Banques, régulation, libéralisme et toutes ces sortes de choses

Dans une économie libérale, la faillite n’est pas un bug, elle est une fonctionnalité. Elle incarne la destruction créatrice qui, dans un processus darwinien, élimine les entreprises devenues inefficaces pour laisser la place à d’autres, plus performantes, plus innovantes. Peut être plus important, elle représente le risque, le revers de la médaille, la contrepartie indispensable au profit. Sans le risque de perdre, la quête du profit n’est pas seulement immorale, elle devient inefficace.

Quand une entreprise fait faillite, les créanciers ou actionnaires perdent leurs avoirs à due proportion de leurs potentiels de rofit. Les salariés sont payés de tout ce que l’entreprise leur doit ; s’il reste quelque chose, les fournisseurs sont servis ensuite, puis les banquiers, puis les actionnaires. Dans la plupart des cas, le capital est irrémédiablement perdu et les actionnaires ne récupèrent rien. C’est très bien ainsi, c’est dans la nature des choses : l’essentiel du risque est porté par l’actionnaire et c’est aussi lui qui reçoit l’essentiel du profit si les choses vont bien.

J’ai le sentiment d’asséner des évidences, mais elles sont un point de départ important. Elles expliquent notamment pourquoi, dans les sociétés commerciales, le pouvoir réside (ou devrait résider) dans les mains des actionnaires. Ce sont eux qui prennent les risques, ce sont eux qui contrôlent la direction de la barque.

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Les banques sont des entreprises particulières parce que leur faillite peut entraîner des conséquences dommageables pour un autre type d’acteur : les épargnants. Les dépôts des épargnants ne doivent pas être perdus car ils ne bénéficient d’aucune rémunération du risque. L’actionnaire peut perdre son investissement, le prêteur ses créances, ce sont des risques acceptables, tolérables, avec lesquels nous savons vivre, pour lesquels les créanciers ont été rémunérés. Mais l’argent qu’on met sur son compte en banque doit être sécurisé, les économies de toute une vie ne doivent pas être balayées par l’erreur d’un banquier, ce serait inacceptable.

Cette volonté de protéger les dépôts des épargnants, pour indispensable qu’elle soit, a conduit les politiques à mettre en place des régulations qui ont eu pour but d’éviter les faillites bancaires. Tout ceci partait d’un bon sentiment, mais ça a eu des conséquences à long terme spectaculaires. Car en réduisant le risque de faillite pour les banques, on a enlevé un pied au diptyque risque-profit et profondément déséquilibré le système.

La première démarche, qui apparaît aujourd’hui comme pleine de sagesse, a été de forcer les banques de dépôts à réduire à la fois leurs risques et leurs profits. Le Glass-Steagall Act instauré en 1933 forçait les banques à choisir leur camp, soit elles acceptaient les dépôts et elles devaient se contenter d’activités à faible risque telles les prêts commerciaux, soit elles voulaient pouvoir investir en bourse et prendre plus de risque, mais elles devaient alors renoncer à recevoir les dépôts des épargnants.

Ca a marché assez longtemps, mais avec l’innovation financière et le développement de produits financiers de plus en plus sophistiqués, la distinction entre prêt et investissement est devenue de plus en plus floue. Accessoirement, la frontière rigide entre les deux types de banques créait une forme de cartellisation et réduisait la concurrence avec les conséquences habituelles en termes d’inefficacité et de rentes. Enfin, le Glass-Steagall Act régissait les banques américaines et elles seules alors que leurs concurrentes étrangères avaient les mains libres. Les Américains ont donc allégé Glass-Steagall pour finalement le répudier en 1999.

Parallèlement, et c’est sans doute beaucoup plus important, les banquiers ont progressivement réussi à convaincre les autorités qu’il y avait une autre raison de les empêcher de faire faillite. Les banques seraient tellement interdépendantes et essentielles au fonctionnement de l’économie que la faillite de l’une entraînerait la chute de tout le système financier ce qui asphyxierait l’économie. Comme elles se prêtent les unes aux autres, le défaut de l’une frapperait ses créancières ce qui pourrait entraîner un effet domino. Enfin, le spectre de la crise de 1929 exacerbée par les faillites bancaires a achevé d’ériger en dogme le principe de la non-faillite des banques.

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Le ver était dans le fruit. Les autorités sont progressivement entrées dans une spirale de réglementation de plus en plus fine, de plus en plus profonde de l’activité des banques. Ratios prudentiels à respecter, muraille de Chine à ériger, conflits d’intérêts à éviter, exigences d’information, normes comptables toujours plus complexes…

Paradoxalement, cette réglementation servait l’intérêt des banques. D’abord parce qu’elle tapait beaucoup trop large. Au lieu de se focaliser sur l’objectif de protéger les dépôts des épargnants, elle était conçue pour éviter la faillite des banques. Le régulateur s’est mis à considérer comme sa mission de réduire le risque de défaut des banques. Progressivement, le risque s’est donc déplacé des banques vers la collectivité.

L’autre conséquence de cette profusion réglementaire a été de transformer pour les banques une obligation de résultat en obligation de moyens. Elles n’étaient plus obligées de gérer leur business sainement, il suffisait d’être en conformité avec la myriade de réglementations applicables. Alors qu’il devrait être de la responsabilité de chaque acteur économique d’inspirer confiance, les banques ont fait en sorte que le régulateur leur décerne des brevets de confiance. Dès lors qu’elles satisfaisaient à la réglementation, elles étaient sensées être propres.

Le décor était planté. Ayant réussi à refourguer l’essentiel de leur risque et de leur responsabilité sur l’ensemble de la société via le régulateur, les banques allaient connaître deux évolutions parallèles exceptionnelles.

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L’asymétrie des rémunérations et l’inversion de la pyramide hiérarchique

Le transfert du risque sur la communauté a cassé le lien entre profit et risque. On est passé de « pile je gagne, face je perd » à « pile je gagne, face tout le monde perd » ce qui ressemble fortement à « pile je gagne, face je ne perd pas grand chose ». Cette asymétrie de la rémunération a naturellement incité les acteurs à augmenter leurs prises de risque. Les traders touchent un pourcentage des profits qu’ils font réaliser à leur banque, mais le pire qu’il puisse leur arriver en cas de contre-performance, c’est d’être virés. Si, à la roulette, vous gagnez quand le noir sort mais vous êtes simplement exclu du casino si la bille s’arrête sur le rouge, vous allez vite comprendre que vous avez intérêt à augmenter vos mises.

Cette asymétrie des rémunérations se retrouve à tous les étages hiérarchiques. Les dirigeants reçoivent des stock-options qui payent en cas de performance et ne valent rien (mais ne coûtent rien) en cas d’échec ; ils sont eux aussi incités à prendre plus de risque. Et les actionnaires eux-mêmes risquent leur mise ; mais la mise est limitée quand le profit est potentiellement infini. Et si le régulateur fait tout pour réduire le risque…

Autre effet secondaire important, on a vu que le pouvoir des actionnaires repose essentiellement sur le risque qu’ils encourent. Si ce risque disparaît, le pouvoir dérive entre les mains des dirigeants qui sont capables de générer le plus de profits. Et les mêmes causes produisant les mêmes effets, les dirigeants voient le pouvoir leur échapper au profit des traders stars qui gagnent le plus d’argent. Les banques sont les seules entreprises où le patron n’apparaît pas parmi les 10 personnes les mieux payées. Cela peut paraître paradoxal mais les salles de marché sont de nos jours ce qui ressemble le plus à de l’autogestion. Les histoires de Nick Leeson en 1995 ou de Jérôme Kerviel en 2008 sont des conséquences directes de cette inversion hiérarchique.

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La fabrique du risque et la destruction du sens.

Les rémunérations asymétriques ne sont pas l’exclusivité du monde bancaire. Les stock-options, les parachutes dorés existent dans toutes les industries et cela n’a pas d’effet pervers d’une telle ampleur. J’y vois deux explications. La première est que les banques sont les seules à avoir réussi à transférer l’essentiel de leur risque de faillite sur la collectivité ; l’asymétrie des rémunérations y est plus forte que dans les autres secteurs. La seconde est que la finance de marché est le seul secteur qui soit capable de créer du risque synthétique, le packager, le refourguer à des tiers, et prendre sa commission au passage.

Et c’est exactement ce qui s’est passé. D’abord les dérivés dans les années 80 puis la titrisation dans les années 90-2000 ont été des outils de plus en plus perfectionnés de manipulation du risque. Entendons nous bien, ces instruments ne sont pas intrinsèquement nocifs ; les dérivés peuvent permettre de se prémunir contre un risque et la titrisation améliore la liquidité ce qui permet une meilleur allocation des financements. Mais entre les mains de personnes qui avaient un intérêt objectif à augmenter le niveau de risque, ces techniques ont eu un effet redoutable.

J’ai en principe beaucoup de respect pour le métier de banquier. C’est un métier noble car il réduit le risque et crée du sens. Prêter à une entreprise pour l’aider à financer son exploitation, c’est réduire son risque en lui donnant des marges de manœuvre. C’est également créer du sens car le banquier va sélectionner les projets qu’il soutient et ne prêter qu’à ceux qu’il pense viable.

Mais les banques ont changé de métier. Investment banking, le terme sonne comme une mauvaise plaisanterie. Ces gens ne sont plus des banques et n’investissent pas. Elles récupèrent les prêts de tiers, les découpent, les reprocessent, les repackagent et les revendent à d’autres. Les banques sont devenues des négociants en risque. Regardons les revenus des banques : les produits d’intérêt sur prêts sont devenus marginaux, l’essentiel des revenus provient de commissions. Regardons les bilans des banques : les prêts et investissements sont devenus minoritaires, l’essentiel de l’actif est constitué de trucs bizarres, Asset-Backed Security, Collateral Debt Obligation…

Car avec le risque sont venus la complexité et l’opacité. Si on veut refourguer le risque, il convient de faire en sorte que le client ne réalise pas que le produit qu’il achète a été fabriqué à partir de matière première radioactive. Là-dessus la régulation a eu un double effet pervers.

Elle est toujours en retard d’une guerre car les gens qui mettent en place les règles sont infiniment moins nombreux et moins bien payés que ceux qui, pour les banques, trouvent les moyens élaborés de contourner les règles. La réglementation limite le levier (ratio entre engagements et fonds propres) à 12 ? Qu’à cela ne tienne, on va construire une usine à gaz pour sortir nos engagements de nos bilans et respecter formellement le ratio de 12 quand le levier réel est de 40, 50 ou même 60. Résultat des courses, le levier n’est pas limité, mais la complexité a augmenté.

Elle crée aussi un faux sentiment de sécurité, de respectabilité. Généralement, on évite de vendre des choses trop compliquées aux clients, ça les rend suspicieux, ils se méfient et finissent par refuser. Mais ici, les produits sont proposés par les banques, les entreprises les plus régulées de la planète, le produit a reçu le blanc-seing des autorités de marché et des agences de rating. Les comptes ont été certifiés par les auditeurs. Il faudrait être paranoïaque pour se méfier non ?

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Alors ça a pété. Plutôt qu’alourdir encore un billet déjà très long, allez voir la petite BD qui a circulé et que Rue89 a aimablement traduite. Elle réussit le tour de force d’expliquer les choses aussi clairement que possible tout en étant assez ludique.

Ca a pété sur l’immobilier mais on aurait tort de croire que la principale cause est la bulle immobilière ou la baisse des taux d’intérêts. Les asymétries de rémunération, les incitations à créer du risque sont les vraies causes fondamentales. L’immobilier était un point faible alors c’est là que ça a pété. Mais si l’immobilier avait été plus solide, ça aurait pété un peu plus tard sur un autre sujet : le crédit à la consommation, les créances commerciales, le leasing industriel… De même qu’en cas d’orage, la foudre tombe sur le point le plus haut, mais si on enlève ce point haut, elle tombera un peu plus tard sur le point juste un peu moins haut.

Je ne vais pas expliquer comment sortir de la crise actuelle parce que je n’en ai pas la moindre idée. Ce qui m’intéresse c’est après la crise. Comment modifier le système, comment faire évoluer la réglementation pour éviter un remake.

Beaucoup de commentateurs critiquent la cupidité des financiers. Ils n’ont pas tort mais ça ne fait pas avancer le schmilblick. La nature humaine est malheureusement ainsi faite. Il est vertueux de tendre à l’améliorer mais il serait déraisonnable de fonder un système de réglementation sur l’espoir d’y parvenir.

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Alors quelles réglementations pour demain ?

Bien sûr, le premier réflexe est d’interdire purement et simplement les instruments par lesquels le scandale arrive : titrisation, dérivés, toute future innovation financière… Ce n’est pas satisfaisant car ces techniques ne sont que des outils qui peuvent être utiles par ailleurs. D’autre part, renoncer à l’innovation c’est se condamner à l’ignorance et à la vulnérabilité quand une variante des ces techniques passera à travers des mailles du filet.

On peut souhaiter revenir à Glass-Steagall, interdire aux banques de dépôt de participer à des transactions risquées. Mais la crise actuelle est justement liée au fait que des gens qui croyaient acheter des actifs propres se sont fait refiler des produits frelatés.

On peut rendre plus répressive la réglementation actuelle, ajouter des ratios, des contraintes, des obligations nouvelles. Mais comment s’assurer qu’on réussira là où on a échoué ? Les banques auront toujours des équipes plus nombreuses et mieux payées pour réfléchir à des moyens de contourner les règles. Tant qu’elles auront intérêt à le faire, la situation sera instable.

Enfin, on parle d’augmenter fortement le taux maximal de l’impôt sur le revenu. Cela tient la route car ça réduirait l’asymétrie des rémunérations. Mais ça ne la ferait pas disparaître. Et ça arrose trop largement en dissuadant les hauts revenus « légitimes ».

Pour moi, il faut changer complètement de logique et cibler les causes profondes plutôt que leurs conséquences. Il faut remettre entre les mains des banques la responsabilité de rassurer leurs contreparties. La défiance actuelle à leur égard est finalement assez saine, pourquoi devrait-on faire confiance à quelqu’un qui a des choses aussi tordues dans son bilan ? C’est la confiance aveugle qu’elles inspiraient jusqu’à présent qui était malsaine. C’est cette confiance qui a rendu possible le gonflement de la bulle. Et cette confiance était le fruit d’une régulation mal conçue. Jusqu’à présent, les banques étaient incitées à augmenter le risque, il faut faire en sorte qu’elles soient incitées à le réduire. Il ne faut plus chercher à éviter les faillites bancaires mais faire en sorte qu’une telle faillite n’ait pas de conséquences dommageables. Il faut protéger les dépôts des épargnants pas les banques elles-mêmes.

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Tout ça c’est bien joli, mais comment on fait ?

Voici une piste de réflexion concernant un des aspects de la réglementation : les normes comptables. A peu près tout le monde est d’accord pour dire que les normes comptables en vigueur aujourd’hui sont insuffisantes et ne permettent pas d’évaluer correctement les instruments financiers sophistiqués. C’est extrêmement difficile car ces produits sont souvent très risqués, leur valeur terminale pouvant varier considérablement en fonction de diverses conditions de marché. Pour faire simple, un produit peut valoir 100 millions un jour et avoir une valeur négative de 100 millions le lendemain parce que les conditions de marché ont changé.

Je vais vous épargner les débats techniques sur les mérites comparés des diverses méthodes comptables d’évaluation de ces produits car elles sont toutes grossièrement et fondamentalement fausses, et le seront toujours. L’idée même de vouloir donner une valeur fixe à quelque chose qui fluctue autant n’a absolument aucun sens.

Imaginons qu’on demande à trois experts le prochain tirage d’une roulette. Monsieur « Historical Value » nous dit : c’est le 32 qui va sortir car c’est le 32 qui est sorti au coup précédent. Monsieur « Mark to Model » nous dit : c’est le 18 qui va sortir car c’est la moyenne entre 0 et 36. Monsieur « Mark to Market » nous dit : c’est le 27 qui va sortir car j’ai trouvé quelqu’un qui voulait bien parier sur le 27 avec moi. Ces trois réponses sont absurdes et la question elle-même est biaisée. Personne ne connaît l’avenir. La seule réponse raisonnable est : n’importe quel numéro entre 0 et 36 avec équiprobabilité.

Donner une valeur fixe à quelque chose qui varie autant n’a pas de sens. De plus c’est extrêmement trompeur, précisément parce que cela masque le risque. Si je dis qu’un produit qui peut varier entre -100 millions et +100 millions a une valeur de 1 million, je ne donne pas seulement une réponse fausse, j’occulte complètement le fait qu’il peut faire perdre 100 millions.

Alors, quelles normes comptables pour les instruments financiers ? Que répondre à une banque qui demande comment elle doit comptabiliser ses produits ? La réponse que devrait avoir le régulateur est très simple, elle tient en 2 mots :

Démerdez vous.

Personne ne force les banques à manipuler des produits toxiques. C’est elles qui ont choisi de le faire parce qu’elles espèrent en tirer un profit. Pourquoi le régulateur devrait il prendre sur lui de mettre en place les mécanismes leur permettant non seulement d’afficher une valeur (fausse) pour ces produits mais en plus de tromper les tiers en masquant les risques associés ?

Voila ce que pourrait être une norme comptable simple et robuste qui placerait les banques face à leurs responsabilités : comptabilisez les instruments financiers pour le risque maximal qu’ils vous font encourir, libre à vous d’expliquer en annexe pourquoi vous pensez que ce risque maximal ne se matérialisera pas.

Avec une telle règle, les banques devront annoncer des pertes potentielles très importantes dès qu’elles manipuleront des produits complexes. Du jour au lendemain, les gens très intelligents et très bien payés qui jusque là réfléchissaient à la façon de contourner les règles vont devoir consacrer leur talent à expliquer. Il faudra être convaincant, il faudra être clair, il faudra être transparent. Dans beaucoup de cas, la banque renoncera aux produits trop toxiques ou trop complexes car elle n’arrivera pas à convaincre de l’absence de risque. Les banques seront à nouveau incitées à réduire le risque et à créer du sens. Elles redeviendront des banques.

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76 comments

  • Je souligne à toutes fins utiles, pour les distraits, que ce billet émane de Liberal

    Pour ma part, il semble que j’aie un gros bug de commentaire. J’en ai perdu un assez long dans lequel je te remerciais notamment, Lib, pour la qualité de ton billet, et la pédagogie dont tu fais preuve. Moi qui suis tt de même tenté d’incriminer le libéralisme, ton billet minore sensiblement sa responsabilité. Mais ne l’efface pas complètement, toutefois.

  • Juste quelques remarques apres avoir lu rapidement.

    1 – Le lien avec l’immobilier est un lien fort, ces produit financier sont arrive parceque l’immobilier monte. Diminuant ainsi le risque percu, et poussant le banque a etre beaucoup moins regardant. La bulle immo, et la bulle du credit sont lien et se se nourrit l’un et l’autre.

    Je ne penses donc pas que cela soit un hasard que l’eclatement de l’une entraine l’eclatement de l’autre.

    2 – les gouvernements sont reponsables pour une partie de la crise, c’est eux qui ont pousse la bulle immo. Voir Freddie et Fannie aux USA, Buy to Let au UK, Robien en France …

    3 – les regulations sont aussi a l’origine du la bulle poussant les banques a utiliser ces produits. voir VoxEU

  • Beau billet. L’image du « pile je gagne face tout le monde perd » est particulièrement pertinente. Il y a également un changement dans le rôle de l’actionnaire. Dans un monde capitaliste idéal, l’actionnaire a une rémunération éléveée puisqu’il prend des risques élevés. Mais sont nés des montages actionnariaux plus court-termistes et leveragés dans lesquels la rémunération doit non seulement rémunérer rapidement un investissement mais être suffisante pour rémunérer une dette largement supérieure (durant ces quelques dernières années) aux capacités de l’entreprise. Les banquiers LBO vont d’ailleurs souffrir en 2009 avec l’arrivée de grosses tranches in fine à échéance… Par ailleurs, je partage l’analyse sur les banques. Elles sont passées d’un rôle historique de financement d’activité à une activité de spéculation sur la tréso issue des comptes de détails.

  • « les gouvernements sont reponsables pour une partie de la crise, c’est eux qui ont pousse la bulle immo. Voir Freddie et Fannie aux USA, Buy to Let au UK, Robien en France … »

    C’est vrai, comme ça l’est pour les tentatives de régulations, qui sont de fait, des initiatives gouvernementales.

    Mais, pour revenir à Freddie et Fannie, si j’ai bien compris, l’origine des problèmes remonte justement à la violation du principe du « face tu perds » proposé par Liberal. Si je me souviens bien des lectures récentes, ces deux organismes étaient à l’origine un montage strictement publique (d’état) aux visées sociales (et probablement très électoraliste aussi à l’époque) permettant aux plus démunis d’accéder malgré tout à la propriété en offrant une garantie gouvernementale en cas de déficit de l’opération.

    Sauf que, la guerre du Vietnam devenant un gouffre sous Johnson, celui décida de privatiser ces deux organismes MAIS du fait des visées sociales du programme d’origine, de conserver la garantie gouvernementale en cas de déficit. Les actionnaires de ces deux organismes se retrouvant donc de fait dans la position de celui qui peut gagner gros sans rien perdre ou peu en cas de grosses conneries. Et inévitablement, au fil des ans….

  • @Eponymous

    La garantie implicite n’est qu’une partie de l’histoire. Fannie et Freddie on fait de grosse donnation aux politique, les politiques eux les ont utilise pour promovoir l’immobilier pour les pauvres – Subprimes ? -.

    C’est les politiques qui ont pousse FF dans le subprime, de par leur mission ils n’avaient pas le choix …

  • Très bon billet. Mais en même temps, sur l’asymétrie des rémunérations, il est interdit de sanctionner quiconque sur son salaire, sauf faute hyper lourde. Or, prendre des risques sur les marchés, et perdre, fait partie de la gestion.

    Je crois que le Crédit Agricole avait mis en place un système sur les bonus, en gros, sur chaque perte un peu importante, 25% de celle-ci était déduite du bonus du trader.

    @ Koz:

    Tu parles de quelle responsabilité du libéralisme ?

  • @ Polydamas:

    Ma position n’est pas arrêtée. J’ai un sentiment, j’essaie de voir s’il est pertinent ou non. Je ne veux pas développer maintenant, n’ayant pas eu suffisamment le temps d’y réfléchir.

  • Un billet exceptionnel de clarté et d’intelligence ; ça nous change des analyses immédiates, précipitées et creuses de la presse généraliste. Tous les media devraient reprendre ce texte, à la fois d’une profondeur et d’une simplicité bibliques.

    Néanmoins je me pose une question : un type comme Libéral est-il seul de son espèce, n’est-il que bloggeur -autrement dit comment ce regard historique et cette vision de l’avenir ne sont-ils pas partagés par the guys in charge ? Pourquoi ceux qui décident et devraient savoir sont-ils manifestement (ce sont les signaux qu’il envoient en tout cas) incapables de formaliser diagnostic et thérapeutique comme le fait Libéral ? C’est une question dont les réponses telles que je me les formule est effroyable ; c’est autrement plus déroutant qu’une crise financière, quelle que soit son ampleur.

    Merci encore pour ce billet, réconfortant à plus d’un titre.

  • Bonjour.

    Cela fait déjà un certain temps que je suis ce forum, toujours avec plaisir.

    Etant expert-comptable, j’ai apprécié la qualité de ce billet. Je voudrais juste apporter quelques précisions purement techniques.

    Sur la valorisation des actifs. Les normes IFRS tendent à une approche anglo-saxone, c’est à dire très liquidative. On est tenu d’évaluer un actif à la valeur que l’on peut en tirer si l’on devait le vendre tout de suite. Ceci est possible sans trop de problème pour un ordinateur, une chaise, une voiture, commence à devenir plus complexe pour un immeuble, voir franchement délicat pour des usines. Sur les actifs purement financiers, rien à ajouter à ce billet, la valorisation est faite sous la responsabilité des dirigeants avec parfois la fortune que l’on connait actuellement.

    Un autre point est le goodwill, c’est à dire les survalorisations des actifs dans les bilans. Ces survaleurs apparaissent quand une société acquiert une autre société pour une valeur supérieur à la valeur comptable de la société. Ces survaleurs ne sont actuellement pas trop dépréciée dans le temps selon les normes IFRS, donc parfois on se retrouve avec des valeurs d’actifs sans commune mesure avec la valeur réelle. J’ai comme l’impression que ce problème de survalorisation des actifs accentue la crise actuelle. Les sociétés anglo-saxonnes (et donc américaines) n’ayant pas pour habitude de déprécier ces valeurs devenues fictives ou très largement surestimées. Dès lors, voyant le pataquès arrivée, je subodore que pas mal de ces survaleurs sont en train d’être nettoyée, toutes en même temps, car tant qu’à être en perte, autant faire le nettoyage à fond (relire Machiavel à ce sujet qui exhortait à faire tout le mal d’un seul coup, qu’il soit vite oublier, tandis que le bien devait être instillé par petites touches, histoire d’être toujours présent dans les esprits).

    Le point commun entre ces survaleurs, les subprimes et la crise actuelle. A chaque fois les actifs présentés dans les comptes ne reflétaient pas une valeur saine. Quand vient la crise, tout le monde doute car on n’aime pas bâtir sur des sables mouvants, à contrario on n’aime pas non plus investir dans quelque chose dont on ignore la valeur réelle.

    Et maintenant une dernière remarque. Ces problèmes de valorisation ont entrainés des pertes astronomiques, ou vont le faire. Ces problèmes ne sont pas nouveaux, ils éclatent juste aujourd’hui. Mais les pertes d’aujourd’hui ne sont que les bénéfices d’hier (car une réelle évaluation des actifs aurait conduit à une diminution des bénéfices, voir à des pertes). Ces bénéfices ont été distribués, soit sous forme de salaires/primes etc… aux dirigeants, soit aux actionnaires sous formes de dividendes.

    http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006230374&cidTexte=LEGITEXT000005634379&dateTexte=20081010&fastPos=2&fastReqId=2035396206&oldAction=rechCodeArticle

    Il faudra bien se poser à un moment la question de la responsabilité pénale des dirigeants ayant sciemment présentés des bilans erronés. Je n’ai pas la connaissance de la législation pénale aux Etats-Unis, mais je pense qu’un délit similaire doit exister.

  • @Liberal

    ce que vous proposez n’est pas faisable.

    Qu’est ce que le risque maximal? comment vous comptez les edges?

    Il y a deja une grosse partie des banques qui s’occupe d’evaluer le risque et ils ont pas vu ca venir. pas parce qu’ils ne voulaient pas le voir mais parce que rien ni personne n’est omnicient.

    Mark To Market reste ce qu’il y a de mieux pour evaluer la valeur des produits, c’est pas parfait mais il y a pas de solution magique.

    Un Mark to worst scenario me semble largement inadequat. Ca reviendrait a ne jamais preter d’argent a personne parce que vous pouvez perdre votre job …

  • Liberal, bravo pour votre (ton?) article. Moi qui n’y comprends rien (et ne prends pas la peine d’essayer de comprendre mieux), j’ai lu jusqu’au bout, passionnée et enfin éclairée sur les mécanismes de la crise et le paysage qui pourrait se dessiner après.

    J’aime beaucoup le « démerdez-vous » adressé aux banques.

    Nous sommes dans une espèce de mirage collectif dans lequel chacun pense avoir droit à tout et n’être responsable de rien. Une régression infantile dont je suis incapable de déterminer l’origine ou de voir qui a intérêt à nous y maintenir.

    Je pense que la notion de « risque zéro » a infiltré toute la société et s’est cristallisée plus fortement sur certains secteurs. Tout le monde croit (a cru?) qu’on pouvait prendre des risques (dans les loisirs, le crédit, le sexe etc) mais qu’il y avait un parachute, un filet de sécurité, une corde de survie et au pire un Deus ex machina qui nous sortirait sa main invisible pour nous éviter de nous éclater violemment contre le sol en béton de la réalité. Donc que le risque, finalement, n’en était pas un. Et, oups, on découvre tous que si, le risque existe et que la sécurité ne peut être que temporaire et perpétuellement réajustée.

    En diluant la notion de risque à la façon hahnemannienne, on a proportionnellement complètement affaibli et affadi la notion de responsabilité.

    Maintenant que la crise est là, j’espère que cela va amener un certain nombre d’acteurs de la vie économique (banques, institutions mais aussi et peut-être surtout collectivités, états et particuliers) à passer à l’âge de raison et à entamer le chemin vers l’âge adulte.

    Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir…Tu seras un Homme, mon fils.
  • @ Liberal:

    Je joins ma voix au concert de louanges, il s’agit d’un billet remarquable de pédagogie et de rationalité dans un contexte qui en manque singulièrement. Petit commentaire sur les conclusions/recommandations, pour le plaisir de la discussion, et en aucun cas pour celui de la contradiction. Je n’ai moi-même a ce stade aucune d’idée de propositions de réglementation (sinon je serai déjà au G8 a Washington).

    « les banques devront annoncer des pertes potentielles très importantes dès qu’elles manipuleront des produits complexes ». En premier lieu, il convient de noter que c’est déjà ce que les banques font. C’est le principe de ce que l’on appelle des provisions prévisionnelles. Ce sont d’ailleurs ces provisions qui ont récemment été reprises dans un contexte économique favorable (jusqu’en 2007 en gros), conduisant a l’exceptionnelle santé de certaines banques avant la crise. En second lieu, j’ai un problème avec l’idée que la complexité est synonyme de risque. D’abord, qui sera l’arbitre qui va définir ce qu’est un produit financier complexe ? Ensuite, il est malheureusement évident que la complexité n’est pas le critère du risque. Par analogie, prendre l’avion est moins risqué que prendre une voiture, pourtant la complexité est autrement plus élevée. Dans le domaine financier, on le voit bien dans cette crise des subprimes. Ce qui fait défaut et conduit a des pertes aujourd’hui, c’est le prêt immobilier, dont la complexité est quasi-nulle dans l’univers financer. Inversement, il y a des tranches de titrisation qui sont incroyablement complexes, et qui présentent aujourd’hui un profil de risque pourtant très limité.

    « comptabilisez les instruments financiers pour le risque maximal qu’ils vous font encourir ». La règle de comptabiliser a valeur nulle les instruments financiers est une idée tres intéressante en soi. Une sorte de comptabilité a l’achèvement en sorte : pas de valeur avant le remboursement final d’une certaine manière. Mais comment l’appliquer pour un modèle bancaire ? C’est ce que vous appelez le risque maximum. En gros, tout prêt doit des le départ être d’une valeur nulle, et la banque n’empoche de profit que lorsqu’il y a remboursement final ou vente bénéficiaire. Pour mieux saisir, il faudrait creuser la comptabilité des grands groupes industriels en charge de grands projets et voir qu’elle est leur comptabilité sur ces sujets. Cette règle aurait le mérite de pouvoir s’appliquer aisément aux instruments financiers non adossés au crédit (les opérations de marchés type swap, option).

    « libre à vous d’expliquer en annexe pourquoi vous pensez que ce risque maximal ne se matérialisera pas » & « les gens très intelligents et très bien payés qui jusque là réfléchissaient à la façon de contourner les règles vont devoir consacrer leur talent à expliquer. » Petite digression pour illustrer le propos: il y a 40 ans, Citroën détenait des immobilisations (des terrains dans Paris, ceux du quai de Javel) qui avaient été pleinement amorti au cours des ans. Leur valeur comptable était nulle alors que leur valeur intrinsèque était immense (la valeur de marché). Citroën a manqué a l’époque de se faire racheter, non pour sa valeur industrielle, mais par des promoteurs immobiliers pour ses terrains parisiens. D’une manière similaire, les banques ne voudront pas courir le risque d’être « trop » conservatrices dans la valorisation de leurs actifs de peur de voir leur profits futurs être achetés pour rien par des concurrents plus agressifs. En poussant plus loin, et avec beaucoup de respect, la règle de valoriser les actifs depuis une valeur nulle plutôt que depuis une valeur maximale, c’est en fait une autre version du problème du « verre a moitié plein et du verre a moitié vide ». Ceux qui donneront l’explication d’une valeur pour ces produits complexes vont de toute façon s’adosser a des modèles de valorisation, aux prix du marché pour ces actifs. Et a nos corps défendant, voici que nous sommes a nouveau repartis pour un tour dans les grandes montagnes russes des marchés !

  • Merci Libéral, c’est vraiment très intéressant et pédagogique. Quand aux propositions : je crois avoir compris que le « démerdez-vous » que tu adresses aux banques n’est pas une option, et ce pas seulement pour préserver les profits et les intérêts de Mr Grossemain. Il s’agit d’éviter l’arrêt de l’économie, tout de même.

    Libéralisme ou pas libéralisme, Koz, je me garderais bien comme toi d’émettre un jugement, même si je me dis que probablement le temps et la réflexion nous permettront plus tard de mieux voir les échecs.

    @Sebastien : sans déconner, des bilans erronés? je n’aurais pas cru, et je dis ça sans ironie. Il me semblait qu’au contraire, les problèmes ont commencé plus ou moisn quand il a fallu intégrer dans les bilans les défauts de paiement sur les subprimes, et par conséquent faire des appels de fonds pour continuer à avoir des liquidités suffisantes au regard des règlements. Et que les gens n’ont pas fini d’être honnêtes dans leurs bilans.

    Maintenant, je m’étonne de ne pas trouver dans ton billet de point sur la responsabilité des Etats-Unis dans cette histoire, et la façon irresponsable dont ils ont géré leur économie. Comment appelle-t-on ça déjà? exhorbitant? Il me semble que tout cela doit être vu aussi sous l’angle des relations internationales. Le déséquilibre en faveur des Etats-Unis les a desservi. Il n’y a pas que les banquiers qui ont été exonérés de responsabilité. Tu penses que ça n’a aucune importance?

  • Super analyse. Plus modestement, j’ai eu le même raisonnement il y a quelques semaines en opposant la notion du « too big to fail » a celle de la prise de responsabilité. Je crois comme toi que cela déséquilibre le système profondément et je suis inquiet au même titre que tu l’es. Cela passera surement pas une sanction très profonde des acteurs fautifs pour qu’ils sentent tout de même « l’odeur du sang »…

  • Le premier point qui me chiffonne dans ce billet est ce recours au darwinisme comme presque « moral », car porteur de progrès. Il faut en finir absolument avec ce genre de métaphores, qui aboutissent à des théories douteuses comme le fameux « darwinisme social ». La théorie de l’évolution implique ce qu’on appelle la « survie des plus adaptés ». Mais, les plus adaptés ne sont pas forcément les « meilleurs ». En économie, les plus adaptés seront les plus efficaces économiquement; or on peut être efficace en magouillant au maximum, en exploitant ces salariés, en trouvant le moyen de s’affranchir des contraintes légales, etc… surtout que l’économie est le règne des gains de court terme. L’expression « destruction créatrice » implique que quelque chose de positif pourra sortir de la destruction : or bien au contraire, la destruction pourra être celle des entreprise ayant les reins moins solides parce que, par exemple, elles ont des préoccupations non directement liées à l’économie (éthiques, etc …). Sur le marché de l’emploi scientifique, je pense par exemple que c’est parfois le cas (regardez par exemple l’histoire du prix Nobel de médecine de cette année, sans une réaction éthique vigoureuse, nos médecins français auraient sûrement été oubliés). Dans la vraie biologie, il y a de vraies régressions sur le plan de la complexité du fait de l’évolution. Il n’y a donc pas de flèche de progrès intrinsèque en biologie. Cette vision est tout droit issue de la pensée biologique du XIXième siècle qui mettait l’homme au sommet de la création, sous l’influence de la pensée chrétienne. Je ne vois pas pourquoi il y aurait une fleche du progrès en économie (en quoi les entreprises d’aujourd’hui sont-elles meilleures que celles d’hier ?).

    Pour le reste, ce qui me frappe depuis le début de cette crise est de voir comment, dans les commentaires sur les blogs, la vision de l’économie semble reposer tout droit sur des concepts scientifiques ressemblant à la physique du XIXième siècle (pour être gentil). Je ne sais pas où en est la recherche en économie, mais les théories économiques qu’on présente ici et là ont un furieux goût de physique d’un autre âge, presque pré-newtonien. Or, depuis, on a eu l’émergence des sciences de la complexité, qui ont montré, justement, comment il était quasiment impossible de comprendre (et donc de contrôler) un système complexe sans outils spécifiques (qui ne sont certainement pas des petites régulations du « flot » des échanges ou que sais-je). La profession de foi des libéraux en l’absence de règles a quelque chose de surprenant compte-tenu de ce qu’on sait (ou plutôt de ce qu’on sait ne pas savoir) maintenant sur ces mêmes systèmes complexes en général (se référer par exemple aux travaux de Bouchaud, médaille du CNRS voir la fin de ce billet ). Ce serait touchant si je n’avais pas l’impression tenace que ce « libéralisme » n’était pas motivé par des raisons fondamentalement morales (et on rejoint cet appel au scientisme darwinien plus haut), elle-même motivées par une vision du monde souvent conservatrice (si les pauvres sont pauvres, c’est parce qu’ils l’ont « mérité »).

  • @Tomroud

    Je suis d’accord avec sur le fait que le lien avec le darwinisme me laisse plutot froid …

    Par contre je peux vous dire que la destruction creatrice ca exsite, et c’est ca qui pousse la croissance. Grossierement les entreprises les moins competitives perdent des part de marche au profit des plus competitives et finissent le plus souvent par disparaitre.

    Je suis sur que vous doutez du faite que les plus competitives restent soient en general bon, mais … ca prendrez trop de temps…

    Sinon votre 2eme point sur les systems complexes, c’est justement le pricipale fondement de la doctrine autrichienne – Mises et plus ou moins Hayek, Friedman -. C’est le principe de non calculabilite, ce qui a fait dire a Mises que l’economie sovietique etait condamne a echoue. Ce ce qui fait dire au libertarien que les regulations ou l’intervention de l’etat ne peut etre qu’innefficace – C’est un position optimiste … –

    PS: En passant la nouvelle theorie de la croissance, prone la destruction creatrice comme moteur de celle ci.

  • Liberal, j’applaudis moi aussi à votre billet, remarquablement clair et étayé. La presse a relaté les événements et montré force photos de traders effondrés, mais n’a pas expliqué grand-chose. Merci donc pour vos éclaircissements.

    Plusieurs points méritent commentaire:

    1) Les actionnaires ont le pouvoir parce qu’ils prennent l’essentiel du risque: en étant taquin, je dirais que ce raccourci donne l’impression que vous n’avez jamais vécu un plan social de l’intérieur 😉

    En termes absolus, sous avez raison. Le risque subi par les salariés n’en est pas moins réel, et son impact économique sur eux bien plus élevé, relativement, que pour l’actionnaire (sauf le cas particulier de l’actionnaire fondateur de l’entreprise pour lequel celle-ci représente une part prépondérante de son patrimoine). La preuve en est que la collectivité fournit une couverture partielle de ce risque, sous forme d’assurance chômage.

    Il serait donc plus exact de dire que le risque du salarié est compensé, plus ou moins adéquatement, par une indemnité de licenciement. Alors que l’actionnaire ne reçoit pas de compensation pour ses pertes.

    2) Les économies de toute une vie ne doivent pas être balayées par l’erreur d’un banquier: oui, sauf si elles sont investies en actions, justement. Chacun est responsable de la répartition de ses économies entre son compte courant, des comptes garantis, et des investissements plus ou moins risqués. A ceci près que l’épargnant individuel est de tous les acteurs le moins bien armé pour évaluer son risque. Conclusion, il est temps de redécouvrir les mérites des… retraites par répartition.

    3) Je suis frappé par l’analogie que vous faites, à deux reprises, entre les activités financières et le casino. De la part d’un quelconque beau parleur à gauche de la gauche, ce serait banal. Mais venant de quelqu’un qui défend bec et ongles le capitalisme et le libéralisme – plutôt courageux par les temps qui courent – voilà qui n’est pas pour améliorer ma confiance dans le système en place.

    4) Même si donner une valeur à quelque chose qui fluctue est une entreprise difficile, vous n’avez pas le choix: la banque doit publier un bilan en fin de trimestre, c’est indispensable pour un minimum de transparence. Vous proposez d’ailleurs une façon, plutôt radicale, de le faire: donner la valeur dans le pire des cas possibles.

    5) En dépit des reproches que vous faites à la régulation, votre proposition est bel et bien une nouvelle règle; celle-ci est plus simple que le maquis réglementaire existant. Comme à toute règle simple, on peut lui faire le reproche d’être trop générale et trop brutale. Je n’en sais pas assez pour avoir un avis sur ce point.

    6) Il me semble que votre analyse dégage les deux faiblesses fondamentales du système: une mauvaise mesure du risque (on croit que ça va toujours tomber sur pile), et l’incitation excessive à la prise de risque (gros gain si ça tombe sur pile, pas de perte si ça tombe sur face). Ne faudrait-il donc pas regarder de plus près la responsabilité des agences de notation d’une part, et les modes de rémunération des acteurs d’autre part ?

    7) Vous ne citez aucune source. Est-ce un oubli de votre part, ou bien votre analyse est-elle solitaire ?

    Malgré ces objections, somme toute mineures, votre billet reste la contribution la plus pertinente que j’aie vue sur le sujet. Merci encore.

  • Gwynfrid a écrit:

    2) Les économies de toute une vie ne doivent pas être balayées par l’erreur d’un banquier: oui, sauf si elles sont investies en actions, justement. Chacun est responsable de la répartition de ses économies entre son compte courant, des comptes garantis, et des investissements plus ou moins risqués. A ceci près que l’épargnant individuel est de tous les acteurs le moins bien armé pour évaluer son risque. Conclusion, il est temps de redécouvrir les mérites des… retraites par répartition.

    Ah bon, le système de la répartition n’est pas en faillite actuellement, et ce bien avant la crise financière.

    La retraite par capitalisation responsabilise le bénéficiaire sur ses choix. S’il prend le risque d’aller en bourse, il peut tout perdre. C’est ce qui va arriver à nombre de gens dans le monde. Mais rien ne l’oblige à choisir une version risquée, il peut prendre des placements faibles et sans risques.

    Par répartition, on ne responsabilise pas le bénéficiaire, il sera payé crise ou pas crise… sous réserve que le système n’ait pas implosé d’ici là.

    Des deux, mon choix est très vite fait.

  • Merci de vos commentaires.

    Sébastien(9) : On est d’accord, dès lors que la comptabilité ne décrit plus adéquatement la réalité, on va dans le mur.

    Arnaud(10) : OK, faisons une exception pour les prêts « vanilla »

    Henri(14) : la complexité n’est pas synonyme de risque, mais elle permet de masquer le risque ce qui facilite son transfert, ce qui incite finalement à augmenter le risque. Sans la possibilité de refiler du AAA frelaté, personne n’aurait pris le risque de prêter à des gens qui n’ont pas de revenu.

    Tom Roud(17) : Tu as raison, invoquer Darwin était maladroit, je ne me réfère pas au darwinisme social. Je te rejoins aussi sur ton 2e point. On peut établir une analogie amusante entre produits financiers dérivés et mécanique quantique. Dans une telle analogie, la valeur d’un produit ne serait pas un montant fixe mais serait décrite par une fonction d’onde probabiliste. La transaction serait l’analogue de l’observation et aurait le même effet : l’effondrement de la fonction d’onde sur une valeur fixe. Comptabiliser un dérivé avec les méthodes classiques est aussi inadapté que décrire un électron avec la mécanique newtonienne.

    Gwynfrid(21) : 1. Il y a une différence fondamentale. L’équivalent de la perte du capital serait la perte de la capacité de travail. Quand un salarié perd son emploi, il peut recommencer à travailler ailleurs dès le lendemain ; quand un actionnaire perd son capital, il ne peut pas le mettre à travailler ailleurs, c’est définitivement perdu. Cela ne retire rien, bien sûr, au fait qu’un licenciement soit une épreuve. 3. J’ai hésité à mentionner la roulette exactement pour cette raison. Mais la réalité est que les équipes de recherche des salles de marché décrivent les instruments financiers à partir de modèles probabilistes. http://fr.wikipedia.org/wiki/Math%C3%A9matiques_financi%C3%A8res . La bourse n’est pas un casino, mais un casino est une très bonne métaphore pour un processus aléatoire. 4. Ce n’est pas nous qui n’avons pas le choix, c’est la banque ; c’est son problème, pas le nôtre. Il faut publier des comptes avec un résultat précis uniquement si c’est possible. Sinon il vaut mieux dire « notre résultat est compris entre une perte de 10 milliards et un profit de 12 » que dire « on a gagné 1 milliard ». 5. Oui, mais je propose de renverser la charge de la preuve en quelque sorte. La complexité devient le problème de la banque, pas celui du régulateur. Il faut être simple, voire simpliste. Plus le régulateur acceptera de gérer la complexité, plus il transfèrera la responsabilité et le risque sur la collectivité.

  • Libéral : « La seule réponse raisonnable est : n’importe quel numéro entre 0 et 36 avec équiprobabilité. »

    NON ! Il n’y a pas du tout équiprobabilité ! Le comportement des acteurs financiers est modélisable avec un bon succès par le calcul stochastique.

    J’ajoute que la crise, si elle fait monter le prix du crédit pour les entités qui n’ont pas pris les risques n’est pas alors simplement un processus de correction Darwinien. – Certains emprunteurs auraient eu les moyens d’emprunter sans cette crise. – Certaines entreprises ont du mal à se financer, il va donc y avoir conséquence sur l’économie réelle et donc sur l’emploi.

  • En tous cas la crise génère de sacrées bonnes lectures ! Outre ce billet-ci, d’autres angles d’analyse chez Jorion « … les investisseurs et les dirigeants d’entreprises qui ont eu la folie de substituer le crédit à la consommation aux salaires de plus en plus maigres, les banques centrales qui ont appliqué servilement ce programme … » http://www.pauljorion.com/blog/?p=820

    Espérons que de tout cela de meilleures règles naîtront !

  • Tiens, j’ai une question pour toi, Lib’ : dirais-tu que le lâchage de Lehman Brothers a été une bonne chose (au vu d’un sain principe de responsabilité et à titre d’avertissement) ou une erreur (au vu des réactions en chaîne catastrophiques, et que nous n’avons pas fini d’observer) ?

  • @ Arnaud : on a quand même un petit peu avancé d’un point de vue scientifique depuis les années 50. Ce qu’un planificateur soviétique ne pouvait faire selon l’école autrichienne, un ordinateur puissant peut peut-être le faire aujourd’hui. Encore une fois, quand on parle d’interactions économiques et d’optimisation des flots en économie, on a l’impression qu’on en est encore au XIXième siècle où les transactions devaient se faire physiquement. Aujourd’hui, avec la puissance numérique, on pourrait probablement beaucoup mieux « optimiser » localement et automatiquement les choses qu’avec un mécanisme de marché. Reste aussi à savoir ce qu’on veut optimiser et ça c’est un choix politique .L’efficacité économique n’est bonne que si elle est au service de la population. E. Todd a dit un jour que le but de l’économie d’un pays, c’est d’être au service de la population, c’est je pense vrai et trop souvent oublié.

    Sinon, il y a certainement aussi des théorèmes d’impossibilités beaucoup plus sophistiqués que ce que je connais de la métaphore hayekienne du planificateur central. Ces théorèmes d’impossibilités d’une certaine façon invalident aussi le libéralisme (c’est un peu ce que fait Bouchaud aussi).

  • « L’efficacité économique n’est bonne que si elle est au service de la population. E. Todd a dit un jour que le but de l’économie d’un pays, c’est d’être au service de la population, c’est je pense vrai et trop souvent oublié. »

    Bien sur, et c’est d’ailleurs le vrai baromètre éthique de la chose… du marché aussi donc (comme je le soulignais à l’occasion du billet de Koz sur le même sujet). Et c’est vrai que c’est trop souvent oublié.

    La cupidité d’un banquier ne gène pas lorsque celle-ci est un moteur permettant des retombées économiques pour le plus grand nombre.

    Tout comme l’Europe peut parfois devenir une finalité en soit en oubliant pourquoi elle a tété créée et en devenant un fatras de règlementations. Tout comme certaines administrations bureaucratiques qui oublient qu’elles sont au service du citoyen et qui l’accablent.

    En fait au delà d’une certaine taille et d’une certaine complexité, tout mécanisme tends à atteindre ce seuil critique consistant à ne fonctionner que pour lui-même.

    Cela ne simplifie pas le problème de la régulation pour autant ceci dit. Pour qui a fait un peu de consulting, la complexité d’un système administratif et surtout financier, cache souvent une malhonnêteté.

  • Je vais bien sur jeter un son discordant au milieu de ce concert de louanges.

    L’argument principal, et j’ai vraiment essayé de comprendre, serait qu’il y a une stimulation excessive à la prise de risque parce que les banquiers ont convaincu les dirigeants politiques qu’ils ne peuvent pas perdre. Je note d’abord qu’on nous raconte le contraire depuis 25 ans, et que les inégalités ont été justifiées par la prise de risque. Mais en fait, nous explique Libéral, c’était faux, et tout le monde le savait (sinon, ils n’auraient pas pris tant de risques, ils sont pas idiots). On a donc affaire à des gens qui mentent sur des points fondamentaux.

    Par ailleurs, Libéral explique brillamment que la règlementation a transformé l’obligation de résultats en obligation de moyens. Puis il propose comme solution … une obligation de moyens par la règlementation. Quelle audace! J’ajoute qu’en prenant en compte le premier point, on sait déjà que ces obligations seront contournées, déformées, et que de plus, ces aspects techniques ne seront examinés que par des techniciens qui seront payés … par les banquiers (cf les agences de notation, qui ont démontré leur pertinence et leur utilité avec une maestria qui émeut). Pourquoi ne pas revenir à une réelle obligation de résultat?

    Enfin, en tous cas pour l’instant, il parait que les banquiers créent du sens. C’est sur, on est servis. N’êtes-vous pas légèrement inquiets que le seul sens qu’un banquier soit capable de créer tourne finalement autour de l’argent (un projet viable est un projet plus rentable que les autres, non?)? N’est-ce pas contre cela que Benoit XVI a tenté de nous mettre en garde? Et si on essayait de mettre du sens, mais collectivement et démocratiquement?

  • @ Niamreg:

    « N’êtes-vous pas légèrement inquiets que le seul sens qu’un banquier soit capable de créer tourne finalement autour de l’argent. » Non, je ne le suis pas. Au contraire, et malgre les succes recents de ma profession ! Pourquoi donc ? Parce que ce que l’on demande au banquier -encore une fois- ce n’est pas de creer du sens mais de la richesse.

    Si les uns ou les autres cherchent du sens, il faut s’adresser a la bonne personne: l’homme politique pour ce monde-ci; ou le pretre pour le mode d’apres.

    Desole, je persiste a ne pas comprendre cette confusion des genres, qui est pourtant tres souvent partagee au travers de l’echiquier politique, et jusque dans les commentaires de divers bords sur cet excellent blog. A chacun sa responsabilite, l’acteur economique n’est pas la pour faire subvenir du sens, mais pour obeir a une logique de profit de long terme (j’insite sur le long terme), dont les regles sont edictees par une norme superieure a l’economie, a savoir le politique. Ce qui est d’ailleurs prouve par le fait que briser les regles deontologiques d’une profession est systematiquement punissable d’un point de vue legal. Ces regles ne sont que la transposition d’un ordre superieur, quand bien meme il serait lui-meme inspire par une certaine ethique de travail.

    Entendons-nous bien, je ne recuse pas l’encadrement du banquier, bien au contraire. Mais ce que je souhaiterai, c’est que l’on situe les responsabilites au bon niveau. Parce que sinon, on egare en route la seule donnee importante qui est que la loi, issue d’une representation democratique, est seule a detenir la legitimite de fixer ce qui est reprehensilbe et ce qui ne l’est pas.

  • Comptabilisez les instruments financiers pour le risque maximal qu’ils vous font encourir, libre à vous d’expliquer en annexe pourquoi vous pensez que ce risque maximal ne se matérialisera pas. Cette remarque me semble bonne mais pensez vous que l’on puisse comptabiliser les risques maximum ? Pour évaluer le risque maximum faut t’il demander l’éclairage de la Pythie ?

  • Le lâchage e Lehman Brothers fut sans doute funeste pour la suite des évènements.

    Cette crise est surtout le révélateur de la complexité de la dynamique financière. En régime de croisière, les modèles fonctionnent sur une hypothèse de linérarité. En gros, le risque A dépend de la probabilité du changement d’état de B.

    Or, l’interdépendance des acteurs a montré que A peut aussi dépendre du risque sur C et du risque sur D. Cette non linéarité fondamentale n’apparait qu’en régime de crise où les termes de couplages dominent. Or, il a été démontré que de tels systèmes étaient nécessairement instable et sans solution algébrique.

    De fait, des condtions aux limites proches (v. g. + ou – 1% d’achats immobiliers) peuvent faie évoluer le système dans un sens ou dans un autre de manière brutale dès qu’un point de rupture est franchie. Le modèle devient cyclique puis chaotique.

    En termes plus anthropologiques, on dira que la crise est une hystérie mimétique et maniaco-dépressive qui suit peu ou prou la rotation terrestre..

    Ainsi, quelque soit les contraintes prudentielles, on ne pourra jamais écarter l’apparition de crises majeures. La réglementation ne fonctionnne et n’a de sens que quand tout va bien.

    La réponse doit être morale: le goudron et les plumes pour le banquier et la sécurité pour les déposants. Celle des épargnants doit être, d’une certaine mesure, protégée compte tenu de l’asymétrie de l’information.

    L’autre souci, typiquement français, est que les banquiers se comportent plus comme des boutiquiers que comme de vrais investisseurs. Même en temps normal, les PME ont un mal fou pour trouver la trésorerie qui leur permettra de répondre favorablement à leur carnet de commandes. Le point de croissance manquant est aussi là.

    N’oublions pas non plus celui qui trinque à savoir le pauvre et le vaste marais de la classe moyenne qui fait tourner la boutique.

  • Magnifique billet qui honorerait beaucoup de journaux dit sérieux.

    Une première remarque pour en amener une autre:

    L’ampleur de la faillite actuelle est en grande partie due au fait que les théories économiques appliquées incluaient le risque de défaillance limités de certains acteurs mais pas le risque étendu en concomitance. ceci étant les produits de plus en plus complexes proposés par l’investment banking n’ont pas été achetés par le commun des mortels, ils ont été répartis parmi les acteurs de ce gigantesque soufflé. Le développement des CDS et les gains pharamineux de certains hedge funds qui ne couvraient pas réellement ces risques en sont l’illustration. C’est tellement vrai que les autorités ont laissé filer Lehmann à la faillite parce qu’ils voulaient que la communauté financière en assume la perte.

    On remarquera ainsi que ladite communauté financière n’est pas beaucoup monté au créneau pour défendre sa profession sachant que du désastre jaillirait l’immunité (l’erreur a été de ne pas prévoir le signal terriblement négatif que cela enverrait à ceux qui n’étaient pas dans le coup). L’inflation monétaire qui a permis et nourri cette bulle est le résultat d’une politique de taux ahurissante ( Greenspan) qui a endormi tout le monde car chacun profitait des retombée indirectes. Nous sommes moins touchés en Europe dans la sphère financière car ce méchant Trichet nous en a en partie préservé malgré les demandes pressantes de quelques apprentis sorciers et parce que certains de nos banquiers se sont bien gardés de devenir bateleur.

    Ce dernier point m’amène au sujet de ce commentaire.

    La problématique actuelle n’est elle pas aussi d’ordre politique ?

    Qu’ont fait nos politiciens ? Ils nous parlent d’Europe et ne pensent que champions nationaux. Ils nous parlent globalisation et n’en ont intégré que les délocalisations. Ils nous parlent pouvoir politique et ne comprennent pas qu’ils sont les instruments d’un mouvement qui les a manipulé. Ils nous parlent économie mais n’en ont pas les clefs.

    Ils nous parlent rapidité d’action et ne voient pas qu’internet permet de déshabiller une banque en quelques heures. Ils nous parlent réalisme mais n’ont pas compris que les théories dont ils se réclament sont le fruit d’un environnement bien différent de celui qui règne de nos jours.

    Il ne faut pas de grands économistes, il y en a heureusement beaucoup, il nous faut des hommes politiques de haute stature.

    On n’en voit pas beaucoup par les temps qui courent.

  • Koz, tu poses une très bonne question exactement de la bonne façon. Tu as dû remarquer que j’élude prudemment dans le billet la question de la gestion de la crise actuelle. C’est parce que je ne sais absolument pas lequel des 2 effets que tu mentionnes est le plus important. Mon « gut feeling » est plutôt que les Américains ont eu raison de lacher Lehman, mais au fond, je n’en sais rien.

    Jean, quand on cherche à estimer le risque maximum, on n’a pas besoin d’être très précis. C’est justement un des intérêts d’une telle réglementation, elle sort le régulateur d’une compétition technique avec les banques qu’il est sûr de perdre.

    Niamreg, il ne faut pas trop généraliser. Les inégalités ne sont pas seulement justifiables par le risque et le transfert de risque n’a été massif que dans la banque. De même, dire que tout le monde savait est excessif. Je pense que même les banquiers n’avaient pas pour la plupart conscience de l’ampleur des risques qu’ils transféraient. Sur la question du sens, le banquier en crée sur les questions d’argent au même titre que le paysan le fait sur les questions agricoles, c’est son métier. Cela n’empêche pas pour autant la quête d’un sens d’un autre ordre. Il ne faut pas réduire la cité à ses aspects économiques; ce serait une vision marxiste 🙂

    PEB, assez d’accord avec l’idée que la réglementation ne marche que quand tout va bien. Mais la réponse morale est aussi une forme de réglementation, elle risque d’être insuffisante. Ca se saurait si la menace de la prison suffisait à faire disparaître le crime.

    Vercaud, ta critique des politiques est légitime, mais je n’aimerais pas être à leur place. Il leur faut réagir vite, bien, avec des ressources limitées, dans un environnement totalement chaotique et avec une information extrêmement parcellaire. Pas facile.

  • Très bon billet et tout à fait d’accord sur le métier de banquiers qui a totalement changé ainsi que sur les normes comptables. Mais je trouve quand même que vous passez bien, bien trop vite sur la responsabilité des réglementations.

    Comme par exemple dans le diaporama de Rue 89, ils oublient vite que les banques étaient obligées de reprendre les prêts à risque vendu par les courtiers à des minorités à cause du Community Investment Act qui l’Administration Clinton a fortement musclé en 1995. Ils oublient également qu’au final, c’est l’Etat américain qui a voulu que les banques accordent des prêts subrpimes à à peu près tout le monde et surtout n’importe qui. C’est encore l’Etat américain qui a empêché Freddie Et Fannie qui étaient sous tutelle du US Housing Departmentde sélectionner les subprimes qu’ils refinancaient, de publier leurs ratios prudntiels ou encore qui les a obligé à augmenter les prêts subprimes refinancés à un niveau très élevé créer un appel d’air de liquidité pour les banques pour faire n’importe et prendre leurs commissions au passage. C’est encore les autorités et la FED qui ont maintenu pendant plus de 3 ans des taux à moins de 2% ce qui rendait le crédit attractif pour tout le monde et même ceux qui savaient qu’ils ne pourraient pas rembourser leurs emprunts. C’est encore les autorités qui ont créé, à la suite de l’affaire Enron, des réglementations pour que les actifs côtés soient comptabilisés au prix du marché, ce qui fait que dans notre crise actuel les banques n’ont plus de fond propre du jour au lendemain à cause d’une baisse des bourses et de certains actifs, sans même que les banques n’aient vendu leurs actifs dépréciés. C’est faire disparaitre la vieille règle de « vous n’avez pas perdu tant que vous n’avez pas vendu ». Ce sont encore les autorités qui ont imposé les ratios de solvabilité qui empêchent désormais les banques de proposer du crédit et qui ont simplement transformé les banquiers en maquilleur de bilan plutôt qu’en gestionnaire du risque. Ce sont enfin les autorités qui ont créé l’oligopole des agences de notation, qui a totalement déresponsabilisé les acteurs de marché de toute évaluation du risque (les agences étaient certifiées par l’Etat et assuraient que ces actifs y compris CDO étaient bon, donc il n’y avait rien à craindre).

    Après cela n’enlève rien au fait que la finance est devenue folle et a perdu toute notion. MAis enfin, n’est-ce pas aussi la faute de l’Etat si elle a perdu toute notion car l’Etat voulant encadrer tous les risques ? Les banquiers y ont vu un moyen de gagner de l’argent, un point c’est tout. Demandons également des comptes aux politiciens et régulateurs qui ont accepté de mettre en place de tels systèmes. Cela me fait bien rire d’entendre tout le monde appelé à plus de régulations sans même dire que déjà les banques sont l’activité la plus réglementée du monde et surtout sans même s’interroger sur nos réglementations actuelles qui n’ont fait qu’aggraver la crise sans même dire qu’elles l’ont en partie créé…

    Dans cette affaire, il y a eu tout pour faire la meilleure crise possible : manipulation de la monnaie et du crédit, disparition du risque de faillite pour les acteurs, régulations qui prétendaient faire le travail à la place de ceux qui devaient prendre les risques, garantie étatique à tous les niveaux cachant la réalité des choses, plus des acteurs qui ne pensaient qu’à s’en mettre plein les poches…Et voilà nous sommes dans de beaux draps.

  • Merci Libéral pour cet excellent billet qui me permet de comprendre un peu mieux ce monde. henri a écrit:

    Si les uns ou les autres cherchent du sens, il faut s’adresser a la bonne personne: l’homme politique pour ce monde-ci; ou le pretre pour le mode d’apres.

    Totalement d’accord avec vous! Un banquier est fait pour parler argent, un médecin santé, un prêtre sens spirituel, un politique sens pour ce monde ci…. C’est bien là le problème : tout le monde se sent capable de faire tout et n’importe quoi tout en étant persuadé qu’il est meilleur que le voisin!

    Le transfert du risque sur la communauté a cassé le lien entre profit et risque. On est passé de « pile je gagne, face je perd » à « pile je gagne, face tout le monde perd » ce qui ressemble fortement à « pile je gagne, face je ne perd pas grand chose ».

    Néanmoins, là est une perte de sens. Il me semble, en tous cas, que l’on devrait avoir une certaine déontologie, préservant le sens dans le monde d’ici et le monde de l’au delà, aussi bien au niveau de la finance qu’au niveau politique, ou industriel. C’est pourquoi, même si je comprends l’intérêt de renflouer les banquiers et/ou les spéculateurs, j’ai du mal à intégrer ce fait précis. Mon sens -déontologique- me dit que , non seulement il a été bien de lâcher Lehman, mais qu’ils auraient du se retrouver en prison. Maintenant, je comprends fort bien que tout n’est pas aussi facile que cela et je plaints nos politiques d’avoir parfois à trancher dans une situation où le noir de la tumeur a les bords gris et s’insinue dans le blanc. Même avec un scapel laser, dur d’opérer sans risques aucun de léser les tissus sains! Encore merci, Libéral

  • Liberal a écrit:

    Koz, tu poses une très bonne question exactement de la bonne façon.

    Yes, yes, yeeeees ! Pour le reste, tu as raison de souligner la difficulté de l’action des politiques. Et j’en profite pour te redire que je trouve ton billet assez exceptionnel.

  • libéral, Bien sur la situation est extrêmement difficile pour les politiques qui manquent de visibilité et doivent réagir vite mais ce n’est ni une excuse ni une situation isolée.

    C »est ce que font tous les chefs d’entreprise et c’est ce qu’ils font en ce moment même dans le même brouillard. C’est en fait justement tout l’attrait de la fonction que de prendre des décisions dans une telle situation. Et en ce moment, ils méritent bien leur salaire.

    La décision d’un reponsable, qu’il soit trader, chef d’entreprise ou politique est, à la base, le fruit d’un pari personnel excitant. Elle se traduit certe par un impact financier plus ou moins visible mais n’en procède que très rarement. Il n’y a pas de vrai chef d’entreprise sans ego hors norme car il en faut pour décider là ou les autres ne font que conseiller ou appliquer.

    Les quelques politiques restés célèbres dans l’histoire sont justement ceux qui ne se sont pas contentés de gérer pour le mieux et dans le cadre de leur idéologie. Ce sont ceux qui ont fait un pari sur l’avenir à long terme grâce à une vision et un sens du risque exceptionnels.

    Rien à voir effectivement avec la prise de risque du banquier d’affaire !

  • Désolé de chercher la petite bête, mais de deux choses l’une: soit les banquiers, en général, connaissaient les risques, et les ont pris parce qu’ils savaient que ces risques étaient couverts par la collectivité (c’est votre théorie, si j’ai bien compris, et elle implique que ce sont des menteurs; je sais qu’il s’agit d’une généralité avec toute la limite des généralités), soit ils ne les connaissaient globalement pas (c’est votre réponse, si j’ai bien compris), mais alors ils sont notoirement incompétents. Dans les deux cas, leur redonner des masses d’argent (notre argent, faut-il le rappeler) sans réfléchir une seconde à ce à quoi vous vous attaquez dans votre billet (une solution pour améliorer un système déficient) me parait relever du vol pur et simple.

    D’accord avec vous pour dire que la vie ne se réduit pas à l’économie. C’est effectivement, à mon avis, une erreur majeure du marxisme, mais aussi du libéralisme, qui, si j’ai bien compris, postule justement que la société la meilleure ne peut venir que du libre jeu du marché. Ce n’est pas moi qui ai écrit que les banquiers donnaient du sens en choisissant les projets qu’ils financent, c’est vous. Et finalement, nous sommes tous d’accord, ils ne donnent pas de sens, ils gagnent de l’argent, et c’est bien, parce que c’est leur métier.

    Enfin, vous n’avez pas commenté le fait que vous proposez finalement une règlementation qui impose une obligation de moyens, après avoir expliqué pourquoi c’était inefficace. Que pensez-vous de concrétiser le risque en proposant aux épargnants et aux entreprises, à côté d’un système bancaire privé qui prend les risques qu’il veut, un système bancaire public, à but non lucratif, qui se recentrerait sur les métiers de base de la banque (gestion des comptes de dépôt des particuliers et crédit aux particuliers et aux entreprises), et garantissant les dépôts? Un tel système permettrait à ceux qui le souhaitent de prendre des risques (pourquoi leur interdire?) et à ceux qui le souhaitent de ne pas en prendre (pourquoi les obliger?).

  • @Tom Roud

    1 – le marche est au services des citoyens. Parfois le marche est baise et n’est pas optimum, mais il faut se demander si un etat ferait mieux.

    2 – vous supposez que nous avons suffisament de connaissance pour faire mieux que le marche? vous estimez qu’il est possible de connaitre les preferences tous les individu, a tout moment? … 3 – la concentration de la decision dans un systeme me parait extrement dangereux sur plusieur point . si le systeme fait des erreurs# . si quelqu’un prend control du systeme

    c’est aussi de cela que le marche nous protege. la concentration du pouvoir. personne ne controle le marche puisque c’est l’interaction des differents agents.

    Si vous pensez qu’il est possible de faire mieux que le marche, je suis sur que vous pouvez gagner un prix nobel d’economie… parce que meme avec tout le savoir dispo on en peut meme pas empecher la recession qui arrive.

  • C’est vrai super billet… enfin quelqu’un de la partie qui pose le problème simplement pour justement en dénoncer l’artificielle complexité.

    Mais je trouve que la question de Koz est absolument essentielle. Parce qu’elle concrétise la théorie et pose le problème tel qu’il se présente aux politiques justement.

    Donc le « Koz, tu poses une très bonne question exactement de la bonne façon. » ressemble furieusement à « c’est une excellente question et je vous remercie de me l’avoir posée ».

    De mes propres yeux de myopes, je vois comme une contradiction dans les différentes interventions des spécialistes : 1. Les régulations peuvent avoir un effet pervers. 2. La meilleure régulation consiste à laisser faire le marché qui comporte intrinsèquement son propre système de régulation du fait du jeu des pénalités / récompenses. 3. On en appelle pourtant aux politiques qui doivent bien sur définir les règles économiques ne serait-ce que parce qu’ils ont eux, à gérer l’économie réelle. En fait, le marché doit in fine travailler pour eux. 4. Les déposants ne peuvent pas être victimes de la faillite d’une banque. 5. L’état ne peut pas devenir victime du marché ou en l’occurrence de la faillite des banques.

    Cela définie bien les limites du « démerdez-vous » du point de vue du régulateur / état et de la notion de pénalités / récompenses.

    Aussi, je serais assez d’accord avec Sébastien – il existe tout de même un seuil, où l’affaire prends un tour pénal. Des pratiques s’apparentent à la présentation d’un faux bilan. Certains notations s’apparentent à une entente visant à favoriser le marché dans tel ou tel sens sur une base possiblement délictueuse.

    C’est un peu comme la démocratie. Son défaut intrinsèque repose sur la possibilité de se faire élire sur un programme et de faire exactement le contraire une fois élu. Là aussi, la complexité cache les véritables intentions. Le marché reste logique dans son fonctionnement tant que les données avec lesquelles on pense / analyse sont vraies. La tricherie fausse les règles du jeu logique en soi.

    Finalement, les règles de concurrences entre les banques, qui s’adossent les unes sur les autres, etc… ne sont elles pas violées. Finalement, l’interdépendance de ces organismes ne constitue-t-il pas une sorte de monopole de fait ?

  • Eponymus a écrit:

    Finalement, l’interdépendance de ces organismes ne constitue-t-il pas une sorte de monopole de fait ?

    C’est exactement le sens de ma question sur un secteur bancaire public, à but non lucratif, qui recréerait de la concurrence.

  • @ Arnaud : je ne pense pas être capable de faire mieux que le marché, mais je trouve hallucinant que personne ne se pose la question de savoir s’il y a mieux que le marché. Et pour des marchés locaux avec peu d’acteurs, l’ordinateur est probablement une solution.

    Ensuite, n’oublions pas qu’ évidemment l’ordinateur a déjà sa place dans le monde de la finance. Les traders ont des outils de simulation, des modèles informatiques puissants.

  • N’ayant ni compétences ni appétence financières, je remercie sincèrement l’auteur pour la clarté de ce billet aux vertus pédagogiques.

    J’ai croisé l’autre jour une série de chiffres qui de prime abord m’a scotchée, puis m’a ensuite fait réfléchir. Je cite de mémoire :

    1. PIB mondial : 50 unités (millions de millions de dollars),
    2. Capitalisation boursière mondiale : 100
    3. Volume des produits dérivés : 516

    Intuitivement, le PIB ne tenant pas compte de toutes les richesses, je corrèle assez bien les 2 premiers chiffres.

    Par contre, le rapprochement entre le premier et le troisième m’incite à penser que, si l’on admet que la finalité globale du système bancaire est d’aider l’économie réelle à prospérer, la productivité réelle des produits dérivés est des plus affligeante.

    Dès lors, même si la titrisation améliore la liquidité, à qui cette dernière profite-t-elle vraiment ? Une solution de bon sens ne serait-elle pas, n’en déplaise aux stars des mathématiques financières, l’interdiction pure et simple de ces produits ?

  • Pour préciser mon propos (post 44.) quant à la productivité réelle pour l’économie des produits dérivés :

    1. Croissance des produits dérivés depuis 5 ans : +500%
    2. Croissance du PIB mondial sur la même période : quelque part entre 20 et 30%.
  • Désolé de multiplier les interventions pour tenter d’exprimer une pensée en cheminement permanent sur ce sujet, donc décousue.

    Le problème vient peut-être du fait que l’argent n’est plus confiné à un rôle de moyen au service du développement de l’économie réelle. En faire un produit revient à le dévoyer de sa finalité cardinale.

    Tant qu’un crédit (type subprime par exemple) constituera un potentiel de rentabilité via titrisation pour un banquier d’investissement zélé, on pourra imaginer tous les systèmes de régulation, l’appât du gain sera toujours plus fort que le jugement sur la pertinence du crédit en question, freinant ainsi considérablement l’auto-régulation naturelle de l’économie de marché.

    Laissons l’argent à la noblesse de son rôle.

  • en quittant le politique et en descendant au niveau de la corbeille, rassurez-vous, beaucoup continuent à gagner des sous grâce aux ventes à terme (qui permettent de se faire payer au cours du moment une vente qui se fera dans 6h. 1 jours ou 2où 3,+) de plus si on y rajoute un effet de levier c’est bingo, bien sûr il y a des risques mais c’est leur boulot d’en prendre, d’autre part je ne sais pas si vous avez remarqué, mais c’est les soldes, c’est le moment d’acheter, imaginez devenir majoritaire dans une boite pour peanuts, le rêve, bon la aussi il y a des risques, mais encore une fois comme nous le dit si bien Lib. c’est la JUSTE(copyright SR) contrepartie des profits.

  • Une autre question – ou difficulté à accepter – me vient à l’esprit : les camarades banquiers ont, donc, eu à cœur de ne se conformer que formellement aux critères et autres ratios ? Peut-on vraiment être confiant dans le fait que ces personnes, guère soucieuses du bien commun, agissent mieux en l’absence de règles ? Peut-on vraiment espérer brider leur grande inventivité pour (se) faire du blé ?

  • Maastricht :  » dépasser les 3 %  » (Balladur).

    Source : AFP.

    12/10/2008 | Mise à jour : 18:22 |

    L’ancien premier ministre Edouard Balladur (UMP) a estimé aujourd’hui que l’ »on peut dépasser la limite des 3 % à titre provisoire », en référence aux critères de Maastricht, qui prévoient notamment un déficit public contenu sous la barre des 3 % du PIB, aujourd’hui à « Dimanche soir politique » (Itélé / Le Monde / France Inter).

    « On peut dépasser la limite des 3 % à titre provisoire, à condition d’être bien déterminé à revenir en dessous le plus rapidement possible », a déclaré M. Balladur, ajoutant aussitôt : « Je ne voudrais pas que l’on saisisse cette occasion pour un débat entre pro et anti-européens ».

    Henri Guaino, conseiller spécial du président de la République, avait déclaré le 2 octobre que « temporairement », face à la crise financière, les critères de Maastricht n’étaient « pas la priorité des priorités », des propos qui avaient provoqué l’émoi au sein du gouvernement et des parlementaires UMP.

    Fin de citation.

    En clair : il faut respecter le traité de Maastricht, sauf quand la situation exige de ne pas le respecter.

    Conclusion : le traité de Maastricht ne signifie plus rien du tout. Le traité de Maastricht est mort.

  • Merci de ne pas recopier l’intégralité d’une dépêche, ce qui est une violation des droits de l’agence dont vous êtes, et dont je suis, responsable. Un extrait et un lien (absent, là aussi) suffisent.

  • @Lib

    Une autre question à la suite de celle de Koz, comment analyser sous l’angle des causes et des solutions, et en particulier le « démerdez-vous », la situation de l’Islande, qui était il y a 2/3 semaines une des 5 premières puissances financières et aujourd’hui, un état en presque faillite « en vente sur Ebay ».

  • @Tom Roud

    Et on a vu ces derniers mois a quel point ces modeles sont fiables …

    @Koz

    Il y plusieur indication que les regulations sont souvent detourne de leur principe d’origine au profit de quelques entreprises. Plus de detail ici http://myslu.stlawu.edu/~shorwitz/open_letter.htm

    Mais personnes je penses ne parle de supprimer toutes regulations. La finance a toujours ete reguler, si pas par l’etat elle s’edicte des regles pour gagner en credibilite.

    ISOXXXX n’est pas une regulation impose par l’etat mais par le marche.

  • Une autre réticence : à t’en lire, la crise trouve son origine dans une mauvaise règlementation, qui a incité les banquiers à abandonner leur cœur de métier pour se consacrer au respect formel de la règlementation.

    Sauf à ce que l’article du Monde soit pipeau (une éventualité que je ne peux exclure), il semble que certains ne se soient pas laissés aller, cf. Emilio Botin.

    Si cela fut possible à certains, n’est-ce pas le signe que l’on ne peut trop facilement exonérer les individus, les personnes, de leurs responsabilités, et que la mise en cause de l’intervention étatique initiale est peut-être excessive, voire un peu facile ?

    Et si cela fut possible à certains, n’est-ce pas modérément encourageant sur le comportement qu’adopteront les autres une fois la régulation modifiée ?

  • Niamreg(39)

    Ne soyons pas trop binaire. Il y avait une faille de réglementation qui permettait de tirer un bénéfice aux dépends de la collectivité; bien entendu, des gens en ont profité. Sont-ce des voleurs ou des menteurs pour autant? Je vais faire un parallèle qui va te choquer. Les cheminots SNCF profitent également d’une réglementation qui leur permet de tirer un avantage aux dépends de la collectivité. La solution ne consiste pas en les traiter de salauds ou de voleurs; il faut simplement changer les règles.

    Les banquiers créent du sens économique, ni plus ni moins. Je ne suis pas sûr que la création d’un système bancaire public soit la solution. N’oublions pas que le Crédit Lyonnais était public quand il est parti en vrille. Enfin, dans la crise actuelle, de nombreuses collectivités locales ont perdu énormément en se faisant refiler des produits pourris. L’idée que je propose pour une meilleure régulation est radicalement différente des dernières évolutions. Au lieu de dire aux banques : « respectez des règles toujours plus nombreuses, toujours plus complexes (mais toujours contournables) et vous serez dispensés de décrire précisément ce que vous avez dans vos bilans »; on leur dit : « il n’y a qu’une règle simpliste, incontournable, très défavorable pour vous. Libre à vous d’ajouter toutes informations complémentaires pour rassurer vos contreparties »

    Michel B. Merci pour les ordres de grandeur. Ils sont effectivement édifiants.

    Koz, une réglementation doit être écrite avec exactement le même état d’esprit que la Constitution d’un Etat. Il faut partir du principe que des gens essaieront de l’utiliser à leur avantage. L’objectif est justement de construire un système assez robuste pour fonctionner même si les acteurs sont des salauds ou des crétins. Si on espère que les gens seront sympas et compétents, les objectifs seront toujours contournés.

    Epo, encore une fois, mes seules propositions ont trait à l’APRES crise. Les banques islandaises prenaient des risques exorbitants, il paraît que c’était connu dans le marché. Il n’est pas étonnant qu’elles aient explosé en vol. J’ai lu que le passif de ces banques dépasse 5 années de PIB du pays. A ce niveau-là, autant tout raser et repartir de zéro…

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  • @ Liberal: J’avais cru comprendre que les privilèges des cheminots avaient été abolis, en arguant justement du fait que ces privilèges étaient indus. Aurais-je raté la renaissance des régimes spéciaux? Je dirais d’autre part que pour pouvoir changer la règle, certains ont cru devoir les traiter de salauds ou de voleurs (ou de fainéants, etc…; cette stratégie semble être assez appréciée par ce gouvernement vis-à-vis d’un certain nombre de groupes sociaux). A part ça d’accord: à bas tous les privilèges, où qu’ils soient.

    Je voulais seulement souligner (de façon trop binaire, certainement) que ta description de la disparition du risque réel par la menace d’une crise grave en cas de défaillance générale me parait très importante. Si les gros risque sont effectivement couverts de fait, ça pousse les acteurs à en prendre inconsidérément, et nous pourrons peut-être tomber d’accord pour dire que c’est un des mécanismes qui a déclenché cette crise. D’où l’idée d’un secteur bancaire officiellement garanti par l’état, mais à but non lucratif. Le caractère public/privé ne change effectivement rien, tant que les objectifs poursuivis sont les mêmes. Ce secteur garanti permettrait d’alimenter l’économie réelle, et ferait de la place pour un marché financier non garanti, y compris en cas de crise, et où l’auto-régulation pourrait se développer sans entrave.

    Ce qui me dérange, c’est d’obliger des gens comme moi à mettre mon argent dans des banques qui ont des comportements en désaccord avec mes convictions, ou des gens pas comme moi à mettre leur argent dans des banques qui ne leur font pas miroiter des profits supérieurs à ceux du voisin (ça, ça doit être un peu caricatural? je te fais confiance pour comprendre l’idée).

  • Bien qu’étant extrêmement circonspecte quant au renflouement des banques mal gérées, et comme Niamreg, fort mal disposée à payer de mes deniers et les erreurs et les magouilles de plus riches que moi, je me pose question sur la position du PS.

    En effet, le plan français donne des garanties intéressantes :

    1- pas de garanties des prêts interbancaires

    2- pas de rachats d’actifs toxiques

    3-marge sur chaque prêt, dépendant de la solidité de la banque

    4-durée de vie de l’opération limitée (jusqu’au 31 déc 2009)

    Bien sûr tout peut se casser la figure. Mais avec le vent de panique, amplifié au demeurant par une gauche qui se cherche à quelques semaines du sacre de Reims, il me semble qu’il fallait bien faire quelque chose.

    Et même si dans l’idéal, il me semble qu’il aurait fallu laisser couler les bateaux pirates, il ne fallait pas faire couler le navire France avec ses industries, ses PME, déjà aux abois par manque de crédit.

    Ce plan, pourtant finalement très socialiste n’a donc pas trouvé grâce aux yeux de nos braves opposants à tout au prétexte qu’une opposition ne peut pas approuver la politique économique de N Sarkosy.

    «Nous prenons nos responsabilités. Pas question de s’opposer à un plan européen qui permet de sortir des premières tourmentes de la crise financière. Pas question non plus d’approuver la politique de Nicolas Sarkozy au plan économique. C’est elle aussi qui est responsable de la situation dans laquelle nous nous trouvons»,

    http://www.lefigaro.fr/politique/2008/10/14/01002-20081014ARTFIG00528-les-deputes-ps-ne-voteront-pas-le-plan-sarkozy-.php

    ça, c’est prendre ses responsabilités! Ce qui m’étonnera toujours c’est qu’il y aura toujours des gens pour approuver ce non choix, qui plus est fort paradoxal, puisqu’il consiste -soit disant- à ne pas s’opposer au plan économique européen (sous présidence sarkosienne), tout en n’approuvant pas le plan français qui, forcément en découle!

    Décidément, la logique des esprits socialistes me dépassera toujours!

    ah c’est vrai, cette crise, c’est de la faute à sarko! j’avais oublié son importance internationale!

    j’en arriverais presque à mieux comprendre la position de Besancenot, c’est dire!

  • Pour ceux qui souhaite un secteur banquaire non joueur, via Aureliano, il existe certaines banques plus « étiques », NEF ou Crédit Coopératif. La Banque Postale, tard entrée dans le jeu, est aussi moins engagée. Et je crois que le Trésor Public ou la banque de france offrent des comptes courants mais sans aucune facilité de découvert. Il y a donc de la place pour protéger ses avoirs, mais ils seront rongés par l’inflation.

  • Il semble que la bourse dévisse encore ce matin…Toujours plus, demandent les spéculateurs… Plus de panique pour plus de rendement?

    J’ai toujours beaucoup de mal à comprendre comment une entreprise saine puisse être mise en faillite pour quelques individus qui vendent leurs actions :le bilan reste sain, elles restent efficaces, non? en réf au billet :

    Dans une économie libérale, la faillite n’est pas un bug, elle est une fonctionnalité. Elle incarne la destruction créatrice qui, dans un processus darwinien, élimine les entreprises devenues inefficaces pour laisser la place à d’autres, plus performantes, plus innovantes.

    Quant aux réactions du PS, ce matin elles confirment la politique politicienne de ces opposants. Là encore, c’est un « truc » qui me dépasse : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/10/15/01002-20081015ARTFIG00275-l-assemblee-donne-son-feu-vert-au-plan-d-urgence-.php

    Manifestement divisés, les députés socialistes ont finalement choisi, lors d’un vote interne au groupe, de s’abstenir, alors que les membres PS de la commission des finances avaient approuvé dans la matinée ce plan à l’unanimité. En séance, Didier Migaud, le président PS de la commission des finances, a d’ailleurs estimé, sur un ton plutôt louangeur, que ces mesures d’urgence «vont dans le bon sens», même s’il a ajouté qu’il faudrait débattre ensuite des conséquences de la crise économique, en particulier de la baisse de croissance et de la hausse du chômage

    Tout ceci paraît perturbant pour mon esprit logique et sans aucun doute pragmatique : je n’arrive pas à suivre la logique du « je ne vote pas parce que c’est Sarko qui l’a demandé, même si je trouve ça bien »

    Et j’ai l’impression qu’effectivement, les français suivent ce raisonnement (baisse de 2 points dans les sondages) qui n’a rien d’économique, mais qui risque d’avoir des répercussions boursières , du fait d’une baisse de confiance, qui elle non plus, n’a rien d’économique.

    C’est pourquoi il me semble que là dedans, la partie « financière » de la situation est largement envahie par la partie politique pure. On le voit avec Obama , qui bien que non crédible pour les milieux de la finance va sans doute être élu:

    Un article de « Business Week », cette semaine, posait la question de savoir si Barack Obama serait bon pour le « business ». La chambre de commerce américaine ne le croit pas. La « National Association of Manufacturers » non plus.

    http://elections-americaines.lesechos.fr/article.php?id_article=1793

    Donc difficile de séparer les deux. Et la, fin de l’explication de Libéral sur les entreprises efficaces ou non, mais place aux magouilles électorales, tant au niveau des USA (présidentielles) qu’au niveau français (Sacre de Reims)

  • @ egdltp: Absolument d’accord, sinon que (i)Je ne savais pas pour la banque de France; et (ii)à mon avis pour la banque postale, faut le dire vite; les objectifs ont changé il y a quelques années (bien avant l’ouverture du capital de la poste; je ne connais pas la structure du capital de la banque postale).

    Sait-on si ces organismes se sortent mieux de la crise? Ont-ils besoin de renflouement et autres garanties publiques?

  • Une piste intéressante, c’est la création de chambres de compensation des produits dérivés de gré à gré, afin de tracer l’origine des opérations (qui ne sont que des contrats sans échange de capital mais une promesse de versements futurs en fonction de paramêtres complexes) et de réaliser un net des flux multiples. C’est un détail, aussi important soit-il.

    Les banques sont confrontées à de multiples évolutions. Notamment la désintermédiation. Les acteurs qui ont de l’argent (épargnants individuels, fonds collectifs, assurances, fonds souverains,…) gèrent leurs investissements directement. Ils adressent donc leurs fonds aux emprunteurs sans passer par la case banque. Mais ils ont besoin de l’expertise des banques, de leurs produits pour packager l’ensemble.

    L’enrichissement colossal des 30 dernières années a fait gonfler ces montants accumulés (c’est aussi ça, le capitalisme). Et la planche à billet a aussi tourné à plein régime : là, il est vrai que les banques ont aidé un certain nombre de ces investisseurs à augmenter les effets de levier. Le retournement de l’immobilier a donc des conséquences violentes : lorsqu’une banque doit passer 100 de provisions pour dépreciations d’actifs (merci les normes comptables bien évoquées), elle doit couper 1200 de crédits (dont des financements d’effet de levier) à cause de Bâle. Tu imagines le chateau de cartes qui s’écroule.

    Réduire la crise aux seuls agissements des banques n’est pas suffisant et n’aidera pas à analyser sereinement ce qui nous a mené à cette crise pour en tirer les bonnes leçons.

  • Aurel a écrit:

    Réduire la crise aux seuls agissements des banques n’est pas suffisant et n’aidera pas à analyser sereinement ce qui nous a mené à cette crise pour en tirer les bonnes leçons.

    Non en effet, c’est clair mais quand même :

    A propos de la Caisse d’Epargne, le Figaro du 22/10/08 http://www.lefigaro.fr/societes/2008/10/22/04015-20081022ARTFIG00442-un-rapport-accable-la-direction-de-l-ecureuil-.php :

    Alors que l’activité de trading sur compte propre était amenée à disparaitre fin 2008, un trader avait dès la mi-septembre enfreint l’interdiction de poursuivre les activités de trading en prenant des positions risquées sur les marchés. S’ensuit alors une multitude de défaillances dans la chaîne hiérarchique. Malgré plusieurs alertes – plusieurs personnes étaient averties de la situation – les hauts responsables n’ont pas réagi pour couper les positions et ont laissé le jeune opérateur gérer son portefeuille sans regarder de plus près les positions prises. Le 2 octobre, le comité des risques de marché de la CNCE constatait déjà une forte dégradation de la situation, mais aucune action n’avait été effectuée. Ce n’est que le 13 octobre que le groupe mesure véritablement l’étendue des dégâts. Les pertes sont évaluées à 120 millions d’euros et le jeune opérateur remet sa démission. La CNCE s’empresse de boucler les positions et décide de prendre ses contreparties à l’extérieur du groupe. Au final, les pertes se monteront à 695 millions d’euros.

    Et enfin :

    Selon le Nouvel Observateur, l’Ecureuil ne serait pas le seul établissement à avoir perdu beaucoup d’argent dans les activités de trading en octobre, ce qui aurait en fait poussé Christine Lagarde, la ministre de l’économie, à débloquer 10,5 milliards d’euros pour les banques.

    Et qu’on ne vienne plus me reparler de régulations ou même plus simplement d’éthique dans les activités bancaires !!

  • C’est ahurissant, en effet, de constater la chaine de défaillances. Difficile de comprendre comment, même après la crise des subprimes, même après l’affaire Kerviel, on peut gérer des sommes si importantes avec autant de dilettantisme. Et comme tu le dis, je veux bien admettre, parce qu’il ne saurait certainement y avoir un seul facteur d’explication, que l’orientation de la régulation jusque là ait contribué à la crise. Mais là, il me semblerait léger de mettre cela sur le dos de l’intervention de l’Etat. Y’a aussi des trucs tout cons qui s’appellent la rigueur et l’honnêteté.

  • Oui, mais il n’y a aucune raison d’espérer que les banquiers seront plus rigoureux ou honnêtes que les avocats, les journalistes, les politiques, les flics, les profs, les charcutiers, les géomètres, les plombiers, les toubibs…

    Bref, pointer la négligence, la malhonnêteté ou l’avidité est pertinent mais ne fait pas tellement avancer le schmilblick. La question demeure : quelles dispositions mettre en place pour que ces comportements soient découragés?

  • Non, certes, Liberal, il n’y a pas de raisons d’espérer, dans l’absolu, que les banquiers soient plus honnêtes que d’autres. En revanche, il serait un peu rapide de les déresponsabiliser pour placer le tort sur une règlementation inefficace. Il me semble que, même si nous avons tous notre face noire, nous ne devons pas nous reposer sur le système ou la loi ? Tiens, au demeurant, est-ce qu’il n’y a pas un petit côté paradoxal à accorder tant d’importance au système, aux structures, pour un libéral ?

    Bon, et puis tant que j’y suis, un type qui commet un braquage, est-ce de la faute du système, pas assez performant pour le dissuader de braquer ?

    On a probablement deux niveaux de réflexion, ici : l’organisation sociale, et la responsabilité individuelle. Et si ta question reste valide, elle n’invalide pas le fait que ces banquiers soient responsables (ce qui ne signifie pas que les banquiers soient responsables). En bref, la réflexion sur la structure ne doit pas exonérer de responsabilité les personnes ou, pour faire davantage plaisir aux libéraux, les individus.

    Au demeurant, en ce qui concerne les banquiers, on relèvera tout de même un petit côté récurrent et casse-couilles, ces derniers temps.

  • Koz a écrit:

    Il me semble que, même si nous avons tous notre face noire, nous ne devons pas nous reposer sur le système ou la loi ?

    C’est ce que finit par dire Liberal en fait… mais cette constatation est quand même celle que l’on peut faire à propos d’absolument toute activité humaine. C’est ce qui devient un peu fatiguant dans les oui, mais… le système financier ne diffère dans ce cas pas des autres systèmes.

    Et la conclusion de Libéral : « La question demeure : quelles dispositions mettre en place pour que ces comportements soient découragés? » est exactement ce que se pose tout législateur dans le domaine civil ou pénal visant à réglementer une activité afin d’en limiter les dérives.

    Dans ce cas, pourquoi ce fuzz à propos du marché et des éventuelles régulations ? Pourquoi le marché serait différent de toute activité humaine ? Que l’on parle des avocats, des médecins, et des autres sociétés similaires, toutes ont un code de déontologie que chacun s’éfforce de suivre (où échoue, selon…).

    Les violations du serment d’Hippocrate (ou des codes subséquents) sont sanctionnées par parfois des exclusions et des interdictions d’exercer. Les décisions des régulateurs au sein des ordres constitués rendent même des décisions indépendamment des décisions judiciaires dans une certaines mesure.

    Je ne dis pas que ces systèmes sont parfaits et peut être certaines dispositions ont des effets pervers elles aussi dans ces professions, mais personnes au sein de celles-ci ne songeraient à pousser soit des cris d’orfraies lorsque ces principes sont appliqués, soit à prétendre que tous les codes d’éthique doivent être bannis et que la seule règle de la concurrence va suffire à auto-réguler les activités médicales pour ne citer qu’un exemple.

    Bien sur, on va dire, qu’il y a une différence de responsabilité entre un banquier et un médecin. L’un a droit à l’erreur, l’autre pas. Sauf que…. une crise économique peut tuer, elle aussi. Et que les banques sont dans une position et se sont mises dans une position volontairement pour s’auto-protéger (en fait pour que l’état soit bien forcé de les protéger) qui fait que leurs erreurs et leurs errements deviennent une catastrophe économique globale.

    Et si, certaines activités à risque, qui peuvent présenter des avantages incontestables parfois, ont aussi la potentialité d’entraîner dans leur chute un pan entier de l’économie d’un pays, c’est qu’elles ne doivent juste pas être autorisées. Sans attendre que la règle de la concurrence fasse son œuvre. Ou que la règle de la sanction de l’échec agisse. Parce que ce sont des cadavres que l’on ramasse, pas seulement une perte sèche pour quelques actionnaires. Si l’avantage est d’aider à fluidifier le marché, et bien, il est peut être utile de repenser à d’autres systèmes pour ce faire.

    Des activités risquées qui présentent des avantages, il y en a des milliers. Faire du trapèze sans filet permet d’attirer plus de spectateurs en mal de sensations fortes, mais après quelques cadavres ou d’hémiplégiques retirés de la sciure, le législateur a choisi un jour d’en interdire la pratique. Lorsque le lion peut sauter de la piste et tuer des spectateurs, personne, même les nostalgiques de la tradition du cirque ne pourraient s’offusquer véritablement d’une loi imposant l’installation d’une cage. Même si il y a moins de frissons.

    Dans les banques il y a des gens qui s’amusent encore à dompter sans cage devant des spectateurs qui ne connaissent même pas les risques qu’ils courent. Pas seulement quelques traders isolés d’une institution financière mal gérée, d’autres avec d’autres « produits » qui vont nous exploser au nez dans quelques mois/années.

    De tous les financiers, spécialistes, DAF, etc. qui se sont pointés sur Koztoujours, pas un, n’est venu avec la moindre idée de solution (à part Lib en fait). Et tous, on soulevé les épaules à la moindre idée de régulation, de sens déontologique, de fond éthique sur lesquels ces réformes pourraient être construites.

    Henri avoue qu’il ne sait absolument pas quoi faire (sinon il serait au G7 dit-il) – il jongle aussi avec la poule et l’oeuf pour nous renvoyer le problème en disant que nous, petits épargnants sommes tout aussi coupables de cupidité que les banquiers de la City. Sauf que bien que ce soit vrai sur le fond, il reste que le petit retraité qui veut faire fructifier ses économie ne peut pas entraîner la chute éonomique d’un pays. Et même les petits rentiers pris collectivement, ne peuvent pas faire chuter l’économie globale. A un petit rentier dont les canines du dentier raclent le sol, le banquier pourrait facilement lui dire NON. Au banquier, personne au dessus de lui n’ose lui dire quoi que se soit parce qu’il s’est entouré volontairement de la plus grande des opacités au point que plus personne n’y comprend rien.

    Mais p’tin, si ces gens s’estiment experts et spécialistes au point d’avoir un avis meilleur que les autres sur ces questions, qu’ils sortent leur CV long comme mon bras, leur background technique, leurs neurones, leurs carnets d’adresses épais comme les emmerdes que je rencontre en ce moment en tant que gérant d’une PME, leur portable plaqués or et qu’ils se bougent, qu’ils fondent un club, un parti, un think tank, qu’ils pèsent quelque part pour nous pondre quelque chose de viable. C’est peut être ça, « être responsable » aussi, non ? Mais par pitié, plus de oui mais…

  • Tous les incidents bancaires remontés jusqu’aux médias ces derniers mois sont relatifs à l’utilisation des produits dérivés, qualifiés par les acteurs du système de « technologie financière moderne ».

    Je pense que le déni de responsabilité se niche dans la nature même du produit dérivé. A mon modeste niveau, je cherche encore à comprendre le bénéfice pour l’économie réelle de ces produits. Je ne suis pas le seul: au sujet des dérivés, Antoine Bernheim déclarait il y a peu au magazine Challenges « quand je ne comprends pas, je ne prends pas ».

    On peut définir un crédit par trois critères : le montant consacré, la rémunération de l’acte de prêter, et le risque pris par le prêteur. De ce que j’ai compris, le socle des produits dérivés est l’acte de titrisation d’une dette contractée. Cette création de titres, dans les conditions actuelles du marché, revient à séparer les deux premiers critères du troisième, à des fins de créer une source supplémentaire de rémunération pour l’intermédiaire à l’initiative de cette titrisation.

    On prétend que la titrisation a pour vertu de favoriser la circulation de liquidités entre les opérateurs financiers. J’attends encore qu’on me démontre le bénéfice qu’en tire l’économie réelle. Sur les blogs ou forums où je pose la question, personne ne me répond.

    Personnellement, à défaut de justification de leur bénéfice pour l’économie réelle, je suis pour l’interdiction pure et simple des produits dérivés. Position évidemment utopique. Dès lors qu’on considère qu’il est impossible de les interdire, la responsabilité première revient à ceux qui autorisent leur mise en marché, et à ceux qui notent positivement ces produits sans garantie de leur stabilité.

    Aucun produit sans finalités clairement exprimables pour l’économie réelle ne devrait passer le filtre de la mise en marché. L’argent est un moyen d’échange, un moyen de faire tourner l’économie, il est assez délirant d’en faire une matière première maléable à l’infini par des intermédiaires cupides.

  • Michel B. a écrit:

    On prétend que la titrisation a pour vertu de favoriser la circulation de liquidités entre les opérateurs financiers. J’attends encore qu’on me démontre le bénéfice qu’en tire l’économie réelle. Sur les blogs ou forums où je pose la question, personne ne me répond.

    Je ne peux pas m’empêcher d’être pris de vertige, parfois, devant le système financier et je peux me poser une question similaire : les fonds circulent, circulent, soit, mais y’a-t-il un intérêt à cette seule circulation si jamais ils n’irriguent quelque chose de tangible ?

    Bon, cela dit, je ne fais qu’exposer mes lacunes en matière financière.

    Michel B. a écrit:

    Aucun produit sans finalités clairement exprimables pour l’économie réelle ne devrait passer le filtre de la mise en marché. L’argent est un moyen d’échange, un moyen de faire tourner l’économie, il est assez délirant d’en faire une matière première maléable à l’infini par des intermédiaires cupides.

    Voudrais-tu parler d’une refondation du capitalisme ?

  • Koz a écrit:

    Voudrais-tu parler d’une refondation du capitalisme ?

    Si refondation signifie remettre du sens, je te réponds clairement oui.

    Même s’il s’est révélé le système le plus satisfaisant, le capitalisme ne sait pas générer de sens ou de perspective long terme. On élude la question en se convaincant qu’il génère du mieux et donc que demain sera meilleur. Ce n’est plus forcément vrai, l’absence de sens pèse de plus en plus sur notre cohérence sociale.

    Le capitalisme n’est au fond qu’un outil, et c’est probablement le bon pour franchir les premières étapes du développement industriel. C’est d’ailleurs dans ce contexte et au service de cette finalité qu’il a été imaginé, théorisé.

    A cet égard, je trouve frappant que les gros pays émergeants soient moins touchés par le délire financier de ces cinq dernières années : leurs classes moyennes ne sont pas ou peu endettées, l’écart est moins indécent entre la croissance économique réelle et les rendements financiers exigés, et les acteurs financiers y sont moins structurés. L’outil « capitalisme » est adapté à leurs besoins à ce stade de leur évolution.

    Dans nos démocraties occidentales ayant atteint une certaine maturité économique, peut-être qu’un de nos problèmes est que nous confondons le sens, le projet, avec l’outil ou l’idéologie. Nos débats politiques et de sociétés sont trop souvent centrés sur le modèle à appliquer (genre « je sais mieux que toi comment il faut faire »), sans se demander vraiment où on veut aller. Une question de sens, et de valeurs en quelque sorte.

    Refonder le capitalisme pour le remettre au service de valeurs, pour que l’outil soit utilisé dans le but de finalités claires. Ce ne serait pas un luxe.

    Comme il ne serait pas non plus luxueux de trouver le moyen d’inscrire l’action politique dans une perspective moins court terme. La Constitution peut être un outil pour cela.

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