Malgré tout

eugbJe suis arrivé sans m’y attendre à cet âge intermédiaire auquel, bien qu’encore jeune, on ne travaille plus seulement pour soi. Si la réalité du temps qui nous reste n’y suffisait pas, les cavalcades des enfants autour de soi nous le rappellent joyeusement, ou tragiquement – c’est selon. C’est cet âge intermédiaire où l’on commence à se poser la question de l’espace et du temps dans lequel ils chercheront un sens à leur vie, alors que l’on cherche encore le sens de la sienne. Un âge où l’on ne travaille, où l’on ne pense, plus que pour soi. Étrange sentiment que de vivre un temps de décomposition, et de chercher au milieu de tout cela ce que malgré tout l’on pourra leur transmettre. Nos parents, s’ils ont néanmoins connu leurs difficultés, vivaient un temps de construction.

Ce Brexit ne vient pas de nulle part. Évidemment. Mais il s’insère dans un tableau plus large qui nous donne aujourd’hui une responsabilité historique, dont j’aimerais croire plus sûrement que nous saurons l’endosser.

Il vient bien sûr pour une large part de l’Union Européenne elle-même. Trop éloignée, trop technique, insuffisamment protectrice. Ses bénéfices échappent aux citoyens. L’euroscepticisme est notre lieu commun, l’esprit partagé. L’Union Européenne est, aussi, dépourvue de projet, de sorte que l’on se demande bien où vont ceux qui y travaillent, là-haut dans ce quartier Bruxellois, et s’ils le savent eux-mêmes. Il est une évidence que les citoyens doivent désormais percevoir quelle protection supplémentaire – que ce soit en termes de sécurité intérieure et extérieure ou de protection sociale – elle leur apporte. Car elle le fait, aussi. Mais les temps ont basculé : quand nous rêvions d’ouverture, nous réclamons de la protection. Alors qu’hier les peuples optimistes attendaient d’elle qu’elle élargisse le champ de leur expansion et de la prospérité, le champ de leurs opportunités, aujourd’hui anxieux, ils attendent d’elle protection contre la mondialisation, la désindustrialisation, l’immigration. C’est toute une perspective à changer.

Mais il serait trop facile de charger la barque de l’Union Européenne comme à l’accoutumée, comme nous l’avons toujours fait, pour échapper à nos propres responsabilités. Trop facile pour ceux qui la tiennent à distance de lui reprocher son éloignement.

C’est l’« Europe, fatiguée et vieillie, stérile et sans vitalité, où les grands idéaux qui ont inspiré l’Europe semblent avoir perdu leur force attractive », au-delà de l’Union, qui est dans une panne globale.
L’Union Européenne n’a pas de projet ? Français, sommes-nous mieux placés pour lui faire la leçon ? L’absence de projet est une plaie qui nous est commune. Et plus encore, quand la France garde – malgré tous les discours inverses – la capacité politique et historique à proposer et incarner un tel projet, cette capacité n’est pas donnée à l’Union Européenne. Trop souvent les mêmes qui l’accusent d’être une institution froide et sans vision poussent les hauts cris à l’idée qu’elle fasse seulement mine de porter un projet politique – politique au sens fort. Il est légitime d’attendre d’une entité en construction qu’elle justifie davantage sa raison d’être mais méfions-nous : si vraiment le seul critère d’existence d’une entité politique est la communion à un projet politique commun et fort, alors dissolvons la France. Et lorsque l’on répète que « l’Europe est en panne », n’oublions pas que c’est bien l’Europe au-delà de l’Union Européenne. L’Europe, cette « Europe fatiguée et vieillie, stérile et sans vitalité, où les grands idéaux qui ont inspiré l’Europe semblent avoir perdu leur force attractive« , qu’évoquait il y a à peine plus d’un mois le pape François sous les applaudissements des députés européens, est dans une panne globale. L’Union Européenne a ses carences et ses défaillances, mais elle paie aussi pour le doute général.

Pour parler aux vrais gens, les anti-UE n’ont de cesse que d’invoquer la « règlementation tatillonne Bruxelloise ». Comme beaucoup de critiques, elle est à prendre en compte. Mais ceux qui y sont sensibles doivent aussi admettre que c’est le propre de toute règlementation que d’insupporter celui qui y est soumis. La règlementation tatillonne française n’est pas plus sexy que la bruxelloise. Mais essayez donc de faire avec la règlementation tatillonne française, et la règlementation tatillonne italienne, et la règlementation tatillonne allemande, et la règlementation tatillonne hollandaise, et la règlementation tatillonne espagnole (et pourquoi pas basque, catalane etc.), et… A tout le moins l’Union œuvrait à une règlementation tatillonne harmonisée.

L’Union Européenne est divisée ? Français, sommes-nous bien placés pour lui faire la leçon ? Sans même parler de notre atavisme bagarreur, la République une et indivisible a elle-même du plomb dans l’aile. Nous nous divisons nous aussi, par communautés et identités qui se veulent, se croient, irréductibles. Nous nous divisons au souvenir d’une ancienne unité, incapables de communier à une unité – même nationale – plus haute.

Ils vous disent que ce n’est pas l’Europe qui a fait la paix ? Soit. Essayez les nationalistes, pour voir.
Ne mettons pas abusivement sur le dos de l’Europe, de l’Union Européenne, ce que portent les vents mauvais de l’époque. L’angoisse devant les menaces actuelles – économiques, sécuritaires, migratoires – laisse certains imaginer que les structures d’hier répondraient mieux aux défis d’aujourd’hui. Les meilleurs veulent retrouver le cadre connu, comme si l’époque glorieuse devait nécessairement revenir avec lui. D’autres cultivent les réflexes ancestraux, et le nationalisme réflexe. Ils vous disent que ce n’est pas l’Europe qui a fait la paix ? Soit. Eh bien essayez les nationalistes, pour voir. Si vous n’aimez pas l’Union, essayez la désunion. Il y a quelque chose de rageant à voir les héritiers de tout ce qui nous a menés aux conflits nous expliquer comment la paix aurait été mieux construite selon leurs vues. Aujourd’hui, c’est aussi la victoire du nationalisme anglais – pas britannique, anglais. Celle d’un homme qui, une semaine après l’assassinat de Jo Cox peut, dans son discours de victoire, déclarer qu’elle a été acquise sans qu’une seule balle soit tirée, qui peut au petit matin de sa victoire admettre que l’un de ses principaux arguments de campagne était un mensonge – pardon, « une erreur ». C’est encore une victoire du retrait identitaire et la logique qu’il porte est une lourde hypothèque sur notre avenir, plus grave que toutes les inquiétudes financières ou économiques.

Alors, certes, il reste une chance infime. Réaliser quelle responsabilité historique nous incombe, même si l’on aimerait que les mêmes qui défont aient parfois le cran de proposer un autre projet. Affronter cette remise en question que même 2005 n’a que trop furtivement suscitée. Débattre de l’Union avec la conviction éprouvée que sa pérennité n’est aucunement acquise. Changer les pratiques à son égard. La doter d’un projet. Raviver « les idéaux qui l’ont formée dès l’origine : la paix, la subsidiarité et la solidarité réciproque, un humanisme centré sur le respect de la dignité de la personne ». Envisager la « séquence pause, bilan, conférence, refondation » qu’évoque Hubert Védrine avec, de fait, une large refondation.

Ce n’est pas impossible, mais peu probable. Et s’il reste toujours l’espérance, j’ai malgré tout bien peu d’espoir.

Auteur

Monoépoux, multipère, et fidèle à plusieurs titres. Également avocat (associé fondateur BeLeM Avocats) et auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015, éd. du Cerf)

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53 comments

  • Ce que j’espère, c’est que les egos froissés de nos dirigeants ne prendront pas le pas sur la raison, et que nous trouverons rapidement de bons accommodements avec les anglais pour régler ce qui ne rentre plus dans le cadre commun que donnait l’Europe: accords douaniers (et on y a intérêt, vu ce que l’Angleterre importe) zones de pêches, planification maritime en cours , accords universitaires….

    Et je vous rejoins sur l’Europe tatillonne: j’ai trop vu la France « surtransposer » les directives pour mettre tout sur le dos de Bruxelles. J’ai vécu directement une administration française prétextant « c’est la commission » pour ne pas agir, voire même bloquer l’entreprise, j’ai constaté que cette même administration ne connaissait même pas ses homologues européens…alors oui, il a fallu faire du lobbying à Bruxelles, mais pas celui qu’ on imagine généralement . Nous avons pris sous le bras nos fonctionnaires français et avons organisé la rencontre. Et comme par miracle, après une bonne explication, un terrain d’accord a été trouvé.

    J’aime l’Europe et j’aime la France. Ces deux espaces ont besoin d’un projet pour construire l’avenir. J’aimerai qu’il soit commun.

  • Sur votre blog et sur plusieurs blogs de la Croix il m’est arrivé plusieurs fois par le passé de poser les questions suivantes: l’Europe peut-elle imploser comme l’ex-URSS, l’ex Yougoslavie? Se balkaniser? La France peut-elle se libaniser? Je ne savais pas alors ce qu’il allait se passer. Je sentais dans mon métier d’instit, dans les assos dont je faisais et je fais encore partie un malaise. Sur l’identité européenne, sur l’identité française. J’ai par exemple travaillé plus de dix ans dans un village du Lot-et-Garonne qui a voté à plus de 67% contre Maastrich. Ce village n’est pas très loin du village natal de Renaud Jean, premier député communiste du 47. Au moment de la mise en place du Marché commun il avait alors affirmé « Cela sera la Saint Barthélémy des petits paysans français. » Dans notre pays beaucoup de femmes et d’hommes politiques de gauche et de droite ont souvent accusé l’Europe de tout ce qui n’allait pas dans notre pays. Il semblerait qu’il en ait été de même dans d’autres pays. Je ne sais pas ce qui va se passer dans les jours, les semaines et les mois à venir. Le ciment anticommuniste de la construction européenne n’est plus d’actualité. Le ciment recherche de la paix de la construction européenne me semble toujours d’actualité. Je n’aime pas donc pas tous les scénarios catastrophes qui sont faits en ce moment parce que les Anglais veulent sortir de l’Europe. L’Europe n’est pas une secte que je sache. Je n’aime pas non plus le réveil des nationalismes. Alors demain vivrons nous dans un monde ouvert ou dans un monde fermé? God save U.E. God bless us. 🙂

  • Le discours de Farage était absolument ignoble. Une combinaison particulièrement impudique de militantisme aveugle et de populisme rageur.

    C’est avec pas mal de tristesse que je vois se déliter un projet qui nous faisait rêver, nous les jeunes, quand je l’étais… (il y a longtemps, oui). Curieusement, pendant longtemps j’ai pensé que la construction européenne marcherait mieux si on mettait les Britanniques dehors. Mais, maintenant qu’ils sont sortis d’eux-mêmes, on voit bien que ça n’arrangera rien, que beaucoup est à reconstruire, et que les obstacles sur cette route ne sont pas britanniques mais bien français, allemands, italiens, grecs, suédois, polonais, etc…

    Le projet européen se délite pour les mêmes raisons que les démocraties se bloquent et que les dirigeants perdent la main – divisions politiques, radicalisation psychologique, repli identitaire, grands écarts dus à la mondialisation, rapidité des mouvements d’argent, d’information, de population, et j’en passe. Le cadre inventé par Jean Monnet n’est plus adapté, et il faut se demander si nos institutions démocratiques (Constitution, Parlement, référendum) vont encore tenir la route pour les décennies qui viennent. Quand tous les experts et tous les partis de gouvernement penchent d’un côté et que le peuple décide de l’autre, c’est bien qu’il y a un souci fondamental, lequel dépasse largement la simple question du Brexit ou même de l’existence d’une UE.

    De l’espoir, il en reste toujours. Malgré tout, et notamment, malgré le personnel politique dont nous nous sommes dotés. Cameron est dehors, c’est déjà ça. Hollande est sur la rampe de sortie, mais on ne voit pas bien qui parmi les remplaçants potentiels pourra faire beaucoup mieux. Il ne faut pas désespérer, cependant: il nous reste encore des idéaux et des idéalistes. Rendons ici un hommage respectueux à Jo Cox, qui les représentait avec courage.

  • Pour une fois, je n’adhère pas à 100%. Globalement, je partage le constat mais je diffère sur un point d’importance, essentiel même :

    « Ils vous disent que ce n’est pas l’Europe qui a fait la paix ? Soit. Essayez les nationalistes, pour voir. »

    Comme si il n’y avait pas d’alternative entre l’adhésion à cette construction européenne et les nationalismes mortifères. Non, ce n’est pas la construction européenne qui a permis la paix entre les nations européennes, mais l’inverse. C’est parce que des nations souveraines ont tiré les leçons de l’histoire pour imaginer un avenir commun que sont nés les traités. Et quand la guerre frappait l’Europe (le continent pas l’UE) en son sein en ex-Yougoslavie, ce n’est pas l’action de tel ou tel commissaire ou un vote du parlement de Strasbourg qui y a mis fin, mais la détermination de quelques pays dont la France (rendons grâce, une fois n’est pas coutume, à Jacques Chirac). Enfin, pour la guerre qui frappe aux confins de l’Europe, au Moyen-Orient ou au Maghreb, nous attendons toujours…(Barkane est une initiative française en collaboration avec d’autres pays).

    On ne va pas refaire le débat sur l’Europe, mais notons qu’il y a près de 25 ans, bien loin des discours démagogues et populistes à la Farage ou Le Pen, un homme politique français, le regretté Philippe Seguin, avait tout vu, tout compris, dans un remarquable discours prémonitoire https://www.youtube.com/watch?v=mTaPLQtFHsY.

    Un exemple, un seul. On nous avait vanté le beau principe de subsidiarité et nous avons un Parlement européen qui propose et vote des résolutions à tout va, y compris sur des sujets dits de civilisation.

    Les britanniques, qui rappelons-le ne sont ni dans l’Euro (la monnaie, pas le championnat) ni dans Schengen) n’ont pas décidé de sortir de l’Europe mais d’une structure juridique appelée Union Européenne.

    A toute chose, malheur est bon. Ce vote (d’espérance pour moi) est une occasion unique de repenser notre projet européen. Saisissons-là !

  • L’Union Européenne ? C’est nous. C’est ce que nous en avons fait, ou pas fait c’est selon.

    Et, tout à fait d’accord, c’est aussi la bouée de sauvetage de tous nos politiques qui, lorsqu’ils échouent ou sont impuissants à faire grandir le pays, peuvent nous rassurer en nous expliquant qu’ils auraient bien voulu mais voilà, ya l’Europe et ses règles restrictives ma bonne dame.

    Je reste convaincu que l’Union Européenne reste la plus grande réussite de notre région, qui n’a connu que la guerre pendant 2000 ans et que la paix depuis sa création, qui fait tant pour l’égalité des citoyens en son sein. Et je supporterai sans hésitation toute proposition qui va vers plus d’intégration.

    La sortie du Royaume-Uni, qui a tant freiné notre construction avec un statut si à part, n’est pas la fin du monde. Il ne faut pas « tout changer », « reconstruire l’Europe » comme tous les politiques s’empressent de le dire. Mais je crois qu’il faut que l’UE soit suffisamment rigide vis-à-vis de cette sortie pour mettre en avant définitivement et incontestablement tout ce qu’elle nous apporte, et tout ce que le Royaume-Uni va perdre.

  • Faire le deuil des Etats-Unis d’Europe n’est pas faire le deuil de l’Europe. J’ai suivi cette campagne d’asez loin, et je n’ai découvert les outrances de Farage et de Johnson que ces derniers jours. Ils n’ont certainement pas la tenue qu’on est en droit d’exiger de leaders d’opinions, mais j’ai envie de croire qu’ils ne comptent pas vraiment. Ce qui m’intéresse, c’est que la construction européenne était, en dépit du référendum de 2004, vue comme une voie à sens unique. L’idée qu’un pays puisse faire demi-tour n’était pas admissible. Le Brexit, en offrant cette possibilité, permet de reconsidérer un certain nombre de points auparavant non négociables. C’est un risque -notamment d’un triomphe du repli un peu partout-, mais cela peut devenir une opportunité.

    Le bilan de l’Europe n’est pas bon, même si les acteurs, il faut le rappeler, n’y sont pas pour grand chose. La transposition des directives étant ce qu’elle est, l’objectif d’harmonisation est, sauf dans de rares domaines, peu aboutit. En revanche, ces directives servent régulièrement de cache-sexe aux politiciens nationaux pour éviter leurs responsabilités. Les traités délèguent à l’Union des compétences, souvent purement techniques, au cas par cas, donnant un résultat encore plus illisible que la répartition des compétences interne. Les citoyens ne savent pas ce que fait exactement l’Europe, ils se contentent de la voir intervenir ici et là, parfois avec des budgets conséquents.

    Le Brexit fait courir à l’Europe un danger effrayant : celui de voir se déliter l’UE qui serait remplacée par une série touffue d’accords bilatéraux ne représentant que des rapports de force. Il peut être aussi l’occasion d’une opportunité, celle de redéfinir pleinement l’Union comme le lieu d’une coopération, de redéfinir ses compétence, quitte à les réduire, d’ailleurs, pour clarifier son rôle.

    La crise des migrants et les opérations en Syrie ont montré que l’Europe politique était désirée. Si elle grandit sur les décombres de l’Europe économique, nous restons gagnant au change. Mais je rêve peut-être.

  • Ce n’est pas l’union contrainte, bureaucratique, top-down, centralisée qui fait la force et la paix, c’est l’indépendance, la décentralisation, la liberté et le commerce.

    Cette idée paraît totalement incongrue dans un pays ultra-colbertiste et napoléonien pétri d’ingénierie sociale. Pourtant, toute l’histoire de l’Europe et du monde la confirme.

    Philippe le Bel pille les juifs, les lombards et les templiers pour inventer l’Etat moderne centralisé. Ca aboutit à la guerre de 100 ans avec le voisin anglais aux conceptions similaires. C’est alors dans les cités-états allemandes et surtout italiennes totalement dénuées d’Etat central qu’émerge la renaissance. Le continent subit ensuite la domination Habsbourg après que Charles Quint, riche de l’or du nouveau monde, unifie l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie. Paf, guerres, faillites, décadence de ces pays. Et c’est la France et l’Angleterre, proportionnellement moins centralisées qui redeviennent dominantes. Mais en France on a Mazarin puis Colbert et donc les guerres et la faillite alors que les Anglais exécutent leur roi en 1649 et restreignent le pouvoir central. Passons au 19e siècle, les Français avec Robespierre et Napoléon ont construit un Etat moderne, et c’est donc dans l’Angleterre décentralisée que naît la révolution industrielle. Puis au 20e. Ah, ces bons gros états modernes et bien administrés : 2 guerres mondiales, des dizaines de millions de morts ! Et les US, pays le plus bizarrement libre et décentralisé du monde (il faut lire Tocqueville) deviennent le poumon créatif de la planète.

    Aujourd’hui, l’Etat fédéral US n’a fait que se renforcer entraînant guerres, corruption, abus de pouvoir, défiance. Les grandes institutions supranationales (banques centrales, FMI, organismes de régulation, ONU) édictent des règles incompréhensibles qui s’imposent à tous et ne semblent pas éviter ou résoudre les crises, quand elles ne les aggravent pas activement (l’ONU vient de nommer l’Egypte à sa commission des droits de l’homme, l’Arabie Saoudite y est déjà)

    La crise grecque a montré que le socialisme, la « solidarité » imposée par le haut, a les mêmes effets destructeurs sur les liens sociaux et la confiance, qu’on l’applique aux états ou aux citoyens : ceux qui sont « aidés » sont humiliés et revanchards, ceux qui « aident » sont méprisants et aigris.

    Rien ne justifie cette sorte de romantisme vis a vis d’un gouvernement toujours plus centralisé et global. Tout indique au contraire que la collaboration/concurrence libre et volontaire entre entités indépendantes est le principal vecteur de prospérité, paix et stabilité. Il faut lire Nassim Nicholas Taleb et comprendre son concept d’anti-fragilité. La vraie solidité naît de l’adaptabilité qu’offrent de multiples acteurs indépendants qui font des petites erreurs et des avancées qui profitent à tous. Les systèmes monolithiques n’évoluent pas et sont vulnérables à une crise systémique.

    Brexit ouvre bien sûr une période d’incertitudes, mais je suis plutôt optimiste. La phrase de Farage est choquante quand on pense à Jo Cox, mais le point fondamental demeure : quand on compare à d’autres exemples historiques de séparation d’une union intégrée (guerre civile US ou effondrement de l’URSS), le Brexit paraît assez paisible.

    Je pense et j’espère que toutes les conséquences cataclysmiques que les partisans du Remain avaient agitées ne se produiront pas. Je pense que les effets seront assez faibles et plutôt positifs à moyen terme. Ca fera une pierre de plus dans le jardin du « big is beautiful ». L’UE est la région du monde qui a le moins bien fonctionné depuis la crise financière. Le pays le plus prospère d’Europe est la Suisse qui n’appartient pas à l’UE (et n’a quasiment pas d’Etat central). Les startups innovent, les grands groupes suivent et les politiciens interdisent, ça commence à se voir.

    Car vois-tu, moi aussi j’ai l’âge où on ne travaille plus seulement pour soi. Entre l’aberration bureaucratique, la surveillance généralisée et l’état d’urgence permanent, je me demande si mes enfants vivront dans un remake de Brazil ou dans une société libre.

  • Je suis surpris par certains commentaires qui semblent considérés que la réponse au Brexit devrait être « plus d’Europe ». N’est-ce pas la sensation d’être dépossédé de sa souveraineté qui justifie, du moins en partie, le rejet de l’UE? Augmenter la dose d’UE ne va-t-il pas empirer le mal?

    Je crains que cette fuite en avant ne prépare les désillusions de demain.

  •  » A tout le moins l’Union œuvrait à une règlementation tatillonne harmonisée. »

    Justement, il me semble que le rôle des institutions européenne est dans une harmonisation qui limite la règlementation tatillonne à ce qui nous rassemble et non pas dans un empilement de toutes les contraintes.

    L’Europe doit se construire autours de ce qui nous est commun et laisser à chaque État le soin de cultiver ses particularités. C’est le principe de subsidiarité.

    Trop souvent malheureusement, elle a cherché à créer des règles communes qui se sont avérées comme la somme de toutes ces règles tatillonnes. Et comme les règles européennes s’imposent sur les règles nationales, cela a fatalement conduit à une overdose. Et vous le savez, l’overdose conduit à une réaction souvent fatale.

  • Pour ceux qui lisent l’anglais :

    http://www.politico.eu/article/britains-youth-voted-remain-leave-eu-brexit-referendum-stats/

    La majorité des Anglais âgés de moins de 50 ans ont voté pour rester, 75 % de ceux âgés de moins de 25 ans.

    Le vote est aussi très contrasté entre grandes villes et zones rurales ou périurbaines. L’Écosse et l’Ulster ont massivement voté pour rester.

    Ce vote n’est pas celui d’une nation, mais révèle une fracture qui court dans tous les pays. La globalisation du monde a des coûts et des bénéfices, dont le partage est très inégal entre les catégories socio-professionnelles. Les gagnants économiques, les urbains éduqués, ont en plus tenté d’imposer aux perdants, ce qui n’avait rien de nécessaire, l’abandon de leur identité culturelle.

    Je ne suis pas sûr que le Brexit soit la solution à ces problèmes. On peut rêver que nos politiques en prennent au moins note. On peut craindre le pire : une hystérisation du débat sur rester ou non et aucune réflexion de fond sur que faire de l’aventure européenne.

  • Quand on parle Europe, on parle aussi traités. Et le prochain traité que l’on nous prépare est le TAFTA dont les négociations sont aussi secrètes que mal engagées. Est-ce dans cette Europe que les Anglais voulaient rester ? Dans cette Europe imbue de technocratie qui prépare en secret et sans tenir compte d’autres intérêts que ceux des lobbies, le futur de notre économie et de notre société ?

    Je ne sais pas quelles ont été les motivations de ceux qui ont choisi de sortir de l’Union, mais je sais que si demain un référendum me donnait la possibilité de choisir entre rester ou sortir de cette Union, je choisirai comme les Anglais. Non pas contre l’Europe, mais contre cette construction technocratique.

    Moi aussi, j’ai vibré pour la construction européenne, pour que les peuples européens marchent ensemble dans un projet commun. Mais tous les projets ne se valent pas.

  • merci Doud 69 pour vos précisions UE/continent mais vous tombez vous-même dans votre piège en prenant exemple sur les Balkans: ces pays sont en Europe continent mais pas dans l’UE; en revanche, je suis d’accord avec votre phrase « C’est parce que des nations souveraines ont tiré les leçons de l’histoire pour imaginer un avenir commun que sont nés les traités » qui correspond à l’objectif européen. Pourriez-vous étayer votre affirmation « On nous avait vanté le beau principe de subsidiarité et nous avons un Parlement européen qui propose et vote des résolutions à tout va, y compris sur des sujets dits de civilisation.  » avec des exemples de vote précis?

  • Cher Koz,

    Merci pour vos billets toujours très intéressants à lire. Il me semble que ce Brexit est à replacer dans le tableau de la montée des « populismes », qui fleurissent un peu partout en Europe et peuvent avoir des visages très divers (extrême droite, mais aussi extrême gauche, anti-capitalisme, etc…).

    Pourquoi se développent-ils autant ?

    J’aurais tendance à défendre la thèse suivante: une réaction à un mouvement de fond qui voit « l’espace prendre le pas sur le temps ». Les dernières années ont vu avec la mondialisation, le développement d’internet (et autres) les distances sur lesquelles nous échangeons s’élargir de façon rapide. Que les espaces s’élargissent est plutôt une bonne chose et va sans doute dans le sens de l’histoire. Mais attention à ce qu’ils ne le fassent pas trop vite ! Car la relation humaine a son rythme propre, et ce n’est pas celui de la circulation de l’information ou des capitaux. Or il semblerait que cet agrandissement des distances aille de pair avec une « contraction des durées », et c’est là tout le problème. L’attention humaine restant limitée, on se retrouve à déshabiller Pierre pour habiller Paul.

    Cette contraction des durées, il me semble, revêt des formes diverses et variées. En vrac: court terme imposé à nos entreprises par les marchés financiers, tendance au « vite écrit, vite lu » chez nos médias (ce qui rend difficile la mise en place d’un débat sain: Timothy Radcliffe déplorait l’hystérie des débats quelques jours avant le vote du Brexit), mépris pour l’enseignement de l’Histoire (cf. réforme du collège), absence de projets à long terme chez nos politiques, chute des financements de la recherche, compétition mondiale étouffant « dans l’oeuf » la créativité et le développement des acteurs locaux.

    Ceci devient plus grave lorsque le lien entre générations est affecté. Et là encore: creusement d’un « fossé générationnel », chômage des plus jeunes et des plus âgés, politiques peu favorables voire hostiles à la famille. Or la famille n’est-elle pas l’incarnation même de la continuité entre générations?

    La Nation nous est donnée autant, sinon plus, par l’Histoire que par la Géographie. Il est vain de chercher à intégrer superficiellement à un territoire sans chercher à intégrer à une Histoire commune. Si la Nation ne tenait que par la pure Géographie, rien ne s’opposerait à la création d’un Etat Corse, Breton, Catalan,… Ce qui veut dire que la continuité temporelle est absolument vitale pour un pays. Par elle nous accueillons tous nos nouveaux arrivants en couches-culottes !

    Il me semble que les populismes, à la manière d’une chienne mordant pour défendre ses petits, relèvent d’une réaction quasi-instinctive pour défendre quelque chose de vital. Inutile de culpabiliser ou gronder l’animal, elle continuera à agir ainsi.

    En revanche, cette analyse si elle est vraie porte aussi une bonne nouvelle: traitons précieusement ce qui est précieux, le lien entre générations et la continuité temporelle qui fonde notre pays, et la violence populiste tombera d’elle-même ! Cela implique peut-être de calmer la frénésie de la mondialisation, et de ramener sa croissance à un rythme qui est celui de l’Histoire humaine et non plus celui de la circulation immédiate des capitaux.

  • L’Europe c’est , économiquement, avant tout un systeme de redistribution des richesses de régions riches vers les régions plus pauvres. La cinquième nation la plus riche au monde, pour la seconde fois, refuse ce principe et cela justifie à soi seul pleinement sa sortie pour cause d’hérésie. La répartition du vote traduit fidèlement celle de la richesse et de la modernité des régions du royaume uni, de leur capacité a affronter le bouleversement économique actuel. La logique voudrait que Londres porte assistance au Yokrshire et pourtant certains parlent maintenant « d’indépendance du grand Londres » : belle application du chacun pour soi, y compris dans son pays, bel exemple d’égoisme et donc d’échec politique intérieur. L’Europe la dedans n’y est plus pour grand chose. Le référendum, comme toujours, a dérivé en une lutte pour le pouvoir ( notamment entre anciens d’Eton ) et a donc conduit à l’utilisation des concepts les plus porteurs et simplistes ( nationalisme, grandeur, phobie de la différence, égoïsme etc….). C’est moins l’avenir de la Grande Bretagne que celui d’individus dévorés d’ambition qui était en jeu. D’ailleurs on assiste effectivement à un rapide rétropédalage sur les promesses ( Hollande a décidément fait des émules dans le monde entier ) et, plus grave a un potentiel éclatement de la Grande Bretagne. L’Europe, dans tout cela, n’est donc que le reflet de nos trahisons et de notre incapacité à affronter réellement les problèmes de notre époque. L’Espagne, demain, confirmera cette volonté d’une meilleure répartition de la richesse, comme vient de le faire l’Italie et comme le hurle la Grèce. Ne serait il pas temps de revenir aux fondamentaux de l’Europe plutôt que de parler fédéralisme ou nations dans le vide ? On comprend cependant, face à ce renouveau turbulent des nationalismes en Europe, aux USA, en Chine, en Russie, qu’Angela Merkel nous rappelle la mission de paix de l’Europe, nous en avons fort besoin !

  • Ne soyons pas pessimistes ! Premièrement, il n’y a pas plus de risques de guerre aujourd’hui qu’hier., à moins que l’on veuille se venger des Anglais, auquel cas la guerre viendrait de l’UE. Je n’y crois pas un seul instant. Les Anglais ne sont pas nos ennemis. Deuxièmement, la Suisse et la Norvège sont en dehors de l’UE et ne présentent pas le moindre risque pour la paix. Troisièmement, peut-être que cet échec permettra de corriger la pente technocratique dans laquelle l’UE s’enferre depuis un moment. Enfin, pourquoi pas un autre mode de fonctionnement de l’UE qui satisferait davantage les peuples ? Il faut quand même se rendre compte que les classes moyennes et populaires souffrent beaucoup de la mondialisation.

    Pour terminer, je ne crois pas une seconde que l’alternative à l’UE soit la guerre. Une Europe des nations, telle qu’elle était imaginée par De Gaulle serait une alternative tout à fait crédible à mes yeux.

    Bref, ne dramatisons pas, ne nous laissons pas hystériser par les médias.

  • Vercaud a écrit :

    La cinquième nation la plus riche au monde, pour la seconde fois, refuse ce principe et cela justifie à soi seul pleinement sa sortie pour cause d’hérésie. La répartition du vote traduit fidèlement celle de la richesse et de la modernité des régions du royaume uni, de leur capacité a affronter le bouleversement économique actuel.

    ????

    Ceux qui ont voté pour rester, ce sont « les riches », Londres, les grandes villes, etc. Ce ne sont donc pas les « riches » qui ont refusé la solidarité financière au sein de l’UE, mais les « pauvres ».

    Vous avez tout faux…

  • C’est avec beaucoup de tristesse que j’accuse le choc du Brexit. J’ai pensé que le RU allait voter pour rester. J’ai vécu 12 ans en Angleterre, je me suis formé dans ce pays. J’ai beaucoup d’amis anglais…

    J’ai beaucoup aimé le début de ce billet qui fait allusion à la responsabilité qu’ont les plus âgés vis-à-vis des générations qui suivent. L’espérance moyenne résiduelle de vie de ceux qui ont voté massivement pour quitter l’UE est de 16 ans, celle de ceux qui ont voté massivement pour rester, c’est-à-dire les jeunes, est de plus d’un demi siècle. C’est tragique, et c’est une leçon à retenir.

    Il n’a pas pris beaucoup de temps pour que les sujets du royaume comprennent et admettent qu’ils se sont tiré une balle dans le pied, avec la chute immédiate de la livre au plus bas niveau par rapport au dollar en 30 ans, la rage des Ecossais qui préfèrent maintenant devenir indépendants et celle des Irlandais du nord qui veulent maintenant être réunifiés avec l’Irlande. Ils disent que c’est la catastrophe maintenant, mais ce sera mieux sur le long terme. On est tenté de leur dire : vous n’avez pas cru aux experts ? maintenant vous n’avez qu’à vous farcir les conséquences.

    Le Royaume Uni comme l’UE vont devoir trouver une solution pour que les effets négatifs soient les plus faibles possibles pour les parties. Je ne crois pas que l’UE va vouloir pénaliser le Royaume Uni, mais l’article 50 du traité de Lisbonne qui concerne le retrait d’un membre n’est pas favorable à celui qui quitte. Sur le court terme, le RU n’aura que de mauvaises nouvelles.

    En ce qui concerne l’idée d’un Frexit, tant souhaité par le FN, la situation risque d’être encore pire que pour les Anglais. Au moins le Brexit servira de référence.

  • @ Vercaud:

    OK.

    Cela dit, la suite promet d’être intéressante. Pour mettre en oeuvre le Brexit, il faut un premier ministre volontaire pour le négocier et une Chambre des Communes qui le soutienne.

    Hors les leaders du Brexit, Boris Johnson en tête, sont soudainement frileux : si le Brexit se passe moins bien qu’ils ne l’ont promis à leurs électeurs, leur carrière politique se fracasse contre le réel.

    Et si personne ne se porte volontaire ou ne trouve le soutien de la majorité des députés, on aura des élections anticipées dont il est fort possible que les résultats annulent en pratique le référendum. Les Anglais ne sont pas encore partis…

  • @ Aristote: Ayant une certaine habitude des négociations avec les anglais, et leur habilité à changer les règles ou leur interprétation en cours de route, je vous suis, ils sont loin d’être out ! Et si les négociations démontraient qu’ils ne peuvent partir dans des conditions honnêtes ou acceptables mais ont enfin réussi à pousser l’Europe dans une direction positive……….seraient ils « obligés » de renoncer au Brexit ? C’est sans doute pour cela que certains sur le continent veulent accélérer les choses………

    C’est bien pour cela que certains sur le continent veulent accélérer la « négociation »

  • Aristote a écrit :

    Ce vote n’est pas celui d’une nation, mais révèle une fracture qui court dans tous les pays. La globalisation du monde a des coûts et des bénéfices, dont le partage est très inégal entre les catégories socio-professionnelles.

    Effectivement, on peut constater que le vote en faveur du Brexit en Angleterre obéit sensiblement aux mêmes « règles » par exemple que le vote FN en France : les « gagnants », les « insiders », ceux qui sont « in » votent « in », tandis que les « perdants », les « outsiders », ceux qui sont « out » votent « out ». L’Europe, comme l’immigré, n’est qu’un bouc émissaire pour celui qui est dans une situation économique et sociale très difficile.

    Le vrai problème est bien celui de la répartition des richesses. Mais qui osera / pourra arrêter cette machine folle ? Qui proposera une alternative crédible (qui ne serait évidemment pas le communisme) ? Si les philosophes et les dirigeants politiques du monde ne trouvent pas de réponse dans les années qui viennent, je crains malheureusement que nous allions au devant d’événements gravissimes qui feront passer le Brexit pour une aimable plaisanterie… Et c’est effectivement très inquiétant pour nos enfants.

    Pour l’heure, comme Pepito, ma pensée va d’abord aux jeunes Anglais qui n’ont pas eu la possibilité de choisir leur avenir. Je constate également avec un certain dégoût devant tant d’inconséquence que les Farage et les Johnson ont l’air bien embêtés par leur victoire… Comme s’ils avaient fait campagne pour le Brexit seulement parce qu’ils pensaient eux-mêmes n’avoir aucune chance de gagner.

  • Vercaud a écrit :

    @ Aristote: Ayant une certaine habitude des négociations avec les anglais, et leur habilité à changer les règles ou leur interprétation en cours de route, je vous suis, ils sont loin d’être out !

    C’est vrai, mais je ne peux pas m’empêcher que le fait qu’ils ne sortent pas serait la pire des solutions. Une fois de plus, nos amis europhobes se présenteront comme des victimes et les représentants d’une population méprisée par les élites nationales et européennes. Je ne suis pas particulièrement partisan, surtout en ce moment, de notre gouvernement, mais je dois dire que je suis heureux de leur réaction. Celle de Merkel me pose déjà plus de problème.

    Il faut maintenant mettre calmement mais fermement les Anglais dehors, quitte à voir l’éclatement du Royaume-Uni. Tous ces blaireaux qui ont dit après « ah merde j’ai mal voté j’avais pas réfléchi » ou « j’ai voté leave car le remain devait l’emporter » voire « jétais à la pêche » sont un exemple pour ces illettrés qui en font autant aux élections nationales ou européennes en France.

  • @ Armand017: Mais ce n’est pas nous qui les mettront à la porte : un référendum n’ a pas force de loi ! C’ ‘est la chambre anglaise qui doit prendre cette décision. Cameron ne tient sans doute pas à être en plus responsable de cela .S’ il devait y avoir des élections, par exemple (douteux vu l’état des trois partis principaux), il n’y aurait pas enclenchement de la procédure…..

    Si ( par exemple ) Boris Johnson prend le poste de PM, il peut prétendre que le référendum a été faussé par les assertions terriblement inexactes de l’UKIP qui auraient induit des anglais en erreur. Il peut faire preuve de grandeur nationaliste et prétendre que la Grande Bretagne ne peut laisser l’Ecosse s’en éloigner. Il peut aussi faire remarquer que beaucoup d’Européens proposent aujourd’hui de revoir le système de fond en comble alors qu’ils avaient refusé des simples modifications aux anglais il y a encore un mois ! Bref, la Grande Bretagne obtenant ce qu’elle demandait, pourquoi voter le « leave » alors qu’elle peut sauver l’Europe ? ça parait fou évidemment mais c’est tactiquement possible, me semble t il ……..et il n’y a pas que les américains qui s’en féliciteraient.

  • @ Vercaud:

    Oui, et ce serait la catastrophe au niveau démocratique. Et un boulevard pour UKIP pour la suite, puisque ceux qui ont changé d’avis rechangeraient une fois la panique passée.

    Le vin est tiré, on ne peut pas faire autre chose que de le boire.

  • @ Armand017:

    Catastrophe au niveau démocratique ? Non, si des élections venaient à un moment ou à un autre légitimer le choix de rester.

    Il y a un précédent. Tsipras en Grèce avait fait voter par referendum l’équivalent d’un Brexit. Ensuite, élu par les Grecs, il a mangé son chapeau.

    Parce que pendant une semaine la BCR a cessé d’alimenter sans contrepartie les banques grecques et que les Grecs ont subitement réalisé ce que voudrait vraiment dire sortir de l’Europe et de l’Euro : plus de monnaie !

    La situation de l’Angleterre n’est pas la même. Mais il n’est nullement certain qu’une sortie soit en fait avantageuse pour ceux qui ont voté pour la sortie.

    Bref, je ne prédis par que les Anglais resteront, mais attendons quand même de voir…

  • Le Pape François : «Dans l’union européenne, il y a une ambiance de division. Je pense à la Catalogne, à l’Écosse. Je ne dis pas que ces divisions sont dangereuses mais il faut bien les étudier. Et avant de faire un pas vers une nouvelle division, il faut parler à fond entre nous et trouver des solutions viables. Je n’ai pas étudié les raisons pour lesquelles le Royaume-Uni a pris cette décision. Mais il y a des divisions qui se font en vue d’une indépendance et par émancipation comme en Amérique latine ou en Afrique. L’émancipation est davantage compréhensible car elle est liée à une culture, à un mode de pensée. La sécession, au contraire, d’un pays – et je ne parle pas encore ici du Brexit -, je pense à l’Écosse par exemple, est une chose qui a donné son nom à ce que les politiques appellent la «balkanisation». Dans ce cas, c’est une sécession et non une émancipation. Pour moi, l’unité est toujours supérieure au conflit. La fraternité est meilleure que l’inimitié ou les distances.

    «Les ponts sont meilleurs que les murs. Tout ceci doit faire réfléchir. Par ailleurs, je suis dans l’Union européenne mais je veux avoir des choses qui soient miennes, qui appartiennent à ma culture. Le pas que l’Union européenne doit franchir pour retrouver la force qu’elle connut avec ses racines, est un pas de créativité et de «saine désunion» entre guillemets. C’est-à-dire, donner plus d’indépendances, donner plus de libertés aux pays de l’Union européenne, penser une nouvelle forme de l’union. Être créatifs en économie pour des emplois car nous avons une économie liquide. En Italie, par exemple, 40 % des moins de 25 ans n’ont pas de travail! Il y a donc quelque chose qui ne va pas dans une union massive, lourde (massiccia en italien qui signifie, à la fois, massif mais lourd, NDLR). Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Cherchons à recréer, parce qu’il faut toujours recréer. C’est comme une personne humaine qui passe de l’adolescence à l’âge adulte. Cela donne la vie, cela donne la fécondité. Pour moi donc, les deux paroles clés pour l’Union européenne sont fécondité et créativité».

  • Aujourd’hui on commence à penser que peut-être le Brexit n’aura pas lieu. En effet pour les politiciens (des deux camps), il serait sans doute préférable de ne rien faire. Cependant je doute que les milieux économiques ne leur laissent le choix : désormais, éviter le Brexit ne peut se faire qu’après avoir fait traîner les choses suffisamment longtemps (pas possible d’enterrer explicitement le référendum dès maintenant). Or pour les grandes entreprises, si le Brexit est une catastrophe, l’incertitude est pire. Et autant ces grandes entreprises avaient peu de prise sur le vote de millions d’Anglais, autant elles peuvent avoir plus d’influence sur les actes d’un gouvernement. Ce n’est bien sûr qu’une hypothèse, à suivre…

  • Etienne a écrit :

    éviter le Brexit ne peut se faire qu’après avoir fait traîner les choses suffisamment longtemps

    Des élections en septembre ?

  • Aristote a écrit :

    Il y a un précédent. Tsipras en Grèce avait fait voter par referendum l’équivalent d’un Brexit. Ensuite, élu par les Grecs, il a mangé son chapeau.

    Non, Tsipras a laissé croire aux Grecs qu’ils pouvaient rester dans l’UE tout en refusant les conditions imposées par ses partenaires. Les deux propositions étant incompatibles, il devait de toute façon trahir ses électeurs d’une manière ou d’une autre, mais le référendum ne portait pas sur un Grexit, au contraire Tspiras avait assuré que quelque soit le résultat du vote la Grèce resterait dans l’UE.

    Cette fois, c’est assez différent, la sortie du Royaume-Uni de l’UE est sans aucun doute un mauvais calcul (notamment économique), mais elle n’est pas du tout impossible, c’est une vraie décision politique.

    Ceci étant, il était aberrant de lier ce genre de décision à un référendum à la majorité simple : on ne sort pas de l’UE comme on vote une loi – une loi peut être votée puis abrogée 2 ans plus tard, mais on voit mal le Royaume-Uni sortir de l’UE pour la réintégrer dans un avenir proche.

    Mais si le parlement s’assoit sur les résultats du référendum, le remède sera pire que le mal ; tous les nationalismes et les populismes de l’UE vont grimper en flèche à un niveau encore inédit je le crains. Envoyer le signal que tout est verrouillé et qu’on n’est pas libre de sortir de l’UE, c’est provoquer un réflexe de fuite à tout prix ! (Un peu comme les paniques bancaires où, si le bruit court qu’on ne peut plus retirer ses capitaux, tout le monde cherche à les retirer en même temps et le système finit vraiment par s’effondrer…) Alors qu’au contraire, l’exemple anglais, pour autant que l’UE ne cherche pas à se venger, ramènera je l’espère à un peu plus de réalisme : on verra bien que l’Angleterre sortie de l’UE ne s’en sort pas mieux.

  • fraspi a écrit :

    Mais si le parlement s’assoit sur les résultats du référendum, le remède sera pire que le mal ; tous les nationalismes et les populismes de l’UE vont grimper en flèche à un niveau encore inédit je le crains. Envoyer le signal que tout est verrouillé et qu’on n’est pas libre de sortir de l’UE, c’est provoquer un réflexe de fuite à tout prix !

    Je suis résolument d’accord avec cette analyse, mais hélas il semble que les Britanniques sont partis dans cette direction… C’est la panique pour les prochaines années…

  • @ Armand017:

    Il y a une autre lecture possible. Bien des Anglais qui ont voté pour le Brexit se rendent compte aujourd’hui que Boris Johnson et les autres leaders pro-Brexit leur ont raconté des salades auxquelles eux-mêmes ne croyaient pas.

    Pour ma part, je ne suis pas convaincu que même Marine Le Pen souhaite vraiment se retrouver dans la position d’avoir à aller à Bruxelles négocier le retrait de la France. C’est cette hypocrisie qu’il faut mettre en évidence.

    Et par ailleurs reprendre le dossier européen.

  • @ Aristote:

    Mais on dit ça sur la base de pétitions en ligne et de micro-trottoirs ! Rien de tout cela n’est suffisamment clair et sérieux pour justifier d’enterrer un vote honnête, franc et massif.

    C’est par contre clair que les Brexiters se retrouvent en position de devoir faire ce qu’ils comprennent être la pire des idées. La galère pour eux, mais je dois dire que je ne vais pas les plaindre.

  • Flo a écrit :

    Les ponts sont meilleurs que les murs.

    Et les frontières ouvertes meilleures que les frontières fermées. Et la sécurité sociale et la retraite meilleures que leur absence. Des idées folles comme celles là j’aimerais bien que nous en ayons à nouveau dans les années à venir. Par exemple donner 700 euros par mois à tout le monde, une prime de 3000 euros par an à tout le monde. Cet argent existe déjà. Il n’est point besoin de le prendre aux riches. C’est l’argent que la Banque centrale européenne donne aux banques tous les ans pour en faire l’usage que l’on sait. C’est l’argent des guerres que nous menons de par le monde depuis la guerre d’Afghanistan et celles qui ont suivi. Nous le ferons sans doute … après la prochaine catastrophe mondiale?

  • Je crains que l’accès à la tribune soit réservée aux abonnés et croyez bien que je le regrette, car il faut lire cette tribune de Jean-Claude Trichet (oui, oui, une élite, un eurocrate – mais quand on voit les trahisons de Farage et Johnson, on cesse de jouer aux sans-culottes de salon et on lit les arguments).

    Il souligne notamment, comme je l’ai fait aussi, à quel point les griefs que l’on fait à l’Union Européenne sont loin d’être soit de son fait soit exclusifs à elle. Il relève une frustration articulée autour de l’emploi, de la perte de repères et de l’identité. Mais comme il le souligne entre autres, la question d’identité se pose aussi aux Etats-Unis, sans qu’il soit nécessaire d’avoir une instance supranationale pour qu’elle se pose. Le discrédit des institutions européennes ? Il souligne que la méfiance est moindre à l’égard de la Commission qu’à l’encontre des gouvernements nationaux (46% de méfiance contre 66%), à l’égard du Parlement européen qu’à l’encontre des parlements nationaux (47% de méfiance contre 64%).

    J’ai toujours pensé que les griefs articulés à l’encontre de l’Union Européenne ne lui étaient pas propres, mais relevaient de toute administration, tout gouvernement. Il reste que, bien évidemment, c’est lorsque l’on ajoute un échelon qu’il faut justifier de son utilité. A mon sens, l’ouverture des marchés reste un bénéfice pour toute entreprise (et donc pour l’emploi), l’harmonisation des règlementations aussi (je préfère avoir une règlementation européenne emmerdante que vingt-huit règlementations nationales également emmerdantes).

    Le fonctionnement de l’Union Européenne me satisfait-il pour autant ? Non. Mais celui de la France non plus. En revanche, il me paraît plus utile de la réformer que de la quitter – outre le fait que je préfère, pour paraphraser le député du Parti National Écossais, vivre dans un pays qui regarde vers l’extérieur que dans une petite France diminuée (ne nous leurrons pas sur l’état d’esprit des Farage français).

    Bref, je lis que les eurhostiles se dressent contre une réaction au Brexit qui serait « plus d’Europe ». Outre le fait que je n’ai guère lu cette réaction, la réalité c’est qu’il faut « une meilleure Europe ». Et une Europe qui prenne en considération le besoin de protection, entre autres aux frontières, de la population. Le besoin de lisibilité et d’empowerment (si j’ose) aussi : les citoyens doivent savoir facilement ce que fait la Commission, et on doit développer une capacité d’interpellation. Mais sans mettre sur le dos de l’UE ce qui ne lui incombe pas.

  • Il me semble pour ma part qu’un argument des eurosceptiques (ceux qui votent, pas ceux qui font campagne, avec les mensonges que l’on sait) a été peut-être un peu vite oublié dans les réactions et les projets de nos hommes politiques : beaucoup ne croient plus en l’union européenne parce qu’elle souffre d’un « déficit démocratique », pour reprendre une expression qui est revenue fréquemment dans la bouche des journalistes le 24 juin…

    Je m’explique : pour un certain nombre de citoyens, il est encore préférable d’avoir affaire à une « règlementation nationale emmerdante » (si je puis me permettre de citer du Koz’ dans le texte), quitte à devoir aussi se coltiner les réglementations emmerdantes des autres nations (après tout, une bonne partie de nos concitoyens n’a pas fréquemment l’occasion d’être confronté aux réglementations des Etats voisins…) qu’à une réglementation emmerdante venant d’un échelon supranational, et s’imposant à la réglementation nationale. Nos députes, notre gouvernement, nous les connaissons, quand leurs décisions nous déplaisent nous pouvons tenter d’intervenir, par le vote bien-sûr, par des manifestations, pétitions, corps intermédiaires etc. Des actions de ce genre sont certes possibles au niveau européen MAIS… au moins quand nous agissons à l’échelle nationale, ça se voit, on a le sentiment que cela peut vraiment faire bouger les choses.

    De plus, nous pouvons avoir le sentiment que, en tant qu’électeurs, nous n’avons un pouvoir de contrôle, disons même une ‘délégation de pouvoir’ qu’envers une toute petite portion des élus au parlement européens… Il est facile de ne pas s’y sentir représenter. Alors que, en ce qui concerne notre assemblée nationale, nous avons plutôt tendance à considérer que tous nos députés représente l’ensemble des citoyens « en bloc » (à tort ou à raison d’ailleurs).

    Il y a aussi le fait que les interventions de l’union européenne dans nos « affaires nationales » sont souvent vécues comme des sanctions, des pressions et des atteintes à la souveraineté de la nation… Comme si la volonté générale du peuple français (transposer à tout autre Etat membre si nécessaire) était limitée, bridée par les décisions européennes, dont on a bien du mal à voir en quoi elles peuvent être issues de la volonté populaire. On peut penser par exemple aux décisions de la CEDH, notamment quand il s’agit d’affaires relevant du droit interne d’un Etat ou encore du domaine des orientations morales ou sociales : j’ai par exemple du mal à comprendre et à accepter que le cas de Vincent Lambert soit porté devant les instance européennes (quel que soit d’ailleurs la partie qui porte l’affaire et le but recherché), ou que la CEDH se prononce sur la légalité du « mariage de Bègles » (mariage d’un couple homosexuel par M. Noël Mamère plusieurs années avant l’adoption de la loi Taubira).

    Et que dire de la négociation du TAFTA ! Je pense que moins les citoyens sont informés, et plus ils craignent le pire… C’est d’ailleurs assez légitime, à mon avis.

    Il est à espérer que la décision des citoyens britanniques et gallois sera respectée et appliquée. SI finalement il ne devait pas y avoir en pratique de « Brexit », cela montrerait à tous ceux qui ont du mal à accepter l’UE qu’elle est devenue une sorte de piège anti-démocratique dont on ne peut sortir, même par un vote démocratique difficilement contestable (même si les arguments employés le sont certainement, eux). Ce serait comme une preuve que l’UE est définitivement une perte de souveraineté pour les Etats membres, et donc pour le citoyen-électeur ! Cela ne pourrait qu’aggraver le désintéressement pour la ‘chose publique’ : pourquoi aller voter et s’intéresser aux décisions politiques, si de toutes façons ça ne « sert à rien » et que tout est verrouillé par Bruxelles ? (Arguments déjà entendus dans les rangs des abstentionnistes de tous poils.)

    Du coup, peut-être qu’une « meilleure europe », ça serait une Union Européenne moins « descendante », moins impérative (quitte à courir le risque qu’elle soit moins homogène, un peu moins harmonisée…) ; une UE qui respecte d’avantage la souveraineté de chaque Etat membre, qui mette d’avantage en place des mécanismes fonctionnels et réellement efficaces de consultation des citoyens et de contrôle par les citoyens et/ou leurs représentants… Avec peut-être une distinction plus nette entre ce qui est de la compétence réglementaire de l’UE et ce qui n’appartient qu’à la Loi propre de l’Etat – qui ne devrait en aucun cas pouvoir être remise en cause au niveau européen. Et particulièrement une clarification très nette entre ce qui relève du budget européen et ce qui relève du budget national, lequel devrait être entièrement autonome, et ne subir aucune pression, sanction ou directive de l’échelon européen (parce qu’il ne s’appliquerait alors qu’aux affaires relevant strictement de la compétence propre de l’Etat-Nation).

    Je suis assez d’accord avec l’un des commentaires lu plus haut : entre toujours plus d’intégration européenne (au détriment de la démocratie nationale, ou au moins du sentiment qu’en ont les citoyens) et un repli nationaliste et populiste, il y a certainement de la marge de manœuvre pour réfléchir à un projet européen plus équilibré… Et sans doute plus proche aussi du projet des pères fondateurs.

  • @ C. S. Indhal : je suis globalement d’accord avec vous. C’est ce que je mettais sous le « besoin de lisibilité et d’empowerment ». Le fait que le centre de décision paraisse inaccessible me paraît être une vraie angoisse, surtout dans un monde où tout semble nous échapper (on nous dit soit que c’est la globalisation soit que ce sont les marchés financiers, bref, que des gens dont on n’a pas le numéro). Pourtant, je peux témoigner que la Commission Européenne a très longtemps été incroyablement plus joignable que les institutions françaises. Travaillant en droit de la concurrence, je pouvais appeler la DG Comp et tomber facilement sur un responsable pour me donner un renseignement pointu. L’administration française (et notamment l’ex DGCCRF) s’y est également mise, mais plus tardivement.

    Après, votre commentaire traduit aussi l’une des autres difficultés : la multiplication des instances et la difficulté à comprendre le fonctionnement des institutions. Forcément, avec un DESS de Droit des affaires européens qui a suivi une maîtrise avec du droit des institutions, je suis aidé. Mais 98% de la population n’a aucune visibilité sur le processus de décision (ce qui est d’ailleurs souvent le cas même en France). Vous évoquez ici la CEDH – et moi aussi, j’ai souvent envie de lui botter les fesses – mais la CEDH ne relève pas de l’Union Européenne. Elle relève du Conseil de l’Europe, qui est une institution complètement différente, sans aucun lien, à laquelle émargent la Russie ou la Turquie. Évidemment quand on ajoute à cela le fait que l’UE dispose d’un Conseil européen, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait des méprises.

    Mais pour l’essentiel, nous sommes d’accord. Outre le fond (parce qu’il faut vraiment, je pense, refonder l’Europe, qui a été créée pour répondre à une situation donnée dans l’Histoire et dont il faut adapter les objectifs), il y a un problème institutionnel, de pratique du pouvoir, de pratique démocratique (même si je n’aime pas que l’on impute à l’UE de ne pas être démocratique : la démocratie ne repose pas toute entière dans l’élection).

  • Je pense que tous les griefs que l’on fait à l’Europe, à tort ou a raison, sont au moins aussi forts au niveau national, voir plus, qu’au niveau Européen par ex le fameux nombre de fonctionnaire Europeéen qui coûte cher est vite démonté par le nombre d’employés municipaux supérieur de la ville de paris, même si ça n’est pas comparable, cela donne une idée. De même pour la protection, en quoi l’Europe viendrait diminuer ma protection? Ce terme me semble inadapté et faux. En terme de protection, je me sens éventuellement « protégé » par mon pays (armée et police). Parle t on alors plutôt de la protection de l’emploi ? Si c’est ça on devrait peut être plutôt dire : manque de prise en considération des-laissés-pour-compte, ou sentiment d’exclusion d’un système avec un discours complexe qui ne semble profiter qu’aux élites. Si je suis dans une classe défavorisé, (qui vote l’exit), je ne comprends pas et j’ai peur d’un discours qui dit que: faisons plus de commerce, créons plus de richesses… car alors je risquerais de comprendre plus de liberté= plus de licenciement, plus de riches= je vais forcément m’appauvrir…comme nos populistes aiment relayer cette idée facile. Sans changer grand choses, ne devrait il pas déjà y avoir un changement de discours plus orienté sur les pauvres, avec en fait quasi les mêmes mesures économique mais toujours justifiées et accompagnées d’explications qui montrent que c’est pour le bien commun à moyen terme. Bref essayer de remettre plus cette notion de bien commun dans le discours politique qui aujourd’hui nous brosse dans le sens du poil de l’intérêt individuel. Ce dernier point n’est pas non plus à mettre au détriment de l’Europe mais du discours politique en général, reflet de nos mentalités individualistes et court termistes actuelles.

  • La sortie du Royaume-Uni de l’UE est un vrai choc ! Mais les Anglais n’ont eu de cesse depuis 40 ans que de « torpiller » tout projet politique pour le continent européen et de promouvoir un pur espace économique et financier , un Marché. L’économique et le financier aux dépens du politique . Ils ont creusé leur propre tombe, ainsi que la nôtre, malheureusement…Les intérêts individuels aux dépens de l’intérêt général. Le crédo libéral anglo-saxon qui est devenu le crédo mondial. Cette crise est grave et si rien n’est fait d’autres pays suivront . Malheureusement la plupart de nos dirigeants européens manquent de vision . Ils ne sont pas à la hauteur . Et donc nous allons assister à des sommets de « bricolage » comme la plupart du temps ….Aucune réforme de grande ampleur car nos dirigeants ne savent plus quoi réformer, ils n’y croient plus eux-mêmes. Que faut-il pour qu’il y ait une véritable prise de conscience et qu’au delà de cette prise de conscience, l’ensemble de notre vision de l’Europe soit repensée ? Faut-il une crise encore plus grave ? Quand Hubert Védrine écrit dans le Monde qu’il faut un véritable pacte entre les élites et les peuples, on veut bien le croire , mais ce sont des mots … encore des mots , toujours des mots . Pourtant on voudrait bien le croire….Mais le peut-on? Il y a un profond désenchantement des peuples , et comment pourrait-il en être autrement ? L’Europe est illisible et pas seulement pour le commun des mortels. Un Président de la Commission européenne, un Président du Conseil, un Etat membre qui occupe la Présidente tournante de l’Union pour 6 mois, cela fait 3 Présidences ! Cette crise est bien plus profonde, elle est symptomatique d’une grave crise politique et morale, une crise de perte de sens . Finalement , nos politiques sont à l’image de la société qu’ils représentent, à notre image . Car tous nous participons , parfois délibérément, parfois malgré nous, à cet échec collectif. Et pourtant il nous faut garder espoir. L’Europe est un magnifique projet mais il faut lui redonner un sens politique et en finir avec le tout économique et financier . Il faut lui redonner un rêve ! Une Europe resserrée sur quelques grands projets fondamentaux et qui respecte pour le reste les particularismes nationaux. Si nous devions « vendre » l’Europe de demain à nos enfants, que leur dirions-nous ?

  • J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre publication et les commentaires qu’elle a jusqu’ici suscités. Je crois, même si beaucoup de nuances et de finesses d’analyses l’entour, de la mesure, que de la mesure! que vous ne sortez pas de l’ambiance difficilement supportable en France (je ne connait pas bien l’Angleterre et ne peux donc pas en mesure l’ambiance) qui consiste à se boucher le nez devant Le Pen-Farage, et donc implicitement devant leurs électeurs que vous oubliez complètement quand vous ne insultez pas implicitement, méprisant leurs vraies raisons et leurs analyses et n’ayant finalement qu’un argument qui est de dire que ceux qu’ils suivent sont pires encore que ceux qu’ils souhaitent virer. Vous admettrez j’espère que ceux qu’ils souhaitent virer sont allés si loin dans le mensonge qu’il ne mérite pas autre chose que cette défiance… Cette attitude me semble t’il est dramatique vu leur nombre, on l’a vu en France en 2005 et aujourd’hui en Angleterre, ces gens qui votent pour la sortie de l’UE derrière les Le Pen-Farage , est-il nécessaire de le rappeler, sont majoritaires! Cela n’a pas l’air de vous gratouiller plus que cela, de même que ça ne gratouillait personne à Bruxelles jusqu’au Brexit. Ce n’est pas une découverte pourtant et a t’on vue une remise en cause de la brillante assemblée Bruxelloise, tout le contraire, une balkanisation des élites qui au lieu d’écouter humblement (j’ose le mot!) les messages venant de la base travaillant à y répondre efficacement, s’est dit qu’elle pourrait trifouiller dans son coin éternellement et contourner les peuples en coupant le son. Elles s’en cachaient au début dans les discours au moins, aujourd’hui c’est ouvertement que Juppé déclare que le peuple étant contre l’UE, il faut donc pas faire de referendum voire en supprimer la possibilité ! Avec une mauvaise foi difficilement croyable on voit naitre un processus de diabolisation du référendum qui devenant LA revendication des vilains populistes serait donc nuisible à la démocratie et si on va jusqu’au bout anti- démocratique!???? (il faut réel se mettre un pain dans la gueule pour se réveiller quand on entend ça!) … Cher Koz, je vous invite donc même en défendant votre point de vue à ne pas participer à cette ambiance de défiance permanente qui est une des causes selon moi de la fracture inquiétante qui traverse nos sociétés. Même si, nous le savons ce n’est pas le nombre qui a forcément raison, que l’on peut parfaitement avoir raison, un contre tous, c’est une folie me semble t’il de ne pas considérer ce fait que les « contres » sont aujourd’hui majoritaires et qu’entamer le dialogue en commençant par dire que Le Pen Farage sont des salauds est une très très mauvaise méthode pour apaiser et convaincre.

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  • @ de Magneval : allez, nous allons nous contenter de quelques faits, juste des faits. Je ne vais pas m’attarder sur les leçons d’apaisement d’un sympathisant Front National.

    Les « contre » sont majoritaires, ce que je ne prendrais pas assez en compte ? Eh bien, c’est assez normal, car c’est faux. Un récent sondage donnait 2/3 des Français souhaitant rester dans l’Union Européenne. Et un autre sondage sorti hier ne donne qu’un tiers des Français pour une sortie de l’UE.

    Soit dit en passant, je continue de penser au risque assumé de faire hurler le monde qu’une prime devrait être accordée au « oui ». Il est toujours plus facile de rassembler une coalition hétéroclite de « non » que de rassembler une adhésion pour un projet qui est sur la table. Je n’oublierai pas le slogan de Villiers en 2005 : « on a tous une raison de dire Non ». Quel aveu.

    Bref, non, ça ne me gratouille pas des masses, en effet, l’idée que les Français seraient majoritairement pour la sortie de l’UE. Et à raison.

    Autre point : ceux que les exiters « souhaitent virer » seraient « allés trop loin dans le mensonge » ? Allez, on ne va pas remonter trop loin dans le temps. Juste ce matin, Marine Le Pen : «  »Je suis favorable à une Europe des coopérations entre Nations. Airbus, Ariane, #Erasmus, ne doivent rien à l’Union européenne. » Pour mémoire, Erasmus est un programme de la Commission Européenne, dont le budget est voté par le Parlement Européen, dont Mme Le Pen est membre. Quant à Ariane, elle dépend de l’Agence Spatiale Européenne, dont le budget est alimenté par la Commission Européenne à hauteur de 25%. Ne me parlez pas trop de mensonge, de grâce.

    Farage ? Farage dès le petit matin du Brexit a renié l’un des principaux arguments de campagne, celui qui ornait les bus du Leave : le budget attribué à la NHS. Les résultats n’étaient pas connus depuis 6 heures qu’il s’asseyait déjà dessus. Johnson ? Alors que l’autre argument de campagne essentiel était lié à l’immigration, lui et son conseiller affirment aujourd’hui qu’ils veulent la « libre-circulation des personnes » dans les accords à venir. Ils ne sont pas seulement menteurs, ils sont irresponsables et cyniques.

    Bref, je ne suis pas certain qu’il faille vous aventurer sur les méthodes pour convaincre. La vôtre a de drôles de bases.

    @ Fred : c’est la raison pour laquelle en effet je n’arrive pas à me permettre l’espoir. J’ai l’impression que les politiques ont tellement désinvesti l’Europe, ont tant abandonné l’idée de la soutenir qu’il n’y a pas grand-chose à en attendre. Ses erreurs ne lui sont pas seulement imputables : on fustige son déficit démocratique ? Soit, mais allons donc demander aux responsables politiques nationaux s’ils en veulent seulement d’un vrai fonctionnement démocratique pour l’Union Européenne ? S’ils veulent d’une lisibilité pour l’UE ? Quand enfin les Traités prévoient un Président et une Représentante à la politique étrangère, ils choisissent Van Rompuy et Ahston : un ectoplasme et une eurosceptique ! Que surtout ils ne leur fassent pas d’ombre.

    Ce qui me peine, c’est cette impression de vaste hypocrisie, où les dirigeants politiques versent des larmes de crocodile sur une Union Européenne dont ils creusent la tombe en permanence.

    Je n’adhère pas à tout le propos actuel de Védrine, mais je pense néanmoins qu’il a raison lorsqu’il parle d’une nouvelle conférence de Messine : il faut qu’il y ait un nouvel élan, une nouvelle réflexion sur les compétences et les enjeux de l’UE. Il faut aussi infléchir sa politique : comme je le disais dans le billet, les citoyens européens n’attendent plus la même chose d’elle aujourd’hui. Après tout, on a bien formé des assemblées constituantes à plusieurs reprises, ce ne serait pas une mauvaise idée de l’envisager.

    Allez, on peut tout de même avoir un peu d’espoir que le choc soit suffisant – même si vous avez raison de souligner qu’il n’a rien d’équivalent à ce que serait le départ d’un pays fondateur – pour bouger son petit monde.

  • Koz a écrit :

    je préfère avoir une règlementation européenne emmerdante que vingt-huit règlementations nationales également emmerdantes

    La question qu’on ne se pose pas est : « Faut-il adopter des réglementations emmerdantes? » On vit dans le dogme selon lequel il faut absolument réglementer et que la réglementation est a priori bénéfique.

    Koz a écrit :

    J’ai toujours pensé que les griefs articulés à l’encontre de l’Union Européenne ne lui étaient pas propres, mais relevaient de toute administration, tout gouvernement.

    Absolument. Il n’y a qu’à voir la récente pantalonnade en France au sujet des fusions de régions. Ce qui paraît évident, c’est que la région (ou le département) est un étage inutile et qu’il faudrait purement et simplement le supprimer. Seulement, il est impossible de réduire une administration. Alors on a fait une vague fusion qui ne traite pas le sujet et finit par augmenter les inefficacités (et les injustices).

    Fondamentalement, la raison pour laquelle les gens veulent quitter l’Europe est sans doute que c’est le seul échelon administratif où c’est possible. La seule façon de se débarrasser d’une administration c’est la fuite ou la révolution. L’UE paie pour les autres, alors qu’elle est sans doute la moins nocive des administrations.

  • Vercaud a écrit :

    L’Europe c’est , économiquement, avant tout un systeme de redistribution des richesses de régions riches vers les régions plus pauvres.

    Mais non, voyons. Cette redistribution est importante, mais relativement marginale en volume. Rien à voir avec la redistribution au niveau national, qui est de loin dominante.

    L’Europe, économiquement, c’est avant tout un système de libre-échange très poussé, incluant une liberté presque totale de circulation des biens, des capitaux et des personnes. C’est pour cela qu’on est obligé d’avoir des « réglementations emmerdantes »: pour que le commerce libre se fasse sur des bases égales. Nous n’accepterions pas que l’on mette une étiquette Champagne sur un truc à bulles fait dans une usine: donc il nous faut une réglementation imposant le respect des AOC ailleurs en Europe. Les autres pays ont des conditions du même genre sur leurs produits nationaux, ou tout simplement sur ce que leurs consommateurs ont l’habitude de trouver dans les magasins. Tout cela doit être harmonisé, il faut une réglementation cohérente pour la définition des produits et services vendus à travers l’Union; c’est cela, la concurrence libre et non faussée. Inévitablement, c’est lourd. Mais l’empilement des réglementations nationales le serait encore plus, et rendrait le commerce presque impossible. À noter, d’ailleurs, qu’un traité de libre-échange, européen ou pas, doit obligatoirement gérer des questions similaires, c’est pour cela que ces traités sont des pavés aussi massifs.

    Sur un tout autre sujet – le vote des jeunes. Je pense que l’idée selon laquelle les vieux ont écrasé de leur nombre le vote des jeunes est une simplification excessive. Le vote Leave est le fait de trois groupes:

    1) La droite thatchérienne, conservatrice et traditionnelle, qui a toujours été opposée à l’UE par nationalisme classique, nostalgie de la grandeur de l’Empire. etc. Nous avons les mêmes en France, jusqu’à un certain point. Ce sont ceux qui sont les plus susceptibles de s’indigner contre une décision de la CEDH qui irait à l’encontre des valeurs traditionnelles (la CEDH n’a aucun rapport avec l’UE mais ils s’en foutent, c’est le principe qui ne leur convient pas). Ceux-là préféreraient une immigration restreinte afin de conserver l’identité nationale inchangée, mais ils n’ont rien contre la circulation des biens et des capitaux.

    2) Les perdants de la mondialisation, qui perçoivent libre-échange et immigration comme des menaces économiques directes – ils ont de bonnes raisons pour cela, car leur propre mobilité est limitée par manque de moyens, de formation, etc. et ils sont impuissants face aux bouleversements économiques.

    3) Les jeunes dynamiques, formés et prêts pour la mondialisation, qui ont un horizon plus large que l’Europe et la perçoivent comme lourde, arriérée et trop protectionniste. C’est très frappant de découvrir cette catégorie dans ces témoignages. Ceux-là ne s’intéressent pas aux valeurs traditionnelles ni aux questions identitaires (leur identité est mondiale), n’ont pas peur de l’immigration (ils se demandent pourquoi elle devrait être limitée aux seuls Européens…) et voient l’UE comme un obstacle vers le grand large de leur ambition. La Grande-Bretagne a toujours voulu plus de libre-échange et moins d’union politique: cette différence avec la France et jusqu’à un certain point avec l’Allemagne est à la source de toutes les bisbilles que nous avons eues avec le Royaume-Uni depuis son adhésion.

    Bien entendu, les trois forces politiques que j’ai mentionnées ont des objectifs parfaitement inconciliables… pas étonnant que M.Johnson ne soit pas trop pressé d’emménager au 10 Downing Street. Be careful what you wish for: You might get it.

  • Une redistribution substantielle des richesses, qu’on la souhaite ou non, ne tient politiquement qu’au sein d’une communauté homogène et ayant une histoire commune. Tous les États providence de l’après guerre sont dans ce cas : les pays scandinaves, le Royaume-Uni et la France en 1945, même l’Allemagne de Bismarck.

    Dans les pays où les tensions entre communautés montent, l’existence de transferts importants envenime le débat: Belgique, Espagne, et ce sont ceux qui pensent payer, à tort ou à raison, qui râlent , les Flamands et les Catalans, …

    On peut vouloir renforcer l’Europe, notamment parce qu’il est imprudent de penser que les US seront toujours là pour nous défendre. Mais il est illusoire de vouloir donner plus de substance à l’Europe par le biais d’un accroissement massif de la solidarité financière.

    On dit souvent que les Anglo-Saxons n’ont jamais voulu d’une Europe qui soit plus qu’une zone de libre échange, qu’ils ont poussé à l’élargissement entre autres pour torpiller tout approfondissement. C’est vrai, mais s’ils ont réussi à empêcher l’émergence d’une Europe ayant plus de poids réel, c’est bien parce que les gouvernements des pays fondateurs n’en voulaient pas non plus et qu’ils n’ont opposé qu’une résistance très molle aux pressions des anglo-saxons.

  • Je pense qu’au final le Brexit n’aura pas vraiment lieu, en tout cas pas complètement. Personne n’y a intérêt . C’est un jeu de dupes . Les Européens « roulent des mécaniques », ils ont le verbe dur vis a vis des Anglais mais c’est une posture . ils ne peuvent faire autrement au risque de voir d’autres Etats membres emboiter le pas aux Anglais . En coulisses cela va négocier ferme et ne sous-estimons jamais nos voisins d’Outre- Manche . Ils ont trop d’intérêts à perdre . Le secteur que je connais le mieux puisque c’est le mien : le secteur des services financiers. Vous imaginez-vous un seul instant que la City va accepter de perdre son avantage concurrentiel énorme en n’ayant plus accès au passeport européen qui permet à toute banque ou fonds d’investissement britannique d’avoir accès au marché intérieur ? Cela ne se fera pas . D’ailleurs , même un certain nombre de partisans du Brexit s’y préparent , et restent d’ailleurs très silencieux. Regardez Boris Johnson . Il va y avoir des négociations en coulisses sur base de l’article 50 du Traité de l’UE . Reste à savoir quand le Royaume-Uni va notifier à l’Union son désir d’entamer la procédure de retrait sur base de l’Art . 50. Un de mes collègues anglais me disait aujourd’hui qu’un nombre croissant de personnes espérait que cette procédure ne serait jamais actionnée … Voyez David Cameron qui a déjà confirmé au sommet à Bruxelles hier que ce serait à son successeur de le faire … Les Anglais jouent la montre …. Le problème pour les dirigeants européens c’est que s’ils se montrent trop accommodants ils risquent de fracturer encore un peu plus les fondations de l’Europe en donnant des idées à d’autres. Mais jusqu’où iront-ils ? Il y a fort à parier que la realpolitik finira par l’emporter ….Le comble serait que les Anglais sortent formellement de l’Union et négocient un traité bilatéral qui leur garantirait des avantages très substantiels (pratiquement équivalents aux avantages actuels) sans des contreparties suffisantes . J’ose espérer que les dirigeants européens feront preuve de fermeté à cet égard . Car ce serait là donner un très mauvais signal… Si bien que je suis partagé . Je pense qu’économiquement et financièrement il serait mieux que le Royaume-Uni reste dans l’Europe ou à tout le moins en soit le moins éloigné possible . Même sur un plan politique c’eut été mieux , mais les britanniques ne veulent pas d’une Europe politique , ils n’en ont jamais voulu . Mais, finalement , ne sont-ils pas les premiers à nous entraîner vers une Europe des Nations à réinventer , puisqu’une Europe politique au sens fédéral du terme est morte à court et moyen terme. En belge que je suis, je me souviendrai toujours d’une phrase de notre 1er ministre du début des années 90 Jean-Luc De Haene qui avait dit qu’il était une erreur d’élargir l’Union avant de l’approfondir . C’est précisément ce que nous avons fait en 1995 en accueillant les pays de l’ex bloc de l’Est . Koh, je ne vous en veux pas d’avoir traité le belge Herman Van Rompuy d' »ectoplasme » . C’est vrai , même si c’est un chrétien de grande valeur par ailleurs. Mais le luxembourgeois Juncker après un Santer d’il y a quelques années ce n’est pas mieux . Et Barroso, parlons-en . Il faut connaître ce petit milieu bruxellois des couloirs feutrés (je l’ai fréquenté beaucoup dans une précédente vie) pour imaginer la secousse qui a dû y être ressentie vendredi matin dernier …Je me rappelle de ces années 2000-2005 , les Goldman Sachs , Morgan Stanley et autres banques anglo-saxonnes , la Commission n’avait d’oreille que pour elles. Le libéralisme anglo-saxon qui ne supporte aucune entrave….on sait où cela a mené…. Je continue à penser que ce qui joue en ce moment c’est une forme de révolte (avant une « révolution » ?) des classes moyennes laminées par les crises récentes successives … et au-delà de cela une crise morale et politique de perte de sens . Une Europe qui renie ses racines et ses valeurs chrétiennes, une Europe qui n’a de crédo que les « droits de l’homme » dans lesquels tout se vaut, les droits des minorités….. Je respecte Hubert Védrine qui est un grand diplomate français , mais je ne peux m’empêcher d’être dubitatif quand il parle de « pacte » entre les élites et les peuples. Paroles, paroles, comme dirait l’autre…. KOZ: je vous attendais davantage sur ce terrain de la crise politique, et surtout morale de l’Europe . Pour moi le Brexit n’est qu’un symptôme……..

  • Aristote a écrit :

    s’ils ont réussi à empêcher l’émergence d’une Europe ayant plus de poids réel, c’est bien parce que les gouvernements des pays fondateurs n’en voulaient pas non plus et qu’ils n’ont opposé qu’une résistance très molle aux pressions des anglo-saxons.

    Je partage ce point de vue. Mauriac a écrit je crois bien qu’il aimait tellement l’Allemagne qu’il était bien content qu’il y en ait deux. Il y a et il y avait dans notre pays des femmes et des hommes qui ne voulaient pas qui ne veulent pas par exemple d’une Europe dominée par l’Allemagne et la Pologne. J’ai eu parfois l’impression tout au long de la construction européenne que les pays européens faisaient en sorte que comme du temps des rois de France il n’y ait pas un pays qui prenne trop d’importance dans la construction européenne. Et qui domine la communauté.

  • Gwynfrid a écrit :

    Nous n’accepterions pas que l’on mette une étiquette Champagne sur un truc à bulles fait dans une usine: donc il nous faut une réglementation imposant le respect des AOC ailleurs en Europe.

    Dis plutôt que les producteurs de Champagne ne veulent surtout pas que des producteurs étrangers mettent l’étiquette Champagne sur un vin produit ailleurs, quelle que soit sa qualité. Arriver à faire passer des mesures protectionnistes pour des avancées du libre-échange est une des grandes perversités de l’UE.

    Arc-boutés sur la défense de leurs AOC, les producteurs de vins français se sont fait distancer par les Italiens sur le marché US (premier marché du monde). Quand on lobbye à Bruxelles on n’est pas chez les clients.

    Gwynfrid a écrit :

    Le vote Leave est le fait de trois groupes:

    Bien d’accord avec toi sur la très grande diversité du vote leave. Je nuancerais en disant que selon moi une bonne partie de ceux que tu places dans la catégorie 1 (les thatchériens) appartiennent plutôt à la catégorie 3.

  • @ Lib: En France certains vins sont vieillis en fût de chênes et les barriques sont remplacées par des neuves tous les trois ans. Dans d’autres pays le vieillissement se fait en citerne inox avec des copeaux de chênes. Et le vin est très bon aussi. Mais le prix n’est pas le même. Est-ce mal de vouloir que cela apparaisse sur l’étiquette des bouteilles?

  • Les AOC ne sont jamais qu’un exemple parmi d’autres, et peut-être pas le meilleur. Dans le marché moderne, il n’est pas possible de vendre quoi que ce soit d’un peu complexe sans avoir une réglementation pour que le consommateur sache à peu près ce qu’il achète et que la concurrence ne soit pas faussée. Il serait sans doute envisageable de vendre les fraises de son jardin au marché du coin sans régulation. Mais vendre des assurances, des médicaments, des voitures ou de la viande à travers un continent de 500 millions d’habitants sans un minimum de réglementation ne tiendrait pas la route. Dans l’intérêt du libre-échange, il est préférable de gérer une réglementation, même lourde, plutôt que 28. Dans le même esprit, je te renvoie à l’exemple de la Commerce Clause de la constitution américaine.

    Lib a écrit :

    Bien d’accord avec toi sur la très grande diversité du vote leave. Je nuancerais en disant que selon moi une bonne partie de ceux que tu places dans la catégorie 1 (les thatchériens) appartiennent plutôt à la catégorie 3.

    Je n’ai pas fait de liste de personnes dans une catégorie ou l’autre, je suis loin de connaître suffisamment la Grande-Bretagne pour faire cela. Il se peut qu’il y ait du recouvrement entre catégories. Mais je pense que leurs visions sont inconciliables. Un conservateur tenant d’une identité multi-séculaire sera plutôt partisan de la fermeture des frontières aux immigrants, tout en cherchant à obtenir le maximum de liberté de commerce. C’est d’ailleurs la position prise par Michael Gove, l’un des deux principaux candidats au poste de premier ministre.

    Les trois points de vue sont contradictoires, c’est pourquoi les partisans du Leave auront le plus grand mal à gouverner.

  • Colibri a écrit :

    Est-ce mal de vouloir que cela apparaisse sur l’étiquette des bouteilles?

    Chacun est libre de faire figurer ce qu’il veut sur son étiquette; charge à lui de déterminer quels seront les messages qui convaincront les clients. Lobbyer pour forcer mes concurrents à mettre en avant sur leur étiquette des critères qui m’avantagent, c’est de la concurrence déloyale.

    Gwynfrid a écrit :

    Mais vendre des assurances, des médicaments, des voitures ou de la viande à travers un continent de 500 millions d’habitants sans un minimum de réglementation ne tiendrait pas la route.

    Je pense que bonne réglementation > pas de réglementation > mauvaise réglementation. Il est très difficile de construire (et encore plus de maintenir) une bonne réglementation. Information insuffisante, asymétrie, conflits d’intérêts, capture du régulateur, coût de la conformité, inhibition de l’innovation… tout concourt à rendre le sujet inextricable.

    A terme, l’entropie, l’instinct de survie des organisations et le conservatisme tendent à créer une sédimentation de règles qu’il devient impossible de relier à un objectif mesurable d’amélioration du bien public. (ex. il n’y a aucune bonne raison d’imposer un numerus clausus aux taxis, mais on continue à le faire)

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