Ce Bon Vieux Samaritain paie même le barbier

barbierVous permettez ? J’écris à Guillaume.

Comme vous le savez, nous sommes à trois jours de la sortie du livre que vous allez préférer cette année, et mes journées sont un peu chargées. Aussi parce qu’il ne saurait être question de laisser ce lieu en déshérence, et que ma réponse à Guillaume a pris les allures d’un billet, je ressuscite cette antique coutume des blogueurs que les plus vieux habitués connaissent : le commentaire qui se mue en billet.

Bien évidemment, cela nécessite la lecture préalable du point de vue de Guillaume, intitulé « le Bon Samaritain ne rase pas gratis« , mais rien de grand ne se fait sans la Croix. Il vous faudra donc lire deux billets pour comprendre de quoi il retourne.

*

Je suis heureux de lire, sous ta plume, mon cher Guillaume, un appel à accueillir véritablement, pleinement et à long terme, les réfugiés, puisque c’est effectivement ce que fait le Bon Samaritain, sauf à déduire de cette parabole qu’il conviendrait plutôt de laisser l’étranger au bord de la route, compte tenu des frais prévisibles.

La suite du billet me surprend davantage car, au bout du compte, il semble que l’étranger n’ait que deux possibilités : soit ne pas entrer, soit ressortir. Mais quoi qu’il en soit, ne pas rester. Le réfugié, nécessairement de guerre, ne doit être là que temporairement, et l’immigré économique, ne semble pas avoir vraiment l’option d’entrer. Quid alors de la volonté de l’étranger, quel que soit son statut ? Doit-elle être tenue pour négligeable ? Je ne suis pas certain, d’ailleurs, que l’immigration économique soit nécessairement et par nature de peuplement, ni qu’un réfugié n’ait d’autre choix que de quitter le pays le temps venu.

Je suis également perplexe sur la réalité de la sidération et sur le réel qui est effectivement nié dans cette crise des migrants que la photo du petit Aylan a révélé. Oui, bien sûr, sur une situation donnée viennent s’agréger quelques vautours empressés de faire valoir leur bonne conscience, et l’on en fait des tonnes, et l’on exploite la photo jusqu’à une saturation indigne. Mais le fait brut initial et l’image d’origine ont surtout eu pour effet de faire éclater le réel au visage du monde. Ce réel qui est humain et charnel, qui n’est pas du « flux migratoire », mais qui est composé de personnes, que l’on n’a pas bien envie de voir parce qu’elles remettent en cause notre monde. Avant Aylan, il y en a eu bien d’autres, des personnes mortes en mer ou sur les rivages, il y a eu d’autres enfants. Mais on détournait le regard. Cette photo est arrivée à un moment de cristallisation. Alors, de fait, elle a suscité l’émotion, celle que l’on refrénait jusque là, celle que le pape nous a demandé à bien des reprises de ne pas écarter – même lorsque, à Lampedusa, il ne s’agissait pas de réfugiés, qu’ils soient de guerre ou d’autres raisons, y compris climatiques.

Étonnamment, en effet, plusieurs personnes répliquent à cette émotion qu’elle ne doit pas nous empêcher d’envisager les causes, d’envisager les questions de politique migratoire. C’est toutefois un jeu auquel on peut jouer longtemps : sont-ce ceux qui reconnaissent l’émotion qui sont incapables d’envisager les causes, ou ceux qui réfléchissent aux politiques qui ne ressentent pas l’émotion ? Et si l’on se faisait le crédit d’être capables de faire les deux à la fois ?

De fait, oui, nous devons avoir une politique migratoire. Il me semble que nous en avons une, au demeurant. Perfectible, certainement. Et qui mérite probablement de mettre quelques sujets brûlants sur la table, au titre desquels peut-être le traitement de faveur que notre mauvaise conscience semble réserver à l’Algérie. Soit. Est-ce que cela suppose de façon aussi incontournable que tu le présentes que nous remettions en cause l’Europe ? Car, au final, je me permets d’envisager que le mouvement du raisonnement parte plutôt d’une hostilité originelle à l’Union Européenne pour aboutir à la question migratoire, plutôt que de cette dernière pour constater à l’arrivée avec une heureuse surprise qu’elle confirme les sentiments initiaux. Car tu écris : « pas de frontières nationales, pas de politique migratoire cohérente« . Je disconviens. C’est « pas de frontière, pas de politique migratoire« . Mais on pourrait envisager une autre façon d’avoir une politique migratoire, qui résiderait dans une politique migratoire commune au sein de l’Union Européenne et des frontières européennes, pas nécessairement nationales. Le rétablissement de frontières nationales n’est pas une panacée, et provoquerait à n’en pas douter un ralentissement économique, sans compter que cela supposerait que nous fassions tous de nouveau la queue à chaque frontière, chaque garde, chaque aéroport européen. Voulons-nous vraiment cela ? Et pour un bénéfice qui me laisse dubitatif : croyons-nous vraiment que cela endiguera davantage l’immigration clandestine ? Un immigré clandestin au regard des frontières européennes sera demain un immigré clandestin au regard des frontières françaises.

Jean-Claude Juncker, pour sa part, n’accrédite aucunement l’idée qu’il y ait une politique déterminée de l’Union Européenne qui viserait au remplacement de la population. Nous ne pouvons pas faire crédit aux névrosés de leur lecture du monde pour analyser les propos de Juncker. Juncker traite d’une situation démographique véritable et présente. Nous pouvons faire plus d’enfants aujourd’hui, ce qui peut certes être souhaitable, mais cela ne produira d’effet qu’après-demain. Demain, en revanche, est déjà écrit dans nos pyramides des âges. Le fait est que, pour un certain nombre de tâches, de travaux, nous ne pouvons pas compter sur une population soixantenaire. Quant à l’Europe, elle n’est pas moins responsable de l’incapacité à envisager un sursaut quelconque que ne l’est chaque Etat. La France aujourd’hui n’est pas capable d’envisager un sursaut, de proposer un projet. Ce n’est pas propre à l’Europe qui, certes, patine davantage, notamment parce qu’elle est remise en cause en tant que telle. Il y a d’ailleurs un effet amusant à constater que l’on reproche à l’Union Européenne de ne pas être en mesure de proposer un projet, tout en déniant fondamentalement à l’Union Européenne la légitimité pour le faire. Que ceux qui lui accrochent un boulet à la cheville lui fassent grief de la lenteur de sa course est un peu paradoxal. Cela brise tout de même l’élan à la base. Et peut-être faudrait-il de faire admettre qu’il a été brisé.

Bref, nous avons face à nous des mouvements migratoires qui ne vont pas s’amenuiser, quoi que l’on fasse. Aussi attaché que je sois à ma France, celle de mes aïeux, celle de tout le littoral Ouest du pays, et aussi peu enthousiaste que je sois à l’idée qu’elle change pour quelque chose qui sera nécessairement plus éloigné de moi, ce serait pour le coup un véritable déni du réel, un fantasme coupable, que d’imaginer que nous allons endiguer les migrations. Il faut dès lors les traiter avec réalisme, en sachant que cela va supposer d’accueillir des immigrés, nécessairement. Et cela ne sera pas réglé par la seule natalité européenne : le fait que nous fassions plus d’enfants ici ne changera pas la misère là-bas.

La vraie question est donc de savoir comment traiter ce réel inévitable à venir en le limitant autant que possible et en travaillant pour qu’il soit le plus compatible avec nos valeurs. Cela suppose non seulement de travailler concrètement au développement des économies locales  – à l’exemple de ce que semble entreprendre Jean-Luis Borloo – mais aussi pour nous d’être fermes sur nos valeurs, notre culture, notre héritage (comme nous y appelle d’ailleurs sans ambiguïté le pape François) et d’être capables d’en justifier et de le maintenir vivant, et non momifié. Il est certain qu’il y a matière à angoisser face à ces perspectives, comme à notre capacité collective à y répondre, mais je crois que c’est bien là ce réel à affronter, qu’il nous plaise ou non.

Auteur

Monoépoux, multipère, et fidèle à plusieurs titres. Également avocat (associé fondateur BeLeM Avocats) et auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015, éd. du Cerf)

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15 comments

  • La distinction que presque tout le monde tente d’imposer entre migrants économiques et réfugiés est une autre facette du déni de réalité. La situation des personnes qui arrivent est, presque toujours, un mélange des deux: la misère économique à laquelle le migrant tente d’échapper a le plus souvent pour origine la guerre. Et le réfugié de guerre choisit l’Europe plutôt que d’autres continents, et l’Allemagne plutôt que d’autres pays européens, pour des raisons économiques.

    On prolonge le déni, quand on se persuade que les réfugiés ont vocation à repartir. Les réfugiés vietnamiens (au nombre de 120000) venus en France dans les années 70 ne sont jamais repartis, même s’ils en avaient peut-être au départ l’intention. Voudraient-ils le faire aujourd’hui que cela ferait d’eux des… migrants.

    Quant à l’idée que la réforme (plus probablement, la destruction) de la zone Schengen nous permettrait de faire face à la situation (plus exactement, de faire comme si elle n’existait pas), elle est, elle aussi, illusoire. Les réfugiés ne disparaîtront pas sous l’effet d’un changement de notre règlement intérieur.

    La vraie question est donc de savoir comment traiter ce réel inévitable à venir en le limitant autant que possible et en travaillant pour qu’il soit le plus compatible avec nos valeurs.

    Pas mieux.

  • Si j’ai bien compris la vague actuelle de migrants est composée surtout de Syriens. L’histoire a montré que ce sont des gens qui s’intègrent parfaitement dans les pays où ils ont émigré dans le passé (par exemple au début du 20ème siècle aux Etats-Unis et Amérique du Sud), surtout à partir de la deuxième génération. C’est un peuple entreprenant, travailleur et intelligent. Heureux seront les pays qui les accueilleront. Ce sera difficile à court terme de leur trouver des occupations qui soient vraiment utiles à l’économie mais sur le long terme ils y contribueront de manière certaine. Il ne faut tout de même pas croire que cette intégration se passe toute seule sans que des mesures concrètes d’intégration soient mises en place par les pays d’accueil.

  • Un seul exemple dans cet article (je ne vais pas faire la liste des autres, ce serait discourtois) qui cloche.

    Car tu écris : « pas de frontières nationales, pas de politique migratoire cohérente« . Je disconviens. C’est « pas de frontière, pas de politique migratoire« .

    Comme nous l’avons appris dans les différents articles, les clandestins ou immigrés illégaux ne choisissent pas au hasard un pays d’émigration, l’Allemagne par exemple serait très en vogue. On ne peut avoir de politique migratoire si on force une personne à aller dans tel ou tel pays, puisqu’une fois qu’elle aura des papiers, en utilisant la particularité de Shengen (pas de frontière nationale) elle pourra rejoindre le pays qu’elle souhaitait au départ et qu’on lui avait refusé.

    A moins que vous nous disiez qu’il n’existe plus de nation constituée au sein de l’Europe, et là, il est possible que nos points de vue se rejoignent par effet de la logique et du constat.

    En attendant ce n’est pas la réalité.

    D’autre part des frontières ne suffisent pas à une politique migratoire, elles sont juste un point de repère dans l’espace, auquel l’ajout de barbelés ne signifie pas grand chose d’efficace.

    Une politique migratoire s’appuie sur une volonté politique (généralement traduite dans les textes de lois) de contrôler l’immigration illégale.

    S’il n’y a pas de capacité de contrôle de l’immigration (par exemple en faisant appliquer déjà les textes de lois) ce n’est pas vraiment la peine de parler aux gens de « politique migratoire » car celle-ci n’existera alors que sur le papier et sera inapplicable dans la pratique. A moins qu’il ne s’agisse d’un moyen détourné d’accueillir toute personne qui le désire, tout en faisant croire aux gens qu’il y aurait quelque part une forme de fermeté vertueuse.

    A partir de là, chacun peut juger comme il veut et souhaiter le commencement d’un débat sur l’immigration. Mais tant qu’il n’y a pas de capacité de contrôle, tout débat sur l’immigration est parfaitement oiseux d’un point de vue politique, puisqu’à partir de ce moment les populations légales sur un territoire, immigrés légaux et nationaux sont mises devant le fait accompli.

  • « Chacun sait que ces populations ont une autre culture et, majoritairement, une autre religion, notamment cet islam qui fait si peur aujourd’hui. « – See more at: http://www.ichtus.fr/le-bon-samaritain-ne-rase-pas-gratis/#sthash.zirrv6Kz.dpuf (Guillaume de Prémare.) Je n’ai pas les moyens d’investigation pour enquêter auprès de ces populations et vérifier le bien fondé ou non de mon affirmation: parmi les réfugiés qui arrivent en ce moment de Syrie il se pourrait bien que bon nombre d’entre eux n’aient plus envie d’entendre parler d’islam pendant une ou deux générations.

  • J’ai regardé tout à l’heure une interview de François Gemenne, spécialiste des questions migratoires. Ses propos vont dans le même sens que ceux de Koz. Je ne peux qu’adhérer. Nous sommes en effet face à une situation compliquée à laquelle il faut faire face sans peur et sans jouer à se faire peur. La France en a vu d’autres et l’Europe a été créé au départ avec des sentiments très louables. Alors, n’ayons pas peur de nos bons sentiments. Et puis, sachons écouter le pape François qui dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. Chose rare. Il est un exemple pour nous tous, catholiques ou non.

  • Les frontières européennes sont à la charge de Frontex dont on n’entend plus parler depuis cet été. Le budget annuel de Frontex tourne autour de 90 millions d’euros.

    Sa mission sur la Méditerranée (Triton) est de sauvegarder les frontières et non de faire du sauvetage car il n’en a pas les moyens financiers. Pourtant, dans l’ordre des priorités, les noyades sont plus effroyables que les flots terrestres de migrants qui ne sont plus en danger. Répartir les migrants en quotas (comme si on parlait de containers), est-ce vraiment un objectif prioritaire ?

    Avoir une politique migratoire européenne humaniste serait de sauver les naufragés. Mieux, d’aller chercher les candidats dans les camps de réfugiés pour éviter les drames et l’enrichissement des passeurs et ce, dès maintenant.

    On en est très loin. La politique migratoire européenne est défensive et consiste à se servir quand ça arrange et à refiler le surplus aux pays de l’est (par la menace de sanction financière), aux pays limitrophes qui ne sont même pas dans l’Europe (Macédoine, Serbie) et à l’intérieur des pays, aux toujours mêmes territoires qui verront la misère s’ajouter à la misère.

    Placée dans cet entre-deux, l’UE peut évoluer vers une politique migratoire plus dure. Si les migrations sont en effet inéluctables, votre TINA : « ce serait pour le coup un véritable déni du réel, un fantasme coupable, que d’imaginer que nous allons endiguer les migrations » (je vous cite) n’est pas plus valable que le TINA originel de Mme Thatcher.

    En effet, il est possible de transformer « l’Europe utile » en forteresse en abandonnant les pays de l’est et la Grèce qui se retourneront sur la Russie et en formant des zones tampons entre eux et nous. C’est une logique de guerre comme celle qui existe déjà en Syrie et un peu partout.

    N’oublions pas que la situation syrienne est née d’un désaccord majeur entre le régime et une partie de sa population. Les Français sont très réticents, les politiques, tout à leurs petites combines électorales, sont incapables de les rassurer. Et comment leur donner tort ? Les faits sont en contradiction terrible avec les discours. Ainsi, puisque vous êtes sur Paris le 25, peut-être pourriez-vous passer porte de St Ouen. Les familles syriennes qui sont logées dans des tentes sur cette entrée du périph’ sont là depuis plusieurs mois dixit Le Monde. Paris, une des villes les plus riches du monde n’est même pas capable de reloger cette poignée de femmes et d’enfants arrivés ici bien avant le flux massif de cet été.

  • Si on pouvait arrêter d’utiliser l’image du petit Aylan pour faire valoir l’accueil des migrants, cela serait bien. Aylan n’est pas mort parce que l’Europe n’a pas accueilli sa famille, il est mort parce que son père a voulu rejoindre l’Europe sur un bateau de fortune. Vous pouvez ouvrir grand vos frontières, vous n’empêcherez pas ce genre de drame, à moins d’installer une flotte de bateaux européens pour transporter ces personnes depuis la Lybie, Syrie, Turquie, Maroc, etc … (désolé, je me répête). Et merci de nous donner la possibilité de commenter !

  • Un petit graphique sur la composition des migrants et des demandeurs d’asile vers l’Allemagne

    http://www.faz.net/aktuell/politik/fluechtlingskrise/fluechtlinge-wer-kommt-da-eigentlich-zu-uns-13812517/infografik-herkunftslaender-13811220.html

    Pour les germanophones, le contenu de l’article aussi très intéressant coté demandeurs d’asile : deux fois plus d’homme que de femmes, 50% entre 16 et 35 ans, 70% de musulmans avec des réalités de pratique très différentes , des syriens plus éduqués que la moyenne…

  • Dites, rien à voir (quoique : tout est lié), mais qu’est-ce que ça a donné, maître, votre recours contre la RATP sur les pubs Gleeden dans le métro ?

    Je demande ça parce qu’on en revoit ces jours-ci (certaines étant mystérieusement arrachées juste après mon passage).

  • J’adhère totalement au billet de Koz et tous vos commentaires dans ce sens. On pourrait épiloguer des heures, de jours…..et pendant ce temps là le migrant mon frère crève de faim. Certaines images sont insoutenable, mais il faut les voir, on ne peut pas se cacher la face!! Il est vrai que ce problème de migrants nous tombe en pleine g…., que les politiques essayent de « gérer » mais pour ma part cela ne me suffit pas. Il faudrait un Abbé Pierre pour secouer nos consciences, pour créer un système d’aide parallèle où nous pourrions donner le surplus de nos frigos, de nos vêtements voire de nos salaire et logements. Cela pourrait multiplier l’aide des Etats, je suis persuadée que je ne suis pas la seule à penser ainsi mais où est cet Abbé Pierre?

  • @ Marie-Hélène,

    Notre curé a pris contact avec le maire, et pour les paroissiens, a fait un questionnaire : Voulez-vous que la paroisse accueille une famille de réfugiés? si oui, comment pensez-vous participer? démarches, finances (combien par mois?) traduction, bricolage, cours, logement, autres? (exemple : le matériel ; qui a un lit en rab, un frigo, un four, qui a des trucs de bébé? etc.) il voit avec la mairie pour un logement. et il a bien précisé que c’est un engagement long, du style deux ans.

    Voilà, ce n’est pas national, ce n’est pas l’abbé Pierre. Mais si vous appartenez à une paroisse ceci peut se faire. si vous n’êtes pas d’une paroisse, peut-être par le biais d’une action d’un groupe scolaire…

  • Bonjour Maître,

    Je ne comprend pas votre position, qui est certes majoritaire dans ce pays, et qui me semble être résumable par « un enfant est mort, ils viendront de toute façon, alors autant les accueillir ».

    Accueillir tout le monde, sans même parler des effets sur le pays d’origine ou d’accueil (je reconnais que c’est le dernier point qui me préoccupe, notamment en raison du changement de population que je constate souvent dans les transports), n’est-ce pas inciter les gens à traverser? Dit autrement, si un distributeur de visa était installé à Lampedusa, est-ce qu’une seule personne serait dissuadée de passer? ou n’est-ce pas une politique qui mènera à l’exact opposé de l’intention initiale?

    Je préférerais une politique d’accueil temporaire, où les réfugiés sont reçu comme des hôtes, avec tous les droits et devoir que cela suppose (s’ils veulent faire médecine ou ingénieur, on leur paye, ils doivent recevoir un toit et de la nourriture de qualité, etc), mais avec vocation à partir dès la fin de la guerre, ou dans les deux années suivant la fin. Y compris si l’arrivée massive de réfugiés nécessite des mesures d’austérité ou de travail supplémentaire pour le pays (en produisant plus, il peut y en avoir assez pour tout le monde, et l’effort des français est justifié par la mise hors de danger de nombreuses personnes). Et le tri entre les réfugiés et les migrants économiques (à 10% de chômage, je doute qu’il y ait un besoin urgent de travailleurs) devant se faire sur l’autre rive de la méditerranée, pour éviter les traversées sauvages. Quant aux clandestins, formule 48H : navire de secours, visite médicale, côte de bœuf hallal pour reprendre des forces, nuit à l’hôtel et avion vers le pays d’origine.

    Une telle option est certes à l’opposée de la votre, mais les deux me semblent entrer dans le cadre des réponses possibles chrétiennement,

    Cordialement,

    Simon

  • @ Gwynfrid: Par migrants économiques, il faut surtout entendre les personnes qui ont les moyens de vivres dans leur propre pays mais qui viennent en France à l’étranger. Ce qui est différent de ceux qui fuient la pauvreté et la misère. La situation que j’ai décrite est surtout celle qui est dénoncée par une majorité des Français. Un récent sondage (bien qu’il faille le prendre avec prudence) rapporté par le Figaro (voir le lien: http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/09/03/01016-20150903ARTFIG00042-une-majorite-de-francais-hostile-a-l-accueil-des-migrants.php) rapporte que 56 % des Français sont opposés à l’accueil des migrants. Il y a deux raisons qui expliquent cette opposition. D’un côté, le chômage de masse dont ils sont victimes et dont ils ont l’impression que le gouvernement ne fait rien mais il est plus enclin à trouver du travail aux étrangers. Ils le vivent donc comme une injustice, ce qui ne néglige pas le fait que certains ne veulent pas faire des travaux qui les gênent. De l’autre, c’est plus une question culturelle car ils craignent l’infiltration de djihadistes étant donné que la majorité d’entre eux sont musulmans. Raison pour laquelle les chrétiens d’Orient et les Yézidis sont mieux perçus qu’eux. On peut ne pas être d’accord ou non mais comprendre ces deux raisons permet d’aborder le débat d’une autre manière sur l’accueil des migrants. Actuellement, on nous dit que nous devons faire des économies sur la dépense publique mais ce sont plusieurs millions d’euros qui sont débloqués pour les migrants. Forcément, cela ne peut qu’alimenter les propos sur un deux poids deux mesures entre Français et étrangers.

  • Permettez-moi, mr Simon, de relever quelques erreurs d’analyse qui du coup vous mènent à des « solutions » qui n’en sont pas…

    Un distributeur à Lamepdusa ne dissuaderait personne, mais des grillages non plus. Pour « dissuader » un migrant, il faut la paix et la prospérité dans son pays, et aussi pour lui-même. Quant à l’intention initiale, on peut certes s’inquiéter des « effets sur le pays d’accueil », pour ma part je m’inquiète aussi du risque vital pour ceux qui fuient la guerre et la pauvreté. Donc l’intention pourrait par exemple être d’assurer un accueil digne à ceux qui ne peuvent plus vivre chez eux.

    Cette idée certes théorique se heurte à la réalité. Tout d’abord, laissez-moi vous signaler que de nombreux migrants économiques arrivent avec l’idée de rentrer chez eux au bout de quelques années, quand ils auront « réussi », et ce sans qu’aucune politique ne les y incite. Pourtant la plupart ne le font pas, parce que justement les conditions d’un retour ne sont pas là : leur « réussite » en France n’est pas suffisante pour qu’ils puissent rentrer au pays avec suffisamment d’argent et/ou de diplômes pour être bien accueillis par leurs familles. Pour ceux qui fuient la guerre, là encore il y a de fortes limites. Les guerres peuvent durer très longtemps, et lorsqu’elles s’arrêtent elles laissent le pays détruit. Pendant ce temps, le réfugié a construit sa vie en France (ou ailleurs), il a pu se marier, avoir des enfants qui parlent français et vont à l’école, créé des liens amicaux, trouvé un travail, il s’est habitué à un certain confort (qui n’est pas celui d’un pays d’après-guerre), il a aussi changé et se sentirait sans doute un peu étranger à son propre pays d’origine. C’est pourquoi si certains en effet rentrent, cela reste un choix personnel et là encore aucune obligation ou incitation politique ne suffira à faire rentrer une personne qui a reconstruit sa vie en France (ou ailleurs). Combien de juifs émigrés aux USA sont rentrés en Europe après la guerre de 39-45?

    Détrompez-vous, même à 10% de chômage il y a un besoin urgent de travailleurs, ça n’est un secret pour personne, il y a en France des métiers que les résidents français ne veulent pas faire. Du reste il faut dire aussi que la migration clandestine et le manque de moyens de contrôle (et de volonté) font que les migrants clandestins comme les réfugiés légaux (et donc légalement interdits de travailler) sont une aubaine pour les entrepreneurs qui préfèrent un travailleur au noir qu’un travailleur déclaré. Pour l’autre rive de la Méditerranée, et le « tri », outre que vous parlez d’Humains comme de bétail, sachez d’abord qu’il se fait (allez voir un peu au Maroc…), que la frontière entre migrant économique et réfugié est souvent mince. Et qu’on évite pas les traversées sauvages. Une personne qui se considère comme « morte » si elle reste en Afrique n’a pas grand-peine à risquer la mort en Méditerranée. Je me permets aussi de vous signaler que l’opportunité du « tri » relève de la souveraineté de chacun des Etats concernés, comme le choix d’une politique migratoire relève de la nôtre. Rassurez-vous, la France et l’Europe exercent une pression discrète mais très efficace pour que cette souveraineté accepte « librement » de faire le tri ou d’accepter l’installation dans leur pays des migrants que nous ne voulons pas, et ce malgré le fait que les marocains ne sont ni plus riches ni plus heureux que nous de voir débarquer tous ces migrants. Mais comme ils sont pauvres et du mauvais côté de la mer, on (l’Europe) ne leur laisse pas le choix.

    Manque de réalisme là aussi : il faut beaucoup plus de 48 h pour savoir si une personne est clandestine ou pas, surtout si elle est en détresse sur un bateau . Et je crois que vous sous-estimez le coût d’une telle pratique, en prix de nuits d’hôtel et d’avion, même pleins. Ma sympathie pour les migrants ne va pas jusqu’à tolérer les clandestins, et pour ma part je partage avec vous le fait que les procédures de demande d’asile devraient être beaucoup plus rapides (ce qui coûte cher) afin que les déboutés expulsés le soient assez vite pour ne pas vivre un double exil, mais il faut admettre que le coût du renvoi, quelque soit les moyens, est prohibitif.

    Enfin, au cas où ce détail vous importerait, sachez que de nombreux migrants économiques sont chrétiens, ce qui d’ailleurs est l’une des raisons qui expliquent que des pays comme le Maroc où l’Algérie se plaignent de leur nombre et se laissent aller à des pratiques policières assez honteuses…

    Bref, continuons la réflexion en restant si possible conscients qu’on parle d’humains libres et égaux. Et puis cessons d’avoir peur et … de nous cacher !! On peut accueillir les migrants, et on a aussi le droit de leur apprendre (lentement et calmement) ce que nous sommes, et dont nous pouvons être fiers et nous réjouir (depuis notre histoire chrétienne jusqu’aux valeurs de la République)!!

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