Dieu n’est pas une #Fakenews

Au Parlement français se discute une loi qui imagine encore poursuivre la mauvaise foi. La loi, à ce jour, prévoit d’incriminer ceux qui iraient avancer « un fait dépourvu d’éléments vérifiables le rendant vraisemblable ». L’esprit est facétieux. Aussi, pour la contrer, certains ont évoqué l’existence de Dieu. L’affirmer tomberait sous le coup de la loi ? Le texte permet de l’exclure, mais que la controverse dure ! Quand la loi passera, j’écrirai « Dieu existe ! », le clamerai avec joie. Je le ferai cent fois et serais bien déçu si je ne me trouvais poursuivi, prévenu.

J’entends être le premier à subir le procès. J’appellerai les sommets et la brise légère, le vol d’une mésange et les sourires aux anges, la joie d’un passant et la main d’un enfant, ces moments fugaces de parfaite harmonie, d’amitié pour les hommes, pour la pierre, pour la vie. Puis ces versets reçus, de grâce bienvenue. Je convierai Hillesum, Kolbe, invoquerai Chergé, qui à l’homme et pour Dieu se sont tous consacrés. Au Palais, j’inviterai tous ces saints anonymes qui donnent leur vie aux malades, aux exclus, aux victimes, pour qu’un peu de la leur, elle aussi, s’illumine.

J’ai invoqué l’Amour ? Je citerai la Raison ! Celle qui, de toutes choses, entend trouver la cause. Elle viendra, c’est certain, oui, elle comparaîtra : elle ne peut dédaigner l’affaire la plus belle, et laisser dire aux hommes qu’ils seraient là sans elle. Tout aurait une raison, la vie n’en aurait pas ? Le monde aurait surgi : par un « pop » soudain, il y aurait quelque chose plutôt que de n’y avoir rien. Newman sera mon témoin, j’exposerai Thomas, et encore Voltaire, même si c’est pas casher ! Je citerai aussi ces esprits scientifiques qui, bien considéré et très bien étudié, ne conçoivent l’Univers autrement que créé : voyez Lemaître, Pasteur, Newton ou bien Kepler.

Je n’aurai pas prouvé l’existence de Dieu ? C’est vrai, certes, je le sais. Et cela vaut bien mieux. C’est affaire de foi, et non celle d’une loi. Mes faits sont vérifiables, l’hypothèse vraisemblable. Je rêve d’un tel tour, je rêve de ce procès : je me vois dans le vent, sur les marches du Palais. à mon poing bien dressé, cette décision unique : « au nom du peuple français », au sceau de la République, l’assurance ineffable que Dieu est vraisemblable.

Initialement publiée le 7 juin 2018

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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11 commentaires

  • Dire que « Dieu n’existe pas », est dans le même cas de figure n’est-ce pas? Qui peut prouver empiriquement que Dieu n’existe pas? Donc les deux déclarations peuvent être poursuivis en tant que « fake news »? La croyance que Dieu existe, n’existe pas, existe peut-être sont justement les croyances et à l’heure actuelle « un fait dépourvu d’éléments vérifiables le rendant vraisemblable ». Le grand différence étant que nous avons le droit de croire ce que nous voulions. Ce personne ni aucune loi peut nous ôter le droit. Donc, je déclare ce que MOI je crois haut et fort. JE CROIS QUE DIEU EXISTE ET QU’IL EST A L’ORIGINE ET MAÎTRE DE TOUTE EXISTENCE ET LE SOURCE DE L’AMOUR! Voila c’est dit:)

    • L’espace contraint d’une chronique m’oblige à être parfois allusif. J’ai écrit : « Le texte permet de l’exclure » parce qu’il requière deux conditions : (i) que l’allégation soit faite de mauvaise foi et (ii) qu’elle soit de nature à altérer la sincérité d’un scrutin.

      En outre, on pourrait débattre sur la notion de « fait ». Affirmer que Dieu existe ou l’inverse devra-t-il être considéré comme l’allégation d’un fait ou d’une conviction, d’une opinion ?

      Bref, j’ai eu envie d’imaginer ce procès – et un certain plaisir à le faire. Mais, dans la réalité, si ce texte pose d’autres problèmes, il n’interdirait pas d’affirmer que Dieu existe, ou l’inverse.

  • Encore une loi stupide et liberticide, contraire aux articles 18 et 19 de la Declaration universelle des droits de l’homme (1948). Faudra-t-il mettre en prison les chercheurs en physique quantique (vas-y pour verifier les particules élémentaires…), les philosophes (l’âme, le beau,…. ), les fous et les poètes? Les lobby LGBT devraient egalement prendre garde a ce projet de loi… Recement, un candidat a une emission de tele-realite aux USA affirmait: « je suis une femme prisonniere dans un corps d’homme » => hum,,,, ne serait-ce pas « un fait depourvu d’elements verifiables le rendant vraissemblable »?

    == Declaration universelle des droits de l’Homme ====

    Article 18

    Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

    Article 19

    Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.

    • Précisons que la loi prévoit que l’allégation doit avoir été faite « de mauvaise foi » (ce qui sera délicat à établir) et être de nature à « altérer la sincérité du scrutin ». Je ne suis pas certain que le fait d’affirmer que Dieu existe ou que je suis une femme dans un corps d’homme soit de nature à altérer la sincérité d’un scrutin.

  • Quelle plume et pertinence!
    Merci pour votre contribution, lumineuse, tranchante, en ces temps de délire généralisé! Quel bien ça fait, que de voir une porte s’ouvrir vers le ciel du fin fond de la prison dans laquelle on essaie de nous enfermer. La foi ne peut être ni volée ni enfermée…

  • Ce projet de loi est comme la loi votée contre les sites Internet anti-IVG. En pratique, très difficile à mettre en oeuvre, peu d’effet réel à court terme.

    Mais l’esprit qui y préside est très pernicieux car ces lois habituent les citoyens à l’idée d’une police de la pensée.

    Par ailleurs on sait les tribunaux très habiles dans la créativité jurisprudentielle quand celle-ci leur permet de tirer un texte dans la direction idéologique qui est la leur. Les juges ne sont pas insensibles à l’air du temps !

    Bref, des textes dangereux même si à court terme le risque de censure est limité.

    • Intéressant ce parallèle. On y retrouve un aspect partisan camouflé.

      La loi sur l’info sur l’IVG interdit de mentir mais seulement contre l’IVG. Mentir pour l’IVG n’est pas interdit.

      Ici, la notion de « fait dépourvu d’éléments vérifiables le rendant vraisemblable » est subtilement partisan. Compte tenu du biais à gauche flagrant du monde académique et journalistique, on trouvera facilement un papier « rendant vraisemblable » un mensonge de gauche, beaucoup plus difficilement pour un mensonge de droite.

  • Et sur le fond, comment se prémunir contre des manoeuvres incluant l’inondation massive des canaux d’information par des puissances diverses?

  • Merci pour ce billet – ils sont toujours intéressants (allez, soyons un peu lèche 😉 ) même si parfois je pense un peu différemment. Justement, là, je trouve que vous faites une opposition qui n’est pas tout à fait fonder, de la foi et d’une éventuelle démonstration de l’existence de Dieu. La foi n’est pas de considérer que Dieu existe, c’est d’avoir avec lui une relation de confiance et de fidélité : on peut penser que Dieu existe et lui être indifférent voire hostile. Quant à la démonstration de l’existence de Dieu, on peut aller voir le très intéressant ouvrage de Frédéric Guillaud « Dieu existe ». Et sur les questions science-foi, je me permets de pointer vers ma propre modeste contribution qui a au moins le mérite de pointer au-delà d’elle-même, c’est par ici :
    http://amour-et-verite.blogspot.com/2018/03/science-et-foi.html

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