Des racines et des ailes

« On ne peut donner que deux choses à son enfant : des racines, et des ailes« . Le moment venu de m’essayer à dresser un bilan partiel, trop partiel, de la visite de Benoît XVI, c’est ce proverbe juif qui me vient à l’esprit. Benoît XVI aura eu à cœur, durant cette visite, de nous donner des racines et des ailes. Avec, peut-être, cette particularité que nos racines font nos ailes.

Benoît XVI a brisé, par son discours et par sa présence, bien des caricatures. Nul ne pourra désormais l’appeler « Panzerkardinal ». L’homme est à la fois rigoureux et doux, doté d’un sourire timide. J’appréhendais que, selon le propos du Cardinal Tauran (à moins qu’on ne le lui ait prêté), le Pape vienne « remettre les pendules à l’heure », sur la question de la laïcité, et partageais l’avis de Monseigneur Vingt-Trois, pour lequel cela n’était pas dans le style de Benoît XVI. De fait, ceux qui craignaient qu’il vienne dispenser une leçon à cet égard auront eu la surprise de constater que son intervention fut toute en modération.

Benoît XVI n’est pas venu en France rétablir la discipline. Après les Vêpres, après la messe aux Invalides, je disais à diverses personnes qu’avec Benoît XVI, c’était « back to basics » : le Saint-Esprit, la Croix, les origines de la pensée occidentale. La lecture parallèle du livre d’Isabelle de Gaulmyn, Benoît XVI, le Pape incompris, me permet de découvrir qu’il y a une parfaite cohérence. Il ne s’est pas agi d’une thématique spéciale pour ce voyage, d’une quelconque lubie. « Revenir aux fondamentaux » est le titre du cinquième chapitre de son livre. Un paragraphe traduit très précisément ce que j’ai ressenti :

« C’est ne rien comprendre au pape Ratzinger que d’en faire l’homme de grandes réformes. Ou bien un pape voulant construire de nouvelles théories, même de nouvelles théologies. Non, Benoît XVI, dans cette église qu’il juge fragilisée à l’extrême, veut avant tout réintroduire les éléments fondamentaux pour l’annonce de l’Evangile, à la première place desquels le Christ. L’originalité du pape allemand, c’est qu’il explique sur un mode totalement nouveau le noyau dur de la foi chrétienne. »

Aux Invalides, Benoît XVI reprenait encore ce qui relève effectivement du « noyau dur de la foi chrétienne », la condamnation de l’argent-maître, de cette idole permanente :

« Saint Paul explique aux Colossiens que la cupidité insatiable est une idolâtrie (Cf. 3,5) et il rappelle à son disciple Timothée que l’amour de l’argent est la racine de tous les maux (…) L’argent, la soif de l’avoir, du pouvoir et même du savoir n’ont-ils pas détourné l’homme de sa Fin véritable, de sa propre Vérité ? »

Qui soutiendra que cette exhortation n’est pas indispensable, que sa répétition n’est pas nécessaire… et que son rappel, ce dimanche-ci, n’est pas incroyablement illustré par la chute concomitante d’une des plus grandes banques d’affaires mondiales ? S’il est encore temps, et à supposer que, cette fois, ils entendent, les financiers qui cherch(ai)ent leur rendement dans les produits dérivés, qui spéculent sur des produits comportant eux-mêmes une part de spéculation, entendront-ils l’appel du Pape, ou le fracas de la chute de Lehman Brothers ?

Aux évêques, Benoît XVI dit : « affermis tes frères dans la foi ». C’est très précisément ce qu’il fait, nous rendant nos racines, et nous donnant des ailes, car on ne peur prendre son envol que d’un appui solide.

Nos racines. Aux Bernardins, Benoît XVI revient sur les « origines de la théologie occidentale et des racines de la culture européenne », soulignant, au sujet des moines, « que leur volonté n’était pas de créer une culture nouvelle ni de conserver une culture du passé. Leur motivation était beaucoup plus simple. Leur objectif était de chercher Dieu, quaerere Deum ». Et c’en cherchant Dieu qu’ils ont créé une culture nouvelle. Certains parviennent à nier les racines chrétiennes de l’Europe. Il faut être aveugle et sourd pour ne pas reconnaître que, croyants ou non, nous sommes les produits d’une pensée, d’un art, d’une morale chrétienne… jusque, même, dans notre usage de la raison.

Je ne peux m’empêcher de penser, à titre d’exemple, à ce que dit Elie Barnavi, dans son ouvrage Les religions meurtrières, « le bonheur de l’Occident a été la laïcité, c’est-à-dire la distinction entre le temporel et le spirituel ». Il relevait que « le fondamentalisme chrétien est parti battu », parce que :

« la critique rationaliste des textes sacrés est vieille comme l’Eglise elle-même. Elle s’inscrit dans l’histoire sainte, mieux, elle lui est consubstantielle »

Que disait le Pape aux Bernardins ? Il soulignait qu’il existe une tension entre les livres de la Bible, rappelant que « le christianisme n’est pas au sens classique seulement une religion du Livre », que

« la Parole de Dieu nous parvient seulement à travers la parole humaine, à travers des paroles humaines, c’est-à-dire que Dieu nous parle seulement dans l’humanité des hommes, et à travers leurs paroles et leur histoire ».

Il soulignait aussi les paroles de Saint Paul :

« La lettre tue, mais l’Esprit donne la vie » (2 Co 3, 6). Et encore : « Là où est l’Esprit…, là est la liberté » (2 Co 3, 17) ».

La nature spécifique du christianisme a donc permis aussi le bon développement de la raison. Ce retour aux racines nous permet de retrouver l’Esprit, qui donne la vie, la liberté, qui donne des ailes.

Benoît XVI n’est pas venu en France prôner un retour à l’Eglise d’avant Vatican II. Les medias n’ont cessé de se focaliser sur la question de la communion, dans la main ou la bouche, oubliant que Jean-Paul II aussi donnait la communion dans la bouche. On nous a dit qu’il faudrait être attentif à la liturgie de la messe des Invalides, qu’elle restaurerait l’ancien temps. On a bien vu plus de dentelle qu’à l’accoutumée, et entendu plus de latin que d’habitude, mais aucun des 260.000 fidèles de samedi dernier n’a pu se sentir bousculé ou perdu.

On a souligné qu’il avait invité les évêques à faire un bon accueil aux catholiques traditionalistes. « Nul n’est de trop dans l’Église. Chacun, sans exception, doit pouvoir s’y sentir chez lui, et jamais rejeté ». J’aurais tendance à dire que c’est la moindre des choses, et que des progrès sont encore à faire à cet égard, en espérant fortement que les traditionalistes aient à cœur de respecter eux-mêmes cette parole. A l’égard des intégristes, je lis avec plaisir dans l’ouvrage d’Isabelle de Gaulmyn la confirmation de l’hypothèse que je tentais au début de l’été :

« l’idée, désormais, c’est que le schisme, comme d’ailleurs tous les schismes intervenis après des conciles, perdurera. Mais le motu proprio devrait, dans l’esprit de ses promoteurs, permettre d’en réduire la portée, en réintégrant progressivement un par un tous ceux qui sont attirés par ce mouvement »

Que l’on ne s’inquiète donc pas trop de voir Benoît XVI écarter progressivement les faux prétextes du schisme, pour en souligner la nature profonde, jusqu’aux désaccords définitifs. Aux fidèles de décider si Benoît XVI est encore trop progressiste pour eux.

Il y eut enfin Benoît XVI non plus l’intellectuel, mais le pèlerin, le pieux, en prière, à la rencontre de Marie, avec les malades, avec l’ensemble de ces « petits » chers à l’Eglise. Car la foi n’est pas affaire de salon, elle n’est pas qu’affaire de raison. La foi s’incarne.

Si l’on peut « redevenir chrétien » en partant de la redécouverte des racines de notre culture, il faut encore ce mouvement de foi, cet abandon. Dans un ultime chapitre de son ouvrage, la foi comme décision, Jean-Claude Guillebaud utilise une image, que je reprends volontiers : il est sur un plongeoir. En retrouvant ses racines, il a fait le chemin pour y monter. Il est sur le bord du plongeoir, il lui reste, pour croire vraiment, à donner l’impulsion et sauter. Je suis au demeurant sur le plongeoir d’à côté, ou sur celui d’en-dessous. Je donne de fréquentes impulsions. Et je peux peut-être espérer davantage encore, après cette visite du Pape, pouvoir donner l’impulsion ultime… et me voir pousser des ailes.

*

*    *

Je ne veux pas tourner cette nouvelle page sans remercier La Croix et, spécialement Céline Hoyeau et Stéphane Dreyfus, qui ont plus directement géré ce blog (qui reste ouvert). En me conviant à participer, vous m’avez « forcé » à m’impliquer, à vivre plus intensément cette visite du Benoît XVI. A cause de vous, je suis vanné. Mais je vous remercie du service.

Comme auparavant, je vous invite à commencer, de préférence, le débat sur le blog de La Croix.Les commentaires sont toutefois ouverts ici.

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28 comments

  • Qu’est-ce que c’est que ça ? J’aurais jamais pensé te voir en haut du plongeoir à côté de Guillebaud.

    J’attendais avec impatience le billet bilan. Un billet hyper facile à faire pour Koz, plein d’humour, même si je savais qu’il était vanné. Il nous fait le plus dur. Une réflexion profonde sur le sens de la visite du pape. Je suis admiratif du billet et très perplexe avec le finish.

  • Sous un autre billet, Eponymus dit qu’il ne sait pas s’il est croyant. Différemment, puisqu’en ce qui me concerne je suis vraiment impliqué dans le catholicisme et convaincu que, si je dois croire en Dieu, c’est dans le Dieu des Evangiles, tel que compris dans le catholicisme, que je crois. Mais sincèrement, j’ignore si je crois. Je suis fondamentalement convaincu par le christianisme, il m’arrive de façon assez fréquente de prier, je suis un pratiquant régulier, et je fais d’autres choses que d’aller à la messe. Des amis se marrent quand je dis ça, et un ami prêtre m’a répondu que si moi, je n’étais pas croyant, eh beh… Il reste que moi, je ne sais pas. Comme je le dis, à la différence de Guillebaud qui se dit « sur le plongeoir », moi, je donne un paquet d’impulsions mais ai-je pris mon envol ?

    On risque de s’éloigner du sujet, mais ce que je voulais dire, dans ce paragraphe, c’est qu’une telle visite est de nature à conforter davantage encore les fondations (le roc) pour favoriser l’impulsion ultime. Et qu’il me reste à moins intellectualiser les choses, à ressentir, comme à Lourdes. C’est un peu comme en amour : dresser la liste de toutes les qualités d’une personne ne signifie pas qu’on l’aime.

  • La soif de savoir, quête philosophique et volonté de progresser et de se dépasser…mise sur le même pied que le culte de l’argent et la recherche du pouvoir. Je trouve l’idée absolument dérangeante…

  • Je ne le vois pas véritablement comme étant mis sur le même pied, dans la mesure où il dit que « même » la soif de savoir peut être une idole. Ce qui me gêne en revanche, c’est qu’il n’ait pas développé ce point. Je peux tenter des interprétations, des explications, mais rien qui me garantir que ce soit ce qu’il ait voulu dire.

  • Il me semble normal qu’on ne soit pas toujours sûr à 100%.

    A+

    Trop cool la nouvelle fonctionnalité, ça marche! (2 fois de suite)

    Bah oui, qu’est-ce tu crois ! (Koz)

  • monsieur koztoujours sans les individus cupides, passés présents et futurs, êtes vous sûr de vivre aussi bien. cordialement.

  • Je te le concède. Et je te concède que je n’ai pas fini (si je les finis un jour) mes réflexions sur la nature de l’acte de croire.

    J’avais entendu, il y a un an et demi Georgina Dufoix, ce que j’avais rapporté ici. Elle disait quelque chose de comparable : i) “Personne ne me dira jamais si Dieu existe, ou s’il n’existe pas. C’est un choix“ et ii) au pays de Descartes, nous survalorisons le doute et, de fait, cela peut nous empêcher d’avancer : comment avancer en restant braqué sur cette question, à laquelle je n’apporterai jamais de réponse définitive ?

    Ne peut-on alors croire vraiment qu’en vertu d’une conversion, voire d’une révélation ? Moi, j’avoue, ça me simplifierait bien les choses. Mais les choses doivent-elles être simples ? La foi catholique enseigne que Dieu a fait l’homme libre, y compris de le rejeter ? Quelle serait alors ma liberté si Dieu « s’imposait » à moi ? Mais toutes ces questions ne sont-elles pas des façons de vivre avec le doute, et de préserver l’Espérance, pour ne pas tomber dans l’absurde et le néant ? Ou sont-elles effectivement les questions que l’Homme est libre de se poser, et rendu libre de se les poser par Dieu ?

  • @ Yogi

    C’est vrai, c’est effectivement une source de bonnes questions…

    Qu’est ce que la foi ? est-ce que c’est se dire, oh oui, il doit y avoir un Dieu ? Ou est-ce plus complet que ça ? Pourquoi avoir la foi ? Est-ce une finalité en soi ? Quel changement entraine-t-elle sur le croyant et pourquoi ? Quel différence cela fait entre le croyant et le non croyant ? Est-ce qu’une personne qui a la foi ou ne l’a pas fait preuve de déterminisme à ce sujet ? Est-ce que « ça » lui arrive ou ne lui arrive pas ? Si ça lui arrive parce qu’il l’a souhaité, comment fait-il ? Si « ça » lui arrive sans qu’il l’ai décidé, que penser de ceux qui ne l’ont pas – est-ce que c’est juste un manque de chance ? Est-ce une loi du hasard ?

  • Je ne dis pas ça pour te rassurer, Koz, mais être sans avoir la certitude de croire, je ne sais pas, mais pour moi, ça porte un nom: avoir la foi.

    Illusion que d’attendre d’avoir la certitude. Je le pense depuis longtemps: le doute est constitutif de la foi.

    Les seuls dont j’entende parler et qui semblent avoir la certitude de croire, ils n’ont pas tendance à jouer le beau rôle dans les relations humaines.

    Se rappeler la détresse de Mère Teresa. La peur de l’Homme sur la Croix.

  • Eponymus, j’ai essayé de répondre sincèrement à tes questions, avec mes mots assez simples et peut-être pas assez de hauteur de vue.

    Qu’est ce que la foi ? Pour moi, la foi c’est quand on n’a aucune raison (aucune preuve) pour établir le choix d’une action, d’une direction mais que qu’on prend le pari d’avancer plutôt que celui d’attendre d’être sur et certain. C’est différent de faire un « pourcentage de chance de ». C’est douter mais agir malgré le doute et en cela je rejoins Guinea Pig: « le doute est constitutif de la foi ». Dans ce mouvement de foi, les principes et la culture avec lesquels chacun a grandi vont entourer plus ou moins le doute, le rendre moins « douteux ». Cependant, il reste cette part de mystère, d’inconnu et c’est la foi qui fera qu’on « saute le pas », ou pas.

    Est-ce que c’est se dire, oh oui, il doit y avoir un Dieu ? Ou est-ce plus complet que ça ? A mon sens non. « Avoir la foi », « faire acte de foi » est plus un état d’esprit, une façon de se confronter aux événements, aux défis et aux doutes de la vie. Pour moi, chaque mariage (même civil) est un acte de foi en l’avenir. De beaucoup d’hommes qui vivent de et par leur passion (artistique, sportive, militaire etc.) on peut dire qu’ils ont la foi. Ils ne sont pas surs de réussir, ni même parfois de survivre mais ils y vont. Ils ne renoncent pas à ce qu’on appelle souvent « leurs rêves » et que je qualifie plutôt d’élan intérieur. Et Dieu dans tout ça? La religion c’est La foi par excellence. Impossible de prouver l’existence de Dieu ni le bienfait des croyances et de rites. Mais être un homme de foi, ce n’est pas forcément et uniquement être un homme de religion.

    Pourquoi avoir la foi ? Il s’agit ici, je suppose de foi dans le divin (Dieu, un dieu, des dieux, une religion, un Tout-Autre etc.) Si j’ai bien suivi, tu as étudié le sujet. On peut évoquer tout un tas de « raisons » psychologiques ou personnelles, de « confort » pour « avoir la foi ».

    Je remets ici les propos tenus avec jmfayard en des lieux déplacés :

    jmfayard: mais je pense qu’il y a du vrai dans cette thèse : «  »Une fois que l’homme a intuité le principe de causalité, il n’a pu s’empêcher de chercher des causes à tous les mécanismes » –> «link»
    Eponymus : @jm ce genre de théories pour expliquer les croyances sont en fait très vieilles et il en existent d’autres similaires. Cependant, elle ont toutes un énorme défaut, en termes de logique. Par exemple, tu peux dire que l’homme croit en un au-delà motive par son instinct de survie qui pousserait le cerveau à imaginer ce genre de solution pour soulager l’homme de la possibilité de néant. Sauf que, un bouddhiste serait mort de rire, car il te soutiendrait tout aussi logiquement que l’homme tends à croire en un au-delà parce que tout simplement celui-ci existe bel et bien et que l’homme en a ainsi l’intuition. Ca me rapelle, la réflexion de Jean Paul II à un scientifique : « Vous c’est le big bang et après le big bang, nous, c’est avant »
    jmfayard : Epo: et l’informaticien répliqua : « et le Chaos, à partir duquel Dieu créa le Ciel et la Terre, qui est-ce qui l’a créé à votre avis ? » 🙂

    C’est la question la plus difficile. Dire que l’on a la foi, certains compare cela à une béquille, pour moi c’est une lumière qui guide et rassure dans les moments les plus durs et qui fait briller les moments les plus heureux.

    Est-ce une finalité en soi ? Croire en Dieu? Non. Suivre les préceptes, les règles d’une religion, cela peut être une finalité (par tradition, opportunisme, manque de réflexion, pression sociale etc.) Avoir la foi en Dieu, c’est un moyen. Ce sont les ailes qui permettent de s’élever d’une vie purement matérialiste (et les mêmes ailes qui supposent le risque de se casser la figure). Avoir la foi, ce n’est pas le bout du voyage, c’est le chemin que l’on emprunte.

    Quel changement entraine-t-elle sur le croyant et pourquoi ? Il y a la foi dans le divin et les pratiques religieuses. Suivant les religions et les époques les deux sont intimement liées ou peuvent être dissociées. Trouver la foi et la vivre ouvre une nouvelle dimension : celle de la spiritualité. Les pratiques religieuses peuvent élever cette spiritualité ou l’étouffer. Je crois que c’est aussi à chacun, à la fois d’accepter de se laisser porter par la foi quand le doute s’installe, et parallèlement de ne pas tout attendre de la religion. Les pratiques doivent avoir un certain sens pour celui qui les suit. Le risque étant de devenir pratiquant non croyant. Pourquoi un changement? C’est un changement d’état. Comme de passer de célibataire à époux. On est l’un ou l’autre. Ce qui n’empêche pas les doutes, les remises en questions et parfois même le rejet et un nouveau changement d’état.

    Quelle différence cela fait entre le croyant et le non croyant ? Aucune. Peu d’hommes sont des Hommes. Peut-on être un Homme sans une dimension spirituelle? Je pense que oui, même s’il faudrait beaucoup de pages pour expliquer chacun de ces mots.

    Est-ce qu’une personne qui a la foi ou ne l’a pas fait preuve de déterminisme à ce sujet ? Non. On ne naît pas croyant ou incroyant. On peut être, par culture ou nature, plus ou moins ouvert à accepter la (une) foi, une relation avec le divin. Et je trouve que cela fait aussi partie de la beauté de la foi : elle peut arriver quand on s’y attend le moins.

    Est-ce que “ça” lui arrive ou ne lui arrive pas ? Yogi parlait de « Vouloir croire, chercher à croire ». Il me semble que lorsque l’on « veut croire » c’est que l’on se ment à soi-même et que l’on n’est plus du tout alors dans le domaine de la foi. Croire, ce n’est pas s’illusionner. Je crois que le mouvement, c’est plus elle qui nous trouve. Ensuite, on accepte le mystère du divin ou on le rejette.

    Si ça lui arrive parce qu’il l’a souhaité, comment fait-il ? Je pense qu’il y a, même avec une personne très documentée sur la religion, toujours un événement déclencheur. Pas forcément un grand « big bang ». Ca peut être la collecte de plusieurs morceaux qui finissent par faire un puzzle. Ou alors, un flash qui vient de nulle part (un geste, un sourire, un paysage). C’est un rencontre entre le souffle divin et celui qui en a besoin pour respirer, même si parfois, il ne se rend compte qu’après coup de ce besoin. Comme avec la Vérité chez Platon, de toute façon, il y a forcément une « révélation »: un moment où la volonté de l’homme a atteint ses limites et où c’est la foi qui vient à l’homme.

    Si “ça” lui arrive sans qu’il l’ait décidé, que penser de ceux qui ne l’ont pas – est-ce que c’est juste un manque de chance ? Je ne crois pas vraiment à « sans qu’il l’ait décidé » c’est plus ou moins conscient, c’est tout. Ca n’est pas une question de chance. Peut-être une question de disponibilité? Ou d’ouverture à « autre chose »?

    Est-ce une loi du hasard ? Je ne crois pas. J’aime bien cette comparaison de la foi avec le souffle. L’air n’est pas là « au hasard ». Il est partout. Comme la foi. Foi en Dieu, ou foi en l’Homme. Foi en soi ou foi dans les autres. Il s’agit toujours à un moment d’aller au-delà du doute. De se dire « je ne suis sure de rien » et pourtant « je crois ».

  • Je lis plus haut :

    « l’homme croit en un au-delà motive par son instinct de survie qui pousserait le cerveau à imaginer ce genre de solution pour soulager l’homme de la possibilité de néant. Sauf que, un bouddhiste serait mort de rire, car il te soutiendrait tout aussi logiquement que l’homme tends à croire en un au-delà parce que tout simplement celui-ci existe bel et bien et que l’homme en a ainsi l’intuition. »

    Il me semble assez risqué d’évoquer les boudhistes en matière de foi, car – d’après ce que j’en ai compris pour l’instant – s’il est une tradition qui ne repose pas sur la foi (ni d’ailleurs sur un « au-delà »), c’est bien la tradition boudhiste (du moins dans sa version « Theravada », celle qui est la plus connue en occident, d’autres tradition, plus populaires, incluent des divinités et des croyances).

    Bouddha, l' »être éveillé » est décrit comme un homme tout à fait ordinaire, aucunement relié à un divin, qui n’a d’autre particularité que d’avoir ouvert les yeux sur la réalité. L' »éveil » est précisément l’absence de doute est la vision exacte de l’univers. Le boudhisme tel qu’il est enseigné en occident vise ultimement à abandonner toutes les illusions. Et, dans la mesure où ces illusions sont supposées naître de nos peurs et de nos envies, je soupçonne – au contraire de ce que suggère la citation çi-dessus – que beaucoup de maîtres boudhistes seraient prêts à reprendre à leur compte l’idée que la vie après la mort est une illusion issue d’une peur.

    Ceci mis à part, cette idée que le doute pourrait être partie intégrante de la foi est intéressante, je ne l’avais pas vu sous cette angle jusqu’ici.

    Quand à daniel sachet, j’aimerais lui demander si c’est la foi dans le libéralisme qui lui a fait poser cette question : « sans les individus cupides, passés présents et futurs, êtes vous sûr de vivre aussi bien. cordialement. »

  • Bah… il faudrait un minuteur un peu plus patient 😉

    Correction : « L’”éveil” est précisément l’absence de doute ET la vision exacte de l’univers »

  • @ eponymus,

    Avec ce voyage du Pape en France, ses discours et celui de NS, cette notion de laïcité positive me fait beaucoup réfléchir. En essayant de l’imaginer en place dans notre société, je pense à tous les obstacles qu’il nous faudrait tous surmonter, et dans un deuxième temps, à quoi servirait-elle. Indirectement, cela me pousse à réfléchir à certaines de tes questions. Nous vivons donc, ici et maintenant, avec la possibilité officielle d’embrasser la religion de son choix ou de ne pas croire. Je ne mettrais pas ma main à couper que ce n’est qu’une chance. Mais on peut, me semble-t-il aussi, prendre parfois le temps de le réaliser, de s’en souvenir et d’apprécier ce qui pour un nombre non négligeable d’entre nous, est une véritable liberté. Pour moi qui ne suis pas croyante, la laïcité positive serait d’ailleurs une grande étape supplémentaire dans la qualité de cette liberté. Puisque ne pas croire, ou ne plus croire n’est pas synonyme de liberté. Se rebeller contre, voire quitter le giron d’une religion établie, transmise, n’est pas être libre, ce n’est qu’un morceau de liberté. Mais pour que la liberté soit plus complète, il faut ensuite ne pas être coupé des religions. Or, en imposant le silence aux croyants dans le domaine publique, si l’on n’est pas, par circonstances, en contact personnel avec des croyants, on est, de fait, coupé de la foi. Or, oui, il me semble que, le tempérament, la forme d’esprit d’une personne, en plus de son milieu et des influences reçues, peuvent forger une foi comme une non-foi. Ce qui ne justifie en rien que pour tout le restant de sa vie, cette personne doive ne plus avoir le moindre lien avec les autres, ceux qui croient pour les athées, les athées pour les croyants.

    S’il y a une notion de chance (ou de malchance donc selon d’où on regarde), il me semble qu’elle n’est pas si spécifique que cela à la foi. On peut le penser parce qu’on peut considérer que croire est plus important que bien d’autres choses, mais, finalement, cela participe d’un tout. La chance d’avoir été aimé et surtout bien aimé, la chance d’avoir entendu des explications pertinentes sur la vie, sur les autres, la chance d’avoir été élevé dans la foi… Sans vouloir tout mettre sur le même plan, je crois qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre toutes ces chances.

    Si je ne pense qu’aux différences qu’entraîne le fait de croire ou de ne pas croire, pour moi, à ce jour en tout cas, c’est l’utilisation de cette partie de notre esprit qu’on nomme la spiritualité. La non croyance n’entraîne pas l’absence de spiritualité. Mais si je pense à mon expérience personnelle, cette non croyance ne la sollicite pas systématiquement. Un croyant qui assiste à un office régulièrement, à mes yeux, n’a pas le choix. La pratique, et c’est bien sûr en partie pour cela que je la crois pertinente, impose à rythme fixe, imposé, de faire appel à cette partie du cerveau où se niche la spiritualité. Au contraire, un non croyant n’est pas soutenu par cette pratique. D’où une réelle possibilité de sclérose par absence d’usage. Qui n’est en rien irrémédiable d’ailleurs. Mais, les moments, voire les instants spirituels relèvent plus spécifiquement des hasards, des coïncidences. Ou bien relèvent du travail, mais ce travail, inévitablement individuel et volontaire fait dépendre encore plus de sa nature, de son tempérament. Cependant, j’isole là la seule spiritualité. Mais dans la foi ou dans la non croyance, tout n’est pas qu’une question de spiritualité. Il y a aussi la notion du bien et du mal.

    Peut-être que l’immortalité (sous des formes différentes) peut paraître le but premier de la foi. Il est facile d’ailleurs de railler, quand on ne croit pas, les croyants pour ce qui peut être considéré comme LA faiblesse majeure. Mais, ce n’est peut-être que l’arbre qui cache la forêt. Je n’affirme rien. Je me demande. Puisqu’il est évident, et si certaines personnes en doutent, c’est leur problème, si j’ose m’exprimer ainsi, il est évident donc que ne pas croire, ou cesser de croire ne rend en aucun cas matérialiste ni ne plonge la personne non croyante dans un quelconque néant absurde. Il n’y a pas plus de raison d’être matérialiste quand on ne croit pas qu’il n’y en a à se comporter comme un saint quand on croit. De même, il n’y a pas moins de motifs pour un non croyant à chercher un sens aux choses, et inévitablement à la vie, à sa vie, qu’il n’y en a pour un croyant. Cependant, à la seule échelle de ma petite propre connaissance, il y a probablement un niveau de bonheur supérieur chez les croyants. Si je devais le traduire en sentiments immédiatement accessibles pour tous, ça ressemblerait peut-être un peu à ce qui sépare une personne qui se sait aimée d’une autre qui se sait seule. Pour autant, tout est toujours possible, du pire au meilleur dans les deux situations. Mais, la plénitude de la compréhension du pourquoi quelque chose, une pensée, une action, est mal et un autre bien, ou bon, cette plénitude-là, et en amont, cette recherche-là, je crois que croyants et non-croyants la partagent. Il me semble même que dans ces moments-là, nous sommes tous très semblables. Parce qu’alors, nous trouvons un sens. Et ce besoin de sens est, je crois, absolument universel et intemporel.

    Chercher à comprendre est humain. Ou plus exactement, l’intelligence dont nous disposons nous impose de chercher à comprendre. Il n’y a pas de si grandes différences entre croyants et non croyants. En tout cas, eponymus, si je devais résumer ce trop long commentaire, ce serait ainsi.

  • Je n’ai pas lu la question d’Eponymus, mais cette réponse me met une larme à l’oeil.

    Je vous rassure, Cilia, ce n’est pas trop long.

  • « Bouddha, l’”être éveillé” est décrit comme un homme tout à fait ordinaire, aucunement relié à un divin, qui n’a d’autre particularité que d’avoir ouvert les yeux sur la réalité. L’”éveil” est précisément l’absence de doute est la vision exacte de l’univers. Le bouddhisme tel qu’il est enseigné en occident vise ultimement à abandonner toutes les illusions. Et, dans la mesure où ces illusions sont supposées naître de nos peurs et de nos envies, je soupçonne – au contraire de ce que suggère la citation çi-dessus – que beaucoup de maîtres bouddhistes seraient prêts à reprendre à leur compte l’idée que la vie après la mort est une illusion issue d’une peur. »

    En fait, soyons précis… Siddharta Gautama, le fondateur du bouddhisme, était effectivement un homme ordinaire, d’une caste d’aristocrate en Inde/Népal de l’époque. Préservé de tout contact avec la misère humaine, il la découvre un jour brutalement en sortant en dehors de son palais, et se dirige vers une vois méditative afin d’essayer de comprendre les raisons profondes de la condition humaine. Le terme bouddha décrit un état, globalement, une personne libérée du cycle des réincarnations successives. Et donc, selon la légende (car il y a énormément de légendes et de mythes de toute évidence, faux) c’est après une très longue période de méditation qu’il arrive à atteindre cet état. Son enseignement repose sur le chemin qu’il aurait lui même parcouru pour l’atteindre.

    Effectivement, la notion de foi dans la bouddhisme est relativement absente. Un bouddhiste ne « croit » pas à quelque chose – il s’agit plus d’une sorte d’évidence. La seule chose finalement dans laquelle il croit, c’est à l’enseignement reçu et que c’est grâce à cet enseignement qu’il pourra lui même atteindre cet état. Mais les principes de base des croyances bouddhistes, comme la réincarnation, le cycle des vies et des morts successives qui permet soit d’empirer soit de s’améliorer jusqu’à atteindre le nirvana, qui est un état plutôt qu’un « lieu » (comme la notion de paradis par exemple) – tout cela repose sur les védas qui est un enseignement bien plus ancien et qui alimente de nombreux autres courants spirituels et religieux en orient.

    Effectivement, pour un bouddhiste, l’univers est une illusion. Par contre, l’existence d’une vie après la mort (et donc, d’un « au delà » cette mort) est une absolue certitude. L’immortalité de l’esprit, le fait que l’esprit est à l’origine de tout, le fait que pour se sortir de cette illusion, il faille suivre une voie du milieu dénuée de passion et d’envie (que je résume vite fait, on pourrait y consacrer quelques livres si on voulait être précis et exhaustif) font bien sûr partie des croyances (avec la réserve sur le mot) du bouddhisme.

    Donc non, un bouddhiste ne peut pas penser que l’existence d’une vie au delà de la mort est une illusion qui sert à se rassurer quant à l’existence du néant. Que l’homme est une entité spirituelle qui habite un corps, c’est, précisément, la seule chose qui n’est pas une illusion pour un bouddhiste comme pour la plupart des religions issues plus ou moins directement des védas. L’illusion fondamentalement dans le bouddhisme peut être expliqué de cette façon, en se référant au principe « d’impermanence » des choses : la matière semble (du fait de cette illusion) permanente – l’homme semble impermanent et mortel. Et la vérité, selon le bouddhisme, c’est que c’est exactement le contraire.

    Donc, encore une fois, un bouddhiste, (comme d’autres religions d’ailleurs) ne vous dira pas que l’immortalité de l’âme est une illusion créée par le besoin de se rassurer face à la possibilité d’existence du néant. Il vous dira, qu’il s’agit en fait d’une intuition que l’homme a de sa propre nature spirituelle.

    Ce que je voulais dire, par rapport à ces théories matérialistes qui tentent de trouver un raison aux croyances et à l’éventuel besoin de croire, c’est qu’elles reposent toutes sur un illogisme. C’est plus facile à voir lorsque l’on prend un autre exemple :

    Vous êtes malade. Vous vous rendez dans un hôpital. Après une radio, le chirurgien vient vous voir et vous annonce que vous n’en avez plus que pour 2 mois du fait d’une maladie grave. Si vous subissez une opération, la perspective de vie sera d’environ d’une dizaine d’années supplémentaire. L’opération a plus de 70% de chance d’échouer. Vous tombez dans un état d’angoisse terrible à la perspective de votre propre mort.

    Mais, une demi-heure après, le chirurgien revient, vous fait de plates excuses, et vous apprend qu’il s’est trompé de radios. Vous n’avez qu’une affection bénigne qu’une simple opération résoudra facilement. Vous êtes rassuré, votre angoisse disparait.

    Vous partez sur le billard, une heure après.

    Là, vous avec deux possibilités. a. Le chirurgien vous a menti la deuxième fois pour vous rassurer et pour que vous soyez plus détendu avant l’opération. Vous avez bel et bien une maladie mortelle. b. Il s’est effectivement gouré de radios. Vous saurez la vérité en vous réveillant.

    Mais les deux assertions sont possibles.

    Ce genre de théories, du fait d’un présupposé « rationaliste », tendent à considérer que si a. a une possibilité d’existence, alors a. est vrai. et b. faux.

    Pour revenir à notre préoccupation, ces théories affirment qui si l’homme est rassuré par le fait de croire en Dieu, c’est qu’il croit en Dieu pour être rassuré, et donc que Dieu n’existe pas et qu’il s’agit d’une illusion. Mais la logique veut pourtant que rassuré ou pas, l’homme peut tout simplement tendre à croire en Dieu, parce que tout aussi simplement, Dieu existe.

  • En effet Eponymus, il serait tout à fait illogique d’affirmer que si « l’homme est rassuré par le fait de croire en Dieu », alors « il croit en Dieu pour être rassuré » ; ce serait là une erreur de raisonnement qui mettrait en quelque sorte la fin avant les moyens.

    Les théories « rationalistes » plaident plutôt pour des mécanismes beaucoup plus profonds et instinctifs que cela.

    Selon elles, l’homme est « sélectionné » par l’évolution pour rechercher derrière chaque phénomène inexpliqué l’oeuvre d’un agent conscient. Elles arguent du fait que l’être humain, tout au cours de ces derniers millions d’années, a trouvé sa survie dans sa capacité à déceler derrière tout événement la présence d’un « agent », proie ou prédateur. Il y a même un net biais de la sélection naturelle en faveur d’une « sur-sensibilité » dans ce domaine, puisque le coût de soupçonner à tort la présence d’un tigre dans un buisson agité par le vent est bien moindre que le coût de l’erreur inverse.

    Ainsi, l’évolution aurait favorisé ceux qui recherchaient partout l’expression d’un agent doté d’une volonté et d’objectifs. Et cette même pulsion pousse les tribus primitives à peupler leurs forêts d’esprits, et à voir la main des dieux dans les événements fortuits ou inexplicables de la vie quotidienne.

    A noter que la « Foi » est à ma connaissance un concept très récent, et peut-être lié à cette lutte entre rationalité et religion. Pour les tribus primitives, l’existence des dieux et des esprits des ancêtres ne fait pas le moindre doute, puisqu’elles en « voient » les effets quotidiennement.

  • @ Yogi

    « Les théories “rationalistes” plaident plutôt pour des mécanismes beaucoup plus profonds et instinctifs que cela. »

    Bien sur, que les théories sont plus complexes et élaborées. J’ai simplifié pour suivre un raisonnement logique.

    Mais, aussi profonds et instinctifs que soient les mécanismes, le raisonnement est le même. La recherche d’un agent conscient derrière les mécanisme naturels est probablement vrai et observable.

    Mais en aucun cas, une preuve, que de ce fait il n’y a pas d’agent conscient quelque part à l’origine de l’univers et de la vie. Les deux assertions peuvent être vraies.

    L’homme peut avoir faussement interprété un phénomène naturel comme la « preuve » d’une intervention divine, cela ne démontre pas, simplement en termes de logique, qu’il n’y a aucune « intervention » divine, quelle qu’elle soit dans cet univers.

    De plus, les croyances dites primitives comme je l’ai expliqué sous un autre billet, peuvent être caricaturées et simplifiées à l’extrême elles aussi. Elles sont d’ailleurs probablement simplistes dans la tête de la plupart des primitifs qui y croient. Mais, si vous rencontrez un « prêtre érudit » dans ce domaine, vous découvrez une philosophie bien plus complexe et plus élaborée que la simple croyance qu’il y a « un esprit dans un arbre ».

    Le primitif Lambda va peut être croire que s’il se prend une branche sur la tête, ce n’est pas un phénomène du à l’usure de l’arbre et à la gravité, mais au fait qu’il a probablement offensé cet arbre qui maintenant lui en veut. Pas le « prêtre » (ou chaman en l’occurrence) érudit. Le paysan berrichon, il y a deux siècles, pensait peut être que si ses récoltes ne donnaient rien, c’était qu’il avait offensé Dieu et que ce dernier lui en voulait à titre personnel. Le théologien éclairé et érudit aura probablement une réponse plus complexe à cette question.

  • Faut-il recourir à des théories pour retranscrire une question que, je pense, beaucoup de croyants, ou de ceux qui cherchent, se posent : est-ce que je crois en Dieu par peur de ce que signifierait l’absence de Dieu ? L’absence de Dieu signifierait bien que tout est absurde (dépourvu de sens).

    Comme vous le dîtes, l’Homme a peut-être volontairement développé la notion de causalité pour éviter d’affronter la possibilité d’une absence de cause (et notamment à son existence, ce qui tend à le préoccuper, petit égoïste qu’il est). Cela dit, ce raisonnement est un étonnant renversement pour qui s’affirme « rationaliste ». En effet, face aux explications superstitieuses (la foudre est une colère divine, la peste est une vengeance de Dieu), l’Homme a progressivement apporté des réponses scientifiques. Il a progressivement trouvé les causes véritables de tous ces phénomènes. Et l’esprit rationaliste, l’esprit positiviste en a fait un combat contre l' »obscurantisme religieux ». Faut-il alors que le même esprit, qui a cherché une cause à toute chose, devienne en quelque sorte soudainement irrationnel en affirmant qu’au final, il n’y a pas de Cause ?

    Toutes les théories possibles pourront-elles seulement trancher entre la possibilité que Dieu existe et la possibilité que Dieu ne soit qu’une construction rassurante ? Elles ne sont toujours que des théories. Et quand bien même on nous démontrerait que la foi est un réflexe, un instinct, qu’elle fait appel au lobe frontipito-hypotalo-droit-en bas et qu’elle est donc une programmation, cela exclue-t-il la possibilité de Dieu ?

    Je ne le pense pas. Et je ne le dis pas « victorieusement ». Je le dis comme un simple constat.

    Tout ceci pour moi n’est pas vraiment déterminant. Et de fait, même si, probablement, la « conscience » parfois un peu abrupte que j’ai du néant que serait l’absence de Dieu est peut-être un motivation de fond (au sens qu’elle n’est pas principale mais qu’elle forme une base permanente), je sais aussi que ce n’est jamais lorsque je me suis « affronté » à ce néant que j’ai eu le plus « la foi », comme si je me précipitais dans les bras de Dieu pour me rassurer. C’est, au contraire, dans des moments de plénitude, soit à des moments dans lesquels je devrais avoir le moins « besoin » de Lui.

  • @Eponymus

    Sans vouloir insister : « Les bouddhistes croient en la renaissance et non à la réincarnation. En effet, la notion de réincarnation implique l’existence d’une âme immortelle qui entre et sort d’un corps et entre à nouveau dans un autre, mais, selon la croyance bouddhiste, il n’existe rien de tel. Ce qui subsisterait après la mort ne serait pas une « âme », mais une forme d’énergie psychique qui réapparaitrait ensuite sous une autre forme lors de la renaissance (excepté pour celui qui a atteint l’Eveil, nirv?na)… » http://fr.wikipedia.org/wiki/Bouddhisme

    Le cycle des renaissances n’est pas une vie après la mort, il ne permet pas d’espérer autre chose « après ». La meilleure preuve qu’il ne s’agit pas d’un concept rassurant comparable à l' »au delà », c’est que ce cycle est vu comme un tourment, et qu’il convient de l’interrompre, par l’éveil.

    Vous dites : « Ce genre de théories, du fait d’un présupposé “rationaliste”, tendent à considérer que si a. a une possibilité d’existence, alors a. est vrai. et b. faux. »

    Je ne sais pas très bien de quelles théories vous parlez, mais elles me semblent foireuses, en effet, d’un point de vue logique. Etes-vous sûr que certains prétendent démontrer l’inexistence de Dieu de cette manière?

    Un raisonnement plus correct, et plus courant, est plutôt celui çi : (1) Si Dieu n’existe pas (hypothèse), alors (2) il faut chercher une autre explication aux croyances humaines, et (3) les souffrances et les peurs fournissent une explication plausible. Vous pouvez transposer : (1) Si ce n’est Dieu qui déplace le soleil… (3) formulons la théorie de la gravitation.

    L’hypothèse de départ est naturelle pour un scientifique, elle a permis des avancées dans toutes les sciences et n’a jamais été prise en défaut. Pour ma part, j’estime cette hypothèse particulièrement solide, mais indémontrable. Surtout, je ne vois pas grand intérêt à convaincre les autres d’adopter cette hypothèse.

    En revanche, il me semble important d’affirmer que, sans Dieu, le monde n’est pas plus absurde qu’avec. Le monde sans Dieu n’est pas un « néant », c’est juste le monde… mais vous n’êtes pas obligé de me croire. 😉

  • @ Gatien

    Bon, il se fait que c’est un sujet que je connais vraiment bien… vous avez raison sur certains points, et certains autres sont bien plus complexes. Le bouddhisme est tout simplement un mouvement qu’il est impossible de définir en quelques phrases du fait des centaines de variantes existantes, de façon de l’enseigner, d’interprétations de certains concepts. Dans certaines contrées et pour certaines personnes le Bouddha est l’incarnation d’une divinité hindouiste. En fait, l’article de wiki qui n’est pas mal fait au demeurant, synthétise certaines choses appartenant à différents courants dans le détail.

    La différence de point de vue entre la pensée occidentale et orientale, l’interprétation de certaines lectures du bouddhisme influencée par la modernité, font que le sujet devient extrêmement confus lorsqu’il s’agit de l’expliquer. On pourrait discuter ensemble des heures sur la notion du soi d’un point de vue bouddhiste et si il s’agit d’un état « présent » de l’âme humaine ou d’un état « natif », et tout ce genre de chose. On pourrait même, bousculer certaines idées reçues, et trouver des raisons aux théories qui affirment que le bouddhisme, contrairement à ce qui est communément admis, peut aussi être considéré comme un mouvement théiste… encore, faudrat-il probablement quelques journées de discussions avant que l’on s’entende sur la bonne définition du theisme dans ce contexte. Bref, on ne va pas refaire le bouddhisme ici même, c’était juste une réflexion pour illustrer mon propos.

    Toujours est-il, que fondamentalement, le bouddhisme est un mouvement spiritualiste. Et de ce fait, que l’univers n’est pas que matière, qu’il y a de l’espérance en un état libéré de la souffrance et de la condition humaine. Encore une fois c’est tout ce que je voulais dire par « au-delà » par analogie avec toutes sortes de croyances qui d’une manière ou d’une autre considère l’existence d’un « au-delà ».

    Quant au reste de votre propos, vous mettez exactement le doigt sur le bon point. Ces théories reposent toutes sur ce que vous dites : « (1) Si Dieu n’existe pas (hypothèse), alors (2) il faut chercher une autre explication aux croyances humaines ». Sauf que dans beaucoup de cas, le point 1) ci-dessus est non exprimé, éludé, et on se retrouve avec l’illogisme dont je parlais… l’auteur oubliant de signaler le point 1) et de nous dire : « Ah, au fait, je pars du principe que comme Dieu n’existe pas, il doit bien y avoir une explication aux croyances humaines. »

    Savoir si c’est naturel d’adopter l’hypothèse 1) pour un scientifique… certainement si on réduit le concept de « Dieu » à « une explication des phénomènes physiques ». Dans un nombre incalculable de religions et de philosophies, les concepts de « Dieu » ou les concepts simplement spiritualistes sont à la fois bien plus complexes et englobants que cela.

  • @ Koz:

    Je voudrais vous remercier et vous féliciter pour l’ensemble de votre oeuvre autour de la visite de Benoît XVI. Je n’ai pas beaucoup trouvé le temps de participer aux très intéressantes discussions que vous avez suscitées – notamment celle sous ce dernier billet, où plusieurs commentateurs se sont surpassés. Mais je les ai beaucoup appréciées. Merci encore.

  • Internecivus raptus a écrit:

    La soif de savoir, quête philosophique et volonté de progresser et de se dépasser…mise sur le même pied que le culte de l’argent et la recherche du pouvoir. Je trouve l’idée absolument dérangeante…

    Il ne faut pas se presser sur ces questions. Le temps vous apporte les réponses. J’ai pensé à vous en lisant cette interview de Sœur Emmanuelle :

    La soif de domination. On la retrouve partout, dans le monde politique, religieux, dans celui du travail et même dans la famille. Tous les moyens sont bons pour écraser, et toutes les choses bonnes, comme la connaissance, la beauté, la générosité, le dévouement, peuvent devenir le moyen de prendre le pouvoir. Et la soif de savoir ! C’est ambigu, l’excellence de la science et de la technique. Cela fait progresser l’humanité, mais est-ce pour le bien de tous ? Gagner toujours plus d’argent, consommer plus, posséder plus. C’est pareil. Quelles profondes angoisses là derrière ! Il y a tant de gens qui se meurent de solitude !

    (…)

    – Vous-même, avez-vous été tentée de chercher des consolations ailleurs, au dehors ?

    – Quand j’avais 20 ans, le « look » (comme on dit aujourd’hui) me préoccupait beaucoup. J’avais beau avoir entendu l’appel à rejoindre les sœurs de Notre-Dame de Sion pour sauver des enfants de la misère, le théâtre, le cinéma, la danse, les jolies toilettes m’attiraient irrésistiblement. En fait, j’étais malheureuse, dans l’incapacité de choisir et, comme tous les jeunes, je cherchais à cacher mon trouble intérieur. Après, il y a eu la fascination des choses de l’esprit. Je voulais tout connaître, tout comprendre, tout assimiler : la philosophie, l’histoire de l’humanité, l’écriture cunéiforme et les hiéroglyphes, les sciences et les arts, la théologie et les œuvres littéraires. Je lisais tout, et je résumais dans des cahiers de couleurs différentes. Développer son intelligence, c’est très beau. Accumuler du savoir, c’est noble et passionnant. cela procure de la joie. Mais (il y a un « mais » !) toutes les pensées ensemble ne font pas un seul acte de charité gratuite.

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  • « Toutes les pensées ensemble ne font pas un seul acte de charité gratuite », c’est on ne peut plus vrai.

    Avoir soif de savoir et accumuler des connaissances dans un but purement égoïste, en restant dans sa tour d’ivoire et sans les mettre à profit pour faire un pas vers l’autre, l’aider, partager avec lui les choses acquises…voilà qui est tout aussi vain, je suis bien d’accord.

    Mais le malaise qui était mien lorsque j’ai fait ma première remarque au sujet de Benoît XVI demeure. Car tant l’explication de la regrettée soeur Emmanuelle est claire…tant le message du Pape me semble ambigü. Pris au premier degré, il est aisé de l’interpréter comme une défiance vis-à-vis de la recherche du Savoir. Et, à n’en pas douter, certains entendront ce qu’ils veulent bien entendre, et l’interpréteront dans un sens réducteur et dogmatique. C’est bien là où mon malaise demeure.

    Merci en tout cas d’avoir attiré mon attention sur cette réponse à ma remarque, il est vrai que j’avais perdu ce fil de discussion de vue.

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