Outrages et magistrats

Il y a une limite à ne pas vouloir hurler avec les loups : celle de ne pas gueuler un coup.

Sur cette affaire de Pornic, fallait-il nécessairement « trouver des responsables » ? La polémique et la division devaient-elles s’ajouter à la pire des horreurs ?

Malheureusement, plus que de dégager les vraies responsabilités, l’exécutif donne le sentiment de se livrer à un mistigri préventif : s’empresser d’orienter le courroux de l’opinion publique, qui ne s’était pourtant pas exprimé, vers d’autres que lui-même. Ce faisant, le pouvoir flatte – paradoxalement, compte tenu de ses références revendiquées – cette tendance de fond de la société, trop souvent à l’œuvre : le refus du risque et l’illusion de maitrise, sans parler de l’esprit de vindicte plus que de raison.

Bien sûr, il serait inaudible voire, plus encore, scandaleux qu’un pouvoir se contente d’un « ça arrive » face au probable viol et au meurtre ignoble d’une belle jeune fille innocente, déjà marquée par la vie, coupable de douceur.

Mais Tony Meilhon n’était pas un prédateur sexuel. Il était dangereux, il était violent. Mais s’il faisait l’objet d’un suivi, c’était à la suite d’un « outrage à magistrat ». Autant dire que la Justice l’aurait nécessairement eu à l’oeil, voire dans ses murs, s’il avait tenté de remettre le couvert d’un tel outrage. Rien qui justifiait un traitement prioritaire. Au demeurant, rien ne permet non plus d’affirmer qu’une exécution parfaite de son suivi judiciaire aurait évité ce drame, ou un autre. L’ignoble fait partie du monde, comme le mal fait partie de nous.

François Fillon a trouvé la réaction des magistrats « excessive », ils s’en sont étranglés. Pourtant « excessif » n’est pas « infondé » : c’était déjà ça de gagné. Pour ma part, je la comprends. Personne ne peut accepter de se voir ainsi imputer la responsabilité d’une telle horreur. Et, en l’occurrence, les services responsables du suivi pénitentiaire avaient alerté leur hiérarchie à plusieurs reprises, et par écrit, sur leur manque de moyens et sur l’impossibilité de suivre effectivement chaque dossier. On ne peut pas, non plus, laisser courir l’idée d’une Justice laxiste. Il existe, bien sûr, des juges laxistes comme il existe des procédures bâclées. Mais les quelques audiences pénales auxquelles j’ai pu assister ne m’ont jamais donné l’impression d’une Justice permissive. En revanche, chacun de mes contacts avec la Justice civile ou pénale m’amène à relever son absence criante de moyens, comme en témoignent les magistrats.

Dire ceci, ce n’est donc pas prendre le parti des magistrats-qui-relâchent-les-récidivistes. Au demeurant, des magistrats aussi peu suspects de laxisme que Philippe Bilger et Eric de Montgolfier ont également protesté. Aussi critique soit-il sur le mouvement des magistrats, Philippe Bilger considère « qu’en l’occurrence les magistrats mis en cause par le président, pour ne parler que d’eux, n’ont pas à être incriminés mais qu’ils ont été les victimes d’un pouvoir politique inefficace, voire impuissant ». Eric de Montgolfier, pour sa part, a dénoncé « une espèce de point d’orgue à toutes les attaques dont le corps judiciaire a fait l’objet au cours de ces dernières années ».

« Que puis-je dire à la famille de Laëtitia ? » a demandé Nicolas Sarkozy. Puisqu’il serait évidemment inhumain, aussi vrai cela soit-il, de laisser entendre que « le risque zéro n’existe pas » : rien. Rien qui ne l’incrimine pas, lui ou l’Etat au-delà de lui et de sa présidence. Ou peut-être affirmer sa compassion, et présenter les excuses du pays, pour une faillite collective.

L’une des responsabilités se traduit ainsi dans ce chiffre, annoncé ce matin : la France connaît un déficit record de 148.800.000.000 euros. Dans ces conditions, de plus en plus insupportables, les choix sont faits par défaut. Le coût devient un argument dans le débat sur la fin de vie. Il devient un paramètre du suivi des délinquants et criminels et ce, alors même que la France ne consacre que 0.19% de son PIB à la Justice, ce qui la place au 37ème rang européen sur 43, comme le confirme ce rapport de la Commission Européenne pour l’Efficacité de la Justice.

Cette faillite collective, fruit de nos revendications permanentes, de nos attentes et d’un Etat corpulent, entraînera d’autres échecs. Elle dépasse évidemment très largement, même si elle l’inclut, la responsabilité de l’exécutif actuel. En revanche, il fut un temps où l’on disait que « la France peut supporter la vérité ». Cette vérité-là, elle ne pouvait évidemment pas être dite à la famille de Laëtitia. Elle doit en revanche être dite au pays, un pays qui a bien besoin aujourd’hui de respect, de considération, d’exemplarité et d’unité. On aimerait que cette vérité soit dite »face aux Français », jeudi.

crédit photo : Wolfgang Staudt

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d’un titre.

Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire – Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

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57 commentaires

  • Parfaitement d’accord avec votre vision sur les propos excessifs du Président, sur l’impossibilité de prévoir ce meurtre, la difficulté de la prévenir, au vu du passé de l’auteur suspect, même si tous les moyens prévus, nécessaires, avaient été affectés. Mais je trouve, comme le PM, la réaction des magistrats aussi excessive. Et solidement corporatiste.

    Quand à la question des moyens de la Justice, il faut la discuter dans son ensemble: comme tout secteur, comme l’éducation par exemple, il est indispensable que la réflexion sur l’organisation, les améliorations et simplifications possibles aille de pair avec les augmentations de budget demandées.
    Je suis certain que votre profession et votre esprit aiguisé vous conduiraient à des propositions.

  • Bonjour,

    Ce point est mineur par rapport au reste de l’article, mais pourquoi préciser que la jeune femme était « belle et innocente » ? Cela accroît-il l’horreur du crime ? Eût-il été plus acceptable si la victime avait été moche et odieuse ? Le mentionner, n’est-ce pas aller dans le sens de tous ceux qui veulent mettre la victime au centre du processus judiciaire (puisqu’alors on ne juge pas tant l’acte que la perte subie par la famille) ?

    Enfin, ce qui me dérange, c’est que tous les magistrats révoltés (et on le serait à moins, la récupération politique de ce fait divers est odieuse) passent sous silence les erreurs parfois commises (vous ne le mentionnez que pendant une phrase) par les juges. Cela me donne (peut-être à tort) l’impression d’un corporatisme où il ne s’agit pas tant de faire prendre à chacun conscience de sa responsabilité que de défendre l’honneur des magistrats.

    Un syndicat est finalement comme un avocat: il ne présente que les éléments en faveur de ceux qu’ils défendent et ne cherche pas particulièrement la vérité (laissant le soin à la partie adverse de présenter les arguments opposés). J’ai beau le savoir, ça m’empêche de me rallier pleinement à cette lutte dans laquelle je vois deux parties nier toute faute.

  • Nicolas a écrit : :

    Ce point est mineur par rapport au reste de l’article, mais pourquoi préciser que la jeune femme était « belle et innocente » ? Cela accroît-il l’horreur du crime ?

    Il ne s’agit pas de juger si le fait que cela entre en ligne de compte est moral ou pas, mais il est évident que ce crime prend une portée symbolique plus forte encore. C’est Cosette qu’on assassine.

    francis a écrit : :

    Mais je trouve, comme le PM, la réaction des magistrats aussi excessive. Et solidement corporatiste.

    Elle est dénigrée et prise à partie dans son ensemble. Il n’est pas surprenant qu’elle réagisse collectivement.

    Au demeurant, j’ai pris soin de citer Philippe Bilger et Eric de Montgolfier, qui ne sont ni laxistes ni complaisants avec leur profession.

    Par ailleurs, trouvez-moi donc une profession exempte de fautes… En ce qui concerne les juges, ils en font, oui, bien sûr. Mais on oublie trop vite que la Justice (en tout cas, celle-là) est humaine, et qu’elle traite de l’humain.

    francis a écrit : :

    Quand à la question des moyens de la Justice, il faut la discuter dans son ensemble: comme tout secteur, comme l’éducation par exemple, il est indispensable que la réflexion sur l’organisation, les améliorations et simplifications possibles aille de pair avec les augmentations de budget demandées.

    Je suis parfaitement d’accord avec ça. On ne peut pas réclamer « plus de moyens », comme on le fait en effet trop souvent dans l’éducation, sans engager une telle réflexion. Néanmoins, notre 37ème rang européen sur 43 laisse penser que nous avons de la marge.

  • Terrible paradoxe que ce pays où la dépense publique croît de façon inexorable (bientôt 60% du PIB) et où tous les services publics sans exception (police, justice, armée, santé, éducation, infrastructures…) se plaignent du manque de moyens.

    Peut-être est-il temps de cesser de juger l’action publique comme les start-ups de la bulle internet : en fonction des sommes dépensées. Gérer une organisation, ce n’est pas comme jouer à SimCity et faire glisser un curseur sur une réglette d’allocation de budget. Gérer une organisation, c’est mettre en place les mécanismes qui feront qu’un euro alloué sera efficacement investi.

    Bien sûr, ça demande de définir des objectifs, des priorités, faire des choix. Tout ce que détestent les politiques qui n ‘aiment rien tant que promettre tout et son contraire.

    Appliqué à la justice, ça veut dire que la question n’est pas de savoir si elle doit être moins laxiste (ça veut dire plus d’Outreau?) ou moins sévère (ça veut dire plus de criminels en liberté?). Elle doit être plus efficace et plus juste. Il y a des juges laxistes, comment on les identifie, comment on les sanctionne, comment on les corrige? Il y a des juges qui abusent de la détention provisoire, mêmes questions.

    S’agissant de Sarkozy, en bon socialiste de droite il reprend les méthodes qui ont fait la preuve de leur efficacité : le soupçon systématique envers ses ennemis politiques dès que la situation leur est vaguement inconfortable. Les socialistes de gauche font rigoureusement la même chose, mais avec les flics comme boucs émissaires. Ca marche bien aussi.

  • Les gouvernements ont abandonné (un peu excessif, negligé?) les fonctions régaliennes de l’état qui ne lui apportent pas trop de visibilité, et donc ne contribuent pas a leur réélection, au profit d’actions beaucoup plus voyantes et couteuses pour le plus grand bonheur de leurs clientèles (ce qui justifie qu’on parle d’un système social-clientèliste). Le budget de la justice en france est au dessous de minable, c’est avéré. Ceci étant dit les fautes sont toujours dues a une absence de moyens, parfois tout simplement intellectuels, mais je constate que la bonne corporation des magistrats, tout comme celle des enseignants, ne voit que l’augmentation du budget et du personnel comme solution. Personne ne semble s’interroger sur le fait que parmi le nombre impressionnant de dossiers, il s’en trouve qu’on pourrait éviter, au prix d’un nettoyage de notre legislation et d’un redéploiement. Nos juges protestent de leur manque de moyens, mais on les a vu aussi protester lorsqu’ont été créé les juges de proximité, pas forcément sortis de l’école de la magistrature.

  • juste deux infos factuelles:

    -notre trente septième rang aurait il à voir avec une moindre mise en détention qu’ailleurs, un taux de criminalité plus bas, des citoyens moins procéduriers, ou autres points positifs ?

    -et combien de meutres liés à des violencesexuelles, hors du cadre familial ? un par an, ou plus, commis par des récidivistes ? pourquoi cette info n’est-elle pas diponible ?

  • Très d’accord avec tout ça. D’une façon générale, je serais fort tenté de voter pour un candidat qui promettrait de fermer sa gueule sur les faits divers. Ce n’est pas le rôle du Président de la République que de se précipiter au chevet de toutes les familles de victimes médiatiques. Je trouve ça totalement pathogène. Le Président n’est pas notre papa; il est notre employé. Qu’il fasse son travail, qui n’est ni celui d’un psychologue, ni celui d’une assistante sociale.

    Cette confusion du symbolique et du technique me paraît de plus en plus insupportable.

  • On peut aussi se demander pourquoi la dette explose, tiens. Comme par exemple: pourquoi on multiplie les niches fiscales et les exonérations d’impôts. On organise sciemment la chute des caisses de l’Etat d’un côté, et on dénonce le déficit de l’autre?

    Hum.

  • Je propose la suppression du ministère de la Culture, rétrogradé au rang de secrétariat aux Beaux Arts avec un budget divisé par trois ou quatre, et l’affectation du solde au ministère de la Justice, finançant entre autres la construction de places de prison supplémentaires.

    Je peux comprendre, jusqu’à un certain point, la réaction des magistrats. J’ai quand même un malaise. Il m’arrive régulièrement d’aller lire les billets de Maître Éolas, souvent de très bonne qualité. Mais le ton de beaucoup de commentaires, par des « petits pois » du métier, laisse transparaître une propension sidérante à l’auto-célébration des vertus morales de la profession.

  • Mais TM n’était pas un prédateur sexuel.
    Vous êtes sûr ? J’ai lu ailleurs qu’il avait déjà commis plusieurs viols, dont un sur un codétenu.

  • bon article, équilibré, détaillé, circonstancié, mesuré… je partage. Bien que nous ne soyons pas toujours d’accord, cette fois, si. Et effectivement, le poids de la dette compte… Mais ce n’est pas une raison pour laisser dire tout et son contraire. Le chef de l’état et son gouvernement se doivent d’être irréprochables, surtout en matière de justice, où le sentiment grandit qu’il ya deux poids deux mesures… Encore aujourd’hui, l’affaire Marleix…
    Et le fait qu’il oriente comme tu le dis judicieusement le courroux de la population sur les juges est un véritable scandale quand on connait le fond de l’affaire… je maintiens, persiste et signe : le mensonge de Fillon est gros comme une maison ! http://gauchedecombat.wordpress.com/2011/02/07/le-mensonge-de-fillon-est-gros-comme-une-maison/

  • Je souscris des deux mains à l’analyse de Logopathe sur le dévoiement de la fonction présidentielle. Réagir à chaud, voire pire, légiférer sur les faits divers, est une habitude détestable. Autrefois on dénonçait en l’état le plus froid de tous les monstres froids, mais là il serait bien que la fièvre redescende un peu.

    Pour cette question des moyens, il faut quand même reconnaître qu’une bonne part du problème se situe dans les priorités : je me contente de parler que d’un domaine que je connais bien, celui de l’éducation, évoqué ci-dessus d’un air entendu par les uns et les autres. Il est visiblement impossible de trouver l’argent pour quelques photocopies ou pour continuer à assurer des options déjà existantes dans les lycées, par suite des diminutions délibérées des enveloppes globales (diminutions faites en aveugle : celui qui décide la diminution n’est pas celui qui l’applique). En revanche, le rayon dépenses somptuaires est toujours très bien fourni : pour trouver le budget pour construire des salles multimédia high tech qui seront sous-utilisées, par exemple, pas de problème. Sans compter très souvent l’absence d’appels d’offre sérieux ou de suivi des travaux qui fait qu’en plus l’état ou les collectivités locales se font rouler généreusement dans la farine… Bref, le budget existe, du moment que ça pourra figurer sur le papier glacé des publications promotionnelles que nous infligent nos chers élus.

  • Lib a écrit : :

    Terrible paradoxe que ce pays où la dépense publique croît de façon inexorable (bientôt 60% du PIB) et où tous les services publics sans exception (police, justice, armée, santé, éducation, infrastructures…) se plaignent du manque de moyens.

    C’est assez déroutant en effet. Mais j’ai une vraie interrogation qui n’a pas grand chose à voir :

    On fait quoi de Tony Meilhon maintenant ?

  • NS a été maladroit sur ce coup là, je me demande comment il va s’en sortir.
    Quand apprendra-t-il enfin à ne pas réagir trop vite ? (Un peu de relaxation lui ferait grand bien).

    Mais les magistrats de leur côté jouent les vierges effarouchées, alors que dans l’affaire d’Outreau où des disfonctionnements graves (mort d’homme en autre) ont été avérés, les protagonistes de cette corporation non seulement n’ont pas été sanctionnés mais ont paraît-il obtenu des promotions.

  • A l’époque de l’affaire, une copine à moi, sur Facebook avait voulut que je rejoigne un groupe nommé « contre le viol et la pédophilie » et était outrée par cette histoire et voulait savoir ce que j’en pensais.

    Je vais lui filer ce lien, après tout, tu explique de façon nettement plus précise et plus objective, ce que je tentais de lui expliquer : c’est à la fois « la faute à pas de chance » et un faillite de notre système de justice.

  • brennec a écrit : :

    Ceci étant dit les fautes sont toujours dues a une absence de moyens, parfois tout simplement intellectuels, mais je constate que la bonne corporation des magistrats, tout comme celle des enseignants, ne voit que l’augmentation du budget et du personnel comme solution. Personne ne semble s’interroger sur le fait que parmi le nombre impressionnant de dossiers, il s’en trouve qu’on pourrait éviter, au prix d’un nettoyage de notre legislation et d’un redéploiement.

    La France est le 37ème pays européen sur 43. Cela donne il me semble une petite idée de l’objectivité du propos.

    Quant à la possibilité d’éviter certains dossiers, si l’on nettoyait notre législation, je ne crois pas que les magistrats vous contrediraient.

    @ Barbara: il semble qu’avec d’autres, il ait introduit un balai dans l’anus d’un codétenu « pointeur », c’est-à-dire ayant commis des violences sexuelles sur mineur. C’est une violence, certes, et le reste du personnage de Meilhon n’est pas plus acceptable, mais ça ne fait pas de lui un prédateur sexuel.

    En tout état de cause, ce n’est pas du fait de cet acte qu’il était astreint à un suivi. Pour les services chargés du suivi, il n’était qu’une personne condamnée pour « outrage à magistrat ». A l’évidence, ça ne faisait pas de son dossier un dossier prioritaire.

    Hervé a écrit : :

    Mais les magistrats de leur côté jouent les vierges effarouchées, alors que dans l’affaire d’Outreau où des disfonctionnements graves (mort d’homme en autre) ont été avérés, les protagonistes de cette corporation non seulement n’ont pas été sanctionnés mais ont paraît-il obtenu des promotions.

    Le cas Burgaud aurait certainement du trouver une issue plus sévère. Vous noterez que là, on lui reproche d’avoir été trop sévère, alors que cette fois on reproche aux magistrats d’être trop laxistes. Et l’existence du cas Burgaud ne signifie pas que l’on puisse pour autant imputer à tort une responsabilité aux magistrats dans cette affaire-ci.

    Mad-Dog a écrit : :

    une copine à moi, sur Facebook avait voulut que je rejoigne un groupe nommé « contre le viol et la pédophilie »

    C’est con : elle aurait été contre la faim dans le monde également, j’aurais rejoint son groupe.

  • Et pour ceux que ça intéresse, et puisqu’on parlait de son blog, je vous conseille la lecture de ce billet de Dadouche, Les boules. Je ne dis pas que tous les magistrats sont comme elle, d’autant qu’à la différence de certains semble-t-il, moi, je ne connais pas tous les magistrats. Mais son billet illustre assez bien la vision que j’en ai, et certains développements de mon billet.

  • Bonsoir,

    je pense qu’effectivement, les dernières interventions de Nicolas Sarkozy sont principalement une posture politique. Ceci dit, je pense qu’il est inévitable, et peut-être souhaitable, que la justice augmente sa sévérité envers les criminels, l’occasion sera trop belle pour les hommes politiques de renchérir à chaque fait divers, et la technologie leur offrira sans doute de nouvelles possibilités.

    Je pense aussi à une autre chose point: chaque fois que je vois des magistrats dans les médias, ils sont entourés de ces épais dossiers papiers. Comme si l’informatisation n’était pas encore passée par là. C’est peut-être un cercle vicieux mais j’ai l’impression que le manque de moyen est encore amplifié par des méthodes de travail archaïques.

  • Ce n’est malheureusement pas nouveau. Cela fait près de dix ans qu’à chaque fait divers, il nous sert avec un parfait cynisme ce genre de tirade sur les juges laxistes qui laissent les criminels en liberté, sur la nécessité de durcir sans cesse la loi, ou sur l’opposition complice des voyous. Pour quels résultats ?… C’est assez écoeurant, mensonger (on ne fera pas l’injure à son intelligence de penser qu’il croit ce qu’il dit) et surtout contre-productif. On ne peut arriver à rien en montant sans cesse les Français les uns contre les autres. Et pourtant il continue… C’est qu’il doit estimer que c’est payant en fin de compte de désigner des boucs émissaires et de flatter les instincts primaires de la population en surfant sur l’émotion du drame d’une famille. Et il y aura peut-être encore plus de 50% de Français (beaucoup plus chez les plus âgés et les plus à droite) pour le réélire… Cinq ans de plus de gesticulations irresponsables et de tensions stériles, sans aucune vision ? Vous y tenez vraiment ?

  • Bonsoir, je découvre ce blog et j’ai du mal à m’en détacher tellement je le trouve captivant par ses idées et son écriture.

    Je vous suis tout à fait sur la faute de Nicolas Sarkozy, mais je me demande si les syndicats de magistrats ne commettent pas également une erreur en brandissant les moyens dans une des rares affaires où ils ne sont sans doute pas en cause; c’était le sens des propos tenus hier soir très tard sur France 2 à « Mots Croisés » par un vice-président du tribunal correctionnel des Sables d’Olonne qui a martelé que 4 5 ou 10 fois plus de magistrats n’auraient en rien empêché le principal suspect d’être à l’instant « t » face à sa victime dans cette affaire-là. Tout simplement parce que le suivi d’un récidiviste sexuel suppose qu’il soit estampillé comme tel, or selon lui une armée d’agents judiciaires ne pouvait pas orienter le suivi sur la sexualité puisque le suspect sortait de prison pour de tous autres motifs.

    S’il est exact que Nicolas Sarkozy a tort de faire peser la responsabilité de l’assassinat de Laëtitia sur une supposée légèreté de tel ou tel fonctionnaire, n’est-il pas démagogique tout autant de laisser entendre que les moyens peuvent amener le « zéro défaut judiciaire? » Et si tout simplement personne sauf le meurtrier n’était responsable dans cette affaire? Ceci étant, je reconnais que la responsabilité du Président à parler sans réfléchir alors qu’il est le premier des magistrats est plus importante que la responsabilité de ceux qui lui répondent avec excès comme, vous le soulignez, l’a bien dit François Fillon, qui a, pour moi, nettement désavoué le chef de l’Etat en jugeant la réaction des magistrats « excessive » et donc pas infondée ce que peu de journalistes ont noté.

    En revendiquant des moyens à partir d’un drame où leur carence ne semble en rien être en cause, la plupart des magistrats ne font-ils pas preuve soit d’une grande maladresse, soit d’une croyance excessive dans les sous? Pour parler de ce que je connais un peu, on sait à quel point dans le métier d’enseignant aujourd’hui, si l’argent et les postes manquent souvent, ils ne sont pas la solution à tous les problèmes.

  • Pour rebondir sur un billet précédent sur ce que l’on peut attendre d’un politique, le minimum, c’est que sur ce type de problème (un crime odieux, une famille dans le désespoir, un criminel récidiviste), l’affichage de la volonté d’agir (qui n’a rien de condamnable en soi) ne se réduise pas à une simplification mensongère ne visant qu’à surfer sur l’émotion de l’opinion. Au minimum, dans ce type de cas, outre le nécessaire partage de l’émotion et de la douleur de la famille, et la non moins nécessaire recherche de solutions, on est en droit d’attendre d’un politique, et a fortiori du premier d’entre eux (c’est une responsabilité), de la prudence, de la rigueur, de la réflexion, de la connaissance du sujet, de la pédagogie, et du leadership pour faire travailler ensemble les spécialistes des différents domaines concernés (police, justice, santé)… Pas en tout cas une enième rodomontade du genre « avec moi, ça ne va pas se passer comme ça, faites-moi confiance ; les criminels, moi je vais pas les laisser sortir comme ces juges laxistes et dysfonctionnants, et assassiner impunément nos filles et nos compagnes ». Mais le plus sidérant, c’est que jusqu’à preuve du contraire (en mai 2012 ?), électoralement, ça marche !

  • Globalement d’accord avec l’ensemble du billet ; les commentaires qui l’accompagnent sont comme dans tout blog de qualité constructifs.

    La question des moyens financiers ayant été évoquée par les magistrats et ici-même d’une façon plus générale encore, je me permets de mentionner ici ce parallèle intéressant fait dans un article d’owni : http://goo.gl/BqTh8
    La CNIL, chargée par la loi qui l’a créé de veiller au respect des dispositions de la loi relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, a atteint en 32 ans d’existence un budget d’un montant équivalent à celui confié à la HADOPI lors de sa création.

    Libertés de l’ensemble des citoyens d’un côté, défense des intérêts d’un secteur particulier de l’autre.

    C’est effectivement une question de choix.

    D’ailleurs bien que je sois plutôt hors-sujet, je ne résiste pas au plaisir de coller ici l’article 1er de la loi de 1978 qui est assez savoureux :

    « L’informatique doit être au service de chaque citoyen. Son développement doit s’opérer dans le cadre de la coopération internationale. Elle ne doit porter atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques. » : ya comme une ressemblance aux lois de la robotique d’Asimov non ?

  • outre le nécessaire partage de l’émotion et de la douleur de la famille

    Que la présidence communique son soutien par courrier, pourquoi pas, mais il faudrait tordre une fois pour toutes le cou à cette idée que le président doit partager la douleur des familles dans des discours officiels.

    Au rythme d’environ deux meurtres par jour en France en moyenne, ça donnerait deux discours martiaux, gesticulatoires et compassionels par jour.

    On ne me ferra pas avaler que tel meurtre est plus horrible que tel autre en fonction de la beauté de la victime, du mode opératoire, ou (surtout) de sa médiatisation.

  • Désolée mais si je trouve effectivement que Sarkozy n’avait pas à faire cette déclaration, je trouve tout aussi insupportable la réaction des magistrats qui se réfugient derrière l’absence de moyens pour justifier leur manque d’efficacité. Du corporatisme pur et dur.
    Le côté, « c’est pas not’faut’, on n’a pas de moyens » presque « c’est pas la peine de travailler puisqu’on n’a pas de moyens » est complètement lamentable.
    Lamentable Sarkozy, lamentables magistrats qui les uns comme les autres font de la récupération politique sur le dos d’une pauvre jeune-fille. Sans parler de Metzner, avocat de Villepin, qui s’en mêle …

  • @ Koz:

    Je suis assez d’accord avec l’ensemble du billet mais pas avec cette remarque :

    « On ne peut pas réclamer « plus de moyens », comme on le fait en effet trop souvent dans l’éducation, sans engager une telle réflexion. Néanmoins, notre 37ème rang européen sur 43 laisse penser que nous avons de la marge. »

    De quelle marge parlez-vous alors que vous indiquez plus haut :
    « la France connaît un déficit record de 148.800.000.000 euros. »

    Pour augmenter en % du PIB le budget de la justice, il faudrait pouvoir diminuer le poids d’autres budgets, quels budgets aimeriez-vous voir diminuer ?

  • Non, ce n’est pas soit la faute à NS, soit la faute aux magistrats, il y a à redire des deux côtés. Oui, la justice manque de moyens, et on préfère baisser la TVA sur la restauration, mais non, ce n’est pas qu’un problème de manque de moyens.

    J’ai un souvenir assez vif. Peu après l’affaire d’Outreau, un collège privé de l’Ouest parisien avait organisé un réunion-débat un soir sur le thème de la justice. Salle pleine, sur le plateau, trois intervenants : un magistrat ancien président de cour d’assises, Martine Ract-Madoux, qui présidait alors la 17ème Chambre correctionnelle du TGI de Paris (les affaires de presse) et Alexandre Varaut, avocat, fils et petit-fils d’avocat.

    Exposés plutôt intéressants et donnant chair à ce qui pour beaucoup de personnes dans la salle était une réalité assez éloignée. Puis une dame, sans agressivité aucune, dans le ton des réunions de paroissiennes au grand coeur, demande ce qu’il faut penser de l’affaire d’Outreau, quelles erreurs ont été commises, dit que quand même des personnes ont beaucoup souffert.

    Je ne sais plus lequel des trois intervenants a répondu, avant même que la dame ait terminée : « Les accusés, mais ils n’ont pas à se plaindre, ils ont fini par être acquittés ! » Requiem pour un mort, etc. La salle était sous le choc de cette réaction viscérale de défense corporatiste.

  • « Notre 37ème rang européen sur 43 » …
    J’ai parcouru cette étude, la place de notre système judiciaire (oubliant d’ailleurs semble t il les tribunaux administratifs) est difficile à juger: nous avons beaucoup moins de procureurs que les russes ou d’aide juridictionnelle que les anglais, mais quel sens donner ?

    Contrairement à l’éducation, où la cible peut être une élévation globale, générale permanente, moins nous avons de crimes et délits (et ils baissent en France), moins nous aurons besoin de juges: en un mot plus notre société sera juste, saura prévenir les outrages, moins elle aura besoin de Justice pour réparer les dommages…Un monde sans vol, dol, viol, violence, sans prisons ni prisonniers, rêve utopique ou objectif politique ??

  • Logopathe a écrit : :

    D’une façon générale, je serais fort tenté de voter pour un candidat qui promettrait de fermer sa gueule sur les faits divers. Ce n’est pas le rôle du Président de la République que de se précipiter au chevet de toutes les familles de victimes médiatiques. Je trouve ça totalement pathogène. Le Président n’est pas notre papa; il est notre employé. Qu’il fasse son travail, qui n’est ni celui d’un psychologue, ni celui d’une assistante sociale.

    Je ne saurais mieux dire ! La manière dont Nicolas Sarkozy profite de ce sordide fait divers pour une fois de plus jouer au justicier-redresseur-de-torts-n’ayez-pas-peur-papa-est-là, ça me donne la nausée.

    francis a écrit : :

    Quand à la question des moyens de la Justice, il faut la discuter dans son ensemble: comme tout secteur, comme l’éducation par exemple, il est indispensable que la réflexion sur l’organisation, les améliorations et simplifications possibles aille de pair avec les augmentations de budget demandées.

    Il serait non moins indispensable qu’une réflexion sur l’organisation, les améliorations et simplifications possibles aille de pair avec les restrictions de budget constatées.

    Puisqu’on évoque l’éducation, la réforme actuelle du lycée, c’est, en vrac :

    • aucune visibilité à moyen terme (les changements de programme sont annoncés année par année, au lieu d’avoir une vision claire sur 3 ans),

    • moins d’heures de maths, de SVT, et de Sciences-Physiques en filière Scientifique

    • créations d’options au contenu très vague à la place, et d’une aide personnalisée (méthodologie & cie)… qui se fera dans notre lycée en classe entière (sic), faute de trouver assez d’heures pour dédoubler les classes

    • des stagiaires envoyés au casse-pipe sans formation

    • des remplaçants recrutés un peu partout (ANPE, …), qui n’ont jamais enseigné, et qui arrivent souvent avec un mois de retard, y compris pour des remplacements prévisibles comme les départs à la retraite, les congés maternités, etc.

    Je conclurai en citant un commentaire précédent :

    Flam a écrit : :

    Pour cette question des moyens, il faut quand même reconnaître qu’une bonne part du problème se situe dans les priorités : je me contente de parler que d’un domaine que je connais bien, celui de l’éducation, évoqué ci-dessus d’un air entendu par les uns et les autres. Il est visiblement impossible de trouver l’argent pour quelques photocopies ou pour continuer à assurer des options déjà existantes dans les lycées, par suite des diminutions délibérées des enveloppes globales (diminutions faites en aveugle : celui qui décide la diminution n’est pas celui qui l’applique). En revanche, le rayon dépenses somptuaires est toujours très bien fourni : pour trouver le budget pour construire des salles multimédia high tech qui seront sous-utilisées, par exemple, pas de problème. Sans compter très souvent l’absence d’appels d’offre sérieux ou de suivi des travaux qui fait qu’en plus l’état ou les collectivités locales se font rouler généreusement dans la farine…

    Là encore, tout est dit.

    Et pour revenir à la Justice, si nos députés, sous la houlette de l’exécutif, voulaient bien cesser d’empiler des lois rédigées à la va-vite et des réformes à tout-va (et ce, sans vouloir aligner le budget correspondant à leur mise en œuvre), ça serait déjà ça de pris… les changements frénétiques et peu réfléchis n’ont pas leur pareil pour dissiper beaucoup d’énergie et d’argent en pure perte.

  • @Hervé : Le Costa Rica a supprimé son armée en 1949 : plus de budget pour la Défense égale plus d’argent pour la Justice.

    Et puisqu’on est dans la question des choix budgétaires entre différents ministères, je rappellerais cette célèbre citation de Victor Hugo : « Celui qui ouvre une école, ferme une prison ».
    Sans que l’on puisse tirer de cette citation une recette magique arithmétique, il serait intéressant de comparer cette grandiose hausse du budget de la Justice (à pondérer comme rappelé ici avec la croissance des tâches qui lui sont confiées) avec l’évolution de l’éducation nationale, et de l’enseignement supérieur.

  • toute cette fronde n’a bien sûr rien à voir avec la reforme de la justice mise en oeuvre par Dati – Sarko
    Mais comme à Outreau ,il faut bien se mettre dans la tête que les juges ne sont pas jugeables
    Maintenant la vie est simple ,il suffit d’écouter un leader syndical, un socialiste et maintenant un juge « PLUS D’EFFECTIFS ET PLUS DE MOYENS « .On pourrait gagner du temps au journal de 20h
    Il faut surtout admirer avec quelle éfficacité quotidienne fonctionne la machine à diaboliser Sarkosy. Une crasse par jour, cela évite d’avoir à réflechir sur ce qu’il faudrait proposer d’utile pour améliorer la vie des français

  • J’ai un peu de mal, chère Azerty, à voir Nicolas Sarkozy en pauvre victime. Voyons, ce n’est pas digne de lui, ce n’est pas dans son caractère. Cela aurait-il à voir avec la réforme de la justice ? Ce n’est pas impossible : quand vous supprimez des tribunaux, ce qui n’est pas forcément une mauvaise idée, mais sans accorder de moyens supplémentaires à ceux que vous maintenez, il y a des chances que cela n’arrange pas la situation.

    Maintenant, d’où vient la fronde actuelle ? Peut-être du fait que les magistrats sont la cible de Nicolas Sarkozy sans discontinuer depuis de longues années, qui leur impute d’autant plus facilement tous les maux de la société qu’ils sont dépourvus du droit de grève. Voilà enfin une corporation sur laquelle on peut taper. Ce n’est pas comme les taxis…

    Que les magistrats ne soient pas sans défauts, c’est évident, que cela rende légitime les fausses accusations, non, tout aussi évidemment. Qu’est-ce qui a mis le feu aux poudres, cette fois-ci ? Cette déclaration de Nicolas Sarkozy :

    Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s’assurer qu’il sera suivi par un conseiller d’insertion, c’est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés, c’est la règle.

    Cette déclaration a été faite sans aucune investigation, sans prise en compte des vrais éléments du dossier, simplement parce qu’il était urgent de refiler la patate chaude à d’autres, et pourquoi pas aux magistrats, donc ? Ca permet de se disculper en cas d’insécurité (alors que pourtant, personne ne lui demande qu’il n’y ait plus jamais de crimes sexuels).

    Pour lui, non seulement il y a obligatoirement une faute – alors que non, ces choses aussi horribles soient-elles peuvent arriver – mais il est acquis que c’est celle des magistrats. Tant pis, si la loi n’oblige pas à ce qu’un condamné qui a purgé sa peine soit suivi par un conseiller d’insertion et tant pis si le suivi qui était imposé à Tony Meilhon lui a été imposé au titre d’une peine de prison assortie d’un sursis avec mise à l’épreuve, de sorte que non, on ne l’a pas « laissé sortir de prison », puisqu’il n’y est pas entré.

    Tiens, je voudrais être taquin, je pourrais même dire que celui qui a « laissé sortir de prison un individu comme le présumé coupable [une nouvelle notion en Droit qui, jusqu’à présent, consacrait plutôt celle de la présomption d’innocence] sans s’assurer qu’il sera suivi par un conseiller d’insertion », c’est le législateur et l’exécutif, qui n’ont pas prévu l’obligation automatique d’un tel suivi (je ne crois pas que ce soit nécessaire mais si l’on entre dans une logique de risque zéro, c’est indispensable), ni donné les moyens pour s’assurer que ce suivi soit effectif. Et si je voulais vraiment être méchant, si « la règle » est de sanctionner « ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute », alors ça sent mauvais pour 2012. Voyez : j’étais encore assez soft, dans mon billet. Mais si on veut me titiller…

    A mon avis, donc, la fronde a moins à voir avec la réforme de la carte judiciaire qu’avec le rôle de bouc-émissaire que Nicolas Sarkozy impute aux magistrats.

    francis a écrit : :

    les avocats se joignent ils au mouvement d’aujourd’hui ?

    Le Conseil de l’Ordre des Avocats de Paris a exprimé aux magistrats « sa sympathie et sa solidarité ».

    A mon avis, c’est parce que les avocats sont des gauchistes, partisans du laxisme.

  • niodayoda a écrit : :

    Et puisqu’on est dans la question des choix budgétaires entre différents ministères, je rappellerais cette célèbre citation de Victor Hugo : « Celui qui ouvre une école, ferme une prison ».

    Sur les 20 dernières années, si on avait augmenté un peu plus le budget de la Justice et un peu moins celui de l’Éducation…

  • cette citation de Victor Hugo est très belle, digne de grand écrivain. par ailleurs, c’est intéressant de voir aristote préconiser une augmentation de dépense publique.

    La phrase date d’avant Jules Ferry et l’école obligatoire, à l’époque où le prolétaire déjà « chair à canon, chair à patron », n’avait comme autre choix que « chair à maison, chair à maison », ou comme le disait Victor Hugo : « le vice pour les unes, le crime pour les autres ».

    Celui qui aujourd’hui ouvre une école ferme t-il une prison demain? Je n’en suis pas certain.
    Peut-on dire que celui qui ferme un tribunal aujourd’hui, qui rendra plus difficile l’exercice de la justice, ferme un commissariat, qui affaiblit la police, devra ouvrir demain, une prison ? Je suis un partisan de peines de substitution exécutées.

  • Tsss, arrêtez de taper sur ce pauvre Sarko. Comme des millions de braves gens, il a lu le bouquin de Stéphane Hessel. Alors il s’indigne. Comme des millions de braves gens. Cest à la mode.

  • Quelques remarques:

    • Pour ceux qui reprochent leur corporatisme aux magistrats: vous, je ne sais pas, mais moi, si les plus hautes autorités de l’État décidaient d’insulter et de menacer gratuitement les membres de ma profession, je vous garantis que j’aurais une réaction tout ce qu’il y a de plus corporatiste.

    • Pour ceux qui soulignent les erreurs des juges et rappellent l’affaire d’Outreau: désolé, mais ça n’a rien à voir. Dans le cas présent, les juges n’ont commis aucune erreur. Garder Tony Meihlon en prison à l’issue de sa peine aurait été parfaitement illégal.

    • Pour ceux qui protestent contre la diabolisation de Sarkozy: vous avez le droit de lui conserver votre confiance en général, et aussi celui de penser que les alternatives offertes ne sont pas meilleures. Cependant, sa déclaration, telle que rappelée ci-dessus par Koz, est inacceptable, particulièrement de la part d’un chef d’État, pour trois raisons: 1) le pouvoir sanctionner les magistrats ne lui appartient pas; 2) les magistrats n’ont commis aucune faute; 3) s’il y a un responsable ultime du bon fonctionnement de la justice, c’est lui-même, comme le disait un président américain dans un célèbre aphorisme: The buck stops here.

    • Pour ceux qui se plaignent que l’on réclame toujours plus de moyens quand quelque chose ne marche pas: d’accord, c’est agaçant. Mais il peut aussi arriver que ce soit justifié. Les comparaisons internationales (voir les liens dans le billet) sont assez claires, beaucoup plus que dans tout autre domaine. En éducation, nous dépensons plus d’argent que la moyenne, pour des résultats à peine passables. En santé, nous dépensons plus que la moyenne, pour des résultats assez corrects. Mais pour la justice, nous dépensons largement moins que la moyenne, et les résultats sont lamentables. Le discours du ministre « ne pas dépenser plus, mais dépenser mieux » est ridicule, surtout de la part d’un gouvernement qui passe son temps à ajouter à la complexité de la loi.

  • @ Gwynfrid:
    Supposons que vous soyez amenée à donner un conseil à des amis ayant subi une perte de revenu, chômage d’un des conjoints par exemple et que de ce fait ces gens soient en train d’accumuler des dettes.

    Voyant qu’ils semblent moins bien habillés, est-ce que vous allez leur suggérer d’ajuster leurs dépenses de vêtements sur la moyenne de leurs amis ? Non, cela n’aurait guère de sens.

    Vous allez leur conseiller d’ajuster leurs dépenses totales à leur nouveau niveau de revenu, en rognant sur tous les postes et en attendant des jours meilleurs.

    Pourquoi, ce qui semble relever du bon sens pour un ménage serait différent pour un état ?

  • @ francis

    Non, pas une augmentation de la dépense publique, une réallocation de celle-ci. Je fais partie de ceux qui pensent que l’obésité de l’État est une des raisons pour lesquelles les fonctions essentielles de l’État, et notamment la justice, sont sevrées de financement.

    @ Gwynfrid

    Si on réduit la perspective à l’affaire Laëtitia, je peux comprendre votre sermon et je trouve aussi la réaction de NS indigne. Mais non, l’affaire Laëtitia n’est pas la seule perspective à avoir sur la justice, et oui, Outreau cela a aussi existé.

  • Selon moi, l’on n’est pas ici dans le cadre classique d’une déclaration précipitée de notre président, qui tient tellement à se mettre en scène en homme d’action et de volonté qu’il en oublie systématiquement de réfléchir avant de parler (ou même parfois de décider). Non, on est ici dans un comique (ou un tragique) de répétition : cela fait envrion près de dix ans que ça dure, cette posture sécuritaire (pour quelle efficacité sur le terrain ?) et ces tirades sur les juges laxistes qui ne pensent qu’à remettre les criminels récidivistes en liberté. Et c’est très grave. D’abord parce que le chef de l’Etat sort ici de son rôle (pour endosser celui qu’il aime tant de candidat) et déstabilise nos institutions. Mais aussi et surtout parce que l’on n’arrivera à rien dans notre pays en attisant sans cesse les tensions entre Français.

    Je pense que le prochain président devra avant tout restaurer la confiance. La confiance dans notre modèle, dans nos institutions, dans nos atouts dans le cadre de la mondialisation (bien réels mais sans cesse occultés par les ultra-libéraux à coup de comparaisons orientées qui nous font passer, à tort, parmi les derniers de la classe dans toutes sortes de domaines, et finissent par nous plonger dans un pessimisme qui n’a pas lieu d’être). Ce n’est qu’à ce prix que l’on pourra avancer. On n’a vraiment pas besoin d’une nouvelle « candidature de la peur » !

  • Gwynfrid, tu as bien entendu raison sur le fond. Un président ne devrait pas s’exprimer comme l’a fait Sarkozy contre aucune profession, et encore moins les magistrats. Ceci étant posé, je trouve plusieurs points de ton argumentation assez bancals.

    Sur ton premier point, tu n’es à l’évidence ni patron, ni actionnaire, ni banquier, ni financier d’aucune sorte. Sinon tu serais assez blasé par les déclarations semi-haineuses à l’égard de ta profession émanant des principaux dirigeants politiques.

    Sur ton deuxième point, tu as raison.

    Sur le troisième, il ne m’a pas échappé que le pouvoir de sanctionner les juges n’appartient pas au président. En revanche, ce qui m’échappe c’est à qui appartient ce pouvoir. Quis custodiet ipsos custodes? Je me suis renseigné, je suis allé exhumer un vieux billet qu’Eolas a consacré à ce sujet. Il n’y a presque rien. Quelques vagues mentions disciplinaires et une procédure d’indemnisation financière qui n’est jamais mise en oeuvre. C’est maigre. Et Outreau l’a révélé. J’aimerais savoir comment les autres pays ont conjugué la nécessaire indépendance de la justice et le non moins nécessaire feedback démocratique sur l’action des juges. Enfin la juxtaposition de ton 1) et de ton 3) est savoureuse. En matière de justice, le Président est responsable mais n’a pas de pouvoir. Pour les juges c’est le contraire.

    Sur le 4e, j’aurais tendance à te suivre. En France, les seuls services de l’Etat sous-financés sont les fonctions régaliennes. C’est d’ailleurs une caractéristique de la non-gestion d’une organisation : les ressources qu’on laisse pour l’essentiel sont réduites au minimum qui permet d’éviter l’explosion. Mais l’argument est un peu contradictoire avec ton deuxième point. Si la justice n’a pas commis d’erreur, en quoi des moyens supplémentaires auraient-ils évité le drame?

  • Hervé a écrit : :

    Vous allez leur conseiller d’ajuster leurs dépenses totales à leur nouveau niveau de revenu, en rognant sur tous les postes et en attendant des jours meilleurs.

    Certainement pas. Je leur conseillerai au contraire de regarder leurs priorités de plus près. Couper au prorata est la façon la plus irréaliste qui soit d’envisager une baisse de budget.

    Aristote a écrit : :

    Si on réduit la perspective à l’affaire Laëtitia, je peux comprendre votre sermon et je trouve aussi la réaction de NS indigne. Mais non, l’affaire Laëtitia n’est pas la seule perspective à avoir sur la justice, et oui, Outreau cela a aussi existé.

    Désolé pour le sermon, mais relecture faite, je ne change pas un iota de ce que j’ai écrit sur ce point. L’invocation d’Outreau pour discréditer les protestations des magistrats n’est en l’espèce qu’une peu glorieuse manoeuvre rhétorique.

    Lib a écrit : :

    tu n’es à l’évidence ni patron, ni actionnaire, ni banquier, ni financier d’aucune sorte. Sinon tu serais assez blasé par les déclarations semi-haineuses à l’égard de ta profession émanant des principaux dirigeants politiques.

    Je suis blasé, par contre, pour ce qui est de la victimisation tous azimuts, y compris celle des pauvres patrons. Mais il ne s’agit pas ici d’une banale critique, même violente, ni même haineuse (elle ne l’est pas, d’ailleurs). Il s’agit d’une menace de sanction clairement assumée.

    Lib a écrit : :

    En matière de justice, le Président est responsable mais n’a pas de pouvoir.

    Bien sûr que si. Il ne lui manque que le pouvoir de sanctionner les magistrats (du moins, d’après la Constitution, un document qu’il ne semble pas lire très souvent). Mais il a tout pouvoir ou presque sur le budget, et l’essentiel du pouvoir sur la complexité de la loi: autrement dit, il a toutes les clés pour assurer ou non les conditions d’une bonne administration de la justice. Tiens, il a annoncé quoi, déjà, ce soir ? Le rajout en urgence de quelques couches de complexité supplémentaire au code pénal et à la procédure. On est au fond du trou, il faut donc creuser plus vite et plus fort.

    Lib a écrit : :

    Si la justice n’a pas commis d’erreur, en quoi des moyens supplémentaires auraient-ils évité le drame?

    Mais en rien, voyons. Même dans les pays où la justice tourne, où le budget est décent, où le pouvoir n’oserait jamais commenter la décision d’un juge, où la police est l’objet du plus grand respect de la part de tous, où les peines sont considérablement plus lourdes que chez nous (je parie que tu vois de quel genre de pays je veux parler), il y a tous les ans, hélas, des crimes abominables qui choquent profondément, et à juste titre toute la nation.

    Mais au moins, la justice fait son oeuvre, sans servir de punching-ball à des politiques usés. Et le criminel est jugé dans l’année qui suit, dans la plupart des cas. Alors qu’en France, il en faudra trois ou quatre au minimum comme chacun sait – le temps pour l’exécutif de faire passer deux ou trois lois soi-disant plus répressives que les précédentes.

  • Gwynfrid
    Les banquers ont été déclarés au plus haut de l’Etat et, au plus bas, comme les salauds responsables de tous les maux de la terre et personne dans les banques ne s’est mis en grève. Votre guichetier, votre chargé de clientèle ont continué de bosser. Vos chèques ont été débités, encaissés, vos virements effectués.
    Tous ces gens avec leur ego surdimensionné, c’est une plaie pour la France. Les magistrats qui font grève ne valent pas mieux que Sarkozy. Et comme Sarkozy, ils ne se rendent pas compte. Lesquels feront péter le conomètre ? On dirait que c’est déjà fait.

  • « Les banquers (banquiers ou banksters ?) ont été déclarés au plus haut de l’Etat et, au plus bas, comme les salauds responsables de tous les maux de la terre et personne dans les banques ne s’est mis en grève »…Peut -être la soupe est-elle malgré tout assez bonne pour qu’ils s’y attachent et défendent leur modeste gagne-pain ?

    dans ma citation d’hier il fallait lire : le prolétaire, « chair à canon, chair à patron », n’avait comme autre choix que « chair à maison, chair à prison », ou comme le disait bien Victor Hugo « le vice pour les unes, le crime pour les autres ».

  • @Florence : les banquiers étaient reçus tous les jours par la cellule crise de l’Elysée . Ils savaient tous qu’en échange de leur sauvetage, ils devraient subir des foudres verbales non suivies d’effet, même le plus simple employé de l’agence la plus reculée le savait, même si pour eux ce fut plus dur, car ces foudres verbales du Président leur ont attiré beaucoup d’agressivité de la part de la clientèle abusée. La situation n’est en rien comparable avec les magistrats, et j’ajouterai les policiers (qui faute pouvoir s’exprimer connaissent une recrudescence de suicides et de dépressions), qui subissent continuellement depuis près de 10 ans, les attaques et les pressions de N. Sarkozy.

  • @ Gwynfrid

    Retour sur Outreau, désolé.

    Allez plaider devant un tribunal, surtout si vous êtes chef d’entreprise, « c’est la faute à pas de chance », des accidents arrivent inévitablement, je ne peux être partout à la fois, les exigences des clients, j’avais pourtant donné des consignes, etc. Pas la peine. Obligation de résultat. La loi y a poussé, je sais, mais la jurisprudence n’a pas été en reste.

    Sur cette dimension, la magistrature me fait penser aux pharisiens auxquels s’adressent le Christ : « Vous liez des fardeaux pesants sur les épaules d’autrui, et ces fardeaux, vous ne les touchez même pas du petit doigt ».

  • Enée

    Le discours victimaire des magistrats et des policiers est totalement déplacé. Des suicides, il y en a partout, chez les médecins, les paysans, les hommes, les femmes, les adolescents, les enfants. Personne n’a la vie qui ressemble à un chemin jonché de fleurs. Tout le monde a ses emmerdes. Le discours victimaire est une plaie qui s’étend en France à toutes les communautés, à toutes les corporations. On assiste à une surrenchère de victimisation, à celui qui sera le plus victime.
    En attendant, la victime, la vraie, c’est Laëtitia, et elle n’a plus là pour se faire entendre. Alors, tout le monde s’en fout.

  • Gwynfrid a écrit : :

    Couper au prorata est la façon la plus irréaliste qui soit d’envisager une baisse de budget.

    +1. C’est surtout la plus stupide. Mais c’est la conséquence directe du dogme de l’emploi à vie dans la fonction publique.

    Gwynfrid a écrit : :

    Je suis blasé, par contre, pour ce qui est de la victimisation tous azimuts, y compris celle des pauvres patrons.

    Pas celle des pauvres magistrats apparemment.

    Gwynfrid a écrit : :

    Mais il ne s’agit pas ici d’une banale critique, même violente, ni même haineuse (elle ne l’est pas, d’ailleurs). Il s’agit d’une menace de sanction clairement assumée.

    Si tu as raté les menaces de sanctions clairement assumées à l’encontre des banquiers ou des patrons, c’est sans doute que tu es remarquablement blindé contre la surenchère victimaire généralisée dont font l’objet ces catégories dans notre pays. S’agissant des magistrats, tout le monde sait très bien que le président n’a absolument aucun pouvoir disciplinaire à leur encontre. Ces menaces sont du vent, tout le monde le sait. Les simagrées de Sarkozy sont suffisamment détestables pour qu’on n’en rajoute pas une louche en faisant semblant de les craindre.

    Gwynfrid a écrit : :

    Mais il a tout pouvoir ou presque sur le budget,

    Je pense qu’au contraire, dans notre pays, l’exécutif n’a qu’un pouvoir extrêmement limité sur le budget. Quand on a retiré les dépenses sociales (co-gérées par les syndicats), les dépenses des collectivités locales, la charge de la dette et les dépenses de personnel (intouchables), il ne reste que des miettes de marges de manoeuvre sur les presque 60% du PIB de dépenses publiques. Accessoirement, ça pose un énorme problème démocratique : la taxation sans représentation. Mais c’est un autre sujet.

    Gwynfrid a écrit : :

    et l’essentiel du pouvoir sur la complexité de la loi

    Tu as parfaitement raison sur ce point.

    Gwynfrid a écrit : :

    Même dans les pays où la justice tourne, où le budget est décent, où le pouvoir n’oserait jamais commenter la décision d’un juge, où la police est l’objet du plus grand respect de la part de tous, où les peines sont considérablement plus lourdes que chez nous (je parie que tu vois de quel genre de pays je veux parler), il y a tous les ans, hélas, des crimes abominables qui choquent profondément, et à juste titre toute la nation.

    On est bien d’accord, c’est pour ça que je le souligne. Ceux qui invoquent le manque de moyens dans le contexte de cette triste affaire font finalement comme Sarkozy. Ils exploitent un drame pour pousser leur agenda politique alors que ça n’a rien à voir.

    Sinon, dans les pays dont tu parles où la justice fonctionne mieux qu’ici, je crois que les juges (ou du moins certains d’entre eux) sont élus. Et on retombe sur l’éléphant dans le couloir que tu te refuses à voir : la responsabilité des juges.

    Sarkozy est un politique, un très bon, il n’est probablement que cela d’ailleurs. S’il tape sur les juges, c’est parce qu’ils ont une faille qu’il peut exploiter à son profit. Cette faille c’est leur irresponsabilité apparente (et pas qu’apparente semble-t-il). Pour éviter qu’ils subissent des pressions les poussant à être injustes, on a éliminé aussi les pressions les poussant à être justes. C’est ce qu’a révélé Outreau.

    La seule chose qui incite les juges à être juste, c’est leur conscience. Ce n’est pas mince. Je suis convaincu que la plupart des magistrats sont des gens décents, animés du désir de bien faire, j’espère que tu me feras la grâce de me croire. Mais c’est insuffisant. On ne peut pas bâtir un système sur l’hypothèse de la vertu de ses acteurs. C’est très exactement pour cette raison qu’on a inventé la séparation des pouvoirs. Mais l’exécutif et le législatif sont explicitement soumis à la volonté du peuple via le suffrage universel. Pour le judiciaire, on n’en sait rien.

    Les juges seraient beaucoup plus forts et respectés si, après avoir affirmé qu’ils n’ont pas de compte à rendre à Sarkozy, ils ajoutaient qu’ils rendent des comptes selon d’autre dispositifs très clairement identifiés.

  • @Aristote et Gwynfrid

    Excusez-moi, mais qu’il est drôle ce débat sur « l’élargissement des perspectives »! De fait, ceux qui souhaitent critiquer la Justice dans cette affaire, n’ont eu de cesse (par inconfort sur le détail de l’affaire?) de vouloir en « élargir les perspectives ». Aristote, au moins, le fait plutôt intelligement.

    Mais d’autres ont tenus à les dilater jusqu’à leur extrême limites, les perspectives, puisque l’on a eu droit, içi et là, la place de l’Etat en France et la séparation des pouvoirs, à l’Education Nationale qui elle aussi demande toujours plus de moyens, au soviétisme de tous les syndicats de la fonction publique. Même la question des banques est venue nous passer un petit coucou.

    Qu’il est dommage que le Président de la République n’ait pas eu à coeur d’y procéder lui-même, à cet élargissement des perspectives ! C’est son boulot après tout, et peut être aurait il pu en sortir quelque chose d’intéressant. Mais voilà, il a tenu à formuler des critiques, voire des menaces, précises sur une affaire précise. En envoyant non seulement paitre toutes les perspectives sur le fonctionnement de notre Justice, ce qui est dommage, mais aussi celles sur le champ plus réduit de l’affaire Laeticia, ce qui est scandaleux.

  • @ Vivien: +1. Très bien vu.

    @ Aristote: Soit, changeons de sujet, si vraiment vous y tenez à ce point. Parlons donc d’Outreau. Indiscutablement, c’est le scandale judiciaire, voire le scandale tout court, le plus grave depuis au moins une décennie. Les conséquences sont terribles pour les personnes concernées et le dysfonctionnement que cela révèle est catastrophique. Cela dit… pouvez-vous me citer les décisions prises afin que cette horreur ne se renouvelle pas ? Moi pas. J’ai peut-être raté un truc.

  • @Aristote

    J’ai bien noté. Mon commentaire était plus large, et finalement vous visait assez peu.

    Sinon, je veux bien que vous ne souteniez pas Sarkozy sur ce coup, mais que vous souhaitiez critiquer le fonctionnement de la justice. Mais le fait est que le sujet et la raison de la colère des magistrats, c’est la réaction du président. Ce qui, paradoxalement, rend le moment assez inapproprié pour parler du fond du dossier de la Justice. On nage dans une telle écume de réactions purement politiciennes que j’attendrais bien pour cela que Sarkozy soit passé à une autre de ses marottes.

  • @ Gwynfrid:

    « Certainement pas. Je leur conseillerai au contraire de regarder leurs priorités de plus près. »

    En l’occurrence pour revenir sur le sujet, compte tenu du niveau de déficit rappelé très justement par Koz, que proposez vous de faire pour augmenter les dépenses de justice, les frais de santé (soins palliatifs entre autres), les dépenses d’éducation… sans nous mener trop vite à la faillite ?

  • Vous savez, Vivien, si vous vous refusez à parler de séparation des pouvoirs quand on évoque l’indépendance de la justice, personne ne vous y forcera. Si vous vous refusez à parler de dépense publique quand on évoque l’allocation du budget, personne ne vous y forcera.

    Et si vous choisissez de consacrer vos rares commentaires à lister les sujets que vous ne voulez pas voir aborder plutôt qu’à traiter les sujets qui vous intéressent, personne ne vous en empêchera.

  • @Lib

    Pour les sujets qu’il convient d’aborder si l’on souhaite parler organisation et financement de la Justice, vous avez tout à fait raison. Sarkozy vous a sérieusement savonné la planche en politisant à l’extrême le sujet, pour moi c’est rédhibitoire, si vous ça ne vous dérange pas… Personne ne vous empêchera, comme vous dites.

    Ensuite, cela ne m’empêchera pas, moi, de m’intéresser à ce qui motive les gens à continuer de traiter le sujet. L’opportunisme politique est criant pour la plupart des réactions de l’UMP et celles de nombre de leurs sympathisants. Ca m’irrite. Au moins, je vous en pense innocent, vous et Aristote.

    Ce qui nous conduit à mes sujets de prédilection. Souvent, les modalités du débat m’intéressent autant que le débat lui-même. J’ai tendance à penser que cela peut prendre largement autant d’importance que le fond du sujet. Ensuite, j’ai aussi plus trivialement des sujets privilégiés, que je peux aussi « traiter » en dépit du bon sens sous un billet ne s’en rapprochant que moyennement : histoire, Europe, centrisme… Vous avez un exemple pas plus tard que le billet précédent.

    On a tous nos marottes, voyez-vous. Vous savez, l’application de l’idéologie libérale à tel ou tel sujet, ou la version capitaliste des malheurs de Sophie, parfois, je m’en tape. Cela ne suffit pas à vous rendre inintéressant, et je continue de vous lire, souvent avec plaisir.

    Enfin, pour mes « rares » commentaires… Heu, Pardon?!? J’ai plutôt tendance à penser que je commente trop, sur ce blog, et toujours bien loin de mon domaine d’expertise (la mécanique des matériaux granulaires et les procédés industriels connexes. J’ai des centres d’intérêts plus larges 🙂 ). C’est pas grand chose mais c’est toujours du temps que je prends à ma famille et à mon boulot. Si ce temps passé est aussi inutile que vous le suggérez, alors oui, peut être que mes commentaires vont se faire un peu plus rares.

  • @Vivien

    Ne désertez pas.
    En spécialiste de micromécanique granulaire du côté des matériaux naturels, j’apprécie les commentaires argumentés venant du côté des procédés industriels.

  • @Gatien

    Aie, vous ne pousseriez pas le vice jusqu’à être mon directeur de thèse, quand même?

    Sinon, c’est bien dommage que Koz ignore superbement les matériaux granulaires dans ses billets. Ca pourrait envoyer des bulles…

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