On ne compare plus

Stop. On ne compare plus. Fini. On arrête. Je ne veux plus. Oui, je sais, mon ton est d’autant plus autoritaire que je suis dépourvu de la moindre autorité en la matière, que, de toutes façons, personne ne m’écoutera, et que donc, ma « demande » est parfaitement illusoire. Mais, si j’ai moi-même cédé à cette tentation dans mon premier billet, au fil des articles qui paraissent sur Benoît XVI, je sens poindre un malaise, qui pourrait se transformer en exaspération.

Il y eut Jean-Paul II. Il y a Benoît XVI. L’un et l’autre sont différents, c’est noté. Mais, j’y reviens, Jean-Paul II a été diminué pendant environ 10 années de son pontificat. On peut mettre en avant l’humilité et la simplicité de Benoît XVI, mais je n’ai pas eu le sentiment que Jean-Paul II, durant les années où je l’ai vraiment « connu » ait été particulièrement exubérant. Et pourtant, il continuait de nous marquer. On peut mettre en valeur la finesse du théologien Benoît XVI mais, s’il me reste beaucoup à apprendre à cet égard, il me semble que l’apport de Jean-Paul II a été important, notamment par sa théologie du corps. On peut mettre en avant l’intériorité de Benoît XVI, mais il me semble avoir aussi lu que Jean-Paul II passait de longues heures en méditation, qu’on le retrouvait parfois couché sur le sol les bras en croix dans sa chapelle, en prière, ce qui n’est évidemment pas le propre d’un homme superficiel. Et les jeunes qui l’ont suivi, soutenu, les jeunes qui, à Longchamp, scandaient son nom à chacun de ses moments de faiblesse, n’étaient pas des écervelés juste friands d’une nouvelle icône médiatique.

Bref. Il est bien évidemment naturel et instinctif, pour définir le nouveau titulaire d’une fonction, de se réferer au précédent. Et, bien évidemment, j’ai, aussi, un peu forcé le trait dans mon paragraphe précédent. Mais, sacrebleu (je me modère), n’a-t-on pas le coeur assez grand pour aimer deux personnes différentes ? Un fils aime son père et sa mère aussi différents soient-ils ou plutôt, si l’on veut une meilleure comparaison, ses deux grand-pères. Jean-Paul II et Benoît XVI reflètent la belle diversité de l’Eglise, et de l’humanité. Ne nous sentons pas obligés de déshabiller Jean-Paul pour habiller Benoît.

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6 comments

  • posté par Thaïs le 12 sept 2008 à 12:49

    bon il y en a un qui aime le ski et les jeunes et l’autre qui aime les chats et Mozart !c’est bien cela?


    2 posté par Marc Favreau le 12 sept 2008 à 13:11

    mais si je t’écoute Koz, mais la comparaison est inévitable, il est sans doute préférable de regarder ailleurs


    3 posté par Koz le 12 sept 2008 à 13:25

    Soit, Marc, mais si l’on regarde ailleurs, il devient alors difficile de parler de la venue du Pape 😉 On peut aussi comparer le Pape avec un autre chef religieux, la Reine d’Angleterre.

    Cela dit, oui, la comparaison est tout à fait inévitable. J’assume tout à fait le caractère profondément illusoire de mon propos.

    Thaïs, oui, tu as tout à fait compris 😉

    Mais bon, quand on aime les jeunes, le ski, les chats, et Mozart, on peut apprécier les deux. Les deux styles me conviennent.


    4 posté par Arnaud le 12 sept 2008 à 15:01

    Jean Paul II, je suis vraiment confus de le dire avec une véhémence qui risque de te froisser quelque peu, n’était pas le Pape qu’il fallait à l’Eglise. Les Cardinaux en désignant Joseph Ratzinger n’ont rien fait d’autre que de mettre fin au courant d’air. C’est, pour porter la métaphore sur l’aire de jeu moscovite, tout à fait comparable à la période post Boris Eltsin, qui derrière ses pauses débonnaires et son sourire chafouin d’alcoolique névrosé a plongé la Russie dans une torpeur anarchisante et relativiste que Poutine s’est empressée de réduire à néant en prenant le contrôle du Pays. Je concède que la comparaison est osée, mais que veux-tu. Karol m’ennuyait profondément. C’était un communiquant, certes, un “people” comme un autre. Mais en aucun cas un véritable théologien. Enfin, en la personne de benoit XVI, l’Eglise Catholique tient là un bel atout dans son jeu! Coupez! Distribuez! Enjoy the messe manana amigo.


    5 posté par romain blachier le 12 sept 2008 à 15:21

    oui je trouve moi aussi particulier cette idée de présenter Jean-Paul II en pape “funky” et Benoit XVI comme une rugueux théologien germanique…Mais par-là, moi c’est l’institution de la papauté qui me pose question en christianisme http://www.romainblachier.fr


    6 posté par monique le 12 sept 2008 à 15:39

    que de propos, d’idées, de positions différentes, déclenchent ce voyage papal. N’oublions pas, au milieu de toute la sympathie qui lui est manifestée, de bien le lire pour bien le comprendre. Voilà l’essentiel, pour moi. (Pour Mozart et les chats il a ma bénédiction.)


    7 posté par gallicacid le 12 sept 2008 à 16:14

    Ce n’est pas tant la comparaison qui me choque, que le fait que ses auteurs ne soient pas qualifiés pour la faire. J’ai mon opinion, personnelle, sur les deux papes, mais je ne me sens pas qualifié pour autant pour dire que l’un est mieux que l’autre, ou l’autre mieux que l’un. [Le problème dépasse d’ailleurs largement les comparaisons papales: notre pays adore encenser (c’est approprié), puis dévaluer]. En tout état de cause, je ne vois pas quel humain serait qualifié pour hiérarchiser des saintetés.


    8 posté par N… le 12 sept 2008 à 17:04

    Tout à fait d’accord. Jean-Paul II changeait effectivement au début de son pontificat de tous ces cardinaux italiens un peu compassés. Il a plu parce qu’il est agréable de voir qu’un homme a pu faire le choix de la foi, de s’y consacrer tout entier alors qu’il a un physique de sportif et un regard direct et gai. Mais oublier l’homme incliné sur sa croix concentrant toute sa volonté sur la prière, c’est injuste ! Enfin, nous ne pouvons oublier non plus ses dernières années où beaucoup suggéraient que l’image de souffrance, de malade diminué que donnait ce même pape, était presque indécente et qu’il aurait dû se retirer dans un couvent polonais, pour nous cacher sa déchéance physique qui heurtait sans doute notre vision hollywoodienne, notre amour du jeunisme. Et pour finir : vouloir opposer l’un qui serait “l’image” et l’autre qui serait “la réflexion” est assez curieuse quand on sait qu’on a pu reprocher à Jean-Paul II de trop écouter son conseiller le cardinal Ratzinger !


    9 posté par Abbé Cyprien Comte le 12 sept 2008 à 21:53

    “Aimer c’est ne plus comparer” disait le Père Jacques Sevin je crois.

    On peut bien aimer deux papes (ou plus) si l’on aime quatre évangiles…


    10 posté par carredas le 13 sept 2008 à 9:00

    C’est bien connu, les français ont un avis sur tout y compris sur ce et ceux qu’ils connaissent mal et la sondagite chronique ambiante les invite à comparer sans cesse ( S.Royal ou B.Delanöe, Carla ou Cécilia, école ou pas le samedi matin, Jean-Paul II ou Benoît XVI, recevoir le Pape à l’Elysée ou non ) Cet encouragement à ramener la réflexion à une préférence est intellectuellement réducteur. Le Pape est d’abord le chef de l’Eglise catholique romaine, un chef spirituel et religieux. Un catholique, un protestant, un athée etc… qui parlent du Pape ne parlent pas de la même personne d’autant que le Pape est Pape au-delà de sa personne. Ce qui est intéressant et enrichissant pour chacun est le chemin de la réflexion sur lequel quelques personnalités peuvent convier les Hommes à marcher ensemble. Quand Benoît XVI évoque les philosophes grecs et l’humanisme occidental, il nous invite à réfléchir, ce qui est suffisament rare aujourd’hui pour être salué que l’on soit croyant ou non.


    11 posté par Arnaud le 13 sept 2008 à 23:07

    Ecoutez chers amis, JPII n’était pas un intellectuel. C’est un fait. L’Eglise d’est doté de ce qui se fait de mieux en la matière. Vous n’allez tout de même pas vous plaindre qu’à une heure de grands débats théologiques entre certaines religions, nous nous soyons pourvus d’une bête de concours! L’évocation récurrente d’un grand théologien ce matin en est le plus lumineux exemple! Bien sur, vous me répondrez que JPII lors de sa première visite en France en 1981 avait lui aussi, à sa manière, tenté de secouer notre pays en l’interpellant avec virulence. Il n’en demeure pas moins que le discours des Bernardins a frappé les esprits. Il n’y a qu’à lire les multiples réactions des personnes qui ont eu le privilège de l’écouter. Pardonnez-moi d’être aussi sec, mais pour dire les choses comme elles sont, peu nombreux sont ceux qui ont été capables de comprendre la parole du Saint-Père. Et c’est tant mieux. Il ne faut surtout pas réduire la question de la foi au seul sentiment du cœur. Les pensées et les idées développées par la religion chrétienne sont d’une telle complexité qu’il est nécessaire d’y consacrer toute sa vie pour correctement les appréhender. C’est ni plus ni moins ce qu’a réussi à faire Joseph Ratzinger.

  • Peut être que Benoît XVI est tout simplement le pape qu’il faut à l’Eglise Catholique aujourd’hui.

    Les croyants, et les catholiques d’aujourd’hui ne sont pas les catholiques d’hier. On pouvait croire par tradition, on pouvait croire par héritage familial, on pouvait croire motivé par une crainte diffuse du châtiment, on pouvait croire par superstition, on pouvait croire séduit par les symboles et les ors de l’institution, on pouvait croire par identification, on pouvait croire par fermeture d’esprit, on pouvait croire du fait de la pression de la majorité, on pouvait croire par une certaine forme d’obéissance, on pouvait croire sans réfléchir et sans se poser la moindre question, on pouvait même croire sans s’en apercevoir.

    Même si toutes ces raisons de croire existent toujours, même si dans le passé ou maintenant, beaucoup ont cru par inspiration, par intuition ou par une approche décisionnelle philosophique, je pense qu’aujourd’hui, de plus en plus de catholiques le sont parce que ils ont tout d’abord décidé de l’être et surtout décidé de le rester. Je pense qu’aujourd’hui beaucoup sont plus attaché au fond qu’à la forme, au contenu plutôt qu’au contenant. Et je suis presque certain, que beaucoup de catholiques français sont aujourd’hui à la fois des croyants plus convaincus et finalement, de « meilleurs » catholiques. Non pas que la foi puisse se mesurer à l’aune de critères qualitatifs mais je suis intimement persuadé qu’un catholique qui réfléchit et qui décide sera mieux à même d’appliquer dans sa vie le message du Christ.

    Beaucoup de ce qui motivait des vocations ou des convictions dans le passé se retourne contre le croyant en quelques sorte. Les ors et la puissance de l’Eglise sont mal vus, les croyants pratiquants ne sont plus majoritaires, les jeunes sont confrontés à une société dans laquelle l’hédonisme, l’esprit strictement mathématique, les biens matériels, l’information, la profusion et la multiplicité (voire la confusion) des messages, la pression de la majorité, le manque de réflexion philosophique, l’anti-religionisme ou l’anticléricalisme ambiant exercent une pression telle, qu’il est aujourd’hui plus facile, un million de fois plus facile, d’être Star Académicien, MTVien, libertin, politicien, blasé, tiède, cynique, fonctionnaire-qui-se-marriera-à-trente-ans-qui-fera-un-enfant-et-demi-qui -le-traitera-con-à-seize-ans-en-attendant-la-retraite-à-60-ans-et-la-mort- provoqué-par-une-pillule-du-non-lendemain-seul-dans-une-maison-de-retraite -bien-tenue-grâce-à-la-« solidarité »-de-tous-pendant-que-le-monde-ne-va-pas-si-bien.

    Aujourd’hui, pour être catholique, il faut aussi et bien souvent être sacrément rebelle, il faut avoir l’esprit assez ouvert pour pouvoir écouter autre chose que le flux principal d’informations, il faut se poser des questions, il faut essayer de voir au delà, il faut oser se remettre en question, il faut aussi oser questionner les certitudes environnantes. Peut être que beaucoup de catholiques aujourd’hui en France ne sont pas tout ça. Mais il est évident à mon sens que ceux là sont de plus en plus nombreux. Et ce qui est très paradoxal, mais finalement pas tant que ça, c’est qu’ils le sont grâce à des qualités et une démarche qui sont plus volontiers accolés au Siècle des Lumières. Et si, les catholiques aujourd’hui sont peut être plus attachés à la signification plutôt qu’au symbole, c’est peut-être aussi parce qu’un homme s’est levé ou qu’un Dieu a pris corps il y a 2000 ans, pour lancer au monde un message rebelle, la Bonne Nouvelle que le monde n’est peut être pas cet enfer vide de sens que nous percevons et qu’il y existe une voie de sortie. Et ce message est résolument de notre temps.

    Alors un pape qui invite à la réflexion, un pape érudit, un pape qui pose les bonnes questions sur un plan éthique et social, un pape dont le soucis principal est la préservation de l’héritage du Christ dans ce relatif chaos, est peut être tout simplement le Pape qu’il faut à l’Eglise aujourd’hui.

  • Epo, superbe commentaire.

    Tu as montré tout ce que Benoît XVI peut apporter à l’Église. J’ai été très choquée des propos de certains journalistes (en particulier lors d’une interview de Mgr Di Falco) qui appuyaient surtout sur ce que Benoît XVI n’est pas, ne dit pas. Et pas seulement en comparaison avec Jean-Paul II mais aussi par rapport à « une certaine idée » qu’on (qui?) devrait avoir du Pape et de la Papauté.

    Benoît XVI ne se présente pas à l’élection de Miss France, il ne passe pas le casting de la Star Ac’. Il a été élu, par ceux qui ont la charge du message du Christ et de Son Église. Est-ce le Pape « qu’il faut »? En tout cas, c’est le Pape qu’on a.

  • « Mais, sacrebleu (je me modère), n’a-t-on pas le coeur assez grand pour aimer deux personnes différentes ? Un fils aime son père et sa mère aussi différents soient-ils ou plutôt, si l’on veut une meilleure comparaison, ses deux grand-pères ».

    Bonjour,

    Ce propos m’a frappé : autant je puis concevoir que l’on puisse admirer ou respecter un pape, autant le fait de parler d’amour à son égard ne me paraît pas si simple.

    En effet, je ne suis pas si sûr que cela qu’un pape cherche à susciter de l’amour à l’égard de sa personne : il doit plutôt chercher à attirer les regards et les coeurs vers ce qu’il représente. Après tout, à la différence d’une star ou d’un politicien mégalo, un pape est a priori au service de quelque chose de plus haut que lui…

    Dans un commentaire, il est dit que « aujourd’hui pour être catholique, il faut aussi et bien souvent être sacrément rebelle ».

    Mais rebelle contre quoi, au juste ? Nous ne vivons ni sous Néron, ni sous Staline et personne n’est obligé d’être hédoniste ou matérialiste (même quand est fonctionnaire…) : il me semble qu’échapper à ce fatras de choses qu’entraîne la société de consommation implique simplement de faire usage de la liberté qui est la nôtre.

  • @Sébastien

    « simplement de faire usage de la liberté qui est la nôtre »

    C’est tout bonnement ce que je voulais dire par être rebelle… Il existe des diktats presque invisibles qui n’ont pas besoin ni de chaînes ni de barreaux pour s’imposer parce qu’ils le font dans les esprits au moyen de la multiplication des messages et de leur omniprésence. Et il faut parfois être oui, sacrément rebelle pour simplement faire usage de sa liberté et ne pas s’y soumettre. Parfois même, ça nécessite plus de courage pour le faire qu’il en faut pour se révolter contre un mur.

  • @ Eponymus

    L’idée pour moi n’était pas de jouer sur les mots, mais il est vrai que ce terme de rébellion m’a intrigué.

    Je crois bien volontiers qu’il est moins évident d’être catholique aujourd’hui que dans les années 50 (ce qui rend cependant sans doute la chose plus intéressante), mais le terme de rébellion me paraît inapproprié.

    Il y a, certes, de multiples sollicitations des médias, de la pub ou autres qui peuvent détourner quelqu’un d’une démarche spirituelle, on peut en effet ne pas aimer un certain esprit du temps qui porte vers l’hédonisme. Mais il n’en reste pas moins que rien de tout cela ne s’impose à vous ou moi : il n’y a pas d’ordre imposé, pas de diktat. Il n’y a qu’un choix intérieur à faire, mais qui, Dieu merci (si je puis dire…), m’emporte pas grand risque.

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