Pour une nation éducatrice

Tous éducateurs ! Et vous ? - Pour une société éducatriceVous souvenez-vous de l’« imam de Brest » ? Celui qui expliquait aux enfants que ceux qui aiment la musique seraient transformés en singes et en porcs ? Sauf à pénaliser la crétinerie, nous ne pouvons juridiquement rien contre lui. Notre unique ressort, notre seule chance, vient de son assistance, vient des enfants. Rien n’est possible, si ça ne vient d’eux. Si, d’eux-mêmes, ils accueillent ces propos comme il se doit, qu’ils soient hilares ou apitoyés par la bêtise. Rien n’est possible sans l’éducation de ces enfants. Mon propos n’est pas d’affirmer qu’il faudrait se consacrer à l’éducation en raison de la menace que fait peser l’islamisme sur notre société. L’éducation mérite mieux.

Mais si vraiment, comme beaucoup en politique, vous ne raisonnez qu’en termes de priorité, dites-vous que si les mobilisations politiques, actions policières et les procédures judiciaires sont des remèdes à ce poison qui nous mine, l’éducation est le vaccin. Une nation, comme une maison, se bâtit sur le roc. Et l’éducation, ce sont les fondations d’une Nation. Il serait enthousiasmant de penser toutes nos actions, de penser notre pays par l’éducation, et pour elle. C’est bien le propos de Marc Vannesson, délégué général de Vers le Haut, dans son ouvrage, Tous éducateurs ! Et vous ?

Marc Vannesson assigne à l’éducation au moins six objectifs pour contrer la barbarie, que je reprends ici avec une pensée particulière aujourd’hui pour les victimes des attentats du 13 novembre 2015, sans leurs développements :

  1. La maîtrise du langage, premier rempart contre la violence et l’ignorance;
  2. Une culture partagée, pour répondre au besoin d’enracinement;
  3. L’amour de la vérité, un goût de l’intériorité et une colonne vertébrale;
  4. Des compétences, du courage et de la créativité, pour contribuer à la construction de l’avenir;
  5. Une capacité à la relation, qui permet de s’inscrire dans une communauté politique;
  6. Des expériences positives, des sources d’imagination, une ouverture sur la beauté du monde.

Le livre a ce mérite d’élargir l’horizon. Il est, bien sûr, largement consacré à l’école mais sans se perdre dans un énième débat sur la méthode de lecture, que l’auteur brocarde gentiment : il est pour beaucoup l’alpha et l’omega de notre réflexion sur l’école.

Il est certes largement consacré à l’école et il approfondit la réflexion sur certaines questions connues, telles que le recours aux notes, l’usage du numérique dans les établissements. Mais il fourmille aussi d’exemples concrets, issus des rencontres, des auditions et déplacements de l’auteur. Travaillant en partenariat avec les Apprentis d’Auteuil, il témoigne de nombre d’initiatives prises ou soutenues par eux. Ainsi des Maisons des familles, ou de l’initiative de ce jeune marseillais qui, voyant une boutique vide dans un centre commercial, est parvenu à se la faire prêter pour y mener une expérience innovante : formation en arrière-boutique, mise en application immédiate devant les clients. Marc Vannesson s’interroge aussi sur l’adaptation de notre modèle éducatif, une organisation pyramidale quasi-inchangée alors que nous sommes passés de 30.000 bacheliers dans les années 50 à 600.000 en 2015.

Et il a la grande vertu de décloisonner le sujet. Quand il prône l’autorité que donne l’exemplarité, ce n’est pas uniquement celle des maîtres, mais des parents. L’éducation, pour lui, c’est encore l’éloge du dialogue en famille. C’est notre rapport à nos enfants : des dons ou des projets ? C’est aussi le soutien à la parentalité et à la stabilité des familles. C’est une réflexion sur notre propre usage des outils numériques, dans le cadre de la réflexion sur l’économie de l’attention : Marc Vannesson y évoque l’initiative Time well spent. Cette réflexion sur l’usage des outils numériques, elle vaut pour nos enfants, nos adolescents, elle vaut aussi pour nous, et l’exemple que nous voulons leur donner. Marc Vannesson ne laisse pas l’éducation au seul système éducatif, il y intègre l’entreprise – évidemment au travers de l’apprentissage mais aussi, « comme employeurs de parents » et au travers de sa communication publique, de ses publicités : transmettent-elles des valeurs éducatives ? La question n’est pas de légiférer, d’imposer une nouvelle mission à l’entreprise mais de l’inciter à intégrer cette dimension dans son rôle public.

Ce décloisonnement passe encore par le dynamitage d’une idée convenue : l’éducation aux parents, l’instruction aux maîtres. Si la distinction part d’une bonne intention – rappeler leur responsabilité première aux parents – Marc Vannesson le rappelle : les enfants ne se saucissonnent pas. Tous les adultes éduquent. Et, comme il le fait remarquer avec pertinence, il est tout de même piquant de constater que, lorsque la France était dotée d’un Ministère de l’Instruction Publique, les maîtres n’hésitaient pas à éduquer – notamment par la morale – et, depuis qu’elle tient un Ministère de l’Éducation Nationale, on les assignerait à la seule instruction.

A travers cette vision globale et percutante, toute entière inspirée de notre vocation à tous, Marc Vannesson propose une nouvelle alliance, une alliance éducative, indispensable et fondatrice pour répondre aux enjeux économiques, sociaux, ou sécuritaires du pays.

C’est un prisme, c’est une disposition d’esprit, c’est une nécessité : nous devons tous être éducateurs. Plus qu’une start-up nation, faire de la France une nation éducatrice, voilà bien le socle d’une refondation enthousiasmante.

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d’un titre.

Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire – Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

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13 commentaires

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  • A propos du nombre élevé de candidats reçus au « bacc » chaque année, et donc admissibles a priori à se présenter en Fac, n’y a-t-il pas lieu de s’interroger aussi sur le système de notation qui « oblige » les correcteurs à gonfler les notes au-delà de la valeur réelle qu’ils donneraient durant l’année de terminale.
    Avec une telle pratique on « trompe » les candidats au Bacc en leur faisant croire qu’avec un 10 obtenu par « gonflage » ils peuvent faire des études supérieures. N’est-ce pas une sorte de dopage réalisé à l’insu des candidats ?
    Evidemment cela suppose qu’on leur ouvre d’autres portes de sortie du secondaire, et de ne pas attendre qu’ils passent le bac pour le faire.
    A ce propos il serait intéressant de connaitre quels seraient les résultats du bac en l’absence de « gonflage » ?

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    • La question est liée à celle de la sélection à l’entrée en université, bien débattue ces derniers temps. En effet, on pourrait envisager de se contenter du système actuel si les universités pouvaient sélectionner.

      Les partisans de ce système considèrent que cela permet d’élever le niveau d’éducation général, quitte à ce que la sélection n’intervienne qu’en fin de licence.

      C’est un raisonnement qui peut se tenir mais qui se heurte au fait que les facultés ne sont pas extensibles – qu’il s’agisse des locaux ou des enseignants.

      On ne peut pas accroître éternellement la population dans les établissements qui ne sélectionnent pas à l’entrée sans que cela ne se traduise, au bout du compte, par une dégradation des conditions d’étude pour tous.

      Marc Vannesson évoque d’ailleurs cette question de façon intéressante, car non dogmatique, recherchant cet équilibre entre le souci légitime d’élévation du niveau général et la réalité pour certains, à savoir que le système français débouche sur une dévalorisation des filières professionnelles dans l’esprit des élèves et des parents, alors même que de nombreux jeunes s’y épanouiraient bien davantage et pourraient y développer des compétences et des talents utiles.

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  • Je finis un autre ouvrage qui aborde la question de l’éducation et du numérique (« La guerre des intelligences », de Laurent Alexandre) sous un angle à ce point désespérant (celui du transhumanisme) que lire que d’autres entendent faire des enfants autre chose que des projets destinés à êtres « neuro-augmentés » est un soulagement… Je ne sais pas si vous avez parcouru ce livre du Dr Alexandre : il n’est pas très bon, mais il est intéressant à lire pour savoir quelles sont les convictions de ceux qui défendent l »intelligence artificielle » appliquée à l’homme.

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      • c’est que je me suis mal exprimée : le sujet de l’intelligence artificielle paraît folklorique au premier abord, mais des types comme L. Alexandre ont pignon sur rue dans des ministères (encore un article dans le Figaro aujourd’hui sur le sujet de l’IA). Il peut être intéressant de connaître la pensée qui se cache derrière, même s’il faut pour cela affronter une prose un peu lourde.

  • La tentation de « sous-traiter » l’éducation à la seule école est grande, y compris pour les cathos qui mettent leurs enfants dans une école « catho ».

    Il faut y résister car quand bien même on ne désespérerait pas de faire bouger le système éducatif français, tout changement sera lent, incomplet, etc.

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  • « L’amour de la vérité, un goût de l’intériorité et une colonne vertébrale » ? Voilà qui résonne très étrangement.
    Ce point est-il détaillé dans l’ouvrage ? Est-il fait référence à une vérité religieuse, et dans ce cas laquelle ?
    Ou bien est-il fait référence à la RECHERCHE de vérité et à ses méthodes, c’est-à-dire le doute, l’examen des preuves, le raisonnement contradictoire, etc ?
    Merci de nous éclairer.

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    • Si on « cherche » la vérité, c’est primo qu’on l’aime. Et deuxio, tout en reconnaissant que personne n’est propriétaire de la vérité, qu’on ne désespère pas de son existence.

      Rien d’un dogmatisme, mais le refus du relativisme intégral qui caractérise notre temps.

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    • L’ouvrage ne fait référence à aucune conviction religieuse. Mais, comme le souligne Aristote, la seule conviction que la vérité existe, qu’il n’y a pas _que des vérités relatives_, est déjà quelque chose à enseigner.

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  • Je n’ai pas lu le livre mais j’ai toujours un a priori favorable aux livres qui peuvent aider à construire l’école de demain. J’ai une question à poser à Koz mais aussi à celles et ceux qui le lisent et laissent des commentaires. Comment dois-je comprendre la notion de maîtrise du langage? Langage oral? ou langage en général y compris écrit? Ecrire sans faute d’orthographe peut-il être un objectif de l’école de demain? Ne faudrait-il pas inclure la notion de maîtrise de la lecture?

    « Le peuple qui a les meilleurs écoles est le premier peuple. S’il ne l’est pas aujourd’hui il le sera demain. » (Jules Simon)

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  • Le propos a l’air vraiment tres interessant et je suis d’accord que l’education est entre les mains de tout le monde. Pas forcement l’instruction.
    Je ne sais pas si le point est aborde dans le livre, mais il me semble que developper l’esprit critique et l’ouverture au dialogue devrait etre une priorite chez les enfants. Il faut se connaitre et connaitre sa base mais il faut avoir les outils pour s’ouvrir aux autres, au monde, regarder toujours quelle est l’autre face de la piece, apprendre qu’il n’existe pas de vrai ou de faux absolus.

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    • « Il n’existe pas de vrai ou de faux absolus » : disons tout de même que la terre est ronde, que l’évolution des espèces est un fait, et que l’activité humaine réchauffe le climat, pour prendre quelques exemples récents de faits niés par idéologie, ignorance ou intérêt.
      Le relativisme permanent et l’enseignement « des deux faces de la pièce » sur de tels sujets me paraît la ruine de tout projet éducatif. Expliquer pourquoi l’on sait que l’une des faces est vraie et l’autre fausse me paraît essentiel dans la construction d’une « colonne vertébrale » intellectuelle, tant pour l’individu que pour la société.

      J’en reviens à mon commentaire précédent : enseigner la manière de raisonner et la manière de cheminer au mieux vers le vrai me paraît central.

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      • Oui bien sur Jean-Luc. Effectivement, lors de la redaction je n’avais pas en tete des verites scientifiques. Donc oui, je suis 100% d’accord avec vous sur ce qui est central a savoir l’enseignement de la maniere de raisonner et de cheminer intellectuellement.
        Parce que meme pour les verites scientifiques, il faut avoir un esprit critique et ouvert pour savoir si ce que l’on sait c’est bien, mais si l’on cherchait a savoir plus ce en serait pas encore mieux. Bref, depuis Darwin, heureusement qu’il y a des scientifiques qui ne se sont pas satisfait de cela et qui ont cherche a developper la theorie, a en voir les variations etc…

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