Au milieu de la nuit…

Don Dysmas de Lassus ne pouvait pas savoir que son texte paraîtrait alors qu’un chêne venait de chuter lourdement, provoquant douleur et sidération. Le géant Vanier lui-même avait adhéré aux pratiques et théories ineptes du père Thomas Philippe. Alors, soumis à ce nouveau coup dans les assauts répétés de l’impensable, de la trahison et du dégoût, on se prend à se demander quel mystère nous garde encore dans cette Eglise. Est-ce la lâcheté, est-ce l’habitude ? Est-ce la crainte de quitter notre cercle social ou l’angoisse d’affronter une vie sans espérance ?

Mais la Providence fait bien les choses. Alors que le fracas résonne encore, que le tourment ne s’apaise guère, les mots de Dom Dysmas poussent à voix basse. Ils viennent d’un homme qu’on ne changera pas en idole. Il est inconnu du grand public, voire du public catholique. Prieur de la Chartreuse, il est silencieux et cloîtré. Mais ses mots nous viennent du fond des âges de l’Eglise. Ils montent depuis les Règles de saint Benoît et de saint Bruno pour raviver le visage de cette Eglise que l’on a voulu connaître, et la spiritualité catholique en laquelle nous espérons – encore.

Son livre devrait être lu par tous, des supérieurs aux novices, des cardinaux aux fidèles, comme un vaccin et comme un antidote. Il s’intitule Risques et dérives de la vie religieuse mais il n’est ni un exposé ni une simple réponse aux déviances : il rappelle la sagesse véritable de la vie chrétienne. Les agresseurs sexuels empruntent-ils à la gnose pour laisser croire que l’âme peut se désintéresser de ce que vit le corps, et se parer ainsi de la pureté de leurs âmes tout en violant les corps ? Il souligne que « le mépris de l’humain est un mépris du Christ. Le Verbe s’est fait chair et non ange ». Il expose l’imposture des vœux que certains ont exigé de religieux, et même de simples fidèles. Et plus encore, il rappelle la bonne mesure de l’unité, de l’humilité, de l’obéissance, du don de soi, ces vertus chrétiennes que des abuseurs absolutisent à leur profit mais qui, justement vécues, unissent leurs effets pour offrir à ceux qui les cultivent joie et paix, amour et patience, bonté et bienveillance (Ga 5, 22). A force, on l’oubliait : sous la gangue de ses perversions, cette heureuse et libératrice sagesse existe, et nous attend.

Ainsi, peu à peu, au milieu du Carême, se dessine la face du Christ, venu apporter la Vie mais abandonné, trahi et cloué en Croix une fois encore. Alors on comprend mieux pourquoi on n’abandonnera pas.

Chronique en date de quelques jours plus tôt voire la semaine d’avant

Photo by Matthew Henry on Unsplash

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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