigneur, pour les juifs, qu’ils reconnaissent leurs erreurs et trouvent le chemin de la foi » (à un mot près, car il y a quelques années). J’ai failli quitter l’église!
    Même si je suppose, cela concernait le Vendredi Saint, il me semble que c’était très mal venu et j’en suis encore choquée aujourd’hui .

    Je sais très bien que la majorité des chrétiens et des catholiques ne sont pas ainsi.
    Malheureusement, ces situations resteront dans les mémoires des survivants. Sans doute faut il un peu de temps (une à deux générations) pour que ces faits s’oublient et que nous voyons la généralité des faits en faveur des juifs et non les quelques écarts de certains chrétiens et/ou de certaines communautés chrétiennes.

    Le recul permettra ainsi de mettre Pie XII à sa juste place de protecteur des juifs et non pas de l’enfoncer avec des exemples d’antisémitisme

  • En ce qui concerne Touvier, tu as raison, Tara, je ne vois pas trop ce qu’il y a à répondre. On pourrait se réfugier derrière une hospitalité quelconque, mais ça me semble hypocrite. On peut invoquer une information insuffisante de certains. On peut aussi rappeler qu’il a fait l’objet d’une grâce de la part de Pompidou… Mais il s’agit surtout d’une grave erreur. La seule chose qui me « rassure », c’est qu’il a été hébergé par des communautés dont je ne partage pas véritablement la sensibilité.

    Je suis surpris, Tara par ce que tu dis sur cette prière pour la conversion des juifs.

    En ce qui concerne l’ancien rite, tu pourrais te reporter à ce que dit le Rabbin Sirat, spécialement sur cette question . Et noter la nouvelle formule.

    La libéralisation du rite tridentin en 2007 a remis en vigueur l’ancienne « prière pour la conversion des juifs » dite le Vendredi saint. Rome l’a retouchée, mais la nouvelle version a de nouveau suscité la controverse, les catholiques traditionalistes priant désormais que les juifs soient « illuminés par le Seigneur, afin qu’ils entrent dans la plénitude de son Église ». Qu’en pensez-vous ?
    Après la décision de l’Église catholique de renoncer à la prière sur la conversion des juifs, cette nouvelle formule nous est apparue comme un retour en arrière. C’est un problème que les catholiques doivent régler entre eux. Nous avons le droit d’exprimer notre étonnement, notre tristesse, mais ce n’est pas à nous de dire : voici comment vous devez prier. Pouvoir attirer l’attention de nos frères chrétiens est déjà un pas en avant.

    Cela dit, nous pourrions aussi discuter avec nos amis orthodoxes de leur liturgie de Pâques dont des textes mériteraient d’être profondément modifiés, ou avec nos amis protestants des imprécations de Luther à la fin de sa vie, lorsqu’il s’est rendu compte que les juifs ne se convertissaient pas en masse comme il l’aurait souhaité… Si l’amitié judéo-chrétienne a un sens, nos amis chrétiens vont avoir à continuer à prendre leurs responsabilités et nous les nôtres.

    Les juifs aussi prient « pour les Nations ». Quel est le sens de cette prière ?
    C’est une conception centrale du judaïsme, c’est ce que dit la Bible au moment de la théophanie du Sinaï : « Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une Nation sainte. » Le rôle d’Israël est d’être le prêtre de l’humanité. Nous sommes investis d’une mission car nous n’avons pas reçu la Torah pour la garder jalousement pour nous. Quand nous prions, nous prions pour les autres membres de la famille humaine, parce que nous sommes « un petit peuple » qui a pour mission de demander la bénédiction et le pardon des fautes pour l’ensemble de l’humanité.

    Tu peux aussi relever le texte actuel qui est utilisé dans 99% des paroisses françaises :

    1. Pour le peuple juif

    Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé, en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité de son Alliance.

    Tous prient en silence. Puis le prêtre dit :

    Dieu éternel et Tout-Puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier peuple de l’Alliance, comme ton Église t’en supplie. Par Jésus, le Christ, Notre Seigneur. Amen.

    Être choqué par cela serait une forme de relativisme. De la même manière que, si tu crois vraiment, tu peux vouloir que tes proches (ton père, ta mère, tes frères, ton mari) se convertissent, de la même manière tu peux prier pour que le peuple juif se convertisse.

    Mais tout cela nous éloigne « un peu » de Pie XII…

  • Bonjour à tous,

    Merci de ce boulot impeccable. Évidemment, il faut faire confiance aux interprétations du résumeur mais, globalement, c’est bien intéressant et remet en place certaines idées reçues dont je suis la première à reconnaître m’en être inspiré. Cela ne change rien à ma conviction que les religions sont dangereuses par essence mais, au moins, cela éclaire différemment l’action de Pie pendant ces années sombres.

    Toutefois (il faut bien quelques grincements dans ces rouages bien huilés…), l’un des commentateurs ci-dessus s’exprime ainsi :

    La seule parole qui peut porter dans ces conditions est celle des juifs, que l’on peut difficilement accuser de collusion avec l’Église catholique.

    Bien sûr, que ces religions ainsi que la religion musulmane, se protègent mutuellement. Elles ont tellement besoin l’une de l’autre pour justifier leurs existences et, surtout, ce côté indispensable de la foi. « La religion est universelle, la preuve c’est que même les [catholiques, protestants, musulmans, juifs (rayer les mentions inutiles)] qui ne nous ressemblent pas du tout, croient au même dieu que nous, alors!?! », genre, hein. L’œcuménisme est le meilleur moyen de faire perdurer le mensonge divin.

    a+

  • ouh la la Bob !
    Je n’ai pas de preuve, j’ai la Foi pas plus que tu ne peux prouver le « mensonge divin ».

    Mais tout cela nous éloigne « beaucoup » de Pie XII

  • Bob, je ne m’engagerai pas sur le terrain global de la dangerosité des religions ou de leur collusion, qui ne fait pas partie du débat.

    Je note juste que David Dalin soutient plutôt la thèse que l’antisémitisme est inhérent à la religion musulmane, ce qui n’est pas vraiment la marque d’une protection mutuelle (je n’ai pas davantage eu le sentiment que les musulmans, dans leur diversité, faisait preuve d’un soutien spécifique vis-à-vis des juifs et des chrétiens).

    Surtout, pour revenir à notre débat, je doute qu’au vu de ce qu’ont vécu les juifs durant la Shoah, ils soient portés à exonérer de leur responsabilité des personnes qui seraient complices de leur martyr.

  • Pauvre Pie XII qui doit assumer la faute d’une génération. Vicaire du Christ, il devait, à l’exemple du Maître dans son éternité, porter le péché de son temps.

    Poser le Pape comme coupable, c’est aussi dédouaner nos parents, ses contemporains. A ce titre l’Evangile (Mt 23, 29-31) est éclairante sur ce genre de comportement:
    Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes et ornez les sépulcres des justes, et que vous dites: « Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. » Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes.

    Si Pacelli était germanophile, c’est qu’il aimait ce que l’Allemagne avait de meilleur en terme d’intelligences, d’arts et de cultures. Le nazisme fut sans doute une grande souffrance pour lui.

  • @ Tara:

    C’est quoi le souci ? Il est normal pour une religion de prier pour ceux qu’elle estime être en dehors. Et la religion juive en fait partie, elle ne dispose pas de la vérité. C’est pareil pour les musulmans, et toutes les autres religions, pas besoin de quitter l’église.

    Quant à Touvier, il s’agit d’une affaire des plus complexes, résumer la position de l’Eglise à quelques personnes me parait pour le moins hasardeux.

    @ Koz:

    La prière dont parle Tara est celle du nouveau missel, la prière universelle, c’est ça le souci, avec ce dernier, il y a plein de formulations différentes, mais la prière pour la conversion des juifs existe bel et bien.

    Sur la prière du rit tridentin, peu me chaut qu’on l’ait modifiée, mais je doute qu’elle ait été très choquante pour ceux qui y assistent vu qu’elle était dite en latin, et concernaient les juifs qui avaient perdu la foi. Rien de bien méchant donc.

  • Si Koz a un peu de temps, il peut essayer d’améliorer l’article Pie XII de Wikipédia, qui au chapitre guerre commence par :

    « L’attitude du Saint-Siège vis-à-vis du Troisième Reich et de la solution finale est empreinte d’une grande timidité, sinon d’ambiguïté. La thèse de la complicité délibérée par antisémitisme n’est soutenue par aucune source, pas plus que celle de la résistance héroïque. L’examen des sources disponibles tend a accréditer celle d’une indécision oscillant entre une opposition prudente et discrète, une neutralité gênée et un double-jeu à la limite de la complicité passive qui tranche pour le moins avec l’opposition nette au régime communiste au pouvoir en Union soviétique. Il est en revanche très clair que l’information sur l’étendue de l’entreprise d’extermination est parvenue très tôt au plus haut de la hiérarchie catholique et que les condamnations publiques ont été très mesurées[2]. »

    Et le paragraphe sur l’ouvragde Dalin est résumé ainsi :
    « En 2005, paraît l’ouvrage Pie XII et les Juifs. Le mythe du pape d’Hitler écrit par le rabbin David Dalin. On y lit :

    « Imputer la condamnation qui revient à Hitler et aux Nazis à un pape qui s’opposa à eux et était ami des juifs est une abominable calomnie. Quels que soient leurs sentiments vis-à-vis du catholicisme, les juifs ont le devoir de rejeter toute polémique qui s’approprie la Shoah pour l’utiliser dans une guerre des progressistes contre l’Église catholique[53]. » »

    Peut être qu’en le remaniant un tout petit peu, Koz pourrait faire don de son résumé à Wikipedia

  • Why not. J’envisage déjà de le remanier (supprimer la partie relative à la tradition pontificale de protection des Juifs) et raccourcir un peu pour focaliser vraiment sur l’essentiel, pour le soumettre à Rue89.

  • J’ai, pour l’instant, fait un ajout au passage sur le livre de Poliakov, et un autre à la fiche de l’illustre auteur du Vicaire. J’ai, sinon, soumis une version réduite de mon billet à Rue89, qui me répond qu’elle est juste 5 fois plus longue que leur taille standard de billet. Pour le moment, je vais donc plutôt me consacrer à en faire une version courte.

  • C’est possible, mais je comprends la demande de Pascal Riché. Au demeurant, il proposait de renvoyer à la version longue. Mais je doute que nombreux soient ceux qui se tapent deux fois le billet.

  • Remarquable billet-fleuve Koz!
    Je suis entièrement d’accord avec ta conclusion. Dans les polémiques sur l’attitude de Pie XII on n’essaye pas de rechercher une quelconque vérité historique, on fait uniquement de la politique.
    Lorsque « Le Vicaire » fut joué à Paris tout ce que la capitale comptait d’anti-cléricaux, d’anti-catholiques, d’a-religieux, crièrent au génie. Bien rares furent les voix à réclamer une étude plus nuancée de l’attitude de Pie XII pendant la guerre.
    Ce pape plutôt moderne, très ouvert aux sciences, qui imposa à une hiérarchie timorée d’autoriser la pratique de l’accouchement sans douleurs, devint du jour au lendemain le pape le plus calomnié des temps modernes, même par des catholiques.
    Chacun y allait de son couplet sur les silences de Pie XII. « Il aurait dû déclarer la guerre sainte » disaient les péremptoires, sans se soucier du ridicule de l’affirmation (« Le Vatican, combien de divisions? » ironisait Staline). « Il aurait dû excommunier Hitler » affirme-t-on encore aujourd’hui. Mais Hitler était-il catholique? L’était-il encore? L’excommunication interdit à l’excommunié de recevoir la communion. Hitler s’en fichait pas mal je crois.Et qui l’aurait su dans un pays verrouillé par la censure et la propagande nazie? Cornwell lui-même remarque, comme tu le soulignes Koz, que « Pius XII had so little scope of action ».
    On ne dit pas « il a fait tout ce qu’il a pu ». On dit voilà ce qu’il fallait faire.
    On ne parle pas des 10 000 juifs romains cachés dans les institutions vaticanes mais on dit « y avait qu’à ». Pourquoi ne reproche-t-on pas aux alliés de ne pas avoir bombardé les voix de chemin de fer qui conduisaient aux camps de la mort, de ne rien avoir tenté contre ces camps? La réponse est simple, les alliés ne représentent pas le catholicisme.
    La haine du catholicisme chez certains est telle que même les contrevérités historiques sont bonnes à prendre pour lui nuire.
    Et pourtant un minimum d’objectivité montre que les papes en général ont été loin d’approuver l’antisémitisme. D’ailleurs dans la liste faite par Dalin des prises de position des papes en faveur des juifs on pourrait ajouter les juifs du Comtat Venaissin ultra protégés par les papes d’Avignon et surnommés à ce titre « les juifs du pape ».

    @Polydamas : tu es tout de même en deça de la vérité quand tu dis que le soutien de certains musulmans au nazisme fut épisodique. Le grand mufti de Jérusaem ne faiblit jamais dans son soutien à Hitler et les divisions de SS musulmans, comme la division bosniaque Handschar furent tristement célèbres tout au long de la guerre pour leurs exactions. Il en fut de même à Paris pour les auxilaires nord-africains de la gestapo. J’y vois d’ailleurs un signe de la folie d’Hiler qui donna au grand mufti de Jérusalem le titre d’aryen d’honneur et qui dans le même temps faisait fusiller des résistants norvégiens qui eux étaient d’authentiques aryens.

    @Tara: Je n’ai pas le souvenir d’avoir entendu cette prière à la messe de minuit, mais je sais qu’elle était dite le vendredi saint. On m’affirme que c’était la même chose chez les orthodoxes (je n’ai jamais pu le vérifier puisque je n’entends pas le slavon) et que c’est Mgr Nicodème qui a fait supprimer cette prière.
    Quant à la triste affaire Touvier , il faut bien se garder d’en tirer la moindre conclusion sur une éventuelle collusion entre l’Eglise et la collaboration ou entre les religieux et l’antisémitisme. L’historien israélien Simon Epstein a recensé le nombre d’anti-dreyfusards encore en vie en 1940 et a touvé que la plupart s’étaient ralliés au régime de Vichy, alors qu’un nombre non négligeable de monarchistes catholiques et probablement antisémites avaient rallié la résistance dès le début. Ce que je veux dire c’est que rien n’est simple dans cette période. On ne peut que déplorer l’aide apportée à Touvier par des ordres religieux conservateurs, mais on peut aussi estimer que si Touvier avait réussi à apitoyer le colonel Rémy (héros de la résistance), Pompidou et Jacques Brel, les religieux qui lui donnèrent si longtemps l’hospitalité avaient des excuses.

  • Merci à Koz pour ce travail de référence.

    Des versions courtes, très bonne idée ! Mais alors, deux suggestions:

    • que les billets courts renvoient effectivement à ce billet, car en ce domaine c’est bien l’approfondissement qui convainc; je suis sûr que le lien permettra à quelques uns de passer du scepticisme à la conviction.

    • qu’un de ces billets reprennent la partie sur la tradition pontificale, qui m’a vivement impressionné.

  • Enfin, j’ai pu prendre le temps de lire ce texte que je n’aurais pas voulu manquer!

    « Quelle autre autorité, quelle autre “institution”, quels représentants de quelle autre religion, quel autre chef d’Etat est-il dont intervenu de la sorte ? »

    Cela me paraît un argument essentiel. Pie XII a fait ce qu’il a pu, à mon humble avis, et bien peu sont ceux qui en tant qu’institution, ont fait le dixième de ce qu’il a entrepris pour les Juifs.

    J’ajute que comme tu le glisses à plusieurs reprises, on reproche beaucoup à Pie XII, en oubliant qu’il était en territoire italien, qu’il devait jouer serré et avec diplomatie, non seulement pour lui-même mais surtout pour tous les catholiques présents dans les zones occupées. On voit très bien cette sorte de dilemne intérieur dans le superbe film « Le Pourpre et le Noir », avec l’excellent Grégory Peck.

    Malgré cela, le pape a tout tenté. Et les chrétiens n’ont pas été les derniers à être persécutés par les nazis.

    Deux derniers détails :

    • On voit sur la carte électorale de l’allemagne qu’Hitler a massivement été soutenu par les régions protestantes, et que là où il a eu le moins de voix, il se trouve que c’était dans les régions catholiques (notamment la Bavière).

    • A l’issue de la guerre, le Grand Rabbin de Rome s’est converti et a pris pour prénom de baptème Eugenio. Voilà qui en dit long sur le respect qu’a gagné Pie XII dans le coeur des Juifs par son attitude.

    Merci de tout le travail que tu as abattu pour écrire ce très beau texte, Koz.

    Je n’ai pas grand chose à dire de plus et mon commentaire n’est pas très intéressant, mais voilà, juste : merci.

    P.S : je trouve ça bien que Rue89 soit prêt à publier cela. C’est vraiment une preuve de leur ouverture d’esprit.

  • @Tara : désolé pour mon lapsus (freudien?) : Simon Epstein a bien sûr recensé le nombre de militants dreyfusards (et non antidreyfusards)encore en vie en 1940 et s’est aperçu que la plupart des dreyfusards (donc hostiles à l’antisémitisme) avaient soutenu Vichy. Et ce sont donc certains antidreyfusards ou descendants d’antidreyfusards qu’il trouve dans la résisance. So sorry!!

  • Heureux de te lire, Dang. Il me semble que, dans ce débat, beaucoup de monde se rend coupable du principal défaut de l’historien, l’anachronisme. Chacun examine ce qui aurait pu être fait, à la lumière de la victoire finale.

    Poliakov rapporte un autre élément essentiel, dans le document que j’ai mis en lien, un détail que l’on connaît peu : on connaît en effet le cas de la protestation de l’Eglise catholique hollandaise. Ce que j’ignorais, c’est (1) que les autorités nazies avaient intimé l’ordre aux autorités catholiques et protestantes de ne pas émettre cette protestation et (2) que si les juifs convertis au catholicisme ont été déportés, les juifs convertis au protestantisme ne l’ont pas été, les protestants ayant renoncé… à protester. Le message des nazis était alors on ne peut plus clair : protestation = déportation.

    Par ailleurs, comme le souligne Dalin, Pie XII n’a pas renoncé à s’exprimer dans les pays dans lesquels il pensait pouvoir avoir une influence. En revanche, comme le disait Marcus Melchior, ancien Grand Rabbin du Danemark, “c’est une erreur de penser que Pie XII aurait pu avoir une quelconque influence sur le cerveau d’un fou“.

    Dès lors, à quoi aurait servi une protestation officielle ? Les catholiques pouvaient-ils s’illusionner sur l’attitude à avoir vis-à-vis du nazisme ? Non seulement il y avait eu deux encycliques, mais de très nombreux catholiques ont agi, sans qu’une condamnation officielle soit nécessaire, ce qui démontre aussi qu’ils ne se trompaient pas sur le sens de leur foi.

    ***

    Malgré cela, le pape a tout tenté. Et les chrétiens n’ont pas été les derniers à être persécutés par les nazis.

    Autre chose très intéressante dans l’article de Poliakov : il cite un memorandum top-secret de « Martin Bormann, head of the chancellery of the party », adressé aux Gauleiters qui commence ainsi : « The ideas of National Socialism and the ideas of Christianity are irreconciliable« . Il développe, ensuite, les rapports entre l’Eglise et le Fuhrer et mentionne : « All influences that may interfere with the national development which the Fuehrer with the help of the party has set in motion must be rooted out » !

    Ce mémo est plus que signifiant sur la prétendue collusion entre le nazisme et le catholicisme.

  • (Saint?) Pie XII, Pape (et docteur de l’Eglise?) aurait bien essayé d’influencer Hitler puisqu’il aurait tenté de l’exorciser à distance. Mais le Fuehrer n’était pas habité par un démon: il était lui-même pervers.

    Ce sinistre personnage était, certes, fasciné par l’Islam. Il est à noter que, selon R. Girard in Achever Clauswitz, cette religion serait une tentative de réinsérer le religieux archaïque, celui des idôles de violence d’avant les Patriarches, dans le biblique. On retrouve ça aussi dans l’arianisme.
    De la même façon, on peut évoquer l’intérêt de la SS pour les runes germaniques ou pour les divinités himalayennes.

    Or l’antisémitisme de Hitler repose sur une opposition générale à la Révélation d’Abraham, de Moïse et de Jésus-Christ selon la dialectique nietzschéenne de Dionysos et du Crucifié ou encore de la morale des forts et des esclaves.

    Accabler Pie XII, c’est dédouaner la libre-pensée et les idéologies des crimes du siècle dernier. C’est enfermer les prophètes assassinés par nos pères dans des tombeaux. Drôle de martyr post mortem.

  • Faudrait peut être aussi se calmer avec « la nature anti sémite » de l’Islam :

    « Concernant votre question (sur la nature anti sémite du Coran), Dr Muzammil Siddîqî, ancien Président de la Société Islamique d’Amérique du Nord, explique :

    « L’antisémitisme signifie la condamnation et la haine d’un peuple à cause de son origine sémite. L’antisémitisme est un sectarisme et un racisme. Il s’agit d’une chose condamnable qui n’a aucune place ni en Islam ni dans le Coran. Le Coran ne légitime nullement la haine contre une quelconque race, nationalité ou couleur. À travers l’histoire de l’Islam, les Musulmans n’ont jamais fait usage de passages coraniques pour justifier des actes antisémites. Les effets néfastes du racisme, incluant le nettoyage ethnique, le génocide et l’Holocauste, dont ont souffert aussi bien les Juifs que les non-Juifs au cours des siècles passés, n’ont jamais été commis sous la bannière du moindre passage coranique. Les Juifs figuraient parmi les tout premiers convertis à l’Islam (à Médine) et, à travers le Moyen-Age, les Juifs ont trouvé des synagogues pour la pratique de leur propre religion, et ce, au sein de l’Etat islamique. Il est vraiment décevant et naïf d’ignorer 1430 ans d’histoire et de savants discours sur le Coran, puis venir arguer que la situation politique actuelle au Moyen-Orient trouve ses racines dans des passages issus du Coran.

    Comme toutes les écritures, les passages coraniques doivent être replacés dans leur contexte. Le Coran n’a pas été révélé pour les seuls Musulmans, mais pour l’humanité toute entière, en particulier pour les Juifs et les Chrétiens. Le Prophète Muhammad, paix et bénédiction sur lui, était dans la continuité des Prophètes Abraham, Moïse et Jésus ; le Coran était quant à lui dans la continuité des anciennes écritures révélées par Dieu. Le Coran ne condamne pas la race sémite mais, en réalité, accorde aux Juifs un statut spécial à cause des traditions prophétiques qu’ils partagent avec l’Islam.

    Le Coran critique plutôt les Juifs qui se sont détournés de l’authentique message divin et il réprimande ceux qui méprisaient et ridiculisaient le Prophète Muhammad, paix et bénédiction sur lui, et le message coranique. Ces critiques contre les Juifs sont similaires à celles qu’on peut trouver dans d’autres écritures dont la Bible. Elles doivent être considérées par tout le monde comme un rappel et un avertissement contre l’abandon et l’égarement de l’authentique message divin. De telles critiques spécifiques n’ont jamais été interprétées par les grands savants du Coran comme une incitation à la haine du peuple juif. Elles ne doivent donc pas être confondues avec de l’antisémitisme.

    Le Coran s’étend longuement sur les Enfants d’Israël (Banî Isrâ’îl et reconnaît que les Juifs (Al-Yahûd) sont, d’après leur généalogie, les descendants du Prophète Abraham à travers son fils Isaac et son petit-fils Jacob, paix et bénédiction sur eux. Les Juifs furent choisis par Dieu pour remplir une mission :

    « À bon escient, Nous les choisîmes parmi tous les peuples de l’univers » (sourate 44 intitulée la Fumée, Ad-Dukhân, verset 32).

    Dieu suscita parmi eux de nombreux prophètes et leur accorda ce qu’il n’accorda pas à de nombreux autres peuples :

    « (Souvenez-vous) lorsque Moïse dit à son peuple : ‹Ô, mon peuple ! Rappelez-vous le bienfait de Dieu sur vous, lorsqu’Il a désigné parmi vous des prophètes. Et Il a fait de vous des rois. Et Il vous a donné ce qu’Il n’avait donné à nul autre dans les mondes. » (sourate 5 intitulée la Table servie, Al-Mâ’idah, verset 20).

    Il les éleva au-dessus d’autres nations de la Terre, et leur accorda un grand nombre de faveurs :

    « Ô Enfants d’Israël, rappelez-vous Mon bienfait dont Je vous ai comblés, (rappelez-vous) que Je vous ai préférés à tous les peuples (de l’époque). » (sourate 2 intitulée la Vache, Al-Baqarah, verset 47).

    Les passages coraniques critiquant les Juifs se subdivisent principalement en deux catégories :

    Premièrement, le Coran parle de la manière dont les Enfants d’Israël se détournèrent du message authentique qui leur avait été révélé. Ils désobéirent à Dieu et se montrèrent ingrats face aux faveurs divines qui leur avaient été accordées. Ils perdirent la Thora (Tawrâh) originelle et introduisirent leurs propres mots et leurs propres interprétations dans les livres divins. Ils devinrent arrogants et prétendirent qu’ils étaient les fils de Dieu ; ils ne cessaient de vanter leur position de peuple élu de Dieu (4 : 155 [2] ; 5 : 13, 18 [3]). Ils commirent également effrontément des péchés que leurs rabbins et docteurs ne tentèrent pas d’empêcher (5 : 63, 79 [4]). Dieu suscita parmi eux Son Prophète Jésus afin qu’il leur montre plusieurs miracles et qu’il les guide vers le droit chemin. Cependant, ils le refusèrent, essayèrent de le tuer, et prétendirent même qu’ils l’avaient effectivement tué bien qu’ils en furent incapables (4 : 157-158 [5]). Dans un grand nombre de ces passages, Dieu s’adresse spécifiquement aux Enfants d’Israël. Il est très important de noter cela, dans la mesure où cela montre que le Coran est destiné au monde entier et en particulier aux Juifs : les critiques sont ainsi dirigées contre un groupe de gens spécifique pour leurs actions spécifiques. Il faut distinguer ces critiques d’une malédiction jetée contre un peuple, simplement à cause de sa race.

    Deuxièmement, concernant la critique des Juifs, qu’on peut trouver dans des passages parmi lesquels ceux que vous avez cités 5 : 60-64 [1], il faut noter que de tels versets critiquent les Juifs et les Chrétiens qui ridiculisaient le Prophète Muhammad, paix et bénédiction sur lui, et son message. Ils raillaient son appel à la prière et se moquaient de lui. Ils lui faisaient des remontrances à chaque fois qu’il les invitait à croire en ce que Dieu lui avait révélé et en ce qui avait été révélé avant lui à leurs propres prophètes. Ils devinrent vindicatifs envers lui et le rejetèrent car n’étant pas issu de la souche israëlite (2 : 109 [6] ; 4 : 54 [7]).

    Le Coran fait remarquer que de telles critiques ne sont pas dirigées contre l’ensemble des Juifs. Même lorsque le Coran critique les Juifs, il ajoute qu’ « il est, parmi les gens du Livre, une communauté » de pieux et de vertueux, ordonnant le convenable et interdisant le blâmable, qui tentent de s’encourager les uns les autres à atteindre l’excellence, et ce, par des actions de charité et de bonté. Le Coran dit que de telles personnes sont assurées que quoiqu’elles fassent de bien, rien ne leur sera dénié et qu’elles recevront entièrement leur récompense de la part de Dieu (3 : 113-115 [8]).

    Prendre quelques passages du Coran, en les sortant de leur contexte historico-textuel ne peut mener à une compréhension exacte de cette écriture religieuse. Cela n’est pas vrai uniquement pour le Coran, mais également pour la Bible. De nombreux passages bibliques critiquent également les Juifs. Il vous suffit de lire la Bible Hébraïque, en particulier les livres de Michée (3 : 1-12 [9]) et d’Osée (8 : 1-14 [10]) dans lesquels ces prophètes condamnent les Juifs « qui exécrent la justice et qui tordent tout ce qui est droit » et qui « construisent Sion avec le sang et Jérusalem avec le crime ». Ces prophètes ont maudit Israël, la décrivant comme un « vaisseau inutile parmi les nations ». Ils ont demandé à Dieu de la maudire en « envoyant le feu dans les villes [de Juda] » et en réduisant Jérusalem à devenir « un monceau de décombres ». De la même manière, dans le Deutéronome, Moïse avertit Israël que Dieu « enverra contre toi la malédiction, le maléfice et l’imprécation dans tous tes travaux, de sorte que tu sois détruit et que tu périsses rapidement, pour la perversité de tes actions, pour m’avoir abandonné. » (Deutéronome, chapitre 28, verset 20).

    Dans l’Evangile de Matthieu (23 : 13-39 [11]), Jésus réprimande continuellement les Juifs pour leur hypocrisie et leur injustice, et les condamne pour les meurtres qu’ils commirent contre les anciens prophètes. Jésus dit : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes…, et vous n’avez pas voulu ! ». Cela paraîtrait pour le moins étrange si quelqu’un, se fondant sur ces passages, déclarait que la Bible et les prophètes hébreux étaient antisémites et qu’ils appelaient à l’élimination de l’actuel peuple d’Israël. Par conséquent et de la même manière, contester des passages coraniques en les accusant d’être antisémites est infondé. »

    Et Dieu est Le plus Savant. »

    ouppps… excuse Koz : http://www.islamophile.org/spip/Le-Coran-est-il-antisemite.html

  • Très intéressant. C’est étonnant comme cette tarte à la crème est devenu un poison pour les cathos, tellement on leur a dit que ce prétendu « silence » était honteux. il faut que ce soit l’historigraphie juive qui rétablisse la réalité historique (je parle des derniers ouvrages, pas celui du père Blet, qui a déjà fait autorité)

    Pour compléter le débat -et peut-être en ouvrir un autre-je vous soummets ce lien trouvé sur le blog de Sandro Magister, un des vaticanistes les plus respectés en Italie (il bosse à L’espresso). Il relate l’article récent paru dans la revue jésuite Civita Cattolica (un peu le « Etudes » italien) selon lequel Pie XII, quand il ne s’appelait encore qu’Eugenio Pacelli, a privilégié la « diplomatie » du silence au moment où Mussolini votait les lois anti-juives en Italie, c’était en 1938.

    On y redécouvre aussi la figure de Pie XI, beaucoup plus frontal envers le facho et interessante je trouve, car elle a trop souvent été eclipsée par la figure de son sucesseur.

    Le lien est là: http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/206849?fr=y

    Une autre chose aussi, la Fondation Pave the Way (dirigée par un juif) qui a organisé le récent symposium sur Pie XII au Vatican demande depuis longtemps à l’Etat d’Israël de retirer un texte du mémorial de Yad Vashem jugé diffamatoire envers Pie XII. Si la vérité historique se rétablit peu à peu sur ce pape, on peut sans doute rêver un jour qu’Israël saura recevoir un autre discours. Même si je ne pense pas que ce soit pour tout de suite.

  • By the way, cet article d’un érudit musulman est très intéressant à lire et réponds, à sa manière, très bien à la remarque de Tara sur la prière pour la conversion des juifs.

    Notamment, sur le fait que les paroles les plus dures à l’encontre du « peuple juif » qui s’éloigne de la parole de Dieu, se trouvent dans la Bible.

    Mais ce serait bien sur un non sens de les considérer comme antisémites. Cela relève de l’auto critique – de l’admonestation envers les pêcheurs (que nous sommes tous). Et c’est la même chose pour les paroles du Christ.

    Comme le disait donc Pie XII, nous sommes tous sémites, au moins spirituellement pour les chrétiens, et j’ajouterais culturellement pour la plupart des peuples européens et même probablement génétiquement à un moment ou à un autre et dans une plus ou moins grande mesure.

  • Félicitations, fiche de lecture très intéressante, dont je me suis permis de signaler l’existence sur une liste de diffusion de profs d’HG.

  • Juste un petit mot pour dire que ce billet est délicieux : un morceau d’histoire lourde du XX°siècle pris en sandwiche entre un arrière-goût de XIX° siècle (« [ne pas se joindre à la] guerre des progressistes contre l’Eglise catholique », …) et des résonnances avec l’acutalité du XXI° (pas pu m’empêcher de penser à l’affaire Siné).

    Voilà, merci et je laisse les plus savants que moi commenter.

  • Qui sommes nous -même si nous croyons en J Christ- pour juger que les juifs sont dans l’erreur et doivent se convertir?
    Respectons nous leur croyance?

    Qui sommes nous pour dire que les musulmans (« Paix et bénédiction sur Mohammed ») ne peuvent blesser les juifs dans leur sourate on ne peut plus sereine, paisible et respectueuse des juifs -seulement et seulement ceux qui se sont convertis bien sûr, les autres ayant droit au génocide et au charnier- « Allah est miséricordieux ». C’est ça le respect? C’est ça l’Amour?

    Qui sommes nous pour accepter et s’agenouiller devant l’avis de certaines sourates – extraites de leur contexte historique, c’est évident puisque les sourates sont classées par ordre de grandeur et non par ordre chronologique, ce qui fait un peu oublier que les plus jeunes sont quelque peu plus « violentes » que les premières- et d’érudits?

    Qui sommes nous pour respecter la position de certaines religions davantage que d’autres?

    Il est vrai que, bien que je sois chrétienne , profondément, j’ai toujours eu du mal et je l’ai maintes fois écrit ici, avec le prosélytisme, nettement noté dans les Evangiles.
    Autant je crois qu’on peut modifier la foi par l’exemple, autant il me paraît « choquant » qu’on puisse interférer sur la volonté des autres pour imposer sa foi, qui somme toute est une vérité relative.

    Peut être est ce parce que j’ai accompagné tant et tant de croyants de toutes religions, juifs y compris, parce que j’ai des amis juifs, que je réagis ainsi.
    Lorsqu’on les entend parler, ils sont tellement convaincus, ils vivent tellement à fond leur croyance – et ils respectent la mienne-, que j’ai du mal à imaginer qu’on veuille leur imposer la nôtre autrement que par l’exemple.
    L’exemple de notre foi, l’exemple du « je fais ce que je dis et je dis ce que je fais » – non, aucune connotation politique là dedans 😉 en conformité avec les évangiles.
    (non je ne suis pas une sainte, c’est sans doute pour cela que je n’en ai pas converti…)

    C’est peut être un reproche que je pourrais faire à ce Pape que je ne connais pas : n’avoir pas laissé transparaître son aide aux juifs après la guerre (même si je peux comprendre son souci d’humilité).

    J’ignorai que certains musulmans étaient proches d’Hitler.
    Je constate ainsi que toutes les croyances, y compris la croyance athée, étaient représentées.
    je ne suis pas pour la repentance continuelle pour des faits passés avant ma naissance. (même si « les parents ont mangé des raisins verts et les enfants en ont les dents agacées »). Je remarque simplement que l’Homme, en général, n’a pas toujours des réactions franchement saines et fraternelles.

    Et la dernière guerre mondiale en est une preuve flagrante, puisque même au sein de certains monastères, on a vu des choses horribles.

    Sans doute suis je trop idéaliste?

  • Tara,

    Les Juifs ne « doivent » pas se convertir. Seul le Père sait l’heure. Mais si la foi est un bonheur, comment ne pas vouloir le partager ? Partager un bonheur, on le sait bien, est incompatible avec quelque coercition que ce soit, physique bien sûr, mais aussi bien psychique ou autre. Nous ne sommes pas la source de ce bonheur, rien ne nous permet de nous en vanter. Mais nous pouvons désirer qu’il soit pas seulement le nôtre…

    Un rabbin américain a déclaré qu’il trouvait normal et souhaitable que les chrétiens soient convaincus d’être « dans le vrai ». Car a-t-il ajouté, seuls ceux qui prennent au sérieux la vérité peuvent prendre ma propre foi au sérieux.

    Bien à vous.

  • Un rabbin américain a déclaré qu’il trouvait normal et souhaitable que les chrétiens soient convaincus d’être “dans le vrai”. Car a-t-il ajouté, seuls ceux qui prennent au sérieux la vérité peuvent prendre ma propre foi au sérieux.

    Ca, pour moi, c’est essentiel. On peut parfaitement concevoir le fait de penser « être dans le vrai », tout en respectant l’autre. Benoît XVI, au demeurant, l’illustre fréquemment.

  • Merci Aristote

    Brillante pensée – génie que d’exprimer simplement en trois lignes un concept complexe. Mais béni soit l’homme qui peut prendre un tel recul sur les choses de la foi et des convictions.

  • Je l’avais lue, auparavant. Alors, plusieurs choses.

    La critique ne vient pas spécialement d’une personne faisant autorité. Ok, ça me va bien de dire ça, dans la mesure où je ne fais pas davantage autorité, mais je le dis. David Dalin est rabbin, professeur d’Histoire religieuse, et son travail a été salué par un auteur tel que Sir Martin Gilbert.

    Ensuite, il est vrai qu’il est agaçant que Dalin cite d’autres ouvrages, au lieu de citer directement ses sources. Il est en revanche un peu ridicule de qualifier les ouvrages que Dalin cite d' »ouvrages de seconde main ». Pinchas Lapide, Léon Poliakov, ou Sir Martin Gilbert ne sont pas spécialement ce que l’on peut appeler des auteurs secondaires.

    Il est possible qu’il y ait des inexactitudes dans le livre de Dalin. Comme je l’ai dit, l’ouvrage de Dalin est en quelque sorte un ouvrage à thèse, et les ouvrages à thèse, en Histoire, c’est pas forcément la meilleure chose.

    Sur la tradition pontificale de protection des juifs, j’ai moi-même émis des réserves sur le caractère si traditionnel.

    Le fait que l’ouvrage soit « à thèse » m’a amené à vérifier certaines de ses sources. Évidemment pas toutes. Mais j’ai notamment vérifié la source du NY Times, incontestable sauf à remettre en cause l’article lui-même. Et j’ai pris connaissance de l’intégralité de l’article de Léon Poliakov. Les citations que fait Dalin de ces deux documents sont tout à fait correctes. Cela n’exclut pas qu’il y ait, ailleurs, des approximations, que je n’ai pas vérifiées, mais à tout le moins, sur ces deux documents importants, il n’y a pas d’erreur.

    Ensuite, sa critique de l’encyclique me paraît, pour le coup, « controuvée ». Pour démontrer que l’encyclique n’est pas une condamnation de l’antisémitisme, il va jusqu’à citer la lettre de Saint Paul (il n’y a plus ni juif ni grec etc…). So what ? Cette lettre aurait-elle une interprétation antisémite ? Si oui, elle est tout autant antigrecque. Lorsque le Pape cite Saint Paul, c’est bien dans l’esprit d’une unité du genre humain.

    Les quatre extraits qu’il cite, dans lesquels il voit des allusions désobligeantes à l’égard des juifs ne me convainque pas le moins du monde. Ainsi de celui-ci :

    « Le saint Evangile raconte que, quand Jésus fut crucifié, les ténèbres se firent sur toute la terre (Matth., XXVII, 45) : effrayant symbole de ce qui est arrivé et arrive encore dans les esprits, partout où l’incrédulité aveugle et orgueilleuse d’elle-même a de fait exclu le Christ de la vie moderne, spécialement de la vie publique, et, avec la foi au Christ, a ébranlé aussi la foi en Dieu. » [C’est l’auteur qui graisse]

    Faut-il vraiment voir là une allusion désobligeante pour les juifs ?

    Enfin, le fait de dire, en gros, « ceci n’est qu’un petit échantillon des critiques qui pourraient être faites, mais ça pourrait être bien pire » ne me convainc pas. Dans mon boulot, je rencontre souvent des adversaires qui, ne pouvant citer qu’un vague grief, affirme que ce n’est qu’un exemple révélateur d’une longue liste de griefs.

    Bref, l’ouvrage est critiquable et peut-être l’est-il effectivement sur certains des points mentionnés par cet auteur. Mais la critique elle-même me paraît bien critiquable.

  • J’ajoute que, si tu te réfères à mon billet, le NY Times ne s’est pas trompé, lui, sur l’interprétation à donner de l’encyclique.

    Et puisque que Macina préfère Blet, j’ai acheté Blet… qui signe la préface de l’édition française du livre de Dalin, pour en approuver le contenu…

  • Merci mille fois pour ce travail ! J’ai lu le livre de David Dalin.
    on ne gagne qu’à se documenter tant les clichés ont été martelés. Avec le recul, je m’en veux presque maintenant d’avoir jugé en écoutant beacoup les « on dit » comme pour je l’ai fait longtemps finalement et pour bcp de choses finalement sur le catholicisme sans chercher à voir plus loin.

    Ces citations peuvent aussi être utiles quand à l’opinion que les nazis avient du christianisme….

    « Le Führer est profondément religieux, bien que totalement anti-chrétien ; il voit le christianisme comme un symptôme de décadence. Et pour cause, c’est une
    branche de la race Juive. » — Joseph Goebbels, dans son journal, 28 décembre 1939.

    « Le christianisme est le prototype du Bolchévisme : la mobilisation des masses d’esclaves par les Juifs avec pour objectif d’ébranler la société. » —Adolf Hitler, 1941

    « Le peuple allemand, en particulier la jeunesse, a appris une fois encore à évaluer racialement les gens. Il s’est une fois encore détourné des théories chrétiennes, de l’enseignement chrétien qui a régi l’Allemagne depuis plus de mille ans et qui a causé le déclin racial de l’identité allemande, et presque sa mort raciale. » — Heinrich Himmler, le 22 mai 1936 lors d’un discours à Brocken, Allemagne.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Mysticisme_nazi

    Utile également, même si cela n’a jamais valeur que témoignage -pour nous- les propos du directeur des Villas pontificales de Castel gandolfo qui a donné il y a quelques jours une interview à l’Osservatore Romano. Il y révèle de nombreux aspects des séjours des derniers papes à Castel Gandolfo et nottament sur Pie XII pdt la SGM. On ignorait, par exemple, qu’au cours de la Seconde Guerre Mondiale Pie XII avait logé des réfugiés dans ses appartements. Et que dans sa chambre à coucher sont nés une cinquantaine d’enfants, qui ont reçu les noms d’Eugène ou de Pie.

    Cinq papes à la campagne
    Interview de Saverio Petrillo

    Q. – Quand a commencé votre aventure dans ce monde si particulier que sont les Villas de Castel Gandolfo?

    R. – Je suis entré pour la première fois dans les Villas Pontificales il y a tout juste cinquante ans. C’était en juin 1958. Je dois dire que cela n’a pas très bien commencé. Pie XII est mort le 9 octobre. Cet événement m’a fait beaucoup de peine. Il est encore gravé dans ma mémoire. Avant d’entrer dans cet univers, je pensais que le pape était toujours entouré d’une foule de personnes prêtes à répondre à chacun de ses désirs. Quand j’ai compris que Pie XII était en train de mourir, je me suis rendu compte à quel point il était au contraire seul. Il n’y avait personne. Notamment parce qu’il n’y avait pas de secrétaire d’état à cette époque. Il n’y avait pas non plus de camerlingue. Les cardinaux en ont élu un tout de suite, pendant les vacances du Saint-Siège. J’ai été stupéfait de voir que la dépouille de ce grand pape n’était pas traitée avec le plus grand soin. Le médecin du pape, Riccardo Galeazzi Lisi, a fait une sorte d’embaumement, en n’utilisant que certains onguents. Le corps a été placé provisoirement dans la Salle des Suisses. Ce n’est que le lendemain qu’on l’a revêtu des habits pontificaux avant de le montrer au public. Cela m’a vraiment choqué. Je me suis consolé en voyant l’immense foule défiler devant le cercueil dès le premier jour de sa présentation. J’en garde le souvenir d’une magnifique manifestation populaire. Beaucoup de gens venaient dans ce palais pour la seconde fois. Comme on le sait, Pie XII a ouvert les portes des Villas à ceux qui tentaient de fuir les rafles des Allemands à l’époque du débarquement des Alliés à Anzio. Il y avait aussi bon nombre de ces mères à qui le pape avait alors cédé sa chambre parce qu’elles étaient enceintes. Une cinquantaine d’enfants y sont nés. Devenus aujourd’hui des hommes, ils s’appellent presque tous comme lui, Eugène ou Pie. Il y a même une jolie anecdote à propos de deux d’entre eux, des jumeaux. La femme qui s’occupait d’eux juste après leur naissance a enlevé par inadvertance les bracelets où figuraient leurs noms de baptême. Il était donc impossible de les distinguer. C’est leur mère qui, d’une certaine façon, les a rebaptisés, en décidant d’elle-même qui serait Eugène et qui serait Pie.

    la suite là http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page=2609081_magister

    Bien amicalement,

  • Qui sommes nous -même si nous croyons en J Christ- pour juger que les juifs sont dans l’erreur et doivent se convertir? Respectons nous leur croyance?

    loooooooooooooool

    Tout simplement parce que le Christ, ainsi que ses apôtres, l’ont dit ?

    Peut être est ce parce que j’ai accompagné tant et tant de croyants de toutes religions, juifs y compris, parce que j’ai des amis juifs, que je réagis ainsi.

    Convertissez vous au judaïsme, puisque visiblement, vous avez beaucoup de mal avec le catholicisme, je m’en voudrais que vous soyez si contrainte dans cette religion.

    C’est peut être un reproche que je pourrais faire à ce Pape que je ne connais pas

    Désolé, mais JPII n’était pas passé par là. Et puis, c’est de votre faute aussi, si vous gobez tout ce que racontent les médias, sans faire preuve d’un peu de distance critique, sans parvenir à rechercher la vérité, vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous-même. Un peu de responsabilité, que diable…

  • Koz, nous le savons tous, il n’est franchement pas politiquement correct de défendre Pie XII.
    Entre Pie XII pour la politique et malheureusement la réalité de la pédophilie chez des prêtres catholiques( même si nous le savons ils ne sont pas les seuls !), l’on tient deux bons sujets pour salir l’Eglise.
    Si les seconds me hérissent et si je souhaite qu’ils soient doublement sanctionnés comme ayant trahi la confiance vis à vis d’un adulte et d’un prêtre, je n’ai jamais pu penser à la culpabilité de Pie XII mais… ne pourriez-vous, vous Koz, et vos honorables correspondants, faire des communiqués plus courts du style  » pour les nuls », afin que l’on ait les arguments faciles à retenir et faciles à transmettre ?

    N…

  • @Polydamas : Si je me souviens bien Tara n’est pas catholique, il est donc normal qu’elle montre une certaine distance envers notre religion et ses institutions, non?

  • azerty, comme je l’ai écrit juste au-dessus (ça sert à quoi que Ducros, il se décarcasse), une version mi-courte est en ligne et la version coucourte est en voie de publication sur Rue89 – sur lequel je me promets du sang et des larmes. Je mettrai un lien ainsi lorsqu’elle aura été publiée.

  • J’ai juste lu la version rue89 (la version longue sera pour ce week-end), et je vais à Canossa (c’est de circonstance, non?). Le reproche du silence ne tient pas.
    Je reste, en revanche, convaincue que cette parole a été efficace (comme j’étais convaincue dans les commentaires à votre précédent billet de l’efficacité de la lettre pastorale de Saliège)- non pas en empêchant un nazi convaincu de massacrer, mais en rappelant aux indécis, aux hésitants, aux un-peu-lâches – bref, à la grande majorité, qu’il y a des limites à ce sur quoi on peut fermer les yeux, qu’il y a un stade au delà duquel l’inaction est une trahison de soi-même, et, en l’occurence, de sa foi.
    Lorsqu’on lit les notices biographiques des Justes (cf site de Yad Vashem ou dictionnaires biographiques nationaux), on constate qu’une bonne part des sauvetages ont été impulsifs, fruit de « réactions morales instinctives » : confronté à une situation concrète appelant une réponse immédiate, des personnes pas spécialement engagées ont agi justement. Je pense que le fait que l’Eglise (ou d’autres autorités morales, d’ailleurs) ait exprimé position claire sur la question a joué dans certaines de ces réactions instantanées.

    PS navrantes, les réactions sur rue89…

  • @ La passante qui passe de temps en temps

    Votre commentaire, et tout particulièrement le passage concernant les « réactions morales instinctives », me donne l’occasion d’ajouter que, plus globalement, l’Eglise n’a pas changé son dogme pendant cette période.

    Je veux dire par là, qu’au delà des condamnations vaticanes, le dogme catholique, l’enseignement chrétien est suffisamment clair en lui-même, les évangiles assez parlantes, pour que face à des questions comme la déportation ou le nazisme, tout catholique ne pouvait qu’avoir une attitude : la condamnation.

    Et donc, je veux aussi dire par là, que, quand bien même l’Eglise aurait été totalement silencieuse, les catholiques, les chrétiens savaient quoi faire. les évangiles sont un hymne anti-nazi. Ce dont les nazis étaient tout à fait conscients d’ailleurs.

  • Merci d’être revenue nous le dire. Ca va me rebooster pour retourner sur Rue89 😆

    J’ajouterais, en réaction à votre commentaire, qu’au-delà d’une prise de parole, Pie XII a agi, et a donné des instructions pour qu’on agisse. Qu’est-ce qui est le mieux, alors ? Parler haut (au risque au demeurant de déclencher des mesures de rétorsion) ou agir ?

  • A quand un film de Costa Gavras montrant un jeune communiste français sauvant l’honneur du PCF en allant mourir au goulag?

  • merci mille fois pour cet article , j’ai fais un tour sur rue 89 🙂 J’ai toujours eu la conviction, avant même le livre de Dalin , que la méprise -volontaire pour certains, « suiveuse »/ raccoleuse pour d’autres qui n’ont jamais pris le temps de se documenter sérieusement- était franchement honteuse, la manière dont Pie XII( derrière lui ‘Eglise ) a été trainé dans la boue ( le Pape d’Hitler..) me révulse non comme catholique ( car aprés tout l’histoire des hommes l’Eglise n’a pas toujours été et n’est pas toujours du plus bel effet ), plus simplement car la manipulation dont son histoire a été l’objet et dont moi même j’ai un temps « cautionné » par faignantise ou esprit « suiveur » sans doute. J’espère comme vous que justice lui soit rendue.

    On peut ajouter-pour nous- ce témoignage du directeur des villas pontificales de Castel Gandolfo qui s’entretenait il y a quelques jours dans l’osservatore Romano pour raconter ses étés passés avec les papes à Castel Gandolfo et qui raconte comment des familles y fûrent hébrgés, comment une conquantain d’enfants y sont nés.
    Interview de Saverio Petrillo

    Q. – Quand a commencé votre aventure dans ce monde si particulier que sont les Villas de Castel Gandolfo?

    R. – Je suis entré pour la première fois dans les Villas Pontificales il y a tout juste cinquante ans. C’était en juin 1958. Je dois dire que cela n’a pas très bien commencé. Pie XII est mort le 9 octobre. Cet événement m’a fait beaucoup de peine. Il est encore gravé dans ma mémoire (….) Je me suis consolé en voyant l’immense foule défiler devant le cercueil dès le premier jour de sa présentation. J’en garde le souvenir d’une magnifique manifestation populaire. Beaucoup de gens venaient dans ce palais pour la seconde fois (ndlr à la mort de Pie XII) . Comme on le sait, Pie XII a ouvert les portes des Villas à ceux qui tentaient de fuir les rafles des Allemands à l’époque du débarquement des Alliés à Anzio. Il y avait aussi bon nombre de ces mères à qui le pape avait alors cédé sa chambre parce qu’elles étaient enceintes. Une cinquantaine d’enfants y sont nés. Devenus aujourd’hui des hommes, ils s’appellent presque tous comme lui, Eugène ou Pie. Il y a même une jolie anecdote à propos de deux d’entre eux, des jumeaux. La femme qui s’occupait d’eux juste après leur naissance a enlevé par inadvertance les bracelets où figuraient leurs noms de baptême. Il était donc impossible de les distinguer. C’est leur mère qui, d’une certaine façon, les a rebaptisés, en décidant d’elle-même qui serait Eugène et qui serait Pie.

    http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page=2609081_magister

  • @Koz et @Eponymus

    De mon point de vue, la question n’est pas de parler ou d’agir mais plutôt d’avoir une parole qui, émanant d’une autorité morale et étayée par ce qu’Eponymus appelle l’enseignement chrétien, soit « efficace » en ce sens qu’elle suscite l’action chez autrui.
    Ce qui ressort de votre article, c’est que Pie XII a utilisé toutes ses marges, en fonction de la situation où il se trouvait : il a parlé (non pas pour dire mollement « le nazisme, c’est pas bien », mais pour démontrer fermement que le nazisme était incompatible avec le christianisme), et, comme chef temporel, il a donné des instructions.

    Comme le dit Eponymus, la foi chrétienne et les Evangiles ne laissaient aucun doute sur la conduite à tenir. Mais en un temps où, en France par exemple, Pétain, le-héros-de-Verdun, cautionnait la politique de déportation (dont on cachait soigneusement le but final), tandis que la politique anti-juive était relayée de manière très forte par la radio et la presse écrite, il était capital que d’autres autorités morales condamnent clairement cette politique. Ce faisant, je pense que d’autres personnes se sont trouvées poussées à agir -ou réconfortées dans des actions déjà entreprises.

    J’ai beaucoup de mal à hiérarchiser l’importance de ces deux types d’actions pontificales, l’une localisée et « quantifiable », et l’autre diffuse, dont il est impossible de mesurer l’impact réel. D’autant qu’en ce qui concerne les rétorsions, elles n’étaient pas réservées à ceux qui parlaient…

    La question est me semble-t-il à la fois morale et stratégique, et se pose en tout temps et en tout lieu : quand faut-il parler, quand faut-il agir? Quand la parole est-elle efficace, quand est-elle une une vaine parlote? Quand le passage à l’acte se substituant au débat est-il une sottise potentiellement dramatique (vous parliez récemment d’Action directe…)? Quand, au contraire, ne pas agir est-il un manquement à soi-même et une lâcheté grave, parfois criminelle?

    Sur un plan plus personnel, je sens le bouquin de Dalin me promet quelques échanges de paroles musclés avec mon anticlérical cher et tendre 🙂

  • Il faudrait qu’un jour les historiens « lâchent » Pie XII et s’intéresse pour changer à Rabbi Stephen Wise, Grand Rabbin de New-York, personnalité juive la plus importante au monde et par ailleurs soutien et admirateur zélé de Staline…

  • vous aviez vu ça, sans doute :
    http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2352305&rubId=1098
    Comme quoi, il reste du travail de conviction à faire.

    Au Synode, le rabbin Cohen évoque le poids du passé

    Le grand rabbin de Haïfa, invité lundi 6 octobre à présenter la place de la Bible dans le judaïsme, a fait une allusion au silence de Pie XII

    Un rabbin devant le Synode : une première. Lundi soir 6 octobre, devant Benoît XVI et les 253 pè res synodaux, le grand rabbin de Haïfa, Shear-Yashuv Cohen, n’a pas mâché ses mots pour rappeler « la longue, dure et douloureuse histoire de la relation » entre l’Église et la Synagogue. « Nous ne pouvons pas oublier le fait douloureux que de nombreuses personnes, y compris des grands leaders religieux, ne se soient pas élevées pour sauver nos frères et qu’ils aient choisi de garder le silence », a-t-il déclaré, sortant de son texte. « Nous ne pouvons pas pardonner et oublier cela et j’espère que vous le comprenez. »

    Une allusion au « silence » de Pie XII, alors que le Synode doit célébrer demain matin le cinquantième anniversaire de la mort du pape Pacelli. « Si je l’avais su, je ne serais sans doute pas venu », a d’ailleurs confié le rabbin Cohen à l’agence Reuters.

  • Oui, j’ai lu. Et effectivement, j’ai tendance à penser que ce rabbin se fonde sur une vision partielle de l’Histoire.

    S’il a un mail, je lui ferai volontiers parvenir l’interview précitée de Sir Martin Gilbert, qui est, lui, historien.

  • Je suis toujours surpris de constater que le raisonnement qui suit des logiques de conviction s’ingénie à rendre cohérent une interprétation parmi d’autres de faits complexes. La simplification qui en résulte rejoint la masse infinie des textes de propagande (ce mot est employé ici sans péjoration).
    Dans votre désir d’hagiographie, car ce à quoi vous participez,est une entreprise d’inventer une nouvelle figure de la sainteté, vous dégagez peu à peu l’homme Eugenio Pacelli de la réalité de son temps.
    Vous refusez de voir les différentes facettes d’une personnalité qui, à bien des égards, nous échappe encore, tant il manque d’un vrai travail d’historien biographe qui rendrait l’humanité d’un homme chargé de responsabilités écrasantes et qui, plus que d’autres s’est trouvé à devoir résoudre d’effroyables dilemmes.
    Malgré l’admiration qu’on porte à cette figure de la papauté, on peut se douter que les compromis auxquels il a dû se plier comportaient quelques avantages indéniables mais aussi des inconvénients aux conséquences terribles.
    Je ne retiendrais que l’évènement du 14 mars 1937, la publication de l’encyclique AVEC UNE PRÉOCCUPATION BRÛLANTE.
    Le pape défend l’église catholique allemande en butte à l’hostilité croissante de l’administration nazie qui multiplie les entorses au concordat de 1933.
    Il met en garde les catholiques allemands de s’affranchir des recommandations et conseils de l’église catholique allemande. Car le pape sait très bien que de nombreux catholiques sont tentés de participer à l’édification du nouveau régime. Le pape sait très bien que les églises nationales couvent en elles ce terrible poison de l’antisémitisme.
    Effectivement, il avait parfaitement raison d’avertir les catholiques allemands, de les exhorter à ne pas céder aux tentations du pouvoir.
    Innombrables ont été les catholiques allemands qui se sont accordés avec le Reich nazi. On n’en saura jamais le nombre tellement il y en avait. Certains ont même tenté d’adhérer au NSDAP qui les a refusés.
    Qu’on appelle silence, discrétion, prudence, diplomatie, réalisme le fait que l’Etat pontifical ne s’est pas résolu à dénoncer publiquement le massacre des juifs d’Europe par les allemands avec la complicité individuelle active ou passive de nombreux catholiques (sans l’appui de l’église catholique allemande) restent une question douloureuse. Nier ce problème, refuser de s’interroger, c’est prendre le risque que, d’une façon ou d’une autre, l’histoire se répète.
    C’est aller à l’encontre même de ce qu’Eugenio Pacelli
    a prescrit aux catholiques allemand ce triste dimanche de mars 37.
    D’autre part, je crains ne vous n’ayez pas la culture politique et historique suffisante, en ce qui concerne l’Allemagne, pour prendre le risque d’intervenir publiquement, sur les responsabilités de l’église catholique allemande, sur les stratégies des partis catholiques allemands, sur les comportements et les engagements des catholiques allemands depuis 1830 moment de l’émergence d’une force politique spécifiquement catholique en Allemagne, jusqu’à nos jours.

  • Non, je n’ai certainement pas la culture historique suffisante. Mais je sais que le 14 mars 1937, Eugenio Pacelli n’était pas pape. Et que vous n’avez pas lu mon billet.

  • Vous avez le goût de de la falsification.
    Et vous lisez trop en diagonale. Pie XI publie l’Encyclique Mit Brennenge Sorge et vous ne pouvez pas ignorer le rôle prépondérant, essentiel même qu’Eugenio Pacelli, à l’époque cardinal et secrétaire d’Etat a tenu dans sa rédaction et dans sa publication. Et, c’est très exactement ce que j’ai écrit. (le pape publie…Eugenio Pacelli a prescrit) Il n’y a que vous pour lire que le pape et Pacelli sont la même personne en 1937.
    Justement, c’est parce que je vous ai lu avec beaucoup pus de soin que les autres commentateurs que vous semblez éviter tout débat contradictoire. Surtout pas celui de discuter sur la responsabilité des catholiques allemands à l’égard du nazisme et de l’antisémitisme.

  • Ne vous accordez pas trop d’importance, Egide. Entre ici et Rue89, j’ai répondu à près de 400 commentaires. Ne présumez donc pas de votre originalité, ni de l’intérêt de vos observations. Si je ne vous réponds pas, ce n’est pas forcément parce que je suis horriblement gêné, et horriblement acculé dans mes contradictions. Et puis, revenez avec des sources. Autre chose que des « innombrables ont été les catholiques allemands qui se sont accordés avec le Reich nazi. On n’en saura jamais le nombre tellement il y en avait« , un peu contradictoires avec « le pape défend l’église catholique allemande en butte à l’hostilité croissante de l’administration nazie qui multiplie les entorses au concordat de 1933« . Allez sur Rue89, cherchez une carte électorale.

  • Pourquoi m’attaquez-vous personnellement ?
    J’ai bien vu la carte électorale des élections de 1934. C’est l’interprétation fallatieuse que vous en faites qui est génante. Cela rejoint les critiques que j’ai déjà faites dans mes commentaires. Je ne me répète pas.
    Les sources de l’implication de catholiques allemands (à titre personnel) dans l’administration sont extrêmement nombreuses, y référer est impossible. D’autant qu’il n’y a pas de listes, seules les archives de l’administration allemande de l’époque donnent une idée de l’ampleur du phénomène. C’est du travail d’historien. Beaucoup de témoignages aussi donne à penser qu’il s’agit d’un phénomène notable. Personnellement, je ne m’en réjouis pas. Par contre, j’ai du mal à ne pas m’élever contre des falsifications. Sinon ma source principale, c’est l’encyclique Mit Brennen Sorge que j’ai lu avec beaucoup d’attention. L’avertissement qu’Eugenio Pacelli adresse aux catholiques allemands démontre à postériori que son inquiètude était fondée. Les partis catholiques allemands et l’institution cléricale se sont toujours heurtés avec les nationalistes allemands. Ils étaient clairement opposés au NSDAP et le Vatican les soutenait dans la défense de leurs intérêts. Constater que les individus catholiques allemands et les institutions d’obédiences catholiques ont tenus des positions différentes et antagonistes, c’est juste constater une réalité. Mais j’ai compris que cela ne vous importait pas.
    Si vous m’aviez lu avec précision, c’est l’absence de contradictions de vos théories que je relève alors que les faits historiques sont très complexes et posent encore des questions difficiles et provoquent encore bien des incompréhensions.
    Vous n’êtes pas gêné horriblement. Ni même ébranlé. Je pense qu’au contraire, sûr de vous, vous me faites part de votre mépris. Appuyé sur votre audience, vous continuerez de diffuser vos opinions. Et eviterez soigneusement tout débat, toute pensée, aucun doute ne vous étreint.
    Ainsi, je clos là ma tentative de dialogue car manifestement, vous vous en foutez.

  • J’avoue que je ne comprends strictement pas la source de la « polémique »… Il existe une infinité de sensibilités au sein de la communauté catholique internationale, une infinité de perceptions quant à la pratique et même les croyances.

    Sur le plan politique c’est évidement encore pire, vu que l’Eglise n’intervient que très rarement sur ce plan, et justement, que dans les cas extrêmes. Le contexte social et politique de l’Allemagne d’avant guerre était effectivement complexe puisque les solutions démocratiques étaient en train d’échouer. Le communisme stalinien de monter en puissance. Les fascismes aussi. Ces deux là, s’alliaient. Dans le reste de l’Europe, comme le chantait Ray Ventura et ses Collégiens, les alliés allaient pendre leur linge sur la ligne Siegfried.

    Un peuple est un peuple, qu’il soit catholique ou pas. Dans la difficulté, compte tenu des faibles moyens de communication disponibles à l’époque, un peuple peut être séduit par n’importe quel sirène. Et quand je dis séduit, là aussi, tout est relatif – il existe en politique comme ailleurs un éventail infini de motivations et d’implications. Il existe aussi un éventail infini de connaissances, de degrés de clairvoyances, de courage, de volonté, etc… Des cathos, il y en a en prison, il y en a dans les asiles, il y en a un peu partout comme il y a des juifs qui sont aussi des criminels. En fait, si tous les hommes étaient des saints, les religions n’auraient peut être jamais vu le jour. Pas les catholiques en tout cas. Ne serait-ce que parce que Dieu n’aurait pas eu besoin d’envoyer son fils sauver les hommes.

    Mais bon… une fois que l’on a dit ça, il reste que le sujet du billet était de corriger une réalité fantasmée ou malveillante en portant à la connaissance des lecteurs des faits historiques éclairant la personnalité et surtout les actes de Pie XII. Pas de faire une analyse exhaustive de la culture allemande des années 30 ni de la réalité socio politique de ce peuple à ce moment précis.

    Ni même, de tenter, comme si c’était possible avec le temps passé depuis, de clarifier ce qui pouvait bien se passer dans la tête du catho moyen allemand sous le troisième Reich. Il suffit de se dire qu’à la même époque, l’Italie, oh combien catholique, mettait Mussolini au pouvoir et ce, malgré les différents entre ce régime et le Vatican.

    Bref, je ne doute pas, que Koz ne soit pas conscient de tout ça. Il suffit de lire son billet justement.

  • @Eponymus

    L’implication de catholiques allemands, proches de partis politiques d’obédience catholiques, dans la création d’une règlementation antisémite et dans la gestion du massacre des juifs d’Europe, est un fait historique avéré. Ils l’ont fait de leur propre chef, sans doute en désaccord avec l’église catholique allemande. L’antisémitisme dans les milieux catholiques d’Europe à l’époque est aussi un phénomène troublant et dont on discute rarement et qui, sans doute expliquent en partie que des catholiques, en nombre, se soient rendus complices de ce massacre.
    Si les catholiques allemands ont peu voté pour le NSDAP, ce n’est pas par anti-nazisme foncier. Tout simplement, ils ont voté pour des partis d’obédience catholiques.
    Pour comprendre l’ampleur du problème à l’époque, il suffit de lire ou de relire l’encyclique Mit Brennen Sorge. L’inquiétude d’Eugenio Pacelli y est palpable à ce sujet même. Cela est-il si génant de le constater ?
    L’église catholique dispose d’un état. Des nonces apostoliques représentent le pontificat et un cardinal est responsable de la diplomatie vaticane. Ne vous en déplaise. Le Vatican a clairement des visées politiques partout dans le monde où il y a une église catholique nationale constituée. Constater cela est-ce injurier ?

  • Ca n’a pas de sens. Eponymus a raison : que voulez-vous que nous vous répondions ?

    Que, oui, des catholiques ont été complices des nazis ? Comment pourrions-nous le contester ? Si l’ensemble des catholiques s’étaient opposés à eux, Hitler n’aurait pas eu le pouvoir. Et le fait qu’il l’a eu.

    Que des catholiques ont pu être complices des nazis, en désaccord avec l’église allemande ? En quoi cela serait-il censé me gêner ou être contraire à ce que j’écris ?

    Pour le reste, se reporter au commentaire d’Eponymus.

  • @ Enzo:
    Merci d’évoquer l’article concernant la position de Sir Martin Gilbert sur cette affaire. C’est par souci d’objectivité que je l’ai mis en ligne sur le site de l’Upjf, dont je suis le responsable éditorial. Mais j’eusse aimé que vous répercutiez au moins le référencement que je fais à mes critiques du livre de Dalin, émis dans ma note [1], pour que vos visiteurs aient l’occasion de savoir que tout ce qu’écrit Dalin n’est pas forcément marqué du sceau de l’infaillibilité:

     » « Pie XII et les Juifs, le Mythe du Pape d’Hitler », du rabbin Dalin, est-il un livre fiable ?  » (http://www.upjf.org/detail.do?noArticle=12918&noCat=132&id_key=132);  » Pie XII, «pape de Hitler» ? Certainement pas, mais «Juste des nations», c’est pour le moins prématuré  » (http://www.upjf.org/detail.do?noArticle=13045&noCat=146&id_key=146).

  • Macina a écrit:

    Merci d’évoquer l’article concernant la position de Sir Martin Gilbert sur cette affaire. (…) Mais j’eusse aimé que vous répercutiez au moins le référencement que je fais à mes critiques du livre de Dalin (…)

    Je réponds, puisque je pense que vous vous être trompé de pseudonyme.

    L’une de vos analyses a été mentionnée plus haut, et j’y ai répondu.

  • @ Koz:
    Sur la longue, dure et douloureuse histoire, franchement, je peux comprendre. Sur Pie XII, franchement, c’est dommage. Surtout dans le contexte.

  • @ KOZ:
    Je ne considère pas ce texte de vous comme une réponse à mes critiques du livre de Dalin, auxquelles, sauf erreur, vous n’avez pas répondu.

    On ne peut décemment pas passer sous silence les erreurs factuelles grossières de ce livre, que j’ai signalées.

    Si je l’ai fait, ce n’est pas pour discréditer TOUT ce qu’écrit l’auteur, mais pour mettre en garde le lecteur sur le fait qu’un HISTORIEN qui commet de telles erreurs sur des faits dûment documentés, et un contresens absolu dans l’interprétation de la suppression d’une association aussi philosémite que « Amici Israel », doit être lu, pour le moins « cum grano salis » !

    Je m’étonne donc que vous ne réagissiez pas à cette mise en garde.

    Cordialement

    Menahem Macina
    [email protected]

  • @ Lisette: je n’ai pas tout saisi.

    @ Macina: Tout aussi cordialement, je vous invite à prendre connaissance des nombreux commentaires que j’ai postés ici et sur Rue89, notamment à votre invitation, et que je ne vais pas réitérer simplement parce que vous ne les avez pas lus.

    Je suis navré que vous ne considériez pas cela comme une réponse. C’en est pourtant une. Quant à Amici Israel, voyez comme je suis bien disposé : je vous crois sur parole quant au fait que Dalin ait fait erreur. Il ne me semble pas toutefois que cela soit une part essentielle de son livre – à dire vrai, je n’y avais même pas prêté attention – de sorte que je trouve plutôt expéditif de jeter le discrédit (car, bien que vous vous en défendiez, c’est tout de même ce que vous faîtes) sur le travail de Dalin pour une erreur.

    Si vous êtes en mesure d’établir que d’autres des très nombreux éléments de fait rapportés par Dalin sont inexacts, faites-le, et on vous lira avec attention. Si vous n’êtes pas en mesure de le faire, il n’est pas très rigoureux d’utiliser la corde du « ceci n’est qu’un exemple des critiques que l’on peut faire ». Par ailleurs, je réitère que votre critique de l’encyclique me paraît pour le moins partiale, voire partisane.

  • @ Koz:

    Je ne peux que vous renvoyer à mes deux articles
    (« «Pie XII et les Juifs, le Mythe du Pape d’Hitler», du rabbin Dalin, est-il un livre fiable ?” (http://www.upjf.org/detail.do?noArticle=12918&noCat=132&id_key=132); ”Pie XII, «pape de Hitler» ? Certainement pas, mais «Juste des nations», c’est pour le moins prématuré” (http://www.upjf.org/detail.do?noArticle=13045&noCat=146&id_key=146), que vous dites avoir lus, car j’y détaille pas mal les erreurs d’interprétation de Dalin, et entre autres celle qui consiste à voir dans « Mit brennender Sorge” un texte favorable aux Juifs.

    Par ailleurs, je n’ai pas écrit que TOUS les auteurs que cite Dalin sont de seconde main. Je visais surtout Lapide, que vous évoquez dans un autre de vos posts. Cet auteur n’est absolument pas fiable.

    Voyez, entre autres :

    « Une forêt Pie XII en Israël – Brève mise au point » (http://www.convertissez-vous.com/f/index.php?sujet_id=1387)
    Et
    « «On lapide en l’honneur de Lapide» : polémique et insulte plutôt que dissentiment respectueux » (http://www.convertissez-vous.com/f/index.php?sujet_id=1394)

    Pour le reste, il est dommage que vous ayez cru devoir ironiser comme vous l’avez fait à l’égard d’un internaute, en insinuant qu’il confondait Pie XII et Pie XI. C’est inutilement blessant, outre que c’est infondé, comme vous l’a remontré cet internaute.

    Si ce manque de courtoisie devait se renouveler, je quitterais la partie immédiatement.

    Aucun de nous n’est un spécialiste avéré des difficiles questions que soulève le livre Dalin, alors, pourquoi chercher à prendre en faute quiconque ne pense pas comme nous?

    Cordialement

    M. Macina
    [email protected]

  • J’ai lu, effectivement, vos articles, dont on m’a donné à de multiples reprises les adresses, faute probablement de trouver d’autres critiques négatives sur l’ouvrage concerné. Je note votre critique de Mit Brenneder Sorge qui constitue une claire condamnation du nazisme. Certains auteurs avançant que le Vatican et, en particulier Pie XII, ont eu une attitude trouble à l’égard du nazisme, cela me semble pertinent de la part de Dalin de la mentionner.

    En ce qui concerne les ouvrages, vous écrivez que les sources « sont citées, sauf exception, sans prise de distance critique et à partir d’ouvrages de seconde main« . Peut-être n’avez-vous pas voulu écrire que TOUS les ouvrages étaient de seconde main, mais il ne me semble pas infondé de le comprendre ainsi. Puisque vous visiez « surtout Lapide », reconnaissez alors que vous ne visiez qu’un auteur. Au vu du nombre d’auteurs mentionnés par David Dalin, cela aurait dû vous inciter à ne pas utiliser une formulation aussi générale. Là encore, je crains que vous n’ayez pas fait preuve de la rigueur que vous semblez exiger des autres.

    En ce qui concerne la fiabilité Pinchas Lapide, je ne tiens pas nécessairement à la défendre, ne connaissant pas ses écrits. Je constate néanmoins que les sources que vous indiquez sont des articles écrits par vous-mêmes. Cela ne permet pas d’établir que sa fiabilité soit en cause, quelle que soit l’estime dans laquelle vous tenez votre propre opinion.

    Enfin, pour ce qui est du ton de mes réponses, je regrette qu’il vous déplaise mais je ne suis pas disposé à recevoir de leçons de morale. Quand bien même, là encore, cela vous déplairait.

    Cordialement.

  • Ne réveillons pas d’anciennes querelles qui n’ont plus cours. Je suis plus guelfe que gibelin. Si nous n’avons plus d’empereur, il nous reste la Diète. Vous avez encore le pape et le pontife. Jusqu’à présent, vous n’aviez pas de voix au Chapître. Les choses ont bien changé faute de clercs. Cela ne laisse pas d’en inquiéter beaucoup.
    Votre communication à propos du livre de Dalin m’a interloqué. Vous bâtissez un légendaire bêtifiant d’Eugenio Pacelli sans doute pour complaire aux âmes simples. Vous lui ôtez son humanité pour en faire une sorte d’icône. Vous escamotez le destin tragique d’une riche personnalité. Etre pape au pire moment de l’histoire de l’Europe, constater horrifié qu’une bonne partie des milieux catholiques ont sombré dans le délire antisémite, savoir que les descendants du peuple élu sont massacrés, devoir répondre du rôle des églises, quelle terrible responsabilité ! Ce fardeau horrible, je comprends que vous ne voulez pas le porter. Vous renvoyez Pie XII à sa solitude extrême.
    En dénonçant les ouvrages calomnieux d’auteurs discrédités depuis longtemps, vous espérez jeter un voile discret sur le questionnement légitime, à propos du génocide des juifs, du silence de Dieu ou de l’Eglise, comme vous voudrez. Il y a eu une faillite que vous ne voulez pas admettre.
    Mais vous me l’avez dit cela n’a pas de sens pour vous.
    Je ne veux rien que vous me répondiez. Finalement j’ai pour vous de la compassion.

  • @ egide:
    A qui cette philippique s’adresse-t-elle? J’ai manqué un chapitre. Nouveau venu, j’ai du mal à m’y retrouver. Pouvez-vous éclairer ma lanterne?

    Merci.

    M. Macina

  • Voyez, finalement nous trouvons un autre point d’accord, car – je le dis vraiment sincèrement – il n’a jamais été dans mon intention de réveiller la guerre entre les guelfes et les guibelins. Quand je pense au mal que l’on a eu à retrouver les anneaux sacrés, franchement, ça ne risque pas de m’arriver. (A toutes fins utiles, si d’aventure certains restaient perplexes)

    Puis-je me permettre, en toute courtoise, de vous proposer fraternellement de délaisser le terrain de la psychanalyse ? Je crains que cela ne vous amène à quelque contresens. Comme celui, par exemple, de confondre l’ouvrage de Dalin avec une biographie de Pie XII ou une tentative d’analyse du poids moral qui pesait sur l’homme. Ou encore de confondre mon billet, synthèse de celui de Dalin, pour une analyse de l’homme Pacelli et de sa complexité. Ne vous désolez donc pas de ne pas trouver ici ce qui n’est ni l’objet du billet ni celui du livre.

    In fine, délaisser le terrain de l’analyse psychologisante vous permettra probablement d’éviter d’essayer de sonder les ressorts psychologiques profonds de mes billets et commentaires à chacun des vôtres. Vous ignorez tout de moi. Il serait dès lors plus sage, et plus en accord avec votre prétention de saisir la complexité de l’autre, de prendre acte du fait que ce blog n’est pas le lieu approprié.

  • @ Koz:
    Je m’étonne de la vivacité de ton de votre réaction. Si vous estimez que défendre un internaute que vous prenez injustement à partie est vous administrer une leçon de morale, libre à vous, mais telle n’était pas mon intention. Je tenais seulement à rappeler la netétiquette qui flétrit ce genre de comportement. Et puis, très franchement, j’apprécie peu les arguments ad hominem. C’est tout. La morale n’a rien à voir là-dedans.

    J’ai trouvé amusante votre réflexion: “les sources que vous indiquez sont des articles écrits par vous-mêmes”. Apparemment, pour vous, je suis un petit vaniteux qui se cite lui-même complaisamment. Je ne peux pas vous empêcher de porter sur les autres des jugements, aussi souverains que péjoratifs a priori. Simplement, la réalité est tout autre: je suis le seul historien de la pensée juive à avoir écrit sur Lapide. J’eusse apprécié qu’au lieu de cette insulte, vous me citiez un article portant le dit Lapide aux nues. Cela eût alimenté utilement le débat.

    Plus regrettable encore et peu digne de la hauteur de vues qui devrait présider à cette discussion, est votre attaque personnelle, directe et gratuite, à mon encontre, qui évoque présomptueusement “l’estime dans laquelle” je suis censé “tenir” ma ” propre opinion”.

    C’est bas, inutile et bien laid.

    Menahem Macina

  • @ Lisette:
    Vous m’avez battu d’une courte longueur et j’apprécie que vous ayez évoqué la réaction du Grand Rabbin Shear Yashuv. Je me permets de vous référer aux informations suivantes que j’ai mises en ligne sur le site de l’Upjf:

    « Selon le cardinal Bertone: Pie XII pas «antisémite», mais «prudent» » 7 oct.2008 (http://www.upjf.org/actualitees-upjf/article-14892-132-6-cardinal-bertone-pie-xii-pas-antisemite-prudent.html)
    [Chapeau de l’article] : « Contrairement à la dépêche de Reuters, dont nous nous faisions l’écho ici même [*], le cardinal Bertone fait clairement état, dans sa déclaration, du fait que le Grand Rabbin de Haïfa, invité au Synode, se serait élevé contre la perspective d’une canonisation de Pie XII (**). Cette attitude contraste singulièrement avec la réserve dont font généralement preuve les responsables rabbiniques à ce propos. Il faudra déterminer s’il s’est agi d’une initiative personnelle du G.R. Shear Yashuv, ou si cette déclaration (qui a dû faire l’effet d’un séisme à Rome) est le fruit d’une concertation antérieure entre cette personnalité et certains de ses éminents collègues, qui auraient décidé de frapper un grand coup, précisément à un moment où la béatification de Pie XII semble inéluctable. »

    « Un rabbin dénonce le silence de Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale » 7 oct.2008 (http://www.upjf.org/actualitees-upjf/article-14884-133-6-rabbin-denonce-silence-pie-xii-durant-seconde-guerre-mondiale.html)
    [Chapeau de l’article] « En invitant le Grand Rabbin de Haïfa, Shear-Yashuv Cohen, au Synode sur la Parole de Dieu [1], les dignitaires du Vatican ne s’attendaient certainement pas à ce qu’il ‘profite’ (en tout bien tout honneur !) de cette tribune inattendue, pour rappeler aux dirigeants religieux de l’Eglise catholique et à certains de leurs théologiens que, malgré leur insistance et malgré l’appui reçu de deux chercheurs juifs [2] – bruyamment célébré par l’un des plus ardents zélateurs de la canonisation de Pie XII [3] -, un grand nombre d’autres Juifs, dans le monde et en Israël, estiment toujours que le pape et les prélats d’alors n’ont pas suffisamment dénoncé la terrible persécution perpétrée contre leur peuple par les nazis. »

    Par ailleurs, j’apprécie vos arguments à propos du livre de Dalin.

    Menahem Macina
    [email protected]

  • @ Koz:
    En guise de réponse, vous vous livrez encore une fois à une attaque ad hominen. Celle-ci est ignoble. Vous cherchez manifestement à me discréditer auprès des autres commentateurs.
    Si nous n’avons pas trouvé un terrain de discussion, c’est que nous n’avons pas le même point de vue. Je vous ai proposé d’échanger du point de vue de l’histoire. Vous restez obstinément campé sur celui de la mémoire, beaucoup plus émotionnel et polémique. Le militantisme conduit toujours à défendre des idéologies au lieu d’opinion et empêche la connaissance des faits.
    Vous m’avez prêté de louches intentions intrusives. C’est insupportable. En m’accusant d’utiliser la psychanalyse à des fins malsaines, vous êtes très limite. Tout le monde sait que le docteur Sigmund Freud était notoirement juif.
    Un jour, votre réthorique risque de vous faire franchir un Rubicon nauséabond.
    Ceci est vraiment mon dernier commentaire.

  • egide a écrit:

    En m’accusant d’utiliser la psychanalyse à des fins malsaines, vous êtes très limite. Tout le monde sait que le docteur Sigmund Freud était notoirement juif. Un jour, votre réthorique risque de vous faire franchir un Rubicon nauséabond. Ceci est vraiment mon dernier commentaire.

    C’est très bien ainsi car c’est vous qui franchissez incontestablement les limites du ridicule en m’accusant d’antisémitisme. Vous démontrez suffisamment qui est dans le procès d’intention.

    Je ne pense pas nécessaire de me donner la peine de répondre davantage.

  • @ Macina,

    vous parlez du fameux message de Golda Méir comme émanant d’un Etat nouvellement constitué, soit.
    En même temps si cela n’était qu’un témoignage mais vous savez trés bien que les témoignages de gratitude et de reconnaissance ont abondé en ce sens. Il n’y eut pas que le communiqué de Golda Méir…

    Comment expliquer le grand rabbin Herzog de Jérusalem ? comment expliquer le concert d’hommage au Vatican en 1955, comment expliquer William Zuckermann, directeur de la revue « Jewish Newsletter » : « Tous les juifs d’Amérique lui rendent hommage et expriment leur tristesse parce qu’il n’y a probablement pas d’homme d’état de cette génération qui ait plus aidé les juifs à l’heure du drame. Plus que quiconque nous avons pu bénéficier, pendant les années de persécution et de terreur, de la grande et charitable bonté, de la magnanimité de ce pape que nous regrettons « .

    quelqu’un de bonne foi est obligé de constater que ces éloges s’articulent difficillement avec la légende la plus noire évidemment mais aussi avec une efficacité défaillante.

  • @ thierry:
    Dans mon article, « Benoît XVI: La voix de Pie XII «s’est élevée en faveur des victimes». Texte et commentaire critique » ((http://www.upjf.org/actualitees-upjf/article-14897-132-6-benoit-xvi-voix-pie-xii-sest-elevee-en-faveur-victimes-texte-commentaire-critique.html), auquel vous faites allusion, me semble-t-il, je n’ai parlé que de G. Meïr, parce que le pape la citait nommément. Ce n’était pas pour escamoter les autres témoignages, comme vous semblez me le reprocher.

    J’ai coutume de réagir aux affirmations, en me limitant à ce qui est dit expressément. Le contexte de l’homélie de Benoît XVI, que je commentais, ne nécessitait pas d’invoquer tous les témoignages qui lui sont favorables. Je les connais et je n’ai rien à leur objecter.

    La grande différence entre ma démarche et celle de beaucoup d’intervenants, c’est que j’ai été formé à l’étude historique et analytique, qui pousse le chercheur à épingler les affirmations faibles, voire controuvées, et à ne pas commenter ce qui est bon, précisément parce qu’il n’y a rien à contester ni à redresser. Ce qui se passe sur ce forum, à quelques glorieuses exceptions près, m’oblige à constater que le désir d’avoir raison et de fermer la bouche à ceux qui ne sont pas de leur avis, pousse trop d’internautes à polémiquer, voire à discréditer leurs contradicteurs, plutôt qu’à chercher humblement à s’approcher aussi près que possible de la vérité de l’autre, et surtout de celle des faits (Ce n’est pas votre cas, Dieu merci, au moins jusqu’ici et me concernant).

    Que les choses soient claires: je ne suis pas du tout un adepte de ce qu’on appelle « la légende noire », laquelle est non seulement fausse, mais blasphématoire. Pour moi, Pie XII n’est pas le pape de Hitler (horreur!). Il n’est surtout pas un sympathisant du nazisme, qu’il a combattu avec vigueur, plus que nombre de ses contemporains. Je déplore seulement qu’il ait été beaucoup plus diplomate que prophète, tout en reconnaissant qu’il officiait dans des circonstances extrêmement difficiles et qu’il n’est pas question de le juger à l’aune de ce que nous savons aujourd’hui.

    Donc, pas question d’anathématiser qui que ce soit, ni Pie XII, ni ceux qui, comme moi, ont du mal à supporter que non seulement on ne veuille pas reconnaître l’insuffisance de ses actions, mais qu’on les nie farouchement et qu’on lui tisse, au contraire, des couronnes qu’il ne mérite pas (il en a suffisamment pour qu’on ne lui en invente pas d’autres). Pas de légende noire, donc, mais pas de légende dorée non plus. Or, il me semble que c’est bien ses « fioretti » que les apologètes de ce pape sont en train d’écrire, en instruisant son procès en béatification uniquement à sa gloire. Il manque, dans cette affaire, un véritable « avocat du diable ».

    J’étudie, ex professo, depuis des décennies, les relations entre l’Eglise et le peuple juif. Je ne suis pas précisément ce qu’on appelle une autorité. Une vie professionnelle écrasante et besogneuse ne m’a pas permis, jusqu’ici, de rédiger des ouvrages de référence (celui sur lequel je travaille depuis des années, et que j’achève ces jours-ci, ne sera édité qu’en septembre 2009). Par contre, j’ai écrit des centaines d’articles sur ce sujet et d’autres connexes, et des dizaines d’entre eux sont parus dans des revues spécialisées. Je ne dis pas cela pour m’avantager, mais pour que l’on comprenne que je ne m’aventure pas sur ce terrain en polémiste ou en débatteur médiatique. En effet, très tard venu aux études universitaires, je suis tout sauf un intellectuel arrogant. En outre, je ne prétends pas avoir raison sur tout, et je reconnais que je puis me tromper. Cela m’est arrivé plus d’une fois.

    Mais, avec Pie XII, nous sommes dans une dimension qui dépasse, de loin, le cadre historique. Des millions d’innocents de mon peuple sont morts, en partie à cause de la timidité des responsables religieux et politiques de l’époque. Ce n’est pas que Pie XII, ait été plus déficient que des dizaines d’autres dirigeants mondiaux de cette époque (et pas seulement des hommes de religion !): au contraire, il a même été plus courageux qu’eux dans certains cas. Mais, vous le savez, on attend davantage des digigeants spiriuels, surtout de ceux d’une religion qui se veut d’amour. Aussi, pardonnez-moi si je ne parviens pas, malgré toute ma sincérité, à convaincre ma conscience que ce pape a fait tout ce qu’il a pu pour DENONCER (je n’ai pas dis soulager) l’horreur qu’a subie mon peuple.

    Alors, quand je vois se profiler la perspective (qui me paraît inéluctable) d’une béatification, c’est-à-dire la proposition aux fidèles de cet homme (si méritant qu’il ait pu être en d’autres domaines) comme modèle de sainteté à imiter, je comprends la réaction – politiquement et religieusement incorrecte, mais peut-être prophétique – du G.R. Shear Yashuv (dont le nom, en hébreu – « Un reste reviendra » -, est tout un programme!).

    Ceci étant dit, je ne doute pas de votre sincérité, que je salue cordialement.

    M. Macina

  • Pingback: Peut-on condamner le silence de Pie XII ? « Le bon grain et l’ivraie, apologie du christianisme

  • @ Macina,

    oui c’est bien de cet article dont je parle. Merci de votre réponse.

    Je veux pas polémiquer et en plus je ne suis ni de prés ni de loin historien, ni n’ait jamais écrit le moindre article sur le sujet ! L’histoire de la seconde guerre m’a toujour intressé. J’ai « receuilli » mes propres informations et forger petit à petit ma propre opinion, qui vaut ce qu’elle vaut, sur l’attitude de l’Eglise en particulier depuis le film « Amen » ( dont l’affiche m’avait déjà pas mal choqué mais comme je ne m’étais jamais vraiment penché sur la question, disons que j’allais dans le sens des « on dit que » ). Voilà pour planter le décor, disons que je n’ai aucune compétence experte particulière en la matière.

    J’entends bien ce que vous dîtes. Mais pourquoi tant de reconnaissance apré la guerre ? Vous allez me dire ils n’avaient peut être pas encore pris toute la mesure de l’ampleur de la Shoah.
    pourquoi personne alors n’a dénoncé ce que certains pensent être aujourd’hui une trop grande timidité ? 60 ans aprés c’est trés difficile de repenser un jugement sans se tromper, presque impossible. Le pape a fait ce qu’il a pu dans le contexte de l’époque en agissant pour soulager comme vous dîtes ce qu’il pouvait.
    Pensez-vous vraiment qu’il avait les moyens d’arrêter la Shoah sans entrainer des maux plus grands ?
    Von Galen en allemagne n’a t-il pas renoncé à certains sermons sur demande aussi de certains membres de la communauté juive qui craignaient des représailles de plus en plus terribles ? les juifs eux mêmes ont-ils pris conscience réellement de l’ampleur de l’horreur à laquelle les nazis les vouaient, au début ?
    Est-ce que tout le monde en allemagne a bien réalisé la campagne d’euthanasie massive des handicapés, des homosexuels, des tziganes, a bien réalisé ce qui se préparait, au début ?

    En Hollande, sauf erreur de ma part, lorsque les évèques ont protesté en 1942, ça n’a rien stoppé du tout, au contraire. Il est facile de vérifier ce fait. Et Pie XII je crois d’ailleurs en a été informé à ce moment et ne savait trop quoi faire. Que fallait-il qu’il fasse exactement dans cette situation ?

    des chrétiens ont payé aussi, surtout en allemagne, au début on a éxécuté des dirigeants d’organisations, puis on a jetté dehors des congrégations religieuses, envoyé des prêtres dans les camps, commis des représailles sur des innocents en exemple quand un membre du clergé parlait trop haut, et cela sans que me semble t-il ça arrange quoi que ce soit.

    Le but n’est pas de choquer la communauté juive avec une éventuelle béatification. Le pape n’a rien signé et en a déjà repoussé la signature. Clause je tiens à presciser ouverte par le pape Paul VI lui même en même temps que celle de Jean XXIII en 1965 ! Rien n’est moins sûr quand au fait que Benoit XVI signera un jour ou non ce « papier ».

    Permettez-moi tout de même de trouver que ce n’était peut être pas le lieu pour le rabbin Yashuv de polémiquer ou de lancer comme en contrepoint à ce qui fût pour lui un silence inadmissible un appel aux dirigeants catholiques à élever cette fois leur voix ( c’était ce que ça voulait dire) pour des questions de politique actuelle, épineuses comme on le sait, mais sur lesquelles me semble -il le Vatican a toujours su garder une position équilibrée veillant à ne blesser personne. Finalement son intervention historique au synode aura été masquée, c’est un peu dommage.

    Benoît en latin « celui qui vient au nom du Seigneur », tout un programme également 🙂

    C’est important je pense de maintenir l’amitié et le dialogue judéo-chrétien dans une perspective d’avenir, y compris quand il y a des controverses qui perdurent.

    Cordialement,

  • Si l’on veut tenter de faire une synthèse de vos interventions, Monsieur Macina, il me semble que la question revient encore à celle-ci : Pie XII devait-il prendre la parole pour condamner publiquement le nazisme et l’extermination des juifs ?

    Car, en somme, vous lui demandez d’être plus qu’un homme : un prophète.

    (1) Vous n’êtes pas de ceux qui imputent à Pie XII une quelconque collaboration avec le nazisme, dont vous relevez qu’il l’a « combattu avec vigueur« ;

    (2) Du livre de Dalin, en tant qu’historien formé à « à épingler les affirmations faibles, voire controuvées, et à ne pas commenter ce qui est bon, précisément parce qu’il n’y a rien à contester ni à redresser« , vous contestez l’interprétation de Mit Brenneder Sorge et pointez une lourde erreur sur Amici Israeli. On peut penser que vous ne contestez pas les autres faits rapportés;

    (2) Contrairement à ce que j’ai pu comprendre à la lecture de votre article initial, seuls les ouvrages de Pinchas Lapide sont pour vous des « ouvrages de seconde main« , étant observé que l’on peut ne pas partager votre opinion.

    Or, Pinchas Lapide n’est pas le seul à évoquer le sauvetage des juifs.

    (2.1) Michael Tagliacozzo estime que 80% des juifs de Rome ont été sauvés grâce aux interventions de Pie XII.

    (2.2) Sir Martin Gilbert, lui, estime que « des centaines de milliers de juifs [ont été ] sauvés par l’Eglise catholique, sous la conduite et avec le soutien du pape Pie XII« .

    (2.3) Léon Poliakov, dont vous connaissez la sévérité à l’égard de Pie XII par ailleurs, affirme qu’il ne fait aucun doute que des instructions secrètes ont émané du Vatican pour sauver des juifs. Il mentionne le don de 3O kilos d’or par Pie XII pour payer la rançon exigé par les nazis pour épargner les juifs de Rome et poursuit ainsi : « this direct aid was only the symbolic expression of an activity that spread throughout Europe, encouraging and stimulating the efforts of Catholic churches in almost every country. » Il impute directement aux interventions du Vatican l’arrêt des déportations de juifs en Slovaquie en 1942.

    (3) En bref, il me semble relever d’un raccourci étonnant d’affirmer comme vous le faites que « des millions d’innocents de mon peuple sont morts, en partie à cause de la timidité des responsables religieux et politiques de l’époque« . Ce que l’on peut tenir pour certain, c’est que l’action des responsables catholiques a permis de sauver des milliers, voire des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers d’innocents de votre peuple.

    On peut aussi, je pense, relever qu’aucune religion, aucune institution, aucun gouvernement, n’a fait autant pour sauver les juifs. Et que non seulement aucun n’a autant agi, mais qu’aucun ne s’est davantage exprimé (De Gaulle ? Churchill ? Roosevelt ? Je ne parle évidemment pas de Staline).

    Tout se résume donc à la prise de parole publique. Or, je considère que face à la certitude du sauvetage véritable de milliers de juifs, le bénéfice d’une prise de parole publique est des plus incertains (outre le fait qu’affirmer le contraire relève plus de la divination que de l’Histoire). Je comprends que Mauriac, comme Maritain, auraient préféré entendre la voix du Pape. Mais je pense aussi qu’il aurait été plus facile et plus gratifiant pour le Pape de prendre la parole, pour affirmer une position conforme à ses actions.

    Certains sont forts en paroles mais pas en actes : Pie XII a été plus fort en actes qu’en paroles. Je m’étonne qu’on vienne le lui reprocher. Et j’ai tendance à penser que sa moindre parole a été en parti due à sa formation de diplomate (qui l’a probablement incité à penser que l’action discrète était plus efficace que la prise de parole : mais pouvez-vous jurer avec certitude du contraire ?) et a été, aussi, un sacrifice. Car chacun préfère que l’on sache son action véritable.

    Je comprends que l’on exige davantage du Pape que d’un homme ordinaire. Le fait, donc, que des hommes et des femmes aient été reconnus Justes parmi les Nations alors que leur action (aussi exceptionnelle, courageuse et remarquable fut-elle, même s’il s’est agi de sauver qu’un seul juif) fut moindre n’est donc pas un argument suffisant. En revanche, je trouve étonnant que des membres de l’Eglise catholique qui ont agi sur les instructions directes de Pie XII soient reconnus comme « Justes », ce qui implique un jugement sur la « justesse » de l’action, et que l’on dénie avec autant de vigueur cette reconnaissance à Pie XII (et pire encore, lorsque l’on considère l’épisode la photo de Pie XII à Yad Vashem).

    Contrairement à ce que certains peuvent penser, mon propos n’est même pas directement lié au procès en béatification. Bien évidemment, je dois reconnaître que je préfère que l’Eglise ne béatifie pas une personne dont l’action aurait été trouble. Mais il y a une autre dimension, la simple reconnaissance historique. Or, à cet égard, le chemin est long pour rétablir la seule vérité historique.

  • @ Koz:
    Je réagirai en détail ultérieurement au long, mais remarquable enrichissement de votre précédent exposé (« Pie XII, Juste parmi les nations »), et à votre synthèse du 11 oct. (ci-dessus). En attendant, voici une autre pièce à verser au dossier.

    « Pourquoi Pie XII a-t-il refusé de publier un document sur les Juifs après la guerre? »

    Je crois utile de rappeler la tentative, peu connue du grand public, que fit le grand philosophe thomiste Jacques Maritain, alors qu’il était ambassadeur au Vatican, pour convaincre Pie XII de promulguer un document consacré aux Juifs. Fidèle à mon principe de ne pas redire, en des termes différents, ce qu’ont excellemment exposé des auteurs compétents, je donne ici la parole sur ce point à un historien bien documenté, et non suspect d’être un antipapiste, puisqu’il est professeur d’histoire de l’Eglise moderne et contemporaine à l’Université pontificale du Latran (Rome) (1) :

    «Ce que Maritain souhaitait avant tout, c’était que l’Église elle-même, par la voix de son chef visible, fasse entendre une parole de réprobation sans équivoque pour les actes commis contre le peuple d’Israël. Il s’en ouvrit avec confiance à Mgr Montini dans une longue lettre datée du 12 juillet 1946 (2). Celle-ci est importante, non seulement parce qu’elle est en soi un document à verser au dossier des « silences de Pie XII », mais parce qu’elle jette en toute franchise une ombre sur le grand dessein de reconstruction, centrée autour de l’autorité morale du pontife, dont le substitut [Mgr Montini était alors à la Secrétairerie d’État] et ses amis se voulaient porteurs. Il vaut la peine, pour cela, de citer longuement Maritain :

    « L’inlassable charité avec laquelle le Saint-Père s’est efforcé, par tous les moyens, de sauver et protéger les persécutés, les condamnations qu’il a portées contre le racisme, lui ont attiré la juste gratitude des Juifs et de tous ceux dans lesquels vit encore la caritas humani generis [l’amour du genre humain]… Cependant, et j’ai bien pu m’en rendre compte partout où j’ai passé, ce dont Juifs et Chrétiens ont aussi et par dessus tout besoin, c’est qu’une voix — la voix paternelle, la voix par excellence, celle du vicaire de Jésus-Christ — dise au monde la vérité et lui apporte la lumière sur cette tragédie. Il y a eu à ce sujet, permettez-moi de vous le dire, une grande souffrance par le monde. C’est, je ne l’ignore pas, pour des raisons d’une sagesse et d’une bonté supérieures, et afin de ne pas risquer d’exaspérer encore la persécution, et de ne pas provoquer des obstacles insurmontables à l’action de sauvetage qu’Il poursuivait, que le Saint-Père s’est abstenu de parler directement des Juifs et d’appeler directement et solennellement l’action de l’univers sur le drame d’iniquité qui se déroulait à leur sujet. Mais maintenant que le nazisme a été vaincu, et que les circonstances ont changé, n’est-il pas permis, et c’est l’objet de cette lettre, de transmettre à sa Sainteté l’appel de tant d’âmes angoissées, et de la supplier de faire entendre sa parole. »».

    Et Chenaux de conclure laconiquement :

    « Malgré tous ses efforts, Maritain n’obtiendra pas davantage du pape, qui lui répondra avoir « déjà parlé en recevant une délégation juive » (audience du l6 juillet 1946). (3)»

    Je crois utile d’évoquer également cet autre passage significatif de la lettre de Maritain (4) :

    «Il me semble que si le Saint-Père daignait porter directement sur la tragédie dont j’ai parlé ici les lumières de Son esprit et la force de Sa parole, témoigner de Sa compassion pour le peuple d’lsraël, renouveler les condamnations portées par l’Église contre l’anti-sémitisme, et rappeler au monde la doctrine de saint Paul et les enseignements de la foi sur le mystère d’lsraël, un tel acte aurait une importance extraordinaire, et pour préserver les âmes et la conscience chrétienne d’un péril spirituel toujours menaçant et pour toucher le cœur de beaucoup d’Israélites, et préparer dans les profondeurs de l’histoire cette grande réconciliation que l’Apôtre a annoncée et à laquelle l’Église n’a jamais cessé d’aspirer.»

    On ne peut qu’admirer l’élévation, la force et l’intelligence des arguments de la supplique de Maritain, et s’étonner, par contraste, de ce que cette dernière n’ait pas mû Pie XII à y donner une suite favorable. Qu’avait donc à craindre le pape en élevant la voix, après la guerre ? Les Juifs ne risquaient plus rien (5). Rappelons que l’argument inverse avait été invoqué pour justifier la « discrétion » publique de Pie XII sur le sort du peuple juif, et qu’il l’est encore aujourd’hui par les apologistes inconditionnels de ce pape.

    Faudra-t-il soupçonner que la ‘question juive » le mettait mal à l’aise ? Mais alors, pourquoi ? En 1946, personne n’avait songé à mettre en cause son attitude en la matière. Sauf erreur, à cette époque, pas un livre, pas même un article n’avaient émis, fût-ce par allusion, le moindre doute sur le bien fondé de la réserve publique du pape, durant la guerre, concernant l’abominable persécution dont les Juifs étaient victimes.

    Qu’est-ce donc qui retenait Pie XII d’élever la voix en faveur des juifs, maintenant que la tragédie était consommée ? — Un certain malaise, ou la crainte d’attirer l’attention de l’opinion publique sur une question dont, mieux que quiconque, il connaissait les zones d’ombre, propices à l’oubli historique de l’ambiguïté des attitudes de la hiérarchie religieuse ? — Peut-être. Ou bien le culte de la discrétion, conjugué à un souci maladif de ne pas faire courir le moindre risque à la réputation d’une institution qui se voulait sans reproche ? — C’est vraisemblable.

    Notes

    (1) Philippe CHENAUX, Paul VI et Maritain. Les rapports du «montinianisme» et du «maritanisme», Istituto Paolo VI, Edizione Studium, Roma, 1994, pp. 43-44.

    (2) Texte intégral dans les Cahiers Jacques Maritain, n° 23, Kolbsheim (France), octobre 1991, pp. 31-33. [Cette lettre est également publiée dans le volume III de la Correspondance Journet-Maritain, op. cit., pp. 917-920].

    (3) Il n’est que de se reporter aux journaux de l’époque, qui relatent cette entrevue, pour constater qu’au cours de cette audience, Pie XII parla des dommages de la guerre, sans parler clairement du génocide des Juifs.

    (4) Cf. Cahiers Jacques Maritain, op. cit., p. 33. [Correspondance, op. cit. p. 920].

    (5) Paul Claudel avait écrit, de Brangues, le 13 décembre 1945, à Jacques Maritain : «Rien actuellement n’empêche plus la voix du Pape de se faire entendre. Il me semble que les horreurs sans nom et sans précédent dans l’histoire, commises par l’Allemagne nazie, auraient mérité une protestation solennelle du Vicaire du Christ. Il semble qu’une cérémonie expiatoire quelconque, se renouvelant chaque année, aurait été une satisfaction donnée à la conscience publique… Nous avons beau prêter l’oreille, nous n’avons entendu que de faibles et vagues gémissements (…)» (Cf. Bulletin de la Société Paul Claudel n° 143, Gallimard, 3ème trimestre 1996).

    M. Macina
    [email protected]

    Je voudrais revenir sur une idée reçue consistant à affirmer que c’est aux juifs que faisait allusion Pie XII dans son discours pontifical de Noël 1942. Il y évoquait les «centaines de milliers de personnes qui, sans avoir commis aucune faute personnelle, et parfois pour des raisons de nationalité ou de race, sont destinées à la mort ou à un dépérissement progressif.»

    Mais, outre que le mot ‘juifs’ n’y figure pas, et à supposer que ce soit d’eux qu’il est question dans ce document, je ne crois pas que ce soit faire preuve de mauvais esprit que de trouver bien maigre cette trentaine de mots de compassion dans un discours de quarante-cinq minutes ! D’autant que, durant toute la guerre, le pape ne fit pas la moindre mention publique explicite de l’atroce sort des juifs.

    Plus troublant encore. Il semble que la pudique allusion du discours pontifical précité avait une « double portée », en ce qu’elle visait autant les catholiques polonais, eux aussi terriblement persécutés par les nazis, que les juifs.

    Rappelons que les Polonais, sur le martyre desquels la papauté garda le même silence, se reconnurent aussi dans ce passage. À preuve, un message du président polonais Raczkiewicz qui, avec d’autres personnalités politiques et religieuses en exil, ne cessait alors de harceler le Saint-Siège pour qu’il dénonce publiquement les exactions commises par l’Allemagne nazie à l’encontre de la (catholique) Pologne. Dans un texte daté du 10 février 1943, Raczkiecwicz reconnaît, au nom du gouvernement polonais un exil, que, dans son message de Noël, le pape «a condamné implicitement les cruautés allemandes ; il [le gouvernement polonais un exil] est reconnaissant pour ce qui a été fait, mais il est profondément persuadé qu’une condamnation explicite de ceux qui sèment la mort… rappellerait à la raison les masses allemandes en provoquant une réflexion salutaire et contribuerait à mettre un frein aux crimes commis» (Texte cité par Léon PAPELEUX, Les silences de Pie XII, Nouvelles Éditions Vokaer, Bruxelles, 1980, p. 113).

    Du coup, les termes généraux de « nationalité » et de « races », presque universellement considérés jusqu’ici comme « désignant clairement les Juifs », apparaissent dans une tout autre lumière. On peut légitimement se sentir mal à l’aise en pensant que l’absence de mention explicite des Juifs, tant reprochée à ce passage du message pontifical, a peut-être son origine dans sa « double destination ».

    Ce qui serait regrettable, dans ce cas, ce n’est pas que le pape ait ainsi fait allusion aux juifs ET aux Polonais, mais qu’il ait laissé s’installer et perdurer l’équivoque.

    A ce propos, je voudrais signaler un livre, fort documenté, du professeur Giovanni Miccoli, titulaire d’une chaire d’Histoire de l’Eglise à la Faculté de lettres de l’Université de Trieste. Il a été traduit en français en 2005, sous le titre : Les Dilemmes et les silences de Pie XII, Editions Complexe, 2005.

    Voir la brève mais utile présentation de cet ouvrage, intitulée « G. Miccoli, «Les dilemmes et les silences de Pie XII », Recension par J.-N. Grandhomme». http://www.upjf.org/detail.do?noArticle=12921&noCat=132&id_key=132
    Voir aussi l’article de Miccoli, « Pie XII, Hitler et les Juifs » http://www.upjf.org/detail.do?noArticle=12920&noCat=132&id_key=132

    M. Macina

  • Je suis un peu étonné par votre réaction. Vous qui disiez préférer un dialogue à des monologues juxtaposés, voilà que, plutôt que de répondre à mon commentaire, vous préférez nous gratifier d’un copier-coller émanant de votre site.

    Faut-il donc tenir pour négligeable le fait que le Pape ait contribué à sauver des dizaines voire des centaines de milliers de juifs ? On serait en droit d’attendre autre chose de la part de quelqu’un qui, précisément, fait partie de ce peuple. Rien, donc, dans ce que j’ai pris la peine d’écrire, ne vous interpelle ? Rien n’est suffisamment intéressant pour mériter une réponse ? Ce peu de considération n’est pas très conforme à ce que vous affirmez plus haut. Faut-il donc comprendre, lorsque vous dîtes que le travail d’historien suppose de voir ce qui ne va pas, et non ce qui va, que vous tenez pour peu de choses le sauvetage de milliers de juifs au regard de ce que vous auriez voulu lire dans le message de Noël 42 ?

    Personne – je souligne : personne – n’a fait autant pour les juifs, mais vous renvoyez ça à une « réponse ultérieure » ???

    Vous dîtes ne pas vouloir polémiquer mais je ne trouve pas votre comportement tout à fait cohérent avec cette affirmation. On répond sur la période relative à la guerre, que faites-vous ? Vous portez le débat sur la période postérieure, période sur laquelle au demeurant personne n’avait semble-t-il jusque-là imaginer lui faire de reproches. Permettez-moi de penser que plus de la polémique, cela commence à relever de l’acharnement. Fallait-il, donc, que le Pape établisse un document pour condamner la Shoah ? Me tromperais-je si je pensais que, si le Pape s’était exprimé, vous auriez trouvé autre chose, comme éventuellement le fait qu’il se serait exprimé, soit, mais pas assez fort selon vous ?

    Vous nous parlez pas du message de Noël 42 et qualifiez d' »idée reçue » ce qui relève bien davantage d’un consensus entre historiens. Considérer que par « race », Pie XII pouvait vouloir viser les polonais autant que les juifs me semblent être de mauvaise foi. Tout autant que le fait d’ergoter en 2008 sur l’interprétation possible d’un texte qui n’avait pas laissé place au doute en 1942. Si, donc, vous entendez effectuer un travail d’historien, vous devriez vous placer en 42 pour interpréter le texte.

    Je sais que je vais encore encourir le blâme de votre haute autorité morale pour la vivacité de ma réponse. Passons… Car je suis effectivement choqué par ce que je considère comme des arguties déplacées. Il est difficilement contestable que Pie XII est le « leader » occidental qui a fait le plus pour les juifs – voire le seul leader occidental à avoir fait quoi que ce soit pour eux – mais non, il faut encore aller charcuter le texte de 42 pour voir s’il n’y aurait pas un reproche à en extraire. Vous pourrez m’infliger alors un double blâme car je crois que vous devriez assumer le fait que votre approche est idéologique et non historique.

  • @ Koz:
    Cher Ami, il faudra choisir: vos réponses à mon endroit sont pratiquement toutes ad hominem et souvent agressives.

    Si vous persistez, en effet je ne répondrai pas à vos textes. Ce à quoi, d’ailleurs, rien ne m’oblige.
    Je suis, comme beaucoup de gens, extrêmement occupé. Si vous ne pouvez pas attendre, j’en suis désolé, mais je ne peux bouleverser mon emploi du temps pour vous répondre immédiatement. C’est précisément parce que vos textes sont abondants et riches en arguments qu’il me faut du temps pour les lire et y répondre.

    Si les couper-coller vous agacent, j’en suis marri pour vous, mais c’est ainsi que tout le monde procède sur Internet. Cela fait gagner un temps précieux. Je pourrais, évidemment, m’abstenir de mentionner qu’il s’agit de copier-coller (de mes propres textes), comme le font maints petits malins, mais je ne m’abaisserai pas à ce genre de procédé.

    Si vous pensez qu’il ne faut pas lire les copier-coller, vous perdrez la quasi-totalité du débat.

    Soyez plus cool, svp, et… plus respectueux de votre prochain, cela facilitera les échanges.

    Merci.
    M. Macina

  • @ thierry:
    @ thierry:

    Il n’est pas absolument nécessaire d’être un historien pour donner son avis sur un point d’histoire. Cela aide évidemment, mais cela peut aussi gauchir le raisonnement. Le savoir ne nuit jamais, ce qui nuit, c’est l’usage qu’on en fait.
    Vous raisonnez fort bien, Coz aussi, d’ailleurs, à qui je vais répondre. Je constate, avec satisfaction, que les passes d’armes antécédentes n’ont pas été inutiles, puisque, semble-t-il, elles ont contribué à clarifier, élever, et… pacifier le débat.
    Je réponds à vos arguments.

    Vous avez raison de vous étonner de ce qu’il y a d’abord eu, après la guerre un certain nombre de témoignages positifs, voire chaleureux et reconnaissants envers Pie XII. Mais, à l’exception de G. Meïr – dont j’ai expliqué ailleurs pourquoi elle s’est exprimée ainsi -, la quasi-totalité louaient les EFFORTS DE SAUVETAGE ET DE PROTECTION DES JUIFS, attribués au Pape et à une partie de la hiérarchie catholique (quoique de très nombreux membres du clergé ordinaire et de fidèles laïcs, aient fait infiniment plus), mais pas SES PROTESTATIONS PUBLIQUES, (à l’exception de G. Meïr, dont j’ai donné les raisons ailleurs), et pour cause : elles furent inaudibles (j’entends, du grand public, car les réactions hyperboliques des services secrets allemands, qui passaient à la moulinette les moindres propos du pape, croyant y voir des attaques contre l’Allemagne).
    Il est normal que beaucoup de temps se soit écoulé avant que les reproches (fondés ou non) s’expriment. C’est qu’il a fallu des décennies pour que le jugement des historiens mûrisse, à la lumière de l’examen de milliers de documents d’archive (et il en reste des centaines de milliers non encore exploités…).

    Toutefois, de grandes voix (que nul n’évoque, et j’ignore pourquoi) s’élevèrent, dès le lendemain de la guerre, pour dénoncer cette réserve verbale du souverain pontife.

    Celle du grand philosophe Albert Camus, d’abord :
    « J’ai longtemps attendu, pendant ces années épouvantables, qu’une grande voix s’élevât à Rome. Moi, incroyant ? — Justement. Car je savais que l’esprit se perdrait s’il ne poussait pas, devant la force, le cri de la condamnation. Il paraît que la voix s’est élevée. Mais je vous jure que des millions d’hommes avec moi ne l’avons pas entendue et qu’il y avait alors dans tous les cœurs, croyants ou incroyants, une solitude qui n’a pas cessé de s’étendre à mesure que les jours passaient et que les bourreaux se multipliaient. »
    (Cité par H. FABRE, « L’Église catholique face au fascisme et au nazisme. Les outrages à la vérité », éditions EPO, Bruxelles, 1994, p. 430).

    Et si l’on objecte que c’était un agnostique, j’évoquerai l’écrivain ultra-catholique, André Mauriac, qui, dans un article intitulé « La vérité devenue folle » – publié dans « Le Figaro » des 1-2 février 1948, et si dur pour le pape, que Mgr Montini, alors secrétaire d’Etat du Vatican, s’en était ému -, se demandait ce qui serait advenu :
    « (…) si, au cours de cette guerre dont nous feignons d’être sortis, quelqu’un, sur une des collines de la Ville éternelle, avait refusé de manger et de boire (…) [allusion à Gandhi] Pourquoi aucune folie de cet ordre n’a-t-elle jamais été tentée sur l’une des collines de la Ville éternelle ? Pourquoi (…) jamais ce geste, cet acte inimaginable qui aurait fait tomber à genoux les frères ennemis?»
    (Cité dans « Correspondance Journet-Maritain », Editions Saint-Augustin Parole et Silence, 1998, t. 3, p. 922, note 1).

    Le même, Mauriac écrivait encore, dans sa Préface à l’ouvrage de Poliakov, « Le Bréviaire de la haine » (1951) :
    « Mais ce bréviaire a été écrit pour nous aussi, Français, dont l’antisémitisme traditionnel a survécu à ces excès d’horreur dans lesquels Vichy a eu sa timide et ignoble part – pour nous surtout, catholiques français, qui, devons certes à l’héroïsme et à la charité de tant d’évêques, de prêtres et de religieux à l’égard des Juifs traqués, d’avoir sauvé notre honneur, mais qui n’avons pas eu la consolation d’entendre le successeur du Galiléen Simon-Pierre condamner clairement, nettement, et non par des allusions diplomatiques, la mise en croix de ces innombrables « frères du Seigneur ». Au vénérable cardinal Suhard qui a d’ailleurs tant fait dans l’ombre pour eux, je demandai un jour, pendant l’occupation : « Eminence, ordonnez-nous de prier pour les Juifs… », il leva les bras au ciel : nul doute que l’occupant n’ait eu des moyens de pression irrésistibles, et que le silence du pape et de la hiérarchie n’ai été un affreux devoir ; il s’agissait d’éviter de pires malheurs. Il reste qu’un crime de cette envergure retombe pour une part non médiocre sur tous les témoins qui n’ont pas crié et quelles qu’aient été les raisons de leur silence. »

    Vous reprenez à votre compte la question souvent posée : « Pensez-vous vraiment que [Pie XII] avait les moyens d’arrêter la Shoah sans entraîner des maux plus grands ? » Et vous évoquez, à juste titre, la crainte de représailles que justifierait, d’après nombre d’auteurs, ce qui se produisit, en Hollande, après la protestation des évêques, à savoir : la déportation de tous les juifs – y compris ceux qui étaient convertis au catholicisme.

    Mais la question n’est pas de savoir si le pape de l’époque pouvait « arrêter la Shoah ». Il est évident, aujourd’hui, que c’était impossible (même si ce ne l’était pas forcément, à l’époque). Le vrai problème est celui du témoignage. Les premiers chrétiens qu’on sommait d’abjurer pour avoir la vie sauve, ne se posaient pas la question de savoir s’il était possible de résister à l’immense puissance romaine : ils refusaient de se taire et de renier leur foi. Et finalement, c’est la chrétienté qui convertit l’empire (même si les choses furent moins simples, voir plus ambiguës que ce que j’en écris ici.)

    Quant à votre affirmation, que vous dites « certaine », selon laquelle « l’action des responsables catholiques a permis de sauver des milliers, voire des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers d’innocents de votre peuple », j’ai déjà objecté avec des arguments, sinon « certains », du moins de nature à donner à réfléchir à ces « statistiques » fantaisistes, reprises – hélas, sans recul critique, et uniquement par quelques historiens favorables à la mémoire de Pie XII – de l’ouvrage de vulgarisation de l’historien des religions, P. Lapide (« Rome et les juifs », 1967).

    Hormis le P. Blet (qui lui en laisse, non sans une pointe d’humour, la responsabilité. Je vous recopie ici ce que je répondais, en son lieu, à un internaute qui m’avait grossièrement mis au défi en ces termes http://www.convertissez-vous.com/f/index.php?sujet_id=1394 :
    « [Les plaidoyers de Lapide] « ressortissent davantage d’une apologétique – dont les motifs nous restent obscurs » [écrit M. Macina]. Obscurs en effet, mais pour M. Macina seulement, qui fut comme autrefois ces Grands-Prêtres [sic] qui se bouchaient les oreilles en poussant de grands cris. M. Lapide n’a pas d’autres motifs que de présenter une vérité très simple, c’est pourquoi ils ne semblent obscurs qu’aux seuls qui ont peur de la lumière. »

    En parlant du « plaidoyer » de Lapide, et en écrivant que ses propos « ressortissent davantage d’une apologétique – dont les motifs nous restent obscurs… » je voulais dire ceci. Une telle détermination est étonnante, chez un Juif qui, comme je l’ai écrit, était parfaitement lucide sur le tort considérable causé au peuple juif par nombre de chrétiens. Une explication plausible pourrait bien être celle-ci. Après s’être installé en Allemagne vers le début des années 70, Lapide a fréquenté des cercles chrétiens pro-juifs, pour lesquels il est devenu un pôle d’attention et une référence d’autorité. Il semble même (mais rien dans l’état de la documentation dont je dispose ne me permet de l’affirmer avec certitude) qu’il soit allé aussi loin qu’il est possible à un juif dans l’empathie pour la foi chrétienne, voire davantage. Son admiration pour la foi chrétienne et pour l’Eglise serait pour beaucoup dans le contenu et le ton général de son livre, qui, si l’on ignorait que l’auteur est un juif, eût pu être attribué à un chrétien, voire à un ecclésiastique.

    Mon contradicteur persistait et signait en affirmant :
    « Lapide s’est contenté de présenter des faits objectifs sur [base] des témoignages corroborés par des archives et d’autres documents. Si M. Macina peut prouver que les thèses de M. Lapide dans son ouvrage sur Pie XII sont fausses, qu’il nous montre ses preuves… »

    Ma réponse n’avait pas tardé : je le renvoyais à ce que j’écrivais dans mon article « Ce document sur la Shoah qui ignore ce qui nous peine », Point III 3. http://www.convertissez-vous.com/f/index.php?sujet_id=1025.
    « Pendant et après la guerre, des communautés et des responsables juifs ont exprimé leurs remerciements pour tout ce qui a été fait pour eux, y compris pour ce que le Pape Pie XII fit personnellement ou par l’intermédiaire de ses représentants pour sauver des centaines de milliers de vies juives »
    « Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah », dans Documentation Catholique n° 2179, du 5 avril 1998, IV + note 16. http://www.convertissez-vous.com/f/index.php?sujet_id=568

    Précisons que cette évaluation optimiste s’appuie sur l’affirmation suivante de l’historien israélien P. Lapide (41):
    « …sous le pontificat de Pie XII, l’Église catholique fut l’instrument par lequel furent sauvés au moins 700.000, voire 860.000 Juifs, d’une mort certaine par les mains des nazis. »

    (A suivre)

    M. Macina

  • @ thierry:
    (Suite de mon post précédent)

    Il vaut la peine de citer le texte de la note par laquelle Lapide justifie ses ‘statistiques’ optimistes :
    « Le nombre total de Juifs survivant à Hitler dans la partie de l’Europe occupée – Russie non comprise – grâce en partie à l’aide chrétienne s’élève à 945.000 environ. À ceux-là on doit ajouter les quelque 85.000 que les Chrétiens aidèrent à s’échapper en Turquie, en Espagne, au Portugal, en Andorre, et en Amérique latine. De ce résultat, qui dépasse un million de survivants, j’ai déduit toutes les revendications de l’Église protestante (surtout en France, en Italie, en Hongrie, en Finlande, au Danemark et en Norvège); des Églises orientales (en Roumanie, Bulgarie et Grèce). Il faut encore retrancher tous ceux qui doivent leur vie sauve à des communistes, des agnostiques ou autres Gentils non chrétiens. Le nombre total de vies juives sauvées par l’intermédiaire de l’Église catholique atteint ainsi au moins 700.000 âmes, mais se trouve vraisemblablement plus proche de 860.000. »
    P.E. Lapide, Rome et les Juifs, Seuil, Paris, 1967, p. 270, n. 1

    A ce compte – sur la base même de cette curieuse arithmétique du sauvetage, où ‘survivant’ = ‘sauvé’ -, pourquoi ne pas créditer Churchill, Roosevelt, Staline et leurs armées, du ‘sauvetage’ des millions de juifs ‘survivant à Hitler’ que l’on pouvait dénombrer dans les régions susnommées, au moment de la victoire des troupes alliées ?

    Quiconque connaît les dizaines d’articles de ma main, publiés dans diverses revues au cours des décennies écoulées, aura pu constater que je n’ai jamais nié que des Juifs ont été sauvés, directement ou indirectement, par des hommes d’Eglise et des fidèles chrétiens. Au contraire, je leur ai rendu hommage en plusieurs occasions. Ce que je conteste et contesterai jusqu’à mon dernier souffle, c’est la surenchère statistique qui veut faire accroire que Pie XII « a sauvé, directement ou indirectement » près d’un million de Juifs. Elle est aussi infondée qu’insultante pour la méthode historique. Son but est uniquement apologétique et vise à transformer en « Juste des nations » un pape qui, les historiens sont unanimes à l’affirmer, fut trop diplomate pour être prophète. Voici le contenu intégral de la longue note, d’un de mes articles, intitulé « Pie XII, « pape de Hitler » ? Certainement pas, mais « Juste des nations », c’est pour le moins prématuré » http://www.upjf.org/detail.do?noArticle=13045&noCat=146&id_key=146, que je consacre aux chiffres, aussi fantaisistes qu’exorbitants, avancés par Lapide :

    « Curieusement, quelques années avant la parution de son ouvrage cité, le même Lapide était à la fois plus modeste dans son évaluation et moins exclusif dans son attribution de la paternité des sauvetages. Interviewé par Le Monde du 13 décembre 1963, il déclarait, en effet : « Je peux affirmer que le pape personnellement, le Saint-Siège, les nonces et toute l’Église catholique ont sauvé de 150.000 à 400.000 Juifs d’une mort certaine. » (Cité par A. Curvers, Pie XII, le pape outragé, D.M.M., 1988, p. 44). S’il faut en croire le député Maurice Edelman, qui rapporte les propos de Pie XII, le pape lui-même était beaucoup plus modeste sur le nombre des sauvetages qu’il attribuait à son intervention personnelle, en confiant à son interlocuteur que « pendant la guerre, il avait secrètement donné au clergé catholique l’ordre de recueillir et de protéger les Juifs. Grâce à cette intervention – précisait Edelman -, des dizaines de milliers de Juifs ont été sauvés. » (Gazette de Liège, du 23 janvier 1964, citée par le même Curvers, op. cit., p. 85). Admirons, au passage, ‘l’élasticité’ des chiffres : les « 150.000 à 400.000 » du Lapide du Monde de décembre 1963, devenus, on ne sait comment, « 860.000 » chez le Lapide de Rome et les Juifs de 1967, chutent soudain à quelques « dizaines de milliers » chez le Edelman de la Gazette de Liège de janvier 1964, pour remonter en flèche, jusqu’aux 850.000 du Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, du P. Blet de 1997 (voir ci-dessous). Cette dernière ‘statistique’ fantaisiste et la floraison de louanges et de justifications de Pie XII, dans laquelle elle est comme enchâssée, sont devenues la ‘Vulgate’ de toute relecture apologétique des Actes de ce pape en faveur des juifs, durant la Seconde Guerre mondiale. Et de fait, une évocation explicite en est faite, dans un document du Vatican, en ces termes : « Pendant et après la guerre, des communautés et des responsables juifs ont exprimé leurs remerciements pour tout ce qui a été fait pour eux, y compris pour ce que le Pape Pie XII fit, personnellement ou par l’intermédiaire de ses représentants, pour sauver des centaines de milliers de vies juives » (« Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah », dans Documentation Catholique n° 2179, du 5 avril 1998, IV, p. 338, col. 1-2). On la retrouve dans le livre de vulgarisation qu’a publié, il y a quelques années, l’unique survivant des quatre compilateurs des douze volumes d’archives vaticanes ayant trait à l’attitude du Saint -Siège durant la guerre (P. Blet, Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d’après les archives du Vatican, Perrin, Paris, 1998, pp. 322-323). Voici en quels termes ce religieux contribue, plus encore que les auteurs qui l’ont précédé, à accréditer et à faire connaître urbi et orbi la ‘statistique’ maximalisante de Lapide, non sans en laisser habilement l’entière responsabilité à « l’historien israélien » : « Tandis que le pape donnait en public l’apparence du silence [!], sa Secrétairerie d’État harcelait nonces et délégués apostoliques en Slovaquie, en Croatie, en Roumanie, en Hongrie, leur prescrivant d’intervenir près des gouvernants et près des épiscopats afin de susciter une action de secours, dont l’efficacité fut reconnue, à l’époque, par les remerciements réitérés des organisations juives et dont un historien israélien, Pinchas Lapide, n’a pas craint d’évaluer le nombre à 850.000 personnes sauvées. »

    Tout le monde peut se tromper, bien sûr. Mais ce qui ne trompe pas, par contre, c’est le caractère navrant de cette algèbre de l’apologie rétrospective, qui s’efforce, par tous les moyens, d’étendre le manteau de Noé sur une réserve papale face à l’horreur de la Shoah, considérée depuis comme indécente par des dizaines d’historiens et des millions de personnes. Et s’il n’est pas question de juger, et encore moins de condamner, à près de soixante années de distance, les motifs profonds – dont d’ailleurs nous ignorons tout – du choix de se taire qu’a cru devoir faire Pie XII, en son âme et conscience, il n’est pas davantage question de passer sous silence l’incroyable ‘révision’ de l’Histoire, que constitue l’attribution à Pie XII du sauvetage de « centaines de milliers de vies juives » – qui, en définitive, n’ont dû leur survie qu’à la cessation des hostilités -, pour en créditer Pie XII, au motif que, dans le courant de l’année 1944, « sa Secrétairerie d’État harcelait nonces et délégués apostoliques » des pays en conflit, « afin de susciter une action de secours » (cf. Blet, op. cit., ibid.). Un tel procédé, on en conviendra, relève davantage de la légende dorée ou des Fioretti que de l’histoire. À ce titre, il n’aurait pas dû trouver place dans un document censé exprimer une démarche de pardon et de conversion (teshuvah), et destiné à être lu par les chrétiens du monde entier. »

    Pour ma part, jusqu’à plus ample informé, je m’en tiens à cette brève déclaration du défunt cardinal Döpfner, que je cite dans toutes mes interventions, orales ou écrites, sur ce sujet, tant elle me paraît sage et marquée au coin du bon sens :

    «Le jugement rétrospectif de l’Histoire autorise parfaitement l’opinion que Pie XII aurait dû protester plus fermement. On n’a cependant pas le droit de mettre en doute l’absolue sincérité de ses motifs, ni l’authenticité de ses raisons profondes.»
    Cité par Léon Papeleux, «Les silences de Pie XII», éditions Vokaer, Bruxelles, 1980, p. 168.

    Permettez-moi, pour finir, d’évoquer ce passage de la « Déclaration de repentance » http://www.convertissez-vous.com/f/index.php?sujet_id=1060, lue, je le rappelle, par Mgr Olivier de Berranger, devant le Mémorial de Drancy, le 30 septembre 1997. Il ne contient pas une once d’apologie, et remet, si j’ose dire, l’église au milieu du village. Même s’il ne concerne formellement que l’Eglise de France, j’estime qu’il peut, mutatis mutandis, s’appliquer à l’Eglise dans sa globalité :

    « Devant l’ampleur du drame et le caractère inouï du crime, trop de pasteurs de l’Église ont, par leur silence, offensé l’Église elle-même et sa mission. Aujourd’hui, nous confessons que ce silence fut une faute. Nous reconnaissons aussi que l’Église en France a alors failli à sa mission d’éducatrice des consciences… Cette défaillance de l’Église de France et sa responsabilité envers le peuple juif font partie de son histoire. Nous confessons cette faute. Nous implorons le pardon de Dieu et demandons au peuple juif d’entendre cette parole de repentance. »

    « … si, parmi les chrétiens, clercs, religieux ou laïcs, les actes de courage n’ont pas manqué pour la défense des personnes, nous devons reconnaître que l’indifférence l’a largement emporté sur l’indignation et que devant la persécution des juifs, en particulier devant les mesures antisémites multiformes édictées par les autorités de Vichy, le silence a été la règle et les paroles en faveur des victimes, l’exception. Pourtant, comme l’a écrit François Mauriac, «un crime de cette envergure retombe pour une part non médiocre sur tous les témoins qui n’ont pas crié et quelles qu’aient été les raisons de leur silence». Le résultat, c’est que la tentative d’extermination du peuple juif, au lieu d’apparaître comme une question centrale sur le plan humain et sur le plan spirituel, est restée à l’état d’enjeu secondaire. Devant l’ampleur du drame et le caractère inouï du crime, trop de Pasteurs de l’Église ont, par leur silence, offensé l’Église elle-même et sa mission.

    Aujourd’hui nous confessons que ce silence fut une faute. Nous reconnaissons aussi que l’Église en France a alors failli à sa mission d’éducatrice des consciences et qu’ainsi elle porte avec le peuple chrétien la responsabilité de n’avoir pas porté secours dès les premiers instants quand la protestation et la protection étaient possibles et nécessaires, même si par la suite il y eut d’innombrables actes de courage.

    C’est là un fait que nous reconnaissons aujourd’hui. Car cette défaillance de l’Église de France et sa responsabilité envers le peuple juif font partie de son histoire. Nous confessons cette faute. Nous implorons le pardon de Dieu et demandons au peuple juif d’entendre cette parole de repentance. »

    Cordialement

    Menahem Macina

  • si le pape en 42 ne parlait pas des Juifs alors pourquoi le NY Times du 25/12 titrait « le Pape prend la défense des juifs » ?

    Il est facile de retrouver la documentation de l’époque, de voir ce que la presse libre en pensait !

    La position « pro-juive » de Pie XII ne faisait plus aucun doute pour les nazis.

    « Face à Herr Ribbentrop, le Pape a pris la défense des Juifs allemands et polonais » souligne le même journal du 14 mars 1940 cette fois.
    En 1942, Pie XII proteste auprès du gouvernement de Vichy contre les arrestations inhumaines et les déportations de Juifs, au point que Goebbels répand par millions un pamphlet traitant le pape de pro-juif, la propagande nazie avait même fait courir la rumeur que son prédecesseur Pie XI était à moitié juif et que lui l’était complétement.
    Ses détracteursa affirment que son discours de Noël 1942 n’est pas assez virulent, alors qu’il est plutôt explicite pour ses contemporains. Ce qui est révélateur, ce n’est pas la manière d’interpréter 60 ans plus tard, mais bien ce qui en a été compris sur le moment.

  • « peu importe » le nombre exact de juifs sauvés directement ou indirectement, à partir de combien pourrait-on être déclaré juste ?? ça n’a pas de sens, j’en suis d’accord. Par contre de nombreux juifs ont clairement été caché directement au Vatican , des familles même à Castel Gandolfo et plaçés sous la protection directe du pape. Tout ces gens qui ont exprimé leur immense gratitude au lendemain de la guerre ou de la mort du pape, ce nest quand même pas anodin. C’est clair que si on s’en tient aux témoignages d’alors , comme le dit David Dalin, rarement dans l’Histoire un pape ne fût autant loué par les juifs pour ce qu’il a fait pour les aider.

    Si en Italie il y ut bcp plus de juifs qui survécurent, je ne crois pas que ce soit le simple fruit du hasard. Pourquoi là alors qu’ailleurs c’était plutôt l’inverse ?

    L’Eglise de France n’est pas l’Eglise de Rome. Il ne fait pas de doute quand à la compromission globale de l’épiscopat français au régime de Vichy. Il n’en est pas de même partout ailleurs ou à Rome.
    par ailleurs quand on sait la proportion que représentaient les catholiques à l’époque..il est évident que des fils de cette Eglise avaient commis des atrocités dont elle devait se repentir.

  • @ thierry:

    @ thierry:

    Eh bien, Thierry, allez à la Bibliothèque Nationale ou dans les services d’archives des journaux français et italiens de l’époque, et je gage que vous ne trouverez pas le moindre écho de ces deux articles du NY Times.

    Essayons d’éviter les anachronismes. Dans les années 40, il n’y avait pas Internet et on ne pouvait pas retrouver un article du NY Times par une recherche électronique !
    Vous connaissez, j’espère, la manière dont fonctionnait (et fonctionne encore souvent aujourd’hui) la presse. Un correspondant à Rome, apprend par une confidence d’un Monsignore que le Pape aurait dit ceci ou cela à telle personnalité, et le journaliste de câbler le ‘scoop’ à son journal. Mais ce n’est pas ainsi qu’on écrit l’histoire.

    Ceci pour vous dire que des articles parus, ici ou là (il y en a eu d’autres, croyez moi), surtout dans la très lointaine Amérique, étaient totalement inconnus de la presse d’autres pays, et n’étaient donc pas de nature à contrebalancer l’absence d’une déclaration publique, officielle et énergique en faveur des juifs, qui seule eût pu bénéficier d’une couverture de presse mondiale, et mettrait aujourd’hui d’accord tous les historiens.

    Non, Thierry, le discours de Noël 1942 n’était pas « plutôt explicite pour ses contemporains », comme vous l’affirmez. Lisez les historiens spécialisés dans cette époque, ils vous le confirmeront. J’étais très jeune en 42, mais, vers 1958 – date du début de mes investigations, après avoir lu l’ouvrage de Poliakov (ça ne me rajeunit pas !), j’ai questionné des contemporains des événements, haut placés durant la guerre et encore vivants à l’époque: ils m’ont confirmé qu’ils n’avaient jamais entendu parler ni de la phrase de l’homélie pontificale de Noël 1942, ni d’une quelconque protestation du pape à propos de la politique de déportation des juifs du Gouvernement de Vichy.

    Il faut toujours prendre garde qu’il ne nous arrive pas ce qui se produit quand on regarde des mouvements de foule à l’aide d’un télescope puissant : la profondeur de champ est abolie et tous les personnages semblent être sur le même plan.

    En histoire, le télescope est proscrit. Nous en sommes réduits au travail de fourmi que font les vrais spécialistes : la consultation des archives (pas seulement vaticanes, mais celles des Etats et de la presse, entre autres), puis le difficile travail d’interprétation qui suit.

    Vous citez ce que vous avez lu, ici et là. Par exemple, pouvez-vous m’indiquer la source, tirée des archives du Vatican, établissant, sans contestation possible, qu’en 1942, « Pie XII a protesté auprès du Gouvernement de Vichy contre les arrestations inhumaines et les déportations des Juifs » ?

    Vous confondez, semble-t-il avec la réaction du nonce Valeri, à propos du rapport rédigé, à la demande du maréchal Pétain, par Léon Bérard, ambassadeur français près le Saint-Siège. Ce dernier y affirmait, en effet:

    « Comme quelqu’un d’autorisé me l’a dit au Vatican, il ne nous sera intenté nulle querelle pour le statut des juifs… »
    (Cité in G. Miccoli, « Les Dilemmes et les Silences de Pie XII », édit fcse 2005, p. 380).

    Mgr Valeri n’apprécia pas les propos émis à la cantonade par le maréchal Pétain, au cours d’un dîner en présence des ambassadeurs du Brésil et d’Espagne, épisode ainsi relaté par Miccoli :

    « Il [Pétain] amena la conversation sur la législation récente sur les Juifs, « prétendant avoir reçu une lettre de Léon Bérard dans laquelle celui-ci affirmait que le Saint-Siège, bien qu’il trouvât certaines dispositions dures et un peu inhumaines, n’avait, dans l’ensemble, pas d’observations à faire. » »

    Et Miccoli de poursuivre :

    « Le nonce réagit vivement, « surtout à cause des personnes présentes », comme il le précisa au Cardinal Maglione [secrétaire d’Etat du Vatican]. Il rappela que « le Saint-Siège avait déjà fait connaître ses idées sur le racisme qui était à la base de toutes les dispositions prises à l’égard des Juifs », et conclut que Bérard « ne pouvait pas s’être exprimé de manière aussi simpliste ». »

    La suite de l’histoire est confuse. Je cite à nouveau Miccoli (qui, je le précise, n’est pas le seul à relater les événements de cette manière) :

    « Le nonce remit à Pétain une brève note dans laquelle il relevait « les graves inconvénients qui surgissaient, du simple point de vue ‘religieux’, de la législation actuellement en vigueur, par ailleurs assez confuse ».

    Les éditeurs des « Actes et Documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale » (ADSS), n’ont pas jugé utile de la publier, contrairement, faut-il préciser, à ce qu’ils ont fait dans d’autres cas similaires, tandis que [Angelo] Martini [l’un des éditeurs des ADSS, aujourd’hui défunt] en parle comme d’une « Note de protestation ».

    L’exagération semble évidente : elle n’est d’ailleurs pas rare dans un certain type d’historiographie, souvent documentée avec sérieux, mais trop influencée par des préoccupations apologétiques. »
    Affirmation sévère que Miccoli commente – et documente – dans la note 594, pp. 423, de son ouvrage, dont je recommande vivement, une fois de plus, la lecture à ceux qui veulent aller plus loin.

    Notez également que les éditeurs des ADSS soutiennent que

    «aucun document du Vatican ne vient confirmer la version que donne Bérard de son échange informel ».

    Et Miccoli, qui cite d’après ADSS, 8, p. 32, et P. Blet (« Pie XII et la Seconde Guerre mondiale d’après les archives du Vatican », Perrin, Paris, 1998, p. 263) de préciser dans sa note 589 :

    « Les éditeurs [des ADSS] observent aussi ceci : « L’ambassadeur de France exécuta sa mission avec tant de discrétion, qu’on ne retrouve au Vatican aucun document français relatif à cette affaire » (ADSS, 8, p. 31)… » »

    Si vous avez eu la patience de lire l’analyse (un peu technique, je le reconnais) qui précède, vous conviendrez, j’espère, que l’on ne peut écrire, comme vous le faites, que « Pie XII a protesté auprès du Gouvernement de Vichy contre les arrestations inhumaines et les déportations des Juifs ».

    Je suis désolé d’être, dans ce débat, l’empêcheur de louer en rond l’attitude à l’égard des Juifs, du Vatican, en général, et de Pie XII, en particulier, au moins en ce qui concerne la « discrétion » verbale excessive de leur défense d’un peuple massacré, dans l’indifférence et le silence presque général des responsables religieux et politiques de l’époque.

    Cordialement.
    M. Macina

  • Bon, je clos ce débat qui tourne en rond. Monsieur Macina, non, les copier-coller ne sont pas le propre du Net. Le propre du Net, c’est le lien hypertexte qui, précisément permet d’éviter de noyer le contradicteur sous ses textes précédents, ce qui vire, précisément, au flooding.

    En matière de respect de l’autre, puisque vous persistez dans les leçons de morale à mon égard, il est un principe de base : lire ce que l’autre écrit et lui répondre. J’observe que vous êtes extrêmement occupé et que votre « emploi du temps ne peut être bouleversé » lorsqu’il s’agit de me répondre, pas quand il s’agit de partir dans de nouveaux développements.

    Ainsi, chaque réponse vous voit déplacer le débat sur un autre point. Et vous donne l’occasion de monologuer de nouveau.

    Je considère que chacun aura largement de quoi se faire une opinion. Dans le cas contraire, l’url du site de Monsieur Macina a été largement mise à disposition.

    Si Monsieur Macina se sent frustré, baillôné, censuré, outragé, il lui reste la possibilité d’exploiter la tribune que constitue son site et de l’ouvrir aux commentaires, ce qui lui laissera la possibilité de goûter aux délices de la gestion des commentaires… et des commentateurs.

  • @ Macina

    Je comprends que les juifs aient un contentieux avec les chrétiens en général et les catholiques en particulier. Il me paraît souhaitable, même si c’est douloureux et parfois houleux, d’examiner ensemble l’histoire de nos relations. Cette histoire, hélas, ne manque pas de pages sombres.

    Cela accordé, il me semble difficile de contester ceci :

    1) sur la durée, les papes, dans le cadre du monde où ils vivaient, ont été des protecteurs des juifs; en « France », il valait mieux être juif du pape que juif du roi !

    2) Pie XII, absolument et surtout comparativement à l’ensemble des responsables religieux et politiques de son époque, a beaucoup oeuvré en faveur des juifs.

    La discussion sur savoir si Pie XII aurait pu en faire plus ne peut avoir de conclusion.

    Ce que je ne comprends pas, c’est l’acharnement sur Pie XII, cette obsession sur ce qui est une page blanche, alors qu’il y a dans l’histoire des relations de l’Église avec les juifs tant de pages plus sombres. Si c’est la polémique que l’on cherche, ce n’est pas, et de loin, le meilleur sujet.

    Alors pourquoi cet acharnement ?

    Bien à vous.

  • @ Aristote:

    Curieuse, cette accusation d’acharnement. Je connais des juifs acharnés, mais aussi des chrétiens qui le sont tout autant. Alors pourquoi mettre tout le monde dans le même panier? Il ne faut pas confondre ténacité et entêtement.

    Ce n’est pas faire preuve d’acharnement que d’avoir de la suite dans les idées et de ne pas être convaincu par les arguments qu’on vous assène. Par exemple, en ce qui me concerne, plusieurs d’entre vous ne cessent de répondre A CÔTE de ce dont je parle.

    Je déplore la rareté et surtout l’hyper discrétion des propos de Pie XII à dénoncer la persécution des juifs, je déplore CE QU’IL N’A PAS DIT et l’on me répond par CE QU’IL A FAIT. On pourrait poursuivre ainsi jusqu’à la fin des temps.

    Relisez mes posts et vous verrez que j’ai largement reconnu les actions, directes ou indirectes, de sauvetage attribués au Pape – quoique avec excès en prenant pour argent contant les statistiques exorbitantes de Lapide, http://www.convertissez-vous.com/f/index.php?sujet_id=1394, et à certains prélats, et surtout à des prêtres, des religieux et religieuses, et des laïcs chrétiens.

    Mais concernant le quasi-silence de Pie XII, pendant et même APRES la Shoah, personne ne m’a fourni des arguments crédibles.

    Je me fie surtout aux travaux des historiens, et je regrette qu’en cet aréopage, on n’en fasse guère cas. Tous se passe comme si le seul spécialiste audible et crédible était Dalin. On y adjoint fébrilement deux ou trois auteurs juifs (qui, eux, n’ont pas écrit de livre sur le sujet, mais donné plus ou moins brièvement leur avis) et l’on zappe même des historiens et théologiens catholiques qui ne « dalinent » pas en rond.

    C’est un peu décevant.

    Mais j’apprécie le débat, à condition qu’on ne me fasse pas de procès d’intention au motif que je persiste et signe à propos de ma seule doléance, que je rappelle, une fois de plus : déficit de DECLARATIONS et non d’ACTIONS, dans le chef de Pie XII.

    Cordialement.

    Menahem Macina

  • Dans son article « Pie XII et les Juifs », mis en ligne plus haut, Koz constate qu’il n’existe pas de version française de l’encyclique de Pie XI, « Mit Brennender Sorge » contre le nazisme, et en cite un passage en anglais.

    Je signale, à toutes fins utiles, qu’il existe une version française de ce texte (sans garantie vaticane, certes, mais tellement utile pour les non-germanisants, dont je suis).

    Elle a été mise en ligne dans les pages Web de « Les bons textes » http://lesbonstextes.ifastnet.com/pximitbrennendersorge.htm, et je l’ai reprise sur le site convertissez-vous, sous le titre : « Lettre encyclique ‘Mit brennender Sorge’ (avec une brûlante inquiétude), de Pie XI (1937) »
    http://www.convertissez-vous.com/f/index.php?sujet_id=1323

    Menahem Macina

  • Dans un accès de bonhommie, j’ai validé ces deux derniers commentaires. Ils me semblaient, une fois de plus, devoir clore ce qu’il faut malgré tout qualifier d’échange entre Monsieur Macina et moi.

    Il m’aurait semblé suffisant de prendre acte de notre divergence, comme le fait Monsieur Macina ci-dessus, à savoir qu’il considère qu’en plus du sauvetage des juifs, Pie XII aurait dû s’exprimer autrement.

    Je pense que nombreux seront ceux qui seront intéressés de savoir que Monsieur Macina ne conteste pas le fait que Pie XII ait sauvé des juifs, ce qui est manifestement ignoré par la plupart des gens.

    Malheureusement, Monsieur Macina a jugé utile de reproduire intégralement mon billet, sans bien évidemment solliciter mon autorisation, sur le site dont il est le webmaster, assorti d’un chapeau pour le moins sommaire, qui contredit on ne peut plus clairement ce que Monsieur Macina énonçait plus haut, à savoir qu’il n’intervenait pas comme « polémiste » – ce chapeau est encore empreint d’une « approximation » évidente, regrettable pour quelqu’un qui semble vouloir traquer les erreurs chez les autres : considérer que les commentaires sur Rue89 ont été majoritairement favorables à Pie XII est en effet pour le moins divertissant. Ceux qui connaissent Rue89 ne manqueront d’en sourire avec moi.

    Manifestement, pour Monsieur Macina, comme il l’a dit lui-même, le copier-coller est le propre d’Internet. Il faut toutefois rappeler que mes billets qui, au demeurant, nécessitent un certain travail, sont protégés par les droits d’auteur. A ce titre, seule une courte citation est autorisée. J’ai demandé à Monsieur Macina d’y remédier. J’ose espérer que ce sera le cas et que quelqu’un qui s’affirmait soucieux de nétiquette, ne manquera pas de respecter la loi.

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  • Pauvre Koz. Il ne sert malheureusement de rien de débattre avec vos contradicteurs : ils ne s’intéressent qu’à la forme ; le fond finalement les intéresse peu. Tactique éculée de mauvais avocat : lorsqu’on a rien sur le fond, on pinaille et ergote sur la forme. Mais c’est déjà un grand progrès qu’ils reconnaissent in fine que Pie XII a sauvé des Juifs. Ils ne leur restent plus qu’à polémiquer sur les chiffres – hasardeux il faut le reconnaître – de Pinchas Lapide.

    Mais ils auront tout de même bcp de mal à dénigrer tous les auteurs juifs qui ont défendu ou défendent avec noblesse la mémoire de Pie XII (David Dalin, mais aussi Jeno Levai, Joseph Lichten, Martin Gilbert etc.) sans se dénigrer eux-mêmes au bout du compte.

    Ainsi la critique de l’ouvrage de Dalin se résume à une querelle de date, et une polémique inutile sur l’encyclique « Mit Brennender Sorge » (Dalin ne dit nullement qu’elle prend la défense des Juifs – cette encyclique est adressée à l’Eglise d’Allemagne – il dit que les Nazis l’ont interprêtée comme telle, nuance de taille). Sur le fond il n’y a rien à opposer contre les documents avancés par Dalin en faveur de Pie XII.

    Enfin je ne vois pas pourquoi l’apologétique serait ici une faute mortelle : l’apologie est une défense, et Pie XII fut l’objet d’attaques nauséeuses, de calomnies et de libelles. Il faudrait donc laisser insulter et calomnier sans répondre ? Nous répondons aux accusations par des documents d’archives, et ces langues de serpent et hypocrites nous rétorquent apologétique !
    Il convient de ne pas oublier que s’il n’y avait pas eu mensonges et manipulations, il n’y aurait pas eu besoin de tous ces exercices d’apologétique.
    Voilà : nous, apologètes, nous constatons que nous nous appuyons sur des documents d’archives et des témoignages de première main, quand les accusateurs n’ont que leurs sophismes et leurs techniques de plaidoirie et de manipulation à nous opposer.
    Leurs thèses d’apprentis-historiens méthodiquement démontés, ils désertent le terrain de l’histoire stérile à leurs thèses, et se rabattent dans la posture morale, dans le « si » de l’histoire-fiction.
    Tartuffiards de l’Histoire.

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