Par chance, Madame Taubira, nous sommes même économes de notre mépris

taubiraIl faut cela pour vous sortir de la prétendue torpeur estivale.

Mais cela vous en sort net. Froidement mais assurément.

Et vous relisez la citation surréaliste au bas de l’illustration. Après l’autobiographie, elle inaugure le genre de l’auto-hagiographie.

Car l’humilité de Christiane Taubira ne souffre pas devant cette affirmation :

« Ma conscience est mon patron, et ma conscience me dicte des règles qui sont extrèmement, je dirais, élevées – elles sont dures mais magnifiques. »

Madame Taubira, placez-vous l’honnêteté au rang de ces exigences morales ?

Question rhétorique, me direz-vous : ce n’est pas le cas, d’évidence.

Je peux accepter beaucoup de choses sur les Manifs Pour Tous et Dieu sait si j’en lis beaucoup sur les réseaux sociaux. Comme tous, j’ai entendu le reproche, inévitable, d’homophobie. J’ai lu cent fois que nous serions animés par la haine. Et je veux bien, même, comprendre que certains en soient sincèrement persuadés. Parce qu’il y a des France qui ne se parlent pas, parce que ce mensonge est abondamment relayé. Mais si, comme dans tout rassemblement, une minorité a pu se montrer extrème, la haine était à cent lieues de ce qui a animé des dizaines de mes amis, jusqu’au coeur des manifestations.

Puis vient ce mensonge caractérisé de Christiane Taubira qui, une nouvelle fois, met en cause l’honneur de ces amis, en même temps que le mien.

She has been the object of similar resistances herself, she says. She once wrote that she “became black in Paris,” though not by choice, and she has not been made to forget her otherness.

In protest chants this year, opponents of the marriage bill initially identified themselves as “families” — “Taubira, you are beat, families are in the street!” — but later as “the French,” Ms. Taubira recalled, as if to cast her as a foreigner. There were more overt racist slurs, as well, she said.

“I don’t believe there have been other protests, or that it would be conceivable that a protest address another minister with the slogan ‘You are beat, the French are in the street,’ ” said Ms. Taubira, who has tight-braided cornrows and a slight vocal lilt. “There’s a message of exclusion. So, I hear it! That’s all. I want to be lucid. I know what’s going on, I know what a word means, what an attitude signifies, but it is out of the question that a word or an attitude determine my life or my behavior.”

Ainsi, non contents d’êtres haineux et homophobes, nous étions donc également racistes.

Dans un développement destiné à souligner à quel point Christiane Taubira a été victime du racisme, celle-ci explique en effet que les manifestants ont scandé « Taubira, t’es foutue, les Français sont dans la rue », de façon à la stigmatiser comme une étrangère. Il y a même eu, dit-elle, des insultes racistes plus patentes, ce qui suffit à souligner qu’il s’agissait bien de racisme.

Madame Taubira peut se permettre cette calomnie, à la fois parce qu’elle s’exprime dans une publication étrangère et parce qu’elle bénéficie d’une complaisance médiatique manifeste. Complaisance du journaliste du New York Times, qui ne met pas son propos en doute. Complaisance des medias français qui auront relayé le fait que Christiane Taubira ne supporterait pas « d’avoir un patron » – la nouvelle madone peut se permettre cet avertissement à Hollande et Ayrault – mais qui n’ont pas jugé utile de relever cette introduction.

Elle y affirme pourtant ne pas croire qu’il y ait eu d’autres manifestations qui aient utilisé un tel slogan, ou qu’il soit même imaginable qu’une manifestation vise un autre ministre avec le slogan : « __, t’es foutu(e), les Français sont dans la rue ».

Chaque Français sait pourtant que cette antienne est un classique de nos manifestations depuis des décennies. Et s’il devait subsister une quelconque ambiguïté, rappelons que ce n’est pas seulement un autre ministre qui a été pareillement visé, mais le Président de la République. Pour stigmatiser sa diversité Corrézienne, peut-être ?!

Que je le prouve ? J’ai la meilleure des preuves. Je serais taquin et devant un tribunal, j’irais même jusqu’à dire qu’elle me provient de la partie adverse (les meilleures) : un journaliste du Monde.

 

Si « t’es foutue » renvoie des résultats mentionnant « Taubira », une simple requête Google, à la portée de la première ministre intègre venue – ou, à défaut, de son cabinet scrupuleux – renvoie d’ailleurs un nombre très conséquent de résultats mentionnant « François »1.

Alors non, Madame Taubira, ni haine, ni homophobie, ni racisme. Pas même de mépris puisque, comme l’aurait dit Chateaubriand, « il faut être économe de son mépris, il y a tant de nécessiteux ». On ne desespère pas de trouver plus méritant encore.

Disons que l’on plaindra la duplicité qui vous permet de vous gargariser d’exigences morales supérieures pour aussitôt, dans les mêmes lignes, vous accomoder avec la plus élémentaire honnêteté et jouer à des fins bassement politiciennes du sujet concrètement douloureux pour beaucoup qu’est le racisme. Et que dire encore d’une Ministre d’une République dont elle diffame les citoyens dans une publication étrangère ?

Mais, allez, Madame le Ministre, on peut au moins vous savoir gré d’avoir éveillé une génération qui sait affirmer ses convictions aussi résolument que paisiblement et que vos accomodements avec votre conscience ne manqueront pas d’édifier, une fois encore.


  1. notez également qu’une recherche sans guillemets, encore plus à la portée de n’importe qui, renvoie des résultats parfaitement mélés, de sorte que j’exclus la bonne foi []