Yves Duteil

Autour de la table, ma famille. Ma femme, en face. Mes trois enfants. Ma fille nous raconte qu’elle ira assister à un spectacle, un opéra, avec sa classe. Avec sa classe, elle chantera l’Opéra. iPhone > Deezer : je cherche « Yves Duteil ». On écoute. Elle chante. J’essaie de l’inviter à chanter un peu plus enlevé. Les enfants battent des mains. Vient « Prendre un enfant par la main ». Ils ont les yeux dans le vague. « Prendre un enfant par la main », on s’en est moqué…

Mais face aux miens, repassent ces mots : « Pour lui donner la confiance en son pas », « sécher ses larmes en étouffant de joie »… « vivre sa vie des années puis, soudain, prendre un enfant par la main ».

On cherche la vérité, un chanteur la révèle. Avec une voix une guitare sèche. Yves Duteil. On cherche la vérité et puis elle est là, si simple. Dans les yeux de ses enfants, leur peau, leurs larmes. Dans les boucles des cheveux de sa femme. Virages. Une brise légère, un ruisseau, le vert d’un roseau léger, les accords d’une chanson, des mots. Eux sont immuables. Aussi loin que porte le monde, un homme, une femme, a écouté le bruit du ruisseau, senti la brise, admiré la tendresse du vert des arbres. Et pris un enfant par la main. Mis des mots ensemble pour tenter de le dire, chercher la musique pour ajouter l’indicible. Au plus loin que l’on pense, tous l’ont cherché.

Sur son blog à part, je lis :

Nous traversons ensemble une actualité fulgurante dans ses bouleversements, mais notre « Une » à chacun est faite de moments plus intimes et d’aspirations profondes qui nous relient par des sentiments partagés en secret, sans savoir ce qui nous rend semblables au-delà de nos différences.

Pas surpris d’avoir vu ainsi confirmée mon émotion, et mon intuition. Yves Duteil cherche à rejoindre ce qui nous rend semblables, ce qui nous relie. Pas surpris de l’avoir lu dans « Panorama, le mensuel chrétien de spiritualité », lui le petit-neveu de Dreyfus.

Yves Duteil. La bio Deezer dit que « prendre un enfant par la main » a été consacrée meilleure chanson du XXème siècle par les lecteurs de Notre temps. Le baiser de la mort, peut-être. Je les vois, ceux qui ont souri à la seule lecture du titre. Y’en a pas tant qui revendiqueraient l’émotion ressentie en l’écoutant. Il y a tant de fêlures marketées, de tumultes pour éviter de penser, alors… Peut-être faut-il être un enfant ou un senior pour accepter que la vérité soit simple. Que peut-être même c’est la simplicité qui la définit. « La vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance« .

Du coup, j’écoute Yves Duteil. Loin, DSK. Loin, la primaire. Loin, Lefebvre. L’installation, le déménagement. J’écoute Yves Duteil, et je me dépêche. Je vais rejoindre les miens.

Tu m’envoles.

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d'un titre. Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire - Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

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26 comments

  • Bien… je serai le dernier sans doute à critiquer les paroles de ses chansons. Ma petite enfance a été bercée par ces mélodies simples. Ces paroles faciles à retenir. Je n’ai jamais trop compris les esprits chagrins qui s’en moquaient. Je comprend encore ceux qui, écoutant justement les paroles de « prendre un enfant par la main », crurent d’y voir un attrait coupable pour les enfants (avaient-ils eux-mêmes l’esprit mal tourné ?).

    Enfin voilà, je ne savais pas qu’Yves Duteil continuait son chemin. Si Dieu le veut, j’espère pouvoir faire partager à mes enfants l’incomparable douceur de ses chansons 😉

    Alors merci Koz pour ce témoignage que je partage, autant qu’il m’est possible.

  • ben merci, de sortir de ton trésor du neuf … et de l’ancien! c’est vrai, quoi, on restaure bien des vieilles maisons, on met bien des vêtements « vintage », alors pourquoi pas la chanson ordinaire? à cause des marketeux? pas question.

  • Très beau billet. Ces sentiments, des milliers et des milliers de personnes les ressentent au plus profond d’eux-mêmes sans pouvoir trouver les mots qui disent ces choses-là simplement avec la justesse qu’il faut. Merci. Hélios

  • IL reste un des Grands de ma chanson française sans doute parce que sa recherche musicale est celle aussi d’un homme engagé, amoureux et ouvert sur le monde et au-delà… Je garde le petit mot qu’il m’a envoyé à l’occasion de mon ordination comme un beau clin d’oeil sur le chemin de l’humanité

  • Se moquent ceux qui veulent se sentir plus intelligents qu’autrui et qui croient utile de mépriser l’expression sincère du coeur de l’homme. On peut trouver mièvres ces émotions, mais elles sont éternelles et aucune ironie n’y changera rien.

  • Bonsoir,

    je n’aime pas particulièrement la musique d’Yves Duteil, mais je suis ravi si cette chanson résonne avec ton expérience, et celle d’autres lecteurs de ce blog.

    On se surprend d’ailleurs parfois à associer des sentiments à des chansons dont on a un peu honte. Ainsi, à une époque où ma chère et tendre était très loin, je me repassais en boucle « chanter pour ceux qui sont loin de chez eux ».

    Je suis aussi d’accord que l’essentiel de notre vie est fait de nos actions ‘privées’, notre famille, notre travail… Je pense que la société a besoin d’être dépolitisée, et recentrée sur notre sphère privée.

    Pour terminer, et en parfaite contradiction avec tout ce que j’ai dit avant, voici quelques paroles d’une chanson d’Iron Maiden (il y a aussi des textes dans le hard-rock, même si on ne les entend pas):

    As we kill them all so God WILL know his own. Laugh at the darkness and in God we trust. The eye of the triangle smiling with sin. No passover feast for the curse of within. Facing the sun as they went to their grave. Burn like a dog or you live like a slave. Death is the price for your soul’s liberty. To stand with the Cathars and to die and be free. At the gates and the walls of Montségur. Blood on the stones of the citadel. »

  • Je ne le dis pas souvent. Je le cache même. Mais j’écoute Yves duteil dans mon balladeur le matin… Prendre un enfant par la main est loin d’etre ma préférée. Il en chante bien d’autre si belles ! Ça me touche de me dire que d’autres sont touchés par ses chansons.

  • Je ne crierais pas au génie non plus, mais les mélodies et surtout la poésie d’Yves Duteil sont d’un grand talent. Et puis il ya les qualités personnelles du bonhomme. Perso, je conseille «la langue de chez nous» et «les murs de la prison d’en face». Enfin, si Duteil est raillé, je pense que c.est parce qu’il n’appartient pas au clan des chanteurs cool. Il ne pisse pas dans les avions, il ne prend pas de drogue, et il n’est pas de gauche!

  • Bonjour, bonjour

    J’adhère à ce très joli hommage et plusieurs des commentaires. Pour ma part j’ai adopté Yves Duteil depuis ses débuts. C’est un formidable compagnon de route qui comme chacun de nous, continue d’avancer à son rythme et au rythme du monde. Bien souvent j’ai fait rire mes amis… mais le virus dont j’étais atteinte sur eux s’est acharné, les voilà désormais, par ses chansons, accompagnés. A mon tour de sourire. Et mes enfants ?!!!! Combien de fois les ai-je surpris à fredonner ce dans quoi ils avaient baigné, je ne pensais pas les avoir autant « vaccinés »… à doses homépathiques tout de même mais pleines d’efficacité. Maintenant, quand je tiens mes petits-enfants dans mes bras, je les berce avec bien des refrains. Jamais je n’ai autant été émue par ce « Prendre un enfant par la main »… et de me dire que si la vie me donne encore un peu de temps, j’aimerais être un peu de ce chemin pour ces bambins.

    Pour tous ces mots posés sur nos maux ou nos simples bonheurs avec autant de poésie, je dis un grand MERCI ! Et fasse que pendant longtemps encore « les arbres de la Terre qui se sont tendu les mains, par delà les frontières, au-dessus des humains….que le parfum de leurs fleurs, la pulpe de leurs fruits ne déversent pas en vain au fond des coeurs meurtris… des torrents de douceur et des flots d’harmonie ». fasse que « les hommes ne perdent pas la source de leur vie ». (dans « La légende des arbres »)

    Avec grande hâte j’attends ce qui, en cet été studieux, s’est écrit et s’écrit encore.

    Bonne journée.

  • Avec l’Opéra, votre fille pourra cueillir tout le bonheur (fr)agile d’Apprendre.

    Je lui souhaite de grandir en étant assurée que sa famille balise soigneusement son parcours en fredonnant Si J’étais Ton Chemin…

    Et qu’un jour peut-être, elle sache que les mots de la chanson qu’elle appris, sont connus à 8 000 km de Paris, par Deux Enfants du Tamil Nadu…

    Oui, Yves Duteil, l’artiste, l’homme, est bien loin de n’appartenir qu’au passé…

    Merci pour votre très beau billet.

    eMmA

  • Bonjour,

    Que d’émotion !!! à l’ouverture de l’ordinateur ce matin. Je ne m’attendais pas à un hommage aussi touchant et tellement plein de vérités. Les commentaires sont en HARMONIE avec ce billet. Et je ne vois pas ce que je pourrais ajouter. Jocelyne et Emma ont écrit très exactement ce que je ressens.

    J’ai ouvert mon blog avec  » le bateau YVES » : : http://lapeyreannie.canalblog.com/

    Vous y trouverez les vidéos des chansons suivantes:  » Pour les enfants du monde entier » /  » La note bleue » /  » Apprendre »/  » La légende des arbres »/  » Les dates anniversaires » / » Les corses » / « Les gens sans importance »

    Ma petite fille Coralie est devenue une vraie Duteillophile depuis que je lui ai offert il y 2 ans le double CD pour les enfants. C’est elle qui me souffle si j’ai un trou quand nous chantons ensemble. Et à l’école où je fais la lecture, j’offre souvent une chanson d’Yves à la fin comme récompense s’ils ont été sages et attentifs.

  • Matthieu a écrit ::

    En miroir à ce billet, tes enfants écouteront peut être un jour « Mon vieux » de Daniel Guichard !

    J’écoute déjà parfois « mon vieux » en pensant à mon père, amateur de Guichard, il y a 40 ans. Et j’aime bien la gouaille de Guichard. Pas sûr toutefois que, dans 30 ans, mes enfants auront la même référence.

    Gwynfrid a écrit ::

    On peut trouver mièvres ces émotions, mais elles sont éternelles et aucune ironie n’y changera rien.

    Ils doivent être au-dessus de ça. Bon, ben, tant pis, parce que pas moi.

    xav a écrit ::

    Prendre un enfant par la main est loin d’etre ma préférée. Il en chante bien d’autre si belles !

    Ce n’est que la plus connue mais, justement, ça m’a touché de voir comme ces mots entendus cent fois ont pris leur sens hier. Quant à mon iPhone, il ne recèle pas beaucoup de musiques du top 50 actuel. Du fado à Pink Martini, en passant par Carlos Nunez, Denez Prigent (en passant sous silence quelques concessions du style Jeff Buckley ou un Calogero), je ne me soucie pas vraiment d’être à la pointe de l’actu musicale…

    lechafouin a écrit ::

    Je ne crierais pas au génie non plus

    Ca sert à rien de crier, de toutes façons. Mais je passe en revue iTunes et, sans crier, j’ai peu d’occasions de m’extasier. Trouver les mots, les mélodies, pour toucher le plus grand nombre non pas par concession au marketing mais parce que l’on rejoint la simplicité de l’émotion de chacun, sans chercher la provocation ni la fausse souffrance, l’autodestruction promotionnelle, c’est pas con, tout de même.

    @ Jocelyne-Jane, @ eMmA, @ Armony : bienvenue aux fans d’Yves Duteil, et merci à lui d’avoir mis un lien sous son dernier billet 😉

  • ça doit être la pudeur qui empêche d’entendre prononcer trop explicitement les sentiments, les intuitions qu’on sait profondes et secrètes. Et parfois, le manque de pudeur me gêne. Publiquement tout au moins. De là cette défiance / à Duteil…, sans doute.

  • Texte en Hommage à Yves que j’ai écrit à la suite de son passage dans  » vivement dimanche » le 13 septembre 2009  » « J’ ai pour notre grand poète, une admiration immense, doublée d’une infinie tendresse. C’est un homme rare qui nous tire vers le haut, avec l’envie de devenir meilleur chaque jour. Le soutenir, c’est à travers lui, indirectement, défendre des causes justes et nobles. Les vieux clichés vivent leurs derniers jours, notamment, cette image du gentil troubadour, le bûcheron de la chanson, plutôt un ébéniste d’art, eu égard à la qualité des textes et des musiques. Ceux qui étaient restés sur » le petit pont de bois » en train de danser la » tarentelle » vont avoir envie de découvrir » sans attendre » les autres chansons qui nous interpellent sur des sujets qui nous touchent. » Yves n’a jamais cessé d’être en constante évolution aussi bien dans ses textes que dans ses musiques, en fonction de la société qui nous entoure.

  • Merci pour ce billet! Je revois la tête de mes camarades de fac l’an dernier quand je suis allée, avec un courageux copain, écouter Yves Duteil. Eux revenaient du concert de Muse (que j’aime, évidemment, comme tout le monde…). Difficile de leur dire que Virages est l’une des plus belles chansons jamais écrites sur l’amour au quotidien. « Prendre un Enfant par la Main »… symbole du côté un peu gnan gnan de Duteil mais en même temps, tout ce qui est dit dans ce billet est vrai. La « suite » de cette chanson : « Si J’étais Ton Chemin » : on aimerait tous que son père ait envie de la chanter, celle-là!

  • Voilà un billet chaleureux qui me rappelle un souvenir: c’était en 1977, le baptême de notre second fils. Comme j’avais reçu ce sacrement un an plus tôt, je m’étais très impliquée dans la préparation de cette célébration. A celle-ci,je désirais apporter ma touche personnelle, souhaitais l’ouvrir par une note qui d’emblée allait rejoindre le coeur de chacun et unir l’assemblée. Et c’est ainsi que , pour cela, j’ai proposé au prêtre cette chanson que j’aimais beaucoup à cette époque:  » Prendre un enfant par la main. » Ensuite, je ne sais pas trop pourquoi, je n’ai plus écouté Yves Duteil. Peut-être une musique qui ne m’enchante pas trop. Bizarrement, maintenant, quand je chante avec mes petits-enfants, ce sont plutôt des chants simples liturgiques. Mais je vais la réécouter…

  • Dès qu’on sort du chemin de la « coolitude », on retrouve celui du bonheur. Merci pour ce billet qui nous rappelle l’évidence.

  • J’écoute « Virages » en boucle depuis que je l’ai récupéré par erreur sur le DD d’un pote. Et j’aime beaucoup. C’est exactement le genre de texte que j’aimerais écrire pour mes morceaux, très simple et très juste, et très profond, finalement.

    Va falloir que je réemprunte ce DD, pour récupérer le reste « par erreur » (j’ai – hélas – mon orgueil d’ex-metalleux… Je me soigne.)

    Et ce chouette billet devrait m’y aider 🙂

  • Yves Duteil, c’est aussi un élu…le maire de Précy sur Marne 🙂

    Un homme qui s’engage donc concrètement au delà des mots.

  • Lib a écrit ::

    Dès qu’on sort du chemin de la « coolitude », on retrouve celui du bonheur.

    J’aime beaucoup !

    Merci Koz pour cet hommage tellement mérité. « Prendre un enfant par la main » c’est un peu l’arbre qui cache la forêt, comme « l’Aigle noir » pour Barbara. L’œuvre d’Yves Duteil c’est à la fois cette chanson bien connue… et aussi d’autres choses moins doucereuses et tout aussi riches.

    En plus léger, j’aime bien « John ».

  • « En regardant le mur de la prison d’en face »…

    J’y vais deux fois par semaine, dans cette prison, qui sera peut-être remplacée bientôt par « les grillages ouvragées, d’un parc… » pas abandonné, bien sûr ! J’y vais deux fois par semaine pour visiter un enfant (parce que c’est encore un enfant) que personne n’a « pris par la main, pour l’emmener vers demain, pour lui donner la confiance en son pas ». Et, quand j’y vais, je « prends un enfant pour le mien ». En espérant…

    J’ai adoré Yves Duteil, ado. Puis j’en ai eu marre, à force d’entendre « Prendre un enfant… » à tous les baptêmes. Peut-être parce que cette notion d’adoption, qui est le coeur de la chanson, était oubliée. « Prendre un enfant pour le sien », même s’il ne l’est pas par le sang et qu’il ne le sera jamais par la loi.

    Et vous me renvoyez, là dessus, Koz, au « Mur de la prison d’en face » et à tous ces « enfants du monde entier Qui n’ont plus rien à espérer » Et qui, pourtant, espèrent quand même.

  • C’est la première fois que je visite ce site,recommandé par mon frère, et je frétille en lisant ce billet consacré à Yves Duteil ! Dans six mois,j’aurai trente ans,et je pourrai me repasser en boucle sa chanson consacrée à ce bel âge.En attendant,je guette les prochaines dates de concert dans le Sud-Ouest…Merci pour ce chouette billet,j’y souscris complètement,et je m’en vais de ce pas réécouter « les p’tites casquettes » car vous m’avez bien redonné la pêche !

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