Liberté intégrale

« Dites à mes enfants que je les aime. » Ces quelques mots, ces derniers mots, nous touchent au cœur. Simone Barreto-Silva est morte en aimant jusqu’au bout. Simone Barreto-Silva est morte, catholique assassinée pour Charlie. Poignardée contre un droit au blasphème, alors qu’elle-même priait Dieu dans une église. Assassinée dans la maison de Dieu… contre le blasphème. Quand le monde atteint un tel degré de non-sens, on aimerait que les Hommes connaissent la honte ! On voudrait moins de rodomontades et moins de postures. Qu’ils posent les micros, pleurent, prient, pensent.

Certains catholiques, jusqu’aux plus éminents, ont fait valoir leur opposition à la liberté de blasphémer. Et pourtant si, malgré tout, il faut reconnaître voire soutenir par principe le droit de blasphémer, celui de critiquer toute religion et jusqu’au droit de la tourner en dérision. Car Dieu, je le crois, n’attend pas qu’on le respecte par obligation, qu’on l’aime du bout des lèvres tandis qu’on l’ignore dans nos cœurs. Dieu est même prêt à entendre notre rage contre lui et a vu sans colère bien des poings dressés vers le ciel. Il n’attend pas que nous nous abstenions de blasphémer seulement parce que ce serait interdit. Car sans la liberté de blasphémer, il n’est pas de louange sincère.

C’est dans cet espace de liberté entre le légal et le bien que s’exerce le discernement de chacun.

D’un point de vue civil également, il est des libertés formelles qu’il est aussi bon de sauvegarder que de ne pas exercer. Mais qui rappelle cette juste voie ? En montant aux extrêmes, la polémique oppose des sacrés concurrents : Dieu ou les caricatures de Mahomet. Elle oppose ceux qui veulent imposer le respect de leur foi aux non-croyants à ceux qui font de l’exhibition d’un Mahomet dénudé la fine fleur de la liberté à la française.

Mais avons-nous assez dit que ces caricatures nous paraissent souvent obscènes, ordurières, malencontreuses… sans que rien de cela suffise à les interdire ? Car tel n’est pas le rôle de la loi. Ce n’est pas parce que la loi permet un comportement qu’il est nécessairement bon, mais tout ce qui n’est pas bon ne doit pas non plus nécessairement être interdit. L’inverse nous garantirait un régime totalitaire. C’est dans cet espace de liberté entre le légal et le bien que s’exerce le discernement de chacun. Et c’est lui qui nous invite, exerçant notre liberté intérieure personnelle, à ne pas ridiculiser les sentiments profonds de l’autre, à ne pas railler ses convictions intimes, à préférer enfin la fraternité à toutes les radicalités.


Cela vaut la peine de lire le discours de Mgr Eric de Moulins Beaufort, en clôture de l’Assemblée plénière des évêques de France, revenant sur cette question de blasphème (cf le développement titré « Le saint Nom de Dieu ».)

Photo by Carolyn V on Unsplash

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

Un commentaire

  • Une foi de plus, merci Koz. Tout est dit avec beaucoup de bon sens, sans angélisme ni incitation à la haine. Je vais essayer de transférer vos paroles à plusieurs de mes connaissances pour que vos réflexions améliorent petit à petit les relations actuelles. Il faudrait aussi que nous puissions partager avec les musulmans qui nous sont proches soit dans les quartiers soit dans nos équipes inter religieuses.
    Merci encore.

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